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Un sannyasin coquet, au temple de Pashupatinath, Kathmandu, Népal. Crédit X, 2009

UPANISHADS DU RENONCEMENT

Yajnavalkya Upanishad

Upanishad du Sage Yajnavalkya


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Prof. A. A. Ramanathan
Publiée par The Theosophical Publishing House, Madras

 

Notes préliminaires : YAJNAVALKYA : Grand Sage, auteur d’un traité de loi, qui fut le guru du roi Janaka. Personnage majeur de plusieurs Upanishads, il passe pour être l'auteur de la Brihadaranyaka Upanishad, où il enseigne la doctrine moniste de l'Advaita Védanta (le Védanta non-duel), laquelle affirme l'identité de l'Atman et de Brahman. Il y apparaît dialoguant avec ses deux épouses, Maitreyi et Katyayani. Yajnavalkya est considéré comme le plus grand de tous les yogis érudits de l'ère védique, et en tant qu'instructeur spirituel, il fut le prédécesseur de Krishna. Selon l'Agni Purana (17.7-9), il se réincarnera pour être l'instructeur du futur avatar, Kalki.

             Outre l'Upanishad du Renoncement qui porte son nom, on le retrouve dans les Upanishads suivantes : Brihadaranyaka, Paingala, Jabala, Tara Sara, Brihad Jabala, Rama Uttara Tapaniya.

             Cette Upanishad, des shlokas 1 à 6, reprend le chapitre IV de la Jabala Upanishad, avec quelques variantes. Puis elle emprunte, des shlokas 9 à 23, au Yoga Vasistha, en insistant – hélas, lourdement – sur la misogynie comme composante basique du salut. Seuls quelques apports lui sont propres, et on peut la considérer comme une compilation des principes essentiels du renoncement.

 

Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

             1. Un jour, Janaka, le roi de Videha, s'approcha respectueusement du Sage Yajnavalkya avec la requête suivante : « Révéré Seigneur, peux-tu m'exposer les principes du renoncement ? »
             Yajnavalkya répondit : « Après avoir achevé la période d'études et de discipline (brahmacharya), on peut aborder la période de maître de maison (grihastha). Après l'avoir accomplie, on peut aborder celle d'habitant des forêts (vanaprastha) (1). Après l'avoir accomplie, l'ermite des forêts peut choisir de renoncer au monde en devenant un moine mendiant (Parivrajaka, Bhikshu ou Sannyasin). Ou, le cas échéant, on peut passer de l'étape d'étudiant célibataire directement à celle de renonçant, ou de n'importe quelle autre étape à cette étape ultime. Il est même possible de renoncer immédiatement à sa vie dans le monde le jour même où le dégoût surgit, que l'on soit ou non l'un de ceux qui observent les vœux préalables au renoncement, que l'on ait ou non accompli les ablutions prescrites pour clore la période d'étudiant célibataire, que l'on ait ou non entretenu sans discontinuer le feu sacré du bûcher funéraire de son épouse défunte (utsannagni), que l'on ait ou non maintenu le feu sacré (anagnika).

1 Ashrama : « étape de l’existence » : L'individu évolue et mûrit en 4 étapes majeures : 1) brahmachari : étape de  l'étudiant en sciences sacrées , de l'enfance jusqu'à la fin des études, soit de 12 à 24 ans; 2) grihastha : étape du maître de maison, l'homme marié, qui a établi son propre foyer et doit subvenir aux besoins de sa famille, soit de 24 à 48 ans; 3) vanaprastha : étape de  l'habitant des forêts, l'homme mûr, ayant établi ses enfants, qui se dépouille progressivement de son identité sociale pour se consacrer à l'étude spirituelle, soit de 48 à 72 ans; 4) sannyasin : le renonçant, à partir de 72 ans, qui abandonne définitivement la vie sociale, et se consacre entièrement à la vie spirituelle.
Les étapes 1 et 2 sont incontournables, les étapes 3 et 4 ne sont pas « obligatoires » mais fortement conseillées car reflétant au mieux l'ordre naturel universel (cf. dharma).

             2. Certains législateurs prescrivent le sacrifice nommé Prajapatya (2), dont la divinité tutélaire est Brahma, pour un deux-fois né (un brahmane) avant qu'il n'embrasse l'état de renonçant. Mais il reste libre de ne pas honorer cette clause. Il est néanmoins tenu d'accomplir le sacrifice dédié à Agni, l'Agnihotra. Car Agni est le souffle vital, Prana. Par ce sacrifice, il renforce son énergie vitale. Il accomplira ensuite le sacrifice Traidhataviya (3), par lequel la triple forme que prend Agni en lui, à savoir les trois gunas (4), se trouve renforcée. À l'issue de ce dernier sacrifice, il inhalera profondément la fumée du feu sacré, tout en récitant le mantra suivant :
             “Ô Feu, à ta source est ce souffle vital ! Né du Sutratman (5) au moment opportun, tu libères tout ton éclat ! Puisses-tu, connaissant l'Atman en tant que ta source ultime, te fondre en lui ! Puisses-tu accroître cette richesse qu'est pour nous la Connaissance transcendante !”
             Oui, en vérité, telle est la source du Feu, à savoir le souffle vital. Ainsi, ce qui est signifié par ce mantra est : “Puisses-tu t'en retourner à ta source, le Prana ! Svaha ! Salut !”

2 Prajapatya : nom du sacrifice que doit accomplir le maître de maison qui désire renoncer à sa vie dans le monde et adopter l'état de sannyasin. Le maître de maison (grihastha) doit entretenir trois feux sacrés dans son foyer (le feu Ahavaniya du rituel védique, le Garhapatya du foyer domestique et le Dakshinagni des ancêtres), avec lesquels il procède au rituel quotidien (homa). Durant le sacrifice de Prajapatya, il doit distribuer toutes ses possessions, matérielles et spirituelles (notamment le transfert de tout son savoir spirituel à son fils ou à tout autre héritier), et il doit ingérer symboliquement ces trois feux, tout en récitant certains hymnes, afin de maintenir la flamme sacrée vivante en son propre être.
3 Traidhataviya : sacrifice aux trois dhatus (les éléments originels), dont le dieu tutélaire est Indra, dieu védique de la foudre et des phénomènes atmosphériques. Il existe 5 ou 6 dhatus, et il s'agit probablement ici des trois premiers éléments : Akasha (l'éther-espace), Anila (l'air), Tejas (le feu). Ou aussi bien des trois constituants de la matière, Gunas.
4 Gunas : Qualité, ingrédient ou élément constituant de la nature (prakriti). L’un des 3 éléments constituants de la substance cosmique (prakriti): illuminant (Sattva), activant (Rajas) et entravant (Tamas).
5 Sutratman : Métaphore brahmanique, représentant le fil qui relie Brahma aux mondes créés, et le sutra symbolise alors la Cause de la manifestation. Synonyme de Hiranyagarbha, l’Être sous son aspect subtil, le Mental cosmique.

             3. S'étant procuré du feu sacré au village, provenant du foyer d'un lettré versé en les Védas, on inhalera le feu comme décrit juste avant. Si l'on ne peut pas se procurer de feu sacré, on offrira en substitut des oblations d'eau. Car l'eau, en vérité, est toutes les divinités. Récitant le mantra : “Om ! À tous les dieux, j'offre ces oblations ! À tous les dieux, salut !”, on tendra l'oblation vers tous les dieux, puis prélevant une petite portion mélangée à du ghee (beurre clarifié), on l'ingurgitera, car cela a un effet bénéfique. Le mantra de libération, le Om, est l'essence des trois Védas; cela, on doit le réaliser. Om est Brahman, et il doit être l'objet du culte. On rasera sa touffe sacrificielle, rejettera son cordon sacré, et proclamera trois fois : “J'ai renoncé.”»
             « Il en est bien ainsi, ô révéré Yajnavalkya ! » dit alors Janaka.

             4. Puis le sage Atri [amené par Janaka] questionna Yajnavalkya : « Je te demande, Yajnavalkya, comment celui qui ne porte pas le cordon sacré (6) peut être, lui aussi, un Brahmane (7) ? » Yajnavalkya rétorqua : « La seule conviction “Je suis le Soi, l'Atman” constitue l'authentique cordon sacré. On devra ensuite boire rituellement une gorgée d'eau, trois fois, en l'accompagnant du mantra “Regagne l'océan. Svaha !”, ayant au préalable rasé sa touffe et rejeté son cordon sacré. Telle est la méthode préconisée pour ceux qui renoncent au monde.

6 Yajnopavita : le cordon sacré, marque distinctive des brahmanes (qui se consacrent exclusivement à l'étude des Védas) et des ascètes (sannyasin), est donné lors d'une cérémonie d'initiation qui marque l'entrée dans la voie vers Brahman.
7 Brahmane : 1) un connaisseur de Brahman; 2) un Brahmane, prêtre, membre de la 1ère caste, dont l'unique fonction sociale est sacerdotale, et qui a la responsabilité d'enseigner les Écritures et de propager le dharma. Selon les Upanishads, est brahmane – non pas celui qui est né dans cette caste – mais celui qui s'est voué à la recherche du Brahman (Atman, Purusha, Tat... en sont des équivalents), c'est à dire de la libération absolue et définitive.

             5. Le moine mendiant, vêtu du linge couleur d'ocre, le crâne rasé, n'acceptant rien (si ce n'est la nourriture indispensable), pur, ne causant de tort à quiconque (en pensée, parole et action), vivant uniquement d'aumônes, devient apte à réaliser Brahman. Telle est la voie du moine mendiant.
             Dans le cas des autres castes non habilitées à la renonciation, on peut rechercher la libération par la voie des héros qui vont au-devant de la mort sur les champs de bataille, pour ce qui est des Kshatriyas (la caste des guerriers et politiciens), ou alors par la voie du jeûne, en s'imposant cette discipline jusqu'à la mort, ou par la voie des eaux, en s'immergeant pour n'en plus ressortir, ou encore par la voie du feu, en le laissant réduire le corps en cendres, ou par la voie du grand voyage qui ne s'achève que par l'épuisement des forces vitales.
             Pour en revenir à ceux qui sont habilités à la renonciation, cette voie du renoncement a été prescrite par Brahma; et l'ascète qui la suit réalise effectivement Brahman. Cela est décrété dans les Védas.»
Et de nouveau, Janaka l'approuva : « Il en est bien ainsi, Yajnavalkya ! »

             6. Il existe de grands sages, que l'on nomme les Cygnes suprêmes, ParamaHamsas (8). Ainsi en fut-il, aux temps jadis, de Samvartaka, Aruni, Svetaketu, Durvasas, Ribhu, Nidagha, Dattatreya, Suka, Vamadeva, Harita et de bien d'autres, qui n'arboraient pas de signes distinctifs, dont les pratiques étaient purement intériorisées, et qui se comportaient comme s'ils étaient dépourvus de tout bon sens, bien que parfaitement sensés.

8 ParamaHamsa : « Cygne suprême » - épithète attribuée aux divinités majeures, mais aussi à de grands sages, ou à tout être ayant atteint à la plus haute réalisation spirituelle. Dans le contexte des Upanishads et des enseignements postérieurs de l'Advaita Vedanta, ce terme désigne l'Atman, le Brahman, et le Soi pleinement réalisé. L'image du cygne (ou oie sauvage, Anser Indicus) fut choisie du fait que cet oiseau a la capacité de séparer le lait de l'eau, ce qui en fait un symbole tout trouvé de celui qui a séparé l'irréel du Réel, l'obscurité de la Lumière, et la mortalité de l'Immortalité, s'étant dans sa propre personne séparé de tout ce qui n'est pas la Divinité suprême, et ayant totalement fusionné avec elle, devenant ainsi une incarnation vivante de la Divinité manifestée au sein de l'humanité.

             7. Répugnant au contact des femmes comme à la vie citadine, ayant abandonné au fil de l'eau tous ses biens, à savoir le trident, le pot à eau, le pot de terre, le filtre à eau, la touffe et le cordon sacré, tant au plan intérieur qu'extérieur – ayant abandonné au fil de l'eau tout cela en proclamant “Bhuh, Svaha ! Salut, ô terre !”, le renonçant se mettra en quête de l'Atman.

             8. Ayant repris l'apparence du nouveau-né [c.-à-d. nu], il ne sera pas affecté par les paires d'opposés [chaleur et froid, plaisir et peine, etc.], il n'acceptera rien [sauf la nourriture nécessaire à sa survie], il maintiendra fermement sa quête de la réalité de Brahman, avec un esprit pur; il recevra les aumônes directement dans la bouche [dans le récipient qu'est son ventre] au moment prescrit et à seule fin d'assurer sa survie, et restera indifférent au gain comme à la perte d'aumônes; il boira de l'eau dans le récipient que forment ses mains ou directement d'un pot à eau [qu'autrui versera dans sa bouche], et ne mendiera pas plus de nourriture que n'en peut contenir son estomac; ne possédant plus de bol à eau, ce seront les points d'eau qui lui serviront de bol à boire; il cherchera un abri, indifférent au succès ou à l'échec, dans un lieu paisible et solitaire, comme une maison abandonnée, un temple, une touffe d'herbes hautes [ou une meule de foin], une fourmilière, l'ombre d'une hutte de potier, une hutte où l'on entretient le feu rituel, la berge sablonneuse d'une rivière, un fourré à flanc de montagne, une grotte, un creux d'arbre, les abords d'une chute d'eau, ou sur un morceau de terre bien déblayé, sans jamais se fixer dans un lieu précis; il ne déploiera aucun effort dans une quelconque activité, mais sera intensément concentré à déraciner en lui les actes positifs comme négatifs. Un sage qui abandonne définitivement son corps à un tel état de renoncement, est bien réellement un cygne suprême, ParamaHamsa.

             9. Le moine mendiant qui est vêtu d'espace [c.-à-d. nu], qui n'adresse de salut à personne, qui n'a nul désir de femme ou de fils et se maintient au-dessus de tout but ou non-but, devient lui-même le Seigneur suprême. Voici à ce propos quelques versets :

             10. À celui qui est devenu ascète avant lui et qui est son égal en tous points, l'ascète doit rendre hommage, et à nul autre.

             11. On peut voir des ascètes qui sont négligents, l'esprit capté par les phénomènes du monde extérieur, colportant des propos malveillants, cherchant des querelles, soutenant des points de vue qui sont blâmés par les Védas.

             12. Si un ascète se maintient en union avec le suprême Brahman, radieux de Sa propre splendeur, qui se trouve au-delà des noms et des formes, à qui donc un tel connaisseur de l'Atman rendrait-t-il hommage ? L'acte de révérence n'est alors plus de mise.

             13. Si un ascète est convaincu que le Seigneur suprême se tient en tous les êtres comme étant leur soi individuel, il pourrait tout aussi bien se prosterner ventre à terre devant un chien, un hors-caste, une vache ou un âne.

             14. Qu'est ce qui pourrait bien charmer chez la femme, qui n'est qu'une poupée de chair dans une cage, avec des membres mus par une mécanique interne, et qui n'est qu'un assemblage de tendons, d'os et d'articulations ?

             15. Les yeux d'une femme restent-ils charmants quand on les a décomposés en chair, sang et larmes ? Alors pourquoi s'en enticher vainement ?

             16. De façon similaire, ô sage, [l'adorateur des femmes] voit un collier de perles à l'éclat chatoyant dans le flot impétueux du Gange qui dévale les pentes resplendissantes du mont Meru.

             17. Dans les cimetières, mis à l'écart, c'est ce sein de femme qui sera un jour dévoré par les chiens comme un morceau de viande.

             18. Avec leurs tresses séduisantes et le collyre de leurs yeux, les femmes, difficiles à toucher mais charmant les regards, sont les flammes du bûcher des sens et elles brûlent les hommes comme de la paille.

             19. Les femmes, charmantes et cruelles, sont le combustible des feux infernaux, qui enflamment même à distance, et ce sont des fruits juteux qui restent sans saveur.

             20. Les femmes écervelées sont les filets tendus par ce chasseur nommé Kama (9) pour piéger les corps des hommes comme des oiseaux.

9 Kama(Deva) : Dieu de la beauté et de l'amour, fils de Vishnu et de Lakshmi; c'est l'Éros védique, qui – s'il décoche des fleurs apparentes avec son arc – a néanmoins muni ses flèches “des ailes de la souffrance, des barbillons de l'attente fiévreuse, attachés sur la hampe du désir”. Ses 5 flèches sont : le trouble amoureux, ketaka; la brûlure d'amour, dahana; le désir sexuel, bilva; le plaisir sexuel, mohana; et la jouissance sexuelle, harshana.

             21. La femme est l'appât fiché sur le hameçon qui pend à la corde des penchants mauvais, afin de capturer les hommes comme des poissons dans l'étang de la vie mondaine, qui s'ébattraient dans la boue de leurs pensées.

             22. Fini les femmes, en ce qui me concerne, car elles sont de lourdes cassettes qui recèlent tous les joyaux du mal, et que scellent les chaînes de la misère.

             23. Celui qui a une femme à ses côtés se met à désirer les jouissances; mais où est l'espace de la jouissance pour celui qui est sans femme ? Bannir la femme, c'est bannir la vie dans le monde. C'est après avoir abandonné la vie dans le monde que l'on pourra atteindre la sérénité.

             24. Le fils qui n'est pas encore né désole les parents-en-attente pendant longtemps; est-il conçu dans la matrice, qu'il les chagrine par une fausse-couche ou les torture par les affres de la naissance.

             25. Une fois le fils né, ce sont des soucis à propos des planètes maléfiques, des maladies, etc., puis finalement à propos de ses dispositions négatives. Une fois qu'il est investi du cordon sacré, ce sont des soucis à propos de son instruction, puis, s'il réussit celle-ci, à propos de sa répugnance au mariage.

             26. Dans la jeunesse du fils, c'est son inclination à l'adultère et, lorsqu'il a fondé une famille, c'est la menace de la pauvreté qui causent des soucis. Les soucis à propos d'un fils sont donc sans fin car, même s'il est riche, il peut mourir subitement.

             27. L'ascète n'a pas les mains et les pieds en perpétuelle agitation; son regard ne sautille pas de-ci de-là et il ne parle pas sans retenue. Ayant maîtrisé ses sens, il ne fait plus qu'un avec Brahman.

             28. Parvenu à la discrimination (Viveka), on voit l'égalité et l'unicité entre un ennemi, un prisonnier et son propre corps; quelle place donc pour la colère, qui équivaudrait à se retourner contre son propre corps ?

             29. Si tu éprouves de la colère contre un fauteur de troubles, comment se fait-il que tu n'éprouves aucune colère contre la colère même, qui bloque opiniâtrement la voie du devoir, de l'aisance financière, de l'amour et vers la libération ?

             30. Je te salue, colère contre la colère même, toi qui mets en lumière ton propre fondement et me procures le détachement (Vairagya), tout en m'éclairant sur mes fautes.

             31. Là où tout le monde est dans une torpeur permanente, l'homme qui se maîtrise est pleinement éveillé, tandis que là où tout le monde est vigilant, ô sage, le prince des yogis est dans un sommeil profond*.

* celui du samadhi, dans l'état transcendantal de Turiya.

             32. Sois-en convaincu ! La conscience existe ici-bas, tout ceci n'est que conscience et en est empli de part en part, tu es conscience et je suis conscience, et tous les mondes ne sont faits que de conscience.

             33. Les ascètes doivent accepter ce fait, alors leur échouera la plus haute des positions, celle du Cygne suprême. Ô toi le meilleur des sages, il n'existe rien de plus élevé que lui !

             Ainsi s'achève l'Upanishad.

 

Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

Ici se termine la Yajnavalkyopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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