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Bhikshuka Upanishad

Upanishad du Moine mendiant


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Prof. A. A. Ramanathan
Publiée par The Theosophical Publishing House, Madras

Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

1. Les moines mendiants qui sont en quête de la libération sont de quatre sortes : les Kutichakas, les Bahudakas, les Hamsas (Cygnes) et les Paramahamsas (Cygnes suprêmes).

2. Les Kutichakas, les ascètes vivant dans des huttes, tels les sages des temps jadis comme Gautama, Bharadvaja, Yajnavalkya et Vasistha, subsistent en se contentant de huit bouchées de nourriture par jour, et ils ne recherchent que la libération et elle seule, en suivant le sentier du yoga.

3. Viennent ensuite les Bahudakas, les ascètes vivant dans les lieux saints situés près des eaux sacrées, qui portent un trident, un bol à eau, la touffe sacrée, le cordon sacré, et le vêtement couleur d'ocre. Évitant le vin et la viande, ils subsistent en se contentant de huit bouchées quotidiennes de nourriture qu'ils ont mendiée aux habitations des brahmanes, et ils ne recherchent que la libération et elle seule, en suivant le sentier du yoga.

4. Puis viennent les Cygnes, les ascètes Hamsas (1), qui s'abritent pour une nuit dans un village, pour cinq nuits dans une ville et pour sept nuits ou plus dans un lieu saint. Ils subsistent en se nourrissant d'urine de vache (?!! - c'est à dire – du moins, espérons-le ! – d'herbe, telle qu'elle pousse n'importe où, jusque sous le sabot des vaches - NdT) et des autres produits dérivés de la vache; ils restent définitivement tenus par leur vœu de chandrayana (2), et ils ne recherchent que la libération et elle seule, en suivant le sentier du yoga.

1 Hamsa : « l'oiseau migrateur » - l'oie sauvage, ou le cygne. Ce dernier est la monture (vahana) de Brahma. Le cygne est le symbole de l'âme individuelle tout comme de l'Âme suprême, adopté comme emblème par : a) une catégorie de renonçants, devenus adeptes (paramahamsa) – planant haut au-dessus du monde ordinaire, se dirigeant droit vers le but; b) le yogi pratiquant la discrimination, qui – tel le cygne, capable d'extraire le lait de l'eau - peut voir le Divin et abandonner le reste.
2 Chandrayana Vrata : « vœu de restrictions lunaires » - Observance stricte, selon laquelle on restreint sa consommation de nourriture au fur et à mesure du cycle lunaire: on commence le jour de pleine lune, qui autorise à ingérer 15 bouchées de nourriture dans la journée, puis on diminue d'une bouchée par jour, jusqu'à arriver à un jeûne complet le jour de la pleine lune; puis on inverse le cycle, augmentant d'une bouchée par jour, jusqu'à la prochaine pleine lune, où l'on a de nouveau atteint la quantité maximale de 15 bouchées par jour. Ce vœu est en général tenu à vie.

5. Enfin, il y a les Cygnes suprêmes, les ascètes ParamaHamsas (1), tels les sages des temps jadis comme Samvartaka, Aruni, Svetaketu, Jadabharata, Dattatreya, Suka, Vamadeva et Harita, qui subsistent en se contentant de huit bouchées quotidiennes de nourriture, et ne recherchent que la libération et elle seule, en suivant le sentier du yoga. Ils trouvent abri à l'ombre des arbres, dans les maisons abandonnées et dans les cimetières. Ils peuvent porter un vêtement ou aller nus. Ils n'observent ni le Dharma, ni l'Adharma (2). Ils sont tout à fait indifférents à tout gain ou toute perte, en quoi que ce soit. Ils rejettent les doctrines du Visishtadvaita (3), du Suddha Dvaita (dualisme pur, de Madhvacharya) et de l'Asuddha Dvaita (dualisme conditionnel). Mettant sur le même plan un caillou, une gemme ou de l'or, ils reçoivent leurs aumônes de personnes de toutes castes, car ils ne voient que l'Atman partout. Dénudés, non affectés par les paires d'opposés, tels chaleur et froid, etc., refusant toute offrande, l'esprit absorbé uniquement par leur méditation, établis en l'Atman et uniquement en Lui, recevant leurs aumônes au moment prescrit et uniquement le minimum pour subvenir aux besoins vitaux, s'abritant pour la nuit dans une maison abandonnée, un temple, une meule de foin, une termitière, l'abri d'un arbre, la hutte d'un potier, contre une niche abritant une flamme sacrée, la berge sablonneuse d'un cours d'eau, un taillis de fourrés ou une grotte, un arbre creux, le voisinage d'une cascade, ou un bout de sol nettoyé de son bois mort, ils sont bien engagés sur le sentier qui mène à la réalisation de Brahman; avec une très grande pureté d'esprit, ils abandonnent leur corps en un acte de renoncement qui les constitue Cygnes suprêmes, ParamaHamsas. Oui, ils sont indéniablement des Cygnes suprêmes, les ascètes ParamaHamsas qui sont totalement absorbés en Brahman !

1 ParamaHamsa : « Cygne suprême » - épithète attribuée aux divinités majeures, mais aussi à de grands sages, ou à tout être ayant atteint à la plus haute réalisation spirituelle. Dans le contexte des Upanishads et des enseignements postérieurs de l'Advaita Vedanta, ce terme désigne l'Atman, le Brahman, et le Soi pleinement réalisé. L'image du cygne (ou oie sauvage, Anser Indicus) fut choisie du fait que cet oiseau a la capacité de séparer le lait de l'eau, ce qui en fait un symbole tout trouvé de celui qui a séparé l'irréel du Réel, l'obscurité de la Lumière, et la mortalité de l'Immortalité, s'étant dans sa propre personne séparé de tout ce qui n'est pas la Divinité suprême, et ayant totalement fusionné avec elle, devenant ainsi une incarnation vivante de la Divinité manifestée au sein de l'humanité.
2 Dharma : Dérivé de la racine « dhri » = porter, soutenir, maintenir, dharma signifie religion, loi, mérite moral, rectitude, bonnes œuvres, code de conduite; ce qui est conforme à l’ordre, à la loi, au devoir, à la justice, dans leur plus haute acception. Cette notion, très large et complexe, est fondamentale à la pensée hindoue.
Dans le langage courant, dharma signifie droiture, vertu et religion, se résumant en la voie qui sera propice à l'évolution spirituelle maximale dans cette incarnation; c'est l'un des 4 buts de la vie humaine, les 3 autres buts étant Kama (les plaisirs des sens), Artha (l'acquisition de biens  matériels) et Moksha (la libération), ce dernier étant considéré comme le plus noble, mais impliquant l'accomplissement préalable de dharma.
Adharma : (opposé ou négatif de dharma) – Pensées, paroles ou actes qui transgressent la Loi divine. L'iniquité, l'irreligion, le démérite. L'échec dans l'accomplissement de son devoir, l'illégalité, l'amoralisme.
3 Visishtadvaita : Philosophie du non-dualisme conditionnel, formulé par Sri Ramanuja au XIème siècle ap. J.-C.

Ainsi s'achève l'Upanishad.

 

Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

Ici se termine la Bhikshukopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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