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UPANISHADS MAJEURES
Brihadaranyaka Upanishad Upanishad du Grand Traité de la vie en forêt
Note préliminaire : BRIHAT : 1) grand, vaste; fort, puissant; principal; 2) l'Immensité, la vastitude, notamment en épithète pour le plan de la Réalité suprême, qui est Vérité et Conscience et Félicité, Sat-Chit-Ananda. Cette Upanishad, réputée complexe, au sens souvent peu apparent, demande des commentaires à de nombreux endroits. J'ai choisi d'y intercaler – aussi souvent que la clarté et la plénitude du sens l'exigeaient – des extraits du commentaire très approfondi qu'en a donné Swami Krishnananda : The Brihadaranyaka Upanishad by Swami Krishnananda, dont la version PDF est disponible sur http://www.swami-krishnananda.org/books_3a.html.
SOMMAIRE
Fin de la Brihadaranyaka Upanishad
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. Om !Que la Paix soit en moi !
Madhu Kanda - Section du Miel
I-i-1: Om ! La tête du cheval sacrificiel est l'aube, son œil est le soleil, son énergie vitale (prana) (1) est l'air, sa gueule ouverte est le feu Vaishvanara (2), et son poitrail est l'année. Son échine est le paradis, son ventre le ciel, ses sabots la terre, ses flancs les quatre directions, ses côtes les quartiers intermédiaires, ses membres les saisons, ses jointures les mois et les quinzaines, ses paturons les jours et les nuits, ses os les étoiles, et sa chair les nuées. Son bol alimentaire est le sable, ses vaisseaux sanguins les rivières, son foie et sa rate les montagnes, sa crinière les herbes et les arbres. De la tête au garrot, il est le soleil ascendant, des reins à la croupe, il est le soleil déclinant; il ouvre grand la gueule, c'est l'éclair, s'ébroue, c'est le tonnerre, il urine, c'est la pluie, il hennit, c'est la voix et la parole.
I-i-2: La coupe d'or nommée Mahiman (1) que l'on présente face au cheval sacrificiel en l'orientant vers lui, c'est le jour. Sa source est la mer orientale. La coupe d'argent Mahiman que l'on place derrière le cheval, également orientée vers lui, est la nuit. Sa source est la mer occidentale. Puis ces deux coupes Mahiman sont placées de part et d'autre du cheval, toujours orientées vers lui. Le pur-sang est la monture des dieux; l'étalon, celle des Gandharvas (2); le coursier, celle des Asuras (3); et le cheval, celle des hommes. L'océan, qui est le Soi suprême, est l'étable du cheval sacrificiel, ainsi que sa source.
Brahmana II – Instruction II : Le processus de la Création I-ii-1: Au temps des origines, il n'existait absolument rien dans l'univers, de quelque sorte que ce soit. L'univers était recouvert par la Mort, Mritiyu (1), ou disons par la Faim, puisque la faim est l'attribut de cette mort dévorante. Ce Principe de faim et de mort créa le mental (2) avec la pensée « Il faut que Je possède un mental ! ». Puis Il se mit à arpenter le vide, en adoration de Lui-même. Durant son rite d'adoration, de l'eau surgit de Lui. Il prit conscience du fait : « Pendant Mon adoration, l'eau a jailli ! » C'est pourquoi l'on appela Arka (3) le feu consacré du sacrifice du Cheval. Assurément, l'eau (ou le bonheur) vient à qui sait la façon dont ce feu sacrificiel reçut le nom d'Arka. *
I-ii-2: L'eau en vérité est Arka. L'écume qui était apparue à la surface de l'eau se solidifia et devint cette terre. Après cette création, Hiranyagarbha, l'Embryon d'or (1), se sentit las. De Sa fatigue et de Sa sueur, émana Son essence, qui brillait. C'était le feu. *
I-ii-3: Viraj (1) se différencia en une triple manifestation *, créant le soleil et l'air pour en faire Sa troisième forme. Ainsi, cette énergie vitale (prana) de Viraj s'est divisée en une triplicité. Sa tête est l'est, ses bras le nord-est et le sud-est; son postérieur est l'ouest, ses hanches pointent l'une vers le nord-ouest, l'autre vers le sud-ouest, ses flancs sont le sud et le nord, son dos le paradis, son ventre le ciel, et sa poitrine est cette terre. Il repose sur l'eau. Quiconque possède cette connaissance, trouve un lieu de repos partout où il va.
I-ii-4: Il délibéra, et le désir suivant Lui vint : « Il me faut maintenant une seconde forme, un second corps. » Alors Lui, la Mort ou la Faim, réalisa l'union de la parole et du mental. Ce qui était alors semence devint l'année. Auparavant il n'y avait jamais eu d'année. Lui, la Mort, affermit de Son soutien cette année, et cela durant le laps de temps qui détermina la longueur de l'année, puis Il le lança dans l'existence. Lorsque naquit l'année, la Mort ouvrit sa gueule pour la dévorer. Tel un enfant, l'année cria : « Bhan ! » et ce cri devint la parole. *
I-ii-5: Il pensa : « Si Je le tuais, cela Me ferait bien peu de nourriture ! » ll reprit donc l'union de la parole et du mental, et à partir d'eux Il projeta tout ceci, jusqu'à la moindre des choses qui existent – les Védas Rig, Yajur et Sama, les mètres prosodiques, les sacrifices, les humains et les animaux. Mais tout ce qu'Il projetait, Il décidait de le manger. Il dévora toute chose, aussi Aditi (1) fut-elle appelée par ce nom, Aditi. Qui sait comment Aditi reçut son nom devient celui qui se nourrit de tout ceci, pour qui toute chose est nourriture.
I-ii-6: Il désira : « Que je sacrifie de nouveau, avec le grand sacrifice ! » Il était las, et Il entreprit une ascèse (1). Ce faisant, de Sa fatigue et de Sa sueur s'échappèrent Sa renommée ainsi que Sa vigueur. Ainsi furent créés les organes, qui sont renommée et vigueur. À la sortie de ces organes, Son corps se mit à enfler mais Son mental resta bien arrimé à Son corps.
I-ii-7: Il désira : « Que ce corps qui est mien soit apte à un sacrifice [c-à-d. suffisamment pur - NdT], et que Je trouve ainsi un nouveau corps ! » Et Il pénétra dans ce nouveau corps. Ce corps se mit à enfler tel un cheval, de ce fait on l'appela Cheval (ashva). Et du fait que ce corps devint apte à un sacrifice, ce grand sacrifice fut appelé Ashvamedha, sacrifice du Cheval. Qui possède cette connaissance en vérité possède le sens secret du sacrifice du Cheval *. Prajapati (1), le Créateur, désirant pratiquer de nouveau le grand sacrifice, s'imagina comme étant Lui-même le cheval; Il le laissa donc en liberté et se mit à délibérer en le contemplant. Au bout d'une année pleine, Il sacrifia le cheval en Son propre honneur, envoyant les autres animaux aux dieux. C'est pour cette raison qu' à ce jour encore les prêtres sacrifient à Prajapati le cheval sanctifié, après l'avoir dédié à toutes les divinités. En vérité, le soleil qui brille au loin est l'Ashvamedha; son corps est l'année. Et ce feu d'ici-bas est l'Arka (cf. shloka I-ii-1); ses membres sont tous ces mondes. Ainsi ces deux, soleil et feu, sont l'Arka et l'Ashvamedha. Et ces deux redeviennent le même dieu, Mritiyu, la Mort. Qui possède cette connaissance en vérité conquiert et dompte la mort, elle ne peut plus s'abattre sur lui, elle est devenue son propre Atman (2) et il ne fait plus qu'un avec ces divinités.
Brahmana III – Instruction III : Le Prana: ses vertus glorieuses et son pouvoir rédempteur I-iii-1: Deux sortes de fils naquirent de Prajapati, les dieux et les anti-dieux, les Asuras (1). Naturellement, les dieux étaient bien moins nombreux que les anti-dieux. Ils entrèrent en concurrence pour la régence des mondes. Débordés de toutes parts, les dieux se dirent : « Nous devons maintenant surpasser les Asuras par ce sacrifice de Jyotishtoma (2), grâce à l'Udgitha (3).
I-iii-2: Les dieux dirent alors à l'organe de la parole : « Chante l'Udgitha pour nous ! » « D'accord » répondit celui-ci, et il entonna ce chant. Tout le bien commun qu'entraîne l'organe de la parole, il en garantit le bénéfice aux dieux, tandis que le plaisir subtil que donne la juste intonation est utilisé par lui-même. Les Asuras comprirent que ce chantre allait conférer aux dieux le pouvoir de les surpasser. Aussi attaquèrent-ils l'organe de la parole des flèches du mal. Ce mal, on le rencontre encore aujourd'hui lorsque nous prononçons ou parlons de façon erronée – c'est cela, le mal par la parole. I-iii-3: Les dieux se tournèrent alors vers le nez : « Chante l'Udgitha pour nous ! *» « D'accord » répondit celui-ci, et il entonna ce chant. Tout le bien commun qu'entraîne l'odorat, le nez en garantit le bénéfice aux dieux, tandis que le plaisir subtil que donnent les odeurs suaves est utilisé par lui-même. Les Asuras comprirent que ce chantre allait conférer aux dieux le pouvoir de les surpasser. Aussi attaquèrent-ils le nez des flèches du mal. Ce mal, on le rencontre encore aujourd'hui lorsque nous sentons ou émettons des odeurs nauséabondes – c'est cela, le mal par l'odorat.
I-iii-4: Les dieux se tournèrent alors vers l'œil : « Chante l'Udgitha pour nous ! » « D'accord » répondit celui-ci, et il entonna ce chant. Tout le bien commun qu'entraîne la vue, l'œil en garantit le bénéfice aux dieux, tandis que le plaisir subtil que donne la beauté est utilisé par lui-même. Les Asuras comprirent que ce chantre allait conférer aux dieux le pouvoir de les surpasser. Aussi attaquèrent-ils l'œil des flèches du mal. Ce mal, on le rencontre encore aujourd'hui lorsque nous voyons la laideur ou montrons des attitudes incorrectes – c'est cela, le mal par la vue. I-iii-5: Les dieux se tournèrent alors vers l'oreille : « Chante l'Udgitha pour nous ! » « D'accord » répondit celle-ci, et elle entonna ce chant. Tout le bien commun qu'entraîne l'ouïe, l'oreille en garantit le bénéfice aux dieux, tandis que le plaisir subtil que donnent les sons harmonieux est utilisé par elle-même. Les Asuras comprirent que ce chantre allait conférer aux dieux le pouvoir de les surpasser. Aussi attaquèrent-ils l'oreille des flèches du mal. Ce mal, on le rencontre encore aujourd'hui lorsque nous entendons ou émettons des sons inharmonieux ou des paroles incorrectes – c'est cela, le mal par l'ouïe. I-iii-6: Les dieux se tournèrent alors vers le mental (cf. shloka I-ii-1): « Chante l'Udgitha pour nous ! » « D'accord » répondit celui-ci, et il entonna ce chant. Tout le bien commun qu'entraîne la pensée, le mental en garantit le bénéfice aux dieux, tandis que le plaisir subtil que donne la pensée élevée est utilisé par lui-même. Les Asuras comprirent que ce chantre allait conférer aux dieux le pouvoir de les surpasser. Aussi attaquèrent-ils le mental des flèches du mal. Ce mal, on le rencontre encore aujourd'hui lorsque nous entretenons des pensées incorrectes – c'est cela, le mal par la pensée. Ils attaquèrent également les autres divinités. I-iii-7: Les dieux se tournèrent alors vers le prana (l'énergie vitale – cf. shloka I-i-1) qui passe par la bouche : « Chante l'Udgitha pour nous ! » « D'accord » répondit celui-ci, et il entonna ce chant. Les Asuras comprirent que ce chantre allait conférer aux dieux le pouvoir de les surpasser. Aussi attaquèrent-ils le prana, voulant le frapper des flèches du mal. Mais de même qu'une motte de terre, lancée contre un rocher, vole en éclats, ils furent frappés [du pouvoir magique extrême du prana – NdT], ils volèrent en éclats, projetés dans toutes les directions, et furent totalement détruits. Ainsi les dieux purent-ils s'établir à leur place légitime et asseoir leur nature de feu, tandis que les Asuras étaient écrasés. Qui possède cette connaissance en vérité conquiert sa nature originelle, envieux et ennemis étant détruits. I-iii-8: À ce point, les organes, dieux des sens, se demandèrent : « Où se trouve ce qui nous a reliés à notre vrai Soi, à notre divinité ? » Ayant délibéré, ils le trouvèrent à l'intérieur de la bouche (asya). De ce fait, le souffle du prana est appelé ayasya, “qui va par la bouche”; de même, du fait qu'il est l'essence (rasa) des membres (anga), il est aussi appelé angirasa, “essence des membres”. I-iii-9: Ce dieu Prana, on peut l'appeler Dur, “le lointain”, parce que Mritiyu, la mort, se tient éloignée (dur) de lui. Et elle se tient également éloignée de celui qui possède cette connaissance. I-iii-10: Ce dieu Prana emporta la mort, mal insupportable pour les dieux des sens, et la transporta jusqu'aux fins fonds des horizons cosmiques. C'est là qu'il déposa ce mal absolu. Aussi est-il déconseillé de s'approcher d'une personne [originaire de ces régions] ou d'outrepasser les limites des mondes, de crainte d'y rencontrer ce mal absolu qu'est la mort. I-iii-11: Ce dieu Prana, après avoir emporté la mort, ce mal insupportable pour les divinités des sens, mena celles-ci par-delà la mortalité. I-iii-12: En premier, il prit en charge l'organe de la parole, le premier-né. Lorsque celui-ci se fut débarrassé de la mort, il se transforma en feu, Agni. Ayant transcendé la mort, Agni jette ses éclats rutilants au-delà de la portée de la mort.
I-iii-14: Puis il prit en charge l'organe de la vue. Lorsque celui-ci se fut débarrassé de la mort, il devint le soleil, Aditya (1). Ayant transcendé la mort, Aditya lance ses rayons scintillants au-delà de la portée de la mort.
I-iii-15: Puis il prit en charge l'organe de l'ouïe. Lorsque celui-ci se fut débarrassé de la mort, il devint les directions spatiales, Dishas (1). Ayant transcendé la mort, les Dishas s'étalent au-delà de la portée de la mort.
I-iii-16: Puis il prit en charge le mental (cf. shloka I-ii-1). Lorsque celui-ci se fut débarrassé de la mort, il devint la lune, Chandra. Ayant transcendé la mort, Chandra brille sereinement au-delà de la portée de la mort. De plus, cette déesse mène au-delà de la mort celui qui possède cette connaissance. I-iii-17: À la suite de cela, le dieu Prana s'assura d'une nourriture comestible au moyen d'une psalmodie. Car, quelle que soit la nourriture ingérée, elle est consommée par l'énergie vitale seule et celle-ci, Prana, repose sur la nourriture ingérée. I-iii-18: Les dieux-organes déclarèrent à Prana : « Quelle que soit la nourriture, il n'y en a qu'une certaine quantité, et tu te l'es assurée pour toi seul par ta psalmodie. Maintenant, il nous faut notre part. » « Alors, asseyez-vous en cercle autour de moi, et regardez-moi ! » répliqua la force vitale. « Allons-y » acquiescèrent les dieux-organes, qui s'assirent autour de lui. Depuis lors, toute nourriture ingérée par la force vitale leur profite également, à leur satisfaction. De la même manière, pour qui possède cette connaissance, toute sa famille s'attable autour de lui, lui faisant face, et il subvient à leurs besoins; il est le plus important au sein de la famille, il est leur chef, un bon pourvoyeur de nourriture et celui qui détient l'autorité. Celui parmi ses proches qui désire rivaliser avec un homme d'un tel savoir, se révèle impuissant à assurer les besoins des personnes à sa charge. Par contre, celui qui suit son exemple et désire à son tour subvenir aux besoins de personnes à charge, devient certainement capable de le faire. I-iii-19: Prana est appelé Ayasya Angirasa (“qui va par la bouche” et “essence des membres” - cf. shloka I-iii-8), car il est l'essence des membres. Oui, la force vitale est bien l'essence des membres. Et si elle abandonne un membre, quel qu'il soit, aussitôt celui-ci s'atrophie; ce qui prouve bien que prana est bien réellement l'essence des membres. I-iii-20: Prana est également Brihaspati (1), le Seigneur du Rig Véda. La parole est Brihati (le plus long mantra du Rig) et le souffle vital est son maître (pati). D'où son nom de Brihaspati.
I-iii-21: Prana est encore Brahmanaspati, le Seigneur du Yajur Véda. La parole est Brahman (Yajur), et le souffle vital est son maître (pati). D'où son nom de Brahmanaspati. I-iii-22: Prana est encore Saman (1). La parole est Sa, et le souffle vital est Ma. Saman, la psalmodie du Sama Véda, porte ce nom car c'est à la fois Sa (parole) et Ma (prana). Ou encore parce que Prana est égal (sama) (2) à une fourmi blanche, à un moustique, à un éléphant, à ces trois mondes (3), que dis-je, égal à cet univers ! Donc Prana est aussi le Sama Véda. Qui connaît les vertus de Prana comme Saman atteint à l'union sublime, ou vit dans le même monde que Prana. *
I-iii-23: Et Prana est aussi l'Udgitha, le Haut-chant (cf. shloka I-iii-1). La force vitale est bien Ut (vers le haut), car tout ceci est tiré vers le haut par elle, et la parole est Githa (le chant). Étant Ut et Githa, Prana est donc l'Udgitha. I-iii-24: À ce propos, il existe l'anecdote suivante : Brahmadatta, l'arrière-petit-fils de Cikitana, buvait du Soma (1), l0rsqu'il s'écria vivement : « Que ce Soma m'explose la tête, si je prétends qu'Ayasya Angirasa (“qui va par la bouche” et “essence des membres” - cf. shloka I-iii-8) a chanté l'Udgitha avec autre chose que ça, la force vitale et la parole ! » Oui, c'est vrai, il chantait avec la force vitale et la parole.
I-iii-25: Qui connaît la richesse de ce Saman (cf. shloka I-iii-22) qu'est Prana conquiert la richesse. L'intonation est en effet sa richesse. Par conséquent, celui qui souhaite officier en tant que prêtre, doit de préférence avoir une voix d'une riche tessiture, car il devra remplir ses tâches de prêtre avec cette voix et avec de belles intonations. Lors d'un sacrifice, l'assemblée des fidèles a très envie d'entendre un prêtre à la belle voix, comparable à celui qui a de l'or dans la voix. Qui possède la connaissance de ce qu'est la richesse de Saman obtient lui-même la richesse. I-iii-26: Qui possède la connaissance de cet or du Saman obtient lui-même de l'or. L'intonation juste et belle est bien de l'or. Qui sait que c'est là l'or du Saman obtient lui-même de l'or. I-iii-27: Qui connaît l'appui de ce Saman qu'est Prana trouve l'endroit où s'établir. La parole est en vérité son appui. Car, en appui sur la parole, le souffle vital se module et devient chant. D'aucuns disent que l'appui est dans la nourriture, c'est-à-dire dans le corps. I-iii-28: Vient ensuite l'incantation sacrée, Abhyaroha (1), psalmodiée uniquement avec les hymnes appelés Pavamanas (2). Le prêtre nommé Prastoti récite le Saman. Simultanément, l'incantation sacrée doit être répétée : « De l'irréel, mène-moi au réel. Lorsque le mantra dit « De l'irréel, mène-moi au réel », “l'irréel” représente la mort et “le réel ”, l'immortalité; donc, le mantra signifie « Mène-moi de la mort à l'immortalité », c'est-à-dire « Rends-moi immortel ». Lorsqu'il dit « De l'obscurité, mène-moi à la lumière », “l'obscurité” représente la mort et “la lumière”, l'immortalité; là encore, il signifie « Mène-moi de la mort à l'immortalité », c'est-à-dire « Rends-moi immortel ». Dans le mantra « De la mort, mène-moi à l'immortalité », il n'y a aucun sens occulté derrière ces mots.
Brahmana IV – Instruction IV : La Création et ses causes I-iv-1: Au temps des origines, cet univers était uniquement le Soi, Viraj (cf. shloka I-ii-3), sous la forme d'une personne. Il réfléchit et ne trouva rien à part Lui. Sa première parole fut : « Je suis Celui-qui-est ». Pour cette raison, on lui attribua par la suite l'épithète de Aham, « Je suis Moi ». Et c'est pour cela qu'aujourd'hui encore, lorsqu'on appelle une personne, elle répond d'emblée « C'est moi », avant d'ajouter les autres noms qui l'identifient. Parce qu'Il exista le tout premier, bien avant que l'assemblée de tous les aspirants à la divinité ne brûle tous les maux, on l'appella le Purusha (1) *. Qui possède cette connaissance brûle celui qui prétend arriver au statut de Viraj avant lui.
-iv-2: Il ressentit de la peur. Et c'est pour cela qu'aujourd'hui encore les personnes ont peur lorsqu'elles sont seules. Il se dit : « S'il n'existe rien d'autre que moi, de quoi donc ai-je peur ? » Cette réflexion chassa sa peur, car en effet, qu'y avait-il à craindre ? Assurément, c'est de la présence d'une seconde personne que la peur surgit. I-iv-3: Il n'était pas heureux du tout. Et c'est pour cela qu'aujourd'hui encore les personnes ne sont pas heureuses lorsqu'elles sont seules. Il désira une compagne. Il se fit aussi grand qu'un homme et une femme s'enlaçant étroitement. Et ce nouveau corps, Il le divisa en deux, faisant surgir un époux (pati) et son épouse (patni). Aussi, comme le disait Yajnavalkya (1), le corps de l'homme avant qu'il ne prenne une épouse est la moitié de lui-même, comme la moitié d'un pois cassé (sic !). Et cet espace vacant est rempli par son épouse. Viraj s'unit à Son épouse, et de leur union naquirent les êtres humains.
I-iv-4: L'épouse se dit : « Comment peut-Il s'unir à moi, alors qu'Il m'a créée à partir de Lui-même ?! Il faut que je me cache. » Elle se métamorphosa en vache. Lui, se transforma en taureau et parvint à s'unir de nouveau à elle; de cette union naquirent les bovidés. Elle se métamorphosa en jument, Lui en étalon; elle se métamorphosa en ânesse, Lui en âne, qui s'unit à elle; de cette union naquirent les équidés. Elle se métamorphosa en chèvre, Lui en bouc; elle se métamorphosa en brebis, Lui en bélier, qui s'unit à elle; de cette union naquirent les capridés et les ovidés. De cette façon, Viraj projeta tous les êtres vivants sexués, et cela jusqu'aux minuscules fourmis. I-iv-5: Viraj eut une certitude subite : « Vraiment, c'est Moi qui suis la création, car Je les ai tous projetés de Moi ! ». Et c'est pourquoi on l'appella la Création. Qui possède cette connaissance devient lui-même un créateur au sein de cette création de Viraj. I-iv-6: Les frottant l'une contre l'autre ainsi [ici le geste accompagne l'enseignement – NdT], Il produisit le Feu en l'extrayant de sa source, la bouche et les mains *. Aussi [en raison de la présence du feu à ces endroits], ni l'une ni les autres ne sont tapissées de poils à l'intérieur. Lorsque des prêtres désignent un dieu en particulier, avec l'injonction « Sacrifie à ce dieu-ci », « Sacrifie à cet autre », ils commettent une erreur puisque ces dieux sont tous des projections de Viraj : Il est Lui-même tous les dieux. Or donc, tout ce qui est liquide, Il le produisit à partir de Sa semence. Et ce fut le Soma, liqueur d'immortalité (cf. shloka I-iii-24). Cet univers revient en fait à ceci : anna, la nourriture, et annada, le mangeur. Soma est la nourriture, et le Feu est le mangeur. Et ceci est la création de Viraj, sublime parce qu'Il a projeté les dieux, qui Lui sont même supérieurs. Oui, parce que, Lui-même mortel, Il a manifesté les dieux immortels. Qui possède cette connaissance devient lui-même un créateur au sein de cette sublime création de Viraj.
I-iv-7: En ces temps-là, cet univers tout entier était à l'état d'indifférenciation. Puis intervint la différenciation, qui porta uniquement sur le nom (nama) et la forme (rupa) (1) – à ceci, à cela, était attribué tel ou tel nom, et ceci, cela, prenait telle ou telle forme. Et à ce jour encore, cet univers reste différencié par le nom et la forme, tel ou tel nom correspondant à telle ou telle forme. Ce Soi, l'Atman (cf. shloka I-ii-7), est entré et s'est répandu dans ces corps jusqu'aux bout des ongles, semblable au rasoir qui est enfermé dans son étui, ou semblable au feu qui maintient la cohésion du monde tout en demeurant à sa source. On ne peut voir le Soi, on ne Le perçoit qu'à travers Ses manifestations partielles, c'est-à-dire de façon fragmentaire. Lorsqu'on respire, c'est le souffle vital, le prana; lorsqu'on parle, c'est l'organe de la parole; lorsqu'on regarde, c'est l'œil; lorsqu'on entend, c'est l'oreille; lorsqu'on pense, c'est le mental. Ce sont là Ses noms, tout simplement, lesquels reflètent Ses diverses fonctions. Celui qui médite sur l'un ou l'autre de Ses aspects ne Le connaît pas vraiment, car Il est alors perçu incomplètement : en effet, le Soi est coupé de sa totalité dès qu'on L'associe avec l'une de Ses caractéristiques. Seul le Soi doit être l'objet de la méditation, car c'est en Lui que tout ceci trouve son unité. Parmi tout ceci, seul le Soi doit être connu et réalisé, car c'est à travers Lui que tout ceci peut être connu, [et nous pouvons Le connaître] de la même manière que l'on retrouve un animal perdu en suivant ses traces. Qui connaît le Soi de cette façon parvient à la renommée et vit entouré d'êtres chers.
I-iv-8: Ce Soi est plus précieux qu'un fils, plus précieux que la richesse, plus que toute autre chose, car Il est au cœur du plus intime. Une personne qui considère le Soi comme très précieux, si elle en entend une autre exprimer que telle ou telle chose lui est plus précieuse que le Soi, peut à juste titre lui dire : « Ce que tu tiens pour si précieux, un jour périra ! », elle est compétente pour le dire – et cela inévitablement se révélera vrai. On doit méditer sur le Soi comme étant la seule possession précieuse. Pour qui médite de cette façon sur le Soi comme le bien précieux par excellence, ceux qui lui sont chers ne sont plus mortels. *
I-iv-9: On demande souvent : « Les hommes pensent que grâce à la connaissance de Brahman, Brahmavidya (1), ils parviendront à la totalité. Mais alors, quelle connaissance Brahman Lui-même posséda-t-Il, qui Lui permit de devenir la Totalité ? »
I-iv-10: Ce soi était Brahman au temps des origines. Il se connaissait Lui-même comme étant uniquement « Je suis Brahman ». Aussi devient-Il la Totalité. Et, parmi les dieux, quiconque Le connaissait sous cet éclairage, devenait lui aussi Cela, Tat (1); idem pour les sages d'autrefois (2) et pour les hommes. Le sage Vamadeva, tandis qu'il réalisait que son Soi était Cela, le sut : « Je fus Manu (3), je fus le Soleil. » Et jusqu'à ce jour, quiconque de manière similaire réalise son Soi comme « Je suis Brahman », devient tout cet univers. Les dieux eux-mêmes ne peuvent l'emporter sur lui, car il est devenu leur Soi. À l'inverse, si un homme rend un culte à un autre dieu, avec la pensée [de différenciation] « Il est cet être, et je suis un autre », il ne le connaît pas réellement. Il reste comme un animal en regard des dieux. Tout comme nombre d'animaux sont au service de l'homme, nombre d'hommes sont au service des dieux. Si ne serait-ce qu'un seul animal est emporté, ce fait cause de l'angoisse [à son propriétaire]; que dire alors lorsque de nombreux animaux le sont ? Aussi les dieux n'apprécient-ils pas beaucoup que les hommes acquièrent la connaissance de ce fait.
I-iv-11: Au temps des origines, ce système de castes (1) était en réalité Brahman, Un et uniquement Un. Du fait de Son unicité, Il ne s'épanouissait pas. Il projeta donc une forme particulièrement excellente, le kshatriya, l'homme de pouvoir, en même temps que certains dieux : Indra, Varuna, Soma (la Lune), Rudra, Parjanya, Yama (la Mort), et Ishana (2). Aussi n'est-il rien de supérieur aux kshatriyas. D'où le fait que lors du sacrifice Rajasuya (3), le brahmane est assis plus bas que le kshatriya et lui rend hommage. Cette glorification qu'est son hommage, il la réserve uniquement au kshatriya. Mais lui, le brahmane, n'en demeure pas moins la source qui intronise le kshatriya. Bien que le roi brille en suprématie durant le sacrifice, à la fin il se tourne vers le brahmane comme source manifeste de son pouvoir. Qui offense un brahmane, offense sa propre source. Et il devient plus sournois, comme l'est celui qui fait un affront à un supérieur.
I-iv-12: Cependant, Brahman ne s'épanouissait toujours pas. Il projeta donc les vaishyas – forme où s'incarnèrent les dieux qui sont désignés en tant que groupes : les Vasus, les Rudras, les Vishvadevas et les Maruts (1).
I-iv-13: Cependant, Brahman ne s'épanouissait toujours pas. Il projeta donc les shudras – forme où s'incarna le dieu Pushan (1). Cette terre est en vérité Pushan, car elle nourrit tout ce qui existe.
I-iv-14: Cependant, Brahman ne s'épanouissait toujours pas. Il projeta donc une forme particulièrement excellente, la rectitude du Dharma (1). Cette rectitude est le principe directeur des kshatriyas. Il n'est donc rien qui lui soit supérieur. Même faible, un homme espère avoir raison sur un autre plus fort que lui, au moyen de la rectitude, comme dans le cas de celui qui soutient une dispute avec le roi. Cette rectitude est bien la vérité; ainsi, si un homme dit la vérité, on peut dire « Il parle avec rectitude », ou inversement, si un homme parle avec rectitude, on peut dire « Il dit la vérité », car l'une et l'autre sont bel et bien le dharma, rectitude et vérité.
I-iv-15: Ainsi furent projetées ces quatre castes : brahmanes, kshatriyas, vaishyas et shudras. Parmi les dieux, Prajapati le Créateur (cf. shloka I-ii-7) devint un brahmane en se métamorphosant en le Feu, et parmi les hommes il devint le brahmane. Il devint un kshatriya parmi les hommes, homologue des kshatriyas divins; un vaishya parmi les hommes, homologue des vaishyas divins; et un shudra parmi les hommes, homologue des shudras divins. En conséquence, c'est parmi les dieux que les hommes désirent être récompensés des rites qu'ils ont accomplis au moyen du feu, ou devenir un brahmane parmi les hommes. Car Prajapati s'est projeté dans ces deux formes, directement. Maintenant, si un homme quitte cette vie sans avoir réalisé son propre monde, son Soi, ce dernier, étant resté inconnu, ne le protègera pas – de même que les Védas, s'ils ne sont pas récités, ne le protègent pas, pas plus que ne peut le faire un acte inachevé. Et même plus, pour celui qui ne connaît pas le Soi, même s'il accomplit ici-bas un grand nombre d'actes méritoires, ces derniers s'épuisent à la fin et sont consumés, sans fruits pour lui. Aussi doit-on méditer sur ce monde que l'on appelle le Soi. Celui qui médite ainsi – son labeur ne périt pas; car, à partir de son Soi authentique, il projette * tout ce qu'il désire.
I-iv-16: Au demeurant, ce Soi de l'homme ignorant est un objet de jouissance pour tous les êtres. Dès lors qu'il accomplit des oblations par le feu et des sacrifices rituels, il devient objet de jouissance pour les dieux. Dès lors qu'il étudie les Védas, il devient objet de jouissance pour les Rishis (cf. shloka I-iv-10). Dès lors qu'il fait des offrandes aux Pitris (1) et désire des descendants, il devient objet de jouissance pour les Pitris. Dès lors qu'il leur donne abri et nourriture, il devient objet de jouissance pour les hommes. Dès lors qu'il leur donne fourrage et eau, il devient objet de jouissance pour les animaux. Et cela jusqu'à ces bêtes, oiseaux et fourmis, qui viennent se nourrir dans sa demeure et pour lesquelles il devient objet de jouissance. Tout être vivant, de même qu'il souhaite que son corps soit préservé de toute blessure, souhaite la même chose pour celui qui possède cette connaissance. Oui, tout ceci est déjà connu et a fait l'objet d'investigations.
I-iv-17: Au temps des commencements, cet agrégat d'objets de jouissance n'était que le Soi – et seul Il existait. Il éprouva un désir : « Il me faut avoir une femme, afin que je puisse renaître en tant qu'enfant. Et il me faut avoir des biens (1), afin que je puisse accomplir des rites. » C'est là tout ce que le désir peut recouvrir *. Même si l'on désire autre chose, on ne peut obtenir plus que cela. Aussi, à ce jour encore, un homme célibataire désire lui aussi cela : « Il me faut avoir une femme, afin que je puisse renaître en tant qu'enfant. Et il me faut avoir des biens, afin que je puisse accomplir des rites. » Jusqu'à leur obtention, il se ressent comme incomplet. Car c'est ainsi que lui vient le sentiment de sa complétude : le mental est son Soi, la parole son épouse, l'énergie vitale (prana) son enfant, l'œil sa richesse d'homme (car c'est bien par l'œil qu'il découvre les biens terrestres à acquérir), l'oreille est sa richesse divine (car c'est bien par l'oreille qu'il découvre les biens suprêmes à acquérir), et enfin le corps est son rite (car c'est bien par le corps qu'il accomplit les rites prescrits.
Brahmana V – Instruction V : Les manifestations de Prajapati I-v-1: Voici les versets d'un mantra : « Je vais maintenant dévoiler ceci : le Père suprême, Prajapati (cf. shloka I-ii-7), produisit sept types de nourriture au moyen de méditations et de rites. L'un est commun à tous les mangeurs, deux sont réservés aux dieux, trois sont pour Son usage personnel, et le dernier type, Il le donna aux animaux. Tout, absolument tout, repose sur la nourriture – tout ce qui vit et respire, et tout ce qui ne respire pas. Ces nourritures ne sont jamais épuisées, alors qu'elles sont en permanence consommées : pour quelle raison ? Qui connaît la raison de la nature inépuisable de la nourriture, absorbe une nourriture de qualité prééminente : il est parvenu à s'identifier aux dieux et comme eux il se nourrit du nectar d'immortalité (1). »
I-v-2: « Le Père suprême, Prajapati, produisit sept types de nourriture au moyen de méditations et de rites » - ceci signifie que le Père les a réellement produit en s'aidant de méditations et de rites.
I-v-3: « Trois sont pour Son usage personnel », à savoir le mental, l'organe de la parole et l'énergie vitale, qu'Il conçut en fonction de Lui-même. On dit couramment « J'étais distrait, je ne l'ai pas vu » ou « J'étais distrait, je ne l'ai pas entendu» : c'est bien au travers du mental que l'on voit et entend. Désirs, résolution, doute, foi, manque de foi, constance, instabilité, honte, intelligence et peur – tout cela est bel et bien le mental. Supposez qu'on vous touche par derrière, c'est bien par le mental que vous le constatez; cela seul suffit à prouver l'existence du mental. De la même façon, toutes les sortes de sons sont en fait l'organe de la parole, car ils servent à exprimer le caractère d'une chose, sans néanmoins révéler son essence propre. Prana, Apana, Vyana, Udana, Samana (cf. prana, shloka I-i-1) et Ana (1), sont tous des expressions de l'énergie vitale. Quant à ce corps humain, il se constitue de ces trois nourritures : mental, organe de la parole et énergie vitale.
I-v-4: Et celles-ci sont les trois mondes (cf. Triloka, shloka I-iii-22). L'organe de la parole est ce monde ici-bas, la terre; le mental est le ciel intermédiaire; et l'énergie vitale est le monde de l'au-delà, le ciel divin. I-v-5: Et elles sont aussi les trois Védas. L'organe de la parole est le Rig Véda, le mental est le Yajur Véda, et l'énergie vitale est le Sama Véda. I-v-6: Et elles sont aussi les peuples de ces trois mondes. L'organe de la parole est le peuple des dieux, le mental est le peuple des Pitris (cf. shloka I-iv-16), et l'énergie vitale est le peuple des humains. I-v-7: Et elles sont aussi la famille privée : mère, père et enfant. L'organe de la parole est la mère, le mental est le père, et l'énergie vitale est l'enfant. I-v-8: Et elles sont aussi ce qui est connu, ce qu'il est souhaitable de connaître, et ce qui reste inconnu. Tout connu, quel qu'il soit, est une forme de l'organe de la parole, car cette connaissance est verbalisée par le connaisseur. L'organe de la parole protège celui qui connaît ses différentes manifestations, en devenant pour lui tout ce qui est connu. *
I-v-9: Ce qu'il est souhaitable de connaître est une forme du mental, car celui-ci est justement ce qui est à connaître. Le mental protège celui qui connaît ceci, en devenant pour lui cela, qu'il est souhaitable de connaître. I-v-10: Tout l'inconnu, quel qu'il soit, est une forme de l'énergie vitale, qui représente ce qui reste inconnu. L'énergie vitale protège celui qui connaît ceci, en devenant pour lui cela, qui est l'inconnu. *
I-v-11: La Terre est le corps de cet organe de la parole, et le feu est son organe de lumière. Et aussi loin que s'étend l'organe de la parole, aussi loin s'étendent la terre et le feu. I-v-12: Le ciel est le corps de ce mental, et ce soleil est son organe de lumière. Et aussi loin que s'étend le mental, aussi loin s'étendent le ciel et le soleil. Ces deux lumières – feu et soleil – furent unies, et par cette union elles émanèrent l'énergie vitale, prana. Il est le Seigneur suprême, sans rival. Un second être serait inévitablement un rival. Qui possède cette connaissance n'a plus de rival. I-v-13: L'eau est le corps de cette énergie vitale, et cette lune est son organe de lumière. Et aussi loin que s'étend l'énergie vitale, aussi loin s'étendent l'eau et la lune. L'une et l'autre sont toute égalité, toute infinité. Qui médite sur elles comme finies parvient à un monde de finitude, mais qui médite sur elles comme infinies parvient au monde de l'infinité. 1-v-14: Ce Progéniteur divin, Prajapati, est constitué de seize parties, et Il s'est représenté sous le symbole de l'année. Les nuits et les jours font ensemble quinze de Ses parties, et le point fixe est Sa seizième partie. C'est Lui, en tant que lune, qui croît et décroît au fil des nuits et des jours. Puis, à travers ce point fixe de Sa seizième partie, qui est la nuit de la nouvelle lune, Il verse Ses influences et en imprègne toutes les créatures vivantes, et se relève le matin suivant. Aussi est-ce en l'honneur de cette divinité lunaire que cette nuit-là, il est interdit à quiconque de prendre la vie de la moindre créature, pas même d'un simple lézard. I-v-15: Assurément, qui possède la connaissance de ce qui précède devient lui-même ce Prajapati doté de seize parties et représenté par l'année. Pour lui la richesse constitue quinze de ses parties, son propre corps étant la seizième. Il croît et décroît au fil de sa richesse. Son corps est comme le moyeu d'une roue dont la richesse serait la jante. Il en découle que, même si un homme perd tous ses biens tout en conservant son corps et sa vie, les gens disent qu'il n'a perdu que son équipement, lequel peut être reconstitué. I-v-16: Assurément, il existe trois mondes, celui des hommes, celui de leurs ancêtres, les Pitris, et celui des dieux. Ce monde des hommes, c'est en ayant un descendant qu'on le gagne *, et non par quelque rite; le monde des ancêtres est atteint au moyen de rites; quant au monde des dieux, c'est par la méditation. Ce dernier est le meilleur des mondes. C'est bien pour cela que l'on loue à ce point la méditation.
I-v-17: Passons maintenant à la transmission de pouvoir (1). Lorsqu'un homme sent la mort approcher, il dit à son fils : « Tu es Brahman, tu es le sacrifice, et tu es le monde. » Le fils répond : « Je suis Brahman, je suis le sacrifice, et je suis le monde. » La tradition (2) explique ainsi l'intention du père : « Que tout ce que j'ai pu étudier trouve son unification en le nom de Brahman ! Que tous les sacrifices que j'ai pu accomplir trouvent leur unification dans le mot “sacrifice” ! Et que tous les mondes qui existent et auxquels j'ai pu accéder trouvent leur unification dans le mot “monde” ! Tous les devoirs d'un maître de maison et père de famille ont bien consisté en tout ceci. Lui, mon fils, en prenant le relais de tous ces devoirs, me délivrera des liens de ce monde-ci. » Aussi dit-on qu'un fils qui a été bien guidé dans cette éducation [aux devoirs du maître de maison] est un atout vers l'obtention du monde de l'au-delà; c'est dans cette optique qu'un père éduque son fils. Lorsqu'un père qui possède cette connaissance prend son départ pour l'autre monde, il insuffle à son fils les pouvoirs de son organe de la parole, de son mental et de son énergie vitale. Ainsi, au cas où par omission des devoirs seraient restés inaccomplis, la transmission à son fils l'exonère de leur charge; c'est en cela que consiste la filiation authentique : le père reste en ce monde-ci à travers son fils. Et c'est l'organe de la parole divine, le mental divin et l'énergie vitale divine qui maintenant peuvent pénétrer en lui, le mourant.
I-v-18: L'organe de la parole divine, sortant de son corps de terre et de sa lumière de feu (cf. shloka I-v-11), le pénètre tout entier. Oui, tel est l'organe de la parole divine que toute parole à travers lui se réalise pleinement. I-v-19: Le mental divin, sortant de son corps de ciel et de sa lumière de soleil (cf. shloka I-v-12), le pénètre tout entier. Oui, tel est le mental divin que tout est pour lui plénitude de joie et qu'il ne connaît plus jamais le chagrin. I-v-20: L'énergie vitale divine, sortant de son corps d'eau et de sa lumière de lune (cf. shloka I-v-13), le pénètre tout entier. Oui, telle est l'énergie vitale divine que – dans le mouvement comme dans l'immobilité – elle ne subit ni altération ni diminution. I-v-21: Considérons maintenant les vœux d'affirmation individuelle : Prajapati créa les organes des sens. Ceux-ci, à peine créés, se querellèrent. L'organe de la parole prit le vœu suivant : « Je parlerai sans cesse, moi. » L'œil affirma : « Non, moi je regarderai sans cesse. » Et l'oreille : « C'est moi qui écouterai sans cesse. » Et ainsi de suite des autres organes, chacun selon sa fonction. Mais la Mort, empruntant la forme de la fatigue, jeta sur eux son emprise, s'emparant d'eux et mettantt une forte restriction à leur activité. Depuis lors, l'organe de la parole se fatigue, tout comme l'œil et l'oreille. Mais la Mort ne s'abattit pas sur l'énergie vitale qui réside à l'intérieur du corps. Les autres organes firent le vœu de reconnaître la suprématie de Prana : « C'est en vérité lui, le plus grand de nous tous, puisque dans le mouvement comme dans l'immobilité – il ne subit ni altération ni diminution. Nous allons donc prendre une forme d'activité qui soit en conformité avec lui. » Et ils se conformèrent à lui. Aussi les considère-t-on comme des aspects diversifiés de Prana lui-même. De même, toute famille où se trouve un homme possédant cette connaissance, prend le nom de famille de cet homme. Et quiconque entre en compétition avec un tel homme, se flétrit et finit par en mourir. I-v-22: Référons-nous maintenant aux divinités. Agni, le Feu, prit le vœu suivant : « Je brûlerai sans cesse, moi. » Aditya, le Soleil, affirma : « Non, moi je chaufferai sans cesse. » Et Chandra, la Lune : « C'est moi qui brillerai sans cesse. » Et ainsi de suite des autres dieux, chacun selon sa fonction. Et dans la même position que tient Prana dans le corps, au milieu des autres organes, ainsi est Vayu, l'air (cf. shloka I-iii-13), au milieu des autres dieux. Les autres dieux se couchent, mais pas l'air. Vayu est en vérité la divinité qui jamais ne décline. I-v-23: Les dieux observèrent leur vœu d'allégeance à ce Prana, dont le Soleil émerge et dans lequel il se couche. Ce vœu a continué d'être observé jusqu'à ce jour-ci et le sera demain. Oui, il est vrai que le soleil se lève en émergeant du Prana cosmique, et qu'il y replonge en se couchant. Et aujourd'hui encore, les dieux continuent d'observer ce même vœu d'allégeance de jadis. Aussi n'y-a-t-il qu'un seul vœu que l'être humain soit tenu d'observer : accomplir les fonctions de prana, respiration, et apana, excrétion, pour empêcher que la Mort, sous son emprise de fatigue, ne le saisisse. Et lorsqu'il accomplit cette observance, il doit veiller à le faire entièrement. De cette façon, il atteint à l'identification à cette divinité, Prana, ou s'en va résider dans le même plan d'existence.
Brahmana VI – Instruction VI : Les trois aspects de l'univers I-vi-1: En vérité, cet univers consiste en une triade : nama, le nom; rupa, la forme (cf. shloka I-iv-7); karma, l'action (1). Toutes les désignations d'usage courant, tous les noms (nama), ont leur source dans la parole, et c'est par le son qu'ils émergent tous. La parole est leur force d'égalisation (Sama - cf. shloka I-iii-22) *, car elle a même valeur pour tous les noms. La parole est leur Brahman, leur identité essentielle, car c'est elle qui soutient tous les noms.
I-vi-2: Toutes les formes (rupa) ont leur source dans l'organe de la vision, et c'est par l'œil qu'elles émergent toutes. L'organe de la vision est leur force d'égalisation (sama), car il a même valeur pour toutes les formes. L'organe de la vision est leur Brahman, leur identité essentielle, car c'est lui qui soutient toutes les formes. I-vi-3: Et toutes les actions (karma) ont leur source dans le corps, et c'est par le corps qu'elles émergent toutes. Le corps est leur force d'égalisation (sama), car il a même valeur pour toutes les actions. Le corps est leur Brahman, leur identité essentielle, car c'est lui qui soutient toutes les actions.
CHAPITRE DEUX
II-i-1: Om ! Jadis vivait dans la famille des Garga un homme appelé Balaki-le-fier, qui était un orateur éloquent. À Ajatasatru, roi de Bénarès, il déclara un jour : « Je vais te révéler la nature de Brahman ! » Ajatasatru répondit : « Rien que pour cette proposition, je te donne mille vaches. Des tas de gens courent vers moi, me flattant : « Janaka (1) ! Janaka ! » Je le vaux peut-être par certaines qualités. »
II-i-2: Gargya [“du clan des Garga”, le personnage pré-cité - NdT] lui dit : « Cet être qui est dans le soleil, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas du soleil en ces termes ! Je médite sur lui en tant que Celui-qui-surpasse-tout, le Régent de tous les êtres, le Resplendissant. » Qui médite sur le soleil en ces termes devient lui-même celui qui surpasse tout, à la tête de ses semblables, resplendissant. II-i-3: Gargya enchaîna : « Cet être qui est dans la lune, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas de la lune en ces termes ! Je médite sur elle en tant que la grande Soma à la robe blanche, rayonnante. » Qui médite sur la lune en ces termes obtient chaque jour une abondante part de soma (1) pressé pour lui lors des sacrifices principal et auxiliaires, et sa part de nourriture est si abondante qu'il n'en vient jamais à bout.
II-i-4: Gargya continua : « Cet être qui est dans l'éclair, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas de l'éclair en ces termes ! Je médite sur lui en tant que le puissamment lumineux. » Qui médite sur l'éclair en ces termes devient fortement lumineux, lui-même ainsi que ses enfants. II-i-5: Gargya continua : « Cet être qui est dans l'éther (1), je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas de l'Akasha en ces termes ! Je médite sur lui en tant que plénitude et immobilité. » Qui médite sur l'Akasha en ces termes est comblé d'enfants et de bétail, et sa descendance jamais ne s'éteint ici-bas.
II-i-6: Gargya continua : « Cet être qui est dans l'air (Vayu, cf. shloka I-iii-13), je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas de Vayu en ces termes ! Je médite sur Vayu en tant que le Seigneur Indra (cf. shloka I-iv-11), l'irrésistible, et l'armée invaincue. » Qui médite sur Vayu en ces termes est à jamais victorieux, invincible, un conquérant face à ses ennemis. II-i-7: Gargya continua : « Cet être qui est dans le feu, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas du feu en ces termes ! Je médite sur lui en tant que tolérance *. » Qui médite sur le feu en ces termes devient tolérant, lui-même ainsi que ses enfants.
II-i-8: Gargya continua : « Cet être qui est dans l'eau, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas de l'eau en ces termes ! Je médite sur elle en tant que grâce agréable. » Qui médite sur l'eau en ces termes ne voit venir vers lui que des êtres et des situations agréables, et ne rencontre pas d'adversité; de plus, il engendre des enfants qui sont également agréables. II-i-9: Gargya continua : « Cet être qui se reflète dans le miroir *, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas du reflet du miroir en ces termes ! Je médite sur lui en tant que luminosité réfléchissante. » Qui médite sur le reflet du miroir en ces termes devient une lumière réfléchissante, lui-même ainsi que ses enfants. Et sa capacité d'illuminer englobe tous ceux avec qui il entre en contact.
II-i-10: Gargya continua : « Cet être sonore qui suit l'homme qui marche, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas du bruit des pas en ces termes ! Je médite sur lui en tant que l'écho de Prana dans le corps. » Qui médite sur le bruit de ses pas en ces termes atteint au terme de son âge sur cette terre, et la vie ne le quitte pas avant que son temps ne soit accompli. II-i-11: Gargya continua : « Cet être qui est dans les directions de l'espace, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas des directions de l'espace en ces termes ! Je médite sur elles en tant que duelles et inséparables, tels les Ashvins (1). » Qui médite sur les directions de l'espace en ces termes a de l'amitié pour tout le monde et n'est jamais sans compagnons *.
II-i-12: Gargya continua : « Cet être qui apparaît avec notre ombre, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas de l'ombre en ces termes ! Je médite sur elle en tant que la mort *. » Qui médite sur son ombre en ces termes atteint au terme de son âge sur cette terre, et la vie ne le quitte pas avant que son temps ne soit accompli.
II-i-13: Gargya continua : « Cet être qui est dans le soi, je médite sur lui en tant que Brahman. » Ajatasatru répondit : « Je t'en prie, ne me parle pas du petit soi en ces termes ! Je médite sur lui en tant que possesseur d'un Soi qui le dépasse infiniment. » Qui médite sur le soi possesseur du Soi en ces termes entre en possession du Soi, lui-même ainsi que ses enfants. II-i-14: Ajatasatru demanda : « Est-ce là tout ? » — « Oui, c'est tout. » — « Connaître autant que ça, ce n'est pas vraiment connaître Brahman ! » Alors Gargya dit : « Je me présente à toi comme un étudiant. » II-i-15: Ajatasatru répondit : « Il est contraire à l'usage qu'un brahmane se présente à un kshatriya (cf. shloka I-iv-11) dans l'idée que celui-ci l'instruise au sujet de Brahman. Cependant, je t'instruirai. » Il se leva et prit Gargya par la main, l'emmenant. II-i-16: Ajatasatru continua : « Pendant qu'il dormait ainsi, cet être empli de conscience (vijnanamaya) (1), où donc se trouvait-il ? Oui, d'où est-il revenu à son réveil ? » Gargya ne sut que répondre.
II-i-17: Ajatasatru continua : « Quand cet être empli de conscience (vijnanamaya) dort ainsi, les fonctions des organes sont rétractées dans sa conscience propre, et il repose dans l'akasha (cf. shloka II-i-5) du Soi suprême, lequel réside dans le cœur. Lorsqu'un être rétracte ses organes sensoriels, on le dit endormi : pendant ce temps, l'odorat est rétracté, de même pour l'organe de la parole, la vue, l'ouïe et l'activité mentale. » II-i-18: « Lorsqu'il repose ainsi et se met à rêver, voici quelles peuvent être ses réalisations : il est devenu un empereur, si l'on peut dire, ou un noble brahmane, ou selon le cas, il atteint des statuts élevés ou bas. Comme l'empereur, entraînant sa suite de sujets, se déplace là où l'envie le mène, dans les limites de son empire, ainsi le dormeur, entraînant ses organes sensoriels, se déplace là où l'envie le mène, dans les limites de son corps. » II-i-19: « Puis cet être empli de conscience tombe dans un sommeil profond, où plus rien ne lui est perceptible. Il se retire par les soixante-douze mille nadis (1) qui, depuis le cœur, irriguent le corps tout entier, tout en demeurant dans le corps. À la façon dont vit un bébé, ou un empereur, ou encore un noble brahmane, après avoir atteint le summum de la félicité, ainsi se repose le soi du dormeur. »
II-i-20: « Ainsi que l'araignée qui va et vient le long du fil qu'elle a sécrété, ainsi que les minuscules étincelles qui, des flammes, jaillissent dans toutes les directions, c'est de l'Atman, le Soi suprême, qu'émanent tous les organes, tous les mondes, toutes les divinités et tous les êtres. Selon l'enseignement secret des Upanishads, Il est “la Vérité de la vérité”, “la Réalité de la réalité”. L'énergie vitale, Prana, et ses divers souffles vitaux sont la réalité, et leur Réalité est l'Atman. *
Brahmana II – Instruction II : Description du Prana II-ii-1: Celui qui connaît le veau, le lieu où il demeure, son coin particulier, et le poteau auquel il est attaché, fait périr ses sept frères ennemis *. L'énergie vitale du corps est le veau, le corps est le lieu où il demeure, la tête est son coin particulier, la force corporelle est le poteau, et la nourriture est la longe qui l'attache.
II-ii-2: Les sept divinités qui préviennent le déclin [de l'énergie vitale] veillent sur le veau avec respect : ces veinules rouges qui tapissent l'œil sont le passage de Rudra (cf. shloka I-iv-11), qui veille sur lui; le liquide lacrimal qui humidifie l'œil est le fait de Parjanya (idem) qui veille sur lui; à travers l'iris, Aditya, le soleil, préside [à la vue]; à travers la pupille, c'est Agni, le feu qui veille sur lui; à travers le blanc de l'œil, c'est Indra, le roi des cieux; la paupière inférieure est entraînée vers le bas par Prithivi, la terre, qui veille sur lui; la paupière supérieure, elle, est remontée par Dyaus, dieu des cieux atmosphériques. Qui possède cette connaissance ne voit jamais diminuer sa portion de nourriture. II-ii-3: À ce propos circule une brève parabole, que voici : « Il existe une coupe qui s'ouvre par le dessous et dont les flancs renflés sont sur le dessus; on y a versé divers savoirs, et sept sages sont assis autour d'elle, plus un huitième, l'organe de la parole incarnant la sagesse des Védas. » Cette coupe ouverte par le dessous, aux flancs renflés sur le dessus, symbolise notre tête, dont la forme est similaire. Les divers savoirs qui y ont été versés symbolisent nos organes des sens, en ce qu'ils nous nous procurent diverses voies de connaissance. Les sept sages assis tout autour sont les organes. L'organe de la parole incarne effectivement la parole des Védas *.
II-ii-4: Ces deux oreilles sont respectivement Gotama et Bharadvaja (1); ces deux yeux sont respectivement Visvamitra et Jamadagni; ces deux narines sont respectivement Vasishta et Kashyapa; la langue est Atri, car c'est grâce à elle que la nourriture est avalée. Atri est l'homonyme de Atti, celui qui mange. Qui possède cette connaissance devient capable de se nourrir de toute chose, et tout est pour lui nourriture.
Brahmana III – Instruction III : Les deux formes de Brahman II-iii-1: En vérité, Brahman possède deux formes : grossière et subtile (1), mortelle et immortelle, limitée et infinie, définie et indéfinie.
II-iii-2: La forme grossière est autre que l'air et l'éther (akasha - cf. shloka II-i-5). C'est une forme mortelle, elle est limitée et définie. L'essence de ce qui est grossier, mortel, limité et défini, est le soleil étincelant, car il est l'essence des trois autres éléments (terre, eau et feu). II-iii-3: Quant à la forme subtile, elle est d'air et d'éther. C'est une forme immortelle, elle est illimitée et indéfinie. L'essence de ce qui est subtil, immortel, illimité et indéfini, est le Purusha (cf. shloka I-iv-1) de l'orbe solaire, car cet Être est l'essence des deux éléments (air et éther). Cette forme subtile concerne les dieux (1).
II-iii-4: La forme grossière concerne le corps (1): c'est du moins la partie matérielle de ce corps – qui est autre que l'air et l'éther du corps. Elle est mortelle, limitée et définie. L'essence de ce qui est grossier, mortel, limité et défini, c'est l'œil *. Il est en effet l'essence des trois éléments (terre, eau et feu).
II-iii-5: Maintenant, la forme subtile du corps : c'est l'air et l'éther du corps. Elle est immortelle, illimitée et indéfinie. L'essence de ce qui est subtil, immortel, illimité et indéfini, est le Purusha de l'œil droit, car cet Être est l'essence de l'indéfini. II-iii-6: Cet Être se manifeste sous une apparence multicolore : il est semblable à l'étoffe teinte au safran, ou à la laine des moutons gris, ou à cet insecte écarlate appelé Indragopa (1), ou à la langue de feu, ou à un lotus blanc, ou à un éclair. Qui possède cette connaissance se revêt d'une splendeur égale à l'éclair. Nous comprenons maintenant pourquoi on décrit Brahman comme étant “Neti, Neti” : ni ceci, ni cela. Il n'y a pas en effet de description plus appropriée que ce “ni ceci, ni cela”. Quant à Sa désignation de “Réalité de la réalité”, elle s'éclaire du fait que si le Prana est la réalité, Brahman est la Réalité du Prana *.
Brahmana IV – Instruction IV : Yajnavalkya et Maitreyi (1) II-iv-1: « Ma chère Maitreyi, dit Yajnavalkya (1), j'ai l'intention de renoncer à cette vie de maître de maison. Accorde-moi de faire à l'amiable le partage de mon patrimoine entre toi et Katyayani. »
II-iv-2: Maitreyi répondit : « Mon époux, si même cette terre entière avec toutes ses richesses était mienne, en deviendrais-je immortelle ? » « Non, ta vie serait semblable à celle de tous ces gens qui possèdent beaucoup de biens. Mais aucun espoir d'immortalité à travers les richesses ! » II-iv-3: Maitreyi : « Mais que ferais-je de ce qui ne me rendrait pas immortelle ?! Parle-moi, mon vénéré Maître, uniquement de ce que tu sais être la seule voie vers l'immortalité. » II-iv-4: Yajnavalkya : « Ma chérie, tu as toujours été ma bien-aimée, et cela déjà bien avant cet instant où tu exprimes ce qui me tient à cœur. Approche-toi, assieds-toi, je vais te l'expliquer. Durant cette explication, concentre-toi et médite sur ce que je vais te dire. » II-iv-5: « En vérité, ce n'est pas par simple amour pour l'époux, ma très chère, qu'il est aimé, mais c'est pour son propre bien que l'épouse chérit l'époux. I-iv-6: « Le brahmane ignore celui qui le perçoit comme différent de l'Atman. Le kshatriya ignore celui qui le perçoit comme différent de l'Atman. Les divers mondes ignorent celui qui les perçoit comme différents de l'Atman. Les dieux ignorent celui qui les perçoit comme différents de l'Atman. Les êtres ignorent celui qui les perçoit comme différents de l'Atman. Le Tout ignore celui qui le perçoit comme différent de l'Atman. Oui, ce brahmane, ce kshatriya, ces mondes, ces dieux, ces êtres et ce Tout – ils sont tous l'Atman *. »
II-iv-7-9: « Tout comme, lorsqu'on frappe sur un tambour, ses diverses notes spécifiques demeurent indistinctes, et sont amalgamées dans la sonorité générale du tambour ou dans le son général produit par différents types de frappes;
II-iv-10: « Tout comme d'un feu allumé avec des fagots encore humides s'élèvent des fumées, des étincelles et de la vapeur, de même, ma très chère, le Rig Véda, le Yajur Véda, le Sama Véda, l'Atharva Véda, l'histoire, la mythologie (les Puranas), les arts (vidya), les Upanishads, les versets (shlokas), les aphorismes (sutras), les élucidations (anuvyakhyanas) (1) et explications (vyakhyanas) (2), sont tous sortis du souffle de la Réalité infinie. Oui, c'est le Soi suprême qui les a exhalés. »
II-iv-11: « Tout comme l'océan est le lieu où se déversent toutes sortes d'eaux, II-iv-12: « Tout comme une pincée de sel jetée dans l'eau s'y dissout au point que personne ne peut plus l'y récupérer, mais qu'en quelque partie qu'on puise dans cette eau, elle a une saveur salée, ainsi, ma très chère, cette grande, cette illimitée, cette infinie Réalité n'est que pure Intelligence. Le soi de l'entité séparée (Jiva) surgit des cinq éléments (1) et, à leur destruction, cette existence séparée périt également. Lorsqu'il atteint l'unicité du Soi absolu, il perd sa conscience d'entité séparée. Voilà ce que j'avais à te dire, ma chérie. » Et Yajnavalkya se tut.
II-iv-13: Maitreyi remarqua : « Juste à ce point, tu viens de semer la confusion dans mon esprit – lorsque tu as dit qu'après avoir atteint l'unicité, le soi n'a plus de conscience. » Yajnavalkya reprit : « Ce que je dis n'a certainement pas de quoi te déconcerter, ma chérie; la Réalité est un océan de connaissance, et non une inconscience, ô Maitreyi. » II-iv-14: « Car lorsqu'il y a dualité, l'odorat a quelque chose à sentir, la vue a quelque chose à voir, l'ouïe a quelque chose à entendre, la parole a quelque chose à dire, le mental a quelque chose à penser, l'intellect a quelque chose à connaître. Par contre, pour le connaisseur de Brahman, tout, absolument tout, est devenu le Soi; qu'y aurait-il alors à sentir, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à voir, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à entendre, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à dire, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à penser, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à connaître, et avec quoi ? Et avec quoi pourrait-on connaître Cela, Tat (cf. shloka I-iv-10), grâce auquel tout ceci est connu – oui, avec quoi, ma très chère, pourrait-on connaître le Connaisseur lui-même ? *
Brahmana V – Instruction V : Madhu Vidya (1) – La doctrine de miel, ou l'interdépendance des objets créés
II-v-1: Cette Terre est telle du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cette Terre. De même, ce Purusha (cf. shloka I-iv-1) lumineux et immortel qui est l'âme de cette Terre, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de ce corps, sont tous deux du miel *. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout **.
II-v-2: Cette Eau est telle du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cette Eau. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette Eau, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette semence dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-3: Ce Feu est tel du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour ce Feu. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de ce Feu, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette organe de la parole dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-4: Cet Air est tel du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cet Air. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cet Air, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette énergie vitale dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-5: Ce Soleil est tel du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour ce Soleil. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de ce Soleil, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cet œil dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-6: Ces Directions (Dishas – cf. shloka I-iii-15) sont telles du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour ces Directions. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de ces Directions, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette oreille dans le corps et l'âme du temps de l'audition des enseignements sacrés, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-7: Cette Lune est telle du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cette Lune. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette Lune, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de ce mental dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-8: Cet Éclair est tel du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cet Éclair. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cet Éclair, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette luminosité dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-9: Cette Nuée d'orage est telle du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cette Nuée d'orage. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette Nuée d'orage, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de ces bruits et de cette voix dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-10: Cet Akasha (cf. shloka II-i-5) est tel du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cet Akasha. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cet Akasha, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cet Akasha du cœur dans le corps (cf. shloka II-i-17), sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-11: Cette rectitude du Dharma (cf. shloka I-iv-14) est telle du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cette rectitude du Dharma. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette rectitude du Dharma, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette rectitude du corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-12: Cette Vérité (1) est telle du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cette Vérité. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette Vérité, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette vérité dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout.
II-v-13: Cette espèce humaine est telle du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cette espèce humaine. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette espèce humaine, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cette espèce humaine dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-14: Cet Être cosmique (Atman, cf. shloka I-ii-7) est tel du miel pour tous les êtres, et tous les êtres sont tels du miel pour cet Être cosmique. De même, ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cet Être cosmique, ainsi que ce Purusha lumineux et immortel qui est l'âme de cet être individuel dans le corps, sont tous deux du miel. Et ces quatre miels sont tous le Soi. La connaissance de ce Soi est la voie vers l'immortalité; l'unité sous-jacente est Brahman; ainsi, par la connaissance de Brahman, l'on devient le Tout. II-v-15: Cet Atman est en vérité le gouverneur de tous les êtres, et le Roi de tous les êtres. Tout comme les rayons d'une roue sont fixés au moyeu et à la jante, ainsi tous les êtres, tous les dieux, tous les mondes, tous les organes et tous ces Soi individuels sont fixés à cet Atman. II-v-16: Telle est la doctrine de miel que le Rishi Dadhyach, érudit de l'Atharva Véda, communiqua aux Ashvins (cf. shloka II-i-11). S'en apercevant, le Rishi s'exclama : « Ô Ashvins à forme humaine, je vais dévoiler votre terrible méfait, qu'on peut appeler un exploit, que vous avez commis par pure convoitise, oui je vais révéler, tel un nuage qui déverse ses pluies, comment vous avez appris la méditation sur le principe fondamental d'aide mutuelle, que vous m'avez soutirée, à moi Dadhyach, l'érudit de l'Atharva Véda, affublé d'une tête de cheval. » (1)
II-v-17: Telle est la doctrine de miel que le Rishi Dadhyach, érudit de l'Atharva Véda, communiqua aux Ashvins. S'en apercevant, le Rishi s'exclama : « Ô Ashvins, vous avez fixé une tête de cheval sur mes épaules, à moi Dadhyach, l'érudit de l'Atharva Véda. Ô terribles, Dadhyach, soucieux de tenir sa promesse, vous enseigna le rituel de méditation sur la doctrine de miel en liaison au rite solaire, ainsi que la méditation secrète qui l'accompagne. » II-v-18: Telle est la doctrine de miel que le Rishi Dadhyach, érudit de l'Atharva Véda, communiqua aux Ashvins. S'en apercevant, le Rishi s'exclama : « Lui, le Créateur, produisit des corps à deux jambes; et des corps à quatre jambes. Lui, l'Être suprême, se métamorphosa tout d'abord en oiseau (symbole du corps subtil) afin de pénétrer dans les corps créés. Ces corps devinrent tous la cité (pur) qu'Il habite, et c'est pour cela qu'on L'appelle le Pur-usha [c.-à-d. le Résident]. Il n'existe rien qui ne soit recouvert par Lui, rien qui ne soit pénétré de part en part par Lui. » II-v-19: Telle est la doctrine de miel que le Rishi Dadhyach, érudit de l'Atharva Véda, communiqua aux Ashvins. S'en apercevant, le Rishi s'exclama : « Lui, le Créateur, Se métamorphosa en s'accordant à chaque forme, et chacune des formes qu'Il emprunta fut créée afin qu'Il se manifeste et soit ainsi connu. Le Seigneur, par l'artifice de Ses Mayas (1), apparaît ainsi multiple; car dix organes, tels des chevaux, Lui sont attelés, dix, que dis-je, des centaines ! Cet Atman est les organes, Il est dix et des milliers – et encore plus, à l'infini ! Oui, ce Brahman est dépourvu d'antériorité comme de postériorité, d'intériorité comme d'extériorité. Ce Soi doué de perception universelle est Brahman. Tel est l'enseignement secret de l'Upanishad. »
Brahmana VI – Instruction VI : La lignée des Instructeurs II-vi-1: Voici la lignée des Instructeurs : Pautimasya reçut cet enseignement de Gaupavana. Gaupavana le reçut d'un autre Pautimasya. Ce dernier Pautimasya le reçut d'un autre Gaupavana. Ce dernier Gaupavana le reçut de Kausika. Kausika le reçut de Kaundinya. Kaundinya le reçut de Sandilya. Sandilya le reçut de Kausika et de Gautama. Gautama – II-vi-2: ... le reçut d'Agnivesya. Agnivesya le reçut de Sandilya et d'Anabhimlata. Anabhimlata le reçut d'un autre du même nom. Celui-là le reçut d'un troisième Anabhimlata. Ce dernier Anabhimlata le reçut de Gautama. Gautama le reçut de Saitava et de Pracinayogya. Ces derniers le reçurent de Parasarya. Parasarya le reçut de Bharadvaja. Ce dernier le reçut de Bharadvaja et de Gautama. Gautama le reçut d'un autre Bharadvaja. Ce dernier le reçut d'un autre Parasarya. Parasarya le reçut de Baijavapayana. Ce dernier le reçut de Kausikayani. Kausikayani – II-vi-3: ... le reçut de Ghrtakausika. Ghrtakausika le reçut de Parasaryayana. Ce dernier le reçut de Parasarya. Parasarya le reçut de Jatukarnya. Jatukarnya le reçut d'Asurayana et de Yaska. Asurayana le reçut de Traivani. Traivani le reçut d'Aupajandhani. Ce dernier le reçut d'Asuri. Asuri le reçut de Bharadvaja. Bharadvaja le reçut d'Atreya. Atreya le reçut de Manti. Manti le reçut de Gautama. Gautama le reçut d'un autre Gautama. Ce dernier le reçut de Vatsya. Vatsya le reçut de Sandilya. Sandilya le reçut de Kaisorya Kapya. Ce dernier le reçut de Kumaraharita. Kumaraharita le reçut de Galava. Galava le reçut de Vidarbhi-Kaundinya. Ce dernier le reçut de Vatsanapat Babhrava. Ce dernier le reçut de Pathin Saubhara. Ce dernier le reçut d'Ayasya Angirasa. Ce dernier le reçut d'Abhuti Tvastra. Ce dernier le reçut de Visvarupa Tvastra. Ce dernier le reçut des Ashvins (cf. shloka II-i-11). Ces derniers le reçurent de Dadhyac Atharvana. Ce dernier le reçut d'Atharvan Daiva. Ce dernier le reçut de Mrtyu Pradhvamsana. Ce dernier le reçut de Pradhvamsana. Pradhvamsana le reçut d'Ekarsi. Ekarsi le reçut de Viprachitti. Viprachitti le reçut de Vyasti. Vyasti le reçut de Sanaru. Sanaru le reçut de Sanatana. Sanatana le reçut de Sanaga. Sanaga le reçut de Paramesthin (Viraj). Ce dernier le reçut de Brahman (Hiranyagarbha). Brahman est né de Lui-même. Salutations à Brahman !
Yajnavalkya Kanda - Section sur Yajnavalkya
Brahmana I – Instruction I : Yajnavalkya et Asvala III-i-1: Om ! Janaka, empereur de Videha, accomplit un sacrifice public au cours duquel des cadeaux furent distribués avec largesse aux participants. De sages brahmanes érudits en Védas, venant des pays de Kuru et de Panchala, figuraient dans l'assemblée. L'intention secrète de l'empereur Janaka était de découvrir lequel, parmi eux, était le plus savant. Aussi fit-il rassembler dans un parc à bétail un millier de vaches, qui portaient à chaque corne dix pièces d'or. III-i-2: Il s'adressa à l'assemblée des brahmanes et des sages en ces termes : « Vénérables Brahmanes, mon souhait est que celui parmi vous qui est le plus savant en Védas ramène ces vaches chez lui. » Aucun des brahmanes n'osa s'avancer. Alors le grand sage Yajnavalkya (cf. shloka II-iv-1) ordonna à l'un de ses disciples : « Mon cher Samasravas, s'il te plaît, mène ces vaches chez nous. » Ce que fit le disciple. Les autres Brahmanes fulminaient : « Mais comment ose-t-il se déclarer lui-même le meilleur des érudits en Védas, en notre présence ?! » Or, parmi eux se trouvait le grand prêtre sacrificateur (1) de l'Empereur, nommé Asvala. Il questionna aussitôt Yajnavalkya : « Toi, Yajnavalkya, es-tu vraiment le meilleur des érudits en Védas parmi nous ? » Le sage répliqua : « Moi-même, je m'incline devant le meilleur des érudits en Védas, mais je veux tout simplement ces vaches. » Sur ce, le grand prêtre Asvala résolut de l'interroger plus à fond.
III-i-3: « Yajnavalkya, poursuivit-il, puisque tout ceci (montrant les éléments liés à ce sacrifice) subit l'assaut de la mort et reste sous son emprise, par quels moyens le sacrificateur se libère-t-il de l'étreinte de la mort ? » « Grâce à l'organe de la parole, répondit Yajnavalkya – et par l'intermédiaire du feu, qui est le véritable prêtre Hotri. L'organe de la parole de celui-ci est le véritable Hotri. Oui, l'organe de la parole est le feu; ce feu est le prêtre Hotri; ce feu est libération; et cette libération est l'émancipation. » III-i-4: « Yajnavalkya, poursuivit Asvala, puisque tout ceci subit l'assaut des jours et des nuits [donc du Temps – NdT] et reste sous leur emprise, par quels moyens le sacrificateur se libère-t-il de l'étreinte du temps ? » « Grâce à l'œil, répondit Yajnavalkya – et par l'intermédiaire du soleil, qui est le véritable prêtre Adhvaryu (1). L'œil du sacrificateur est le véritable Adhvaryu. Oui, l'œil est le soleil; ce soleil est le prêtre Adhvaryu; ce soleil est libération; et cette libération est l'émancipation.* »
III-i-5: « Yajnavalkya, poursuivit Asvala, puisque tout ceci est entraîné par les quinzaines claires et les quinzaines sombres qui se succèdent tour à tour, et reste sous leur emprise, par quels moyens le sacrificateur se libère-t-il de l'enchaînement des quinzaines claires et sombres ? » « Grâce à la force vitale, répondit Yajnavalkya – et par l'intermédiaire de l'air, qui est le véritable prêtre Udgatri, le haut-chantre (cf. shloka I-iii-1). Le souffle vital du sacrificateur est le véritable Udgatri. Oui, le souffle vital est l'air; cet air est le haut-chantre Udgatri; cet air est libération; et cette libération est l'émancipation. » III-i-6: « Yajnavalkya, poursuivit Asvala, puisque le ciel est sans support, si l'on peut dire, alors au moyen de quel support le sacrificateur parvient-il jusqu'au ciel ? » « Grâce au mental, répondit Yajnavalkya – et par l'intermédiaire de la lune, qui est le véritable prêtre appelé Brahman. Le mental du sacrificateur est le véritable Brahman. Oui, le mental est la lune; cette lune est le prêtre Brahman; cette lune est libération; et cette libération est l'émancipation. » III-i-7: « Yajnavalkya, poursuivit Asvala, c'est avec combien de sortes de versets du Rig Véda que le prêtre Hotri (cf. shloka III-i-4) accomplira le sacrifice d'aujourd'hui ? » « Avec trois sortes de versets », répondit Yajnavalkya. « Et quels sont-ils ? » « Ceux de l'introduction, ceux du sacrifice lui-même, et ceux de l'éloge. » « Et que gagne-t-il grâce à eux ? » « Tout ceci, qui possède la vie. » III-i-8: « Yajnavalkya, poursuivit Asvala, combien de sortes d'oblations * le prêtre Adhvaryu (cf. shloka III-i-4) accomplira-t-il durant le sacrifice d'aujourd'hui ? » « Trois sortes d'oblations », répondit Yajnavalkya. « Et quelles sont-elles ? » « Celles qui s'embrasent dès qu'on les offre, celles qui font un crépitement dans le feu, et celles qui étouffent instantanément la flamme. » « Et que gagne-t-il grâce à elles ? » « Par celles qui s'embrasent, il gagne l'accès au monde des dieux, car ce monde brille à l'instar de ce feu étincelant; par celles qui font un fort crépitement, il gagne l'accès au monde des Pitris (cf. shloka I-iv-16), car ce monde est plein de bruit et de fureur; et par celles qui étouffent instantanément la flamme, il gagne l'accès au monde des renaissances humaines, car ce monde est au bas [de la hiérarchie des mondes – Cf. Loka - NdT]. »
III-i-9: « Yajnavalkya, poursuivit Asvala, c'est par l'intermédiaire de combien de dieux que le prêtre Brahman, qui est assis à droite de l'autel, protègera le sacrifice d'aujourd'hui ? » « Par l'intermédiaire d'un seul dieu. » « Lequel ? » « Le mental.* Car le mental est infini, en vérité, comme sont infinis les Vishvadevas, les Principes universels (cf. shloka I-iv-12). Et par cette méditation, le prêtre Brahman gagne l'accès à un monde d'infinité. »
III-i-10: « Yajnavalkya, poursuivit Asvala, combien de sortes d'hymnes le prêtre Udgatri chantera-t-il durant le sacrifice d'aujourd'hui ? » « Trois sortes d'hymnes », répondit Yajnavalkya. « Et quels sont-ils ? » « Ceux de l'introduction, ceux du sacrifice lui-même, et ceux de l'éloge. » « Et quels sont ceux qui font référence au corps ? » « Le Prana (inspiration, cf. shloka I-i-1) est l'hymne préliminaire, l'Apana (expiration) est l'hymne sacrificiel, et le Vyana (rétention) est l'hymne d'éloge. » « Et que gagne-t-il grâce à eux ? » « Par l'hymne d'introduction, il gagne la terre; par l'hymne sacrificiel, il gagne l'espace atmosphérique; et par l'hymne d'éloge, il gagne le ciel supérieur. » Sur quoi, le prêtre Asvala demeura silencieux.
Brahmana II – Instruction II : Yajnavalkya et Artabhaga III-ii-1: Puis Artabhaga, de la lignée de Jaratkaru, interrogea à son tour Yajnavalkya. « Yajnavalkya, demanda Artabhaga, combien y a-t-il de Grahas (1), et combien d'Atigrahas ? »* « Il y a huit Grahas et huit Atigrahas », répondit Yajnavalkya. « Quels sont-ils ? »
III-ii-2: « Le souffle (prana), qui passe par le nez, est en fait le graha [dans le sens de “ce qui saisit” ou d'organe sensoriel, qui capte des informations sur le monde – NdT] et il est sous le contrôle d'apana, l'expiration, qui est son atigraha [ati dans le sens superlatif, soit “super-capteur”, désignant les objets du monde qui, eux aussi, captivent l'attention des sens – NdT], car c'est par le jeu d'inspir-expir que l'on sent les odeurs », expliqua Yajnavalkya. III-ii-3: Et il poursuivit : « L'organe de la parole est un autre graha, et il est sous le contrôle du nom (nama), qui est son atigraha, car l'on prononce des noms au moyen de la parole. » III-ii-4: « La langue est un autre graha, et elle est sous le contrôle du goût, qui est son atigraha, car l'on goûte les saveurs au moyen de la langue. » III-ii-5: « L'œil est un autre graha, et il est sous le contrôle de la couleur, qui est son atigraha, car l'on capte les couleurs au moyen de l'œil. » III-ii-6: « L'oreille est un autre graha, et elle est sous le contrôle du son, qui est son atigraha, car l'on capte les sons au moyen de l'oreille. » III-ii-7: « Le mental est un autre graha, et il est sous le contrôle du désir, qui est son atigraha, car l'on nourrit des désirs au moyen du mental. » III-ii-8: « Les mains sont un autre graha, et elles sont sous le contrôle du labeur, qui est leur atigraha, car l'on accomplit ses tâches au moyen des mains. » III-ii-9: « La peau est un autre graha, et elle est sous le contrôle du toucher, qui est son atigraha, car l'on ressent les sensations tactiles au moyen de la peau. Voilà donc pour les huit grahas et les huit atigrahas ! » III-ii-10: « Yajnavalkya, poursuivit Artabhaga, puisque tout ceci est la nourriture de la Mort, dis-moi, je t'en prie, quel est le dieu qui, lui, se nourrit de la Mort ? » « Le Feu est la mort, et il est nourriture pour l'eau [qui l'éteint en l'avalant – NdT], répliqua Yajnavalkya. Qui possède cette connaissance se libère plus complètement de la mort. » III-ii-11: « Yajnavalkya, poursuivit Artabhaga, lorsque meurt cet homme libéré, est-ce que ses organes l'abandonnent, ou non ? » « Non, répliqua Yajnavalkya. Ils fusionnent en lui, seulement. Le corps enfle, il devient tout gonflé, et c'est dans cet état que le cadavre demeure. » *
III-ii-12: « Yajnavalkya, poursuivit Artabhaga, lorsque meurt cet homme libéré, qu'est-ce qui ne l'abandonne pas ? » « Son nom, répliqua Yajnavalkya. Le nom est éternel en vérité, et éternels sont les Vishvadevas, les Principes universels (cf. shloka I-iv-12). Qui possède cette connaissance gagne un monde d'éternité. » III-ii-13: « Yajnavalkya, poursuivit Artabhaga, lorsque l'organe de la parole du mourant se fond dans le feu, son souffle dans l'air, sa vue dans la lumière solaire, son mental dans la lumière lunaire, son ouïe dans les directions de l'espace, son corps physique dans la terre, l'Akasha de son cœur (cf. shloka II-i-17) dans l'Akasha de l'espace externe, les poils de son corps dans le tapis végétal de la terre et ses cheveux dans les arbres, son sang et sa semence dans l'eau, où donc se trouve alors cet homme ? » « Tends-moi la main, cher Artabhaga, répliqua Yajnavalkya, et nous irons décider de cela entre nous, ce qui est impossible au milieu d'une telle foule. » Ils se mirent à l'écart et débattirent longuement la question; ce dont ils parlèrent fut essentiellement le karma, le domaine de l'action (cf. shloka I-vi-1), et ce qu'ils déterminèrent comme louable fut aussi le karma. Car en effet c'est par l'action juste que l'on devient bon, et par l'action erronée que l'on devient mauvais. Finalement, Artabhaga, de la lignée de Jaratkaru, demeura silencieux.
Brahmana III – Instruction III : Yajnavalkya et Bhujyu III-iii-1: Puis ce fut le tour de Bhujyu, petit-fils de Lahya. « Yajnavalkya, dit-il, nous traversions la région de Madra durant notre périple d'étudiants en religion, lorsque nous arrivâmes chez Patanchala, de la lignée de Kapi. Sa fille fut subitement possédée par l'esprit d'un Gandharva (cf. shloka I-i-2). Nous l'avons questionné : “Qui es-tu ?” “Je suis Sudhanvan, de la lignée d'Angiras” répondit le Gandharva. L'interrogeant alors sur les limites de notre monde, nous lui demandâmes : “Où se trouvent les descendants de Parikshit (1) ?” Et c'est aussi la question que je te pose maintenant, Yajnavalkya : où se trouvent les descendants de Parikshit ? Dis-le moi. »
III-iii-2: Yajnavalkya répondit : « Évidemment, le Gandharva t'a dit qu'ils s'en sont allés là où vont [à leur mort] ceux qui ont accompli le sacrifice du Cheval (Ashvamedha, cf. shloka I-i-1). » « Et où vont ceux-ci ? » « Trente-deux fois l'espace couvert par la course quotidienne du char solaire, telle est la taille de ce monde où ils vont; puis, il y a une planète (prithivi, cf. shlokas I-iv-12 et II-iv-12), l'entourant d'une superficie deux fois grande comme lui; puis, c'est un océan qui encercle cette terre d'une superficie deux fois grande comme elle. Finalement, aussi fine que le fil du rasoir ou l'aile de la mouche, une ouverture sépare en deux la coquille de l'Œuf cosmique; c'est par cette ouverture que s'échappent ceux qui ont accompli le sacrifice du Cheval. Le Feu, sous la forme d'un faucon, les rend à la liberté de l'air (Vayu, cf. shloka I-iii-13); Vayu, les absorbant en lui, les mène là où se trouvent les précédents sacrificateurs du Cheval. » C'est bien en ces termes de louange que le Gandharva parla de Vayu. En conséquence, seul Vayu est l'agrégat de tous les individus *. Qui possède cette connaissance se libère plus complètement de la mort. » Finalement, Bhujyu, petit-fils de Lahya, demeura silencieux.
Brahmana IV – Instruction IV : Yajnavalkya et Ushasta III-iv-1: Ushasta, fils de Chakra, questionna Yajnavalkya à son tour : « Yajnavalkya, explique-moi le Brahman qui est immédiatement et directement perceptible – le Soi qui réside en tout et en tous. » « C'est ton propre Soi qui réside en tout et en tous. » «Vraiment, mon Soi réside en tout et en tous, Yajnavalkya ? » « Cela qui respire en accompagnant le prana, c'est ton Soi, présent en tout et en tous. Cela qui se pousse vers le bas en accompagnant l'expiration (apana), c'est ton Soi, présent en tout et en tous. Cela qui se répand dans tout l'organisme en accompagnant la rétention (vyana), c'est ton Soi, présent en tout et en tous. Cela qui sort du corps en accompagnant la désintégration (udana, cf. shloka I-i-1), c'est ton Soi, présent en tout et en tous. Oui, c'est ton Soi qui se trouve en tout et en tous. » III-iv-2: Ushasta reprit sa question : « Ce Soi, tu me l'as simplement désigné, de la même façon qu'on désigne une vache ou un cheval comme étant ceci et cela. Maintenant explique-moi véritablement le Brahman qui est immédiatement et directement perceptible – le Soi qui réside en tout et en tous. » « Mais c'est ton propre Soi qui réside en tout et en tous. » «Mais qu'est-ce donc qui réside en tout et en tous, Yajnavalkya ? » « Tu ne peux voir le voyant de la vision; tu ne peux entendre l'auditeur de l'audition; tu ne peux penser le penseur de la pensée; tu ne peux connaître le connaisseur de la connaissance. C'est justement ton Soi qui est en tout cela; et toute chose, à l'exception de ce Soi, est périssable. » * À ces mots, Ushasta, fils de Chakra, demeura silencieux.
Brahmana V – Instruction V : Yajnavalkya et Kahola III-v-1: Puis ce fut Kahola, fils de Kushitaka, qui demanda : « Yajnavalkya, explique-moi le Brahman qui est immédiatement et directement perceptible – le Soi qui réside en tout et en tous. » « C'est ton propre Soi qui réside en tout et en tous. » « Mais qu'est-ce donc qui réside en tout et en tous, Yajnavalkya ? » « Cela qui transcende la faim et la soif, le chagrin, l'illusion, la décrépitude et la mort. Connaissant ce Soi pour l'avoir réalisé, les Brahmanes abandonnent tout désir d'enfants mâles, de richesse, et tout désir de tel ou tel monde, et ils adoptent le mode de vie des moines mendiants (1). Ce qui est désir d'enfants mâles est aussi désir de richesse, et ce qui est désir de richesse est aussi désir de tel ou tel monde, car ces désirs sont interdépendants. En conséquence, le Brahmane qui a fait le tour de l'érudition possible, doit tenter de vivre de cette force intérieure qui découle de l'érudition. Une fois qu'il a fait le tour de cette force intérieure et de l'érudition, il entre dans la pleine méditation. Et une fois qu'il a fait le tour de la méditation et de son opposé, la non-méditation, il devient un connaisseur de Brahman. Et comment se comporte un connaisseur de Brahman ? Quel que soit son comportement, il est simplement lui-même. Et toute chose, à l'exception de cela, est périssable. » À ces mots, Kahola, fils de Kushitaka, demeura silencieux.
Brahmana VI – Instruction VI : Yajnavalkya et Gargi (1) III-vi-1: Alors Gargi, fille de Vachaknu, se leva : « Yajnavalkya, dit-elle, si toute la matière de ce monde est amalgamée par l'eau, qu'est-ce qui donne cohésion à cette eau elle-même ? » « C'est l'air, ô Gargi. »
Brahmana VII – Instruction VII : Yajnavalkya et Uddalaka III-vii-1: Puis Uddalaka, fils d'Aruna, s'adressa à lui : « Yajnavalkya, à Madra nous vivions dans la maison de Patanchala Kapya, descendant de Kapi, étudiant ensemble les écritures relatives aux sacrifices. Sa femme fut prise de possession par l'esprit d'un Gandharva, elle aussi (cf. III-iii-1 et 2). Nous demandâmes au Gandharva qui il était : “Kabandha, fils d'Atharvan” et il ajouta, à l'intention de Patanchala Kapya et des étudiants : “Kapya, connais-tu ce fil (Sutra) sur lequel cette vie-ci, la prochaine vie et tous les êtres sont enfilés et maintenus ensemble ?” Patanchala Kapya répondit : “Je ne le connais pas.” Le Gandharva reprit : “Kapya, connais-tu le Principe immanent, l'Antaryamin (1) qui gouverne cette vie-ci, la prochaine vie et tous les êtres depuis leur conscience intime ?” Même réponse : “Je ne le connais pas.” Le Gandharva poursuivit : “Ô descendant de Kapi, qui connaît ainsi ce Sutra et cet Antaryamin, connaît en vérité Brahman; il connaît les divers mondes, les dieux, les Védas, les créatures; il connaît le Soi, il connaît toute chose.” Puis il expliqua en profondeur tout cela à toute l'assemblée, et c'est ainsi que je possède cette connaissance. Alors, Yajnavalkya, si tu ne connais pas ainsi ce Sutra et cet Antaryamin et emporte néanmoins toutes ces vaches qui sont uniquement destinées au meilleur des connaisseurs de Brahman, tu perdras la face. » « Je connais, ô Gautama-Uddalaka, ce Sutra et cet Antaryamin. » « Oui, mais n'importe qui peut dire : Je connais, je connais ! Dis-nous précisément ce que tu connais, Yajnavalkya.»
III-vii-2: Yajnavalkya répondit : « Vayu, l'air (cf. shloka I-iii-13), ô Gautama-Uddalaka, est ce Sutra. C'est par Vayu, comme par un fil, que cette vie-ci, la prochaine vie et tous les êtres sont maintenus ensemble. En conséquence, quand un homme meurt, on dit que ses membres ont été déliés, car ils étaient tenus ensemble, ô Gautama, par le Sutra qu'est Vayu. » * « C'est tout à fait ça, Yajnavalkya. Décris maintenant le Principe immanent. »
III-vii-3: Yajnavalkya reprit : « Celui qui réside dans la terre, en son sein le plus intime, mais que la terre ne connaît pas, celui dont le corps est la terre et qui la contrôle à son insu, c'est le Principe immanent (Antaryamin), c'est ton propre Soi immortel. III-vii-4: Celui qui réside dans l'eau, en son sein le plus intime, mais que l'eau ne connaît pas, celui dont le corps est l'eau et qui la contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-5: Celui qui réside dans le feu, en son sein le plus intime, mais que le feu ne connaît pas, celui dont le corps est le feu et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-6: Celui qui réside dans l'espace atmosphérique, en son sein le plus intime, mais que l'espace atmosphérique ne connaît pas, celui dont le corps est l'espace atmosphérique et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-7: Celui qui réside dans l'air, en son sein le plus intime, mais que l'air ne connaît pas, celui dont le corps est l'air et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-8: Celui qui réside dans l'espace céleste, en son sein le plus intime, mais que l'espace céleste ne connaît pas, celui dont le corps est l'espace céleste et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-9: Celui qui réside dans le soleil, en son le plus sein intime, mais que le soleil ne connaît pas, celui dont le corps est le soleil et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-10: Celui qui réside dans les directions de l'espace, en leur sein le plus intime, mais que les directions ne connaissent pas, celui dont le corps est les directions et qui les contrôle à leur insu, c'est le Principe immanent c'est ton propre Soi immortel. III-vii-11: Celui qui réside dans la lune et les étoiles, en leur sein le plus intime, mais que la lune et les étoiles ne connaissent pas, celui dont le corps est la lune et les étoiles et qui les contrôle à leur insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-12: Celui qui réside dans l'éther, en son sein le plus intime, mais que l'éther ne connaît pas, celui dont le corps est l'éther et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-13: Celui qui réside dans l'obscurité, en son sein le plus intime, mais que l'obscurité ne connaît pas, celui dont le corps est l'obscurité et qui la contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-14: Celui qui réside dans la lumière, en son sein le plus intime, mais que la lumière ne connaît pas, celui dont le corps est la lumière et qui la contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-15: Voici ce qui concerne le plan physique, Adhibuta (1).
III-vii-16: Voici ce qui concerne le plan physique, Adhyatma (cf. shloka II-iii-4). III-vii-17: Celui qui réside dans l'organe de la parole, au plus intime, mais que l'organe de la parole ne connaît pas, celui dont le corps est la langue et qui la contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-18: Celui qui réside dans la vue, au plus intime, mais que la vue ne connaît pas, celui dont le corps est l'œil et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-19: Celui qui réside dans l'ouïe, au plus intime, mais que l'ouïe ne connaît pas, celui dont le corps est l'oreille et qui la contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-20: Celui qui réside dans le mental (Manas), au plus intime, mais que le mental ne connaît pas, celui dont le corps est le mental et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-21: Celui qui réside dans le toucher, au plus intime, mais que le toucher ne connaît pas, celui dont le corps est la peau et qui la contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-22: Celui qui réside dans l'intellect (vijnanamaya – cf. shloka II-i-16), au plus intime, mais que l'intellect ne connaît pas, celui dont le corps est l'intellect et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. III-vii-23: Celui qui réside dans l'organe de reproduction, au plus intime, mais que l'organe de reproduction ne connaît pas, celui dont le corps est le sexe et qui le contrôle à son insu, c'est le Principe immanent, c'est ton propre Soi immortel. Brahmana VIII – Instruction VIII : Yajnavalkya et Gargi (2) III-viii-1: Alors, Gargi, fille de Vachaknu, prit de nouveau la parole (1) : « Révérés Brahmanes, je vais poser à Yajnavalkyadeux questions. S'il sait répondre aux deux, alors aucun de vous ne sera capable de lui donner la défaite dans cette recherche de Brahman. » « D'accord, Gargi, questionne-le donc », répondirent les Brahmanes.
III-viii-2: Elle dit : « Voici mes deux questions. Comme un homme de Bénarès, ou comme le roi de Videha, rejeton d'une illustre dynastie guerrière, pourrait tendre une corde à son arc et, avec en mains deux flèches aux pointes de bambou extrêmement blessantes, s'avancer tout près de ses ennemis, de la même manière je te confronte avec mes deux questions. Réponds-y. » « Parle, ô Gargi. » III-viii-3: « Qu'est-ce, ô Yajnavalkya, qui pénètre de part en part cela qui est au-dessus du ciel et en-dessous de la terre, cela qui est le ciel et la terre aussi bien que l'espace intermédiaire, cela qui – dit-on – fut, est et sera ? » III-viii-4: Yajnavalkya répondit : « Cela qui est au-dessus du ciel et en-dessous de la terre, cela qui est le ciel et la terre aussi bien que l'espace intermédiaire, cela qui – dit-on – fut, est et sera, est pénétré de part en part par l'éther, l'Akasha non-manifesté (1). »
III-viii-5: « Je m'incline devant toi, Yajnavalkya, tu as pleinement répondu à ma question. Maintenant, prépare-toi mentalement pour la seconde. » « Vas-y, Gargi. » III-viii-6: Gargi reprit la même question : « Qu'est-ce, ô Yajnavalkya, qui pénètre de part en part cela qui est au-dessus du ciel et en-dessous de la terre, cela qui est le ciel et la terre aussi bien que l'espace intermédiaire, cela qui – dit-on – fut, est et sera ? » III-viii-7: Même réponse : « Cela qui est au-dessus du ciel et en-dessous de la terre, cela qui est le ciel et la terre aussi bien que l'espace intermédiaire, cela qui – dit-on – fut, est et sera, est pénétré de part en part par l'éther, l'Akasha non-manifesté. » « Qu'est-ce qui pénètre de part en part l'Akasha non-manifesté ? » lança Gargi. III-viii-8: Yajnavalkya répondit : « Cela, ô Gargi, les connaisseurs de Brahman le nomment l'Immuable ou l'Impérissable (1). Il n'est ni grossier ni subtil, ni petit ni gros, ni de couleur rouge ni de texture huileuse, ni ombre ni obscurité, ni air ni éther, sans attaches, sans saveur ni odeur, sans vue ni ouïe, sans organe vocal ni mental, non-lumineux, sans force vitale ni organe respiratoire, rien ne le mesure, il est sans intérieur comme sans extérieur. Il ne consomme rien, rien ne Le consomme.
III-viii-9: Sous la loi puissante de cet Immuable, ô Gargi, le soleil et la lune gardent leurs coordonnées respectives; sous la loi puissante de cet Immuable, ô Gargi, l'espace céleste et la terre gardent leurs distances respectives; sous la loi puissante de cet Immuable, ô Gargi, les instants, les muhurtas (1), les jours et les nuits, les quinzaines, les mois, les saisons et les années gardent leurs durées respectives; sous la loi puissante de cet Immuable, ô Gargi, des fleuves descendent vers l'est depuis les Montagnes Blanches, d'autres descendent vers l'ouest et continuent dans cette même direction, et tous s'en tiennent à leurs cours respectifs; sous la loi puissante de cet Immuable, ô Gargi, les hommes font l'éloge de ceux qui font la charité, les dieux tirent subsistance des offrandes du sacrificateur, et les mânes des libations domestiques.
III-viii-10: Quiconque en ce monde, ô Gargi, ignorant cet Immuable, offre des oblations par le feu, accomplit des sacrifices et poursuit une ascèse, même s'il le faisait durant plusieurs milliers d'années, n'accumulerait que des résultats périssables; quiconque quitte ce monde sans connaître cet Immuable est misérable. Mais quiconque, ô Gargi, quitte ce monde après avoir connu cet Immuable, est un connaisseur de Brahman. III-viii-11: En vérité, cet Immuable, cet Impérissable, ô Gargi, jamais on le le voit, mais il est le Voyant; jamais on ne l'entend, mais il est l'Auditeur; jamais on ne pense à lui, mais il est le Penseur; jamais on ne le connaît, mais il est le Connaisseur. Il n'est personne d'autre qui regarde, seulement Lui; il n'est personne d'autre qui écoute, seulement Lui; il n'est personne d'autre qui pense, seulement Lui; il n'est personne d'autre qui connaisse, seulement Lui. C'est par cet Impérissable, ô Gargi, qu'est pénétré de part en part par l'Akasha non-manifesté. » III-viii-12: Gargi dit alors : « Révérés Brahmanes, estimez-vous heureux si vous pouvez vous retirer après vous être inclinés devant lui. Aucun de vous ne battra jamais Yajnavalkya dans la science descriptive de Brahman ! » Sur ce, la fille de Vachaknu demeura silencieuse.
Brahmana IX – Instruction IX : Yajnavalkya et Vidagdha III-ix-1: Ce fut le tour de Vidagdha, fils de Sakala, de poser ses questions : « Combien y a-t-il de dieux, Yajnavalkya ? » Celui-ci en calcula le nombre en se basant sur un groupe de mantras du Véda connus sous le nom de Nivid : « Il y en a autant que mentionnés dans le Nivid des Vishvadevas, les Principes universels (cf. shloka I-iv-12), soit trois cent trois et trois mille trois. » « Très bien, dit Sakalya [fils de Sakala], quel est le nombre exact de dieux, Yajnavalkya ? » « Trente-trois. » « Très bien, continua Sakalya, quel est le nombre exact de dieux, Yajnavalkya ? » « Six. » « Très bien, dit Sakalya, quel est le nombre exact de dieux, Yajnavalkya ? » « Trois. » « Très bien, dit Sakalya, quel est le nombre exact de dieux, Yajnavalkya ? » «Deux. » « Très bien, dit Sakalya, quel est le nombre exact de dieux, Yajnavalkya ? » « Un et demi. » « Très bien, dit Sakalya, quel est le nombre exact de dieux, Yajnavalkya ? » «Un. » « Très bien, dit Sakalya, qui sont ces trois cent trois et ces trois mille trois dieux, Yajnavalkya ? » III-ix-2: Yajnavalkya s'expliqua : « Ce ne sont là que les manifestations des dieux, car ceux-ci ne sont en réalité que trente-trois. » « Et qui sont ces trente-trois ? » « Ce sont les huit Vasus ou sphères d'existence (cf. shloka I-iv-12), les onze Rudras ou principes ignés (même shloka) et les douze Adityas (1) – ce qui en fait trente-et-un, plus Indra (cf. shloka I-iv-11) et Prajapati le Créateur (cf. shloka I-ii-7), qui font trente-trois.
III-ix-3: « Qui sont les Vasus ? » poursuivit Sakalya. « Le Feu, la Terre, l'Air, l'Espace, le Soleil, le Ciel, la Lune et les Constellations – voilà les Vasus; car en eux demeure tout l'univers, d'où leur nom de Vasus, lieux de résidence. » *
III-ix-4: « Qui sont les Rudras ? » poursuivit Sakalya. « Les dix organes (1) du corps humain, avec le mental qui est le onzième. Lorsqu'ils quittent le corps à sa mort, ils engendrent angoisse et pleurs chez le mourant et chez ses proches. Parce qu'ils causent des pleurs [rud, pleurer)], on les a nommés les Rudras.
III-ix-5: « Qui sont les Adityas ? » poursuivit Sakalya. « Les douze mois qui font l'année sont les Adityas, car ils se déplacent avec le soleil [Aditya, soleil], entraînant tout dans leur course. C'est pour cela qu'on les a nommés Adityas, les soleils. III-ix-6: « Qui est Indra, et qui est Prajapati ? » poursuivit Sakalya. « La nuée d'orage qui lance le tonnerre est Indra, et le sacrifice est Prajapati. » « Qui est la nuée d'orage ? » « L'énergie puissante de la foudre. » Qui est le sacrifice ? » « Les créatures. » *
III-ix-7: « Qui sont les six dieux ? » poursuivit Sakalya. « Le feu, la terre, l'air, l'espace atmosphérique, le soleil et l'espace céleste sont les six dieux. Car ces six principes contiennent les divinités [de même essence qu'eux]. III-ix-8: « Qui sont les trois dieux ? » poursuivit Sakalya. « Les trois mondes (cf. Triloka, shloka I-iii-22), car c'est en eux que résident ces dieux. » « Qui sont les deux dieux ? » « La matière et l'énergie vitale. » « Qui est le dieu et demi ? » « Cette énergie vitale, qui circule partout. » *
III-ix-9: « À ce propos, continua Yajnavalkya, on entend dire : “Puisque l'énergie vitale circule en tant que substance une, comment peut-elle être un et demi ?!” La réponse est : “Elle est un et demi, parce que sa présence permet à toute créature d'atteindre à une gloire insurpassable.” » « Quel est le dieu unique ? » reprit Sakalya. « Le souffle vital, Hiranyagarbha; c'est Brahman, lequel est appelé Tat, Cela (cf. shloka I-iv-10). » III-ix-10: Sakalya répondit : « Vraiment, celui qui connait cet Être dont la Terre est le corps, dont le Feu est l'organe de vision, dont le mental est la lumière, et qui est le support ultime du corps entier avec ses organes, celui-là est un connaisseur authentique, ô Yajnavalkya. » « Je le connais, cet Être dont tu parles, qui est le support ultime du corps entier avec ses organes. Il est l'entité qui s'identifie au corps. Continue donc, Sakalya. » « Quel est son dieu ? » « C'est l'Amrita, le nectar divin (cf. shloka I-v-1) » répondit Yajnavalkya. *
III-ix-11: Sakalya reprit : « Vraiment, celui qui connait cet Être dont le désir (1) est le corps, dont l'intellect (vijnanamaya – cf. shloka II-i-16) est l'organe de vision, dont le mental est la lumière, et qui est le support ultime du corps entier avec ses organes, celui-là est un connaisseur authentique, ô Yajnavalkya. » « Je le connais, cet Être dont tu parles, qui est le support ultime du corps entier avec ses organes. Il est l'entité qui s'identifie au désir. Continue donc, Sakalya. » « Quel est son dieu ? » « Ce sont les femmes » répondit Yajnavalkya.
III-ix-12: Sakalya poursuivit : « Vraiment, celui qui connait cet Être dont les couleurs sont le corps, dont l'œil est l'organe de vision, dont le mental est la lumière, et qui est le support ultime du corps entier avec ses organes, celui-là est un connaisseur authentique, ô Yajnavalkya. » « Je le connais, cet Être dont tu parles, qui est le support ultime du corps entier avec ses organes. Il est l'entité qui réside dans le soleil. Continue donc, Sakalya. » « Quel est son dieu ? » « C'est la Vérité, Satya (cf. shloka II-v-12) » répondit Yajnavalkya. *
III-ix-13: Sakalya poursuivit : « Vraiment, celui qui connait cet Être dont l'éther (akasha - cf. shloka II-i-5) est le corps, dont l'oreille est l'organe de perception, dont le mental est la lumière, et qui est le support ultime du corps entier avec ses organes, celui-là est un connaisseur authentique, ô Yajnavalkya. » « Je le connais, cet Être dont tu parles, qui est le support ultime du corps entier avec ses organes. Il est l'entité qui s'identifie à l'ouïe et au moment de l'audition. Continue donc, Sakalya. » « Quel est son dieu ? » « Ce sont les directions de l'espace (Disha, cf. shloka I-iii-15) » répondit Yajnavalkya. III-ix-14: Sakalya poursuivit : « Vraiment, celui qui connait cet Être dont l'obscurité (1) est le corps, dont l'intellect est l'organe de vision, dont le mental est la lumière, et qui est le support ultime du corps entier avec ses organes, celui-là est un connaisseur authentique, ô Yajnavalkya. » « Je le connais, cet Être dont tu parles, qui est le support ultime du corps entier avec ses organes. Il est l'entité qui s'identifie à l'ombre et à l'illusion. Continue donc, Sakalya. » « Quel est son dieu ? » « C'est Mritiyu, la Mort » répondit Yajnavalkya.
III-ix-15: Sakalya poursuivit : « Vraiment, celui qui connait cet Être dont les formes colorées sont le corps, dont l'œil est l'organe de vision, dont le mental est la lumière, et qui est le support ultime du corps entier avec ses organes, celui-là est un connaisseur authentique, ô Yajnavalkya. » « Je le connais, cet Être dont tu parles, qui est le support ultime du corps entier avec ses organes. Il est l'entité qui s'identifie au reflet dans le miroir. Continue donc, Sakalya. » « Quel est son dieu ? » « C'est l'attachement à la vie (1)» répondit Yajnavalkya.
III-ix-16: Sakalya poursuivit : « Vraiment, celui qui connait cet Être dont l'eau est le corps, dont l'intellect est l'organe de vision, dont le mental est la lumière, et qui est le support ultime du corps entier avec ses organes, celui-là est un connaisseur authentique, ô Yajnavalkya. » « Je le connais, cet Être dont tu parles, qui est le support ultime du corps entier avec ses organes. Il est l'entité qui s'identifie à l'eau. Continue donc, Sakalya. » « Quel est son dieu ? » « C'est Varuna, le dieu des eaux (cf. shloka I-iv-11) » répondit Yajnavalkya. III-ix-17: Sakalya poursuivit : « Vraiment, celui qui connait cet Être dont la semence est le corps, dont l'intellect est l'organe de vision, dont le mental est la lumière, et qui est le support ultime du corps entier avec ses organes, celui-là est un connaisseur authentique, ô Yajnavalkya. » « Je le connais, cet Être dont tu parles, qui est le support ultime du corps entier avec ses organes. Il est l'entité qui s'identifie au fils. Continue donc, Sakalya. » « Quel est son dieu ? » « C'est Prajapati, le Progéniteur (cf. shloka I-ii-7) » répondit Yajnavalkya. III-ix-18: Yajnavalkya profita du silence de Sakalya pour lancer : « Sakalya, est-ce que ces érudits brahmanes t'ont utilisé comme instrument, comme on prend des pincettes pour manipuler du charbon brûlant ? » *
III-ix-19 : Sakalya se ressaisit : « Mais quel est donc ce Brahman que tu connais, ô Yajnavalkya, pour t'être ainsi joué de ces érudits en Védas venant des provinces de Kuru et Panchala ? » « Je connais les directions de l'espace, avec leurs divinités, les Dishas, et leurs demeures. » III-ix-20: « Quelle divinité as-tu donc identifiée à l'est ? » demanda Sakalya. « Aditya, le Soleil, est la divinité de l'est. » « Sur quoi le Soleil repose-t-il ? » « Sur l'œil et la vision. » « Sur quoi repose l'œil ? » « Sur les couleurs, car c'est par elles que les formes sont perçues. » « Sur quoi reposent les couleurs ? » « Sur le cœur (1), répondit Yajnavalkya, car on connaît les couleurs à gravers lui. Donc, c'est dans le cœur que les couleurs trouvent leur centre de perception. » * « C'est bien cela, Yajnavalkya. »
III-ix-21: « Quelle divinité as-tu identifiée au sud ? » demanda Sakalya. « Yama le justicier (1). » « Sur quoi Yama le justicier repose-t-il ? » « Sur le sacrifice. » « Sur quoi repose le sacrifice ? » « Sur la rémunération des prêtres. » « Sur quoi repose cette rémunération ? » « Sur la foi, répondit Yajnavalkya, car lorsqu'un homme possède la foi, il donne une rémunération aux prêtres. Donc, c'est sur la foi que repose cette rémunération. » « Sur quoi repose la foi ? » « Sur le cœur, répondit Yajnavalkya, car c'est en lui que l'on ressent la foi. C'est donc sur le cœur que repose la foi. » « C'est bien cela, Yajnavalkya. »
III-ix-22: « Quelle divinité as-tu identifiée à l'ouest ? » demanda Sakalya. « C'est Varuna, le dieu des eaux. » « Sur quoi Varuna repose-t-il ? » « Sur l'eau. » « Sur quoi repose l'eau ? » « Sur la semence. » « Sur quoi repose la semence ? » « Sur le cœur, répondit Yajnavalkya, et c'est pourquoi l'on dit d'un nouveau-né qui ressemble à son père, qu'il semble avoir jailli du cœur de son père, qu'il a pour ainsi dire été créé avec le cœur de son père. Donc, c'est dans le cœur que la semence trouve son support. » « C'est bien cela, Yajnavalkya. » III-ix-23: « Quelle divinité as-tu identifiée au nord ? » demanda Sakalya. « C'est Soma, la Lune et la plante (cf. shloka I-iii-24). » « Sur quoi Soma repose-t-elle ? » « Sur l'initiation (1). » « Sur quoi repose l'initiation ? » « Sur la Vérité, Satya (cf. shloka II-v-12). C'est pourquoi l'on enjoint au candidat à l'initiation de dire la vérité; car c'est sur celle-ci que repose l'initiation. » « Sur quoi repose la Vérité ? » « Sur le cœur, répondit Yajnavalkya, car c'est par lui que l'on connaît la vérité. C'est donc dans le cœur que la vérité trouve son support. » « C'est bien cela, Yajnavalkya. »
III-ix-24: « Quelle divinité as-tu identifiée au zénith ? » demanda Sakalya. « C'est Agni, le Feu. » « Sur quoi le Feu repose-t-il ? » « Sur la parole. » « Sur quoi repose la parole ? » « Sur le cœur. » « Sur quoi repose le cœur ? » III-ix-25: « Quel idiot, s'exclama Yajnavalkya, qui pense que le cœur se trouve ailleurs qu'en nous ! Mais voyons, s'il en était ainsi, à la mort on laisserait les chiens dévorer le corps humain, ou les vautours le déchiqueter ! » III-ix-26: Sakalya demanda alors : « Sur quoi reposent le corps et le cœur reposent-ils ? » « Sur le Prana (l'énergie vitale, et les souffles vitaux – cf. shloka I-i-1). » « Sur quoi repose le Prana ? » « Sur l'Apana (l'expiration). » « Sur quoi repose l'Apana ? » « Sur le Vyana (la rétention). » « Sur quoi repose le Vyana ? » « Sur l'Udana (la désintégration). » « Sur quoi repose l'Udana ? » « Sur le Samana (l'assimilation). »
III-ix-27: « Révérés Brahmanes, reprit Yajnavalkya, si l'un de vous souhaite m'interroger, il le peut, vous pouvez même m'interroger tous. Ou inversement, j'interrogerai celui de vous qui le désire, ou même tous. » Mais les Brahmanes n'osèrent pas. III-ix-28: Alors Yajnavalkya leur parla dans les termes suivants :
IV-i-1: Om ! Janaka, l'empereur de Videha, donnait audience à sa cour lorsque parut le sage Yajnavalkya. Janaka l'accueillit ainsi : « Yajnavalkya, quel motif nous vaut ta visite ? Le gain d'un troupeau de bêtes, ou l'envie de disputer sur de subtiles questions ? » « L'un et l'autre, Empereur ! » IV-i-2: « Écoutons donc ce que l'un ou l'autre de tes instructeurs a bien pu te dire. » poursuivit Yajnavalkya. IV-i-3: « Dis-moi encore ce qu'on a bien pu t'enseigner », reprit Yajnavalkya. IV-i-4: « Dis-moi encore ce qu'on a bien pu t'enseigner », reprit Yajnavalkya. IV-i-5: « Dis-moi encore ce qu'on a bien pu t'enseigner », reprit Yajnavalkya. IV-i-6: « Dis-moi encore ce qu'on a bien pu t'enseigner », reprit Yajnavalkya. IV-i-7: « Dis-moi encore ce qu'on a bien pu t'enseigner », reprit Yajnavalkya.
Brahmana II – Instruction II : Concernant le Soi IV-ii-1: Une autre fois, Janaka, l'empereur de Videha, se tenait dans sa salle d'audience; à la vue du sage Yajnavalkya qui s'avançait, il se leva et alla l'accueillir, le saluant humblement : « Salutations à toi, ô Yajnavalkya ! Je t'en prie, instruis-moi. » Yajnavalkya lui répondit : « À l'instar de celui qui, s'apprêtant à faire un long périple, équiper un chariot ou affrète un bateau, ainsi tu t'es mentalement équipé d'une longue liste des noms secrets de Brahman. Par ailleurs, tu possèdes honneur et richesses, tu as étudié les Védas et écouté les Upanishads. Mais où iras-tu lorsque ton esprit se séparera de ton corps ? » « Vénéré Yajnavalkya, je l'ignore. » « Alors, c'est moi qui vais te l'apprendre. » « Oh oui, instruis-moi. » IV-ii-2: « Cette entité qui loge dans l'œil droit est appelé Indha (illuminé, brillant). Bien qu'il soit réellement Indha, son appellation indirecte est Indra (cf. shloka I-iv-11), car les dieux ont un faible pour les appellations indirectes, et détestent qu'on s'approche d'eux sans détours. IV-ii-3: La forme humaine qui loge dans l'œil gauche est le principe féminin de Viraj (cf. shloka I-ii-3), sa Shakti (1). L'espace intérieur du cœur est le lieu où s'accomplit leur union. Ils se nourrissent de la quintessence alimentaire que charrie le sang à travers le cœur. Ils sont enveloppés par la structure réticulaire du cœur. Le sentier par lequel ils se meuvent est le nerf (nadi – cf. shloka II-i-19) qui s'élève depuis le cœur, évoquant par sa ténuité un cheveu qui aurait été coupé en mille filaments. Le corps humain est parcouru de nerfs nommés hitas (ou nadis), partant tous du cœur. La quintessence alimentaire passe à travers eux, au fur et à mesure qu'elle est digérée. C'est pourquoi le corps subtil (2) reçoit une nourriture bien plus fine que le corps physique (Vaishvanara, I-i-1).
IV-ii-4: Pour le sage qui s'est identifié à l'énergie vitale, Prana (cf. shloka I-i-1), l'est est le souffle vital oriental, le sud est le souffle vital austral, l'ouest est le souffle vital occidental, le nord est le souffle vital septentrional, le zénith est le souffle vital ascendant, le nadir est le souffle vital descendant et toutes les directions de l'espace sont les divers souffles de vie. Ce Soi, l'Atman, est Cela, Tat, qui a été décrit comme Neti Neti, ni ceci ni cela (cf. shloka III-ix-26). L'Atman est insaisissable, car Il n'est jamais capturé; inaltérable, car Il ne s'accroît ni ne diminue jamais; libre, car il n'est jamais lié à quoi que ce soit; serein, car Il ne connaît jamais ni souci ni douleur. Ô Janaka, conclut Yajnavalkya, en vérité tu as atteint à Cela, qui est libre de toute peur. »
Brahmana III – Instruction III : Investigation sur les trois états (1)
IV-iii-1: Une autre fois, Yajnavalkya rendit visite à Janaka, l'empereur de Videha. Il s'était dit que cette fois, il ne donnerait aucun enseignement. Or, une fois précédente, l'empereur et le sage avaient eu une discussion au sujet du sacrifice de l'Agnihotra, à l'issue de laquelle Yajnavalkya avait concédé une faveur à l'empereur. Et celui-ci avait choisi le droit de questionner le sage à sa guise, autant de fois qu'il le voudrait, et Yajnavalkya lui avait accordé cette faveur. Aussi, cette fois-ci, ce fut l'empereur Janaka qui lança la première question. IV-iii-2: « Yajnavalkya, qu'est-ce qui sert de lumière à l'homme ? » IV-iii-3: « Après le coucher du soleil, Yajnavalkya, qu'est-ce qui sert de lumière à l'homme ? » IV-iii-4: « Après le coucher du soleil et l'obscurcissement de la lune, Yajnavalkya, qu'est-ce qui sert de lumière à l'homme ? » IV-iii-5: « Après le coucher du soleil, l'obscurcissement de la lune et l'extinction du feu, Yajnavalkya, qu'est-ce qui sert de lumière à l'homme ? » IV-iii-6: « Après le coucher du soleil, l'obscurcissement de la lune, l'extinction du feu et la cessation de tout bruit, Yajnavalkya, qu'est-ce qui sert de lumière à l'homme ? » IV-iii-7: « Qui est le Soi ? » continua Janaka.
IV-iii-8: L'être humain, le Soi individuel ou jiva, lorsqu'il naît et prend un corps, entre en relation avec les aspects négatifs, ou mal, à travers ce corps et ses organes; de même, lorsqu'il meurt et quitte son corps, il se débarrasse de toute relation avec les aspects négatifs, ou mal. IV-iii-9: Et l'homme ne possède que deux mondes : la vie et la mort, ce monde-ci et le prochain. L'état de rêve, qui est le troisième monde, est à la jonction de ces deux-là. Lorsqu'il se trouve dans ce monde intermédiaire, il survole ces deux demeures, ce monde-ci et le prochain. Tout le bagage psychique dont il dispose et qu'il emportera dans le monde prochain, il s'en munit [lorsqu'il entre dans le monde intermédiaire du rêve – NdT] et y rencontre aussi bien les maux que les joies. Car, lorsqu'il rêve, il emporte avec lui une partie des impressions de cet univers qu'est la vie éveillée, il quitte volontairement son corps physique et embarque dans un corps onirique, corps de substitution qui dévoile sa luminosité propre et éclaire par lui-même – et il rêve... Dans cet état, la personne illumine par elle-même son propre monde. IV-iii-10: Là, il n'y a pas de chariots, pas d'animaux à atteler, pas de routes, mais le rêveur crée des chariots, des animaux et des routes. Là, il n'y a ni plaisirs, ni joies, ni délices, mais le rêveur crée des plaisirs, des joies et des délices. Là, il n'y a ni mares, ni points d'eau, ni rivières, mais le rêveur crée des mares, des points d'eau et des rivières. Il est réellement l'agent [à la fois auteur et acteur]. IV-iii-11: À ce propos, voici une instruction lapidaire en quelques vers : “Le Purusha (1) radieux et infini, qui voyage en solitaire, insensibilise le corps physique et l'écarte, mais lui-même demeure éveillé et emporte avec lui les particules lumineuses des organes physiques, regardant là le corps physique gisant dans son sommeil. Et de nouveau, il retourne à l'état de veille.”
IV-iii-12: “Le Purusha radieux et infini, qui est immortel et qui voyage en solitaire, confie le nid impur qu'est le corps aux bons soins des souffles vitaux (pranas – cf. shloka cf. shloka I-i-1) et s'en va vagabonder au-dehors. Étant immortel, il se dirige selon son gré.” IV-iii-13: “Dans le monde du rêve, l'être lumineux, tandis qu'il aborde des états supérieurs et inférieurs, s'avance sous d'innombrables formes : tantôt il s'ébat en compagnie de femmes, tantôt il rit, tantôt il voit des choses effroyables.” IV-iii-14: “Tout le monde est témoin de son jeu, mais personne ne le voit, lui [l'auteur du rêve - NdT].” On dit aussi : “Ne le réveille pas brusquement !” Car, si dans sa précipitation à rentrer dans son corps, il se glisse mal dans les organes vitaux, le désordre qui s'ensuit est difficile à soigner pour les médecins.” Selon certains, néanmoins, il n'y a guère de différence entre le rêve et la veille, du fait que le rêveur voit un monde similaire à celui de la veille. Mais c'est faux. Dans l'état de rêve, c'est le rêveur lui-même qui est devenu la lumière [qui tire de sa propre substance psychique le monde qu'il illumine – NdT]. » IV-iii-15: Yajnavalkya reprit : « Après s'être fait plaisir à ainsi vagabonder, en se contentant d'être témoin des interactions du bien et du mal au plan du rêve, le Purusha s'immerge longuement dans un sommeil profond, puis retourne, en inversant le processus, à l'état précédent, celui du rêve. Il demeure indemne devant tout ce qu'il a pu voir dans l'état de rêve, car cet être lumineux est sans attaches. » *
IV-iii-16: « Après s'être fait plaisir à ainsi vagabonder, en se contentant d'être témoin des interactions du bien et du mal au plan du rêve, le Purusha retourne, en inversant le processus, à l'état précédent, celui de la veille. Il demeure indemne devant tout ce qu'il peut voir lorsqu'il est éveillé, car cet être lumineux est sans attaches. » IV-iii-17: « De nouveau, après s'être fait plaisir à ainsi vagabonder, en se contentant d'être témoin des interactions du bien et du mal lorsqu'il est éveillé, le Purusha s'empresse, en inversant le processus, de retourner à l'état précédent, celui du rêve ou celui du sommeil profond. » IV-iii-18: Ainsi qu'un poisson nage en se dirigeant tour à tour vers les deux rives de la rivière, ainsi cet être infini, le Purusha, se dirige tour à tour vers ces deux états : la veille et le rêve. IV-iii-19: Ainsi qu'un épervier, ou un faucon, se fatigue d'avoir sillonné le ciel et, repliant ses ailes, regagne son aire, ainsi cet être infini, le Purusha, s'empresse de regagner cet état où, tombant dans un sommeil profond, il n'entretient plus aucun désir et ne crée plus de rêve. IV-iii-20: Son corps contient ces nerfs subtils nommés hitas ou nadis (cf. shloka II-i-19), aussi fins que la millième partie d'un cheveu coupé dans sa longueur, où circulent des fluides de couleur blanche, bleue, brune, verte et rouge. Ils sont le siège du corps subtil, dans lequel sont conservées les impressions ressenties. C'est en fonction d'eux qu'il est tour à tour sur le point d'être tué ou happé par un ennemi, poursuivi par un éléphant, ou qu'il tombe dans un puits, en bref, qu'il évoque à travers le filtre de son ignorance toutes les situations effrayantes qu'il a expérimentées durant la vie éveillée – c'est à dire qu'il rêve. Également, c'est en fonction d'eux qu'il s'imagine au contraire être quasiment un dieu, ou un roi, et qu'il se dit “Cet univers est moi-même, et je suis la totalité”, faisant alors l'expérience de l'état le plus haut qui soit. *
IV-iii-21: Telle est sa forme authentique – au-delà de tout désir, libre de tous les maux et sans crainte aucune. Tout comme un homme, étreignant passionnément sa compagne bien-aimée, perd conscience de tout ce qui les entoure, comme de tout ce qui est intérieur, cet être infini, le Purusha, lorsqu'il embrasse pleinement le Soi suprême, perd conscience de tout ce qui l'entoure, comme de tout ce qui est intérieur. Oui, telle est sa forme authentique – dans laquelle tous ses désirs sont comblés en s'identifiant au Soi, au-delà de tout désir et libre de toute souffrance. *
IV-iii-22: Dans cet état [de sommeil profond et/ou de libération], un père n'est plus un père, une mère n'est plus une mère, les mondes ne sont plus des mondes, les dieux ne sont plus des dieux, les Védas ne sont plus les Védas. Dans cet état, un voleur n'est plus un voleur, le meurtrier d'un noble Brahmane n'est plus un brahmanicide, un Chandala (1) n'est plus un Chandala, un Paulkasa (2) n'est plus un Paulkasa, un moine n'est plus un moine, un ascète n'est plus un ascète. Cette forme qui est la sienne n'est plus en relation aux actions positives ni aux actions négatives, car cet être infini, le Purusha, se trouve alors bien au-delà de la conscience de ses tribulations.
IV-iii-23: Dans cet état, cet être infini, le Purusha, ne voit pas, et pourtant son œil est ouvert; si la vision du témoin ne peut jamais cesser, c'est qu'il est immortel. Dans cet état, il n'est rien qui soit en relation d'altérité avec le témoin, rien qu'il puisse voir comme objet [extérieur à lui]. IV-iii-24: Dans cet état, il ne perçoit aucune odeur, et pourtant son odorat est là; si l'odorat du témoin ne peut jamais cesser, c'est qu'il est immortel. Dans cet état, il n'est rien qui soit en relation d'altérité avec le témoin, rien qu'il puisse sentir comme odeur. IV-iii-25: Dans cet état, il ne perçoit aucune saveur, et pourtant son goût est là; si le goût du témoin ne peut jamais cesser, c'est qu'il est immortel. Dans cet état, il n'est rien qui soit en relation d'altérité avec le témoin, rien qu'il puisse sentir comme saveur. IV-iii-26: Dans cet état, il ne prononce aucune parole, et pourtant il parle; si la parole du témoin ne peut jamais cesser, c'est qu'il est immortel. Dans cet état, il n'est rien qui soit en relation d'altérité avec le témoin, rien qu'il puisse mettre en mots. IV-iii-27: Dans cet état, il n'entend aucun son, et pourtant il entend; si l'ouïe du témoin ne peut jamais cesser, c'est qu'il est immortel. Dans cet état, il n'est rien qui soit en relation d'altérité avec le témoin, rien qu'il puisse entendre. IV-iii-28: Dans cet état, il n'émet aucune pensée, et pourtant il pense; si la pensée du témoin ne peut jamais cesser, c'est qu'il est immortel. Dans cet état, il n'est rien qui soit en relation d'altérité avec le témoin, rien qu'il puisse émettre en pensée. IV-iii-29: Dans cet état, il ne perçoit aucune sensation tactile, et pourtant il possède le toucher; si le toucher du témoin ne peut jamais cesser, c'est qu'il est immortel. Dans cet état, il n'est rien qui soit en relation d'altérité avec le témoin, rien qu'il puisse percevoir par le toucher. IV-iii-30: Dans cet état, il ne possède aucune connaissance, et pourtant il connaît; si la connaissance du témoin ne peut jamais cesser, c'est qu'il est immortel. Dans cet état, il n'est rien qui soit en relation d'altérité avec le témoin, rien qu'il puisse connaître. *
IV-iii-31: Comme, dans l'état de veille ou de rêve, toute chose est en relation d'altérité avec le témoin, alors celui-ci peut voir l'autre, il peut sentir l'odeur de l'autre, il peut parler à l'autre, il peut entendre l'autre, il peut penser à l'autre, il peut toucher l'autre, il peut connaître l'autre. IV-iii-32: Dans le sommeil profond, cet être infini, le Purusha, prend la transparence de l'eau, il est un, il est le témoin, il est sans second [il n'est rien qui soit en relation d'altérité avec lui - NdT]. Tel est le monde de Brahman, ô Empereur. » IV-iii-33: « Celui qui a un physique parfait, qui est prospère, qui a de l'ascendant sur autrui, qui a reçu sans compter tout ce qui fait plaisir à l'être humain, représente la plus grande somme de joies possible à l'être humain. Cette félicité humaine multipliée par cent donne une unité de félicité des mânes qui ont gagné le monde des ancêtres. Cette félicité des mânes multipliée par cent donne une unité de félicité des Gandharvas (1). Cette félicité des Gandharvas multipliée par cent donne une unité de félicité des dieux devenus tels par mérite karmique. Cette félicité des dieux devenus tels par mérite karmique multipliée par cent donne une unité de félicité des dieux par naissance, mais aussi de celui qui est érudit en Védas, sans souillures et libéré de tout désir. Cette félicité des dieux par naissance multipliée par cent donne une unité de félicité dans le monde de Prajapati le Créateur (cf. shloka I-ii-7), mais aussi de celui qui est érudit en Védas, sans souillures et libéré de tout désir. Cette félicité de Prajapati le Créateur multipliée par cent donne une unité de félicité dans le monde de Brahman, Hiranyagarbha (cf. shloka I-ii-2), mais aussi de celui qui est érudit en Védas, sans souillures et libéré de tout désir. C'est là la suprême félicité, ô Empereur » conclut Yajnavalkya. *
IV-iii-34: Et Yajnavalkya reprit : « Après s'être fait plaisir à ainsi vagabonder dans le monde du rêve, en se contentant d'être témoin des interactions du bien et du mal, le Purusha retourne, en inversant le processus, à l'état précédent, celui de la veille. IV-iii-35: Tout comme un chariot lourdement chargé fait grincer ses roues, ainsi le Soi qui réside dans le corps – et qui est sous la gouverne du Soi suprême, lequel est conscience pure – s'en détache avec des râles lorsque la respiration devient malaisée à l'approche de la mort. IV-iii-36: Quand ce corps s'amaigrit, émacié par la vieillesse ou la maladie, alors, de la même façon qu'une mangue, ou une figue, ou un fruit de l'arbre pipal, se détache de sa tige, cet être infini, le Purusha, se détache de tous les composants du corps, puis s'en va; il retourne ensuite, de la même façon qu'il est venu, [dans un composé d'énergies similaires - NdT] pour manifester de nouveau l'énergie vitale, Prana. *
IV-iii-37: À l'occasion de la visite d'un roi, les policiers chargés de la sûreté, les fils de bonne famille et les officiels du village attendent son arrivée, après avoir fait préparé un grand choix de mets et de boissons et fait apprêter une demeure, tout en répétant : “Il arrive ! Il arrive !”; de la même façon, la personne qui cueille les fruits de ses actes [de son karma, dirions-nous – NdT] est attendue par les éléments constitutifs du corps, qui disent : “Brahman arrive ! Il arrive !” IV-iii-38: Au départ du roi, les policiers chargés de la sûreté, les fils de bonne famille et les officiels du village s'attroupent autour de lui [pour lui souhaiter un bon voyage]; de la même façon, toutes les fonctions vitales se regroupent autour du Soi du mourant, lorsque sa respiration devient laborieuse et que la fin est imminente.
Brahmana IV – Instruction IV : La Mort et l'au-delà IV-iv-1: Yajnavalkya poursuivit : « Quand ce Soi s'affaiblit et que ses sens s'éteignent en quelque sorte, les fonctions vitales se rassemblent autour de lui. Se saisissant de la totalité de ces particules lumineuses, le Soi se retire dans le cœur (Hridaya, III-ix-20). Quand la divinité tutélaire de la vue se retire de tout le champ de vision, le mourant cesse de distinguer les couleurs. IV-iv-2: L'œil va s'unir au corps subtil; alors l'assistance constate que le mourant ne voit plus. Puis c'est au tour de l'odorat de s'unir au corps subtil; “Il ne sent plus aucune odeur”, dit-on autour du mourant. Puis c'est le palais (la langue et le sens du goût) qui va s'unir au corps subtil; “Il ne sent plus aucun goût”, dit-on autour du mourant. Puis c'est l'organe de la parole qui va s'unir au corps subtil; “Il ne peut plus parler”, dit-on autour du mourant. Puis c'est le mental qui va s'unir au corps subtil; “Il ne peut plus penser”, dit-on autour du mourant. Puis c'est le sens du toucher qui va s'unir au corps subtil; “Il ne peut plus sentir aucun contact”, dit-on autour du mourant. Puis c'est l'intellect qui va s'unir au corps subtil; “Il a perdu connaissance”, dit-on autour du mourant. La partie supérieure du cœur s'illumine, et par elle le Soi se glisse en dehors du corps, ou alors par l'œil, ou encore par la tête [par la fontanelle – NdT], mais aussi par tout autre endroit. Lorsque le Soi est sorti, la force vitale le suit; quand celle-ci est sortie, toutes les fonctions vitales suivent. Alors le Soi se retrouve doté d'une conscience particulière, et se met à se diriger vers un lieu et un nouveau corps qui vibrent à l'unisson de cette conscience. Il est accompagné de la connaissance, des actes [du bilan karmique, dirions-nous – NdT] et de l'expérience de l'incarnation passée. IV-iv-3: Tout comme la chenille qui rampe sur un brin d'herbe, lorsqu'elle en atteint la pointe, se tend pour saisir un autre brin et y poursuit sa progression, ainsi le Soi, après avoir rejeté ce corps une fois qu'il est devenu inconscient, se saisit d'un autre support et y rassemble toutes ses forces. IV-iv-4: Tout comme un orfèvre prend une petite quantité d'or et façonne à partir d'elle une autre forme – nouvelle et plus belle – ainsi le Soi rejette ce corps une fois qu'il est devenu inconscient, et façonne un nouveau corps – nouveau et amélioré – qui sera mieux adapté aux mânes, ou aux Gandharvas, ou aux dieux, ou à Viraj, ou à Hiranyagarbha, ou à d'autres entités. IV-iv-5: Ce Soi est indéniablement Brahman, et il est également identique au mental, Manas, à l'énergie vitale, Prana, à la vue et à l'ouïe, aux éléments terre, eau, air, éther et feu, ainsi qu'à ce qui est différent du feu, au désir, ainsi qu'à l'absence de désir, à la colère, ainsi qu'à l'absence de colère, à la droiture morale, ainsi qu'à la non-droiture. Ce Soi est identique à tout – identique, en fait, à tout ceci, qui est perçu, et à tout cela, qui en découle. Tels ses actes et son comportement, tel il devient : en faisant le bien, il devient bon, en faisant le mal, il devient mauvais. Il devient vertueux au moyen d'actes positifs, et mauvais au moyen d'actes négatifs. D'autres personnes, cependant, soutiennent l'opinion que le Soi est identique au désir uniquement. Et que tels ses désirs, telles ses résolutions; et telles ses résolutions, tels ses actes; et tels ses actes, telles les conséquences qu'il récolte. IV-iv-6: À ce propos, voici une instruction lapidaire en quelques vers : “En raison de l'attachement aux objets des sens, le Soi, qui transmigre d'une incarnation à l'autre, récolte les résultats découlant des attachements de son corps subtil et de son mental. Une fois qu'il a épuisé dans l'au-delà les conséquences des actes de sa vie précédente ici-bas, il revient de l'au-delà pour accomplir ici-bas de nouveaux actes.” Ainsi, c'est l'homme des désirs qui transmigre. Mais l'homme sans désirs ne transmigre plus. Chez celui qui s'est libéré des désirs, dont les objectifs ont été atteints et dont le seul objet de désir est le Soi, les fonctions vitales restent dans corps au moment de la mort. Il n'est rien d'autre que Brahman, donc il fusionne alors en Brahman. *
IV-iv-7: Et voici une autre instruction lapidaire : “Quand tous les désirs qui s'étaient logés en son cœur (Hridaya, III-ix-20) ont été chassés, l'être humain qui avait été mortel, devient immortel et atteint à Brahman alors qu'il est encore dans ce corps.” À l'image de la mue dévitalisée qu'a rejetée le serpent et qui gît, abandonnée sur une fourmilière, le corps de cet être humain gît là. Le Soi de cet homme devient désincarné et redevient l'Esprit immortel, le Soi suprême, le Prana, Brahman, la pure lumière. » IV-iv-8: Yajnavalkya poursuivit : « Encore une autre instruction lapidaire : “La voie subtile, ce sentier millénaire qui a la finesse d'un atome et pourtant se trouve partout, je l'ai découverte. Et même plus, je l'ai réalisée moi-même. C'est par elle que les sages – ces connaisseurs de Brahman – gagnent également la sphère céleste de la libération après la mort du corps physique, c'est par elle qu'ils étaient déjà libérés de leur vivant.” *
IV-iv-9: “Certains la voient comme étant de couleur blanche, d'autres comme bleue, grise, verte ou rouge. Cette voie est réalisée par un “brahmane”, c'est-à-dire un authentique connaisseur de Brahman, et la suit quiconque connaît Brahman, a accompli des actes vertueux et s'est identifié à la Lumière suprême.” IV-iv-10: “Dans les ténèbres profondes de l'ignorance entrent après leur mort ceux qui ont cultivé l'ignorance (à travers leurs actes et le simples ritualisme religieux). En des ténèbres encore plus profondes entrent ceux qui se sont dévoués à la seule connaissance (des traités de cérémonie des Védas).” IV-iv-11: “Emplis de misère sont ces mondes qu'enveloppent les ténèbres aveuglantes de l'ignorance. Y entrent après leur mort ceux qui furent ignorants et sans sagesse.” IV-iv-12: “Si un homme connaît le Soi dans sa véritable nature et en tant que son identité réelle, alors avec quel désir et au nom de quoi irait-il souffrir en s'éveillant de nouveau dans un corps ?” IV-iv-13: “Celui qui a réalisé le Soi et l'a intégré dans sa conscience intime, qui s'est libéré de cet habitat périlleux et inextricable qu'est le corps physique, celui-là est devenu un “faiseur d'univers”, un magicien qui a des rapports de créativité avec tout. Tout est son Soi, et lui, de son côté, est le Soi de tout.” *
IV-iv-14: “Habitant dans ce corps physique, nous sommes, d'une manière ou d'une autre, parvenus à la connaissance de Brahman. Sinon, nous serions demeurés dans l'ignorance, et aurions subi un grand dommage. Car ceux qui connaissent Brahman deviennent immortels, tandis que les autres ne connaissent que la misère.” IV-iv-15: “Lorsqu'un homme, suivant les instructions de son maître, en arrive à contempler sans intermédiaire ce Soi d'une splendeur radieuse, Seigneur de tout ce qui fut et sera, alors il ne désire plus se détourner de Lui.” IV-iv-16: “Sous Son pouvoir les années et les jours tournoient dans le temps – c'est l'immortelle Lumière des lumières, que les dieux eux-mêmes méditent comme étant longévité infinie.” IV-iv-17: “En Son sein sont contenus les cinq quintuplicités (1) et l'akasha subtil – c'est l'Atman même, et je Le considère comme étant l'immortel Brahman. Connaissant ce Brahman, je suis immortel.” *
IV-iv-18: “Ceux qui sont parvenus à la connaissance de l'Énergie pranique (Prana) de tous les souffles vitaux (pranas), de l'Œil de l'œil, de l'Oreille de l'oreille, et de l'Esprit (Manas) de l'esprit, réalisent Brahman, l'Ancien, le Primordial.” IV-iv-19: “C'est par le pur Mental, et uniquement par lui, qu'Il peut être réalisé. En Lui, la diversité, quelle qu'elle soit, n'existe pas. Quiconque perçoit la moindre diversité en Lui, s'achemine de mort en mort [une vie succédant à l'autre, dans le Samsara – NdT].” IV-iv-20: “C'est dans Sa forme d'unicité qu'Il doit être réalisé, car Il est inconnaissable et éternel. L'Atman est sans souillure, par-delà l'akasha subtil, Il n'est jamais né, Il est infini et éternellement semblable à Lui-même.” IV-iv-21: “Il est judicieux, pour l'aspirant à Brahman, d'étudier uniquement la voie vers l'Atman et de développer la connaissance intuitive, Prajna (1). Que son esprit ne soit pas encombré de trop de mots [en pensée comme en parole, mais aussi par l'étude livresque – NdT], ce ne serait qu'une vaine perte d'énergie par l'organe de la parole.” *
IV-iv-22: Yajnavalkya reprit son propre exposé : « Le Soi, ce grand Être qui existe de toute éternité, identique à l'intellect (vijnanamaya – cf. shloka II-i-16), résidant au milieu des organes corporels, se tient dans l'akasha du cœur (cf. shloka II-i-17). Il est le régent de la totalité, le Seigneur de la totalité, le gouverneur de la totalité. Il ne devient pas meilleur à la faveur de nos actes positifs, ni n'empire à cause de nos actes négatifs. Il est le Seigneur de toutes choses, Il est le gouverneur de tous les êtres, ainsi que leur protecteur. Il est la berge du fleuve qui trace la frontière entre un monde et l'autre, les empêchant de s'interpénétrer. Les Brahmanes Le recherchent par l'étude des Védas, les sacrifices, la charité et l'austérité, laquelle consiste à se détacher des perceptions sensorielles, sans pour autant les annihiler. Dès lors qu'on ne perçoit que Lui, on devient un contemplateur silencieux (1). C'est par désir exclusif du Soi que moines et ermites renoncent à leur foyer et à ce monde. Les sages de l'ancien temps, dit-on, ne désiraient pas d'enfants : “Quel accomplissement serait-ce d'avoir une progéniture, pour nous qui avons atteint au Soi et au monde de la Réalité ?” Ils sacrifiaient, nous dit-on, leur désir d'avoir des fils, des biens personnels, une situation dans le monde, et adoptaient la vie de moine mendiant. Car le désir d'avoir des descendants mâles entraîne le désir d'avoir des richesses, et le désir de richesses entraîne le désir d'une position sociale, et ces deux derniers restent toujours des désirs [n'étant jamais entièrement satisfaits - NdT]. Ce Soi, l'Atman, est Cela, Tat, qui a été décrit comme Neti Neti, ni ceci ni cela (cf. shloka III-ix-26). L'Atman est insaisissable, car Il n'est jamais capturé; inaltérable, car Il ne s'accroît ni ne diminue jamais; libre, car il n'est jamais lié à quoi que ce soit; serein, car Il ne connaît jamais ni souci ni douleur. Quiconque possède la connaissance de l'Atman n'est jamais assailli par les deux pensées suivantes : “En cette occasion, j'ai bien agi” et “En cette occasion, j'ai mal agi”. Il a vaincu ces deux types d'opinion. Les actes commis ou omis ne l'affectent plus.
IV-iv-23: Cela a été exprimé par cet hymne du Rig Véda : “Telle est la gloire éternelle de Brahman, comme de celui qui Le connaît : Il ne s'accroît ni ne diminue, pas même du fait du karma, le domaine de l'action (cf. shloka I-vi-1). Cela est la seule nature qu'il faut connaître; alors, on demeure au-delà de l'acte négatif. En conséquence, qui connaît Brahman dans Sa nature réelle, acquiert une grande maîtrise de soi, devient paisible, intériorisé, patient et concentré; c'est le Soi qu'il voit dans son propre corps, et il voit tout être comme étant le Soi. Le mal ne le déroute plus, c'est au contraire lui qui repousse tous les maux. Le mal ne l'afflige plus, c'est au contraire lui qui consume tous les maux. Il devient sans souillure, sans défaut, libéré de tous les doutes; il devient un authentique Brahmane (c.-à-d. un connaisseur de Brahman). Tel est le monde de Brahman, ô Empereur, auquel vous venez d'atteindre. » IV-iv-24: Le Soi, ce grand Être qui existe de toute éternité, est celui qui consomme la nourriture et celui qui donne la richesse, fruit de notre labeur. Quiconque possède cette connaissance, reçoit cette richesse. IV-iv-25: Le Soi, ce grand Être qui existe de toute éternité, est sans déclin, immortel, il ne connaît ni la mort, ni la peur. Il est Brahman, l'infini. Car Brahman est véritablement libre de toute peur. Qui connaît Brahman dans Sa nature réelle, devient assurément ce Brahman sans peur. *
Brahmana V – Instruction V : Yajnavalkya et Maitreyi (2)
IV-v-1: Yajnavalkya avait deux épouses, Maitreyi et Katyayani. Si Maitreyi avait de l'intérêt pour discuter avec son époux de Brahmavidya, la science de Brahman (cf. shloka I-iv-9), par contre Katyayani avait une manière de penser purement féminine. Or donc, un jour Yajnavalkya désira embrasser le mode de vie des renonçants: IV-v-2: « Ma chère Maitreyi, dit Yajnavalkya, j'ai l'intention de renoncer à cette vie de maître de maison. Accorde-moi de faire à l'amiable le partage de mon patrimoine entre toi et Katyayani. » IV-v-3: Maitreyi répondit : « Mon époux, si même cette terre entière avec toutes ses richesses était mienne, en deviendrais-je immortelle ? » « Non, ta vie serait semblable à celle de tous ces gens qui possèdent beaucoup de biens. Mais aucun espoir d'immortalité à travers les richesses ! » IV-v-4: Maitreyi : « Mais que ferais-je de ce qui ne me rendrait pas immortelle ?! Parle-moi, mon vénéré Maître, uniquement de ce que tu sais être la seule voie vers l'immortalité. » IV-v-5: Yajnavalkya : « Ma chérie, tu as toujours été ma bien-aimée, et cela déjà bien avant cet instant où tu exprimes ce qui me tient à cœur. Approche-toi, assieds-toi, je vais te l'expliquer. Durant cette explication, concentre-toi et médite sur ce que je vais te dire. » IV-v-6: « En vérité, ce n'est pas par simple amour pour l'époux, ma très chère, qu'il est aimé, mais c'est pour son propre bien que l'épouse chérit l'époux. IV-v-7: « Le brahmane ignore celui qui le perçoit comme différent de l'Atman. Le kshatriya ignore celui qui le perçoit comme différent de l'Atman. Les divers mondes ignorent celui qui les perçoit comme différents de l'Atman. Les dieux ignorent celui qui les perçoit comme différents de l'Atman. Les êtres ignorent celui qui les perçoit comme différents de l'Atman. Le Tout ignore celui qui le perçoit comme différent de l'Atman. Oui, ce brahmane, ce kshatriya, ces mondes, ces dieux, ces êtres et ce Tout – ils sont tous l'Atman. » IV-v-8-10: « Tout comme, lorsqu'on frappe sur un tambour, ses diverses notes spécifiques demeurent indistinctes, et sont amalgamées dans la sonorité générale du tambour ou dans le son général produit par différents types de frappes;
IV-v-11: « Tout comme d'un feu allumé avec des fagots encore humides s'élèvent des fumées, des étincelles et de la vapeur, de même, ma très chère, le Rig Véda, le Yajur Véda, le Sama Véda, l'Atharva Véda, l'histoire, la mythologie (les Puranas), les arts (vidya), les Upanishads, les versets (shlokas), les aphorismes (sutras), les élucidations (anuvyakhyanas) et explications (vyakhyanas), sont tous sortis du souffle de la Réalité infinie. Oui, c'est le Soi suprême qui les a exhalés. » IV-v-12: « Tout comme dans l'océan se déversent toutes sortes d'eaux, IV-v-13: « Tout comme un morceau de sel gemme n'a ni intériorité ni extériorité, mais est entier, purement de saveur salée, ainsi, ma très chère, le Soi n'a ni intériorité ni extériorité, mais est entier, et n'est que pure Intelligence. Le Soi de l'entité séparée (Jiva) surgit des cinq éléments et, à leur destruction, cette existence séparée périt également. Lorsqu'il atteint l'unicité du Soi absolu, il perd sa conscience d'entité séparée. Voilà ce que j'avais à te dire, ma chérie. » Et Yajnavalkya se tut. IV-v-14: Maitreyi remarqua : « Juste à ce point, tu viens de semer la confusion dans mon esprit, et je ne comprends rien du tout. » Yajnavalkya reprit : « Ce que je dis n'a certainement pas de quoi te déconcerter, ma chérie; le Soi est indéniablement immuable et indestructible, ô Maitreyi. » IV-v-15: « Car lorsqu'il y a dualité, l'odorat a quelque chose à sentir, la vue a quelque chose à voir, l'ouïe a quelque chose à entendre, la parole a quelque chose à dire, le mental a quelque chose à penser, l'intellect a quelque chose à connaître. Par contre, pour le connaisseur de Brahman, tout, absolument tout, est devenu le Soi; qu'y aurait-il alors à sentir, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à voir, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à entendre, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à dire, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à penser, et avec quoi ? qu'y aurait-il alors à connaître, et avec quoi ? Et avec quoi pourrait-on connaître Cela, Tat (cf. shloka I-iv-10), grâce auquel tout ceci est connu ? Ce soi est Cela qui a été décrit comme Neti Neti, ni ceci ni cela (cf. shloka III-ix-26). Il est insaisissable, car Il n'est jamais capturé; inaltérable, car Il ne s'accroît ni ne diminue jamais; libre, car il n'est jamais lié à quoi que ce soit; serein, car Il ne connaît jamais ni souci ni douleur. Avec quoi, ma très chère, pourrait-on connaître le Connaisseur lui-même ? – Voilà, tu as reçu l'enseignement, Maitreyi. Et tout ce qui précède exprime la voie vers l'immortalité, ma chérie. »
Brahmana VI – Instruction VI : La lignée des Instructeurs IV-vi-1: Voici la lignée des Instructeurs : Pautimasya reçut cet enseignement de Gaupavana. Gaupavana le reçut d'un autre Pautimasya. Ce dernier Pautimasya le reçut d'un autre Gaupavana. Ce dernier Gaupavana le reçut de Kausika. Kausika le reçut de Kaundinya. Kaundinya le reçut de Sandilya. Sandilya le reçut de Kausika et de Gautama. Gautama – II-vi-2: ... le reçut d'Agnivesya. Agnivesya le reçut de Sandilya et d'Anabhimlata. Anabhimlata le reçut d'un autre du même nom. Celui-là le reçut d'un troisième Anabhimlata. Ce dernier Anabhimlata le reçut de Gautama. Gautama le reçut de Saitava et de Pracinayogya. Ces derniers le reçurent de Parasarya. Parasarya le reçut de Bharadvaja. Ce dernier le reçut de Bharadvaja et de Gautama. Gautama le reçut d'un autre Bharadvaja. Ce dernier le reçut d'un autre Parasarya. Parasarya le reçut de Baijavapayana. Ce dernier le reçut de Kausikayani. Kausikayani – II-vi-3: ... le reçut de Ghrtakausika. Ghrtakausika le reçut de Parasaryayana. Ce dernier le reçut de Parasarya. Parasarya le reçut de Jatukarnya. Jatukarnya le reçut d'Asurayana et de Yaska. Asurayana le reçut de Traivani. Traivani le reçut d'Aupajandhani. Ce dernier le reçut d'Asuri. Asuri le reçut de Bharadvaja. Bharadvaja le reçut d'Atreya. Atreya le reçut de Manti. Manti le reçut de Gautama. Gautama le reçut d'un autre Gautama. Ce dernier le reçut de Vatsya. Vatsya le reçut de Sandilya. Sandilya le reçut de Kaisorya Kapya. Ce dernier le reçut de Kumaraharita. Kumaraharita le reçut de Galava. Galava le reçut de Vidarbhi-Kaundinya. Ce dernier le reçut de Vatsanapat Babhrava. Ce dernier le reçut de Pathin Saubhara. Ce dernier le reçut d'Ayasya Angirasa. Ce dernier le reçut d'Abhuti Tvastra. Ce dernier le reçut de Visvarupa Tvastra. Ce dernier le reçut des Ashvins (cf. shloka II-i-11). Ces derniers le reçurent de Dadhyac Atharvana. Ce dernier le reçut d'Atharvan Daiva. Ce dernier le reçut de Mrtyu Pradhvamsana. Ce dernier le reçut de Pradhvamsana. Pradhvamsana le reçut d'Ekarsi. Ekarsi le reçut de Viprachitti. Viprachitti le reçut de Vyasti. Vyasti le reçut de Sanaru. Sanaru le reçut de Sanatana. Sanatana le reçut de Sanaga. Sanaga le reçut de Paramesthin (Viraj). Ce dernier le reçut de Brahman (Hiranyagarbha). Brahman est né de Lui-même. Salutations à Brahman !
CHAPITRE CINQ
V-i-1: Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. L'infini procède de l'infini. Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini, Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul. Om est Brahman en tant qu'Akasha, l'espace éthéré primordial. Il est l'espace éthéré dont a procédé l'air, dit le fils de Kauravyayani. Om est le Véda, comme le savent les connaisseurs de Brahman; car Om nous délivre la connaissance qu'il est indispensable de posséder.
Brahmana II – Instruction II : Les trois disciplines fondamentales V-ii-1:Prajapati, le Progéniteur (cf. shloka I-ii-7), engendra trois sortes de fils : les dieux, les humains, et les anti-dieux ou Asuras (cf. shloka I-iii-1). En compagnie de leur auguste Père, ils menaient tous la vie chaste de l'étudiant en science sacrée (1). Au terme de leur période d'austérités préparatoires, les dieux demandèrent à leur Père : « Nous t'en prions, instruis-nous. » Alors Prajapati émit la syllabe Da, puis il demanda : « Avez-vous compris ? » Ils répondirent : « Oui, tu nous a dit “Contrôlez-vous ! Damyata!” « Vous avez bien compris. »
V-ii-2: Puis les hommes s'adressèrent à Lui : « Nous t'en prions, instruis-nous. » Alors Prajapati émit la syllabe Da, puis il demanda : « Avez-vous compris ? » Ils répondirent : « Oui, tu nous a dit “Donnez, soyez charitables ! Datta!” « Vous avez bien compris. » V-ii-3: Puis ce fut aux Asuras de Lui demander : « Nous t'en prions, instruis-nous. » Alors Prajapati émit la syllabe “Da”, puis il demanda : « Avez-vous compris ? » Ils répondirent : « Oui, tu nous a dit “Ayez pitié ! Dayadhvam!” « Vous avez bien compris. » Cette même instruction, de nos jours encore, est répétée par la voix céleste sous la forme du tonnerre, qui clame “Da, Da, Da”, ce qui signifie “Damyata, Datta, Dayadhvam” : « Contrôlez-vous, soyez charitables, ayez pitié ! » En conséquence, on doit apprendre à développer ces trois vertus : le contrôle de soi, la charité et la pitié.
Brahmana III – Instruction III : Brahman comme cœur V-iii-1: Le cœur (Hridaya, III-ix-20), qui est en nous – c'est cela, Prajapati. C'est Brahman, c'est la totalité. Hridaya se compose de trois syllabes : la première est Hri (tirer, attirer), et celui qui médite sur elle attire à lui ses proches et les étrangers. La seconde syllabe est Da (donner), et celui qui médite sur elle reçoit des dons de ses proches et des étrangers. La troisième syllabe est Ya (aller), et celui qui médite sur elle attire atteint le plan céleste.
Brahmana IV – Instruction IV : Méditation sur Satya Brahman V-iv-1: Cela, Tat (cf. shloka I-iv-10), était seul à exister, et ce qui existait était la Vérité, Satya (1), et uniquement elle. Celui qui médite sur ce grand Être originel, digne d'adoration, et le reconnaît comme étant Satya Brahman, celui-là conquiert tous les mondes. Il vainc ses ennemis, lesquels se révèlent irréels, asat (2). Oui, quiconque connaît ainsi ce grand Être originel, digne d'adoration, Le connaît comme étant Satya Brahman – car la Vérité éternelle, ou Réalité, est Brahman.
Brahmana V – Instruction V : Louange de Satya Brahman V-v-1:Au commencement, cet univers était constitué uniquement d'eau. De cette eau émergea Satya, la Vérité. Satya est Brahman. Brahman engendra Prajapati, et celui-ci engendra les dieux, lesquels méditent sur Satya, la Vérité. Ce nom Satya est composé de trois syllabes, Sa, Ti et Ya. La première et la dernière syllabe représentent la Vérité. Entre elles, se tient la non-vérité *. La non-vérité est entourée de chaque côté par la vérité. Il y a donc une nette prépondérance de vérité. Qui possède cette connaissance n'est jamais blessé par la non-vérité.
V-v-2: Cela, Tat, qui est Satya, est aussi Aditya, le Soleil – cet Être qui réside au centre de cette orbe immensément lointaine et cet Être qui est dans notre œil droit. L'un et l'autre sont en corrélation, mutuellement. Le premier est relié au second par les rayons lumineux et le second est relié au premier par les fonctions de la vue. Lorsqu'un homme est sur le point de quitter son corps, il a alors une vision très claire de l'orbe, sans ses rayons lumineux, car ceux-ci ne parviennent déjà plus jusqu'à lui. *
V-v-3: De cet Être qui réside au centre de l'orbe solaire, la syllabe Bhu (la Terre) est la tête, car il n'y a qu'une tête, comme il n'y a qu'une syllabe; le mot Bhuvar (le Ciel atmosphérique) est les bras, car il y a deux bras, comme il y a deux syllabes; le mot Svar (le Ciel cosmique) est les jambes, car il y a deux jambes, comme il y a deux syllabes (1). Le nom secret de cet Être est Ahar (jour). Qui possède cette connaissance détruit le mal et ne le rencontre plus.
V-v-4: De cet Être qui est dans notre œil droit, la syllabe Bhu (la Terre) est la tête, car il n'y a qu'une tête, comme il n'y a qu'une syllabe; le mot Bhuvar (le Ciel atmosphérique) est les bras, car il y a deux bras, comme il y a deux syllabes; le mot Svar (le Ciel cosmique) est les jambes, car il y a deux jambes, comme il y a deux syllabes. Le nom secret de cet Être est Aham (Je, moi). Qui possède cette connaissance détruit le mal et ne le rencontre plus.
Brahmana VI – Instruction VI : Méditation sur Brahman comme mental V-vi-1: Cet Être resplendissant qui est identique au mental (manas – cf. shloka I-ii-1) se tient dans la cavité du cœur, où il a la taille d'un grain de riz ou d'orge, et c'est là que les yogis Le réalisent. Il est le Seigneur de la totalité, le régent de la totalité, et Il gouverne tout ce qui existe – quel que ce soit.
Brahmana VII – Instruction VII : Méditation sur Brahman comme éclair V-vii-1: On dit que l'éclair est Brahman. On l'appelle Vidyut (éclair) parce qu'il disperse (vidanat) l'obscurité. Qui possède cette connaissance – à savoir que l'éclair est Brahman – disperse les maux qui se sont assemblés pour l'assaillir; car l'éclair est véritablement Brahman.
Brahmana VIII – Instruction VIII : Méditation sur les Védas comme Vache V-viii-1: Il faut méditer sur la parole (les Védas) en tant que vache. Elle possède quatre tétines – les terminaisons de mantras que sont Svaha (Salutations !), Vasat (Demeure !), Hanta (Holà !) et Svadha (Voici de l'eau !) (1). Les dieux tirent leur subsistance de deux tétines – Svaha et Vasat, les hommes de Hanta, et les mânes de Svadha. Son mâle, le taureau, est l'énergie vitale, Prana, et son petit, le veau, est le mental, Manas.
Brahmana IX – Instruction IX : Méditation sur le feu Vaishvanara V-ix-1: Le feu interne dans l'être humain, qui digère la nourriture consommée, est Vaishvanara (1). Il émet un son, que l'on perçoit lorsque l'on se bouche les oreilles. Lorsqu'un homme est sur le point de quitter son corps, il n'entend déjà plus ce son.
Brahmana X – Instruction X : Le sentier de l'âme décédée V-x-1: Lorsqu'un homme prend le départ pour l'autre monde, il atteint le plan de l'élément air. L'air lui ouvre un passage de la taille d'une roue de chariot. Il y pénètre et commence son ascension vers le soleil, qui lui ouvre un passage de la taille d'une timbale [l'instrument à percussion – NdT]. Il y pénètre et continue son ascension vers la lune, qui lui ouvre un passage de la taille d'un tambour frappé. Il y pénètre et parvient à un monde où n'existe ni la souffrance, ni le froid. Et là il demeure, pour des années sans fin.
Brahmana XI – Instruction XI : Les ascèses suprêmes V-xi-1: C'est indéniablement une ascèse excellente (tapas, cf. shloka I-ii-6) que de souffrir patiemment lorsqu'on est malade. Qui possède cette connaissance atteint au monde suprême. C'est indéniablement une ascèse excellente qu'après notre mort, notre dépouille soit déposée dans la forêt. Qui possède cette connaissance atteint au monde suprême. C'est indéniablement une ascèse excellente qu'après notre mort, notre dépouille soit déposée sur un bûcher. Qui possède cette connaissance atteint au monde suprême.
Brahmana XII – Instruction XII : Méditation sur la nourriture et le Prana comme Brahman V-xii-1: Certains disent que la nourriture (Anna) est Brahman. Mais ce n'est pas vrai, car la nourriture se putréfie en l'absence de l'énergie vitale, Prana. Selon d'autres, c'est le Prana qui est Brahman. Mais ce n'est pas vrai, car le Prana se raréfie en l'absence de nourriture. Mais l'union de ces deux forces divines, Anna et Prana, mène à l'état suprême, celui de Brahman. Ayant fait ces réflexions, Pratida * dit à son père : « Quel bien pourrais-je bien faire à celui qui possède cette connaissance, ou alors quel mal ? » Son père eut un geste de dénégation : « Aucun, Pratida, car qui donc pourrait atteindre à la plus haute connaissance tout en continuant de s'identifier à ces deux catégories, bien et mal ? » Puis il lui révéla ceci : « Médite sur le mot Vi. La nourriture est réellement Vi, car l'existence de toutes les créatures repose (visanti) sur elle. Médite aussi sur Ram. Le souffle vital est Ram, car toutes les créatures trouvent délicieux (ramante) de respirer. » Oui, quiconque possède cette connaissance devient une source de repos pour toute créature, de même qu'une source de délices. **
Brahmana XIII – Instruction XIII : Méditations sur le Prana V-xiii-1:Il faut méditer sur l'énergie vitale, Prana, comme étant l'Uktha (1). Le souffle vital est l'Uktha, en ce sens qu'il est la force ascendante (utthapayati) qui meut tout cet univers. Qui possède cette connaissance élève un fils qui devient un connaisseur du Prana et, quant à lui, il accomplit l'union avec l'Uktha et demeure dans le même monde [que l'Uktha, c.-à-d. au plan de la Réalité cosmique - NdT].
V-xiii-2: Il faut méditer sur l'énergie vitale, Prana, comme étant le Yajus (1). Le souffle vital est le Yajus, en ce sens que tous les êtres sont unis (yujyante) les uns aux autres tant que demeure en eux le souffle vital. Qui perçoit l'unité de tous les êtres atteint à la prééminence et, quant à lui, il accomplit l'union avec le Yajus et demeure dans le même monde.
V-xiii-3: Il faut méditer sur l'énergie vitale, Prana, comme étant le Saman (1). Le souffle vital est le Saman, en ce sens que tous les êtres coopèrent (samyanchi) tant que demeure en eux le souffle vital. En présence de qui possède cette connaissance, tous les êtres sont stimulés à coopérer, et ils concourent à lui donner la prééminence. Quant à lui, il accomplit l'union avec le Saman et demeure dans le même monde.
V-xiii-4: Il faut méditer sur l'énergie vitale, Prana, comme étant le Kshatra (1). Le souffle vital est le Kshatra, en ce sens qu'il protège (trayate) le corps des blessures (khanitoh). * Qui possède cette connaissance atteint à ce Kshatra qu'est le souffle vital, et n'a besoin d'aucun autre pouvoir protecteur. Il accomplit l'union avec le Kshatra et demeure dans le même monde.
Brahmana XIV – Instruction XIV : La Gayatri sacrée V-xiv-1: Les mots Bhumi (la Terre), Antariksha (le firmament céleste) et Dyaus (le ciel cosmique) forment ensemble huit syllabes, et le premier vers de la Gayatri (1) contient aussi huit syllabes. Les trois mondes peuvent donc être médités comme constituant le premier vers de la Gayatri. Qui possède ce savoir occulte sur le premier vers de la Gayatri, conquiert tout ce qui est contenu dans les trois mondes.
V-xiv-2: Les noms des trois Védas, Rig, Yajur et Saman forment ensemble huit syllabes, et le deuxième vers de la Gayatri contient aussi huit syllabes. Les trois Védas peuvent donc être médités comme constituant le deuxième vers de la Gayatri. Qui possède ce savoir occulte sur le deuxième vers de la Gayatri, conquiert ces trésors de connaissance que peuvent conférer les trois Védas. V-xiv-3: Les mots Prana, Apana et Vyana (inspiration, expiration et rétention) forment ensemble huit syllabes, et le troisième vers de la Gayatri contient aussi huit syllabes. Les trois formes de l'énergie vitale, Prana, peuvent donc être méditées comme constituant le troisième vers de la Gayatri. Qui possède ce savoir occulte sur le troisième vers de la Gayatri, conquiert la prééminence sur tous les êtres vivants qui animent l'univers.
V-xiv-4: Cette Gayatri repose sur ce quatrième vers apparemment visible et qui se trouve par-delà les mondes. Et celui-ci repose, de son côté, sur la Vérité, Satya (cf. shloka V-iv-1). La vue est garante de la vérité, car c'est par l'œil que la vérité est connue. C'est pourquoi, de nos jours encore, si deux personnes en viennent à se contester, l'une disant « Moi, je l'ai vu ! » et l'autre « Moi, je l'ai entendu dire ! », c'est au au témoin visuel qu'on prête foi. Cette Vérité repose sur la force. Et c'est l'énergie vitale, Prana, qui est la force. D'où, la Vérité repose sur Prana. En conséquence, on dit couramment que la force est plus puissante que la vérité.
V-xiv-5: Certains instructeurs communiquent à leur élève la Savitri qui est en mètre Anushtub, avec cette idée : « Vac, la déesse de la parole, est Anushtub; aussi allons-nous la lui communiquer. » Mais c'est là une idée erronée. On ne doit transmettre que le Savitri Mantra qui est en mètre Gayatri. Si celui qui possède cette connaissance accepte une grande quantité de biens de ce monde en cadeau, tous ceux-ci ne valent pas même les bienfaits accordés par un seul vers de la Gayatri.
V-xiv-6: Pour le connaisseur de la Gayatri, accepter en cadeau ces trois mondes emplis de richesses est comme recevoir le fruit de la connaissance du seul premier vers de la Gayatri. Accepter en cadeau ce trésor de connaissance que recèlent les Védas, est comme recevoir le fruit de la connaissance du seul second vers de la Gayatri. Accepter en cadeau tous les territoires peuplés de créatures vivantes, est comme recevoir le fruit de la connaissance du seul troisième vers de la Gayatri. Quant au quatrième vers de la Gayatri, apparemment visible et qui se trouve par-delà les mondes – qui est indéniablement ce soleil resplendissant –rien ne peut lui être comparé dans la balance des dons. Car qui, en effet, serait susceptible de recevoir un don d'une telle immensité ? V-xiv-7: Voici la formule de salutation à la Gayatri : « Ô Gayatri, tu possèdes un vers, tu possèdes deux vers, tu possèdes trois vers et quatre vers. Et tu es sans un seul vers, car tu es hors d'atteinte. Salutations à toi, le quatrième vers, apparemment visible et qui te situes par-delà les mondes ! Puisse notre ennemi ne jamais atteindre son objectif ! » Au cas où le connaisseur de la Gayatri entretiendrait des sentiments négatifs envers une personne, il devrait alors utiliser ce mantra : « Cette personne, puisse-t-elle ne jamais mener à bien son objectif ! », auquel cas l'objectif de cette personne ainsi contrée par la formule de salutations à la Gayatri ne se concrétisera jamais – ou alors, le connaisseur de la Gayatri peut dire : « Que j'atteigne, moi, cet objectif qu'il souhaite ardemment ! » V-xiv-8: À ce propos, on rapporte que Janaka, l'empereur de Videha, demanda à Budila, fils d'Asvatarasva : « Eh bien ! Dans ta vie précédente, tu te croyais un connaisseur de la Gayatri, alors comment se fait-il que tu sois, hélas, devenu un éléphant, et que tu me portes ? » Budila éléphant répondit : « Parce que je n'ai pas su connaître le vrai visage de la Gayatri, ni reconnaître sa bouche, ô Empereur. » Janaka lui expliqua : « C'est le feu qui est sa bouche. Même si l'on déverse une grande quantité de combustible dans la gueule du feu, tout est brûlé, dévoré. De façon similaire pour celui qui possède cette connaissance, même s'il commet une grande quantité de péchés, il les consume entièrement et devient pur, nettoyé, sans déclin et immortel. » *
Brahmana XV – Instruction XV : Prière du mourant V-xv-1: « La face de Satya Brahman (cf. shloka V-v-1) est recouverte d'un disque d'or. Ô Pushan (I-iv-13), nourricier des mondes, ôte-le afin que moi, dont la réalité essentielle est aussi Satya, vérité, puisse contempler Ta face ! Ô Nourricier (Pushan), ô Voyant solitaire (Rishi), ô Gouverneur de tous les êtres (Yama), ô Soleil (Surya), ô premier-né de Prajapati, rétracte Tes rayons, modère Ton éclat ardent, c'est Ta forme adoucie et bienveillante que je désire contempler ! Car je suis moi aussi ce Purusha qui réside en Toi, oui, moi aussi je suis immortel. Lorsque mon corps se dénouera, puisse mon souffle vital regagner le Prana universel, tandis que ce corps sera réduit en cendres et retournera à la terre ! Om ! Ô Feu, Toi qui es l'essence de la syllabe sacrée, ô divinité des délibérations karmiques, souviens-toi, oui, souviens-toi de tout ce que j'ai fait dans cette vie ! Ô Agni, Feu divin, mène-nous par le bon sentier là où nous cueillerons les fruits de nos actes ! Car Tu connais ce que fut le moindre de nos actes et pensées. Toutes les erreurs que nous avons pu commettre, détruis-les ! Nous nous prosternons devant Toi encore, et encore... »
VI-i-1: Om ! Celui qui connaît ce qui est le plus ancien et le plus grand devient lui-même le plus ancien et le plus grand au sein de sa parenté. L'énergie vitale (Prana) est indéniablement ce plus ancien et ce plus grand. Oui, qui possède cette connaissance devient le plus ancien et le plus grand au sein de la communauté, mais aussi partout où il le désire. VI-i-2: Qui connaît l'excellence (1) devient lui-même celui qui excelle le plus au sein de sa parenté. L'organe de la parole manifeste indéniablement cette excellence. Oui, qui possède cette connaissance devient celui qui excelle le plus au sein de la communauté, mais aussi partout où il le désire.
VI-i-3: Qui connaît la stabilité du centre (1) mène une vie régulière en toutes circonstances, lieux et temps, dans l'adversité comme dans la facilité. L'œil manifeste indéniablement cette grande stabilité, car c'est à travers lui que l'on demeure centré au milieu des circonstances, lieux et temps, de l'adversité et de la facilité. Oui, qui possède cette connaissance mène une vie régulière en toutes circonstances, lieux et temps, dans l'adversité comme dans la facilité.
VI-i-4: Qui connaît la prospérité atteint à la possession de tout objet qu'il puisse désirer. L'oreille manifeste indéniablement cette prospérité, car tous les Védas sont assimilés lorsqu'on possède une oreille juste. Oui, qui possède cette connaissance atteint à la possession de tout objet qu'il puisse désirer. VI-i-5: Qui connaît le sanctuaire (1) devient un refuge pour toute sa parenté, mais aussi pour toute personne. Le mental (manas) est indéniablement ce sanctuaire. Oui, qui possède cette connaissance devient un refuge pour toute sa parenté, mais aussi pour toute personne.
VI-i-6: Qui connaît ce qui possède le pouvoir de procréation devient riche en enfants et en bétail. La semence est indéniablement ce qui possède ce pouvoir de procréation. Oui, qui possède cette connaissance devient riche en enfants et en bétail. VI-i-7: Tous ces organes, lors d'une dispute pour déterminer le supérieur parmi eux, allèrent trouver Prajapati, le Créateur : « Dis-nous lequel parmi nous est le supérieur ? » « Celui-là parmi vous, dont la perte cause le plus grand tort au corps, est le Vasishta, l'excellent parmi vous », répondit Prajapati. VI-i-8: Alors l'organe de la parole sortit du corps. Il resta toute une année absent, puis il revint et demanda : « Alors, comment cela a été pour vous, de se passer de moi ? » Les autres organes répondirent : « On a seulement vécu comme vivent les muets, sans se servir de la langue, mais on a continué de vivre par le souffle vital, de voir par l'œil, d'entendre par l'oreille, de connaître par le mental, et de copuler par l'organe de génération ! » Sur ce, l'organe de la parole réintégra le corps. VI-i-9: Puis l'œil sortit du corps. Il resta toute une année absent, puis il revint et demanda : « Alors, comment cela a été pour vous, de se passer de moi ? » Les autres organes répondirent : « On a seulement vécu comme vivent les aveugles, sans rien voir, mais on a continué de vivre par le souffle vital, de parler par la langue, d'entendre par l'oreille, de connaître par le mental, et de copuler par l'organe de génération ! » Sur ce, l'œil réintégra le corps. VI-i-10: Puis l'oreille sortit du corps. Elle resta toute une année absente, puis elle revint et demanda : « Alors, comment cela a été pour vous, de se passer de moi ? » Les autres organes répondirent : « On a seulement vécu comme vivent les sourds, sans rien entendre, mais on a continué de vivre par le souffle vital, de parler par la langue, de voir par l'œil, de connaître par le mental, et de copuler par l'organe de génération ! » Sur ce, l'oreille réintégra le corps. VI-i-11: Puis le mental sortit du corps. Il resta toute une année absent, puis il revint et demanda : « Alors, comment cela a été pour vous, de se passer de moi ? » Les autres organes répondirent : « On a seulement vécu comme vivent les idiots, sans rien comprendre, mais on a continué de vivre par le souffle vital, de parler par la langue, de voir par l'œil, d'entendre par l'oreille, et de copuler par l'organe de génération ! » Sur ce, le mental réintégra le corps. VI-i-12: Puis l'organe de génération sortit du corps. Il resta toute une année absent, puis il revint et demanda : « Alors, comment cela a été pour vous, de se passer de moi ? » Les autres organes répondirent : « On a seulement vécu comme vivent les impuissants, sans jamais copuler, mais on a continué de vivre par le souffle vital, de parler par la langue, de voir par l'œil, d'entendre par l'oreille, et de connaître par le mental ! » Sur ce, l'organe de génération réintégra le corps. VI-i-13: Alors, au moment où le souffle vital s'apprêtait à sortir du corps, il déracina les autres organes, tout comme un beau et noble cheval du Sindhu * déracine les pieux auxquels on l'a attaché. Les organes s'exclamèrent : « Par pitié, vénérable Prana, ne t'en va pas, nous ne pouvons pas continuer à vivre sans toi ! » « Dans ce cas, payez-moi votre tribut. » « Qu'il en soit ainsi ! »
VI-i-14: L'organe de la parole déclara : « Cet attribut d'excellence que je possède est en réalité le tien. » L'œil déclara : « Cet attribut de centre de stabilité que je possède est en réalité le tien. » L'oreille déclara : « Cet attribut de prospérité que je possède est en réalité le tien. » Le mental déclara : « Cet attribut d'être un sanctuaire que je possède est en réalité le tien. » L'organe de génération déclara : « Cet attribut de pouvoir de procréation que je possède est en réalité le tien. » L'énergie vitale demanda : « Puisque je suis telle, quels seront alors ma nourriture et mon vêtement ? » Ils répondirent : « Tout ce qui est nourriture – y compris celle des chiens, des vers, des insectes et des papillons – sera ta nourriture, et l'eau sera ton vêtement. » À qui sait que telle est la nourriture de l'énergie vitale, il n'arrive jamais de manger ou d'accepter ce qui n'est pas nourriture vitale. Quant aux sages, qui sont érudits en Védas, ils prennent en conséquence une gorgée d'eau juste avant et après leur repas; ils estiment remédier ainsi à la nudité du souffle vital.
Brahmana II – Instruction II : Le processus de la renaissance *
VI-ii-1: Svetaketu, le petit-fils d'Aruna, vint à l'assemblée des Panchalas. Il s'approcha de Pravahana, l'héritier de Jivala, qui se faisait servir par ses courtisans. Le voyant, le roi l'interpella : « Garçon ! Viens par ici ! » « Oui, Sire. » « As-tu été instruit par ton père ? » « Oui », répondit Svetaketu. VI-ii-2: Le roi poursuivit : « Alors, sais-tu comment les humains, lorsqu'ils quittent cette vie, se dirigent vers des sentiers différents ? » « Non », répondit Svetaketu. « Sais-tu comment ils reviennent ici-bas ? » « Non. » « Sais-tu pourquoi le monde de l'au-delà n'est jamais plein, alors que tant d'êtres humains vont y séjourner encore et encore ? » « Non. » « Sais-tu après combien d'oblations l'eau utilisée en offrande se trouve dotée d'une voix humaine, se lève et se met à parler ? » « Non. » « Sais-tu le moyen d'accéder au sentier qui mène aux dieux, ou à celui qui mène aux mânes ? Je veux dire, au moyen de quels actes les hommes atteignent-ils l'un ou l'autre sentier ? Nous avons entendu les paroles du mantra, qui dit : “J'ai entendu parler de deux sentiers pour les humains, menant vers les dieux ou vers les mânes. Les âmes des défunts qui foulent ces sentiers y trouvent l'unité [qui les sous-tend- NdT]. Car l'un et l'autre sentier se situent entre le Père (le ciel cosmique) et la Mère (la Terre).” « Je ne connais aucun des deux », répondit Svetaketu. VI-ii-3: Alors le roi l'invita à demeurer à sa cour. Mais le garçon, dédaignant l'invitation, se hâta de s'en aller. Il retourna chez son père, et lui dit : « Ne m'as-tu pas dit auparavant que tu avais achevé mon instruction ? » « Quelque chose t'a donc blessé, toi, mon fils si sagace ? » « Ce roi, simple Kshatriya *, m'a posé cinq question, et je n'ai même pas su répondre à l'une d'elles. » « Quelles questions ? » « Celles-ci », et Svetaketu les récita.
VI-ii-4: « Mon fils, résuma le père, crois-moi, tout ce que je connais, je te l'ai enseigné jusqu'à la dernière miette. Mais viens, retournons ensemble là-bas pour y vivre comme étudiants. » « Vas-y seul, si cela te fait plaisir », répondit le fils. VI-ii-5: Aruna dit : « Tu m'as promis la faveur que je vais te demander. Alors, je t'en prie, explique-moi ce dont tu as parlé à mon fils. » VI-ii-6: Le roi rétorqua : « Ah mais, ce sont là des faveurs divines, Gautama. S'il te plait, demande-moi une faveur humaine ! » VI-ii-7: Aruni dit : « Comme tu le sais, je possède déjà de l'or, du bétail et une écurie, des servantes, une suite de fidèles, et une garde-robe. Je te prie de ne pas manquer de générosité à mon égard en me refusant cette richesse abondante, infinie et inépuisable. » « Dans ce cas, ô descendant des Gautamas, tu dois faire ta requête selon les prescriptions d'usage. » « Je m'approche de toi, en tant que disciple », dit alors Aruni. (Les anciens avaient coutume de solliciter un maître par une simple déclaration d'intention.) Aussi Aruni vécut-il auprès du roi comme disciple, par sa seule déclaration d'intention. VI-ii-8: Le roi déclara : « Nous t'en prions, Gautama, ne te sens pas offensé par nous, pas plus que ton grand-père paternel ne sentit offensé par le mien. À ce jour, cet enseignement n'a jamais été communiqué à un Brahmane. Néanmoins, tu vas le recevoir de moi; car qui pourrait t'opposer un refus quand tu parles de cette manière ? VI-ii-9: Le monde de l'au-delà, ô Gautama, est le feu sacrificiel, le soleil est son aliment, les rayons sont sa fumée, le jour est sa flamme, les quatre directions sont ses cendres, et les directions intermédiaires ses étincelles. Dans ce feu, les dieux font l'offrande de leur foi, qui est oblation liquide sous forme subtile. De cette offrande naît le Régent lunaire, qui est le corps lunaire du sacrificateur. VI-ii-10: Parjanya, le dieu de la pluie (cf. shloka I-iv-11), est le feu sacrificiel, l'année est son aliment, les nuages sont sa fumée, l'éclair sa flamme, le tonnerre ses cendres, et son grondement les étincelles. Dans ce feu, les dieux font l'offrande du Régent lunaire, comme libation. De cette offrande naît la pluie. VI-ii-11: Le monde d'ici-bas, ô Gautama, est le feu sacrificiel, la terre est son aliment, le feu sa fumée, la nuit sa flamme, la lune ses cendres, et les étoiles ses étincelles. Dans ce feu, les dieux font l'offrande de la pluie, comme libation. De cette offrande naît la nourriture. VI-ii-12: L'homme, ô Gautama, est le feu sacrificiel, sa bouche ouverte est son aliment, la force vitale sa fumée, la parole sa flamme, l'œil ses cendres, et l'oreille ses étincelles. Dans ce feu, les dieux font l'offrande de la nourriture, comme libation. De cette offrande naît la semence. VI-ii-13: La femme, ô Gautama, est le feu sacrificiel, sa matrice est son aliment, les poils pubiens sa fumée, la vulve sa flamme, la copulation ses cendres, et l'orgasme ses étincelles. Dans ce feu, les dieux font l'offrande de la semence, comme libation. De cette offrande naît un être humain. Il vivra aussi longtemps que sa destinée l'ordonne. Puis, il meurt. VI-ii-14: On le porte au bûcher funéraire, on l'offre au feu. Le feu devient son feu, l'aliment devient son aliment, la fumée sa fumée, la flamme sa flamme, les cendres ses cendres, et les étincelles ses étincelles. Dans ce feu, les dieux font l'offrande de l'être humain, comme libation. De cette offrande, l'être humain émerge, dans sa splendeur lumineuse. VI-ii-15: Ceux qui possèdent cette connaissance – même parmi les maîtres de maison – telle qu'exposée ci-dessus, et ceux qui méditent avec ardeur sur Satya Brahman (cf. shloka V-v-1), retirés dans les forêts, parviennent à la divinité qui est identique à la flamme; puis de là, à la divinité du jour; puis de là, à la divinité de la quinzaine de la lune croissante; puis de là, à la divinité du semestre durant lequel le soleil se déplace vers le nord; puis de là, à la divinité du séjour divin (Devaloka); puis de là, ils parviennent au soleil, et enfin à la divinité de l'éclair. Alors surgit un être issu du mental d'Hiranyagarbha, l'Embryon d'or (cf. shloka I-ii-2), qui les mène vers les mondes d'Hiranyagarbha, ou Satya Loka (1). Là, ils sont exaltés jusqu'à la perfection suprême, et demeurent dans ces mondes pour un temps incalculable. Ils ne retourneront plus jamais vers le monde d'ici-bas.
VI-ii-16: Tandis que ceux qui partent à la conquête des mondes supérieurs au moyen de sacrifices, de charité et d'austérités, parviennent à la divinité qui est identique à la fumée; puis de là, à la divinité de la nuit; puis de là, à la divinité de la quinzaine de la lune décroissante; puis de là, à la divinité du semestre durant lequel le soleil se déplace vers le sud; puis de là, à la divinité du séjour des mânes (Pitriloka); puis de là, ils parviennent à la lune, où ils se transforment en nourriture. Là, les dieux se nourrissent d'eux, tout comme les prêtres consomment le jus de soma brillant (cf. shloka I-iii-24), avec ces mots : “Libère ta substance, puis diminue !” Et quand est brûlé le karma résultant de leurs actes passés, ils retournent à l'Akasha, l'éther subtil (cf. shloka II-i-5); puis de là, à l'air; puis de là, à la pluie; puis de là, à la terre. Parvenus à la terre, ils deviennent de nouveau nourriture. Et de nouveau, ils sont transformés en offrandes dans le feu sacrificiel de l'homme, puis dans celui de la femme, d'où ils naissent à une nouvelle incarnation, et se mettent à accomplir des rites en vue de reconquérir les monde supérieurs. Ainsi tournent-ils dans la roue du samsara (1). Quant à ceux qui ne connaissent aucun de ces deux sentiers (cf. shloka VI-ii-2), ils se transforment en insectes ou en papillons, ou en ces menues créatures qui piquent (moucherons et moustiques).
Brahmana III – Instruction III : Rites pour l'acquisition de richesses VI-iii-1: Quiconque désire acquérir des richesse (pour pouvoir accomplir des rites et des sacrifices), doit agir comme suit : Un jour faste d'une quinzaine de lune croissante, sous une constellation mâle, dans le semestre de la course vers le nord du soleil, il doit accomplir pendant douze jours consécutifs ce vœu de disciple (il se nourrira uniquement de produits laitiers durant ce temps) : rassembler dans un bol en bois de figuier toutes les herbes et leurs graines, balayer et plâtrer une surface du sol, préparer le feu, étaler les herbes kusha (1), purifier les offrandes selon les prescriptions, purifier l'offrande de beurre clarifié (ghee), déposer le mantha (2) entre lui et le feu, et tendre les oblations en les accompagnant du mantra suivant : “Ô Feu, à tous ces dieux qui te sont subordonnés et qui, avec un dédain cruel, contrarient les désirs des hommes, j'offre leur dû. Puissent-ils être satisfaits et satisfaire mes désirs ! Svaha ! (Salutations !) À cette déesse prodigue (3) qui se révèle cruelle lorsqu'elle se place sous ta protection, en pensant qu'elle est le fondement de toute chose, j'offre cette coulée de beurre clarifié. Svaha ! ”
VI-iii-2: “Salutations au plus ancien, salutations au plus grand !” En prononçant ce mantra, il dépose les oblations dans la flamme et laisse couler le restant qui adhère à la louche sur le mantha. VI-iii-3: “Salutations au Feu !” En prononçant ce mantra, il dépose les oblations dans la flamme et laisse couler le restant qui adhère à la louche sur le mantha. VI-iii-4: Puis il pose ses doigts sur le mantha, en prononçant ce mantra : “Tu te meus, comme le souffle vital. Tu te consumes, comme le feu. Tu es infini, comme Brahman. Tu es immobile, comme le ciel. Tu réunis toute chose en toi. Tu es la syllabe mantrique Him et tu es prononcé comme Him dans les sacrifices par le prêtre Hotri (cf. shloka III-i-4). Tu es l'Udgitha, le Haut-chant (cf. shloka I-iii-1) et tu es entonné par le prêtre Udgatri. Tu es récité par le prêtre Advaryu, et repris par le prêtre Agnidhara. Tu restes flamboyant au sein du nuage de pluie. Tu es omniprésent, et tu gouvernes tout. Tu es nourriture, comme la lune, et tu es lumière, comme le feu. Tu es la mort, et tu es ce en quoi toutes les choses se fondent.” VI-iii-5: Puis il élève le mantha, en prononçant ce mantra : “En tant que souffle vital, tu connais toute chose; nous aussi sommes conscients de la grandeur qui est tienne en tant que souffle vital. Le souffle vital est le monarque, le seigneur, le gouverneur. Puisse-t-il faire de moi un monarque, un seigneur, un gouverneur !” VI-iii-6: Puis il avale le mantha, et prononce ce mantra : “Le soleil radieux est adorable. Le vent souffle doucement, les fleuves déversent des flots de miel; puissent ces herbes être douces à notre égard ! Salutations à la Terre ! VI-iii-7: Uddalaka, fils d'Aruna, enseigna cela à son disciple Yajnavalkya Vajasaneya, et ajouta : “Si on versait un peu de cette pâte [dont est fait le mantha] sur une souche desséchée, des branches y pousseraient et des feuilles germeraient. ” VI-iii-8: Yajnavalkya Vajasaneya, à son tour, enseigna cela à son disciple Madhuka, fils de Paingi, et ajouta : “Si on versait un peu de cette pâte sur une souche desséchée, des branches y pousseraient et des feuilles germeraient. ” VI-iii-9: Madhuka, fils de Paingi, à son tour, enseigna cela à son disciple Chula, fils de Bhagavitta , et ajouta : “Si on versait un peu de cette pâte sur une souche desséchée, des branches y pousseraient et des feuilles germeraient. ” VI-iii-10: Chula, fils de Bhagavitta, à son tour, enseigna cela à son disciple Janaki, fils d'Ayasthuna, et ajouta : “Si on versait un peu de cette pâte sur une souche desséchée, des branches y pousseraient et des feuilles germeraient. ” VI-iii-11: Janaki, fils d'Ayasthuna, à son tour, enseigna cela à son disciple Satyakama, fils de Jabala , et ajouta : “Si on versait un peu de cette pâte sur une souche desséchée, des branches y pousseraient et des feuilles germeraient. ” VI-iii-12: Et Satyakama, fils de Jabala, à son tour, enseigna cela à ses disciples, et ajouta : “Si on versait un peu de cette pâte sur une souche desséchée, des branches y pousseraient et des feuilles germeraient. ” On ne doit donner cet enseignement à nul autre qu'un fils ou un disciple. VI-iii-13: Quatre objets sont fabriqués en bois de figuier : la louche, le bol, l'aliment de combustion et les deux bâtons pour brasser. Les graines de culture sont au nombre de dix : riz, orge, sésame, haricots, millet, moutarde noire, froment, lentilles, pois secs et vesces. Elles doivent être broyées puis mises à tremper dans du lait caillé, auquel on ajoute du miel et du beurre clarifié, et ensuite offertes comme oblation.
Brahmana IV – Instruction IV : Conception et naissance comme rites religieux VI-iv-1: La terre est en vérité l'essence de tous ces êtres, l'eau est l'essence de la terre, les plantes sont l'essence de l'eau, les fleurs sont l'essence des plantes, les fruits sont l'essence des fleurs, l'être humain est l'essence des fruits, et la semence est l'essence de l'homme. VI-iv-2: Prajapati, le Créateur, délibéra : « Bien, il me faut créer un sanctuaire solide pour cette semence », et il créa la femme. Ayant créé la femme, Il la plaça sous lui et l'aima. C'est pourquoi on doit aimer la femme en la plaçant sous soi. Prajapati étira Son organe de projection (1) et s'en servit pour imprégner la femme.
VI-iv-3: Les cuisses de la femme sont l'autel sacrificiel, ses poils pubiens sont l'herbe sacrificielle, la chair à l'intérieur est le feu embrasé, les deux lèvres à l'extérieur sont les deux pierres du pressoir à soma. Qui, possédant cette connaissance, pratique l'acte sexuel, parvient à un monde aussi élevé que celui auquel donne accès le sacrifice Vajapeya (1); il acquiert pour lui-même le fruit karmique des actes positifs accomplis par la femme. À l'inverse, qui pratique l'acte sexuel tout en ignorant cela, transmet à la femme le fruit karmique de ses propres actes positifs.
VI-iv-4: Uddalaka, fils d'Aruna, Naka, fils de Mudgala, et Kumaraharita, qui possédaient cette connaissance, disaient : « Tant d'hommes, qui ne sont brahmanes que par le nom, accomplissent l'acte sexuel sans aucune connaissance de cet enseignement et quittent ce monde impuissants et dépourvus de mérites. » VI-iv-5: Et même, si la semence se répand – durant le sommeil ou à l'état éveillé – l'homme doit la toucher et répéter le mantra suivant : “Toute semence issue de moi qui a été répandue sur la terre, toute semence qui a coulé sur les plantes ou dans l'eau, je la récupère.” Avec ces mots, il doit prendre la semence avec son annulaire gauche et la frotter sur l'espace entre ses seins ou ses sourcils, tout en répétant le mantra suivant : VI-iv-6: Si l'homme voit son image réfléchie par de l'eau, il doit réciter le mantra suivant : “Puissent les divinités m'accorder les dons de vigueur, virilité, bonne réputation, richesse et mérite !” À la louange de la femme qui lui donnera un fils, lorsque celle-ci a revêtu les vêtements souillés par son impureté mensuelle, il doit dire : “Elle est la grâce incarnée parmi les femmes !” Et lorsqu'elle a retiré ses vêtements impurs et réapparaît dans sa beauté, il doit s'en rapprocher et lui faire des avances. VI-iv-7: Si elle n'est pas consentante, il doit lui faire un cadeau; et si elle persiste toujours dans son refus, il doit alors la frapper avec un bâton ou de sa main, et venir à bout de sa résistance en s'aidant du mantra suivant : “Avec le pouvoir et la gloire, je t'enlève toute gloire !” Ainsi, il renonce à elle ouvertement. VI-iv-8: Si elle est consentante, il doit poursuivre, tout en répétant le mantra suivant : “Avec le pouvoir et la gloire, je te transmets la gloire !” Ainsi, ils se manifestent ouvertement dans toute leur gloire. VI-iv-9: Si l'homme éprouve du désir pour sa femme, avec la pensée “Puisse-t-elle avoir du plaisir avec moi !”, après l'avoir pénétrée, unissant leurs lèvres et la caressant, il doit prononcer le mantra suivant : “Ô semence, tu as été produite par mon être entier, dans tous mes membres, et spécialement par mon cœur, à partir de l'essence de la nourriture; tu est donc l'essence même de tous mes membres ! Amène donc cette femme sous ma maîtrise, qu'elle soit telle une biche transpercée par une flèche !” VI-iv-10: Si l'homme éprouve du désir pour sa femme, avec la pensée “Puisse-t-elle ne pas concevoir !”, après l'avoir pénétrée et uni leurs lèvres, il doit inspirer puis expirer, tout en répétant le mantra suivant : “Avec mon pouvoir, avec ma virilité, je réclame que tu me rendes ma semence !” Ainsi elle ne peut plus aspirer la semence de l'homme. VI-iv-11: Si l'homme éprouve du désir pour sa femme, avec la pensée “Puisse-t-elle concevoir !”, après l'avoir pénétrée et uni leurs lèvres, il doit inspirer puis expirer, tout en répétant le mantra suivant : “Avec mon pouvoir, avec ma virilité, je dépose ma semence au fond de toi!” Ainsi elle aspire la semence de l'homme et est fécondée. VI-iv-12: Si sa femme a un amant qu'il déteste, l'homme doit accomplir le rite suivant afin de jeter un mauvais sort à son rival. Il doit préparer un feu dans un récipient en terre non cuite, disposer des tiges de bambou et des tiges d'herbe kusha (cf. kosha VI-iii-1) en sens inverse alternativement, et offrir dans le feu sacrificiel les tiges de bambou après les avoir trempées dans du beurre clarifié, toujours en sens inverse alternativement, tout en répétant le mantra suivant : “Tu as fait une libation dans le feu que j'avais attisé moi-même ! Je te dépouille de ton souffle vital, inspiration et expiration, toi X... (ici, il prononce le nom de l'amant) ! — Tu as fait une libation dans le feu que j'avais attisé moi-même ! Je te dépouille de tes fils et de ton bétail, toi X... ! — Tu as fait une libation dans le feu que j'avais attisé moi-même ! Je te dépouille des rites que tu as accomplis selon les Védas et selon la Tradition (Smriti), toi X... ! — Tu as fait une libation dans le feu que j'avais attisé moi-même ! Je te dépouille de tes espoirs et de tes attentes, toi X... !” Celui qui a encouru la malédiction d'un brahmane qui connaît ce rite, quittera ce monde impuissant et dépourvu de mérites. En conséquence, il est déconseillé ne serait-ce que de plaisanter avec la femme d'un érudit brahmane qui connaît ce rite; car qui possède cette connaissance serait véritablement un ennemi dangereux. VI-iv-13: Lorsqu'une épouse a sa période menstruelle, elle doit durant trois jours boire dans une coupe faite d'un métal qui tinte. Qu'aucun shudra (serviteur), mâle ou femelle, ne la touche ! La troisième nuit accomplie, elle doit prendre un bain, revêtir des vêtements propres, et aller battre le riz. VI-iv-14: L'homme qui désire engendrer un fils au teint clair, qui étudiera l'un des Védas et parviendra au terme d'une longue vie, doit faire cuire du riz au lait et le partager avec sa femme, accompagné de beurre clarifié. Ils seront alors capables d'engendrer un tel fils. VI-iv-15: Celui qui au contraire désire engendrer un fils au teint basané ou foncé, qui étudiera deux des Védas et parviendra au terme d'une longue vie, doit faire cuire du riz au lait caillé et le partager avec sa femme, accompagné de beurre clarifié. Ils seront alors capables d'engendrer un tel fils. VI-iv-16: Celui qui désire engendrer un fils au teint très foncé et aux yeux brun rouge, qui étudiera trois des Védas et parviendra au terme d'une longue vie, doit faire cuire du riz dans de l'eau et le partager avec sa femme, accompagné de beurre clarifié. Ils seront alors capables d'engendrer un tel fils. VI-iv-17: Celui qui désire engendrer une fille qui deviendra érudite et parviendra au terme d'une longue vie, doit faire cuire du riz avec du sésame et le partager avec sa femme, accompagné de beurre clarifié. Ils seront alors capables d'engendrer une telle fille. VI-iv-18: Celui qui désire engendrer un fils qui deviendra un érudit réputé, fréquentant les assemblées de débats philosophiques et doué d'une éloquence délicieuse, qui étudiera tous les Védas et parviendra au terme d'une longue vie, doit faire cuire du riz avec la viande d'un jeune taureau vigoureux (ou d'un taureau plus âgé) et le partager avec sa femme, accompagné de beurre clarifié. Ils seront alors capables d'engendrer un tel fils. VI-iv-19: Il doit, au petit matin, purifier le beurre clarifié à la façon des desservants du temple, puis offrir cette oblation maintes et maintes fois en disant : “Svaha ! Salutations au Feu ! Salutations à Anumati (1) ! Salutations au Soleil radieux qui produit des résultats infaillibles !” Une fois l'oblation accomplie, il doit prendre le restant de la préparation, en manger une partie et donner l'autre à sa femme. Puis il purifie ses mains à l'eau, emplit la cruche d'eau et en asperge trois fois son épouse, en prononçant ce mantra : “Sors d'ici, ô Vishvavasu (« le Resplendissant, trésor de la Totalité ») ! Va chercher une autre jeune femme, une épouse en compagnie de son époux !”
VI-iv-20: Il enlace alors sa femme, en répétant ce mantra : “Je suis l'énergie vitale (Prana) et tu es la Parole; tu es la Parole et je suis l'énergie vitale; je suis le Sama Véda et tu es le Rig; je suis le firmament et tu es la terre. Viens, unissons nos forces afin de concevoir un enfant mâle.” VI-iv-21: Puis il écarte les cuisses de sa femme, en répétant ce mantra : “Entrouvrez-vous, ô firmament et terre !” Il la pénètre et, unissant leurs lèvres, la caresse de la tête aux pieds par trois fois, tout en répétant ce mantra : “Que Vishnu rende cette matrice apte à porter un enfant mâle ! Que Tvashtra (« le Façonneur ») façonne tous les membres de l'enfant ! Que Prajapati déverse la semence ! Que Dhatra (« le Soutien ») subvienne aux besoins de l'embryon ! Ô Sinivali (1), fais-la concevoir ! Ô Déesse dont la gloire est universelle, fais-la concevoir ! Puissent les deux Ashvins (cf. shloka II-i-11), parés de guirlandes de lotus, subvenir aux besoins de l'embryon !”
VI-iv-22: “Que les deux Ashvins baratte la matrice au moyen des aranis (1) d'or ! Maintenant je plante dans ta matrice une graine qui en sortira au dixième mois lunaire. Comme la terre recèle du feu dans ses entrailles, comme le firmament porte en son sein le soleil, comme les directions de l'espace sont imprégnées par l'air, de même je t'imprègne de cette graine que j'enfouis dans ta matrice.” Après récitation de ce mantra, l'homme prononce son propre nom ainsi que celui de sa femme, puis il dépose la graine.
VI-iv-23: Lorsque sa femme est sur le point de mettre l'enfant au monde, l'homme l'asperge d'eau, en répétant ce mantra : “Comme le vent agite la surface de l'étang, laisse ton enfant remuer librement et sortir, accompagné du placenta. Indra, maître de l'énergie vitale, a creusé en toi un chemin lorsque j'ai déposé la graine dans ta matrice. Ô Indra, reprends ce chemin et sors-en avec l'enfant et son vêtement de placenta, fasse que vienne l'après-délivrance et la présentation du nouveau-né !” VI-iv-24: Lorsque son fils est né, l'homme doit allumer du feu, prendre le nouveau-né sur ses genoux et, déposant un mélange de lait caillé et de beurre clarifié dans une coupe faite d'un métal qui tinte, il doit offrir des oblations maintes et maintes fois, en disant : “Que j'accroisse mes biens en même temps que mon fils grandira dans ma maison, que j'aie les moyens d'entretenir un millier de personnes ! Puisse la déesse de la Fortune (Lakshmi) ne jamais se détourner des enfants et du bétail de cette lignée familiale ! Svaha ! Salutations ! Ce souffle de vie qui est en moi, je te l'offre en pensée, mon fils ! Et si, au cours de cette cérémonie, j'ai fait quelque erreur dans le sens du trop ou de l'insuffisant, puisse le Feu omniscient et suprêmement bénéfique la rectifier pour moi ! Salutations !” VI-iv-25: Puis il approche ses lèvres de l'oreille droite de l'enfant et répète trois fois : “Parole ! Parole !” Ensuite, il mélange du lait caillé, du miel et du beurre clarifié, et en nourrit l'enfant à l'aide d'un bâtonnet d'or, qu'il ne doit pas enfoncer dans la bouche, tout en répétant ce mantra : “Je dépose la Terre (Bhuh) en toi; je dépose le firmament (Bhuvah) en toi; je dépose le ciel cosmique (Svah) en toi. La totalité universelle, terre, firmament et ciel cosmique, je les dépose en toi !” VI-iv-26: Puis il attribue un nom à son fils : “Tu es Véda, la connaissance” C'est là le nom secret de l'enfant. VI-iv-27: Enfin il tend l'enfant à sa mère afin qu'elle l'allaite, et prononce ce mantra : “Ô Saravasti (1), ce sein qui est tien, lourd de fruits, nourrice de tous les êtres, gonflé de lait, ce sein qui prodigue les richesses selon les mérites, mais toujours généreusement, avec lequel tu nourris tous ceux qui en sont dignes, au surplus des dieux eux-mêmes, transfère-le dans celui de ma femme et que mon fils le tête !”
VI-iv-28: Puis il s'adresse à la jeune mère : “Tu es l'adorable Arundhati (1), épouse de Vasishta (cf. shloka VI-i-2), et tu as produit – avec mon aide, à moi qui suis un homme – un enfant mâle. Puisses-tu devenir la mère de nombreux fils, toi qui nous a donné un fils !”
Brahmana V – Instruction V : La lignée des Instructeurs VI-v-1: Voici la lignée des Instructeurs : Le fils de Pautimsa reçut cet enseignement du fils de Katyayani. Ce dernier le reçut du fils de Gautami. Le fils de Gautami le reçut du fils de Bharadvaji. Ce dernier le reçut du fils de Parasari. Le fils de Parasari le reçut du fils d'Aupasvasti. Ce dernier le reçut du fils d'un autre Parasari. Ce dernier le reçut du fils de Katyayani. Le fils de Katyayani le reçut du fils de Kausiki. Le fils de Kausiki le reçut du fils d'Alambi et du fils de Vaiyaghrapadi. Le fils de Vaiyaghrapadi le reçut du fils de Kanvi et du fils de Kapi. Le fils de Kapi – VI-v-2: ... le reçut du fils d'Atreyi. Le fils d'Atreyi le reçut du fils de Gautami. Le fils de Gautami le reçut du fils de Bharadvaji. Ce dernier le reçut du fils de Parasari. Le fils de Parasari le reçut du fils de Vatsi. Le fils de Vatsi le reçut du fils d'un autre Parasari. Le fils de Parasari le reçut du fils de Varkaruni. Ce dernier le reçut du fils d'un autre Varkaruni. Ce dernier le reçut du fils d'Artabhagi. Ce dernier le reçut du fils de Saungi. Le fils de Saungi le reçut du fils de Samkrti. Ce dernier le reçut du fils d'Alambayani. Ce dernier le reçut du fils d'Alambi. Le fils d'Alambi le reçut du fils de Jayanti. Ce dernier le reçut du fils de Mandukayani. Ce dernier à son tour le reçut du fils de Manduki. Le fils de Manduki le reçut du fils de Sandili. Le fils de Sandili le reçut du fils de Rathitari. Ce dernier le reçut du fils de Bhaluki. Le fils de Bhaluki le reçut des deux fils de Kraunciki. Ces derniers le reçurent du fils de Vaidabhrti. Ce dernier le reçut du fils de Karsakeyi. Ce dernier à son tour le reçut du fils de Pracinayogi. Ce dernier le reçut du fils de Samjivi. Le fils de Samjivi le reçut d'Asurivasin, le fils de Prasni. Le fils de Prasni le reçut d'Asurayana. Ce dernier le reçut d'Asuri. Asuri – VI-v-3: ... le reçut de Yajnavalkya. Yajnavalkya le reçut de Uddalaka. Uddalaka le reçut d'Aruna. Aruna le reçut d'Upavesi. Upavesi le reçut de Kusri. Kusri le reçut de Vajasravas. Ce dernier le reçut de Jihvavat, le fils de Badhyoga. Ce dernier le reçut d'Asita, le fils de Varsagana. Ce dernier le reçut de Harita Kasyapa. Ce dernier le reçut de Silpa Kasyapa. Ce dernier le reçut de Kasyana, le fils de Nidhruva. Ce dernier le reçut de Vac. Cette dernière le reçut d'Ambhini. Cette dernière le reçut du Soleil. Ces Yajus blanches (formules sacrificielles, cf. shloka V-xiii-2) qui furent reçues du Soleil sont expliquées par Yajnavalkya Vajasaneya. VI-v-4: La lignée des Instructeurs est la même jusqu'au fils de Samjivi. Le fils de Samjivi reçut cet enseignement de Mandukayani. Mandukayani le reçut de Mandavya. Mandavya le reçut de Kautsa. Kautsa le reçut de Mahitthi. Ce dernier le reçut de Vamakaksayana. Ce dernier le reçut de Sandilya. Sandilya le reçut de Vatsya. Vatsya le reçut de Kusri. Kusri le reçut de Yajnavacas, le fils de Rajastamba. Ce dernier le reçut de Tura, le fils de Kavasi. Ce dernier le reçut de Prajapati (Hiranyagarbha). Prajapati acquit cette connaissance par sa relation à Brahman (les Védas). Brahman est né de Lui-même. Salutations à Brahman !
Om ! Cela est plénitude; ceci est plénitude; Om ! Que la Paix soit en moi !
Ici se termine la Brihadaranyopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.
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