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Le dieu solaire Surya - Uttar Pradesh, Inde, Xème siècle UPANISHADS DU YOGA Trishikhi Brahmana Upanishad Upanishad du Brahmane Trishikhi
Notes préliminaires : Un Brahmane du nom de Trishikhi va trouver le dieu Aditya (Surya, le Soleil) et lui demande quelle est la nature du corps, de l'âme et la cause de leur existence: un cours succinct mais complet sur les huit membres du Yoga fait suite à l'élucidation préalable de l'identité essentielle de l'âme individuelle et du Brahman, du microcosme et du macrocosme, et à une exposition rigoureuse de la Création par quintuple mixtion des éléments primordiaux (Panchi Karana). Accordant une place prééminente au Yoga de la Connaissance (Jnana Yoga), la Trishikhi Brahmana Upanishad pourrait former, avec la Yoga Kundalini et la Yoga Chudamini, la trilogie de l'enseignement intégral sur le Yoga et la libération en Brahman.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. Om ! Que la Paix soit en moi !
1. SECTION DU BRAHMANA 1. Un brahmane du nom de Trishikhi se rendit au séjour d'Aditya, le Soleil, et lui demanda : « Ô Seigneur, qu'est-ce que le corps ? Qu'est-ce que l'âme vitale (Prana) ? Quelle en est la cause ? Et qu'est-ce que l'Atman ? » 2. Aditya lui répondit : Sache-le, tout ce qui existe possède la nature de Shiva. Bien qu'Il soit éternel, pur, immaculé, omniprésent, et qu'Il éprouve une félicité sans second, Shiva crée néanmoins tout ceci à partir de Sa propre splendeur. Il se manifeste dans la multiplicité des formes créées, bien qu'Il demeure un, semblable à la masse de fer chauffé à blanc*. Si l'on demande quelle est la cause d'une telle manifestation, on peut répondre que c'est Brahman qui, en s'unissant à l'ignorance fondamentale (Avidya), apparaît comme distinct.
3. De Brahman a évolué l'Indifférencié (1), de l'Indifférencié à évolué l'Intelligence cosmique (2), de l'Intelligence cosmique à évolué le sens de l'ego (Ahamkara), du sens de l'ego ont évolué les cinq essences subtiles (Tanmatras), des cinq essences subtiles ont évolué les cinq éléments fondamentaux (MahaBhutas), et des cinq éléments fondamentaux fut créé l'univers manifesté.
4. Qu'est-ce que tout ceci [qui nous entoure] ? Il existe une grande variété de formes, dérivées des éléments. Or, s'il n'existait qu'un seul corps universel, comment pourrait-il y avoir cette pluralité de formes issues des éléments ? En vertu de la différenciation entre la cause et les effets, on établit des divisions telles que les éléments, les mots qui énoncent et ceux qui donnent le sens de l'énoncé (Vācaka et Vācya), la distinction de localisation, les objets, les divinités, et les divers fourreaux individuels (Koshas). 5. L'éther (Akasha) gouverne l'organe interne (Antahkarana), le mental (Manas), l'intellect (Buddhi), la conscience (Chitta) et le sens de l'ego. 6. L'éther soutient les fonctions de l'organe interne, qui sont la connaissance, la détermination, la décision, l'investigation et l'affirmation de soi. 7. Les fonctions des éléments subtils qui concernent l'âme individuelle (Jiva) sont la mise en place (Avakasha), la mobilité (Vidhuta), la visualisation (Darshana), l'assimilation corporelle (Pindikarana) et la rétention (Dharana). 8. Il y a douze divisions à la triade de l'Atman individualisé (Adhyatmika), du macrocosme d'éléments subtils (Adhibhautika) et du macrocosme divin (Adhidaivika)*.
9. Voici maintenant le schéma de la quintuple mixtion des essences subtiles (Panchi Karana) :
2. SECTION DES MANTRAS 1. La création tout entière est une émanation de Brahman, grâce au processus de quintuple mixtion des essences subtiles (Panchi Karana).
2. La moitié prédominante d'un élément, comme la terre, etc., est constituée de lui-même, l'autre moitié contenant en égale proportion les quatre autres éléments. 3. La part prédominante et les constituants secondaires sont en relation d'interdépendance. De cette manière, un élément est associé à sa part secondaire, qui est constituée de quatre portions moindres, et les cinq éléments sont tous étroitement mêlés. 4. La Totalité universelle (Vishva) englobe le mobile et l'immobile. Cette terre (Bhumi) est constituée des cinq éléments associés à la conscience. 5. C'est d'elle qu'ont surgi les plantes, dont proviennent la nourriture; et de la nourriture proviennent quatre sortes d'embryons (Pinda) (3), constitués de diverses substances organiques (Dhatus), à savoir le chyle, le sang, la chair, la graisse, l'os, la mœlle et la semence.
6. Selon certains, le corps se crée à partir de ces semences (sperme et ovule, shukla et shonita), qui sont dérivées des éléments. Selon d'autres, le corps se crée à partir de la nourriture, qu'il puise dans la sphère du nombril (Nabhi mandala). 7. Au centre du corps se trouve le cœur (Hridaya), semblable au lotus sur sa tige, où résident les déités telles que Kartritva, la pulsion active, Ahamkara, le moi, et Chaitanya, la conscience, qui jouissent d'une prédominance du Guna Sattva (4).
8. La semence (Bija) de ce corps, c'est le Guna Tamas (5), qui prend la forme d'une illusion épaisse et insensible, localisée dans la région de la gorge, siège du mental, pour qui le monde est un mélange [de conscience et d'ignorance].
9. L'Atman, qui est le résident interne, possède la nature de la félicité (Ananda) et se trouve au sommet de la tête, en état de transcendance suprême. Il est doté d'un pouvoir (Shakti) infini, qui se déploie dans la création du monde. 10. L'état de veille (Jagrat) se trouve présent partout, et l'état de rêve (Svapna) se trouve présent dans l'état de veille. Mais les états de sommeil profond (Sushupta) et de transcendance (Turiya) sont indépendants des deux autres états de conscience. 11. De même que tous les goûts résident dans le fruit concret, de même l'état transcendant, de la nature même de Shiva, est omni-pénétrant. De même, des fourreaux subtils résident dans le corps physique, qui lui est constitué de nourriture. 12. L'âme incarnée est semblable à ces fourreaux, de même que Shiva est semblable à l'âme incarnée. L'âme individuelle incarnée est soumise au changement (Savikāra), tandis que Shiva est exempt de changement (Nirvikāra). Les fourreaux intérieurs consistent uniquement en changements, lesquels déterminent les divers états de conscience. 13. De même que de l'écume se produit lorsqu'on brasse un liquide, de nombreuses constructions mentales (Vikalpas) sont produites lorsque s'agite le mental. 14. L'être qui agit est lié par ses actes, aussi le renoncement aux actes apporte-t-il la paix. Lorsqu'elle parvient au sentier du sud*, l'âme en incarnation se laisse entraîner dans les méandres du monde manifesté.
15. En vérité, c'est à cause du sens de l'ego que SadaShiva (6) devient une âme individuelle. Et c'est à cause de son absence de discrimination (Aviveka) et de son contact avec la matière (Prakriti) que l'âme individuelle s'égare.
16. Après être passée par d'innombrables matrices en raison de ses imprégnations karmiques (Vasanas), l'âme individuelle est prise au piège de ce corps et y vit à l'écart de la libération, tout comme le poisson est piégé entre les deux berges de la rivière. 17. Chemin faisant, l'âme individuelle acquiert connaissance de soi et discernement, jusqu'à ce qu'elle se tourne vers le sentier du nord [la voie spirituelle*], qui comporte diverses étapes.
18. Par la pratique assidue du yoga, on fait remonter son propre souffle vital jusqu'au sommet de la tête, et on l'y maintient de façon stable. C'est ainsi que s'acquiert la Sagesse (Jnana), grâce au yoga. Cela s'appelle le Jnana Yoga. 19. Parce qu'il a acquis cette sagesse grâce au yoga, le yogi ne connaît plus la souffrance. Ainsi, s'il voit Shiva à travers tous les changements, il sait qu'en réalité ces changements ne se trouvent pas en Shiva. 20. Il faut méditer avec une attention sans faille sur ce que révèle la pratique du yoga. En l'absence de cette dévotion totale, le yoga et la sagesse demeureraient futiles, et le yogi ne parviendrait pas à la libération. 21. En conséquence, c'est par une pratique assidue que le yogi peut mettre son mental et son souffle vital sous contrôle. De cette façon, il tranche [les pièges de l'ignorance] avec ce poignard à la lame acérée [qu'est la sagesse yoguique]. 22. Le contrôle du souffle (Pranayama) est la couronne des huit membres du yoga, lequel se divise en deux types : le yoga de la connaissance (Jnana Yoga) et le yoga des œuvres (Karma Yoga). 23. Ô toi, le meilleur des brahmanes, écoute bien ce qu'est le Kriya Yoga (7).
24. Lorsque la conscience (Chitta) est affermie, on peut l'amener à se concentrer sur un objet particulier. Ô illustre deux-fois né, sache-le, la concentration sur un objet de prédilection présente deux aspects. 25. Le Karma Yoga signifie accomplir une action en suivant les injonctions de la tradition. Ce qui implique de fixer le mental de façon régulière et prolongée. 26. Tandis que maintenir continuellement sa conscience concentrée sur un objet de prédilection, c'est là le Jnana Yoga, réputé bénéfique car il amène tous les accomplissements. 27. Quiconque peut maintenir sans défaillance son mental focalisé par l'une ou l'autre de ces deux méthodes, parviendra assurément à l'objectif supérieur, à savoir la libération suprême. 28. La tradition enseigne que la restriction (Yama) consiste à être entièrement détaché du corps et des sens, et l'injonction (Niyama) à être entièrement attaché à l'Être suprême. 29. Le mot Asana (posture) signifie exercer un souverain détachement à l'égard de tous les objets matériels. 30. La maîtrise parfaite du souffle (Prana samyama) consiste à réaliser que ce monde en sa totalité n'est qu'une illusion. Le retrait des sens (Pratyahara) consiste à intérioriser son esprit, ô le meilleur de tous. 31. De l'avis des connaisseurs, l'immobilisation de la conscience et la capacité de maintenir longtemps cet état, c'est ce qu'on nomme la concentration exclusive (Dharana). “Je suis la pure conscience (8), et uniquement elle”, c'est ce type de réflexion que l'on appelle la contemplation (Dhyana).
32. Lorsqu'on est en contemplation et, simultanément, dans un total oubli de soi, c'est ce qu'on appelle l'absorption unitive (Samadhi). 33. Les dix restrictions (Yamas) sont : la non-violence (Ahimsa), la sincérité (Satya), l'abstention de vol (Asteya), la continence (Brahmacharya), la compassion (Daya), la droiture (Arjava), l'indulgence (Kshama), la fermeté d'âme (Dhriti), la sobriété alimentaire (Mitahara) et la pureté (Shaucha). 34. Les dix injonctions (Niyamas) sont : l'ascèse (Tapas), le contentement (Santosha), la piété (Astikya), la charité (Dana), la dévotion à Hari (9) (Aradhana), l'étude de la doctrine du Védanta (Vedanta shravana), la modestie (Hri), la détermination (Mati), la litanie de mantras ou de prières (Japa) et la prise de vœux (Vrata).
35. Ô deux-fois né, les postures sont des composants essentiels du yoga, elles évoquent le signe de bonne augure (Svastika) ou d'autres images, et vont être décrites ci-après. Si tu places les plantes des pieds sur les genoux opposés, c'est la posture Svastika. 36. Si tu maintiens ton pied droit du côté gauche, et ton pied gauche du côté droit, ce qui évoque une gueule de vache (Gomukha), c'est la posture Gomukha. 37. Si tu restes posément assis avec un pied sur la cuisse opposée (et l'autre pied sous la cuisse correspondante), c'est la posture du héros (Virasana), qui supprime tous les actes négatifs. 38. Si tu appuies tes deux talons retournés contre l'anus et demeures ainsi sans bouger, cela s'appelle la posture du yoga (Yogasana), selon les connaisseurs. 39. Si tu places les plantes des pieds sur les cuisses [opposées], c'est la posture du lotus (Padmasana), qui élimine tous les poisons et supprime toutes les maladies. 40. Après avoir adopté la posture du lotus, si tu saisis les gros orteils avec les mains croisées, c'est alors la posture du lotus lié (Baddhapadmasana). 41. Après avoir adopté la posture du lotus, si tu glisses les mains entre les cuisses et les mollets et poses les paumes au sol pour ensuite remonter le corps en l'air, c'est la posture du coq (Kukkutasana). 42. Après avoir adopté la posture du coq, si tu reposes tes épaules sur tes mains et demeures touchant le sol comme une tortue, c'est la posture de la tortue déployée (Uttanakurmasana). 43. Si tu saisis tes orteils de tes mains et les fais remonter vers les oreilles, comme si tu bandais un arc, c'est la posture de l'arc (Dhanurasana). 44. Si tu comprimes ton périnée avec tes deux talons retournés, et étends tes mains sur tes genoux, c'est la posture du lion (Simhasana). 45. Si tu places tes chevilles sous les testicules, de part et d'autre du périnée, et maintiens les pieds avec tes mains, c'est la posture propice (Bhadrasana). 46. Si tu appuies sur les deux côtés du périnée avec les talons opposés, c'est la posture du libéré (Muktasana). 47. Si tu appuies fermement tes paumes sur le sol et replies tes coudes pour qu'ils aillent s'appuyer de part et d'autre du nombril, puis élèves ta tête et tes jambes au-dessus du sol, à l'image d'un paon, c'est la posture du paon (Mayurasana). 48. Si tu places ton pied droit à la base de ta cuisse gauche, puis saisis ta jambe droite de ta main gauche [en la faisant passer par-dessus le genou droit, tandis que la main droite contourne le dos], c'est la posture dite de l'autel du poisson (Matsya Pitha). 49. Si tu presses le talon gauche contre le périnée et poses le pied droit sur les organes sexuels, en maintenant le corps bien érigé et stable, c'est la posture du parfait (Siddhasana). 50. Si tu étends les jambes au sol et, saisissant fermement tes gros orteils de tes mains, abaisses ton front sur tes genoux, c'est la posture de l'étirement du dos (Pascimatana). 51. Adopte une posture qui te soit confortable et que tu maintiennes aisément. C'est la posture d'aisance (Sukhasana), que même une personne faible peut exécuter. 52. Quiconque est parvenu à la perfection dans ces postures, est aussi parvenu à la maîtrise sur les trois mondes. 53. Après avoir acquis une pratique approfondie des restrictions, des injonctions et des postures, on entreprendra alors la pratique du contrôle du souffle, suivie de la purification des artères subtiles (Nadi shuddhi). 54. La hauteur de notre corps mesure (en moyenne) quatre-vingt-seize pouces, en se basant sur la taille réelle de notre pouce. Le souffle vital s'étend sur environ douze pouces au-delà du corps physique*.
55. Celui qui, par la pratique du yoga, peut réduire ou équilibrer l'air corporel au moyen du feu corporel, parvient à la connaissance de Brahman. 56-57. Le centre de feu (11) se trouve au centre du corps, il a l'aspect de l'or en fusion et illumine comme une lampe. Il est de forme triangulaire chez les bipèdes, rectangulaire chez les quadrupèdes, circulaire chez les oiseaux, hexagonale chez les serpents et les créatures rampantes, et octogonale chez les insectes (Svedajas, les créatures nées de la sueur).
58. Le bulbe de nadis (12) se trouve neuf pouces sous le milieu du corps, et fait quatre pouces de haut comme de large.
59. Il est de forme ovale chez les animaux et les humains, situé au milieu du ventre, dont le centre est indiqué par l'emplacement du nombril. 60. C'est là que se trouve un chakra à douze rayons, orné de représentations de Vishnu et des autres dieux; c'est là que Je réside [c'est Aditya qui parle] et c'est Moi qui fais tournoyer cette roue grâce au pouvoir de Ma propre Maya. 61. Ô le plus illustre de tous les brahmanes ! Tout comme l'araignée se déplace sur la toile qu'elle a elle-même tissée, l'âme individuelle, elle aussi, déambule parmi ces rayons, l'un après l'autre, en empruntant le véhicule du souffle vital, sans lequel elle ne saurait exister. 62. Au-dessus de ce bulbe de nadis se trouve le siège de l'énergie sacrée, Kundalini, qui dessine une ligne horizontale débordant au-dessus et en dessous du nombril. 63-64. Kundalini a la forme des huit Prakritis (13), et dessine huit anneaux. Elle encercle en permanence le bulbe de nadis et, de plus, elle ferme la porte de Brahman (14) et distribue avec régularité et efficacité les flux d'air, d'eau et de nourriture.
65. À la faveur d'une pratique assidue du yoga, Kundalini, qui est étincelante et possède la forme d'un serpent, est attisée par l'action conjointe du souffle vital et du feu corporel, puis elle s'éveille et se dresse jusqu'à l'Akasha du cœur (Hridayakasha) (15).
66. On considère que le centre du corps humain* se trouve deux pouces au-dessus du souffle d'expulsion (l'Apana, siégeant dans le Muladhara chakra), et deux pouces en-dessous des organes génitaux. Chez les quadrupèdes, il se trouve au centre du cœur.
67. Chez toutes les autres créatures, on considère qu'il se situe au milieu de l'abdomen, avec la Sushumna nadi.*
68. La Sushumna nadi, aussi fine que la fibre d'une tige de lotus, s'élève bien droit et bien haut, depuis le centre du bulbe de nadis. 69. L'ouverture de Brahman (15) possède un éclat aussi resplendissant que l'éclair. C'est là que débouche cette artère subtile de Brahman, qui est aussi de Vishnu (cf. shloka 60)*, [ainsi nommée car] elle livre le passage vers l'émancipation finale (Nirvana).
70. À gauche et à droite de Sushumna, on trouve respectivement Ida et Pingala. Ida part du bulbe de nadis et se termine à la narine gauche. 71. Pingala part aussi du bulbe et se termine à la narine droite. On trouve deux autres artères subtiles, Gandhari et Hastijihva, qui longent Sushumna par devant et par derrière, respectivement, et se terminent l'une à l'œil gauche, l'autre à l'œil droit. 72. Encore deux artères subtiles partent du bulbe, Pusha et Yasashvini, et se terminent l'une à l'oreille gauche, l'autre à l'oreille droite. L'Alambusa nadi aboutit à l'anus. 73. L'artère subtile nommée Shubha va jusqu'au bout de l'organe sexuel. Quant à Kaushiki, elle part du bulbe pour aboutir aux gros orteils. 74. Voilà donc décrites les dix artères subtiles principales qui sortent du bulbe. 75. Mais très nombreuses sont les artères subtiles qui sortent du bulbe : il y en soixante-douze mille, plus ou moins grossières ou subtiles. 76. Il est difficile de fixer un chiffre précis au nombre d'artères subtiles, qui sont grossières au départ et se diversifient en différents types. En fait, les artères subtiles sont comme les nervures épaisses ou ténues qui tapissent la feuille du figuier. 77. Dix souffles différents circulent à travers les dix principales artères subtiles : Prana, Apana, Samana, Udana, Vyana, Naga, Kurma, Krikara, Devadatta et Dhananjaya (16).
78. Les cinq souffles mentionnés en premier sont les plus importants, et parmi eux Prana et Apana sont au premier plan. 79. Prana, le souffle d'inspiration, est de loin le plus important de tous, car c'est essentiellement lui qui soutient l'existence de l'âme incarnée. 80. Ô le plus illustre des deux-fois nés ! Le Prana circule par la bouche, le nez, le cœur, la région ombilicale et les gros orteils. 81. Ô brahmane ! Apana, le souffle d'expiration, circule par l'anus, les parties génitales, les cuisses et les genoux. 82. Samana, le souffle d'assimilation, envahit le corps de part en part. Udana, le souffle de cohésion, se trouve dans toutes les jointures, incluant notamment celles des mains et des pieds. 83. Vyana, le souffle de distribution, circule par les oreilles, les cuisses, la taille, les chevilles, les épaules et la gorge. Quant aux cinq souffles secondaires, tels Naga, etc., ils circulents par la peau, les os, etc. 84. Lorsqu'il se concentre dans la région de l'estomac, Prana, le souffle d'inspiration, décompose et assimile la nourriture, l'eau, les sécrétions, etc. Lorsqu'il circule dans le haut du corps, il est l'agent de tous les mouvements. 85. Apana gouverne l'excrétion de l'urine et des fèces. 86. Vyana, le souffle de distribution, gouverne toutes les activités qui impliquent des mouvements de Prana et Apana. Quant à Udana, le souffle de cohésion, il intègre dans le corps entier les matières digérées. 87. Samana, le souffle d'assimilation, réapprovisionne en permanence le corps entier. Naga accomplit une fonction de dégagement, telle l'éructation, tandis que Kurma cause le cillement des paupières. 88. Krikara cause des scintillements*, Devadatta cause l'endormissement, et Dhananjaya est l'ornement des corps morts.
89. Ô le plus illustre des deux-fois nés ! Après avoir acquis la connaissance des nombreuses artères subtiles, des divers souffles, de leur localisation et de leur fonction, il faut alors procéder à la purification des artères subtiles. 90. Choisis un lieu retiré et salubre, et quitte toutes tes relations, familiales et sociales. Munis-toi de l'ensemble complet des objets nécessaires au yoga et aux oblations, et garde-les sur place. Confectionne-toi un siège au moyen d'une gerbe d'herbes Kusha, que tu recouvriras d'une peau d'antilope noire. 91. Ce siège sera en largeur le double de sa hauteur, pour une bonne assise. Assieds-toi dessus, adoptant une posture confortable, telle que Svastika. 92. Ô brahmane ! Tout d'abord, maintiens une posture bien droite et un esprit bien posé. Puis fixe ton regard à la pointe du nez, et garde les mâchoires souples (les rangées de dents ne se touchant pas). 93. Pose ta langue sur le palais, et libère ton esprit de toute préoccupation, afin qu'il soit bien posé. Incline légèrement ta tête, et exécute un mudra (17), en prenant soin de placer tes mains comme prescrit. Tu pratiqueras ainsi le contrôle du souffle.
94. Exhaler l'air impur, inhaler de l'air pur, se purifier par rétention de cet air, puis l'exhaler totalement – ces quatre actes constituent ce qu'on appelle contrôle du souffle. 95. Ferme ta narine gauche au moyen de ta main droite, et exhale petit à petit par la narine droite le souffle qui circule dans Pingala. 96. Ô brahmane ! Inhale ensuite par la narine gauche durant seize unités (Matras). Retiens ton souffle durant soixante-quatre unités. Puis exhale durant trente-deux unités par la narine droite. 97. Cet exercice doit être répété en alternant les narines (c.-à-d. dans cet ordre puis dans l'ordre inverse), mais en retenant toujours l'air dans le corps, à la façon d'une jarre (emplie puis vidée). 98. Et cela jusqu'à ce que les artères subtiles soient rassasiées d'air. Ô brahmane ! Grâce à cette pratique, les dix souffles parviendront à une pleine mobilité. 99. C'est aussi le lotus du cœur qui se déploiera et augmentera de taille. C'est en lui que l'on peut percevoir l'Atman transcendant, l'immaculé Vasudeva (18).
100. Il faut arriver graduellement à une pratique de quatre-vingt cycles de rétention (Kumbhaka) quatre fois par jour, matin, midi, soir et minuit. 101. Il suffit de pratiquer un seul jour pour se débarrasser de toutes ses impuretés. 102. Après avoir pratiqué avec ferveur le contrôle du souffle durant trois années, on deviendra un yogi accompli, qui s'est rendu maître de ses souffles vitaux et de ses sens. 103. Les besoins de nourriture et de sommeil auront diminué, le corps dégagera éclat lumineux et puissance. Le yogi aura vaincu tous les risques de mort prématurée, et sera assuré d'une longue vie. 104. La pratique du contrôle du souffle qui entraîne une suée est de type inférieure, celle qui entraîne des tremblements est de type intermédiaire. La pratique supérieure et celle qui entraîne la lévitation du corps. 105. Le contrôle du souffle de type inférieur guérit les maladies du corps et les perturbations mentales. De type intermédiaire, il supprime les impuretés tenaces et les affections chroniques. 106. Avec la pratique de type supérieur, le yogi bénéficie d'une diminution des urines et des fèces, d'une légèreté de tous ses membres, de besoins de nourriture réduits, d'une grande clarté des sens, et d'une grande vivacité mentale. Se tournant vers l'Atman, il acquiert la connaissance du passé, du présent et du futur. 107. Pour celui qui, trois fois par jour, pratique la seule rétention du souffle, sans l'exhaler ni l'inhaler, plus rien ne présente de difficultés. 108. C'est dans le bulbe du nombril (cf. n. 12, shloka 2-58), à la pointe du nez et dans les gros orteils qu'il faut précautionneusement retenir le souffle, et cela régulièrement, matin et soir. 109. Celui qui retient son souffle dans le bulbe du nombril se débarrasse de toutes les affections de l'abdomen. Lorsqu'on le retient à la pointe du nez, on éprouve une légèreté du corps entier et acquiert une grande longévité. 110. À l'heure de Brahma (19), il faut boire l'air par la langue. En pratiquant cet exercice durant trois mois, on acquiert une parfaite maîtrise du langage. Après six mois, on a surmonté toute maladie grave (20).
111. Le fait de diriger son souffle vital vers une partie du corps malade entraîne la guérison de cette partie et la suppression de cette maladie.*
112. La concentration du mental (Dharana) contribue à la purification et à la maîtrise du souffle. Ô le meilleur des deux-fois nés ! C'est ainsi que le mental parvient à demeurer fermement établi. 113. Rétracte tes sens de tous les objets, et ainsi tu pacifieras ton mental. Puis fais remonter l'Apana et maintiens-le dans l'abdomen. 114. Bouche soigneusement tes oreilles et tes autres organes sensoriels avec tes doigts, et ainsi tu pourras contrôler ton mental. Et lorsque le mental est tenu sous contrôle, le souffle vital l'est également. 115. Le flot du souffle doit passer alternativement par les deux narines. 116. Il y a trois nadis ...*. Seuls les yogis peuvent faire pénétrer le souffle vital par le passage de Sankhini nadi**. Pour les autres humains, le souffle vital accomplit sa course en pénétrant par les deux narines, alternativement et sur une durée égale.
117. Sachant diriger le cours du souffle de la manière ci-dessus indiquée, on doit augmenter peu à peu son contrôle sur lui, gagnant ainsi de l'aplomb. Il faut alors se tourner vers le plan intérieur, après avoir acquis la connaissance des divisions du temps, sous ses formes de jour, nuit, quinzaine, mois et ayanas (21).
118. On peut savoir que sa mort est imminente grâce aux signes avant-coureurs que sont les élancements dans les gros orteils, ainsi que dans les autres membres, et la disparition de son ombre. Le yogi avisé doit alors se consacrer à la réalisation de l'émancipation absolue (Kaivalya). 119. Celui qui constate la disparition de cette sensation d'élancements dans les gros orteils et les pouces, rencontrera la mort d'ici un an. 120. Celui qui ne ressent plus aucune sensation dans les poignets et les chevilles mourra dans les six mois. Quand il n'y a plus de sensation dans les coudes, on n'a plus que trois mois à vivre. 121. Quand on ressent une perte de sensations aux aisselles et sur les côtés des organes génitaux, on n'a plus qu'un mois à vivre. On n'a plus que quinze jours à vivre dès lors que l'on visualise l'essence spirituelle (Sattva). 122. Si c'est dans l'abdomen que se perdent les sensations, on n'a plus que dix jours à vivre. Et seulement cinq jours, si on ne voit plus qu'une lumière aussi faible que celle du ver luisant. 123. Si on ne peut plus voir la pointe de sa langue, on n'a plus que trois jours à vivre. Et on mourra certainement dans les deux jours qui suivent si l'on voit un feu qui fait rage. 124. Tels sont les signes annonciateurs d'une mort imminente et, si on les perçoit, on doit se consacrer à sa libération, en recourant à la litanie mantrique (Japa) et à la méditation. C'est en méditant sur Sa forme que l'on fusionne avec l'Âme suprême (Paramatman). 125. Immobiliser son souffle sur l'un des dix-huit points vitaux (cf. shloka suivant) puis l'orienter sur un autre point après avoir retiré le souffle du premier endroit, c'est ce qu'on appelle l'intériorisation des sens (Pratyahara). 126-128. Ô deux-fois né ! Les points vitaux sont : les gros orteils, les chevilles, le milieu des mollets et des cuisses, ainsi que leur base*, l'anus, le cœur, l'organe sexuel, le centre du corps, le nombril, la gorge, le coude, la racine du palais, la racine du nez, les globes oculaires, le centre inter-sourcilier, le front et sa base, la partie supérieure des genoux, la base des mains (22).
129. Le corps est constitué des cinq éléments. On doit concentrer son mental sur ces cinq éléments, tout en pratiquant les restrictions, etc. C'est ce qu'on appelle la concentration (Dharana), qui assure une navigation sans heurts sur l'océan de la vie. 130. On considère que l'élément terre (Prithivi) est localisé des genoux aux pieds. 131. Il est jaune, quadrangulaire, et son emblème est le foudre d'Indra. On doit méditer sur Prithivi en fixant son souffle dans la région correspondante durant cinq ghatikas [soit env. 2 heures et demi]. 132. La localisation de l'élément eau (Apas) s'étend des genoux à la taille. 133. Il est blanc, de la forme d'un croissant, et son emblème est l'argent. On doit méditer sur Apas en fixant son souffle dans la région correspondante durant dix nadikas* [soit env. 5 heures].
134. Le siège du feu (Agni) s'étend, dit-on, du centre du corps jusqu'à la taille. 135. On doit visualiser un feu très vif, aussi rouge que l'orpiment, durant quinze ghatikas [soit env. 7 heures et demi], tout en fixant son souffle dans la région correspondante. 136. La localisation de l'élément air (Vayu) s'étend, dit-on, du nombril jusqu'au nez. 137. On doit visualiser la puissance de l'élément air, qui est de couleur fumée et a la forme d'un autel, tout en fixant son souffle dans la région correspondante, durant vingt ghatikas [soit env. 10 heures]. 138. La localisation de l'élément éther (Vyoma) s'étend, dit-on, du nez jusqu'à l'ouverture de Brahman, et il est aussi brillant que du collyre. On doit méditer dessus tout en y fixant son souffle grâce à la pratique de la rétention (Kumbhaka). 139. Le yogi doit méditer sur Narayana au diadème, qui est également connu comme Aniruddha (23) aux quatre mains, comme résidant en son propre corps, dans la région (corporelle) de la terre, afin de se libérer de tous les pièges de la vie dans le monde.
140-141. Le yogi avisé devrait toujours méditer sur Narayana dans la région de l'eau, sur Pradyumna (24) dans la région du feu, sur Sankarshana dans la région de l'air et sur le suprême Vasudeva dans la région de l'éther. C'est ainsi que le succès viendra, sans aucun doute et sans tarder.
142-144. Il faut adopter la posture du yoga (Yogasana), indiquée précédemment (cf. shloka 38), en joignant les mains devant le cœur, comme pour saluer, en fixant son regard à la pointe du nez, la langue appuyant contre le palais et les rangées de dents ne se touchant pas, le corps bien érigé et l'esprit profondément concentré. On rétracte tous ses sens et concentre son esprit sur l'Atman. On médite ainsi sur Vasudeva en tant que Paramatman, l'Âme suprême et transcendante. Une telle méditation sur la forme originelle (Svarupa) et transcendante de Vasudeva confère le pouvoir de réaliser l'émancipation absolue (Kaivalya)*.
145. Un yogi qui médite ainsi sur Vasudeva en tant que le Soi suprême, tout en pratiquant la rétention du souffle, même si ce n'est que pour une durée d'un yama [soit 3 heures], se voit purifié de tous les actes négatifs commis en sept vies. 146. L'état de veille (Jagrat) se localise dans la région qui part du bulbe du nombril (Nabhikandha) et va jusqu'au cœur; l'état de rêve (Svapna) se localise dans la région de la gorge. 147. L'état de sommeil profond (Sushupta) se localise dans la région du palais, et l'état transcendant (Turiya) dans le centre inter-sourcilier. ParaBrahman, l'Esprit suprême, transcende même l'état de Turiya, et c'est au niveau de l'ouverture de Brahman qu'il faut méditer sur Lui. 148. De l'état de veille à l'ouverture de Brahman et à l'état de Turiya : l'Atman circule entre ces quatre états. L'état de Vishnu (ou Vasudeva), quant à lui, transcende même l'état de Turiya. 149. Il faut s'atteler à la pratique de la méditation profonde (Dhyana) sur l'espace qui est éternellement pur. 150. [Pour cela] il faut méditer sur Vishnu le Multiforme (Vishvarupa), en tant que l'À-jamais-resplendissant, le Très-Haut, comparable à d'innombrables soleils éclatants, et siégeant dans le lotus du cœur. 151. Doté de myriades de formes*, comme de visages et de mains, Il s'est orné d'une grande variété d'armes.
152. Il présente une multitude de couleurs, ce dieu aussi féroce que paisible, qui brandit ses armes, qui est doté de nombreux yeux, et dont la splendeur est comparable à d'innombrables soleils. 153. Le yogi qui médite de cette façon constatera la cessation de ses modifications mentales (Vrittis). 154-155. Le yogi doit méditer sur cet Esprit suprême (Chaitanya), sur cette lumière éblouissante et inaltérable qui trône au centre du lotus du cœur, qui se déploie telle une fleur de Kadambha (25), qui est la vérité absolue, par-delà l'état transcendantal (Turiyatita), qui est un soleil infini et omniprésent, de la forme de la félicité et saturé de conscience (Chinmaya).
156. S'il médite sur cet Esprit aussi paisible qu'une flamme dans un lieu abrité du vent, scintillant tel un pur joyau, le yogi parviendra bientôt à la libération. 157-158. Si, durant sa méditation, le yogi perçoit dans le lotus de son cœur la forme toute-lumineuse de la Divinité, que ce soit sous sa forme macrocosmique ou microcosmique, il est sur le point d'acquérir les pouvoirs surnaturels, tels la vision atomique, etc. (26).
159. “Je suis le Brahman transcendant”, “Je suis Brahman” - c'est en cette conviction que s'établissent fermement l'âme individuelle ou l'Âme suprême, mais aussi l'une et l'autre réunies. 160. C'est là l'état d'absorption extatique (Samadhi), connu pour être libre de toute idéation (Vritti) comme de tout changement. Le yogi est parvenu à l'union à Brahman, et il ne sera plus jamais assujetti au cycle des naissances et des morts. 161. Une fois qu'il a réalisé la nature des éléments primordiaux (Tattvas), le yogi dont la conscience est sans désirs parvient à une extinction spontanée de celle-ci, de même que le feu s'éteint faute de combustible. 162. Il n'y a plus rien à saisir pour le mental ni pour l'énergie vitale; l'âme individuelle entre en possession de la sagesse ultime et se dissout dans la pure Conscience lumineuse (Sattva), ainsi qu'une pincée de sel dans l'eau. 163. Cet univers tissé d'innombrables illusions s'est révélé n'être qu'un rêve. Transcendant alors l'état de sommeil profond et s'établissant fermement en son être authentique (Svabhava), le yogi fait l'expérience de la félicité ultime (Nirvana), avant de parvenir à l'émancipation absolue (Kaivalya). Ainsi s'achève l'Upanishad.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. Om ! Que la Paix soit en moi !
Ici se termine la Trisikhi-Brahmanopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.
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