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UPANISHADS GÉNÉRALES
Adhyatma Upanishad Upanishad du Plan intérieur
Adhyatma : L'intériorité spirituelle; tout ce qui, dans l'individu (jiva) comme dans la Nature, est présence du principe spirituel (Atman); l'âme, le soi, en tant que virtuellement l'Atman, le Soi.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
À l'intérieur du corps, dans un espace retiré, se tient, éternellement présent, l'Unique non-né.
1. La surimposition (adhyasa) (1) est la pensée « Je suis moi et miens sont ce corps, ces sens, etc. », alors que ceux-ci sont tout autres que le Soi (l'identité réelle). En se consacrant à Brahman, l'homme sage doit répudier cette pensée.
2. Se connaissant soi-même comme étant à la fois le sujet, le témoin de l'intellect et ses opérations, on rejette l'idée que le Soi est autre que le sujet, et l'on identifie « Je » au sujet. 3. Rejetant la simple conformité au monde, à son corps et aux traités (Shastras), on débarrasse le Soi de ces surimpositions. 4. L'esprit (personnel) du Yogin se dissout, puis meurt, quand il demeureen le Soi sans interruption et qu'il sait, par le raisonnement, par la Shruti (les Écritures révélées) et par sa propre expérience, que le Soi est unique et commun à tous les êtres. 5. Sans accorder ne serait-ce qu'un moment au sommeil, au bavardage, aux échanges verbaux, etc., oublieux de soi-même, on doit méditer sur le Soi à l'intérieur du soi. 6. Rejetant au loin l'attachement à ce corps, qui n'est que le rejeton des écoulements de ses parents, et dont le statut ne vaut guère mieux que celui d'un hors-caste, on s'attache à Brahman et recherche la réalisation. 7. Dissous le soi dans le suprême Soi, comme l'espace contenu dans la jarre se dissout dans l'infinité de l'espace (quand celle-ce se brise); puis, comme l'Infini, demeure silencieux à jamais, ô sage! 8. Étant devenu le Substrat luminescent, l'Être réel, rejette le macrocosme aussi bien que le microcosme, qui ne sont que des royaumes impurs (1) et transitoires.
9. Place le sentiment du moi-relié-au-corps dans le Soi spirituel à l'éternelle félicité, renonce même à tes corps subtils; demeure éternellement l'Absolu. 10. Acquiers la connaissance de « Je suis ce Brahman » (1) dans Lequel ce monde n'existe qu'en apparence, tel le reflet d'une cité dans un miroir, et trouve la réalisation, ô sans souillures !
11. Libéré de l'étreinte de l'égoïsme, on parvient à notre être essentiel, semblable à la lune au sortir d'une éclipse, pleine, éternellement sereine, luminescente. 12. La destruction des actes entraîne celle de la pensée; d'où il en résulte la décroissance des pulsions innées (1) à l'action. L'oblitération des pulsions innées est la libération; c'est, dit-on, la libération de son vivant (2).
13. En tout endroit, et de quelque façon que ce soit, si l'on perçoit toute chose et tout être comme étant l'Esprit suprême, on réalise la dissolution des pulsions innées, et cela renforce l'attitude de bonne volonté universelle. 14. Dans sa dévotion à Brahman, il ne faut jamais tolérer la moindre négligence (ou insouciance); « La négligence est la mort », affirment les philosophes du Brahman en parlant de la science dévotionnelle. 15. Tout comme un roseau, haut érigé sur sa tige, ne demeure jamais immobile, pas même un instant, ainsi Maya (1), sans répit, enveloppe le sage lui-même s'il détourne son regard de la Vérité ultime.
16. Quiconque gagne l'Absolu de son vivant, continue de demeurer dans l'Absolu après la mort de son corps. Enraciné dans une concentration intense, ô sans souillures, demeure inébranlabre. 17. Avec la vision du Soi non-duel, permise par une concentration qui ne vacille plus, se produit la dissolution sans résidus des noeuds d'ignorance du coeur (1).
18. Renforçant le sens d'identité réelle face à cette vision du Soi non-duel, et rejetant l'identité avec l'ego, demeure indifférent à tous ces noeuds, comme s'ils étaient de simples objets du quotidien (pots, vêtements, par exemple). 19. Toutes les formes du monde, depuis Brahma jusqu'aux mottes de terre, ne sont que des adjonctions irréelles. Vois donc le Soi comme distinct de ces formes, comme plénitude immuable. 20. Le Soi est Brahma, Vishnu, Indra et Shiva; ce monde entier est le Soi; en dehors du Soi, il n'existe rien. 21. Après avoir répudié toutes les apparences objectives qui sont surimposées sur le Soi, demeure isolé comme le Brahman suprême, toute-plénitude, non-duel, sans mouvement. 22. Le monde est un postulat, autant valable que non-existent, au sein de la Réalité unique qui est immuable, sans forme, sans qualifications; d'où provient donc cette différence ? 23. Dans la Réalité unique et vierge de distinctions entre celui-qui-perçoit, la perception et l'objet-perçu, libre de toute souffrance, dans ce Soi spirituel d'une absolue plénitude, semblable à l'abîme des eaux au moment d'une dissolution cosmique, d'où provient donc cette différence ? 24. L'obscurité implicitement contenue en Elle, comme dans la lumière, est la cause de cette illusion. D'où provient donc cette différence d'avec la Réalité suprême, non-duelle et sans qualifications ? 25. Cette Réalité suprême uniforme, comment peut-Elle recéler l'agent de la différenciation ? Et dans le sommeil profond qui n'est rien que pur délice, qui donc perçoit une différence ? 26. Cette perception de la différence est enracinée dans l'esprit de celui qui la perçoit; il n'en existe aucune trace là où cet esprit est absent. Par conséquent, concentre ton esprit sur le Soi suprême comme étant l'unique sujet (le « Je » réel). 27. Lorsque l'on a réalisé ce Soi qui est félicité indivisible, comme étant notre nature essentielle, on savoure la félicité intemporelle qui est ce Soi, à l'extérieur comme à l'intérieur de soi. 28. Le détachement a pour fruit la connaissance; la connaissance a pour fruit le retrait du monde. L'expérience vivante du Soi est une félicité qui a pour fruit la paix; la paix est aussi le fruit du retrait du monde. 29. Sans leurs états dérivés, ces étapes précédentes restent stériles, en vérité. La cessation du mental est la suprême satisfaction; une félicité sans égale survient alors spontanément. (1)
30. Le sens exprimé du mot « tat » (1) possède Maya (2) comme adjonction (implicite); Tat est la cause de la manifestation. Il est caractéristé par l'omniscience (et autres attributs...), et Il est essentiellement la Vérité (et autres attributs...).
31. Le sens exprimé du mot « tvam » (1) s'illumine si on le perçoit comme le contenu du concept « Je »; il est alors la conscience pleinement éveillée, fusionnant avec l'organe interne de perception (antahkarana) (2).
32. Seule l'exclusion de Maya et de l'ignorance (avidya), qui sont des adjonctions à la Divinité et au Jiva (1), indique la direction vers l'Esprit suprême, l'Être indivisible qui est Conscience et Félicité.
33. Écouter un enseignement, c'est donc explorer plus avant, au moyen de phrases et de raisonnements, la portée de son sens. Quant à la réflexion, elle consiste à percevoir la cohérence rationnelle de ces significations. 34. La méditation est assurément la fixation exclusive de l'esprit sur les significations qui sont apparues irréfutables à l'issue de l'écoute et de la réflexion. 35. La concentration se dit de l'esprit qui, dépassant le dualisme méditant-méditation, se réfugie graduellement et exclusivement dans l'objet médité, et devient semblable à une flamme placée dans un lieu sans courant d'air. 36. Les modifications de l'esprit qui est tourné vers le Soi, sont inconnues dans un tel état; on ne peut qu'inférer qu'il y en a eu quelques unes, après avoir quitté l'état de Samadhi (1).
37. Des dizaines de millions d'actes (le karma), accumulés au cours d'innombrables incarnations dans le samsara (1) qui n'a jamais eu de début, sont dissoutes par la concentration : alors, la pure vertu commence à s'épanouir.
38. Les plus éminents des connaisseurs du Yoga appellent cette concentration « la nuée des vertus », car il pleut des déluges de vertus en des milliers de ruisseaux. 39-40. Quand le fardeau des pulsions innées (1) est dissous sans résidus à la faveur de cette « nuée des vertus », et que des monceaux de karma, positif et négatif, sont totalement éradiqués, la Révélation (Shruti) – qui se mit à briller immédiatement au temps des origines – est maintenant sans obstructions et procure une conscience pleinement éveillée, aussi claire que le myrobolan (prunier sauvage) que l'on tient dans sa paume.
41. Quand l'impulsion désirante ne se produit plus face aux objets de plaisir, le détachement atteint son acmé. Le plus haut degré de la conscience pleinement éveillée est atteint quand ne survient plus le sens de l'ego. 42(a). L'acmé du retrait intérieur est marqué par la non-survenue des impulsions, même les plus finement latentes, vers la jouissance. 42(b). Il est devenu l'ascète à la sagesse stabilisée, qui jouit d'une félicité sans fin, 43-44(a). et dont le soi est immergé en Brahman seul; qui est immuable et paisible. La sagesse (prajna) se définit comme un mode d'être spirituel qui ne vacille pas, dont le contenu est l'unité de Brahman et Atman, purgés de toute adjonction. 44(b). Quiconque possède cette sagesse sans jamais la moindre faille, est libéré de son vivant. 45. Il n'a plus la vanité du « je » face à son corps et ses sens; ni la vanité de l'altérité face aux êtres et objets autres que lui. Quiconque est libéré de ces deux vanités à quelque propos que ce soit, est un libéré-vivant (jivanmukta). 46. Celui qui, dans sa sagesse, ne perçoit aucune différence entre le sujet et Brahman, qui ne se réfère plus à une distinction entre Créateur et création, est un libéré-vivant. 47. Celui dont l'attitude ne change pas, qu'il soit honoré par des hommes vertueux ou persécuté par des hommes mauvais, est un libéré-vivant. 48. Celui qui a réalisé la vérité de Brahman ne se réincarne plus, comme il l'a fait jusqu'alors; si néanmoins il se réincarne, c'est qu'il aura mal compris cette vérité, n'en aura eu qu'une approche extravertie. 49. Aussi longtemps que persiste l'expérimentation de plaisirs, etc., aussi longtemps le karma accumulé (1) du passé persiste dans ses effets. Les actions-causes précèdent l'apparition des effets; jamais il n'y a d'effets sans actions précédentes.
50. En conséquence de l'expérience « Je suis Brahman » (« AHAM BRAHMASI » ), les karmas accumulés au cours d'éons sont dissous, de même que les actions des rêves à l'instant du réveil. 51. De même que rien ne s'accroche à l'espace, de même au sage, qui sait par expérience que le Soi est sans attaches et indifférent, ses actions futures ne s'attacheront pas, même au plan le plus subtil. 52. Tout comme l'espace n'est pas affecté par l'odeur d'une boisson alcoolisée, bien qu'elle soit en contact avec le récipient, de la même manière le Soi n'est pas affecté par les attributs de Ses adjonctions. 53. Les actes accomplis avant que ne se lève la connaissance, ne périssent pas en conséquence de cet éveil; ils doivent produire leur(s) effet(s) respectif(s), tout comme une flèche lancée vers une cible ne s'arrêtera pas avant de l'avoir atteinte (1).
54. La flèche lancée vers ce que l'on avait pris pour un tigre ne s'arrête pas lorsque l'on réalise son erreur, à savoir qu'il s'agissait d'une vache; la flèche la frappera de toute sa force. 55. « Je ne vieillis plus, je suis immortel » – comment celui qui connaît son Soi et qui vit cette connaissance, peut-il objectiver (1) du karma accumulé ?
56. Ce karma accumulé du passé ne peut être objectivé que si l'on confond de façon erronée son Soi et son corps physique. Traiter le corps comme s'il était le Soi est une grossière erreur; par conséquent, rejette cette notion du karma accumulé. 57. L'objectivation du karma accumulé est, indéniablement, une illusion due à ce corps. 58. Comment ce qui est surimposé peut-il être réel ? Comment l'irréel peut-il naître ? Comment le non-né peut-il périr ? Comment l'irréel peut-il posséder du karma accumulé du passé ? 59-60. Pour fournir une réponse à ces esprits confus qui doutent et demandent « Comment ce corps physique peut-il persister, si tous les effets de l'ignorance sont détruits simultanément à leur cause (l'ignorance), lorsque l'on parvient à la connaissance ? », la Shruti (les Écrits révélés) a pris en compte leur superficialité d'esprit en proposant une théorie du karma accumulé du passé – mais certainement pas pour suggérer aux esprits plus sages que le corps physique, etc, est réel. 61. Une plénitude intégrale, sans commencement ni fin, sans dimensions ni changements. Un Être, la somme totale de l'être; une Intelligence, la somme totale de l'intelligence; une Félicité éternelle, sans faille, la somme totale de la félicité. 63. Au-delà des forces inertes et des actions, Il est là, subtil, indéniable, sans tache; Son essence est au-delà de la pensée, au-delà du mental et des mots. 64. Existant, toute-plénitude, sans autre preuve que Lui-même, pur, parfaitement éveillé, hors-pair. Seul l'Un est le Brahman non-duel; en Lui, pas la moindre trace de pluralité. À Apantaratamas, ce savoir fut confié. Il l'a transmis à Brahma, qui l'a donné à Ghorangiras. Ce dernier l'a donné à Raikva, puis Raikva à Rama. Et Rama l'a communiqué à tous les êtres. Cet enseignement est une injonction au Nirvana (1); telle est l'injonction des Védas, oui, des Védas. Tel est l'enseignement secret.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. Ici se termine l'Adhyatmopanishad, appartenant au Sukla-Yajur-Veda.
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