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UPANISHADS DU YOGA Varaha Upanishad Upanishad de l'Homme-Sanglier
Notes préliminaires : VARAHA : « sanglier » - Vishnu manifesta son 3ème avatar sous la forme de cet animal (soit une forme pleinement animale, soit anthropomorphique : un homme à tête de sanglier) afin de reconquérir la Terre (Bhumi) dont l'Asura Hiryanaksha (« aux yeux d'or ») s'était emparée et qu'il cachait aux fins fonds de l'Océan primordial. Après un millier d'années de combat, Varaha reconquit la Terre et la ramena à la surface, en équilibre sur ses défenses, restaurant ainsi la plénitude cosmique. On voit là une allégorie de la résurrection de la Terre et de la Manifestation à l'aube d'un nouveau kalpa, à l'issue d'un pralaya ou immense période d'extinction universelle. Cf. Cycles cosmiques.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux ! Om ! Que la Paix soit en moi !
CHAPITRE I Le grand sage Ribhu accomplit une ascèse durant douze années divines. À la fin de cette période, le Seigneur lui apparut sous Sa forme de Sanglier et lui dit : « Relève-toi, oui, relève-toi, et choisis un vœu. » Le sage se releva et se prosterna à ses pieds, avec ces mots : « Ô Seigneur, je crois rêver et cependant je ne vais Te demander aucune de ces choses convoitées par les hommes du monde. Tous les Védas, les Shastras, les Itihasas (1) et toute la cohorte des autres sciences, mais aussi Brahma et tous les autres dieux, déclarent que l'émancipation résulte d'une connaissance approfondie de Ta nature. Aussi, je Te prie de me confier cette science de Brahman, Brahmavidya (1), qui traite de Ta nature. »
I-1. « Certains philosophes soutiennent qu'il y a vingt-quatre Tattvas ou principes premiers (1), d'autres trente-six, tandis que d'autres maintiennent qu'il y en a quatre-vingt seize !
I-2. Je vais te les décrire dans l'ordre. Écoute-moi attentivement. Les organes des sens (jnanendriyas) sont au nombre de cinq, à savoir les oreilles, la peau, les yeux, la langue et le nez. I-3. Les organes d'action (karmendriyas) sont au nombre de cinq, à savoir la voix ou organe de la parole, les mains, les pieds, l'anus et le sexe. Les souffles vitaux (Prana) sont au nombre de cinq (1), tout comme les principes subtils (2).
I-4. Le mental, l'intellect, la conscience et l'ego sont les quatre composants de l'organe interne (1); ainsi, les connaisseurs de Brahman les reconnaissent pour être les vingt-quatre Tattvas.
I-5. Par ailleurs, les sages considèrent que les éléments (1) à la base de ces quinternités (2) sont également au nombre de cinq, à savoir la terre, l'eau, le feu, l'air et l'espace-éther ou akasha.
I-6. Ils considèrent que les corps sont au nombre de trois, à savoir le corps physique, le corps subtil et le corps causal (1); les états de conscience sont au nombre de trois, à savoir la veille, le rêve et le sommeil profond (2).
I-7-8. Les silencieux (Munis) savent que le nombre total de Tattvas est trente-six, tous associés à l'individu incarné (Jiva). C'est par eux que se produisent les six changements : naissance, existence, croissance, transformation, déclin, mort. I-9. La faim, la soif, la souffrance, l'illusion, la vieillesse et la mort sont connues comme les six infirmités. I-10. La peau, le sang, la chair, la graisse, la moelle et les os sont connus comme les six fourreaux. Le désir, la colère, l'avidité, l'égarement, l'orgueil, la méchanceté sont connus comme les six poisons intérieurs. I-11. La Totalité universelle (Vishva), le Lumineux (Taijasa) et la Sagesse du Soi (Prajna) sont les trois aspects du Jiva, l'individu incarné. Lumière, activité et inertie sont les trois modes de l'être (1).
I-12. Le karma accumulé, le karma activé et le karma en création, voilà les trois Karmas (1). Parler, saisir, marcher, excréter et jouir sont les cinq activités des organes d'action (karmendriyas).
I-13. Il y a encore la pensée, la certitude, l'égoïsme, la mémoire, l'autosatisfaction, la sympathie et l'indifférence. I-14. Il y a enfin les six directions de l'espace (Disha), le vent (Vayu), le Soleil (Surya), les Eaux (Varuna), les deux cavaliers de l'aube et du crépuscule (les Ashvins), le Feu (Agni), le Tonnerre (Indra), Vishnu, le second Indra (Upendra), et la Mort (Mrityu); et aussi la Lune (Chandra), Brahma aux quatre visages, Rudra le Destructeur, Kshetrajna le Maître du champ de la Nature, et Ishvara, le Dieu suprême.
I-15-16. Voilà donc les quatre-vingt seize Tattvas. Ceux qui M'honorent avec dévotion sous Ma forme de Sanglier, Moi qui suis autre que l'agrégat de ces Tattvas et qui suis éternel (sans déclin), ceux-ci sont libérés de la nescience (1) et deviennent des libérés vivants (2).
I-17. Ceux qui connaissent ces quatre-vingt seize Tattvas parviendront au salut, quelle que soit l'étape de l'existence (ashrama) où ils se trouvent, qu'ils portent leurs cheveux emmêlés, qu'ils aient le crâne rasé ou qu'ils ne portent que la touffe sacrificielle (shikha). Il n'y a aucun doute à ce sujet. » Ainsi s'achève le premier chapitre de la Varaha Upanishad.
CHAPITRE II II-1. Le grand sage Ribhu adressa une nouvelle requête au Seigneur et époux de Lakshmi (1), sous Sa forme de Sanglier : « Ô Seigneur, je T'en prie, initie-moi à la science suprême de Brahman, Brahmavidya (cf. chap. I). »
II-2-3. À cette requête, le Seigneur qui met fin aux souffrances de Ses fervents répondit ainsi : « Par l'observance juste des devoirs de caste (varna dharma) et des étapes de vie, par les ascèses religieuses et par la dévotion vis-à-vis de l'instructeur, on voit s'élever en soi les quatre préalables à la Connaissance de Brahman. Ce sont la discrimination entre le Réel et l'irréel (ou entre l'Éternel et l'impermanent), le détachement des plaisirs de ce monde ou des mondes supérieurs, l'acquisition des six vertus (1), et le désir de libération. Il faut les pratiquer tous.
II-4-5a. Après avoir dompté les organes des sens et abandonné le concept de possession face à tous les objets, il faut transférer le sens de l'ego sur Moi, c'est-à-dire s'identifier à Moi, qui suis la conscience du Témoin, Sakshi Chaitanya (1).
II-5b-7a. Renaître dans un corps humain est difficile – plus difficile encore est de renaître dans un corps masculin – et encore plus difficile de renaître dans la caste des Brahmanes (1). Et même alors, si l'insensé ne comprend pas, à l'écoute du Védanta, la nature véritable de Sat-Chit-Ananda (2) qui est omni-pénétrante et transcende les castes et les étapes de vie, quand donc obtiendra-t-il la délivrance (Moksha) ?
II-7b-8. Mois seul suis la Félicité. Il n'en est pas d'autre. Si on dit qu'il en existe une autre, alors ce n'est pas la Félicité. Il n'existe pas d'amour, si ce n'est en relation à Moi. L'amour qui est en relation à Moi n'est pas Ma nature essentielle. Je suis l'incarnation de l'Amour suprême, de ce fait il ne peut y avoir de relation d'altérité à Moi. II-9. Celui qui est recherché par tous les êtres, qui disent “Je dois devenir tel que Lui”, c'est Moi, l'Omniprésent. Comment l'obscurité pourrait-elle affecter l'Atman, le Soi auto-luminescent qui n'est autre que la Lumière d'où ont émané les mots “Je ne suis pas lumière” ? II-10-12a. Voici Ma ferme conviction : quiconque a une certitude intime de l'Atman, le Soi auto-luminescent qui ne repose sur nulle autre base que lui-même, est un Connaisseur (1). L'univers tout entier, les créatures (Jivas), Ishvara, le Dieu suprême (2), Maya, la Grande Illusionniste (3), et toutes les autres divinités n'existent pas en réalité; seul existe Mon Atman en Sa plénitude.
II-12b-13a. Je suis dépouillé de ce qui les caractérise : Karma, la loi d'action-réaction, qui possède de nombreux attributs, dont la focalisation de la conscience (1), tous caractérisés par l'obscurité et la nescience (cf. I-15-16). Rien de cela ne peut Me toucher, Moi, l'Atman resplendissant de Sa propre lumière.
II-13b-14a. Celui qui voit l'Atman et le connaît comme Témoin de la totalité, au-delà des castes et des étapes de vie, comme étant de la nature de Brahman, celui-là devient lui-même Brahman. II-14b-15a. Quiconque, grâce aux enseignements du Védanta, voit cet univers visible comme étant le Séjour suprême, tissé de pure lumière, atteint instantanément à la libération (Moksha). II-15b-16a. Cette connaissance qui dissipe l'illusion que ce corps-ci est l'Atman, lorsqu'elle s'implante dans le mental aussi fermement que l'illusion qui la précédait, entraîne alors la libération, même si la personne n'en avait pas le désir. II-16b-17a. Comment serait-il encore lié par le karma, celui qui jouit de la félicité de Brahman, caractérisée par Sat-Chit-Ananda (cf. II-5b-7a), et en laquelle il n'est plus aucune nescience ? II-17b-18. Celui dont l'œil spirituel est ouvert contemple Brahman, qui est le Témoin des trois états de conscience (1), qui est caractérisé par l'Être pur, la Conscience et la Félicité, qui est le sens secret des concepts “Toi” (Tvam) et “Moi” (Aham), et qui est vierge de toute souillure.
II-19. De même qu'un aveugle ne peut voir le soleil qui brille, de même l'ignorant ne peut voir Brahman. Seule la Sagesse (1) est Brahman, dont les deux caractéristiques sont Vérité (2) et Sagesse.
II-20. Par une telle connaissance de Brahman, on devient immortel. Celui qui sait que son propre Atman est Brahman, lequel est Félicité, dépourvu de dualité et des trois modes d'être (Gunas, cf. I-11), qui est Vérité et Conscience (1), celui-là ne connaît plus la peur.
II-21. Ce qui est pure conscience (1) et omniprésence, qui est éternel, qui est toute-plénitude, qui a la forme de la félicité et qui est indestructible, cela seul est authentiquement Brahman.
II-22-23a. Les Connaisseurs de Brahman soutiennent fermement qu'il n'existe rien en dehors de ces caractéristiques. L'univers est un lieu de profonde obscurité pour les aveugles, mais il brille devant ceux qui possèdent de bons yeux; ainsi, ce monde est empli de misères pour l'ignorant, mais se révèle saturé de bonheur pour le sage. II-23b-24a. En Moi, sous Ma forme de Sanglier, qui suis l'Infini et la Félicité de la pure conscience d'être (Chinmatra), où donc y aurait-il limitation et servitude, puisque Je recèle la non-dualité ? Et qui donc est celui qu'il faudrait libérer ? II-24b-25a. La véritable nature de tous les existants dotés d'un corps demeure toujours la Conscience absolue. Tout comme le pot qui est visible pour les yeux, le corps et ses constituants n'existent pas réellement. *
II-25b-26. Sachant que tous ces mondes fixes et mobiles qui apparaissent comme distincts de l'Atman sont en réalité l'Atman, médite sur eux avec la pensée “Je suis Cela”, Tatasmi. Quiconque réalise cela, jouit de sa nature authentique. Il n'est pas d'autre identité à savourer que son propre Soi. II-27. S'il est quoi que ce soit d'autre qui existe, c'est alors un attribut que seul possède Brahman. Celui qui est un Connaisseur accompli de Brahman, même s'il continue de percevoir ce monde créé, ne voit en lui rien d'autre que son propre Atman. II-28-30. Dès lors que l'on perçoit clairement Ma forme, on n'est plus entravé par le karma. Plus rien n'ébranle l'être qui, par son expérience intime, a réalisé comme étant sa nature authentique ce vaste univers et Brahman, ce qui est extérieur au corps et aux organes sensoriels, ce qui est le Témoin universel, ce qui est l'unique Connaissance absolue (Vijnana, cf. II-10-12), ce qui est l'Atman bienheureux, ce qui resplendit de sa propre lumière. Un tel être doit être reconnu comme étant Moi-même. Ô Ribhu, puisses-tu devenir cet être ! II-31. Après cela, il n'est plus désormais d'expérience possible dans le monde. Après cela, il y a en permanence l'expérience de la sagesse profonde de notre nature authentique. Pour qui connaît la plénitude de l'Atman, il n'est plus question ni de servitude, ni d'émancipation. II-32. Quiconque médite, ne serait-ce que durant une muhurta (soit 48 minutes) et en s'appuyant sur sa réalisation de sa propre forme authentique, sur Celui qui danse perpétuellement en tant que Témoin universel, est libéré de toute servitude. II-33. Salutations et prosternations devant Moi qui réside dans tous les éléments (Bhuta, cf. I-5), qui suis l'âme de la Conscience absolue (1), éternelle et libre, et qui suis l'Atman visible par le seul œil spirituel (2).
II-34-35. Ô Divinité (1), tu es Moi. Et Je suis toi. Prosternons-nous à Mes pieds et à tes pieds, car nous sommes infinis, nous sommes l'âme de la Conscience absolue, Moi-même comme Seigneur suprême (2), toi-même comme Shiva, le bénéfique (3). Que devrais-Je faire ? Où devrais-Je aller ? Que devrais-Je rejeter ?
II-36. Rien [aucun acte, aucun lieu, aucun rebut – NdT] ! Car cet univers est empli par Moi, comme il le serait par les eaux d'un déluge universel. Quiconque abandonne les désirs extérieurs, les désirs intérieurs et l'amour de son corps, et se libère ainsi de toute association, se fond en Moi. Il n'y a aucun doute à ce propos. II-37. L'ascète ParamaHamsa (1) qui, tout en continuant à vivre dans le monde, se tient à distance des assemblées comme des serpents, qui considère une belle femme comme un cadavre vivant et la masse inépuisable des objets de jouissance comme autant de poisons, qui a abandonné toute passion et demeure indifférent face à tous les objets, n'est autre que Vasudeva, le Résident universel (2), c'est-à-dire Moi-même.
II-38. C'est la Vérité (Satya, cf.II-19). Il n'existe rien que la Vérité. C'est la Vérité, et uniquement Elle, qui parle actuellement. Je suis Brahman, la Vérité. Nul n'existe en dehors de Moi. II-39. Le mot “Upavasa” signifie littéralement “s'établir à proximité” (1) et désigne l'union du Jivatma, l'âme individuelle (2) et du Paramatman, l'Âme suprême (3), et non les observances religieuses selon les gens du monde, qui consistent à amaigrir le corps avec des jeûnes.
II-40. Pour l'ignorant, à quoi sert de simplement dessécher son corps de chair ? Suffit-il de battre le sol devant le gîte d'un serpent pour clamer qu'on a tué le gros serpent qui se tapit à l'intérieur ? II-41. On dit qu'un homme a atteint la sagesse indirecte (paroksha) dès lors qu'il connaît en théorie l'existence de Brahman; mais est réputé avoir atteint la connaissance directe, Sakshatkara (1), celui qui connaît pour l'avoir réalisé intimement qu'il est lui-même Brahman.
II-42. Lorsqu'un yogi sait que son propre Atman est l'Absolu, il est alors devenu un Jivanmukta, un libéré de son vivant (cf. I-15-16). II-43. Pour les Mahatmas (1), demeurer en permanence dans l'état de conscience “Je suis Brahman” (2) conduit à la libération. Il y a deux mots pour désigner la servitude et la libération : ce sont “mien” et “non-mien”.
II-44. L'homme est tenu en servitude par le concept “mien”, il en est délivré par le concept “non-mien”. Il doit abandonner toute pensée se rapportant au monde extérieur, et aussi au monde intérieur. Ô Ribhu, abandonne toutes les pensées et demeure à jamais dans la plénitude de l'Atman ! II-45. L'univers en son entier tire son origine de la seule volonté (1). Oui, c'est uniquement par la volonté que se manifeste cet univers. Abandonne cet univers, qui est la forme manifestée de la volonté, fixe ton mental sur le Nirvakalpa, la fixité sans changements (2), et médite sur Mon séjour en ton cœur (3).
II-46. Ô toi, le plus intelligent des êtres, consacre tout ton temps à méditer sur Moi, à chanter Ma gloire par des hymnes, à t'entretenir de Moi avec tes compagnons, à te dévouer entièrement à Moi comme étant le Suprême. II-47. Tout ce qui dans l'univers est Conscience, Chit (cf. II-20), est seulement la pure Conscience d'être, Chinmatra (cf. II-21). Cet univers est purement Chinmaya, la conscience transcendantale (1). Tu es Chit. Je suis Chit. Absorbe-toi en méditation sur les mondes comme étant également Chit, la Conscience.
II-48-49a. Réduis tes désirs à néant. Garde-toi toujours exempt de la moindre souillure. Cette lampe brillante qu'est la connaissance de l'Atman (Vijnana, cf.II-10-12) allumée par les Védas, comment pourrait-elle alors être affectée par le Karma engendré par l'ignorance de l'auteur et de l'agent ? II-49b-50a. Tu as abandonné ce qui n'est pas l'Atman, et tu demeures en ce monde sans plus en être affecté. Trouve tes délices uniquement dans Chinmatra, la pure conscience d'être, qui réside en toi, et demeure en permanence axé sur l'Unique. II-50b-51a. De même que l'akasha (1) à l'intérieur du pot et celui de la maison sont tous deux partie intégrante de l'akasha omni-pénétrant (cf.II-24b-25a), de même les créatures (Jivas) et Ishvara, le Dieu suprême (cf. II-10-12), sont uniquement des émanations de Moi, le Chidakasha, l'éther de la Conscience universelle (2).
II-51b-52a. Aussi ce qui n'existait pas avant l'évolution de l'Atman en Jivas et en Ishvara, et qui est dissous au moment d'un pralaya (1), est-il dénommé Maya, l'Illusion cosmique (cf. II-10-12), par ceux qui sont devenus des Connaisseurs de Brahman grâce à leur pouvoir de discrimination.
II-52b-53a. Si Maya et ses œuvres, l'univers, étaient annihilées, il n'y aurait pas d'état d'Ishvara, pas d'état de Jiva. Aussi, tel l'Akasha sans son véhicule (1), Je demeure l'Immaculé, la pure Conscience, Chit.
II-53b-54. La création – du plan initial visualisé à la mise en œuvre – des formes hébergeant les âmes individuelles (Jivas) ainsi que le Dieu suprême manifesté (Ishvara), est le fait d'Ishvara lui-même; tandis que la création du Samsara, la roue des naissances et des morts en ce monde, depuis l'état usuel de veille jusqu'à l'état de libération, est le fait du Jiva lui-même. II-55. De même, la voie des œuvres – depuis les rites prescrits pour le sacrifice Trinachiketa (1) jusqu'au Yoga – est fondée par l'illusion d'Ishvara; tandis que la voie philosophique – depuis l'athéisme du Lokayata (2) jusqu'à l'évolutionnisme du Samkhya (3) – repose sur l'illusion du Jiva.
II-56. En conséquence, il est déconseillé aux aspirants à la libération de se laisser prendre la tête par les controverses au sujet du Jiva et d'Ishvara. L'esprit serein, qu'ils étudient plutôt le principe premier (Tattvas, cf. I-1) de Brahman. II-57. Ceux qui ne conçoivent pas le principe premier de Brahman, le sans second, sont tous pris dans les filets de l'illusion. D'où pourrait provenir la libération pour de tels êtres ? D'où pourrait provenir la félicité pour eux ? II-58. Et que dire s'ils associent les concepts de supériorité et d'infériorité à Ishvara et au Jiva ? La souveraineté ou la mendicité qu'il a connue en rêve, affectent-elles le rêveur dans sa vie éveillée ? II-59. Lorsque Buddhi, l'intellect (1), est absorbé en Ajnana, la nescience (cf. I-15-16), c'est l'état de sommeil, dit le sage. D'où pourrait provenir le sommeil en Moi, qui suis dépourvu de la nescience et de ses conséquences ?
II-60. Lorsque Buddhi est pleinement épanoui, c'est alors l'état de veille. Comme il n'est en Moi ni changements, ni variations, il n'y a pas de veille pour Moi. II-61. Lorsque Buddhi circule dans les Nadis subtils (1), cela suscite l'état de rêve. En Moi il n'y a aucune circulation ni déplacement, il n'y a donc pas de rêve pour Moi.
II-62. Puis vient la phase de sommeil profond, où toute chose disparaît, absorbée, comme enveloppée par Tamas, le guna des ténèbres inertes (cf. I-11); le dormeur jouit alors du plus haut état de félicité, celle de sa nature propre en l'état de non-manifesté. II-63. Seul celui qui considère tout comme étant la pure Conscience, Chit, sans établir de différences, est un Connaisseur authentique. Lui seul est Shiva, le Bénéfique. Lui seul est Hari (1). Lui seul est Brahma (2).
II-64. L'existence en ce monde est un océan de souffrances, elle n'est rien d'autre qu'un rêve persistant, un mirage de l'esprit, le règne de longue durée du mental. De l'éveil matinal à l'heure du coucher, c'est uniquement Brahman qu'il faut contempler. II-65. Dès lors qu'elle réalise la résorption de cet univers qui n'est qu'une surimposition imaginaire (1), la substance mentale, Chitta (2), participe de Ma nature. Ayant annihilé la puissance des six ennemis (3), comme l'éléphant en rut détruit même son maître, on devient l'Un, le Non-duel.
II-66. Que ce corps périsse maintenant ou qu'il dure aussi longtemps que la Lune et les étoiles, que m'importe à Moi qui possède pour corps la seule Conscience, Chit ? Et qu'importe à l'akasha (cf. II-50b-51a) qui est contenu dans le pot que celui-ci soit brisé maintenant ou qu'il dure très longtemps ? II-67. Le serpent qui vient de rejeter sa mue et l'abandonne, inerte, dans son nid, ne manifeste aucune affection à cette dépouille. II-68. De la même façon, le sage ne s'identifie ni à son corps physique ni à ses corps subtils. Si le savoir illusoire est détruit à la racine par le feu de la sagesse du Soi (1), alors le sage se détache de son corps en cultivant la pensée “Brahman n'est pas la forme, Brahman n'est pas le corps.”
II-69. Les Shastras (1), qui recèlent la connaissance de la réalité adaptée à ce monde, sont oubliés [par le sage - NdT]. Avec la perception directe de la Vérité (Satya, cf.II-19), sa propension à l'action dans ce monde disparaît. Simultanément, son karma activé (prarabdha, cf. I-12) cesse, et il se produit pour lui une dissolution de l'univers manifesté. Maya est ainsi triplement détruite. *
II-70. Si aucune identification à Brahman ne se produit chez l'individu, son état de séparativité persiste. Mais dès qu'il parvient à un vrai discernement du Non-duel, cesse aussitôt toute affinité pour tout objet. II-71. De la cessation de toute affinité pour tout objet, découle la cessation du karma activé, suivie de celle du corps [ou plutôt des liens avec le corps - NdT]. Il est donc certain que Maya a été entièrement détruite. Si l'on peut dire alors que l'univers existe, que Brahman existe, ce concept d'existence tient de la nature de Sat, l'Existence pure. II-72. Si l'on peut dire que l'univers est lumineux, c'est alors Brahman, et uniquement Lui, qui est lumineux. Toutes les eaux aperçues au loin dans une oasis sont en réalité de même nature que l'oasis elle-même, un mirage. Par l'enquête sur son propre Soi, les trois mondes (1) se révèlent être uniquement de la nature de la pure Conscience, Chit.
II-73. En Brahman, qui est Un et sans second, dont la nature essentielle est Conscience absolue, à qui est étrangère toute différenciation en Jiva, Ishvara (cf. II-10-12) et Guru (1), il n'est nulle nescience. Dans ce cas, où donc, en Brahman, se présenterait l'occasion d'une manifestation de l'univers ? Je suis ce Brahman de Toute-plénitude.
II-74. Lorsque la pleine lune de la Sagesse est dépouillée de son lustre par le Rahu (1) de l'illusion, tous les actes rituels – tels qu'ablutions, dons d'aumônes et sacrifices – accomplis durant l'éclipse, ne porteront aucun fruit.
II-75. Le sel dissous dans l'eau ne fait qu'un avec elle; de même, si l'Atman et le mental, Manas (1), ne font plus qu'un, cela s'appelle le Samadhi (2).
II-76. Sans la grâce d'un guru parfaitement accompli, il est très difficile de réaliser l'abandon des objets sensuels, ainsi que d'arriver à percevoir la vérité spirituelle et atteindre à sa nature authentique. II-77. Alors, l'établissement en son propre Soi répand spontanément sa lumière chez un yogi pour qui l'aube de la puissance de la Sagesse (Jnana-Shakti) a lui, et qui a renoncé à toutes les actions de ce monde. II-78. Le mental, Manas, et le mercure ont en commun la propriété d'être très fluctuants. Si on parvenait à lier (ou consolider) le mercure, comme à attacher (ou contrôler) le mental, que ne pourrait-on alors accomplir sur cette terre ? II-79. Celui qui est parvenu à la fixité de la pensée guérit de tous les maux et fait revenir les morts à la vie. Celui qui est parvenu à immobiliser le vif-argent du mental a la capacité de se mouvoir dans les airs. Aussi peut-on dire que le mercure comme le mental peuvent nous conférer l'état de Brahman. II-80. Le maître des organes de perception et d'action (Indriyas, cf. shlokas I-2 et 3), c'est le mental, Manas. Le maître de Manas, c'est l'énergie vitale, Prana (cf. I-3). Le maître de Prana, c'est l'absorption profonde, Laya (1). Il est donc conseillé de pratiquer le Laya Yoga.
II-81. Chez les yogis, cet état d'absorption est réputé vierge d'actions comme de changements. Cette profonde absorption du mental, qui se situe au-delà des mots et qui se caractérise par l'abandon de toute volonté (Sankalpa, cf. II-45) et de tout acte, ne peut se concevoir mais doit être intimement éprouvé. II-82. Tout comme l'actrice qui danse au rythme des cymbales et des autres instruments tout en prenant intensément garde au pot qu'elle porte sur sa tête, le yogi, tout en restant attentif au moment présent et à la foule d'objets environnants, ne laisse jamais s'éteindre la flamme de la contemplation de Brahman. II-83. Celui qui désire toute la richesse des fruits du yoga doit, après avoir préalablement arrêté toute pensée, se consacrer uniquement à l'écoute de Nada, le son spirituel (1), avec une totale concentration et un esprit pleinement maîtrisé. »
Ainsi s'achève le deuxième chapitre de la Varaha Upanishad.
CHAPITRE III III-1. « Le Principe unique ne peut à aucun moment Se scinder en de multiples formes. Du fait que Je suis l'Indivisible, il ne peut exister aucun autre que Moi. III-2. Tout ce qui peut être vu et tout ce qui peut être entendu n'est pas autre que Brahman. Je suis ce ParaBrahman (1), qui est l'Éternel, l'Immaculé, le Libre, l'Un, la Félicité indivise, le Non-duel, la Vérité, la Sagesse et l'Infini.
III-3. Je suis de la nature de la Félicité; Je suis d'une Sagesse indivise; Je suis le suprême du Suprême; Je suis la resplendissante Conscience absolue. Comme les nuées ne touchent pas à l'éther, ainsi les souffrances concomitantes de l'existence dans le monde ne M'affectent pas. III-4. Sache-le, tout devient félicité par l'annihilation de la souffrance, tout devient de la nature de l'Existence pure, Sat, par l'annihilation de la non-existence, Asat. Car c'est uniquement la nature de la pure Conscience, Chit, qui s'associe à cet univers visible. Aussi Ma forme authentique est-elle indivisible. III-5. Pour le yogi hautement réalisé, il n'est ni naissance ni mort, ni migration vers d'autres mondes, ni retour ici-bas; il n'est ni souillure ni pureté ni connaissance, mais il n'y a qu'un univers qui resplendit de l'éclat de la Conscience absolue. III-6. Il faut cultiver en silence et en permanence la pensée “Je suis ParaBrahman”, lequel est Vérité et Conscience absolue, indivis et non-duel, invisible, sans souillure, pur, sans second, et bienveillant. III-7. Brahman n'est pas assujetti à la naissance et à la mort, au bonheur et au malheur. Il n'est pas assujetti aux castes, aux lois, à la famille et au clan. Cultive en silence la pensée “Je suis Chit”, lequel est cause (1) de l'illusion universelle (2).
III-8. Cultive en silence et continuellement la pensée “Je suis Brahman”, lequel est la Plénitude, le sans second, la conscience indivise qui n'entretient aucune relation, ne possède aucune des différenciations existant dans l'univers et participe à l'essence de l'Existence (Sat) et de la Conscience (Chit), suprêmes et non-duelles. III-9. Cela, Tat (1), qui toujours EST et préserve sa nature, laquelle demeure identique durant les trois périodes temporelles (passé, présent et avenir), que rien ne peut affecter, c'est Ma forme éternelle en tant que Sat, l'Être absolu.
III-10. Même l'état de félicité qui règne dans l'éternité sans limitations adventices (1) et surpasse tous les bonheurs qui peuvent dériver de Sushupti, le sommeil profond*, participe essentiellement de Ma félicité.
III-11. Tout comme un épais brouillard est vite dissipé par les rayons du soleil, les ténèbres (Tamas, cf. I-11), cause de la renaissance, sont dissipées par Hari, le rouge doré, qui est l'éclat du Soleil. III-12. En se prosternant à Mes pieds et en méditant sur Moi, Hari, toute personne sera délivrée de son ignorance. Le seul moyen de détruire la chaîne des morts et des renaissances est de contempler avec dévotion Mes pieds. III-13. Celui qui admire et rend grâce à la Cause universelle, s'il le fait avec une profonde sincérité, comparable à celle de l'amateur de biens matériels admirant et encensant l'homme riche, sera délivré de sa servitude. III-14. De même qu'en présence du soleil, tout le monde se met spontanément à se livrer à ses occupations, de même en Ma présence tous les mondes sont stimulés à l'action. III-15. Lorsqu'il est attribué erronément à une nacre, le concept d'argent [le métal] devient illusoire; de même on M'attribue erronément, sous l'influence de Maya, la grande Illusionniste, la paternité de cet univers, qui est composé de Mahat (1), etc.
III-16. Je suis vierge de ces différenciations qui sont observables dans les corps des hommes de basse caste, des mammifères, des êtres inanimés, des brahmanes, et de tous les autres êtres. III-17. Même si l'on corrige chez quelqu'un l'idée fausse que les directions existent réellement, cette idée fausse continue comme auparavant [par commodité – NdT]; pour Moi, il en est de même concernant l'univers : même s'il vous faut le détruire par la Sagesse (Vijnana, cf.II-10-12), pour Moi il n'existe pas. III-18. Je ne suis ni le corps, ni les organes des sens (jnanendriyas), ni les organes d'action (karmendriyas), ni les souffles vitaux (Pranas), ni le mental (Manas), ni l'intellect supérieur (Buddhi), ni l'ego (Ahamkara), ni la substance mentale (Chitta), ni l'illusion (Maya), ni l'univers composé d'éther (Akasha) et des autres principes premiers (Tattvas).
III-19. Je ne suis ni l'auteur des actes, ni celui qui jouit des objets ni celui qui est cause de jouissance. Je suis Brahman, Je suis purement Sat-Chit-Ananda, Existence-Conscience-Félicité absolues et Je suis Janardana (1), l'Agitateur des humains.
III-20. De même que le soleil semble se mouvoir lorsqu'il est reflété sur des eaux mouvantes, de même l'Atman surgit au milieu de cette existence dans le monde en raison de sa connection à l'ego. III-21. À la racine de cette existence dans le monde, il ya la substance mentale que l'on nomme la conscience (Chitta). Celle-ci doit être purifiée par des efforts répétés. Comment se fait-il que l'homme puisse avoir toute confiance en la grandeur de Chitta ? III-22. Où sont, hélas ! toutes les richesses des rois ? Où sont les brahmanes ? Où sont tous les mondes ? Tous les mondes d'autrefois s'en sont allés et bien des nouveaux cycles se sont produits. III-23. Tant de crores (1) de Brahmas ont disparu ! Tant de rois ont traversé l'existence comme des grains de poussière ! Même chez un Connaisseur (Jnani), l'amour du corps physique peut surgir par le biais de la nature démonique (2). Si celle-ci surgit chez un sage, sa connaissance de la vérité ne porte aucun fruit.
III-24. Dès lors que Rajas (1) et les autres composants de la nature humaine sont brûlés par le feu de la sagesse toute-discriminante, comment pourraient-ils germer à nouveau ?
III-25. L'homme intelligent, s'il se met à traquer et corriger ses propres défauts avec le même plaisir qu'il trouvait à épingler les défauts d'autrui, ne parviendra-t-il pas à se libérer de ses entraves ? III-26. Ô Seigneur des silencieux (Munis), seul celui qui ne possède pas Atma-Jnana, la sagesse du Soi (cf. II-68), et ne s'est pas émancipé, convoite les pouvoirs paranormaux (1). Il les développe au moyen de la médecine, des mantras, des œuvres religieuses, par son habileté et y consacrant son temps.
III-27. Aux yeux du Connaisseur du Soi, ces pouvoirs n'ont aucune importance. Celui qui est devenu un Connaisseur, dont le regard est fixé uniquement sur l'Atman, et qui est comblé par le rapport entre son âme individuelle et l'Âme suprême (Soi et soi), n'obéit jamais à la voix d'avidya, l'ignorance (1).
III-28. Il sait que tout ce qui existe ici-bas est de la nature de l'ignorance fondamentale. Pourquoi donc un Connaisseur du Soi qui a abandonné l'ignorance, irait-il s'y replonger ? III-29. La médecine, les mantras, les œuvres religieuses, l'habileté et la persévérance mènent au développement des pouvoirs paranormaux, néanmoins ils ne peuvent en aucune façon aider quiconque à parvenir au séjour du Paramatman, l'Âme suprême. III-30. Le Connaisseur du Soi, qui est en-dehors de son soi [car immergé en le Soi – NdT], comment peut-on dire qu'il convoite les pouvoirs paranormaux, alors même qu'il tient sous contrôle les moindres mouvements de son esprit et ses désirs ? » Ainsi s'achève le troisième chapitre de la Varaha Upanishad.
CHAPITRE IV À une autre occasion, Nidagha demanda au Seigneur Ribhu de l'éclairer sur les caractéristiques de Jivanmukti, la libération de son vivant (cf. I-15-16). Ribhu acquiesça et parla comme suit : « Dans les sept niveaux de sagesse (1), on trouve quatre types de libérés vivants (Jivanmuktas). Les sept niveaux vont ainsi : 1) le désir de libération (Shubheccha); 2) l'investigation (Vicharana); 3) l'affinement du mental (Tanumanasi); 4) l'obtention de la pure Conscience (Sattvapatti); 5) l'indifférence, notamment aux pouvoirs surnaturels (Asamshakti); 6) la totale dévotion à l'objet suprême, Brahman (Parartha-Bhavani); 7) l'obtention de l'état quatrième ou transcendantal (Turyaga). Il est une étape associée au Pranava Om (2), dont elle prend la forme : elle est formée de l'Akara – ‘A’, de l'Ukara – ‘U’, du Makara - ‘M’ et de la demi-lettre (3). L'Akara et les autres syllabes sont de quatre sortes, en tenant compte des différences entre le plan physique (Sthula), le plan subtil (Sukshuma), le plan causal (Bija) et le plan du Témoin (Sakshi). Ils comportent quatre états d'esprit: veille, rêve, sommeil profond et l'état transcendantal (4). Celui qui demeure à l'état de veille dans l'essence physique de l'A est nommé la Totalité universelle (Vishva); dans l'essence subtile, il est nommé le Lumineux (Taijasa) (5); dans l'essence causale, il est nommé la Sagesse (Prajna); et dans l'essence du pur Témoin, il est nomméle Transcendantal (Turiya).
Celui qui demeure à l'état de rêve dans l'essence physique de l'U est nommé la Totalité universelle (Vishva); dans l'essence subtile, il est nommé le Lumineux (Taijasa); dans l'essence causale, il est nommé la Sagesse (Prajna); et dans l'essence du pur Témoin, il est nommé le Transcendantal (Turiya). Celui qui demeure à l'état de sommeil profond dans l'essence physique du M est nommé la Totalité universelle; dans l'essence subtile, il est nommé le Lumineux; dans l'essence causale, il est nommé la Sagesse; et dans l'essence du pur Témoin, il est nommé le Transcendantal. Celui qui demeure à l'état transcendantal dans l'essence physique de la demi-lettre est nommé la Totalité universelle transcendante; dans l'essence subtile, il est nommé le Lumineux transcendant; dans l'essence causale, il est nommé la Sagesse transcendante; et dans l'essence du pur Témoin, il est nommé le Transcendantal du Transcendant (1).
L'essence transcendantale (Turiya) de l'A englobe les trois premiers niveaux de sagesse. L'essence transcendantale de l'U englobe le quatrième niveau. L'essence transcendantale du M englobe le cinquième niveau. L'essence transcendantale de la demi-lettre englobe le sixième niveau. Au-delà, se trouve le septième niveau. Celui qui fonctionne dans les trois premiers niveaux est appelé un aspirant qui désire atteindre la délivrance (Mumukshu); celui qui fonctionne dans le quatrième niveau est appelé celui qui contemple et connaît Brahman (Brahmavit); celui qui fonctionne dans le cinquième niveau est appelé celui qui est béni en Brahman (Brahmavidvara); celui qui fonctionne dans le cinquième niveau est appelé un adorateur de Brahman (Brahmavidvarishtha). À ce propos, on trouve les shlokas suivants : IV-1-2. On dit que le désir de libération est le premier niveau de sagesse (Jnana-Bhumika); l'investigation, le second; l'affinement du mental, le troisième; l'obtention de la pure Conscience, le quatrième; vient ensuite l'indifférence, notamment aux pouvoirs surnaturels, le cinquième; la totale dévotion à l'objet suprême, Brahman, le sixième; et l'obtention de l'état quatrième ou transcendantal, le septième. IV-3. Le désir qui s'élève à la faveur du pur détachement (1) après que l'on ait résolu la question “Resterai-je dans l'ignorance ? Je vais étudier les Écritures et aller trouver les sages”, est nommé désir de libération (Shubheccha) par les sages.
IV-4. La fréquentation des sages et des Écritures, allant de pair avec la poursuite de la voie juste, qui précèdent l'accomplissement du détachement, est nommée l'investigation (Vicharana). IV-5. Cette étape où le fort désir des objets des sens est minimisé à la faveur des deux premières étapes, est nommée l'affinement du mental (Tanumanasi). IV-6. Après avoir développé l'indifférence aux objets des sens à la faveur des trois premières étapes, la substance mentale (Chitta) repose sur l'Atman, lequel est de la nature de Sat, l'Existence pure; cette étape est nommée l'obtention de la pure Conscience (Sattvapatti). IV-7. La lumière de la pure Conscience (Sattva) qui s'est profondément enracinée en soi, allant de pair avec l'absence de désirs pour les fruits de ses actes, à la faveur des quatre premières étapes, est nommée l'indifférence, notamment aux pouvoirs surnaturels (Asamshakti). IV-8-9. Cette étape où, à la faveur des cinq premières étapes, on gagne la félicité de l'Atman, sans plus avoir de relations avec les objets intérieurs ou extérieurs, bien qu'ils restent présents, et se contente d'accomplir les actes requis par notre entourage, est nommée la totale dévotion à l'objet suprême, Brahman (Parartha-Bhavani). IV-10. Cette étape où, à la faveur d'une pratique extrêmement longue des six premières étapes, on demeure immuablement attaché à la contemplation de l'Atman, et Lui seul, sans prendre conscience des différenciations composant l'univers, est la septième et dernière, nommée l'obtention de l'état quatrième ou transcendantal (Turyaga). IV-11. On dit que les trois premières étapes se déroulent au sein des différences et se gagnent par la non-différenciation, du fait que l'univers que l'on voit à l'état de veille nous semble être réel. IV-12. Mais lorsque le mental est fermement fixé sur l'Un non-duel et que le concept de dualité est aboli, alors cet univers apparaît comme un rêve, à la faveur de l'union avec l'état transcendantal (Turiya). IV-13. Tel un nuage d'automne, chassé par le vent, qui se dissipe, cet univers se dissout. Ô Nidagha, sois-en certain, à ce stade seule demeure la pure Conscience (Sattva). IV-14. Puis c'est le cinquième stade, celui du sommeil profond éveillé (Sushuptipada), où l'on reste simplement dans l'état non-duel, libéré de toutes les différences possibles. IV-15-16a. Profondément absorbé par la vision intérieure bien que participant aux circonstances extérieures et agissant, celui qui s'est engagé dans la pratique du sixième stade ressemble à un homme qui s'endort par fatigue, et donc dégagé de toute affinité. IV-16b. Finalement, le septième stade est atteint, qui est l'état le plus ancien qui soit, que l'on nomme Gadhashupti (1), état de sommeil peu profond.
IV-17. On demeure alors dans cet état sans second, dénué de la moindre peur, la conscience presque anéantie, et là il n'est ni être (Sat) ni non-être (Asat), ni Soi ni non-soi. IV-18. Comme pour un pot vide au sein de l'espace éthéré (Akasha), on est entouré de vacuité à l'intérieur comme à l'extérieur; comme un pot plein au sein de l'océan, on est entouré de plénitude à l'intérieur comme à l'extérieur. IV-19. Ne deviens ni le connaisseur ni le connu. Puisses-tu devenir la Réalité qui demeure après l'abandon de toute pensée. IV-20. Rejette résolument les distinctions entre voyant, vision et chose vue (1), ainsi que toutes les triades analogues, et médite uniquement sur l'Atman qui resplendit en tant que Lumière suprême.
IV-21. Est réputé être un libéré vivant (Jivanmukta, cf. I-15-16) celui pour qui, bien qu'il participe aux préoccupations matérielles de la vie dans le monde, le monde ne semble pas plus exister que l'éther invisible. IV-22. Est réputé être un libéré vivant celui dont l'humeur ne s'abat pas dans la souffrance ni ne s'exalte dans la joie, qui ne cherche pas à modifier ce qui lui échoit, ne tentant ni d'amoindrir son malaise ni d'augmenter son bien-être. IV-23. Est réputé être un libéré vivant celui qui, même lorsqu'il dort profondément, est pleinement éveillé et à qui, pourtant, l'état de veille est inconnu, et dont la sagesse est dégagée de la moindre affinité avec le moindre objet. IV-24. Est réputé être un libéré vivant celui dont le cœur a la pureté de l'éther, bien que son comportement paraisse en accord aux sentiments habituels, amour, haine, crainte, etc. IV-25. Est réputé être un libéré vivant celui qui n'a plus le sentiment d'être l'auteur de ses actions, et dont l'intellect supérieur (Buddhi) n'est pas attaché aux objets matériels, qu'il soit ou non celui qui accomplit les actions. IV-26. Est réputé être un libéré vivant celui que les autres ne craignent pas, qui ne craint pas les autres, et qui a abandonné les émotions habituelles, joie, colère et peur. IV-27. Est réputé être un libéré vivant celui qui, bien que participant à toutes les illusions du monde, garde la tête froide, demeurant en vérité l'Atman dans toute Sa plénitude et considérant ces illusions comme appartenant à autrui. IV-28. Ô Muni (1), est réputé être un libéré vivant celui qui, ayant déraciné jusqu'au moindre désir dans sa conscience (Chitta), se sent pleinement comblé par Moi, qui suis l'Atman de tous les êtres.
IV-29. Est réputé être un libéré vivant celui qui demeure paisible, avec un esprit que rien n'ébranle, en ce suprême séjour de la pure Conscience d'être, Chinmatra (cf. II-21), vierge de toute modification de conscience. IV-30. Est réputé être un libéré vivant celui dont la conscience ne voit plus se lever les distinctions telles que l'univers, moi, lui, toi, les autres, et tout ce qui procède du visible et de l'irréel. IV-31. En suivant la voie des Maîtres et des Écritures, tu pénétreras bientôt en Sat, l'Existence absolue, le Brahman qui est immuable, de toute grandeur, de toute plénitude et vierge du moindre objet – demeures-y alors fermement établi. IV-32. Shiva seul est le Maître (cf. II-34-35), Shiva seul est les Védas, Shiva seul est le Seigneur, Shiva seul est Moi, Shiva seul est tout ! Il n'est nul autre que Shiva. IV-33. Le brahmane que plus rien n'ébranle, dès lors qu'il aura connu Shiva, atteindra à la sagesse. Inutile de prononcer de longs discours, ils ne font que fatiguer l'organe de la parole. IV-34-35. Suka le Rishi (1) fut un libéré vivant. Vamadeva de même. Personne n'a jamais atteint à la libération en dehors d'eux et des voies qu'ils ont tracées. Les hommes qui, de nos jours encore, suivent la voie de Suka deviennent des libérés subitement (Sadyo-Mukta), immédiatement après la mort du corps; tandis que ceux qui suivent la voie de Vamadeva, c'est-à-dire le Védanta, restent assujettis à de nouvelles naissances, encore et encore, ils poursuivent la libération graduelle (Krama-Mukti) au moyen du Yoga, du Samkhya (cf. II-55) et des actes procédant du mode d'être de la Conscience pure (Guna Sattva, cf. I-11).
IV-36. Ainsi donc, deux voies ont été établies par le Maître des dieux : la voie de Suka et celle de Vamadeva. La voie de Suka est nommée le sentier des oiseaux, celle de Vamadeva le sentier des fourmis. IV-37-38. Ceux qui sont parvenus à la connaissance de la nature véritable de leur Soi en se pliant aux abstentions et aux injonctions des Védas (Yama et Niyama), en menant une investigation sur le sens profond des grandes maximes védiques (Mahavakyas, cf. II-43), en développant le Samadhi (cf. II-75) du Samkhya Yoga ou l'Asamprajnata Samadhi (1), et qui se sont purifiés par ces moyens, atteignent au séjour suprême par la voie de Suka.
IV-39-40. Celui qui pratique le Hatha Yoga, se donnant du mal pour suivre les postures, les injonctions (Yama) et les autres membres du Yoga (Ashtamga), devient susceptible de rencontrer les obstacles toujours renouvelés que cause le développement des pouvoirs paranormaux (Siddhis, cf. III-26); s'il n'en obtient pas de bons résultats, il renaîtra dans une grande famille (1) et pratiquera le Yoga en conséquence de ses affinités antérieures.
IV-41. Puis il poursuivra la pratique du Yoga durant de nombreuses incarnations, et atteindra enfin à la libération, ayant gagné le séjour suprême de Vishnu par la voie de Vamadeva. IV-42. Ainsi donc, deux voies mènent à Brahman, toutes deux bénéfiques. L'une confère une libération instantanée, l'autre une libération graduelle. Pour qui voit tout comme l'Un, Brahman, où se trouve l'illusion ? Où se trouve la souffrance ? IV-43. Ceux qui se trouvent sous le regard de ces êtres dont l'intellect supérieur (Buddhi) est uniquement empreint de la Vérité suprême, laquelle représente l'expérience ultime, ceux-là sont libérés des péchés les plus vils. IV-44. Tous les habitants des cieux et de la terre qui se placent sous le regard de ces êtres qui contemplent et connaissent Brahman (Brahmavits) sont immédiatement libérés des péchés commis au long de nombreuses crores (cf. III-23) de vies antérieures. » Ainsi s'achève le quatrième chapitre de la Varaha Upanishad.
CHAPITRE V Ensuite Nidagha demanda au Seigneur Ribhu de l'éclairer sur les règles à observer dans la pratique du Yoga. Le Seigneur acquiesça et répondit ce qui suit : V-1-2. « Le corps est composé des cinq éléments, qui le délimitent par cinq sphères (1). Celle qui est solide est Prithivi, la terre; celle qui est liquide est Apas, l'eau; celle qui est lumineuse est Tejas, le feu; le mouvement qui l'anime est la propriété de Vayu, l'air; celle qui le pénètre de part en part est Akasha, l'éther. Toutes ces sphères doivent être connues de l'aspirant au Yoga.
V-3. Par le souffle qui anime la sphère d'air (Vayu-Mandala), il se produit quotidiennement 21.600 respirations dans le corps. V-4. Si la sphère de matière solide (Prithivi-Mandala) diminue, le corps se décharne et se plisse; si l'essence aqueuse (Apas) diminue, la chevelure grisonne peu à peu. V-5. Si l'essence lumineuse et calorique (Tejas) diminue, il s'ensuit perte d'appétit et d'éclat; si l'essence du souffle (Vayu) diminue, il s'installe un tremblement chronique [ou des frissons de frilosité- NdT]. V-6. S'il se produit une diminution de l'essence de l'éther (Akasha), la mort s'ensuit. Car l'énergie vitale (Prana), qui participe de tous ces éléments, ne trouve plus suffisamment de place pour imprégner le corps, les sphères des éléments ayant diminué; aussi s'élève-t-elle, telle une volée d'oiseaux prenant leur essor. V-7. C'est pourquoi on l'appelle Udana, “qui s'envole” (1). En rapport à ceci, il y a une posture de ligature (2), nommée Uddiyana Bandha, qui peut stopper cette remontée du souffle vital. Cette ligature est pour la mort ce qu'est le lion face à l'éléphant (3) : elle peut la supprimer.
V-8. Le souffle Udana se déploie à l'intérieur du corps, de même pour la ligature. Celle-ci est douloureuse. Si l'élément feu est agité au niveau du ventre, cela causera une nette douleur. V-9. Aussi cette ligature d'Uddiyana ne doit-elle pas être pratiquée par celui qui a faim, ou un besoin presser d'uriner ou d'excréter. Il devra fractionner ses repas, à chaque fois de petites quantités d'une nourriture pure et non épicée. V-10. Il doit pratique le Mantra Yoga, ainsi que le Laya (cf. II-80) et le Hatha Yoga, en suivant les étapes douce, intermédiaire et transcendantale. Ces trois Yogas comportent tous les mêmes membres, qui sont au nombre de huit. V-11-12a. Ce sont Yama, Niyama, Asana, Pranayama, Pratyahara, Dharana, Dhyana et Samadhi.
V-12b-13a. Les abstentions (Yama) sont au nombre de dix : non-violence, non-fausseté, non-thésaurisation, continence, compassion, honnêteté, patience, courage, modération de l'appétit, pureté (physique et mentale). V-13b-14. Les injonctions (Niyama) sont également au nombre de dix : discipline ardente, contentement, foi en la Divinité ou les Védas, charité, dévotion envers le Seigneur, écoute des Écritures commentées, contrition, intellect juste, récitation de mantras, observances religieuses. V-15-16. On considère onze postures, dont la première est le Chakra (1). Les connaisseurs du Yoga les énumèrent ainsi : Chakra, Padma, Kurma, Mayura, Kukkuta, Vira, Svastika, Bhadra, Simha, Mukta et Gomukha.
V-17. La posture Chakra consiste à placer la cheville gauche sur la cuisse droite, puis la cheville droite sur la cuisse gauche, et conserver le corps bien érigé durant toute la durée d'assise. V-18. Le contrôle du souffle, Pranayama (1), doit être pratiqué encore et encore, dans l'ordre suivant : inspiration, rétention, expiration. Le contrôle du souffle s'accomplit à travers le réseau des nerfs subtils (nadis, cf. II-61), aussi est-il sous-entendu dès qu'on parle de nadis.
V-19. Le corps subtil de tout être doté de conscience est d'une hauteur de quatre-vingt seize doigts. Au milieu du corps, deux doigts au-dessus de l'anus et deux doigts sous l'organe sexuel, se trouve le centre du corps, appelé Muladhara ou plexus sacré (1).
V-20-21. Neuf doigts au-dessus des parties génitales, se trouve un bulbe de nerfs subtils, Nadis Kanda (1), en rotation, de forme ovale, haut de quatre doigts et de même largeur. Il est entouré de graisse, de chair, d'os et de sang.
V-22. À l'intérieur de ce bulbe, se trouve une roue de nerfs subtils (Nadi Chakra) comportant douze rayons. Kundali (1), qui est le support du corps, se tient là.
V-23. Kundalini recouvre de ses anneaux l'ouverture de Brahman (1), qui est l'entrée de la Sushumna nadi (2). Aux côtés de la Sushumna, sont les nadis Alambusa et Kuhuh.
V-24. Sur les deux rayons voisins sont Varuna et Yasasvini. Sur le rayon au sud de la Sushumna, se trouve Pingala (1).
V-25. Sur les deux rayons suivants, ce sont Pusha et Payasvini. Sur le rayon à l'ouest de la Sushumna, se trouve la nadi appelée Sarasvati. V-26. Sur les deux rayons suivants sont Sankhini et Gandhari. Au nord de la Sushumna, se trouve Ida (1).
V-27-28. Sur le rayon voisin, se trouve Hastijihva; près de lui, est Visvodara.
V-29-30. La portion centrale de l'étoffe (qui ici rassemble l'ensemble des nadis) est nommée plexus ombilical (Nabhi Chakra). Jvalanti, Nadarupini, Pararandhra et Sushumna sont appelées le support du son spirituel (Nada, cf. II-83). Ces quatre nadis ont la couleur du rubis. La portion centrale du Brahmarandhra est recouverte par Kundali sur plusieurs couches [les anneaux du serpent lové - NdT]. V-31-33a. Ainsi donc, dix souffles vitaux, Vayus (1), se meuvent dans ces nadis. L'homme sensé qui a compris le circuit des nadis et des vayus s'installera, torse et cou bien érigés et bouche close, et méditera profondément et immuablement sur Turyaga (2), à la pointe de son nez, au centre de son cœur et au centre du Bindu (3); le mental apaisé, il verra à travers l'œil spirituel le nectar d'Amrita (4) s'écouler du Bindu.
V-33b-34. Ayant contracté l'anus et soulevé le souffle vital (Vayu), il le fera monter en répétant le Pranava Om, qu'il complètera du Shri Bija (1). En effet, il doit méditer sur son Atman comme étant Shri, c-à-d. ParaShakti (2), baignée du nectar qui ruisselle.
V-35. Le temps est une illusion (Kalavanchana), réputée la plus importante de toutes. Quel que soit ce qui est conçu par le mental, cela est mis en œuvre par le mental lui-même. V-36. Alors, la flamme d'Agni jaillira dans l'eau, et de cette flamme surgiront des branchages et des floraisons. Alors, les paroles prononcées et les actes accomplis ne seront pas en vain. V-37. En contrôlant le Bindu sur le chemin ascendant, en attisant le feu dans l'eau et en faisant s'évaporer celle-ci, le yogi affermit sa vigueur corporelle. 38. Contractant simultanément l'anus et la yoni (1) après les avoir réunis, il doit faire s'élever le souffle de l'expiration, Apana (2), et l'unir à Samana, le souffle du métabolisme.
V-39. Il doit méditer sur son Atman comme étant Shiva, puis le visualiser baigné du nectar qui ruisselle (cf. V-33b-34). Puis, se concentrant sur la partie centrale de chaque rayon*, le yogi doit commencer à renforcer sa puissance de volonté (Bala).
V-40. Il doit tenter de s'élever en unissant inspiration (Prana) et expiration (Apana). Cette technique, l'une des plus importantes du Yoga, illumine le corps et active le cheminement des pouvoirs paranormaux (Siddhis, cf. III-26).
V-41. Le yogi doit savoir utiliser l'ombre (Chaya) de son corps physique comme un barrage sur les eaux faisant obstacle aux crues. V-42. Cette ligature (bandha) opère sur toutes les nadis, dit-on. Grâce à elle, la Déesse (Kundali) devient visible. V-43. Cette ligature de quatre pieds * sert à contrôler les trois sentiers (Sushumna, Ida et Pingala). Ainsi active-t-on et illumine-t-on le sentier par lequel les Siddhas (1) ont obtenu leurs pouvoirs magiques.
V-44. Si, tout de suite après l'inspiration, le yogi fait s'élever le souffle Udana (cf. V-7), cette ligature qui maîtrise toutes les nadis se déclenche. V-45. Cela s'appelle le Yoga de l'enchâssement (1) ou Mulabandha (cf. V-40). Par la pratique de ce Yoga, les trois ligatures sont maîtrisées.
V-46. Par une pratique nuit et jour, mais de façon intermittente ou aux moments adéquats, les souffles vitaux seront sous le contrôle du yogi. V-47. Avec le contrôle des souffles vitaux, le feu gastrique du corps s'accroîtra tous les jours, facilitant la combustion et la digestion des aliments. V-48. Une digestion adéquate de la nourriture entraîne un accroissement de l'essence nutritive (Rasa); et ce processus s'accompagne d'un accroissement des substances subtiles, Dhatus (1).
V-49. Cet accroissement des substances subtiles entraîne un accroissement de sagesse qui influe sur le corps. Ainsi tous les actes négatifs cumulés depuis de nombreux crores d'incarnations sont consumés. V-50. Entre l'anus et les parties génitales, se trouve le triangle du Muladhara ou plexus sacré (cf. V-19). Il illumine le siège de Shiva, sous sa forme de Bindu (cf. V-31-33a). V-51. Là se trouve la Puissance suprême, ParaShakti (cf. V-33b-34), nommée Kundalini. C'est le siège d'où les souffles vitaux (Vayu) s'élèvent. C'est le siège où se produit l'accroissement du feu gastrique. V-52. C'est le siège d'où le Bindu tire son origine, et où se produit l'accroissement du son spirituel (Nada, cf. II-83). C'est le siège d'où naît Hamsa (1). C'est le siège d'où naît le mental, Manas (cf. II-75).
V-53. Les six chakras inférieurs commençant avec le chakra-racine (Muladhara) sont réputés être le siège de la Déesse, Shakti (1). Les chakras supérieurs allant de la gorge (Ajna) à la couronne (Sahasrara) sont réputés être le siège de Shambhu (2).
V-54. Pour les nadis, le corps est leur véhicule; pour l'énergie vitale (Prana), les nadis sont son véhicule; pour l'individu (Jiva), l'énergie vitale est sa demeure; pour l'Âme suprême (Hamsa), l'individu est son véhicule. V-55. Pour Shakti, l'Âme suprême est son siège, tout autant que celui de l'univers, fixe et mobile. Sans distraction, l'esprit paisible, le yogi doit pratiquer le contrôle du souffle. V-56. Même celui qui est devenu habile dans la pratique des trois ligatures doit persister dans sa recherche sincère du Principe qui est cause de l'existence de tous les objets, de tous leurs attributs, et qu'il faut connaître. V-57. Il doit parvenir à réprimer l'expiration et l'inspiration et les faire s'immobiliser dans la seule rétention du souffle. Pour cela, il ne doit dépendre que de Brahman, qui est le but suprême. V-58. L'abandon de tous les objets extérieurs, c'est aussi cela l'expiration (Rechaka); la saisie de la connaissance spirituelle portée par les Écritures, c'est aussi cela l'inspiration (Puraka); et conserver par-devers soi cette connaissance, c'est aussi cela la rétention du souffle (Kumbhaka). V-59. Il devient libéré, celui qui développe par sa pratique une telle conscience (Chitta, cf. II-65). Cela ne fait aucun doute. Par la rétention du souffle, l'esprit doit être constamment absorbé, et par la seule rétention du souffle, il doit remplir tout l'intérieur. V-60. C'est uniquement en s'aidant du vase sacré (1) que la rétention du souffle, Kumbhaka (2), peut être fermement maîtrisée. À l'intérieur de ce vase, réside Shiva le Suprême (3). Ce souffle vital qui n'est pas susceptible d'être immobilisé doit être agité au moyen du sceau de la gorge (Kantha-Mudra)*.
V-61-62. Tenant sous son contrôle la course du souffle vital, maîtrisant parfaitement la technique de l'expiration et de la rétention de souffle, le yogi doit poser au sol ses deux mains et ses deux pieds, de façon équilibrée, puis percer les quatre sièges avec son souffle tout en maintenant les trois ligatures. Il doit agiter sa colonne vertébrale avec force au niveau de l'ouverture du souffle vital [sans doute au Brahma-dvara, porte inférieure de Brahman]. V-63. Les deux cavités [pulmonaires ?] étant closes, le souffle vital pulse avec rapidité. L'union de la lune, du soleil et du feu [les 3 nadis principales] se vérifie par l'écoulement du nectar (amrita, cf. V-31-33a). V-64-5. Par ce balancement de la colonne vertébrale, la Déesse (Kundali) qui se tient en son centre * s'ébranle. C'est tout d'abord au Brahma Granthi (1) qu'elle se perce un passage. Ensuite, elle perce le Vishnu-Granthi, puis le Rudra-Granthi.
V-66-67a. Alors survient pour le yogi la percée à travers la libération, en résultat de son affranchissement des impuretés de l'illusion, des rituels religieux pratiqués au cours de nombreuses incarnations, par la grâce des Maîtres et des divinités, et en résultat de sa pratique du Yoga. V-67b-68. Dans la sphère (Mandala) de Sushumna, encadrée par Ida et Pingala, le yogi doit faire remonter son souffle au moyen de la technique nommée Mudra-Bandha. La modulation brève du Pranava Om le purifie de toutes ses imperfections; la modulation longue lui confère la libération. V-69-70. La modulation sur le ton de la simple lecture ou comme voyelle longue à trois unités (1) a le même effet. Il est un connaisseur des Védas, celui qui – grâce à ces trois modulations – connaît la finalité du Pranava, qui est au-delà du pouvoir de la parole, semblable à une coulée d'huile inépuisable ou au tintement d'une cloche qui n'en finit pas. La modulation brève produit son effet sur le Bindu, la longue sur l'ouverture de Brahma, la modulation Pluta sur le douzième chakra, le Dvadashanta (2). Les mantras doivent être psalmodiés afin de développer leurs pouvoirs occultes.
V-71-72a. Ce Pranava Om écartera tous les obstacles. Il absoudra de toutes les imperfections. À partir de lui, dérivent quatre autres étapes spirituelles (Bhumikas, cf. chap. IV) : Arambha, Ghata, Parichaya et Nispatti. V-72b-73a. Arambha (1) est l'étape initiale, où, ayant renoncé à tous les actes extérieurs accomplis par les trois organes (mental, paroles et corps), le yogi est engagé en permanence dans une activité purement intérieure.
V-73b-74a. Selon les sages, Ghata (1) est l'étape où le souffle vital, s'étant forcé un passage sur le flanc ouest, demeure fixé là, dans sa plénitude.
V-74b. Parichaya (1) est l'étape de la connaissance intime, où le souffle vital est fermement ancré à l'espace-éther (Akasha, cf. II-50b-51a), ni relié à l'individu ni non-relié, tandis que le corps demeure immobile.
V-75. On dit que Nispatti (1) est l'étape où se déroulent la création et la dissolution par l'Atman, où un yogi qui est devenu un libéré vivant accomplit l'union (yoga) sans le moindre effort.
Quiconque récite cette Upanishad devient immaculé comme Agni, le Feu. Comme Vayu, l'Air, il devient pur. Il est libéré du péché de consommation d'alcool. Il est libéré du péché de vol d'or. Il devient un libéré vivant (Jivanmukta, cf. I-15-16). C'est ce qu'affirme le Rig Véda. Semblable à l'œil céleste qui scrute l'espace cosmique, voyant sans effort toute chose au-delà, l'homme sage contemple en permanence le séjour suprême de Vishnu. Les brahmanes dont l'œil spirituel est toujours grand ouvert adressent des louanges et illuminent de diverses manières ce séjour spirituel de Vishnu. » Ainsi s'achève le cinquième chapitre de la Varaha Upanishad.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux ! Om ! Que la Paix soit en moi !
Ici se termine la Varahopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.
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