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Shamsa, motif en rosette ornant le frontispice du Livre d'enliminures du Shah Jahan (1592-1666)

UPANISHADS GÉNÉRALES

 

Adhyatma Upanishad

Upanishad du Plan intérieur


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Dr. A. G. Krishna Warrier
Publiée par The Theosophical Publishing House, Madras

Adhyatma : L'intériorité spirituelle; tout ce qui, dans l'individu (jiva) comme dans la Nature, est présence du principe spirituel (Atman); l'âme, le soi, en tant que virtuellement l'Atman, le Soi.

 

Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

À l'intérieur du corps, dans un espace retiré, se tient, éternellement présent, l'Unique non-né.
La terre (prithivi) est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers la terre, celle-ci ne Le connaît pas.
L'eau (apas) est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers l'eau, celle-ci ne Le connaît pas.
Le feu (tejas) est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers le feu, celui-ci ne Le connaît pas.
L'air (vayu) est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers l'air, celui-ci ne Le connaît pas.
L'éther (akasha) est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers l'éther, celui-ci ne Le connaît pas.
L'esprit (budhi) est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers l'esprit, celui-ci ne Le connaît pas.
Le mental (manas) est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers le mental, celui-ci ne Le connaît pas.
L'ego (ahamkara) est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers l'ego, celui-ci ne Le connaît pas.
L'étoffe mentale (chitta) est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers l'étoffe mentale, celle-ci ne Le connaît pas.
L'impérissable est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers l'impérissable, celui-ci ne Le connaît pas.
La Mort est Son corps. Bien qu'Il se meuve à travers la Mort, celle-ci ne Le connaît pas.
Il est donc le soi intérieur de tous les êtres (adhyatma), sans souillures, d'origine céleste, lumineux, Il est Narayana (1), l'Unique.

1 Narayana : « Reposant sur les Eaux primordiales », ou « Demeure des hommes » - Nom de Vishnu lorsqu'Il repose sur le serpent Shesa.

1. La surimposition (adhyasa) (1) est la pensée « Je suis moi et miens sont ce corps, ces sens, etc. », alors que ceux-ci sont tout autres que le Soi (l'identité réelle). En se consacrant à Brahman, l'homme sage doit répudier cette pensée.

1 Adhyasa : La surimposition, le transfert inadéquat à un objet de qualités ou d’attributs qui appartiennent en propre à un autre objet.

2. Se connaissant soi-même comme étant à la fois le sujet, le témoin de l'intellect et ses opérations, on rejette l'idée que le Soi est autre que le sujet, et l'on identifie « Je » au sujet.

3. Rejetant la simple conformité au monde, à son corps et aux traités (Shastras), on débarrasse le Soi de ces surimpositions.

4. L'esprit (personnel) du Yogin se dissout, puis meurt, quand il demeureen le Soi sans interruption et qu'il sait, par le raisonnement, par la Shruti (les Écritures révélées) et par sa propre expérience, que le Soi est unique et commun à tous les êtres.

5. Sans accorder ne serait-ce qu'un moment au sommeil, au bavardage, aux échanges verbaux, etc., oublieux de soi-même, on doit méditer sur le Soi à l'intérieur du soi.

6. Rejetant au loin l'attachement à ce corps, qui n'est que le rejeton des écoulements de ses parents, et dont le statut ne vaut guère mieux que celui d'un hors-caste, on s'attache à Brahman et recherche la réalisation.

7. Dissous le soi dans le suprême Soi, comme l'espace contenu dans la jarre se dissout dans l'infinité de l'espace (quand celle-ce se brise); puis, comme l'Infini, demeure silencieux à jamais, ô sage!

8. Étant devenu le Substrat luminescent, l'Être réel, rejette le macrocosme aussi bien que le microcosme, qui ne sont que des royaumes impurs (1) et transitoires.

1 Impureté : Attention, cette notion n'a rien du fanatisme religieux contemporain, elle est à replacer dans le contexte antique de ces textes : le monde humain était en effet moins « propre, bien ordonné et aseptisé» qu'aujourd'hui, d'une part; d'autre part, la pureté absolue est la prérogative de l'Unique indifférencié, la manifestation étant le mélange – dans des proportions très nuancées – des substances fondamentales (cf. tattvas), et aucune entité créée ni forme du monde n'est donc en soi absolument pure, sans mélanges, comme on dit d'une substance chimique qu'elle est pure.

9. Place le sentiment du moi-relié-au-corps dans le Soi spirituel à l'éternelle félicité, renonce même à tes corps subtils; demeure éternellement l'Absolu.

10. Acquiers la connaissance de « Je suis ce Brahman » (1) dans Lequel ce monde n'existe qu'en apparence, tel le reflet d'une cité dans un miroir, et trouve la réalisation, ô sans souillures !

1 Mahavakyas : « Grandes maximes » védiques; quatre d'entre elles contiennent l'essence de la sagesse des Védas. Ce sont : « TAT TVAM ASI » (Toi aussi, tu es Cela); « AYAM ATMA BRAHMA » (Ce Soi est Brahman); « PRAJNANAM BRAHMA » (La conscience est Brahman), and « AHAM BRAHMASI » (Je suis Brahman).

11. Libéré de l'étreinte de l'égoïsme, on parvient à notre être essentiel, semblable à la lune au sortir d'une éclipse, pleine, éternellement sereine, luminescente.

12. La destruction des actes entraîne celle de la pensée; d'où il en résulte la décroissance des pulsions innées (1) à l'action. L'oblitération des pulsions innées est la libération; c'est, dit-on, la libération de son vivant (2).

1 Vasanas : 1) odeur; 2) désir, inclination, aspiration; 3) les imprégnations que les désirs antérieurs (y compris dans des incarnations précédentes) ont laissé dans le mental, et qui agissent comme des réminiscences inconscientes, des pulsions innées.
2 Jivan Mukti : la libération de son vivant, tout en gardant conscience de son corps; s’oppose à videha mukti, la libération hors du corps, désincarnée, où l'on perd conscience de son corps.

13. En tout endroit, et de quelque façon que ce soit, si l'on perçoit toute chose et tout être comme étant l'Esprit suprême, on réalise la dissolution des pulsions innées, et cela renforce l'attitude de bonne volonté universelle.

14. Dans sa dévotion à Brahman, il ne faut jamais tolérer la moindre négligence (ou insouciance); « La négligence est la mort », affirment les philosophes du Brahman en parlant de la science dévotionnelle.

15. Tout comme un roseau, haut érigé sur sa tige, ne demeure jamais immobile, pas même un instant, ainsi Maya (1), sans répit, enveloppe le sage lui-même s'il détourne son regard de la Vérité ultime.

1 Maya : La Puissance (shakti) de Brahman se manifestant en tant qu’univers phénoménal; la manifestation sous son aspect grossier, subtil et causal. Maya est synonyme d’ignorance (avidya), les illusions découlant de la confusion entre l'existence relative et la réalité; car elle est la grande Enchanteresse qui possède 2 pouvoirs : avriti ou avarana shakti ( pouvoir d’obnubilation) et vikshepa shakti ( pouvoir de projection).

16. Quiconque gagne l'Absolu de son vivant, continue de demeurer dans l'Absolu après la mort de son corps. Enraciné dans une concentration intense, ô sans souillures, demeure inébranlabre.

17. Avec la vision du Soi non-duel, permise par une concentration qui ne vacille plus, se produit la dissolution sans résidus des noeuds d'ignorance du coeur (1).

1 Selon la physiologie yoguique, l'atome-germe de la conscience se situe dans le chakra cardiaque. Cf. Aitareya Upanishad, I-ii-4 et III-i-2.

18. Renforçant le sens d'identité réelle face à cette vision du Soi non-duel, et rejetant l'identité avec l'ego, demeure indifférent à tous ces noeuds, comme s'ils étaient de simples objets du quotidien (pots, vêtements, par exemple).

19. Toutes les formes du monde, depuis Brahma jusqu'aux mottes de terre, ne sont que des adjonctions irréelles. Vois donc le Soi comme distinct de ces formes, comme plénitude immuable.

20. Le Soi est Brahma, Vishnu, Indra et Shiva; ce monde entier est le Soi; en dehors du Soi, il n'existe rien.

21. Après avoir répudié toutes les apparences objectives qui sont surimposées sur le Soi, demeure isolé comme le Brahman suprême, toute-plénitude, non-duel, sans mouvement.

22. Le monde est un postulat, autant valable que non-existent, au sein de la Réalité unique qui est immuable, sans forme, sans qualifications; d'où provient donc cette différence ?

23. Dans la Réalité unique et vierge de distinctions entre celui-qui-perçoit, la perception et l'objet-perçu, libre de toute souffrance, dans ce Soi spirituel d'une absolue plénitude, semblable à l'abîme des eaux au moment d'une dissolution cosmique, d'où provient donc cette différence ?

24. L'obscurité implicitement contenue en Elle, comme dans la lumière, est la cause de cette illusion. D'où provient donc cette différence d'avec la Réalité suprême, non-duelle et sans qualifications ?

25. Cette Réalité suprême uniforme, comment peut-Elle recéler l'agent de la différenciation ? Et dans le sommeil profond qui n'est rien que pur délice, qui donc perçoit une différence ?

26. Cette perception de la différence est enracinée dans l'esprit de celui qui la perçoit; il n'en existe aucune trace là où cet esprit est absent. Par conséquent, concentre ton esprit sur le Soi suprême comme étant l'unique sujet (le « Je » réel).

27. Lorsque l'on a réalisé ce Soi qui est félicité indivisible, comme étant notre nature essentielle, on savoure la félicité intemporelle qui est ce Soi, à l'extérieur comme à l'intérieur de soi.

28. Le détachement a pour fruit la connaissance; la connaissance a pour fruit le retrait du monde. L'expérience vivante du Soi est une félicité qui a pour fruit la paix; la paix est aussi le fruit du retrait du monde.

29. Sans leurs états dérivés, ces étapes précédentes restent stériles, en vérité. La cessation du mental est la suprême satisfaction; une félicité sans égale survient alors spontanément. (1)

1 Impossible ici de ne pas penser à Krishnamurti, à cette pure Présence dont il nous parle et reparle longuement.

30. Le sens exprimé du mot « tat » (1) possède Maya (2) comme adjonction (implicite); Tat est la cause de la manifestation. Il est caractéristé par l'omniscience (et autres attributs...), et Il est essentiellement la Vérité (et autres attributs...).

1 Tat : « Cela » -: L’Absolu dont on ne peut rien dire, sinon que Lui seul est, en vérité.
2 Maya : cf. shloka 15.

31. Le sens exprimé du mot « tvam » (1) s'illumine si on le perçoit comme le contenu du concept « Je »; il est alors la conscience pleinement éveillée, fusionnant avec l'organe interne de perception (antahkarana) (2).

1 Tvam : « Toi, à toi » - cf. shloka 10 : « TAT TVAM ASI » (Toi aussi, tu es Cela).
2 Antahkarana : « Anta = point ultime, limite finale - karana = organe des sens, instrument ou moyen d’action » -L'organe interne, doué de sens et de conscience, qui constitue l'ego individuel et possède 4 fonctions différentes, répondant chacune à un des termes suivants : buddhi, ahamkara, manas et chitta. (Pour ces termes, voir le début de l'Upanishad),

32. Seule l'exclusion de Maya et de l'ignorance (avidya), qui sont des adjonctions à la Divinité et au Jiva (1), indique la direction vers l'Esprit suprême, l'Être indivisible qui est Conscience et Félicité.

1 Jiva : L’individualité vivante, l’âme individuelle, dans son état de non-réalisation de son identité avec Brahman.
Jivatman : Le Soi éternel, l’Atman qui réside en un jiva, le Témoin de la buddhi (sagesse du mental supérieur).

33. Écouter un enseignement, c'est donc explorer plus avant, au moyen de phrases et de raisonnements, la portée de son sens. Quant à la réflexion, elle consiste à percevoir la cohérence rationnelle de ces significations.

34. La méditation est assurément la fixation exclusive de l'esprit sur les significations qui sont apparues irréfutables à l'issue de l'écoute et de la réflexion.

35. La concentration se dit de l'esprit qui, dépassant le dualisme méditant-méditation, se réfugie graduellement et exclusivement dans l'objet médité, et devient semblable à une flamme placée dans un lieu sans courant d'air.

36. Les modifications de l'esprit qui est tourné vers le Soi, sont inconnues dans un tel état; on ne peut qu'inférer qu'il y en a eu quelques unes, après avoir quitté l'état de Samadhi (1).

1 Samadhi : état d’union avec le Dieu personnel (Ishvara) ou d’absorption dans le Dieu impersonnel (Atman ou Brahman), accompagné d‘un sentiment de joie et de paix indicibles. C'est la 8ème et dernière étape du Yoga. On distingue 2 degrés de samadhi: - le savikalpa samadhi, où l’aspirant conserve le sentiment de dualité; - le nirvikalpa samadhi, où toute différenciation est exclue.

37. Des dizaines de millions d'actes (le karma), accumulés au cours d'innombrables incarnations dans le samsara (1) qui n'a jamais eu de début, sont dissoutes par la concentration : alors, la pure vertu commence à s'épanouir.

1 Samsara : La roue des naissances et des morts. Cycle indéfini des incarnations d'un jiva.

38. Les plus éminents des connaisseurs du Yoga appellent cette concentration « la nuée des vertus », car il pleut des déluges de vertus en des milliers de ruisseaux.

39-40. Quand le fardeau des pulsions innées (1) est dissous sans résidus à la faveur de cette « nuée des vertus », et que des monceaux de karma, positif et négatif, sont totalement éradiqués, la Révélation (Shruti) – qui se mit à briller immédiatement au temps des origines – est maintenant sans obstructions et procure une conscience pleinement éveillée, aussi claire que le myrobolan (prunier sauvage) que l'on tient dans sa paume.

1 cf. shloka 12.

41. Quand l'impulsion désirante ne se produit plus face aux objets de plaisir, le détachement atteint son acmé. Le plus haut degré de la conscience pleinement éveillée est atteint quand ne survient plus le sens de l'ego.

42(a). L'acmé du retrait intérieur est marqué par la non-survenue des impulsions, même les plus finement latentes, vers la jouissance.

42(b). Il est devenu l'ascète à la sagesse stabilisée, qui jouit d'une félicité sans fin,

43-44(a). et dont le soi est immergé en Brahman seul; qui est immuable et paisible. La sagesse (prajna) se définit comme un mode d'être spirituel qui ne vacille pas, dont le contenu est l'unité de Brahman et Atman, purgés de toute adjonction.

44(b). Quiconque possède cette sagesse sans jamais la moindre faille, est libéré de son vivant.

45. Il n'a plus la vanité du « je » face à son corps et ses sens; ni la vanité de l'altérité face aux êtres et objets autres que lui. Quiconque est libéré de ces deux vanités à quelque propos que ce soit, est un libéré-vivant (jivanmukta).

46. Celui qui, dans sa sagesse, ne perçoit aucune différence entre le sujet et Brahman, qui ne se réfère plus à une distinction entre Créateur et création, est un libéré-vivant.

47. Celui dont l'attitude ne change pas, qu'il soit honoré par des hommes vertueux ou persécuté par des hommes mauvais, est un libéré-vivant.

48. Celui qui a réalisé la vérité de Brahman ne se réincarne plus, comme il l'a fait jusqu'alors; si néanmoins il se réincarne, c'est qu'il aura mal compris cette vérité, n'en aura eu qu'une approche extravertie.

49. Aussi longtemps que persiste l'expérimentation de plaisirs, etc., aussi longtemps le karma accumulé (1) du passé persiste dans ses effets. Les actions-causes précèdent l'apparition des effets; jamais il n'y a d'effets sans actions précédentes.

1 Prarabdha karma : « qui vient à maturité » - Partie des actions du passé karmique qui doivent porter fruit dans la vie actuelle, et qu’on ne peut éluder; le karma accumulé des vies antérieures.

50. En conséquence de l'expérience « Je suis Brahman » (« AHAM BRAHMASI » ), les karmas accumulés au cours d'éons sont dissous, de même que les actions des rêves à l'instant du réveil.

51. De même que rien ne s'accroche à l'espace, de même au sage, qui sait par expérience que le Soi est sans attaches et indifférent, ses actions futures ne s'attacheront pas, même au plan le plus subtil.

52. Tout comme l'espace n'est pas affecté par l'odeur d'une boisson alcoolisée, bien qu'elle soit en contact avec le récipient, de la même manière le Soi n'est pas affecté par les attributs de Ses adjonctions.

53. Les actes accomplis avant que ne se lève la connaissance, ne périssent pas en conséquence de cet éveil; ils doivent produire leur(s) effet(s) respectif(s), tout comme une flèche lancée vers une cible ne s'arrêtera pas avant de l'avoir atteinte (1).

1 Cela semble contredire la dissolution du karma passé, selon les shlokas 37, 39-40 et 50. Or ceux-ci évoquent le karma accumulé au cours de vies antérieures et parvenu à maturité dans cette incarnation-ci, tandis que le shloka présent parle uniquement des actes accomplis dans cette incarnation-ci et antérieurement à l'éveil; par contre, les actes à venir ne produiront plus d'effets, ils ne seront plus enregistés au plan karmique, comme le précise le shloka 51.

54. La flèche lancée vers ce que l'on avait pris pour un tigre ne s'arrête pas lorsque l'on réalise son erreur, à savoir qu'il s'agissait d'une vache; la flèche la frappera de toute sa force.

55. « Je ne vieillis plus, je suis immortel » – comment celui qui connaît son Soi et qui vit cette connaissance, peut-il objectiver (1) du karma accumulé ?

1 « Objectiver » du karma accumulé, c'est en produire les effets, ou en voir produits les effets.

56. Ce karma accumulé du passé ne peut être objectivé que si l'on confond de façon erronée son Soi et son corps physique. Traiter le corps comme s'il était le Soi est une grossière erreur; par conséquent, rejette cette notion du karma accumulé.

57. L'objectivation du karma accumulé est, indéniablement, une illusion due à ce corps.

58. Comment ce qui est surimposé peut-il être réel ? Comment l'irréel peut-il naître ? Comment le non-né peut-il périr ? Comment l'irréel peut-il posséder du karma accumulé du passé ?

59-60. Pour fournir une réponse à ces esprits confus qui doutent et demandent « Comment ce corps physique peut-il persister, si tous les effets de l'ignorance sont détruits simultanément à leur cause (l'ignorance), lorsque l'on parvient à la connaissance ? », la Shruti (les Écrits révélés) a pris en compte leur superficialité d'esprit en proposant une théorie du karma accumulé du passé – mais certainement pas pour suggérer aux esprits plus sages que le corps physique, etc, est réel.

61. Une plénitude intégrale, sans commencement ni fin, sans dimensions ni changements. Un Être, la somme totale de l'être; une Intelligence, la somme totale de l'intelligence; une Félicité éternelle, sans faille, la somme totale de la félicité.

62. Avec la seule et unique saveur de cet Être de plénitude et d'infini, contemple tout. Il n'y a rien à fuir, rien à saisir. Rien à tenir, rien à poser.

63. Au-delà des forces inertes et des actions, Il est là, subtil, indéniable, sans tache; Son essence est au-delà de la pensée, au-delà du mental et des mots.

64. Existant, toute-plénitude, sans autre preuve que Lui-même, pur, parfaitement éveillé, hors-pair. Seul l'Un est le Brahman non-duel; en Lui, pas la moindre trace de pluralité.

À Apantaratamas, ce savoir fut confié. Il l'a transmis à Brahma, qui l'a donné à Ghorangiras. Ce dernier l'a donné à Raikva, puis Raikva à Rama. Et Rama l'a communiqué à tous les êtres. Cet enseignement est une injonction au Nirvana (1); telle est l'injonction des Védas, oui, des Védas. Tel est l'enseignement secret.

1 Nirvana : « fin, achèvement, conclusion » - L’extinction du monde empirique, équivalent du nirvikalpa samadhi. Synonyme de félicité éternelle, de libération du samsara.

 

Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

Ici se termine l'Adhyatmopanishad, appartenant au Sukla-Yajur-Veda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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