
UPANISHADS GÉNÉRALES
Muktika Upanishad
L'Upanishad qui accorde la Libération
Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Dr. A. G. Krishna Warrier
Publiée par The Theosophical Publishing House, Madras
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
I-i-1-6. Dans la belle cité d'Ayodhya, au centre d'un pavillon orné de gemmes, en compagnie de Sita, Bharata, Lakshmana et Satrughna, trônait Rama, glorifié jour et nuit par des sages tels que Sanaka, Vasistha et Suka, ainsi que par d'autres adorateurs, et il était le témoin immuable des milliers de modifications de l'intellect, se délectant de la contemplation de Sa propre forme. A la fin de cette communion extatique (samadhi)), Hanuman lui demanda avec dévotion: ‘Ô Rama, Tu es l'Être suprême, Ta nature est Existence-Conscience-Félicité (Sat-Chit-Ananda). Je désire sincèrement connaître Ta nature, en vue de ma libération. Je t'en prie, dis-moi comment je puis me libérer de ma servitude, sans difficultés éprouvantes.
I-i-7-14. Rama: Bonne question ! Je vais te le dire. Je suis une autorité reconnue du Védanta.
Hanuman: Qu'est-ce que le Védanta, et où le trouver ?
Rama: Les Védas, dans toute leur vaste amplitude, sont Mon propre souffle, le Védanta y a puisé ses origines, telle l'huile extraite du sésame.
Hanuman: Combien y a-t-il de Védas, et combien de sections comportent-ils ? Parmi celles-ci, que représentent les Upanishads ?
Rama: Les Védas sont au nombre de quatre, et ils comprennent de nombreuses sections, parmi lesquelles figurent les Upanishads. Le Rig-Véda a 21 sections et le Yajur en a 109. Le Sama en a 1000 et l'Atharva 50. Chaque section possède son Upanishad. Ne serait-ce que par la lecture d'un seul de leurs versets, faite avec dévotion, on obtient l'état d'union avec Moi, difficile à atteindre même pour les sages.
I-i-15-17. Hanuman: Rama, les sages tiennent des discours différents: selon certains, il n'existe qu'une forme de libération. Selon d'autres, on peut l'atteindre par la simple adoration de Ton nom, ainsi que par la récitation du mantra Taraka à Kashi (l'ancienne Bénarès). D'autres encore indiquent le Samkhya Yoga et le Bhakti Yoga, l'enquête philosophique des Védanta Vakyas, etc.
I-i-18-23. Rama: La libération est de quatre sortes: Salokya, Sarupya, Samipya, Kaivalya. Mais la seule qui soit authentique, est Kaivalya (1). N'importe qui, même s'il mène une vie scandaleuse, atteint Salokya et non d'autres mondes, par la simple adoration de Mon nom. Mourir dans l'enceinte sacrée de Brahmanala à Kashi, permet d'obtenir le mantra Taraka (2) et de surcroît la libération sans renaissance. N'importe où ailleurs dans Kashi, Shiva-Maheshvara viendra prononcer le mantra Taraka dans l'oreille droite du moribond. Celui-ci pénètre en Sarupya, en Ma compagnie, à l'instant où ses péchés sont absous.
Le même monde est dénommé Salokya et Sarupya. Mais, s'il persévère dans sa conduite vertueuse, l'esprit fixé sur Moi, M'aimant en tant que le Soi de tous les êtres, le deux-fois né (3)entrera en contact plus étroit avec Moi – Ainsi sont dénommées les trois formes de libération: Salokya, Sarupya et Samipya.
1 Kaivalya: 1) état transcendant d'indépendance absolue; isolement, non-conditionnement, par détachement ou exclusion du non-Réel par l’âme; 2) délivrance, libération, union avec l’Être absolu (Brahman) que réalise le pur jnanin; béatitude suprême.
Salokya: le monde divin. - Samipya: le plan le plus proche de Salokya.- Sarupya: identité de forme avec le Divin.
2 Taraka Mantra: Mantra de la traversée, du passage de la vie à la mort. Ce mantra est réservé à ceux qui meurent à Bénarès, la ville sainte du dieu Shiva, et c'est le dieu lui-même qui vient le communiquer à l'oreille du mourant, lui assurant ainsi immortalité et libération instantanée dans la félicité éternelle.
3
le deux-fois né = celui qui appartient par naissance à la caste des brahmanes, et dont la seconde naissance est l'initiation qui l'instaure membre de la communauté spirituelle, symbolisée par le cordon sacré qu'il portera à sa poitrine jusqu'à sa crémation.
I-i-24-25. Par la méditation sur Ma forme éternelle selon les prescriptions du Maître, on réalisera sûrement son identité avec Moi, de même que les insectes se transforment en abeilles (1). Cela seul constitue la libération de l'identité (sayujya), qui produit la félicité de Brahman.
Ces quatre sortes de libération (mukti) seront toutes obtenues grâce à l'adoration de Ma personne.
1 Sic ! Étrange notion d'entomologie, de prime abord, savoureuse dans le contexte d'un texte écrit au plus tard au VIIe siècle pour fixer une tradition orale se perdant dans la nuit des temps. Mais l'idée sous-jacente est probablement que par la réalisation, l'insecte (banal, improductif) se transforme en abeille, produisant ce délicieux nectar qu'est le miel (de la félicité).
I-i-26-29. Mais par quels moyens obtient-on la libération du type Kaivalya ?
La Mandukya Upanishad est suffisante; si vous n'obtenez pas la connaissance par sa seule lecture, alors étudiez les dix premières Upanishads. La connaissance suivra très vite, et vous parviendrez à Mon royaume. Si par contre, à ce stade, votre connaissance vous paraît incertaine, étudiez les 32 premières Upanishads, puis arrêtez. Mais si vous désirez la libération hors du corps (1), lisez les 108 Upanishads. Écoutez quel en est l'ordre:
1 Videha Mukti : la libération désincarnée, où l'on perd conscience de son corps, qui peut être obtenue tout en restant vivant, ou post mortem ; s’oppose à jivan mukti, la libération où l'on garde conscience de son corps, ou obtenue de son vivant, ante mortem.
I-i-30-39.
1. Isha(vasya)
2. Kena
3. Katha
4. Prashna
5. Mundaka
6. Mandukya
7. Taittiri
8. Aitareya
9. Chandogya
10. Brihadaranyaka
11. Brahman
12. Kaivalya
13. Jabala
14. Svetasvatara
15. Hamsa
16. Aruni
17. Garbha
18. Narayana
19. ParamaHamsa
20. Amrita Bindu
21. Amrita Nada
22. Atharvashiras
23. Atharvashikha
24. Maitrayani
25. Kaushitaki Brahmana
26. Brihad Jabala
27. Nrisimha Tapini
28. Kalagni Rudra
29. Maitreya
30. Subala
31. Kshurika
32. Mantrika
33. Sarva Sara
34. Niralamba
35. Suka Rahasya
36. Vajra Suchika
37. Tejo Bindu
38. Nada Bindu
39. Dhyana Bindu
40. Brahma Vidya
41. Yoga Tattva
42. Atma Bodha
43. Narada Parivrajaka
44. Trisikhi
45. Sita
46. Yoga Chudamani
47. Nirvana
48. Mandala Brahmana
49. Dakshinamurti
50. Sarabha
51. Skanda
52. Tripadvibhuti-Mahanarayana
53. Advaya Taraka
54. Rama Rahasya
55. Rama Tapaniya
56. Vasudeva
57. Mudgala
58. Sandilya
59. Paingala
60. Bhiksuka
61. Maha
62. Sariraka
63. Yoga Sikha
64. Turiyatita Avadhuta
65. Sannyasa
66. ParamaHamsa Parivrajaka
67. Akshamalika
68. Avyakta
69. Ekakshara
70. Annapurna
71. Surya
72. Akshi
73. Adhyatma
74. Kundika
75. Savitri
76. Atma
77. Pashupata Brahmana
78. Para Brahman
79. Avadhuta
80. Tripura Tapini
81. Devi
82. Tripura
83. Katha Rudra
84. Bhavana
85. Rudra Hridaya
86. Yoga Kundalini
87. Bhasma Jabala
88. Rudraksha Jabala
89. Ganapati
90. Jabala Darshana
91. Tara Sara
92. MahaVakya
93. Pancha Brahma
94. Pranagnihotra
95. Gopala Tapaniya
96. Krishna
97. Yajnavalkya
98. Varaha
99. Satyayaniya
100. Hayagriva
101. Dattatreya
102. Garuda
103. Kali Santarana
104. Jabali
105. Saubhagya Lakshmi
106. Sarasvati Rahasya
107. Bahvricha
108. Muktika
I-i-40-43. Elles détruisent trois sortes d'émotions (bhavana) touchant au corps, aux sens et à l'esprit respectivement, perçus comme identiques à l'Atman (le Soi, éternel et universel) . Les meilleurs parmi les Brahmanes deviendront des libérés vivants (jivanmuktas) s'ils étudient jusqu'à destruction de leur karma venu à maturité (Prarabdha karma), ces 108 Upanishads auprès d'un Maître, avec leur strophe de paix (en début et fin de toute Upanishad). Quant aux autres, ils atteindront la libération à l'instant de leur mort (videhanmuktas), à coup sûr.
I-i-44-52. Ces 108 transmettent l'essence de toutes les Upanishads (1180 au total dans les 4 Vedas – cf. I-i-7-14) et ont le pouvoir de trancher tous nos péchés par une seule audition. Elles entraînent un allègement de notre servitude, que nous les lisions avec ou sans grande compréhension. On peut faire cadeau d'un royaume, de richesses, etc., à qui le demande, mais non de ces 108 à tout simplement n'importe qui – à un incroyant (nastika), à un ingrat, à un être de mœurs dissolues, à un esprit hostile à la dévotion qui M'est due, induit en erreur par des textes pernicieux, ou manquant de dévotion envers son Maître.
Mais il faut les enseigner à un être consacré au service, à un adepte, de conduite droite, bien né et sage. Il devra être mis préalablement à l'épreuve. Un verset du Rig-Véda dit à ce propos: la déesse du savoir alla vers un Brahmane et lui dit: ‘Protège-moi, Je suis ton trésor, ne Me communique pas à un être envieux, malhonnête et fourbe – auquel cas, Je déploierai Ma puissance à son encontre, mais transmets-Moi à un être qui soit cultivé, attentif, sage et célibataire, après lui avoir fait passer un examen.’
I-ii-1. Aux temps anciens, Maruti demanda à Sri Ramachandra ce qui suit: ''S'il te plaît, regroupe séparément les Shanti-mantras des différents Védas, fais-le pour moi.
Sri Rama répondit: "Que mon discours reflète et s'accorde à mon esprit…" [Vang me manasi pratistitaa. Mano me vachi pratistitam…]. Celui-ci est le mantra des dix Upanishads suivantes, faisant partie du Rig Véda:
1. Aitareya
2. Kaushitaki Brahmana
3. Nada Bindu
4. Atma Bodha
5. Nirvana
6. Mudgala
7. Akshamalika
8. Tripura
9. Saubhagya Lakshmi
10. Bahvricha
I-ii-2. ''Ce Brahman est infini, infini est cet Univers...'' [Poornamadah Poornamidam Poornaat Poornamudachyate …]. Celui-ci est le mantra des dix-neuf Upanishads suivantes, faisant partie du Sukla Yajur Véda:
1. Isha(vasya)
2. Brihadaranyaka
3. Jabala
4. Hamsa
5. ParamaHamsa
6. Subala
7. Mantrika
8. Niralamba
9. Trisikhi Brahmana
10. Mandala Brahmana
11. Advaya Taraka
12. Paingala
13. Bhikshuka
14. Turiyatita Avadhuta
15. Adhyatma
16. Tara Sara
17. Yajnavalkya
18. Satyayani
19. Muktika
I-ii-3. ''Puisse-t-Il (le Brahman des Upanishads) nous protéger tous deux; Puisse-t-Il nous nourrir tous deux...'' [Sahana Vavatu. Sahanau Bhunaktu…]. Celui-ci est le mantra des trente-deux Upanishads suivantes, faisant partie du Krishna Yajur Véda:
1. Katha
2. Taittiriya
3. Brahman
4. Kaivalya
5. Svetasvatara
6. Garbha
7. Narayana
8. Amrita Bindu
9. Amrita Nada
10. Kalagni Rudra
11. Kshurika
12. Sarva Sara
13. Suka Rahasya
14. Tejo Bindu
15. Dhyana Bindu
16. BrahmaVidya
17. Yoga Tattva
18. Dakshinamurti
19. Skanda
20. Sariraka
21. Yoga Sikha
22. Ekakshara
23. Akshi
24. Avadhuta
25. Katha Rudra
26. Rudra Hridaya
27. Yoga Kundalini
28. Pancha Brahma
29. Pranagnihotra
30. Varaha
31. Kali Santarana
32. Sarasvati Rahasya
I-ii-4. " Que mes membres et mon discours, Prana, yeux, oreilles, vitalité Ainsi que tous mes sens, se développent en force..." [Aapyaayantu Mamangaani Vak-Pranaschakshuh…]. Celui-ci est le mantra des seize Upanishads suivantes, faisant partie du Sama Véda:
1. Kena
2. Chandogya
3. Aruni
4. Maitrayani
5. Maitreya
6. Vajra Suchika
7. Yoga Chudamani
8. Vasudeva
9. Mahat
10. Sannyasa
11. Avyakta
12. Kundika
13. Savitri
14. Rudraksha Jabala
15. Darshana
16. Jabali
I-ii-5. "Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice..." [Bhadram Karnebhi Srunuyama Devaah…]. Celui-ci est le mantra des trente et une Upanishads suivantes, faisant partie de l'Atharva Véda:
1. Prashna
2. Mundaka
3. Mandukya
4. Atharvashiras
5. Atharvashikha
6. Brihad Jabala
7. Nrisimha Tapini (Purvottara)
8. Narada Parivrajaka
9. Sita
10. Sarabha
11. Tripadvibhuti Mahanarayana
12. Rama Rahasya
13. Rama Tapaniya (Purvottara)
14. Sandilya
15. ParamaHamsa Parivrajaka
16. Annapurna
17. Surya
18. Atma
19. Pashupata Brahmana
20. Para Brahman
21. Tripura Tapini
22. Devi
23. Bhavana
24. Bhasma Jabala
25. Ganapati
26. MahaVakya
27. Gopala Tapini (Purvottara)
28. Krishna
29. Hayagriva
30. Dattatreya
31. Garuda
I-ii-6. Hommes, vous qui êtes en quête de la Libération et qui êtes bien équipés des quatre moyens requis (1)! Approchez selon les règles, des offrandes à la main, un bon enseignant qui soit dévoué, d'une bonne famille, très versé en les Védas, ayant un sincère intérêt pour les Écritures, valeureux, sans détours, oeuvrant pour le bien-être de toutes les créatures, profondément humain et compatissant. Auprès de lui étudiez, selon la manière prescrite, les cent-huit Upanishads; étudiez-les par une écoute attentive, la réflexion et une absorption profonde et continuelle; vos karmas accumulés seront dissous, vos trois corps (grossier, subtil et causal) seront abandonnés et, tel l'éther d'une cruche quand il se libère de sa base (2), vous prendrez votre essor vers cette plénitude que l'on nomme Videha mukti (libération hors corps, post mortem). Telle est indéniablement la Libération absolue (cf. Shloka I-i-18-23). C'est pourquoi même les résidents du Brahma loka (le séjour céleste), fusionnent leur identité en celle de Brahman après avoir écouté les Upanishads de Sa propre bouche. Et pour tout un chacun la Libération absolue ne peut être atteinte qu'au moyen de la connaissance (Jnana Yoga); mais pas au moyen des actes rituels (Karma Yoga), ni au moyen du Sankhya (ou Hatha) Yoga ou de l'adoration (Bhakti Yoga) . D'où les Upanishads.
1 Les 4 moyens requis (ou les 4 préalables) portent sur yama, le comportement moral : ahimsa, l'abstention de toute violence, même en pensée; satyam, la sincérité; asteyam, ne pas voler ni même convoiter le bien d'autrui; et enfin, brahmacharya, la chasteté physique et mentale.
2 Upadhi, ici exprime la notion de « véhicule », corps constitué par les limitations adventices, maintenu en cohésion par les fausses identifications surimposées sur l'atman.
II-i-1. A cette époque, Hanuman demanda à Ramachandra: Qu'est-ce que c'est, cette histoire de Jivan mukti, Videha mukti ? C'est sous l'autorité de qui ? Ça s'obtient comment ? Ça sert à quoi ? Rama répondit: Pour un être humain, l'asservissement provient du fait qu'il est l'auteur de ses actes, de ses jouissances, de son plaisir comme de sa souffrance, etc., -- Empêcher ce processus, c'est cela la libération à l'intérieur du corps(1). Videha mukti est la conséquence de la destruction du Prarabdha karma (2), de même que l'espace contenu dans une cruche est libéré des conditions qui le clôturaient à l'intérieur de la cruche. Pour ces deux formes de libération, les 108 Upanishads font autorité. Le but est une félicité éternelle grâce à la cessation de cet asservissement malheureux en tant qu'auteur de ses actes, etc. Cette félicité, l'être humain peut l'atteindre par ses propres efforts, tout comme il obtient un fils au moyen d'un sacrifice de putra kama (3), la richesse au moyen du commerce, etc., et le ciel au moyen du jyotishtoma (4).
1 Jivan Mukti : libération de son vivant ; s’oppose à videha mukti, la libération hors du corps, désincarnée.
2
Prarabdha Karma : adj. signifiant « qui vient à maturité »; le prarabdha karma est le karma auquel nous devons notre corps physique actuel ainsi que nos données psychiques, et les grandes lignes de notre destinée.C'est donc, tout au long de notre vie, la partie du karma accumulé des vies antérieures qui manifeste ses fruits dans le présent, et qu’on ne peut éluder. Dans le cas d'un être très évolué, c'est le karma résiduel, à liquider avant la libération définitive. Tant qu'il reste une certaine part de prarabdha karma à accomplir, même celui qui a déjà atteint la réalisation, est tenu de se réincarner. On ne peut l'éluder, certes, néamoins il est possible de l'alléger et de l'adoucir – voire de l'abréger – au moyen du jnana yoga (voie de la Connaissance) ou par une grâce spéciale.
3
Putra kama : pratiques érotiques pour s'assurer qu'un enfant mâle sera fécondé, accompagnées d'un sacrifice bien précis.
4
Jyotishtoma : cérémonie védique, avec libations de soma (vin béatifique d'immortalité) et hymne à Surya, la Lumière divine ou à Agni, dieu du Feu.
II-ii-1-9. [Parmi les strophes des 108 Upanishads,] on trouve celles-ci : L'effort humain est réputé être de deux sortes: en accord ou à l'encontre des Shastras (les Ecritures sacrées) – cette dernière sorte mène au désastre, la première mène à la Réalité ultime. La connaissance authentique ne vient pas à l'être humain à partir des impressions latentes éparpillées dans le monde, des Écritures sacrées ou de son corps. De telles impressions sont ambiguës: à la fois bonnes et mauvaises; si vous êtes déterminé par le bien, vous M'atteindrez graduellement mais rapidement; les mauvaises impressions, si vous y êtes impliqués, amènent des souffrances et demandent un gros effort pour être surmontées. Le flot des impressions, qui s'écoule par des voies bonnes et mauvaises, doit être canalisé dans la bonne voie au prix d'un effort proprement humain – On doit choyer l'enfance de l'esprit avec cet effort proprement humain. Lorsque, à force de pratique, les impressions bonnes affluent, alors cette pratique a porté fruit. En cas de doute (sur la nature des impressions) , pratiquez uniquement les bonnes tendances – ainsi aucune faute ne sera commise.
II-ii-10-15. La destruction des impressions, la culture de la connaissance et la cessation de l'activité mentale , lorsque pratiquées de concert sur une longue période, porteront fruit. Si on ne les pratique pas de concert, aucun succès ne poindra, pas même au bout de centaines d'années, ainsi que des mantras qui se seraient éparpillés. Lorsque ces trois efforts ont été longuement pratiqués, alors les noeuds du coeur à coup sûr se rompent, comme la fibre du lotus se sépare de la tige. Les fausses impressions de la vie dans le monde proviennent de centaines de vies antérieures et ne peuvent être détruites sans une pratique persévérante. Aussi, évitez le désir des plaisirs, qui creuse de grandes distances avec l'effort déjà accompli , et pratiquez ces trois-là.
II-ii-16. L'homme sage sait que l'esprit est lié par les impressions, mais qu'il se libère à mesure qu'il s'en dégage. Ainsi, ô Hanuman, pratique la destruction de l'impression mentale, d'urgence.
II-ii-17-18. Lorsque les impressions s'évanouissent, le mental s'éteint telle une lampe. Quiconque abandonne les impressions et se concentre sur Moi sans tension nerveuse, se transforme en Félicité.
II-ii-19-23. Qu'il se concentre ou non sur ses actes, dès lors qu'il évite tous les désirs du cœur, il est libéré, sans doute possible. Il n'a plus rien à gagner de l'action ou de l'inaction. Si son mental n'est pas libéré des impressions, même le Samadhi (1) et le Japa (2) ne peuvent porter fruit. Le lieu le plus éminent ne peut être atteint sans un silence libre de toute impression mentale. Les organes des sens – l'œil par exemple – se dirige vers les objets extérieurs sans impression volontaire, mais du fait d'une impression latente; mais l'oeil peut tomber volontairement, mais sans attachement, sur les objets extérieurs; c'est ainsi qu'opère l'homme de sagesse dans ses activités quotidiennes.
1 Samadhi : état d’union avec le Dieu personnel (Ishvara) ou d’absorption dans le Dieu impersonnel (Atman ou Brahman), la conscience étant extraordinairement vigoureuse, avec une certitude d'omniscience, s'accompagnant d‘un sentiment de joie et de paix indicibles. C'est la 8ème et dernière étape du Yoga ; l'esprit s'identifie avec l'objet médité : méditant et objet de méditation, penseur et pensée fusionnent dans cette absorption extatique de l'esprit.
On distingue 2 degrés de samadhi:
- le savikalpa samadhi, où l’aspirant conserve le sentiment de dualité;
- le nirvikalpa samadhi, d’où toute différenciation est exclue.
On distingue également entre Samprajnata samadhi et Asamprajnata samadhi.
2 Japa : litanie mantrique; répétition continue d’un nom sacré, d’une prière, d’un mantra, avec le mental concentré sur le sens spirituel des mots employés. En règle générale, cette prière est murmurée.
II-ii-24-31. Les sages savent que les imprégnations mentales (1) incluent tous les objets engendrés par la faculté créatrice du mental, qu'il cherche à les atteindre ou à les éviter. La grande versatilité du mental, qui est la cause de la naissance, du vieillissement et de la mort, est engendrée par excès de désirs pour les objets. Et sous l'influence des Vasanas, se lève la pulsation du souffle vital (Prana) (2), et de lui ressurgissent les Vasanas, de même que de la graine surgit une jeune pousse. Car dans l'arborescence de l'esprit humain, la pulsation de vie et les Vasanas sont deux graines interdépendantes – quand l'une meurt, toutes deux meurent. Les impressions latentes arrêtent d'opérer à la faveur d'un comportement détaché, de l'évitement des pensées de ce monde, et de la réalisation de l'impermanence du corps.
Le mental devient non-mental par l'abandon des Vasanas. Quand le mental ne pense plus, alors surgit la vacuité, accompagnée d'une grande paix; tant que votre mental n'est pas pleinement développé et reste dans l'ignorance de la Réalité suprême, il vous faut accomplir les injonctions établies par votre enseignant, par les Écritures et par d'autres sources éventuelles. Une fois le karma impur venu à maturité et détruit, une fois la Vérité comprise, vous devrez alors abandonner même les impressions positives.
1 Vasana : 1) désir, inclination, aspiration; 2) les imprégnations que les désirs antérieurs ont laissé dans le mental, et qui agissent comme des souvenirs inconscients.
Depuis II-ii-1-9, on parlait des “impressions mentales” suscitées par le monde environnant et la rencontre de notre esprit avec ce monde. Ici, c'est également d'impressions mentales que l'on traite, mais de celles qui sont pré-programmées à notre naissance, issues de notre karma opérant (Prarabdha). Je les traduirai désormais par “imprégnations mentales ou karmiques”, “impressions latentes”.
2 Prana : 1) souffle, respiration, vent; 2) vie, énergie vitale.
II-ii-32-37. Pour un Jivanmukta (libéré en son corps), la destruction du mental est avec forme – pour un Videhamukta (libéré hors corps), elle est sans forme – et quand vous l'accomplissez, le mental doté de qualités (p.ex. le don d'amitié) atteindra la paix, à coup sûr. Pour le Jivanmukta, il n'est plus de renaissance.
Le mental est la racine de l'arborescence du Samsara (1) , avec ses milliers de pousses, de branches, de fruits, etc. Selon Moi, le mental n'est pas autre chose qu'une construction; asséchez-le de telle façon que l'arbre également en soit desséché.
II-ii-38-47. Il n'y a qu'une façon de maîtriser le mental. Pourchasser les pensées du mental une à une mènera à la ruine, le détruire en entier assure le succès. Le mental du Connaisseur est détruit, il est une chaîne qui asservit l'ignorant. Tant que le mental n'a pas été vaincu au moyen d'une pratique ferme, les impressions (vasanas) surgissent dans le coeur, tels les fantômes de la nuit.
Les impressions de plaisir meurent, comme le lotus en hiver, pour celui dont l'orgueil du mental a été étouffé et dont les sens – les ennemis – ont été subjugués. On doit, en tout premier lieu, conquérir le mental, mains reposant l'une en l'autre, les dents du haut alignées sur celles du bas et les membres maintenus immobiles. Mais cette conquête est impossible sans méthodes de raisonnement sans faille, par la simple assise méditative, exactement comme est impossible la maîtrise d'un éléphant en rut sans l'aide d'un aiguillon. Les méthodes de raisonnement sont favorablement nourries, durant cette conquête du mental, par le savoir du Védanta, le contact avec des êtres bons, l'abandon des impressions et l'arrêt de la pulsation du Prana. Ceux qui l'ignorent et contrôlent leur mental par force, jettent la lampe et recherchent dans les ténèbres en s'aidant de suie, autant tenter de ligoter un éléphant en rut avec une fibre de lotus.
II-ii-48-50. L'arborescence qu'est le mental, supportant le poids des lianes grimpantes que sont les pensées, est née d'une double graine: la pulsation du Prana et les imprégnations tenaces. L'omniprésente Conscience vole en éclats sous la pulsation du Prana – inversement, au moyen de la concentration, la Connaissance se lève. La méditation (dhyana), ses modalités, vont maintenant vous être communiquées. Dissolvant totalement les pensées en ordre inverse, pensez uniquement au résidu, qui est pure Conscience.
II-ii-51-56. A partir d'une expiration (Apana) complète et avant que Prana ne se lève dans le coeur, se trouve la phase de Kumbhaka (1), exercée par les Yogis (2). Kumbhaka, sous sa forme externe, est la plénitude du Prana en conclusion de l'inspiration et avant l'expiration. En pratiquant de façon répétée la méditation sur Brahman sans ego, on parviendra au Samprajnata Samadhi (3). L' Asamprajnata Samadhi (3), chéri par les Yogis, se caractérise par une grande félicité d'esprit succédant à l'extinction totale de toutes les modifications du mental (pensées, images, sensations, etc.). Il est tenu en plus haute estime par les sages, car le mental y est dénué de la moindre lueur d'ego, de l'activité mentale du rêve et de toute intellection, comme dans le sommeil profond. Cette concentration est bien plus que «ce qui n'est pas Brahman». Bien au-delà, bien en-deçà et toutefois en plein coeur de l'essence du Bien absolu – cet état, indiqué par les Upanishads, est la Réalité ultime.
1 Kumbhaka: phase de rétention (poumons pleins ou vides) dans les exercices respiratoires.
2
Yogi : adepte du Yoga, plus spécifiquement du Hatha Yoga et du Raja Yoga.
3
Samprajnata Samadhi: méditation avec fusion par identification à l'objet médité (Brahman ou son Ishtadevata). L'ego se dissout en celui-ci, mais la conscience reste axée sur la divinité.
Asamprajnata Samadhi: méditation sans objet, où l'esprit se dissout totalement dans le plus haut état de supra-conscience. Il n'y a plus ego, ni Brahman, il y a uniquement Sat Chit Ananda.
II-ii-57-60. Les impressions latentes (quand elles se développent) consistent à saisir des objets sans examen, à travers une imagination persistante. Ce que l'on amène à l'existence, au prix d'un intense impartialité de son propre soi, est suivi d'une réalisation rapide, dépourvue d'impressions opposées. Sous l'influence de ses impressions latentes, un être ordinaire considère ces objets en tant que réalité, à travers la particularité de ses impressions; l'ignorant a une vision faussée de l'esprit, néanmoins celui-ci ne perd pas sa nature intrinsèque.
II-ii-61-68. Les impressions impures asservissent, les pures éradiquent les conséquences de la naissance. Les impures entraînent une ignorance compacte dans un ego qui sera cause de renaissance. L'état de plein repos est alors tel la graine grillée libérant la jeune pousse d'une renaissance. Peut-on rechercher la lumière intérieure en ruminant des Écritures en abondance, inutilement ? Celui qui demeure dans sa solitude originelle, renonçant à la perception comme à la non-perception, est lui-même Brahman – personne ne peut connaître Brahman en apprenant simplement les quatre Védas et les Écritures, pas plus que la louche ne peut goûter la nourriture.
Si quelqu'un ne trouve pas le détachement par les mauvaises odeurs de son propre corps, quelle autre cause de détachement pourrait être enseignée ? Le corps est l'impureté-même – l'âme est pure. Dès lors que l'on reconnaît cette différence, quelle purification reste à prescrire ? L'asservissement est le fait des impressions, la libération vient de leur destruction – vous y renoncez en proportion de votre désir pour la libération.
II-ii-69-71. Abandonnez les impressions mentales d'objets et cultivez les impressions pures telles que l'amitié; ensuite, vous vous débarrasserez même de celles-ci tout en continuant d'agir selon elles, déposant tous les désirs, et vous ne conserverez que l'impression de la pure Conscience. Oui, faites-en l'abandon, de concert avec l'abandon du mental et de l'intellect; concentrez-vous uniquement sur Moi.
II-ii-72-77. Méditez sur Moi comme dépourvu de son, de contact, de forme, de goût et d'odeur, éternel, indestructible, sans nom ni famille, détruisant toute souffrance, d'une nature proche de la vision du ciel, ayant pour unique syllabe Om, sans souillure bien qu'omniprésent, unique, sans entraves, de l'avant, à travers, par-dessus, par-dessous, Je remplis tout lieu.
Non-né, sans âge, brillant de Mon propre éclat, ni cause ni effet, toujours satisfait même à la mort du corps, quittant alors le stade de libéré-vivant (jivanmukta), on pénètre dans le stade de libéré-sans-corps (videhanmukta).
Ainsi que dit le Rig-Véda: Ce séjour suprême de Vishnu, le sage le voit toujours – tel un œil atteignant jusqu'au paradis. L'homme sage et pleinement éveillé, libéré de toute émotion, maintient le feu de cette vision.
Om ! – Telle est l'Upanishad.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Ici se termine la Muktikopanishad, appartenant au Sukla-Yajur-Véda.
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