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Yama, dieu de la Mort, sur la terrasse du Roi lépreux, à Angkor Vat

UPANISHADS MAJEURES

Katha Upanishad

Upanishad-Conte

Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise de Vidyavachaspati V. Panoli,
et celle de Swami Nikhilananda, dans "The Upanishads - A New Translation"

 

             Troisième Upanishad du canon Muktika, appartenant au Krishna Yajur Véda et classée comme Upanishad majeure.

             Le texte canon de cette Upanishad est partiellement lacunaire dans sa 1ère partie, les éléments situant le dialogue et le changement de personnage manquaient, ce qui lui donnait une obscurité qui avait - hélas - tissé une réputation bien établie. Je me suis donc aidée, au surplus, de l'excellente version complétée par Swami Nikhilananda, de l'Ordre de Shri Ramakrishna, auteur de nombreux commentaires dans la plus pure tradition de l'Advaita Védanta, et je livre une traduction française plus assurée, plus alerte, et plus attrayante... que cette Upanishad-conte méritait vraiment ! Ainsi éclairée, elle se révèle comme pouvant figurer la majeure parmi les majeures, tant elle fore autour de la question fondamentale : la mort, ou comment faire de cette vie autre chose qu'un passage entre deux morts...

             Katha signifie « histoire, discussion », les kathakas étaient des bardes, rhapsodes et exégètes des contes tirés des Écritures... Ces contes sont adjoints au Krishna Yajur Véda, dans une section nommée Kathakam, qui inclut également des mantras et des brahmanas. Ce conte-ci pourrait retracer une évolution historique dans la conscience religieuse : si pour l'ancien Brahmane qu'est Vajasravasa, il suffit d'un sacrifice précis pour obtenir la libération, par contre pour son fils Nachiketas, héros de l'Upanishad, les exigences sont plus hautes, on ne peut l'obtenir que par la connaissance, donc par un effort personnel. Et c'est de Yama, dieu de la Mort, que provient la nouvelle gnose : affirmation du Brahman, quête de l'Atman par le culte de l'intériorité et du symbolisme métaphysique, qui depuis lors signe la littérature des Upanishads.

 

 

Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux, et nous dévoiler la nature de la Connaissance;
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux des fruits de la Connaissance;
Puissions-nous conjointement atteindre à la force que confère la Connaissance,
Que notre étude nous apporte l'illumination;
Qu'il n'y ait aucune trace de haine en nous, ni entre nous !

Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !

 

Adhyaya 1, Valli I - Chapitre 1, Liane I

             1-I-1. Un homme nommé Vajasravasa, ainsi va l'histoire, désira un jour accumuler beaucoup de mérite et il accomplit un sacrifice Vishvajit, lequel consiste à faire don de tous ses biens. Or, cet homme avait un fils, nommé Nachiketas.

             1-I-2. Lors de la distribution des biens paternels, une grande foi envahit le cœur de Nachiketas, qui était encore un jeune garçon.

             1-I-3. Il se dit : Elles ont bu leur dernière eau, brouté leur dernière herbe, épuisé tout le lait qu'elles pouvaient donner et ne vêleront plus jamais, ces vaches que mon père offre ainsi, tant elles sont vieilles ! Ils sont certainement lugubres, ces mondes où s'en ira celui qui fait un tel don !

             1-I-4. Il se tourna subitement vers son père : « Mon père ! À qui donc allez-vous me donner, moi, votre fils ? » Une seconde fois, une troisième fois, il reposa cette question, avant que le père ne réponde : « À Yama, le dieu de la Mort, je vais te donner. »

             1-I-5. Nachiketas pensa : Dans la multitude (qui ira vers Yama), je viens en tête; dans la multitude (de tous ceux qui sont allés ou iront vers Yama), je suis au milieu. Mais en aucun cas, je ne puis être le dernier ! Quel sombre souhait du Roi de la Mort mon père sert-il aujourd'hui, en me livrant ainsi à lui ?

             1-I-6. Il dit alors à son père : « Regarde en arrière, et vois ce qu'il advint de nos ancêtres; regarde autour de toi, et observe ce qu'il en est de nos contemporains. Comme les céréales dans les champs, les humains mûrissent, tombent, puis renaissent. »

[Nachiketas arrive maintenant au royaume de Yama.]

             1-I-7 En vérité, c'est avec un éclat semblable à celui de l'Être universel (Vaishvanara) qu'un Brahmane entre comme invité dans une demeure. Le maître de maison lui offre un siège et lui fait amener de l'eau, pour lui être agréable. Ô Yama, fils de Vivasvat*, fais-lui donc amener de l'eau ! 

* Vivasvat : l'un des douze Principes souverains (cf. Adityas), représentant la Morale ou Loi des ancêtres. Il est le père de Vaivasvata Manu, le Législateur et premier-né de l'humanité actuelle, et de Yama, dieu de la Mort.

             1-I-8. Espoirs, attentes, relations propices avec des êtres pieux, mérite des paroles agréables, gains procurés par les sacrifices et les actes méritoires, fils, bétail – tout cela est détruit pour l'homme insensé chez qui séjourne un Brahmane qui n'y mange rien.

[Mais l'accueil de Yama enfreint les coutumes ci-dessus. Il dédaigne Nachiketas.]

             1-I-9. Yama prit la parole : « Ô jeune Brahmane, je te salue ! Tu es un hôte vénérable et voici trois jours et trois nuits que tu es sous mon toit, sans avoir mangé ! En compensation, je te laisse choisir trois vœux, un pour chaque nuit. Ô jeune Brahmane, que la paix soit en moi ! »

             1-I-10. Nachiketas lui répondit : « Ô Yama, je souhaite que Vajasravasa, mon père, du clan des Gautama, soit soulagé de ses angoisses, qu'il devienne calme et gai, et qu'il ne ressente aucune colère contre moi. Qu'il me reconnaisse et me fasse bon accueil à mon retour, lorsque tu m'auras libéré et renvoyé chez moi. Voilà, des trois vœux, le premier de mon choix. »

             1-I-11. Yama : « Uddilaki [autre nom du père de Nachiketas], fils d'Aruna, te reconnaîtra et sera vis-à-vis de toi comme par le passé. T'ayant vu libéré des griffes de la mort par un effet spécial de ma faveur, il y gagnera un sommeil paisible chaque nuit et ne sera plus jamais en colère contre toi. »

             1-I-12. Nachiketas : « Dans les mondes célestes, il n'existe aucune crainte, quelle qu'elle soit. Car toi, ô Mort, tu n'y pénètres pas, et nul n'y craint le grand âge. Ayant abandonné derrière eux toutes les faims et toutes les soifs, hors d'atteinte des tourments, les humains parvenus aux Cieux n'y connaissent que réjouissances.

             1-I-13. Ô Yama, tu connais le sacrifice par le Feu, qui mène aux Cieux. Explique-le moi, car grande est ma foi. C'est par ce Feu que les résidents des mondes célestes sont parvenus à l'immortalité. Voilà, des trois vœux, le second de mon choix. »

             1-I-14. Yama :  « Je connais bien ce sacrifice du Feu, qui mène aux Cieux, et je vais te l'enseigner. Écoute-moi bien attentivement ! Sache que ce Feu, qui est le moyen de parvenir aux Cieux, est aussi le support de l'univers, et qu'il se trouve occulté dans le cœur des humains, où le trouvent ceux qui parviennent à la Sagesse. »

             1-I-15. Yama lui parla alors longuement de ce Feu à la source de tous les mondes manifestés, mais aussi des sortes de briques à utiliser pour bâtir l'autel sacrificiel, en quel nombre, de quelle façon attiser la flamme, et Nachiketas répéta chaque instruction, telle qu'entendue, pour la mémoriser. Et la Mort se réjouissait d'avoir un si bon élève, et parlait encore et encore.

             1-I-16. Yama – que Son âme soit exaltée ! – ajouta : « Tiens, je t'accorde une faveur supplémentaire : qu'à partir de cet instant ce sacrifice du Feu soit désormais connu sous ton nom ! Et accepte ce collier-chaîne dont les maillons sont tous différents !  »

             1-I-17. Quiconque depuis lors s'acquitte trois fois de ce sacrifice de Nachiketas selon la triple instruction et accomplit les trois actions (sacrifier, étudier, pratiquer la charité), transcende la naissance et la mort. Il connaît ce Feu né de Brahman, omniscient, brillant et adorable, il l'a réalisé et est parvenu à la Paix suprême.

             1-I-18. Celui qui, connaissant les triplicités associées au sacrifice par le feu (cf. 1-I-15), empile conformément les briques pour le Feu de Nachiketas, rejette au loin les chaînes de la mort avant même que son corps n'entre en décrépitude et, victorieux de la souffrance, jouit déjà de la félicité céleste.

             1-I-19. Yama : « Tel est le Feu, ô Nachiketas, qui mène vers les Cieux, et c'était l'objet de ton second vœu ! Désormais, le monde parlera de ce Feu en association à toi. Et maintenant, ô Nachiketas, choisis ton troisième vœu. »

             1-I-20. Nachiketas : « Un doute subsiste sur le sort de l'homme après sa mort : selon les uns, il existe toujours, selon les autres, il n'existe plus. Quant à moi, je ne le saurai qu'après que tu me l'aies enseigné. Voilà, des trois vœux, le troisième de mon choix. »

             1-I-21. Yama répliqua : « Sur ce point, le doute a subsisté même chez les dieux, et cela depuis les temps jadis. La nature de l'Atman (1) est d'une telle subtilité, que cela n'est pas facile à comprendre. Choisis plutôt un autre vœu, ô Nachiketas ! N'insiste pas, et épargne-moi d'avoir à tenir un tel engagement ! »

1 Atman : le Soi, le principe spirituel universel qui est le substrat des individualités vivantes. L'Atman est le Soi éternel et universel, l’Âme suprême, l’Absolu, Brahman.

             1-I-22. Nachiketas : « Ô Yama, si même les dieux entretiennent toujours des doutes à ce sujet et que Toi, la Mort, tu confirmes qu'il est malaisé à comprendre, je conçois qu'il n'est pas d'enseignant qui puisse t'être supérieur sur un tel sujet ! Et assurément, nul autre vœu ne peut valoir celui-ci. »

             1-I-23. Yama : « Demande-moi des fils et des petits-fils qui deviendront centenaires. Demande-moi des troupeaux entiers de bétail, des éléphants, des chevaux et de l'or. Demande-moi un vaste domaine sur la terre des humains, où tu vivras autant d'automnes que tu le désireras.

             1-I-24. S'il est un autre vœu que tu puisses juger égal à celui-ci, demande-le moi : ainsi la richesse et la longévité. Puisses-tu devenir roi, ô Nachiketas, et régner sur un vaste royaume. Je t'accorderai de pouvoir jouir de tout ce que tu pourras désirer !

             1-I-25. Tous ces désirs qui sont si difficiles à obtenir dans ce monde des mortels, quels qu'ils puissent être, choisis donc parmi eux. Vois ces jeunes et belles nymphes dans leurs chariots, qui jouent du luth – aucun mortel n'a jamais pu en obtenir une. Je te les offre, elles seront tes douces esclaves. Mais, ô Nachiketas, ne me demande pas de t'éclairer le mystère de la mort ! »

             1-I-26. Nachiketas lui répondit : « Tous ces biens, ô Mort, sont éphémères et ne durent que jusqu'au petit matin ! De plus, les plaisirs épuisent la vigueur de tous les sens chez l'homme. Et la vie, même la plus longue, est bien courte en vérité ! Garde donc ces chevaux, ces danses et ces chants, pour ton propre plaisir.

             1-I-27. Les richesses ne procureront jamais le bonheur à l'homme. Qui plus est, puisque je t'ai vu face à face, j'obtiendrai forcément la richesse*; et la durée de ma vie sera de toute façon fixée par toi. Aussi le seul vœu qui me satisfasse est bel et bien celui que je t'ai demandé.

* C'est une croyance populaire immémoriale, répandue un peu partout, pas seulement en Inde : quiconque a vu la Mort en face et en a réchappé, est né "fortuné", assurément. Et ne saurait, logiquement, souffrir de pauvreté durant sa vie !

             1-I-28. Après avoir eu le privilège d'un séjour chez les immortels qui jamais ne déclinent, et y avoir appris que ses souhaits les plus ardents pouvaient être satisfaits par eux, quel mortel résidant ici-bas se réjouirait d'une grande longévité, lui qui est devenu conscient du caractère éphémère de la beauté, des plaisirs et des joies ici-bas ?

             1-I-29. Ô Yama, dévoile-moi ce grand Au-delà, qui est d'une telle obscurité pour les mortels. Moi, Nachiketas, je ne te supplie d'aucune autre faveur que de me faire pénétrer dans le grand mystère de l'Au-delà ! »

 

Chapitre 1, Liane II

             1-II-1. Yama expliqua : « Ce qui est bien, est une chose; autre chose, et bien différent, est ce qui est agréable et procure du plaisir. Ces deux catégories – le bien et l'agréable – servent des buts différents, mais l'une comme l'autre enchaînent les humains. Cependant, le bien-être s'ensuit pour celui qui – des deux – choisit le bien. Celui qui choisit l'agréable, déchoit face au but et rate la cible.

             1-II-2. Le bien et l'agréable vont à la rencontre de tout homme. L'intelligent les examine et les évalue avec discrimination. Certes, l'intelligent opte pour le préférable, tandis que l'ignorant sélectionne tout de suite l'agréable, en vertu de la cupidité qui pousse à saisir tout ce qu'on ne possède pas, et de l'avarice qui pousse à préserver ce qui est déjà en notre possession.

             1-II-3. Bravo, ô Nachiketas, tu as dédaigné tous les objets de désir, chéris et convoités par le plus grand nombre, car tu as pesé leur peu de valeur. Tu as décliné mon offre de la voie des richesses, sur laquelle périssent plus d'un mortel.

             1-II-4. Ce qui est connu comme étant l'ignorance et ce qui est connu comme étant la connaissance sont diamétralement opposés, et mènent à des voies différentes. Je te considère, ô Nachiketas, comme un de ceux qui aspirent à la connaissance, car les plaisirs – aussi nombreux puissent-ils t'être proposés – ne peuvent te détourner de ta détermination initiale.

             1-II-5. Vivant au sein de l'ignorance tout en s'estimant intelligents et éclairés, les ignorants tournent inlassablement en rond, trébuchant sur des chemins tordus, semblables à des aveugles menés par des aveugles.

             1-II-6. L'Au-delà jamais ne se révèle à celui qui est dénué de discrimination, insouciant et qui, trompé par l'illusion de la richesse, devient négligent. Celui qui pense : “Ce monde seul existe, et nul autre” tombera encore et encore sous mon joug.

             1-II-7. Innombrables sont-ils, ceux qui ne sont pas aptes à écouter des enseignements relatifs au Soi; innombrables aussi, ceux qui – capables d'écouter un enseignement – ne le comprennent pas. Merveille de rareté, celui qui expose la nature véritable du Soi, qui y est parvenu et en parle avec compétence. Oui, en vérité, précieuse et merveilleuse est l'expérience de l'Atman transmise par un instructeur compétent !

             1-II-8. L'Atman, lorsqu'enseigné par un instructeur médiocre, est malaisé à comprendre, car il est saisi de diverses façons par les interlocuteurs. Par contre, lorsqu'Il est exposé par un maître qui s'est uni à son propre Soi, aucun doute ne subsiste alors. L'Atman, étant plus subtil que l'infiniment subtil, reste inconnaissable par la méthode argumentative.

             1-II-9. Cette connaissance du Soi que tu as atteinte, ce n'est certes pas au moyen de l'argumentation que tu y es parvenu. Ô très cher, cette doctrine mène à la connaissance authentique uniquement lorsqu'elle est enseignée par un instructeur qui n'est pas un pur logicien. Oui, vraiment, tu es enraciné dans la vérité, ô Nachiketas ! Puissent les chercheurs te ressembler tous ! »

             1-II-10. Et Yama continua : « Je le sais bien, le trésor karmique qui résulte des actes justes est impermanent, car ce qui est éternel ne peut être atteint au moyen du transitoire. Moi-même, dieu de la Mort, j'ai dû sacrifier au Feu de Nachiketas en utilisant des matériaux périssables, et je suis ainsi parvenu à ma position actuelle, qui n'est que relativement éternelle.

             1-II-11. L'assouvissement de tous les désirs, le fondement de l'univers, les fruits intarissables des sacrifices*, l'autre rive où toute crainte est bannie, la voie large où l'on récolte louanges et prestige, le vaste royaume et le statut royal – tout cela a miroité devant tes yeux, et ta sage intelligence t'a incité à les repousser résolument.

* Dans tout sacrifice védique, solennel ou domestique, une portion bien définie des offrandes est réservée à Yama, dieu de la Mort, mais aussi à d'autres divinités, aux ancêtres familiaux, etc.

             1-II-12. Le sage qui, au moyen de la concentration sur le Soi, réalise cet Unique, intemporel, radieux, difficile à contempler car non-manifesté, occulté derrière le manifesté, et qui réside dans le mental supérieur (buddhi) et repose dans le corps – cet homme-là, indéniablement, laisse loin derrière lui plaisir et souffrance.

             1-II-13. Le mortel qui a entendu parler de tout cela et qui l'a bien compris, qui a dès lors établi une claire discrimination entre d'une part cet Atman, âme véritable de la loi religieuse (dharma), d'autre part son corps ainsi que tous les autres objets physiques, et qui a réalisé l'essence subtile du Soi, – cet homme-là se réjouit, car il a obtenu ce qui est source de félicité. Le monde de Brahman, je crois, s'ouvre grand devant toi, ô Nachiketas. 

             1-II-14. Nachiketas reprit la parole : « Cela qui est, et que tu vois comme différent de la droiture (dharma) et de la non-droiture (adharma), différent de la cause et de l'effet, différent de ce qui fut et de ce qui sera – parle-moi, je t'en prie, de Cela.

             1-II-15. Yama : « Le but ultime, qui est exposé dans tous les Védas, que visent toutes les formes d'ascèses, que désirent les hommes et qui motive leur vie d'étude de Brahman (Brahmacharya), ce but, le voici en peu de mots : c'est Om.

             1-II-16. Cette syllabe Om est en vérité Brahman, et c'est le moins qu'on puisse en dire ! Cette syllabe est en vérité Brahman, et c'est le plus qu'on puisse en dire ! Quiconque connaît cette syllabe obtient tout ce qu'il désire.

             1-II-17. C'est le meilleur des supports; c'est le plus haut des supports. Quiconque connaît ce support est tenu en grande estime dans le monde de Brahma (Brahmaloka).

             1-II-18. Le Soi tout-connaissant est non-né et immortel; sans origine, il n'est à l'origine de rien; non-né, il est sans âge; très ancien, il vivra jusqu'à la fin du temps; il n'est pas détruit quand le corps est détruit.

             1-II-19. Si le tueur pense qu'il tue effectivement et si le tué pense avoir effectivement été tué, l'un et l'autre témoignent d'une conception erronée. Le Soi ne donne pas la mort, le Soi ne meurt pas*.

* Attention ! Sorti de son contexte ou lu hâtivement, ce genre d'aphorisme très elliptique prête au contre-sens et à la confusion totale des valeurs ! Réfléchissez par vous-même sur le sens réel de cet aphorisme, et sur les situations morales où il porte un éclaircissement spirituel.

             1-II-20. Le Soi, plus subtil que toute subtilité et plus grand que toute grandeur, siège dans le cœur* des créatures. Celui qui a maîtrisé tous ses désirs peut contempler la gloire majestueuse du Soi à travers ses sens apaisés, dans son esprit pacifié, et il se libère dès lors de toute souffrance.

* Il ne s'agit pas d'une métaphore poétique : selon la physiologie yoguique, l'atome-germe de la conscience est situé dans le chakra du cœur, l'anahata. Cf. Hridaya.

             1-II-21. Demeurant assis, il voyage loin; demeurant immobile, il va partout. Qui donc, si ce n'est moi*, peut connaître ce lumineux Atman qui tout à la fois se réjouit et demeure indifférent ?

* C'est Yama qui parle ici. Mais ce “moi” ne désigne-t-il pas aussi l'ahamkara de toute créature qui héberge le Soi en son cœur ?

             1-II-22. L'homme sage qui a réalisé que l'incorporel Atman est présent en tout corps, qu'il est fermement établi en tout ce qui est instable, et qu'il est grand et omni-pénétrant, ne connaît plus le chagrin.

             1-II-23. On n'atteint pas à l'Atman par l'étude des Védas, ni au moyen de l'intellect, ni à force d'écouter des enseignements. Seul le trouvera celui qu'il aura lui-même choisi. À celui-là, l'Atman se révélera de lui-même, dans sa nature authentique.

             1-II-24. Nul ne peut atteindre à l'Atman, qui ne s'est pas abstenu de toute conduite négative, dont les sens ne sont pas maîtrisés, dont le mental n'est pas concentré et dont l'esprit n'est pas établi dans la paix. Car l'Atman ne peut être approché que par la Connaissance (Prajna).

             1-II-25. Cet Atman pour lequel les Brahmanes et les guerriers (Kshatriyas) ne sont pour ainsi dire que des aliments, et la mort un simple condiment – qui donc peut savoir où il se trouve ? »

 

 

Chapitre 1, Liane III

             1-III-1. (Suite de l'enseignement de Yama à Nachiketas) : « Ils sont deux à résider à l'intérieur du corps, au plus profond de la conscience, dans l'akasha extrêmement subtil du cœur (cf. 1-II-20), et qui jouissent séparément des fruits de leurs propres actions vertueuses*. Les connaisseurs de Brahman les décrivent comme lumière et ombre, mais aussi ceux qui ont offert des oblations aux cinq Feux, et ceux qui ont accompli trois fois le sacrifice de Nachiketas.

* Les deux sont le soi et le Soi, l'âme inférieure (jiva) et l'Âme supérieure (Atman). Ils sont le plus souvent figurés sous la parabole des deux oiseaux, très célèbre, que l'on trouve dans les Upanishads suivantes : Mundaka Up, III-i-1, Rudra Hridaya Up (shlokas non numérotés), Svetasvatara Up, IV-6, Gopala Tapaniya Up, chap. II, 23, et Annapurna Up, IV-32.

             1-III-2. Puissions-nous, disent-ils, savoir accomplir le Feu de Nachiketas, car il est un pont pour le sacrificateur, et puissions-nous également connaître cet impérissable Brahman, que recherchent tous ceux qui sont désireux de traverser vers l'autre rive, là où la peur n'existe plus.

             1-III-3. Sache-le, le Soi est le passager, le corps est le chariot, l'intellect (buddhi) est le cocher, et le mental (manas) est les rênes.

             1-III-4. Les sens sont, dit-on, les chevaux, les objets visibles sont leurs pistes. L'Atman, qui est couplé au corps, aux sens et au mental, est appelé par le sage “le jouisseur”.

             1-III-5. Si l'intellect, lorsqu'il est couplé à un mental qui sautille de distraction en distraction, perd à la longue sa capacité discriminante – les sens sont alors aussi peu contrôlables que des chevaux vicieux pour un cocher.

             1-III-6. Inversement, si l'intellect, lorsqu'il est couplé à un mental qui se réfrène et reste concentré, développe une forte capacité discriminante – les sens sont alors aisément contrôlables, tels des chevaux dociles pour un cocher.

             1-III-7. Si l'intellect, lorsqu'il est couplé à un mental qui sautille de distraction en distraction, perd à la longue sa capacité discriminante et, par conséquent, reste toujours impur – alors l'âme incarnée n'atteint jamais le but, mais demeure prisonnière de la roue des naissances et des morts (samsara).

             1-III-8. Inversement, si l'intellect, lorsqu'il est couplé à un mental qui se réfrène et reste concentré, développe une forte capacité discriminante et, par conséquent, reste toujours pur – alors l'âme incarnée atteint le but. Pour elle, il n'y aura plus de renaissance.

             1-III-9. L'homme chez qui la fonction de discrimination est le conducteur du chariot, qui utilise un mental contrôlé en guise de rênes, cet homme-là suit la voie jusqu'à son terme – et il parvient à l'état suprême de Vishnu.

             1-III-10. Les objets sensoriels sont plus subtils que les sens, et le mental est encore plus subtil qu'eux. L'intellect est encore plus subtil que le mental, et encore plus subtil que l'intellect est le majestueux Atman.

             1-III-11. Le Non-manifesté (avyakta) est plus subtil que le majestueux Atman, et encore plus subtil que le non-manifesté est l'Esprit suprême (Purusha). Il n'est rien qui soit plus subtil que le Purusha, il est l'ultime fin, il est le but suprême.

             1-III-12. Le Soi, qui est occulté au plus profond de tous les êtres, ne dégage pas d'éclat lumineux. Mais il est visible pour ceux dont l'intellect bien affûté peut pénétrer le plan subtil.

             1-III-13. Le sage doit unir son discours à son mental, et son mental à son intellect. Il doit encore unir son intellect à l'Atman majestueux, et enfin arriver à unir ce dernier à paix suprême du Non-manifesté.

             1-III-14. Lève-toi ! Éveille-toi ! Va trouver les plus grands maîtres et apprends auprès d'eux. Car ce sentier est aussi affûté que le fil du rasoir, périlleux et difficile à traverser, disent les sages.

             1-III-15. Par la réalisation de l'Atman, inaudible, intangible, invisible, inaltérable, sans saveur, inodore, éternel, sans commencement ni fin, plus grand que toute grandeur et parfaitement constant, l'homme se libère des mâchoires de la mort.

             1-III-16. Cette histoire de Nachiketas narrée par Yama restera éternellement. Celui qui l'a entendue et la transmet avec intelligence sera glorifié dans le monde de Brahman.

             1-III-17. L'adepte de la maîtrise de soi, qui récite cette suprême doctrine secrète dans une assemblée de chercheurs de Brahman ou lors d'une cérémonie funèbre, obtiendra la vie éternelle. Oui, il obtiendra la vie éternelle ! »

 

Chapitre 2, Liane I

             2-I-1. Yama poursuivit son enseignement : « Le Seigneur suprême, l'auto-engendré, a créé les cavités des sens en les orientant vers le monde extérieur. C'est pourquoi l'humain voit l'extérieur, et non l'intérieur. Mais l'homme avisé contemple l'Atman en lui, si son regard se tourne vers l'intérieur, en quête de l'immortalité (Amrita).

             2-I-2. Les insensés courent derrière les objets du désir, dans le monde extérieur; ils tombent dans les mailles de la mort, qui tend ses filets grand ouverts. Mais les sages, connaissant déjà l'immortalité, n'iront plus chercher ce qui est immuable dans ce monde inconstant.

             2-I-3. Par ce que l'homme peut voir, goûter, sentir (odorat), entendre ou palper dans le plaisir charnel, par cela seulement il peut connaître. Est-il quelque chose qui reste inconnaissable à l'Atman ? Oui, et c'est Cela (Tat).

             2-I-4. C'est par lui que nous percevons tout, dans le sommeil comme à l'état de veille. Cet Atman, vaste et omni-pénétrant, c'est lui que le sage connaît, échappant ainsi à la souffrance.

             2-I-5. Quiconque connaît l'Atman, pour qui tout est miel, comme étant le soi, comme étant l'âme la plus intime et le Seigneur du passé et du futur, n'aura désormais aucune crainte. Oui, et c'est Cela.

             2-I-6. Il connaît en vérité Brahman celui qui connaît le Premier-né, enfanté par l'ascèse (Tapas) avant même les eaux du cosmos, et résidant, en compagnie des éléments, dans la grotte du cœur (cf. 1-II-20). Oui, et c'est Cela.

             2-I-7. Il connaît en vérité Brahman celui qui connaît l'Étendue primordiale (Aditi), âme de toutes les divini­tés, née comme souffle vital (prana), manifesté en même temps que les éléments, entrée dans la grotte du cœur, et y demeurant. Oui, et c'est Cela.

             2-I-8. Agni, le Feu sacrificiel, est logé dans les deux matrices (aranis), à l'instar du fœtus que protège la future mère dans sa matrice; un culte lui est rendu jour après jour par les hommes qui se sont éveillés et offrent joyeusement leurs oblations. Oui, et c'est Cela.

             2-I-9. Là d'où Surya, le soleil, se lève, là où il se couche, là où reposent les dieux, ce lieu, personne ne peut l'outrepasser. Oui, et c'est Cela.

             2-I-10. Ce qui est ici se trouve aussi là; ce qui est là se trouve aussi ici. Il va de la mort à la mort, celui qui voit ici une pluralité.

             2-I-11. En sa propre pensée, il faut constater que la pluralité n'existe en aucune façon. Il court de la mort à la mort, celui qui voit ici une pluralité.

             2-I-12. Pas plus haut qu'un pouce, le Purusha (cf. 1-III-11) réside dans ce corps, Seigneur du passé et du futur. Celui qui le connaît n'aura désormais aucune crainte. Oui, c'est Cela.

             2-I-13. Pas plus haut qu'un pouce, le Purusha est telle une flamme sans fumée. Seigneur du passé et du futur, il est ici en cet instant, il y sera demain et encore. Oui, c'est Cela.

             2-I-14. La pluie qui tombe sur un pic montagneux ruisselle en tous sens le long des rochers; de même, celui qui court après les impressions sensorielles se perd au milieu d'elles.

             2-I-15. L'eau pure, si on la verse dans de l'eau pure, demeure tout aussi pure; de même, le sage qui garde le silence se fond en l'Atman, ô Gautama*.

* Gautama : cf. 1-I-10. Nachiketas, comme son père Vajasravasa, appartient au clan des Gautama. Jusqu'à la fin, Yama ne s'adressera plus à Nachiketas que sous ce patronyme, montrant par là plus de respect pour ce jeune mortel, remarquable entre tous.

 

Chapitre 2, Liane II

             2-II-1. Celui qui porte aux nues la cité aux onze portes* de l'Esprit éternel et immuable, celui-ci n'a plus aucune crainte et lorsque la mort le libère de son corps, il n'aura plus de renaissance. Oui, c'est Cela.

* Le corps humain est appelé “la cité aux 9 portes” : les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, l'anus, le méat urinaire. Ici, deux autres ouvertures sont sous-entendues : le nombril et l'ouverture de Brahman (Brahmarandhra).

             2-II-2. Il est le cygne solaire qui se meut dans la sphère de l'espace intermédiaire (Vasu Antariksha). Il est le feu Hota sur l'autel sacrificiel. Il est l'hôte qui se présente au seuil du foyer. Il réside en l'homme, en les dieux (ou dans les vastes espace), en la Loi éternelle (Rita) et dans l'espace céleste. Il naît de l'eau, de la terre, de l'autel sacrificiel, de la montagne. Il est l'Immensité (Brihat).

             2-II-3. C'est lui qui fait s'élever le prana de l'inspiration et fait descendre l'apana de l'expiration. Il demeure assis au centre, tel un nain (vamana), adoré par tous les dieux.).

             2-II-4. Lorsque ce Soi, incarné dans le corps, est délogé par la mort hors de son réceptacle et libéré, que reste-t-il alors ? Oui, c'est Cela.

             2-II-5. Ce n'est pas grâce au prana ni à l'apana que vit le mortel. C'est par quelque chose de tout à fait différent, dont ces deux-là dépendent étroitement.

             2-II-6. Maintenant, ô Gautama, je vais te révéler l'insondable et l'éternel Brahman, et ce qu'il advient de l'âme après la mort.

             2-II-7. Certains individus se dirigent vers une matrice pour y reprendre un corps organique; d'autres se dirigent vers un corps non-organique (ou un corps végétal, selon Shankara), et cela en fonction de leurs œuvres (karma) et de leurs connaissances.

             2-II-8. Lui, le Purusha, qui demeure vigilant même chez l'homme endormi, façonnant (dans le rêve) maintes et maintes formes plaisantes, il est indéniablement le Pur, il est Brahman, on l'appelle l'Immortel. Tous les mondes sont contenus en lui, et aucun (de ces mondes et de leurs habitants) ne peut l'outrepasser. Oui, c'est Cela.

             2-II-9. De même qu'Agni, le feu, fondamentalement un, traverse l'espace du monde tout en s'attachant à chaque forme, de même le Soi intérieur des êtres, fondamentalement un, réside en tous, tout en s'attachant à chaque être. Et il demeure à l'extérieur, tout aussi bien.

             2-II-10. De même que Vayu, l'air, fondamentalement un, traverse l'espace du monde tout en s'attachant à chaque forme, de même le Soi intérieur des êtres, fondamentalement un, réside en tous, tout en s'attachant à chaque être. Et il demeure à l'extérieur, tout aussi bien.

             2-II-11. De même que Surya, le soleil, œil de tout l'univers, reste pur et n'est pas souillé par les impuretés extérieures que les yeux des créatures peuvent voir, de même le Soi intérieur des êtres, fondamentalement un, reste pur et n'est pas affligé par les souffrances du monde. Et il demeure à l'extérieur, tout aussi bien.

             2-II-12. Le Seigneur unique (l'Atman), régent et Soi intérieur de tous les êtres, démultiplie sa forme unique. Le sage le voit en lui comme en la multitude, lui seul jouit d'une félicité inextinguible, et non les autres.

             2-II-13. L'Atman, Seigneur unique et éternel, crée le monde transitoire; Esprit suprême empli de félicité, il crée les êtres animés; Un, il crée le multiple. Le sage le voit en lui comme en la multitude, lui seul jouit d'une paix sans fin, et non les autres.

             2-II-14. “Oui, c'est Cela.” Cette formule exprime la joie suprême et indicible que l'on ressent, mais comment peut-on en faire l'expérience ? Cela est-il auto-luminescent ? Cela brille-t-il d'une lumière éclatante, ou non ?

             2-II-15. Là, nul soleil ne brille, ni lune, ni splendeur des étoiles. Pas même l'éclair, encore moins le feu terrestre. Lui seul brille. Par sa lumière, tout ceci qui nous entoure fut allumé, et continue de briller. »

 

Chapitre 2, Liane III

             2-III-1. « Voici cet arbre de l'éternité, l'ashvattha, dont les racines sont au ciel et les branchages en terre. C'est assurément l'Unique, à l'éclat pur, c'est Brahman, et on l'appelle l'Immortel. Tous les mondes sont posés sur lui, et nul ne peut l'outrepasser. Oui, c'est Cela.

             2-III-2. Tout ce qui existe, cet univers en son entier, vibre du souffle de vie de Brahman, dont il a évolué. Ce Brahman est une puissance terrifiante, un éclair suspendu, prêt à éclater. Ceux qui le connaissent deviennent immortels.

             2-III-3. Par crainte de lui, Agni brûle; par crainte de lui, Surya brille; par crainte de lui, Indra (l'espace céleste) se déploie et Vayu souffle; par crainte de lui, Yama, le cinquième dieu, traque ses proies..

             2-III-4. Celui qui s'est éveillé à la connaissance de Brahman ici-bas, avant que ne périsse son corps, est parvenu à la libération; sinon, il s'incarnera de nouveau dans un des mondes de la création.

             2-III-5. Tel un reflet dans un miroir, tel l'Atman; tel un rêve, tel le monde des ancêtres; telles les métamorphoses de l'eau, tel le monde des musiciens célestes (Gandharvas); tel un jeu d'ombres et de lumière, tel le monde de Brahma.

             2-III-6. Ayant compris la perception individuelle des sens, leur apparition et leur dispariton, leur émergence indépendante, l'homme sage ne connaît plus la souffrance.

             2-III-7. Au-dessus des sens, se trouve le mental (manas); au-dessus du mental, se trouve l'intelligence lumineuse (sattva); au-dessus de l'intelligence lumineuse, se trouve le majestueux Atman; au-dessus du majestueux Atman, se trouve le Non-manifesté..

             2-III-8. Au-dessus du Non-manifesté, se trouve le Purusha, omnipénétrant, sans signe distinctif (linga). Celui qui le connaît est libéré et parvient à l'immortalité..

             2-III-9. Sa forme – s'il en est une – n'est pas visible, et nul ne peut le contempler de ses yeux. Seul peut le connaître celui qui a convenablement préparé son cœur, son mental et son esprit. Ceux qui le connaissent deviennent immortels.

             2-III-10. C'est seulement lorsque le mental, couplé aux cinq sens, est parvenu à s'immobiliser et lorsque l'intellect ne vacille plus, que le but suprême, comme on l'appelle, est atteint.

             2-III-11. Cette emprise ferme et continue sur les sens, voilà ce qu'on appelle yoga. Ce faisant, on doit éviter toute léthargie, car le yoga est création et destruction, tout à la fois.

             2-III-12. Ni par la parole, ni par la pensée, ni par la vision, l'Atman n'est connaissable. « Il est !* » Par cette formule on peut le comprendre, mais d'aucune autre façon. ?

* Je préfère cette formulation purement ontologique pour traduire astiti; « Il existe » connote toujours son sens étymologique : ex(s)istere « sortir de, se manifester, se montrer ». Nulle volonté dynamique ne procède de l'Atman, mais elle est toute du côté du yogi.

             2-III-13. « Il est ! » Il n'est donc compréhensible qu'en tant qu'il est conjointement les deux modes d'être (sujet et objet). « Il est ! » Pour qui le comprend ainsi, sa nature réelle (sattvabhavah) devient claire.

             2-III-14. Quand se sont évanouis tous les désirs qui peuplent le cœur de l'homme, c'est alors que le mortel devient immortel et parvient dès ici-bas à Brahman.

             2-III-15. Quand sont tranchés net tous les nœuds du cœur qui piègent l'homme ici-bas, c'est alors que le mortel devient immortel. L'enseignement touche ici ses limites.

             2-III-16. Cent et une nadis traversent le cœur, une parmi elles monte et perce la voûte crânienne (la Sushumna Nadi). Celui qui, à sa mort, monte par ce passage gagne l'immortalité; les autres nadis vont dans toutes les directions, (qui les prend) renaît dans le monde..

             2-III-17. Le Purusha, de la taille d'un pouce, siège en tant que Soi intérieur dans le cœur des créatures. On doit l'extraire du corps avec précaution, comme on tire la tige hors d'un brin d'herbe. On doit le connaître comme étant le Resplendissant et l'Éternel – oui, connaître le Resplendissant et l'Éternel. »

             2-III-18. Nachiketas, ayant reçu de Yama cet enseignement, ainsi que l'entière science du Yoga, se libéra de l'impureté et de la mortalité, et parvint à Brahman. Ainsi en est-il de quiconque acquiert de la même manière la connaissance de l'Atman.

 

Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux, et nous dévoiler la nature de la Connaissance;
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux des fruits de la Connaissance;
Puissions-nous conjointement atteindre à la force que confère la Connaissance,
Que notre étude nous apporte l'illumination;
Qu'il n'y ait aucune trace de haine en nous, ni entre nous !

Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !

 

Ici se termine la Kathopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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