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UPANISHADS DE VISHNU
Maha Narayana Upanishad La Grande Upanishad du Seigneur du Non-manifesté
Remarque préliminaire : Narayana, « Reposant sur les eaux », est l'aspect de Vishnu endormi, lors d'une résorption de l'univers (pralaya) en son état informel, l'Océan causal. Les restes de la manifestation se sont coagulés pour former le serpent Shesa, qui sert de couche au dieu, devenu « le Seigneur du Non-manifesté ».
Hari Om ! Que Mithra, Varuna, Aryaman, Indra, Brihaspati Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux; Puisse-t-Il nous nourrir tous deux; Om ! Que la Paix soit en moi !
I-1: Le Seigneur de la Création, qui vit dans les eaux sans rivages, sur terre et au-delà des cieux, qui est plus grand que l'infiniment grand, qui Se glisse – sous forme de semence – dans toutes les créatures, leur apportant conscience et intelligence, est déjà à l'œuvre dans le fœtus qui se développe et va naître au monde en tant qu' être vivant. I-2: Cela (1) en quoi cet univers s'est déployé dans sa totalité, et en quoi il se dissoudra; Cela en quoi demeurent les divinités, jouissant de leurs attributs respectifs – Cela, indéniablement, est tout ce qui fut jusqu'à présent, et tout ce qui sera dans le futur. La cause de la manifestation universelle, Prajapati (2), prend pour support Sa propre nature éternelle, que l'on décrit comme l'étherabsolu (akasha) (3).
I-3: Lui par qui l'espace entre ciel et terre, de même que les cieux et la terre, sont enveloppés; Lui par qui le Soleil est embrasé et diffuse sa lumière; Lui que le sage arrime dans l'espace de son cœur (1) au lasso de la méditation; en Lui – l'Unique et l'Impérissable – demeurent toutes les créatures.
I-4-5: Lui – de qui a émané la génitrice des mondes, Prakriti (1); qui a créé, à partir des éléments, les êtres animés et les formes inanimées (2); qui a pénétré les mondes végétal, animal et humain en tant que contrôleur interne; qui est plus grand que l'infiniment grand; qui est l'Un sans second; qui est immortel; dont les formes sont illimitées; qui est l'univers; qui est sans âge; qui demeure au-delà de l'obscurité ou de Prakriti; qui est plus haut que l'infiniment haut – il n'existe rien qui soit autre que Lui, ni plus subtil.
I-6: Les sages déclarent : Cela seul est juste, Cela seul est vrai; Cela seul est Brahman, le Vénérable, tel que les sages Le contemplent. Les actes rituels et les actions d'aide sociale sont cette Réalité. Cela seul, en tant qu'ombilic de l'univers, nourrit la multiplicité universelle, dans les mondes qui se sont déroulés par le passé, comme dans ceux qui font irruption dans le présent. I-7: Seul Cela, en vérité, est feu, air, soleil, lune; seul Cela est le cosmos aux étoiles scintillantes, et aussi l'ambroisie (1). Cela est nourriture et eau. Cela est le Seigneur des créatures.
I-8-9: Toute seconde du vaste Temps, toute heure, tout jour, tout demi-mois et mois, toute saison, sont sortis de l'Être lumineux. L'année aussi est sortie de Lui. Sein gonflé de lait, Il déverse les eaux, dont la Voie Lactée du firmament et la pluie du ciel. I-10: Nul n'a jamais saisi intellectuellement la limite supérieure de ce Paramatman (1), pas plus que Sa limite transversale ou Son centre. Son nom signifie “Gloire suprême” car, par définition, il n'y a nulle limite à Sa nature.
I-11: Sa forme ne peut être visible; jamais personne ne L'a contemplé de ses yeux. Ceux qui méditent sur Lui, l'esprit sans distraction et intensément concentré sur la conscience dans le cœur, ce sont les seuls qui Le connaissent et parviennent à l'immortalité. I-12: Ce Seigneur lumineux que célébrent les Écritures emplit tous les quartiers du ciel. Apparu au temps des origines sous la forme d'Hiranyagarbha (1), Il se tient au centre de l'univers, qui L'entoure ainsi qu'une matrice. Lui seul est le Créateur du monde dans la diversité de sa manifestation actuelle, Lui seul est la cause créatrice qui engendrera le monde futur. Avec Sa face tournée vers tous les orients, Il est simultanément Celui qui réside en toute créature en tant que son Soi le plus intime.
I-13: La Réalité lumineuse est l'Un sans second, et c'est Lui qui créa ciel et terre. Ceux-ci furent créés par Lui-même, à partir de Lui-même. Il devint le possesseur de tout œil ou visage ou main ou pied appartenant à toute créature, en tout endroit de l'univers. Il est le Régent de toutes les créatures, au moyen du mérite et du démérite, dharma et adharma (1), que l'on représente comme Ses deux mains, et qui sont les deux critères de sélection parmi les éléments de l'univers, lorsqu'il s'agit de construire une incarnation physique pour les âmes, afin qu'elles puissent se mouvoir sur la Terre.
I-14-15: Lui de qui cet univers tire son origine et en qui il sera réabsorbé; Lui qui est comme la chaîne et la trame de tous les êtres vivants; Lui par qui les trois états de veille, rêve et sommeil profond sont assignés à la conscience que recèle toute créature; Lui en qui l'univers trouve son seul lieu de repos – ayant vu ce Paramatman (cf. I-10), le Gandharva (1) nommé Vena devint un connaisseur authentique de tous les mondes et se mit à proclamer devant tous ses disciples cette Réalité immortelle. Quiconque est parvenu à la connaissance de cet Unique omniprésent, devient digne de recevoir la dévotion due à un père, même de la part de son propre père.
I-16: Lui, par l'autorité duquel les divinités qui ont atteint à l'immortalité dans le troisième ciel (1) reçoivent leur rang et leur statut, Il est notre ami, notre père et notre gouverneur. Il sait quelle place revient en propre à chacun, car Il a une compréhension extensive de tous les êtres qu'Il a créés.
I-17: Ceux qui réalisent leur identité profonde avec le Seigneur suprême, déploient leur conscience dans le ciel et sur la terre, instantanément où ils le souhaitent. Ils se répandent dans les autres mondes, les quartiers célestes et le troisième ciel nommé Svarloka. Quiconque, parmi tous les êtres créés, voit ce Brahman que l'on nomme Rita, le Véridique (1), présent sans interruption de part en part de la Création, tel le fil qui tisse une étoffe, quiconque Le voit ainsi lorsque son mental est absorbé en contemplation méditative, Le devient lui-même, en vérité.
I-18: Après qu'Il se fût répandu en tous les mondes et leurs habitants, ainsi que dans tous les quartiers célestes et les régions intermédiaires, le premier-né de Brahman, connu sous le nom de Prajapati (cf. I-2) ou d'Hiranyagarbha (cf. I-12), devint – grâce à Sa propre nature de Paramatman (cf. I-10), le Régent et le protecteur des âmes individuelles (jivas) (1).
I-19: Que je puisse atteindre à ce merveilleux et béatifique Seigneur du Non-manifesté, qui est la cause de l'univers, qui est cher à Indra (1), qui est mon propre Soi véritable, qui vaut qu'on Le recherche, qui est digne de révérence, Lui qui nous confère conscience et pouvoirs du mental !
I-20: Ô Jatavedas (1), brillez de tout votre éclat afin de détruire toutes les imperfections qui s'attachent à moi. Procurez-moi les diverses jouissances, dont celle d'un riche troupeau. Pourvoyez à mon entretien matériel, en plus d'une belle longévité, et réservez-moi un logis confortable sous n'importe quelle latitude.
I-21: Ô Jatavedas, de grâce, empêchez les mauvais génies de décimer nos vaches, nos chevaux, les membres de notre famille et les biens que nous possédons sous le soleil. Ô Feu, viens à notre secours sans brandir d'armes offensives entre Tes mains, sans même Te souvenir d'aucune des offenses que nous avons pu commettre à Ton égard. De tous côtés, dresse autour de nous le rempart du bien-être ! I-22: Puissions-nous connaître l'Être suprême, et – afin de réaliser pleinement Sa sagesse omnisciente – puissions-nous méditer sur Lui, le Grand Dieu aux-mille-yeux. Puisse Rudra (1), le Maître de la connaissance, nous diriger fermement dans cette méditation, et nous y maintenir.
I-23: Puissions-nous connaître et réaliser l'Être suprême. À cette fin, méditons sur Mahadeva (1), et que Rudra nous dirige fermement dans cette méditation !
I-24: Puissions-nous connaître l'Être suprême ! À cette fin, méditons sur Vakratunda (Celui-aux-membres-tordus), et que Dantin (le Porteur de férule) nous dirige fermement dans cette méditation ! I-25: Puissions-nous connaître cet Être divin ! À cette fin, méditons sur Chakratunda (1), et que Nandi (le Joyeux) nous dirige fermement dans cette méditation !
I-26: Puissions-nous connaître cet Être divin! À cette fin, méditons sur Mahasena (le grand Capitaine), et que Shanmukha (Celui aux-six-visages) nous dirige fermement dans cette méditation ! I-27: Puissions-nous connaître cet Être divin ! À cette fin, méditons sur Suvarnapaksha (?), et que Garuda (1) nous dirige fermement dans cette méditation !
I-28: Puissions-nous connaître le Véda, qui a revêtu le corps de Brahma aux-quatre-visages ! À cette fin, méditons sur Hiranyagarbha (cf. I-12), et que Brahman nous dirige fermement dans cette méditation ! I-29: Puissions-nous connaître Narayana ! À cette fin, méditons sur Vasudeva (1), et que Vishnu nous dirige fermement dans cette méditation !
I-30: Puissions-nous connaître Vajranakha (?) ! À cette fin, méditons sur Tikshnadamstra (?), et que Narasimha (1) nous dirige fermement dans cette méditation !
I-31: Puissions-nous connaître Bhaskara (le Soleil, Faiseur-de-lumière)! À cette fin, méditons sur le Soleil, père de la lumière, et que Aditya (le Soleil, Fils-de-l'étendue-primordiale) nous dirige fermement dans cette méditation ! I-32: Puissions-nous connaître Vaishvanara (Celui-qui-pénètre-toute-chose)! À cette fin, méditons sur Lalita (l'Amoureuse) , et que Agni (le Feu) nous dirige fermement dans cette méditation ! I-33: Puissions-nous connaître Katyayana (la Veuve)! À cette fin, méditons sur Kanyakumari (la Jeune-Vierge), et que Durgi (l'Inaccessible) nous dirige fermement dans cette méditation ! I-34: Puisse Durva, l'herbe partout répandue, qui représente l'Esprit divin, qui est supérieure à mille autres agents purificateurs, qui possède d'innombrables graines et autant de pousses, qui chasse les résidus des mauvais rêves, détruire toutes mes impuretés ! I-35: Ô Herbe, de même que tu gagnes de plus en plus de terrain, te multipliant avec chaque graine qui développe des racines et de jeunes pousses, aide-nous à avoir une progéniture par centaines et milliers. I-36: Ô Déesse, Toi qu'adorent Tes dévots, puissions-nous T'honorer de nos oblations, Toi qui Te multiplies par centaines et milliers ! I-37: Ô Terre, que traversent un cheval et un chariot mené par Vishnu, j'inclinerai ma tête vers Toi : protège-moi à chacun de mes pas. I-38: La déesse Terre est la dispensatrice du bonheur; telle une vache à lait, Elle entretient la vie et fournit leur subsistance à tous les vivants. Ô Déesse Terre, Tu as été labourée par Krishna sous Son avatar du Sanglier aux-cent-défenses. I-39: Ô Terre excellente, détruis mes actions négatives et toutes mes imperfections. Ô Terre excellente, Tu es un don de la Divinité à Ses créatures. Le Sage Kashyapa Te couvre de prières. Ô Terre excellente, accorde-moi la prospérité, c'est de Toi qu'elle dépend en tous points. I-40: Ô Terre excellente, qui supportes et entretiens toutes les créatures, nettoie-moi de toute souillure et détruis mes imperfections, afin que je puisse atteindre au but suprême. I-41: Ô Indra, rends-nous impavides face à ces calamités que sont les actes négatifs, les ennemis et les mondes infernaux. Ô Maghavan (le Magnifique), détruis ces trois motifs de peur en nous qui Te sommes dévoués. Pour notre protection, détruis ces ennemis qui nous harcèlent. I-42: Puisse Indra venir à notre secours – Indra qui accorde le don du bonheur ici-bas et de la félicité dans l'au-delà, qui est le Seigneur des vivants, qui mit à mort Vritra (le démon de la sécheresse), qui dompte les fléaux et prodigue la pluie, qui est pacifique et assure la sécurité. I-43: Puisse Indra, vers qui montent à profusion les louanges de Ses dévots, portées sur les ailes des hymnes sacrés, ainsi que leurs oblations généreuses, nous garantir sécurité et bien-être. Puisse Pushan (la Prospérité), omniscient et tout-possédant, nous garantir la réussite. Puisse Garuda (l'oiseau du Verbe magique), fils de Triksha, dont le chariot est à l'épreuve de tout dégât dans les combats, nous garder toujours indemnes. Puisse le Sage Brihaspati, précepteur des dieux, nous octroyer le bonheur. I-44: Soma, la Lune, dont les colères sont modérées, qui lance des pierres, qui ébranle Ses ennemis, dont les influences sont nombreuses, qui brandit des armes et pour qui la liqueur de soma (1) est un délice, est Celle grâce à qui les arbres desséchés et les buissons racornis reverdissent à la mousson et redeviennent des jungles.
I-45: Vena, le soleil de midi, qui naquit au début de la Création et fut le premier effet du pouvoir de la Réalité suprême, Brahman, et dont l'éclat est éblouissant, S'étale sur le monde entier jusqu'à ses bornes, illuminant jusqu'aux corps célestes. Il reste dans les formes limitées qui Lui ont été assignées, qui sont diversifiées mais Lui gardent néanmoins ressemblance. Simultanément, Il propage, tout en l'imprégnant, la substance causale primordiale, à partir de laquelle émerge l'univers, visible et invisible. I-46: En tant que Celle qui procrée des êtres vivants, dont les humains, et Celle qui leur assigne leurs habitats respectifs, Toi dont la patience est proverbiale, ô Terre, sois pour nous Celle qui met fin à nos tourments et nous octroie la félicité, ici-bas et dans l'au-delà. I-47: Continuant ce culte d'adoration, j'invoque maintenant Shri (1), le support universel, qui nous est perceptible par l'odorat (l'intuition), qui est inattaquable, perpétuellement prospère, riche en bouses de vaches (2) et qui est la Maîtresse de toutes les créatures.
I-48: Puisse Shri m'accorder Sa faveur. Puisse Alakshmi (1) être neutralisée en ce qui nous concerne, moi et les miens. Les dieux, avec à leur tête Vishnu (chez qui réside en permanence Shri), ont conquis, à l'aide des actes et des rites enseignés par les Védas, ces royaumes inaccessibles à leurs ennemis. Puisse Indra, armé du tonnerre et de la Lune qui Le vénère, nous octroyer le bonheur.
I-49: Puisse Indra nous accorder la prospérité, et détruire l'esprit malin qui nous serait hostile. I-50: Ô Seigneur des prières, accorde-moi le droit de presser le jus du soma, comme l'échanson Kakshivan, fils d'Usik, tant apprécié par les dieux. Donne-moi la capacité physique d'accomplir les sacrifices. Envoie aux enfers, et pour longtemps, ceux qui me sont hostiles. I-51: Celui qui s'est sanctifié en mettant ses pas dans les pas du Seigneur, tracés depuis longtemps en de nombreux sentiers qui mènent à la pureté, traverse grâce à sa conduite vertueuse le flot des actes négatifs et des conséquences qui leur sont attachées. Sanctifiés sur ce chemin naturellement pur et purifiant vers le Seigneur, puissions-nous vaincre nos ennemis, les conduites négatives. I-52: Ô Indra, Toi qui mis à mort Vritra (le démon de la sécheresse), ô guerrier valeureux et Sage omniscient, accepte avec plaisir le soma que nous T'offrons, et bois-le en compagnie de Ta suite, parmi l'assemblée des divinités. Mets à mort nos ennemis, accorde-nous la victoire au combat, suivie de sécurité et d'absence de dangers de toute provenance. I-53: Puissent les Régents des eaux et des végétaux nous être amicaux, quant à ceux qui ne nous aiment pas – et réciproquement – qu'ils restent donc inamicaux ! I-54: Ô Vous, les Eaux, en vérité c'est Vous qui procurez la félicité. Accordez-nous la nourriture en suffisance, ainsi qu'une belle et forte intuition de la Suprême Vérité. Au surplus, faites-nous participer, dès cette vie-ci, à cette nature joyeuse et riante qui est la Vôtre, qui est si bénéfique, semblable à celle de la jeune mère allaitant son enfant chéri avec émerveillement. Puissions-nous atteindre à ce séjour de béatitudes qui est le Vôtre, et qu'il Vous plaît de nous offrir. Faites également couler vers nous les flots de la vie et des plaisirs terrestres, durant notre séjour ici-bas. I-55: Je prends refuge en Varuna (1), qui possède toujours l'éclat de l'Âge d'Or et en a conservé le diadème d'or. Ô Varuna, je T'en supplie, accorde-moi la faveur de Ta grâce salvatrice. Car j'ai joui de ce qui appartenait à des êtres mauvais, de plus j'ai accepté des cadeaux de personnes au comportement amoral.
I-56: Puissent Indra, Varuna, Brihaspati (1) et Savitri (le Soleil procréateur) éradiquer totalement les actes négatifs commis par moi, comme par les miens, que ce soit en pensée, en parole ou en action (2).
I-57: Salutations au feu secret de l'eau (cf. I-67). Salutations à Indra. Salutations à Varuna. Et à Varuni, compagne de Varuna. Salutations aux déités des Eaux. I-58: Par le pouvoir de ce mantra, que tous les aspects nocifs à la santé, impurs et dangereux de l'eau soient détruits. I-59: Puisse le roi Varuna effacer de Sa propre main, quel qu'il puisse être, tout péché que j'aie pu commettre en absorbant de la nourriture illicite, des boissons illicites ou en acceptant des cadeaux d'une personne incorrecte. I-60: Ainsi pur, sans souillure et libéré de toute entrave et de tout mal, que je puisse entreprendre l'ascension vers le ciel de la sérénité et y jouir d'un état similaire à celui de Brahman. I-61: Puisse Varuna qui lave les souillures, et qui demeure dans d'autres lieux aquatiques, tels rivières, réservoirs et puits, nous purifier, nous aussi. I-62: Ô Ganga, ô Yamuna, ô Sarasvati, ô Sutudri, ô Marudvrudha, ô Arjikiya, assemblez-vous pour écouter cet hymne que j'entonne, et vous aussi Parushni, Asikni, Vitasta et Sushoma (1).
I-63: Par résolution de l'Être suprême qui illumine la totalité universelle, le juste et le vrai furent créés. Et de Lui vinrent la nuit et le jour. Et de Lui vint encore l'océan avec ses eaux multiples. I-64-65: Puis, succédant à la création du vaste océan, vint celle de l'année. Ensuite, le Gouverneur du monde, des êtres doués de conscience et des formes inanimées, des alternances du jour et de la nuit, ordonna que le soleil et la lune, le ciel et la terre, de même que l'atmosphère terrestre et les royaumes célestes, apparaissent exactement selon le schéma des cycles de manifestation antérieurs. I-66: Puisse Varuna qui lave les souillures, divinité qui préside sur les Eaux, purifier cette dénaturation qu'est le péché, et qui s'attache aux êtres vivant sur la terre et dans son atmosphère, ainsi que dans les mondes intermédiaires, dont les habitants entrent en relation avec nous, les humains, qui accomplissons les rites religieux. Que les Vasus (1) nous purifient ! Que Varuna nous purifie ! Que le Sage Aghamarshana nous purifie ! Lui, Varuna, est le protecteur du monde qui fut et aussi du monde contemporain, qui est à la charnière des mondes anciens et des mondes futurs. À ceux qui accomplissent des actes méritoires, Il accorde l'accès aux mondes supérieurs selon leurs mérites, tandis qu'aux mauvais, Il ouvre la porte de la mort, les poussant vers les mondes infernaux. Car Varuna, qui est la trame subtile des mondes célestes, terrestre et sub-terrestres, lorsqu'Il se manifeste comme Soleil, nous attire vers la lumière de l'intégrité morale. En tant que tel, doté de Ta nature de félicité, c'est alors, ô Varuna, que Tu nous accordes Tes faveurs et procède à notre purification.
I-67: Cette suprême Lumière qui s'est projetée Elle-même comme manifestation universelle, ainsi qu'une graine gonflée d'humidité se met à germer, cette suprême Lumière qui brille secrètement en tant que substrat de l'élément liquide (cf. I-57) – je suis cette suprême Lumière. Je suis cette suprême Lumière de Brahman qui brille en tant qu'essence la plus intime de tout ce qui existe. En réalité, je suis toujours le Brahman infini, même lorsque je fais l'expérience de vivre dans la forme du soi limité, découlant de l'ignorance (1). Aussi, dès que percent les premières lueurs de la Connaissance, je redeviens réellement ce Brahman, qui est ma nature éternelle. Ainsi donc, je réalise cette identité fondamentale en faisant de moi – le soi limité – l'oblation que je jette dans le feu de l'infini Brahman, Celui que j'ai toujours été. Puisse cette oblation être accomplie ainsi qu'il se doit.
I-68: Même celui qui a transgressé les codes de conduite basés sur les Écritures, qui est un mécréant, un voleur, un fœticide, un outrageur de l'honneur de son précepteur, sera acquitté de ses méfaits; car Varuna, le Maître des Eaux et de l'absolution des péchés, l'en absoudra s'il pratique ce mantra et adopte une conduite juste. I-69: Je suis le terrain où germent les péchés. Aussi me fais-Tu pleurer quand j'en prends conscience. Comme disent les sages, “Ne me fais pas pleurer, mais accorde-moi la faveur de détruire mes actes négatifs.” I-70: Le Suprême, à l'image de l'océan, a envahi la totalité de la Création. Il a créé tout d'abord les êtres vivants, selon les mérites et démérites hérités de leur anciennes incarnations. Il est le Gouverneur universel, et le donateur munificent de privilèges à l'égard de Ses fervents. En compagnie d'Uma (1), qui active le pouvoir qu'Il possède d'accorder l'illumination spirituelle, Il réside dans le cœur de Ses fervents, ce cœur (2) qui est la partie la plus sacrée du corps humain, le siège du Divin en l'homme, le lieu supérieur qui peut s'élever à la hauteur d'un pic surplombant et accorder protection à celui qui s'y est réfugié. Le jiva (3) qui l'adopte pour demeure, s'y développe à la mesure de l'infini. Car Il est le Seigneur, Il est délices pour les âmes individuelles (jivas) qu'Il guide selon leurs actions, et à qui Il fait cueillir le fruit de leurs actes positifs.
II-2: Je prends refuge en Durga (1), qui est d'un éclat incandescent et rayonne d'ardeur, qui est le pouvoir (2) appartenant à l'Être Suprême sous Ses manifestations plurielles; Elle est le pouvoir résidant dans l'action et ses fruits, les rendant effectifs, et Elle répond aux supplications de Ses fervents lorsqu'ils réclament le fruit de leurs actes. Ô Déesse, Toi qui est habile à veiller au salut de Tes fervents, mène-nous indemnes à travers tous les écueils, avec l'excellence qui Te caractérise. Nous Te saluons !
II-3: Ô Feu, Tu es digne de louanges. Inspire-nous des méthodes heureuses pour nous tirer hors de difficulté. Que notre ville et notre région deviennent prospères, et que les champs où poussent nos récoltes soient amplement productifs ! Puisses-Tu par la suite prendre le relais avec joie et protéger nos enfants et petits-enfants. II-4: Ô Jatavedas, Vous qui êtes les destructeurs de toutes les imperfections, menez-nous au-delà de tous les problèmes et protégez-nous, comme un bateau fait traverser la mer à ses passagers. Ô Feu, veille sur nos corps et notre santé, et sois vigilant à l'égard de leur sécurité, tout comme le Sage Atri qui toujours répète mentalement “Puisse chacun demeurer sain et sauf, et heureux !” II-5: Nous invoquons, dans la haute assemblée des divinités, le dieu du Feu, Agni (1), qui vient à leur tête, qui monte à la charge et vainc les cohortes d'ennemis, et dont la nature est ardeur. Puisse-t-Il nous mener au salut à travers toutes les embûches, les erreurs et la précarité de notre vie, puisse-t-Il nous protéger !
II-6: Toi qui es honoré par les sacrifices, accrois notre bonheur ! Tu es parmi nous, tant dans les multiples formes du sacrifice, anciennes et actuelles, que dans les lieux de sacrifice. Ô Feu, prends plaisir à nous donner le bonheur, à nous qui sommes Tes propres reflets. Et même, que la chance et la fortune accourent vers nous de toutes parts ! II-7: Ô Seigneur, en Toi il n'y a aucune relation au péché et à la souffrance, et Tu te répands dans tous les sacrifices. Désireux de cette bonne fortune que représentent un bétail abondant et un flot ininterrompu de félicité, nous allons Te servir avec ferveur, et sans la moindre omission. Puissent les divinités qui demeurent dans la plus haute des régions célestes me ravir – moi qui suis un fervent de Vishnu – ici-même sur cette Terre, en m'accordant la réalisation de mes vœux ! III: Que la Déesse Terre m'accorde la nourriture ! Pour cela, je porte mes oblations au Feu et à la Terre. Salut ! IV: Salut ! J'offre cette oblation à Brahman qui est exprimé par la première Vyahriti (1), ainsi qu'au Feu créé par Lui et à la Terre qui repose sur Lui.
V: Salut ! J'offre cette oblation à l'adorable Suprême qui est la totalité, ainsi qu'à ses parties, les Divinités Bhuh (1), Feu et Terre.
VI: Ô Feu, préserve-nous de toute souillure. Salut à Toi ! Préserve-nous, que nous puissions acquérir la complète connaissance. Salut ! Ô Toi, le Resplendissant, préserve nos actions sacrificielles. Salut ! Ô Satakratu (?), préserve toutes nos possessions. Salut ! VII: Ô Feu divin, ô habitant secret de toutes les créatures, en réponse aux louanges que te portent les hymnes du premier Véda, fais-nous la grâce de nous protéger. Salut à Toi ! Puis, en réponse aux louanges que te portent les hymnes du deuxième Véda, fais-nous la grâce de nous protéger. Salut à Toi ! Puis, en réponse aux louanges que te portent les hymnes du troisième Véda, fais-nous la grâce de protéger notre nourriture et l'essence fortifiante qui est en elle. Salut à Toi ! Enfin, en réponse aux louanges que te portent les hymnes des quatre Védas, fais-nous la grâce de nous protéger. Salut à Toi ! VIII: L'Être Suprême, Indra, qui est l'excellent Pranava (1) qu'enseignent les Védas, qui est l'âme incarnante de l'univers entier, qui vient en tête de la collection des sentences védiques exprimées en Gayatri (2) et autres modes de versification, qui vient toujours en tête des mantras, que seul le disciple ardent peut arriver à atteindre, et qui est le premier apparu dans la chaîne des causalités – cet Être suprême enseigna aux Sages épris de contemplation la sagesse sacrée des Upanishads, dont Il est Lui-même le sujet essentiel, afin de les affermir du pouvoir qu'amène la connaissance. Je salue les divinités afin qu'elles écartent les obstacles sur mon cheminement vers l'illumination. Pour la même raison, je salue également les Mânes. Car en le Pranava Om sont contenus les trois mondes de Bhuh, Bhuvah et Suvah (cf. IV), ainsi que les Védas tout entiers.
X-1: La voie droite (dharma – cf. I-13, note 1) est ascèse (tapas) (1). La véracité est ascèse. L'étude des Écritures est ascèse. La maîtrise des sens est ascèse. La répression des pulsions corporelles par des moyens tels que le jeûne est ascèse. Cultiver une disposition d'esprit pacifique est ascèse. Accorder des dons et aumônes sans motifs égoïstes est ascèse. La ferveur du culte est ascèse. Brahman le Suprême S'est manifesté Lui-même comme Bhuh, Bhuvah et Suvah (cf. IV). Médite sur Lui ! Voilà l'ascèse par excellence.
XI: De même que le parfum d'un arbre en pleine floraison est répandu au loin par la brise, le parfum des actes méritoires – et la bonne renommée qui s'en accroît – diffuse à une grande distance, et même jusqu'aux cieux. Cette renommée entraîne un gain karmique. Supposons que le fil tranchant d'une épée soit placée en travers d'une fosse : “Je pose mes pieds sur le fil tranchant, et je marche dessus. Si je continue d'y penser en avançant, je serai perturbé par la crainte de la douleur et je tomberai dans la fosse.” De la même façon, un homme exposé aux souillures visibles et invisibles doit chercher à éviter les unes et les autres, s'il désire atteindre à l'immortalité. XII-1: Le Soi infini, plus subtil que l'infiniment subtil et plus grand que l'infiniment grand, est serti au cœur des créatures vivant ici-bas. Par la grâce du Créateur, on arrive à Le réaliser, ce Soi libre de tout désir fondé sur des valeurs subjectives, qui est suprêmement grand, qui est l'instance directrice la plus haute qui soit, et qui a maîtrise sur tout, et ainsi on se libère de toute douleur. XII-2: De Lui, tirent leur origine les sept Pranas (1), les sept flammes, leur combustible, les sept langues de feu (sacrifices) et les sept mondes (lokas) dans lesquels se meuvent les énergies vitales. Bien d'autres composants septuplement différenciés (2) proviennent aussi de Lui, qui réside dans la grotte secrète du cœur, et tous sont disposés à leurs places respectives.
XII-3: De Lui, ont surgi tous les océans et toutes les montagnes. De Lui, s'écoulent toutes les rivières, et de Lui sortent toutes les plantes et toutes les essences végétales; unie à celles-ci (1), l'âme individuelle (jiva) qui se tient dans le corps subtil, réside en toute créature.
XII-4: Le Suprême, s'étant transmué en Brahma aux-quatre-visages parmi les dieux, en le Maître de la parole juste parmi les poètes-voyants, en le Voyant parmi les hommes doués d'intelligence, en le buffle parmi les mammifères, en le milan parmi les oiseaux, en la hache parmi les outils tranchants, et en le soma parmi les ingrédients du sacrifice, transcende tous ces agents de purification qu'accompagne le son du chant sacré. XII-5: Il existe une entité femelle non-née, Maya (1), substance de l'univers, blanche, rouge et noire selon qu'Elle manifeste Sattva, Rajas ou Tamas (2), et dont l'innombrable progéniture est de même nature qu'Elle. Il existe une entité mâle non-née, qui se couche contre Elle et jouit d'Elle, et dont la forme générique est l'ensemble des humains qui sont attachés aux sortilèges de la vie; et il existe une autre entité mâle non-née, qui La quitte après avoir joui d'Elle, et dont la forme générique est l'ensemble des humains qui sont détachés des sortilèges de la vie.
XII-6: Cela qui est le Soleil dans le ciel clair; qui est Vasu, l'air mobile, dans les régions intermédiaires; qui est le Feu sacrificiel, qui vit sur l'autel et est invité dans les foyers domestiques; qui est le feu qui brille en tant qu'âme en l'homme comme en le dieu; qui est le feu consacré au cours du sacrifice; qui s'étend dans le ciel en tant qu'air; qui apparaît dans l'eau en tant que feu humide; qui apparaît dans les rayons de soleil; qui est le feu directement visible dans le luminaire, et qui apparaît au-dessus des montagnes en tant que soleil levant – tout Cela est la Vérité suprême, la Réalité sous-jacente dans tout l'univers manifesté. XII-6(a): Les êtres nés de Prajapati (cf. I-2 ) ne sont pas séparés de Lui. Avant leur naissance, absolument rien d'autre n'existait que Lui, qui pénétra dans toutes les créatures de ce monde en tant que leur Soi le plus intime. Ce faisant, Prajapati s'est identifié à toutes ces créatures. Il confère aux trois luminaires, Feu, Soleil et Lune, leur éclat incomparable car Il s'est identifié à eux de la même manière. En tout, il est constitué de seize parties (?). XII-6(b): Nous invoquons le Créateur de l'univers qui soutient Sa création de multiples façons et qui est le Témoin des pensées et des actes des humains. Puisse-t-Il nous accorder des biens en abondance et en excellence. XII-7: Les sacrificateurs versent le beurre clarifié dans le feu consacré. Le beurre clarifié est le lieu d'origine de celui-ci, qui y trouve son support. Oui, le beurre clarifié est son agent de luminosité et sa résidence, tout à la fois. Ô Feu, avec chaque offrande d'oblations, invoque les divinités et régale-les. Ô Toi l'Excellent, porte-leur les offrandes que nous avons faites avec le Svaha (1).
XII-8: De la Source suprême, vaste comme l'océan, s'écoule l'univers, sous forme de vagues qui bercent de plaisir les créatures. Le nom qui désigne la Réalité lumineuse et que symbolise la syllabe Om, est occulté dans les Védas. Par la contemplation du Suprême, accompagnée de la répétition pénétrée et lente de ce nom, l'on atteint à l'immortalité. Cette désignation du Suprême est sur les lèvres des sages contemplatifs, car c'est le support central d'une félicité qui jamais ne s'éteint. XII-9: Puissions-nous toujours répéter, durant nos sacrifices contemplatifs, la syllabe Om XII-10: La syllabe Om considérée comme le Taureau, possède quatre cornes, trois pieds et deux têtes. Et sept mains (1). Ce Taureau, que l'on contacte de trois façons, déclame avec éloquence : “La Suprême, la lumineuse Divinité est entrée dans les mortels, où qu'ils se trouvent.”
XII-11: Des sages semblables aux dieux ont atteint à cette lumineuse Réalité sertie dans les trois états de conscience (1), secrètement enseignée par les maîtres qui en font les louanges au moyen des grandes maximes védiques, telles que “Toi aussi, tu es Cela” (2). Indra ou Virat (3), le Régent de l'univers manifesté et des mondes visibles, créa l'état de veille; Surya (le Soleil) représentant Taijasa (4) et Hiranyagarbha (cf. I-12 ), créa l'état de rêve; et Vena, le soleil de midi, créa le dernier, l'état de sommeil profond. Mais c'est par Paramatman (5), qui est Lui-même Son propre support, que furent agencées toutes les triplicités.
XII-12: Puisse le Seigneur suprême nous accueillir avec une impression bénéfique et Se souvenir de nous – Lui qui est supérieur à tout et à tous, Lui qui S'est révélé à travers les Védas, Lui qui est le suprême Voyant (rishi), Lui qui a le privilège de voir directement Hiranyagarbha, le tout-premier parmi les dieux, engendré avant le reste de la manifestation. XII-13: Il n'est rien de plus élevé, rien de plus subtil, rien de plus grand que le Purusha (1). Par ce Purusha – l'Unique qui demeure immobile, tel un arbre établi dans les cieux – tout cet univers est empli.
XII-14: Ce n'est ni par leur travail, ni par leur progéniture, ni par leurs richesses, que certains humains ont atteint à l'immortalité. Mais par le renoncement (vairagya). Cela qu'atteignent les ascètes, est situé bien au-delà des cieux; et pourtant Cela brille avec un éclat éblouissant dans le cœur purifié. XII-15: Après avoir atteint l'immortalité (qui consiste en une identification au Suprême), tous ces aspirants qui ont lutté pour parvenir à la maîtrise d'eux-mêmes, qui – par leurs inquisitions rigoureuses – sont parvenus aux conclusions mêmes qu'enseigne le Védanta sur la base de la connaissance directe, qui sont parvenus à la pureté mentale au moyen de la discipline yoguique, et restent fermement établis dans la connaissance de Brahman au moyen de la renonciation – ces aspirants trouvent leur libération finale dans la région de Brahman au moment de la dissolution de leur corps, juste après leur mort. XII-16: Dans la citadelle du corps, se trouve, menu, sans souillures et immatériel, le lotus du cœur, résidence du Suprême. Plus profondément enchâssé dans ce lieu exigu, se trouve l'éther, Akasha (1), parfaitement serein. C'est sur Cela qu'il faut méditer continuellement.
XII-17: Il est le Seigneur suprême qui transcende la syllabe Om que l'on psalmodie au moment d'initier un récital de Védas; l'importance du Om est clairement établie par les Upanishads, ce Om qui se dissout dans la cause primordiale durant la contemplation. XIII-1-3: En vérité, cet univers tout entier est uniquement l'Être divin. Donc, il ne subsiste que par Lui – Être divin rayonnant de Sa propre splendeur – qui possède d'innombrables têtes et deux fois plus d'yeux; Il produit cette joie répandue dans l'univers, lequel est Sa propre forme; Il est le Régent et la cause de l'humanité; les divinités sont Ses diverses formes; Il est impérissable; Il est le Gouverneur et Sauveur qui surpasse tout et tous; Il est bien au-dessus des mondes; Il est infini et omniprésent; Il représente le but ultime pour l'humanité; Il est le destructeur de l'ignorance et des erreurs conséquentes; Il est le protecteur de l'univers et le Maître des âmes individuelles (jivas); Il est permanent, suprêmement bénéfique et immuable; Il s'est incorporé Lui-même dans l'être humain en tant que son support, en tant que l'Esprit occulte qui réside en lui; Il est l'objet éminemment valable de la connaissance pour toute créature, Lui qui S'est incarné en tant qu'univers, Lui qui est le but ultime.
XIII-5: Quelque objet qui se trouve en ce monde qui nous est connu soit par perception directe en cas de proximité, soit par écoute ou lecture d'un rapport en cas d'éloignement, cet objet est imprégné par Narayana, de part en part, à l'intérieur comme à l'extérieur. XIII-6: On doit méditer sur le Suprême – le Sans-limites, le Non-changeant, l'Omniscient, la Cause unique de tout bonheur en ce monde, le R ésident de l'océan du cœur – comme sur le but de tous nos combats et efforts. Le lieu où méditer sur Lui est cet éther (akasha, cf. XII-16) logé dans le cœur – ce cœur pareil à un bouton de lotus renversé. XIII-7: Il faut savoir que le cœur subtil, qui se situe exactement à distance d'un empan de main en-dessous de la pomme d'Adam et au-dessus du nombril, est l'immense demeure de l'univers. XIII-8: De même qu'un bouton de lotus s'incline sur sa tige en position renversée, le cœur, entouré de ses artères, regarde vers le bas. En lui, se trouve un espace exigu, celui de la sushumna nadi (1). En cet espace, se trouve la base et le support de toute la conscience.
XIII-9-11: Au centre de cet espace exigu de la sushumna nadi, demeure le Feu majeur, sans déclin, omniscient, brûlant vers toutes les directions, qui se réjouit de la nourriture qu'on lui présente en offrande, qui se repaît de l'énergie assimilée à partir de la nourriture absorbée, dont les rayons s'éparpillent à la verticale et à l'horizontale pour réchauffer le corps dans lequel il réside, depuis la plante des pieds jusqu'à la couronne crânienne. Au centre de ce Feu qui imprègne ainsi le corps entier, se tient une langue de feu, brillant de la couleur de l'or pur, qui est de l'essence la plus subtile qui soit, qui éblouit tel un éclair surgissant d'un nuage sombre gonflé de pluies, qui est aussi fine que la barbe d'un grain de riz non décortiqué, et dont on se sert pour les comparaisons illustrant la subtilité. XIII-12: Paramatman (cf. XII-11, n. 5) réside au centre de cette flamme. Là, bien que Sa forme manifestés soit limitée, Il n'en demeure pas moins le Créateur aux-quatre-visages (cf. I-28 et XII-4), Shiva, Vishnu et Indra, la cause matérielle et efficiente de la manifestation universelle, la pure Conscience, suprême et lumineuse par Elle-même. XIV: En vérité, Il est Aditya, le Soleil, Fils-de-l'Étendue-primordiale. Son orbe répand lumière et chaleur; les célèbres versets du Rig Véda s'y trouvent; donc, Son orbe est aussi la collection entière des versets du Rig, et Il est la demeure du Rig Véda. Maintenant, cette flamme qui brille dans l'orbe du Soleil, est la collection entière des versets du Sama Véda; donc, Il est la demeure du Sama Véda. Maintenant encore, Celui qui est la Personne qui se tient dans la flamme qui brille dans l'orbe du Soleil, doit être médité en tant que la collection entière des versets du Yajur Véda; cette partie de Son orbe est donc le Yajur; donc, Il est la demeure du Yajur Véda. Ainsi donc, c'est uniquement par ces trois agents que la triple connaissance peut briller. Et Celui qui se tient à l'intérieur du Soleil, est l'Être d'or, Hiranyagarbha (cf. I-12). XV-1: En vérité, le Soleil, par Lui-même, est tout ceci : énergie, splendeur, force, renommée, vue et visibilité, ouïe et audition, corps, mental, états d'âme négatifs (ainsi, la colère), les Voyants (Rishis), les divinités Mort (Yama), Vérité (Satya), Solidarité (Mitra) (1), Vent (Vayu), Éther (Akasha) et Vie (Prana), les Gouverneurs du monde (Prajapatis) (2), l'indéterminable Unique, la Félicité, Cela qui transcende les sens, la Véracité, la nourriture, l'empan de la vie humaine, la libération (moksha) ou immortalité, l'âme individuelle (jivatman), l'univers, le summum de l'extase, et Brahman, l'auto-engendré.
XV-2: Aditya, le Soleil, Fils-de-l'Étendue-primordiale, cause suprême de l'univers, est le donneur de lumière et d'eau, et Il est la source de toute énergie. Il est évoqué par la syllabe Om. Les divinités L'adorent en tant que principe essentiel de la conscience (tapas - cf. X-1) et Vérité. En vertu de cette adoration, Il accorde la félicité à Ses fidèles, qui Lui sont tels du miel et des douceurs. Cette forme suprême du Soleil est en vérité Brahman. Il est, Lui, la cause toute-pénétrante de la totalité. Il est l'Eau, le Feu, la saveur et l'ambroisie (soma). Les trois Vyahritis (1) représentant les trois mondes et le Pranava Om représentant la cause de la manifestation universelle, évoquent ce Brahman.
XVI: Au moyen de ces vingt-deux noms suivis des salutations prescrites, les prêtres consacrent le Shivalinga (1) pour le bénéfice de toute la communauté – le linga qui représente le nectar du soma et Surya, le Soleil – et, le tenant entre leurs mains, ils répètent ces formules sacrées, pour la purification de toute la communauté.
Nidhanapataye Namah ! Salutations au Seigneur de la dissolution de l'univers !
XVIII: Salutation à Vamadeva, Celui qui est beau et brillant, le dieu généreux. XIX: Désormais, ô Sarva (1), mes salutations, en quelque lieu et moment que je les fasse, iront à tes aspects en tant que Rudra : le Bénin, le Terrifiant, l'Encore-plus-terrifiant et le Destructeur.
XXI: Puisse le Suprême qui est le Maître de la Connaissance, le Gouverneur de tous les êtres créés, le Gardien des Védas et le Chef suprême d'Hiranyagarbha (cf. I-12), nous être propice. Je suis SadasShiva (cf. XVI) tel qu'on Le décrit et tel que L'invoque le Pranava Om.
XXIV: Tout cela en vérité est Rudra. À Lui, Rudra, qui est tel, nous faisons nos salutations. Nous saluons encore et encore cet Être, Rudra, qui est la seule lumière de l'âme des créatures. L'univers matériel, les créatures, et tout ce qui fut créé dans la profusion et la diversité de la manifestation, ainsi que tout ce qui l'est actuellement, dans la présente forme du monde, tout cela est bien Rudra. Salutations à Rudra, qui est tel. XXV: Nous entonnons un hymne qui nous envahit d'un bonheur sans équivalent, à Rudra qui mérite nos louanges, Lui qui possède la plus haute connaissance, Lui qui déverse Ses faveurs aux meilleurs parmi Ses fervents, Lui qui détient le plus fort pouvoir, Lui qui réside dans le cœur des humains. Car tout cela est Rudra. Salutations à Rudra, qui est tout cela. XXVI: Celui qui utilise, lorsqu'il pratique le rite de l'Agnihotra (1), la louche sacrificielle en bois de Vikankata (“Flacourtia Spida”), offre ainsi des oblations efficaces à produire le fruit désiré. De plus, ces oblations contribuent à renforcer ses connaissances spirituelles par la purification de son esprit.
XXVIII: Le Sage Vasistha déclara qu'Aditi, l'Étendue primordiale, est la mère et la protectrice des divinités, des musiciens célestes (Gandharva), des hommes, des ancêtres défunts, des démons, ainsi que d'autres entités; Elle possède dureté et cohésion, Elle est excellente et honorés, Elle émane de l'Esprit divin, et il est bon de Lui adresser des prières, car Elle est contingence et protection du manifesté, riche en cultures céréalières, vaste est Son étendue, Elle possède une profusion de biens, Elle est universelle, constituée des éléments primordiaux, Sa félicité est extrême, tous les corps extériorisés des créatures sont les Siens, Elle est illustre, vaillante, tenace, et donc immortelle. XXIX: En vérité, tout ceci qui nous entoure est l'Eau. Toutes les créatures vivantes sont eau. Les souffles vitaux du corps sont eau. Les quadrupèdes sont eau. Les céréales comestibles sont eau. L'ambroisie est liquide. Samrat, le perpétuellement brillant, est eau. Virat (cf. XII-11, n.3), à l'éclat diversifié, est eau. Svarat, qui brille de Sa propre luminosité, est eau. Les mètres de versification sont eau. Les luminaires sont eau. Les formules védiques sont eau. La Vérité est eau. Toutes les divinités sont eau. Les trois mondes dénommés Bhuh, Bhuvah et Suvah (cf. IV), sont eau. Et la source de tous ceux-ci est le Suprême, qu'invoque la syllabe Om. XXX-1-2: Puisse cette eau nettoyer mon corps physique, composé de terre et de substances minérales. Et que le corps de terre ainsi nettoyé, me purifie, moi l'âme intérieure. Puisse cette eau purifier le Gardien des Védas, mon précepteur. Et que les Védas purifiés enseignés par le précepteur purifié, me purifient à mon tour. Que le Suprême me purifie. Que les eaux pures du Suprême me purifient. Quant à tous mes actes erronés, les repas de nourriture prohibée et les comportements fautifs, si j'en ai eus, et le péché qui s'est accumulé en conséquence de l'acceptation de cadeaux ou bienfaits venant de personnes blâmables selon les critères des Écritures – que je sois absous de tous ces manquements ! Puissent les eaux me purifier. Salut ! XXXI: Que le Feu, la Colère et les Gardiens de la colère me protègent des souillures qu'entraîne la colère. Puisse le Jour effacer totalement le moindre péché que j'aie pu commettre à ce jour, que ce soit par la pensée, la parole, les mains, les pieds, l'estomac ou l'organe de procréation. De plus, quelque action nocive que j'aie pu commettre, j'offre tout cela et ma propre personne en oblation à la Vérité qui brille de Sa propre lumière, source de l'immortalité. Salut ! XXXII: Que le Soleil, la Colère et les Gardiens de la colère me protègent des souillures qu'entraîne la colère. Puisse la Nuit effacer totalement le moindre péché que j'aie pu commettre la nuit passée, que ce soit par la pensée, la parole, les mains, les pieds, l'estomac ou l'organe de procréation. De plus, quelque action nocive que j'aie pu commettre, j'offre tout cela et ma propre personne en oblation à la Lumière suprême, représentée par le Soleil, source de l'immortalité. Salut ! XXXIII: La syllabe Om est Brahman. Agni en est la divinité. Son Rishi (Voyant) est également Brahman. Son mètre est la Gayatri (cf. VIII). Cette syllabe Om nous permet de nous unir au Paramatman (cf. I-10 et XII-11, n. 5) qui existe en tant qu'univers diversifié. XXXIV-1: Puisse la Gayatri qui confère cette bénédiction qu'est la discrimination, venir à nous et nous instruire au sujet de Brahman l'Impérissable, selon les injonctions du Védanta. Oui, que Gayatri, la Mère des mètres de versification, nous accorder la faveur du Suprême. XXXIV-2: Ô Toi, la source de toutes les lettres, ô Toi, la Grande Déesse, ô Toi, l'objet de la méditation du crépuscule, ô Toi, Sarasvati (1), puisse Ton fidèle être libéré le jour-même de ses actes négatifs diurnes, et la nuit-même de ses actes négatifs nocturnes.
XXXV-1: Ô Gayatri, Tu es l'essence de la force. Tu es patience, et pouvoir de dompter. Tu es capacité physique. Tu es splendeur. Tu es demeure des divinités, de même que leurs noms respectifs. Tu es l'univers des formes inanimées. Tu es l'empan de vie du Seigneur de la totalité. Tu es tous les êtres vivants, de même que l'empan de leur vie. Tu es victorieuse de tout ce qui nous est hostile. Tu es la Vérité qu'évoque le Pranava. Je T'invoque, Gayatri, dans l'intime de mon cœur. Là, j'invoque Savitri (le Soleil procréateur). Et Saravasti. J'invoque les mètres, les Rishis (Voyants des origines) et les divinités. J'invoque la splendeur des dieux. De Gayatri, Mère des Védas, le mètre est celui qui a reçu Son nom, le Rishi est Vishvamitra et la divinité est Savitri. Agni représente Sa bouche; Brahma aux-quatre-visages, Sa tête; Vishnu, Son cœur; Rudra, la couronne de Ses cheveux; la Terre, Sa source; les cinq pranas (cf. XII-2), Son souffle. Gayatri a le teint clair et Elle appartient à la famille du Paramatman (cf. XII-11, n. 5), auquel parviennent les Sages illuminés par l'étude du Samkhya (1). La déesse Gayatri, en tant que mantra de l'aube, possède vingt-quatre syllabes, bâties sur trois pieds métriques, six fourreaux (ou cavités) et cinq têtes. On l'emploie dans l'Upanayana, la cérémonie d'initiation aux études védiques.
XXXV-2: Om, Terre ! Om, Ciel ! Om, Région intermédiaire ! Om, lieu de naissance ! Om, Demeure du Béni ! Om, Royaume de la Vérité ! Om, puissions-nous méditer sur l'adorable Lumière de ce Créateur divin qui stimule notre mental et notre compréhension. Om, Il est eau, lumière, saveur, ambroisie, et aussi les trois mondes. Lui qui est évoqué par le Pranava, est bien tout cela. XXXVI-1: Ô Déesse, Tu peux t'en aller demeurer, selon Ton bon vouloir, sur le plus haut et le plus sacré des points culminants de la Terre, ou dans toute montagne, jusqu'à ce que les brahmanes se souviennent de nouveau de Toi. XXXVI-2: Puisse la Mère des Védas qui donne Sa bénédiction et que je viens de magnifier par mes louanges, Elle qui dirige les créatures à la façon du vent (qui les pousse là où il va), Elle qui possède deux lieux de naissance, puisse-t-Elle partir pour le monde parfait de Brahman après m'avoir accordé, en cette vie-ci et ici-bas, longévité, prospérité et puissance d'étude des Védas. XXXVII: L'impérissable Aditya (le Soleil, Fils-de-l'étendue-primordiale), qui communique Son propre éclat à cet univers qu'Il a Lui-même créé, se déplace dans l'espace des cieux à l'instar de Ses propres rayons. Son essence, sous la forme de l'Eau, s'écoule dans les fleuves. Il est Vérité. Aditya, cause suprême de l'univers, est le donneur de lumière et d'eau, à la source de toute énergie. Il est évoqué par la syllabe Om. Les divinités Lui rendent un culte en tant qu'énergie du Feu (tapas) et vérité. Il accorde la félicité à Ses fervents, qui sont pour Lui tels du miel et des douceurs. Cette forme du Soleil est Brahman. Il est la cause omniprésente de la totalité. Il est eau, feu, saveur et ambroisie. Les trois Vyahritis (cf. XV-2) représentant les trois mondes, et le Pranava Om représentant la cause de la manifestation universelle, évoquent Brahman. XXXVIII-1: « Que je puisse joindre le Suprême ! Que je puisse joindre le Bienheureux ! Que je puisse joindre l'unique et bienheureux Suprême ! Ô Seigneur, je suis l'une de Tes créatures, et donc Ton enfant. Supprime le rêve ennuyeux de l'existence empirique dont je fais l'expérience depuis ma naissance. Pour cela, je m'offre moi-même en oblation à Toi, ô Seigneur, ainsi que les forces mentales et vitales que Tu as mises en moi. » XXXVIII-2: On peut confier ce mantra Trisuparna à un brahmane, même s'il ne l'a pas sollicité. Les brahmanes qui récitent le Trisuparna détruisent à coup sûr tout péché, jusqu'au crime de brahmanicide. Ils en retirent un fruit équivalent à un sacrifice de soma. Ils purifient tous ceux qui se tiennent près d'eux, et jusqu'à un millier de convives lors d'un repas; ils parviennent à l'union au Pranava, qui est la divinité de ce mantra. XXXIX-1: C'est par le pouvoir du mental que l'on atteint à Brahman. C'est par le pouvoir du mental que l'on atteint à la Félicité. C'est par le pouvoir du mental que l'on atteint à cette félicité qu'est Brahman. XXXIX-3: Ô Divinité, ô Créateur, détourne de moi tous les actes négatifs. Mais entoure-moi de ceux qui sont bénéfiques. XXXIX-4: Autour de moi, qui suis un adepte fervent de la Vérité suprême, que le vent souffle paisiblement. Que les flots des rivières s'écoulent paisiblement. Que les végétaux nous soient agréables à consommer et bénéfiques. XXXIX-5: Qu'il y ait de la douceur dans le jour et dans la nuit. Que les particules de terre soient le support de la douceur. Que le Ciel, notre père, nous soit clément. XXXIX-6: Que les arbres fruitiers nous comblent. Que le soleil soit agréable et bénéfique. Que les vaches nous pourvoient généreusement de leur lait. XXXIX-7: On peut confier le mantra Trisuparna à un brahmane, même s'il ne l'a pas sollicité. Les brahmanes qui récitent le Trisuparna détruisent à coup sûr tout péché, jusqu'au crime de fœticide ou d'atteinte à un brahmane versé dans les Védas et leurs auxiliaires. Ils en retirent un fruit équivalent à un sacrifice de soma. Ils purifient tous ceux qui se tiennent près d'eux, et jusqu'à un millier de convives lors d'un repas; ils parviennent à l'union au Pranava, qui est la divinité de ce mantra. XL-1: C'est par le pouvoir du sacrifice que l'on atteint à Brahman. C'est par le pouvoir du sacrifice que l'on atteint à la Félicité. C'est par le pouvoir du sacrifice que l'on atteint à cette félicité qu'est Brahman. XL-2: Le Suprême, s'étant transmué en Brahma aux-quatre-visages parmi les dieux, en le Maître de la parole juste parmi les poètes-voyants, en le Voyant parmi les hommes doués d'intelligence, en le buffle parmi les mammifères, en le milan parmi les oiseaux, en la hache parmi les outils tranchants, et en le soma parmi les ingrédients du sacrifice, transcende tous ces agents de purification qu'accompagne le son du chant sacré. XL-3: Cela qui est le Soleil dans le ciel clair; qui est Vasu, l'air mobile, dans les régions intermédiaires; Cela qui est le Feu sacrificiel qui vit sur l'autel et est invité dans les foyers domestiques; Cela qui est le feu qui brille en tant qu'âme en l'homme comme en la divinité; Cela qui est le feu qui est consacré au cours du sacrifice; Cela qui s'étend dans le ciel en tant qu'air; Cela qui apparaît dans l'eau en tant que feu humide; Cela qui apparaît dans les rayons de soleil; Cela qui est le feu directement visible dans le luminaire, apparaissant au-dessus des montagnes en tant que soleil levant – tout Cela est la Vérité suprême, la Réalité sous-jacente dans tout l'univers manifesté. XL-4: J'empile du bois dans le feu consacré, en vue d'acquérir les Védas nécessaires à Ton culte, tout en méditant sur Ta forme en tant que Rig Véda. Le filet continu de beurre clarifié (1) que je verse dans le feu – sacralisé par un état d'esprit de chaleureuse empathie – s'écoule comme les fleuves, lesquels sont les eaux potables des divinités. J'attise ainsi la splendeur du feu sacré.
XL-5: Dans ce Feu-de-l'est (Ahavaniya), parmi les filets de beurre clarifié offerts en oblation, réside l'Être suprême, splendide, immensément riche, magnifié par le mantra Trisuparna, qui se loge également dans le corps subtil des créatures, qui leur confère la félicité selon leurs mérites, et qui partage avec les dieux cette suave ambroisie que sont les oblations offertes par leurs fidèles dans le feu sacrificiel. Dans Sa proximité, sont assis les sept Sages (Rishis) qui détruisent le karma négatif par Sa simple évocation, et qui versent continuellement des oblations en un flot de nectar, l'esprit fixé sur les diverses divinités auxquelles elles sont destinées. XL-6: On peut confier le mantra Trisuparna à un brahmane, même s'il ne l'a pas sollicité. Les brahmanes qui récitent le Trisuparna détruisent à coup sûr tout péché, jusqu'au crime d'homicide sur un brahmane de valeur ou sur un roi consacré. Ils en retirent un fruit équivalent à un sacrifice de soma. Ils purifient tous ceux qui se tiennent près d'eux, et jusqu'à un millier de convives lors d'un repas; ils parviennent à l'union au Pranava, qui est la divinité de ce mantra. XLI-1: Puisse Sarasvati (cf. XXXIV-2), la déesse de l'Intellect tout-pénétrant, qui est bénéfique, emplie de bienveillance à notre égard, et qui prend plaisir à nous aider, venir nous visiter. Ô Déesse, nous qui nous enchantions de bavardages futiles avant Ta visite, puissions-nous désormais rester éclairés et capables d'exprimer la suprême Vérité, au bénéfice de nos fils et de nos disciples, ces futurs héros de l'Illumination. XLI-2: Ô Déesse de l'Intellect, quiconque est favorisé par Toi, devient un voyant; on devient un brahmane, ou un connaisseur de Brahman. Favorisé par Toi, on entre en possession de richesses. On obtient des biens divers. Toi qui est telle, ô Déesse de l'Intellect, aide-nous avec plaisir et accorde-nous la richesse d'un intellect tout-pénétrant. XLII-1: Puisse Indra me faire don de l'intelligence. Puisse la déesse Sarasvati faire de même. Puissent les deux Ashvins (1) qui portent des guirlandes de lotus, féconder l'intelligence dans mon mental.
XLII-2: Salut ! Qu'une telle intelligence me favorise – celle que possèdent les Apsaras (les nymphes célestes), celle qui constitue le pouvoir mental des Gandharvas (cf. I-14-15), celle qu'expriment la tradition des Védas, cette intelligence qui se diffuse, tel un parfum, dans toute la manifestation. XLIII: Puisse la déesse de l'Intellect tout-pénétrant venir à moi, avec un visage joyeux, pour me donner Ses faveurs – cette Déesse de l'Intellect qui pénètre partout, tel un parfum, qui est capable d'examiner tout objet intellectuel, qui possède des lettres d'or ayant la forme des syllabes des Védas, qui est saine et charmante, continuellement présente, qui est à la disposition des chercheurs qui s'intéressent aux valeurs authentiques, et à laquelle ils peuvent recourir inlassablement, et qui, possédant le goût prononcé d'un aliment vigoureux, me nourrira du lait du Savoir et des autres richesses. XLIV: Puisse Agni me faire don de l'intelligence, d'une descendance ininterrompue, ainsi que de cette splendeur née de l'étude des Védas. Puisse Indra me faire don de l'intelligence, d'une descendance ininterrompue, ainsi que de la force virile. Puisse Surya me faire don de l'intelligence, d'une descendance ininterrompue, ainsi que de ces prouesses guerrières qui frappent de terreur le cœur des ennemis. XLV: Puisse la mort nous oublier à tout jamais. Puisse l'immortalité venir à nous. Puisse Yama, dieu de la Mort, nous accorder la sécurité. Puissent nos imperfections être détruites, telles des feuilles flétries sur un arbre mort. Que la prospérité vienne à nous, accompagnée de la solidité qu'elle confère. XLVI: Ô Mort, repars sur Ton propre chemin, qui n'est pas celui des dieux. Je t'en conjure, Toi qui es capable de me voir et de m'entendre : “Ne frappe pas notre progéniture ! Ne frappe pas nos héros !” XLVII: De tout cœur, nous adressons nos supplications au Seigneur des créatures, Pashupati (cf. XXII), le Protecteur de l'univers, actif en nous en tant que souffle vital et autour de nous en tant que brise et vents. Puisse-t-Il nous garder de la mort et nous protéger des actes négatifs. Puissions-nous vivre brillamment jusqu'à un âge vénérable. XLVIII: Ô Toi le Suprême, libère-moi de la peur de Yama, des critiques et accusations de mes semblables, et de l'obligation de vivre en ce pauvre monde d'ici-bas. Ô Agni, puissent les deux guérisseurs divins, les Ashvins (cf. XLII-1), chasser au loin la mort en vertu des pouvoirs que confère l'œuvre spirituelle. XLIX: Comme des serviteurs, les divinités suivent Hari (1), le Seigneur de l'univers, qui mène toutes les réflexions et prises de décision en tant que chef incontestable, et qui absorbe en Lui-même cet univers au temps de sa dissolution. Puisse ce chemin vers la libération, telle qu'enseignée par les Védas qui lui attribuent la forme de Brahman, s'ouvrir spontanément devant mes pas. Ne me prive surtout pas de cela ! Mais efforce-Toi de me procurer cette faveur !
LI: Ô Mort farouche, ne tranche pas le fil de ma vie ! Ne me fais aucun tort ! Ne diminue pas ma force ! Ne m'inflige pas la misère ! Ne blesse ni mes enfants ni leur vie ! Je te servirai des oblations, car tu scrutes avec vigilance les moindres actes des humains. LII: Ô Rudra (cf.I-23), ne cause aucun tort à nos aînés, ni à nos enfants, ni aux adultes en âge de procréation, ni aux fœtus que nous avons engendrés dans la matrice de nos épouses, et encore moins à nos pères et mères ! Ne fais aucun mal à ceux que nous chérissons ! LIII: Ô Rudra, ne nous blesse pas au travers de nos enfants, de nos petits-enfants, des autres hommes de notre lignage, de nos troupeaux et de nos chevaux ! Ne frappe pas avec colère nos héros ! Nous Te servirons des offrandes, avec révérence. LIV: Ô Prajapati, Maître des créatures, tout ce qui est créé par la naissance n'est pas différent de Toi. Tu existais avant eux et Tu existes encore après les avoir réabsorbés par la mort. Aucune de ces êtres créés par Toi ne peut Te surpasser. Quels que soient nos désirs, nous T'offrons nos oblations, afin que tu les agrées. Rends-nous maîtres de nos possessions ! LV: Puisse Indra venir à notre secours – Indra qui accorde le don du bonheur ici-bas et de la félicité dans l'au-delà, qui est le Seigneur des vivants, qui mit à mort Vritra (démon de la sécheresse), qui dompte les fléaux et prodigue la pluie, qui est pacifique et assure la sécurité. LVI: Nous honorons le Seigneur aux-trois-yeux (Shiva), qui est parfumé et qui nourrit Ses fervents avec une générosité croissante. Si nous Lui rendons un culte fidèle, nous glissons entre les doigts de la mort, aussi facilement que le concombre mûr se détache de sa tige. Puissions-nous ne jamais être éloigné et séparé de l'immortalité ! LVII: Ô Mort, ces pièges par milliers et dizaines de milliers, et plus encore, que Tu as tendus pour faire périr les humains, nous les déjouons tous par le pouvoir de nos rites d'adoration. LVIII: Salutations ! Que ceci soit une oblation portée à Mrityu, l'artisan de la mort. LIX: Ô Agni, c'est Toi qui absous les offenses que nous avons commises envers les dieux. Salut à Toi ! LX: Ô Divinités, ô Vasus (les 8 sphères d'existence, cf. I-66), ces offenses graves à l'encontre des dieux que nous avons commises par nos paroles, nos pensées et nos actes, imputez-les à ces entités qui tentent de nous obséder à des fins malveillantes. Salut à Vous ! LXI: Salutations aux divinités ! C'est le désir qui a accompli l'acte. Le désir a commis l'acte. C'est le désir qui est l'auteur de l'acte, et non moi. C'est le désir qui agit, et non moi. C'est le désir qui force l'auteur de l'acte à agir, et non moi. Ô Désir, fascinant dans la multiplicité de tes formes, agrée cette oblation que je t'offre. Salut ! LXII: Salutations aux divinités ! C'est la colère qui a accompli l'acte. La colère a commis l'acte. C'est la colère qui est l'auteur de l'acte, et non moi. C'est la colère qui agit, et non moi. C'est la colère qui force l'auteur de l'acte à agir, et non moi. Ô Colère, agrée cette oblation que je t'offre. Salut ! LXIII-1: Ô Être Suprême, j'offre en oblation une savoureuse pâte de graines de sésame et de farine, et je la dépose dans le feu consacré; que mon esprit soit enchanté par les attributs du Suprême ! Salut ! LXIII-2: Ô Dieu, par l'entremise de Ta grâce, que je puisse obtenir du bétail, de l'or, des biens, de la nourriture et des boissons, tous les objets désirables, la beauté et la prospérité ! À cette fin, que cette oblation Te parvienne ! Salut ! LXIII-3: Puisse la Divinité me faire don d'une prospérité digne d'un roi, du bonheur d'être libre, de la santé, d'une excellente réputation, de la capacité de m'acquitter de mes dettes auprès des dieux, ainsi qu'auprès des âmes des défunts et des sages; puisse-t-Elle me faire don des qualités d'un brahmane idéal, de nombreux fils, de la foi, de l'intelligence et de petits-fils. Que cette oblation soit agréée en ce sens ! Salut ! LXIV-1: Ô Seigneur, par l'entremise de Ta grâce, puissent ces graines de sésame, les noires, les blanches, les vigoureuses et les autres, purifier quelque offense qui me soit imputée ou quelque tort qui se préparerait contre moi. À cette fin, j'offre cette oblation. Salut ! LXIV-2: Puissent les graines de sésame offertes en oblation, effacer mes actes répréhensibles, tels que partager un repas que l'hôte s'est procuré par vol, dîner à un endroit où la nourriture servie provient des rites funéraires pour une âme récemment en-allée, frapper un brahmane, outrager l'honneur de son précepteur, chaparder du bétail, s'enivrer, donner la mort à un héros ou à un fœtus. Que je puisse gagner la paix. Salut ! LXIV-3: Puisse la Divinité me faire don d'une prospérité digne d'un roi, du bonheur d'être libre, de la santé, d'une excellente réputation, de la capacité de m'acquitter de mes dettes auprès des dieux, des âmes des défunts et des sages, des qualités d'un brahmane idéal, de nombreux fils, de la foi, de l'intelligence et de petits-fils. Que cette oblation soit agréée en ce sens ! Salut, ô Jatavedas (cf. I-20) ! LXV-2: Par cette oblation, que mes paroles, mon mental, ma vision, mon audition, mon goût, mon odorat, ma semence, mon intellect, mon intention et mon but, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXV-3: Par cette oblation, que mes sept constituants corporels, le derme et l'épiderme, la chair, le sang, la masse graisseuse, la moelle osseuse, les tendons et articulations, et les os, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXV-4: Par cette oblation, que mes membres et mes parties corporelles, ma tête, mes mains, mes pieds, mes flancs, mon dos, mon ventre, mes cuisses, mes jarrets, mes organes génitaux et mon anus, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXV-5: Ô Toi, Personne divine, dont la peau est bleu foncé et brun rouge, les yeux rouges, hâte-Toi de m'accorder ces faveurs ! Confère-moi encore plus de pureté. Sois pour moi le donateur de pureté, par l'intermédiaire de mon précepteur. Que mes pensées soient purifiées ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXVI-1: Viraja Homa – Offrande à Viraj, l'Être cosmique : Par cette oblation, que les cinq éléments constitutifs de mon corps, terre, air, eau, feu et éther, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXVI-2: Par cette oblation, que les attributs sensoriels, son, toucher, couleur, goût et odeur, résidant dans les cinq éléments constitutifs de mon corps, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXVI-3: Par cette oblation, que les actes accomplis par mon esprit, ma parole et mon corps, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXVI-4: Par cette oblation, que je n'entretienne aucun sentiment d'égoïsme, même réprimés ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXVI-5: Par cette oblation, que mon corps soit entièrement purifié ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXVI-6: Par cette oblation, que mes organes internes soient entièrement purifiés ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXVI-7: Par cette oblation, que le Soi infini qui est en moi soit entièrement purifié ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXVI-8: Que cette oblation soit adressée au dieu de la faim. Salut ! Que cette oblation soit adressée aux dieux de la faim et de la soif. Salut ! Que cette oblation soit adressée au Suprême omniprésent. Salut ! Que cette oblation soit adressée au Suprême, qui est l'ordonnateur des chants du Rig Véda. Salut ! Que cette oblation soit adressée au Suprême, qui prend intérêt à Sa création. Salut ! Je suis la Vérité qu'exprime le Pranava. Pour la réalisation de cette Vérité, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut ! LXVI-9: Ô Seigneur, à l'aide de Ta grâce, je retire de mon être ces souillures que forment la faim et la soif, la malchance et l'adversité, la pauvreté, l'incapacité de progresser, et tant d'autres obstacles. Efface mes imperfections ! Salut ! LXVI-10: Par cette oblation, que mon quintuple Soi, composé des cinq gaines (1), soit entièrement purifié ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !
LXVII-2: De même qu'un puits vivace est alimenté par des centaines et milliers de sources, que je puisse de même avoir une inépuisable réserve de céréales, assurée par des milliers de sources. À cette fin, j'offre des oblations au dieu des ressources matérielles. Salut ! LXVII-3: Dans l'intention d'assurer ma prospérité, je présente des offrandes de nourriture à ces esprits logeant dans les enclos de crémation, qui sont les aides de Rudra, le Destructeur; qui infligent aux créatures les souffrances liées à la mort et au deuil; et qui rôdent jour et nuit à la recherche de leur tribut de victimes. Puisse le Seigneur de la prospérité m'accorder Ses faveurs ! Salut ! LXVIII-1: Om ! Cela est Brahman. Om ! Cela est Vayu (Vent). Om ! Cela est le Soi infini. Om ! Cela est la Vérité suprême. Om ! Cela est la Totalité. Om ! Cela est la multitude des citadelles que sont les corps humains. Salutations à Lui ! LXVIII-2: Cet Être Suprême se meut dans le cœur des êtres vivants, tout en possédant d'innombrables formes. Ô Suprême, Tu es le sacrifice, Tu es l'expression Vasat (le Vivant), Tu es Indra, Tu es Rudra, Tu es Brahma, Tu es Prajapati, Tu es Cela, Tu es l'eau des rivières et de l'océan, Tu es le Soleil, Tu es la saveur, Tu es l'ambroisie, Tu es le corps des Védas, Tu es le triple monde et Tu es Om. LXIX-1: Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Prana (cf. XII-2, également pour les termes suivants). LXIX-2: Eau, tu es un siège étalé pour Anna-Brahman (1), la nourriture immortelle.
LXIX-3: Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Prana. Ô substance offerte, sois propice et assimile-toi à moi, que je ne puisse pas être dévoré par la faim. Oblation à Prana ! LXIX-4: Eau, tu es un abri pour Anna-Brahman, la nourriture immortelle. LXX: Ferme dans ma foi religieuse, j'ai offert avec révérence cette oblation de soma à Prana. Ô Prana, par cette nourriture, accrois la puissance de mon inspiration ! LXXI: Puisse le Seigneur suprême être satisfait de ce repas, Lui qui est le Gouverneur de tous les mondes et Celui qui jouit de tous; Lui qui, en tant qu'entité résidant dans le corps, a la taille d'un pouce; Lui qui est le support du corps, lui communiquant sensibilité et dynamisme, de la pointe des pieds à la couronne crânienne. LXXII: Ô Seigneur, après ce repas, mes énergies pour la pensée articulée (discours), la respiration, la vision et l'audition, sont restaurées et se meuvent fermement dans leurs emplacements respectifs : ma bouche, mes narines, mes yeux et mes oreilles; la force et la vitalité sont aussi revenues dans mes bras et mes cuisses. Mes corps subtils et mon corps physique, ainsi que tous leurs membres respectifs, sont maintenant débarrassés de toute inadéquation. Je Te salue ! Ne cause aucun mal, ni à moi, ni aux miens ! LXXIII: Semblables à des oiseaux au plumage de grande beauté, des sages qui s'étaient voués au culte sacrificiel, avec comme objectif le bien commun, s'approchèrent d'Indra avec les requêtes suivantes : “Ôte de notre mental l'obscurité de l'ignorance ! Place devant nos yeux des visions de grande valeur ! Et libère-nous des chaînes de l'ignorance, qui nous rendent tels des oiseaux pris au piège !” LXXIV: Ô Rudra, Tu es le noeud qui attache ensemble les cinq souffles et les organes des sens à l'intérieur de notre corps. Pénètre en moi comme Celui qui met fin aux souffrances, accrois mes énergies et protège-moi au moyen de cette nourriture que je viens d'ingérer. LXXV: Salutations à Rudra qui est Vishnu ! Garde-moi de la mort. LXXVI: Ô Agni, Tu es né aux jours des sacrifices comme protecteur des humains en général, et plus spécialement de ceux qui offrent des sacrifices. Tu es né répandant la lumière alentour, ou causant une vive douleur au simple toucher. Tu es né de l'eau comme éclair, ou comme feu aquatique. Tu es né de la friction entre les nuages ou les pierres. Tu es né des forêts. Tu es né des herbes. Tu es né à jamais pur, et Tu renais comme Soleil. LXXVII: Ô Seigneur, Toi qui est vénéré dans tous les sacrifices, je m'incline devant Toi avec profonde révérence ! Oui, je m'incline devant Toi ! Daigne rester auprès de moi, me donnant tout ce qui est bénéfique. Daigne rester auprès de moi, me donnant le bonheur ici-bas. Daigne rester auprès de moi, me conférant bonté et qualités divines. Daigne rester auprès de moi, me donnant cette splendeur née de l'étude des Védas. Quand le sacrifice que j'ai entrepris aura été accompli d'une manière prospère, sois auprès de moi pour m'en donner les fruits. LXXVIII-1: La Vérité est excellente. L'excellence est la Vérité, et rien d'autre. Par la Vérité, ceux qui ont atteint à l'état de félicité, n'en retombent jamais. Ce qui est la caractéristique de Sat (1), c'est bel et bien Satya, la Vérité (2). C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans la Vérité.
LXXVIII-2: Certains sont de l'opinion que l'ascèse (tapas) est la voie vers la libération, et qu'il n'est aucune ascèse plus haute que le jeûne religieux. Mais cette ascèse, pour excellente qu'elle soit, est dure à pratiquer, au point d'être impensable pour le commun des mortels. Celui qui la pratique, devient invincible. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans l'ascèse. LXXVIII-3: Les ascètes parfaits déclarent que le retrait des sens, pratyahara (1), et la cessation de l'attirance vers les objets profanes, est la voie vers la libération. C'est pourquoi ils trouvent leurs délices en la pure introversion.
LXXVIII-4: Les ermites habitant les forêts considèrent que la maîtrise de l'esprit est la voie vers la libération. C'est pourquoi ils trouvent leurs délices dans la tranquillité. LXXVIII-5: Toutes les créatures louent le don sans motif égoïste comme étant suprême, car rien n'est plus difficile que d'accomplir un don sans motif égoïste. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans le don purement désintéressé. LXXVIII-6: Certains considèrent que faire son devoir (dharma) selon les Écritures est la voie vers la libération. C'est par l'accomplissement de la Loi divine que le monde est préservé dans sa cohérence. Rien n'est plus difficile à pratiquer que le devoir selon les Écritures. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans le devoir selon la Loi divine. LXXVIII-7: Le plus grand nombre considère que la procréation est la voie vers la libération. C'est la raison des naissances en nombre dans les familles. Du fait de cette réputation, le plus grand nombre trouve ses délices dans la procréation. LXXVIII-8: Celui-ci, fervent de la religion védique, dit que les Feux védiques sont la voie vers la libération. En conséquence, les Feux védiques doivent être consacrés. LXXVIII-9: Cet autre fervent de la religion védique dit que l'Agnihotra (le sacrifice par le feu, cf. XXVI) est la voie vers la libération. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans le sacrifice Agnihotra. LXXVIII-10: D'autres fervents de la religion védique disent que le sacrifice est la voie vers la libération. Assurément, les dieux sont parvenus à leur état céleste grâce aux nombreux sacrifices qu'ils avaient accompli auparavant. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans l'accomplissement de sacrifices. LXXVIII-11: Certains sages considèrent que la ferveur intérieure est la voie vers la libération. C'est pourquoi les sages trouvent leurs délices dans la ferveur intérieure. LXXVIII-12: Brahma Hiranyagarbha (cf. I-12 et XXI) considère que le renoncement, Sannyasa (1), est la voie vers la libération. Seul l'Être Suprême est Hiranyagarbha, tout en étant une Personne divine. Certainement, les austérités préconisées ci-dessus sont inférieures à ce renoncement, qui est insurpassable en excellence. C'est pour celui qui connaît et est persuadé de la transcendante supériorité du renoncement, qu'a été délivré le précieux enseignement de cette Upanishad.
LXXIX-2: « Sous l'effet de Satya, la Vérité, le vent souffle, le soleil brille dans le ciel. Elle est le fondement du langage. Toute chose, dans la vie pratique, repose sur elle. Aussi les maîtres déclarent-ils que la Vérité est le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-3: Au moyen de tapas, le feu de l'ascèse, qu'ils pratiquèrent au préalable, les dieux atteignirent à l'état de divinité. Au moyen de l'ascèse, les Voyants se sont élevés graduellement jusqu'aux cieux. Par elle, nous nous débarrassons des ennemis qui nous barrent l'accès aux progrès déjà acquis. Tout progrès est fondé sur elle. Aussi les maîtres déclarent-ils que tapas, le feu de l'ascèse, est le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-4: Les personnes qui pratiquent pratyahara, le contrôle des sens, se débarrassent de leurs imperfections. Au moyen du contrôle des sens, les ascètes parfaits se sont élevés graduellement jusqu'aux cieux. Tout progrès est fondé sur lui. Aussi les maîtres déclarent-ils que le contrôle des sens est le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-5: Ceux qui sont d'une disposition paisible font du bien autour d'eux uniquement par leur équanimité. Au moyen de l'équanimité, les sages se sont élevés graduellement jusqu'aux cieux. Elle est inaccessible au commun des mortels. Tout progrès est fondé sur elle. Aussi les maîtres déclarent-ils que l'équanimité est le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-6: Le don fait sous forme d'oblation sacrificielle (dakshina) est la base stable de tout sacrifice. En ce monde, toutes les créatures ne subsistent que par l'entremise d'un donateur. De plus, on adoucit par des cadeaux ceux qui nous envient et sont malveillants envers nous. Avec un cadeau, l'inamical devient amical. Toute relation sociale est établie sur le don. Aussi les maîtres déclarent-ils que le don sous forme d'oblation est le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-7: La loi du dharma, la rectitude religieuse, est le support de l'univers tout entier. Tout être humain est attiré par les individus qui se sont voués au dharma. Il chasse les imperfections. Tout progrès est fondé sur lui. Aussi les maîtres déclarent-ils que le dharma est le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-8: En ce monde, la procréation est indéniablement le fondement de la perpétuation du genre humain. Un individu qui y contribue en engendrant une progéniture, et qui l'élève de façon adéquate, selon les préceptes des Écritures, se décharge ainsi de ses dettes vis-à-vis de ses ancêtres défunts. Cela est la seule manière pour lui de s'en acquitter. Aussi les maîtres déclarent-ils que la procréation est le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-9: Les Feux sacrificiels majeurs sont indéniablement la triple connaissance, ainsi que la voie menant à l'état divin. Ce sont les suivants : le Feu Garhapatya est le Rig Véda, la terre, et le chant du Rathantara Saman; le Feu Anvaharyapachana est le Yajur Véda, la région intermédiaire, et le chant du Vamadevya Saman; le Feu Ahavaniya est le Sama Véda, les mondes célestes, et le chant du Brihat Saman. Aussi les maîtres déclarent-ils que les Feux sacrificiels sont le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-10: Accomplir l'Agnihotra à l'aube et au crépuscule, suscite une expiation des actes négatifs accidentels survenus dans la vie familiale. C'est un bon autel (yaga) et une bonne offrande (homa) (1); c'est aussi le commencement de tous les sacrifices rituels (yajnas) (2) et la fondation de toute intention derrière le rituel (kratu) (3). C'est un phare allumé pour les mondes célestes. Aussi les maîtres déclarent-ils que l'Agnihotra est le moyen suprême d'atteindre à la libération.
LXXIX-11: D'autres, fervents de la religion védique, disent que le sacrifice est la voie vers la libération, et qu'il est cher aux dieux. Assurément, les dieux sont parvenus à leur état céleste grâce aux nombreux sacrifices qu'ils avaient accompli auparavant. Ils ont mis les démons en déroute grâce à eux. Par eux, ceux qui sont hostiles deviennent amicaux. Tout progrès est fondé sur le sacrifice. Aussi les maîtres déclarent-ils que le sacrifice est le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-12: La ferveur intérieure, ou la concentration mentale, est indéniablement un moyen de parvenir à l'état de Prajapati (cf. I-2 et XV-1), elle est donc une voie sacrée. Ceux qui possèdent un mental doué du pouvoir de ferveur intérieure, voient et réalisent le Bien. Par la concentration mentale, des voyants, tel Vishvamitra, ont créé des entités selon leurs désirs. Tout progrès est fondé sur ce pouvoir du mental. Aussi les maîtres déclarent-ils que le pouvoir de ferveur intérieure est le moyen suprême d'atteindre à la libération. LXXIX-13: Des sages et des voyants déclarent que l'ascèse, qu'ils considèrent comme le moyen suprême d'atteindre à la libération, est tout simplement Brahman, car Brahman est l'Esprit universel, la Félicité suprême, l'auto-engendré, le Protecteur du vivant, l'âme du Temps, et bien d'autres choses. LXXIX-14: L'année est le Soleil. Celui qui se trouve dans le Soleil, c'est Hiranyagarbha; c'est Paramesthi (1), le protecteur de l'univers; et c'est Brahmatman – la Réalité Suprême, qui est également le Soi intime de toutes les créatures.
LXXIX-15: Ces rayons au moyen desquels le soleil répand sa chaleur, ces mêmes rayons transforment l'eau en nuages, lesquels déversent les pluies. Par les nuages, les herbes et les arbres viennent à l'existence. Par ces végétaux, la nourriture est produite. Par la consommation de celle-ci, les cinq souffles (pranas) et les cinq sens sont nourris. Quand l'énergie vitale est nourrie, on acquiert la vigueur physique. Cette dernière donne la capacité de pratiquer une ascèse (tapas), que ce soit sous la forme du contrôle de soi, du jeûne religieux, ou de quelque autre façon. En résultat de cette ascèse, la foi en les vérités contenues dans les Écritures surgit avec vivacité. Avec la foi, vient le pouvoir du mental. Ce dernier rend possible le contrôle des sens. Ceux-ci contrôlés, la réflexion peut se développer. De celle-ci, résulte la paix de l'esprit. L'équanimité est suivie d'expériences concluantes de la Vérité. Ces expériences concluantes sont enregistrées comme souvenirs. De tels souvenirs accumulés produisent à la longue une remémoration constante, laquelle a pour résultat une réalisation directe et ininterrompue de la Vérité. Par cette réalisation, un individu connaît intimement l'Atman. LXXIX-16: Lui par qui tout cet univers est imprégné – la terre et la région intermédiaire, les cieux ainsi que les quartiers et les sous-quartiers – Il est quintuple, car constitué des cinq éléments. Quiconque a atteint à la Connaissance suprême au moyen d'une ascèse devient cet Être, assurément. Il est alors devenu tout ce qui est perceptible dans le présent, qui le fut dans le passé et le sera dans le futur. Sous son apparence humaine, sa nature véritable est Cela, qui s'établit sur une enquête approfondie dans les Védas et qui aboutit à une naissance nouvelle dans la Connaissance parfaite. Il s'est fermement établi dans la richesse du savoir que lui a imparti son maître, mais aussi dans sa foi et dans la Vérité. Il est devenu Celui qui resplendit de Sa propre lumière. En tant que tel, il demeure au-delà de la nuit de l'ignorance. LXXIX-17: Ô Suprême, Tu es le donateur de cette richesse qu'est la Connaissance suprême. Pour nous, Tu es la Totalité. Tu unis les âmes individuelles (jivas) dans le Sutratman (1). Tu es répandu dans l'univers entier. C'est Toi qui donnes son éclat au feu. C'est Toi qui donnes au Soleil lumière et chaleur. C'est Toi qui accordes ses subtiles nuances lumineuses à la Lune. Tu es placé dans la coupe upayama (2) avec le jus de soma de l'oblation. Nous Te vénérons, Toi le Suprême, qui es tel afin que se manifeste la Lumière.
LXXIX-18: L'ascète, ayant d'abord médité sur le Suprême, doit concentrer ses pensées sur Lui, en psalmodiant la syllabe Om. Celle-ci, en vérité, est la quintessence de bien des grandes Upanishads, ainsi qu'un secret gardé par les dieux qui ne le communiqueront jamais à ceux qui y sont inaptes. Quiconque pratique la méditation sur le Suprême en s'aidant du Pranava, atteint à la majesté sans limites du Suprême. Il touche ainsi à l'infinie grandeur de Brahman. LXXX: Dans le cas d'un sacrifice offert par un ascète sannyasin parvenu à la Connaissance suprême par l'un des moyens décrits ci-dessus, le sacrificateur véritable est son propre Soi. Sa foi est son épouse, son corps est l'aliment du sacrifice, sa poitrine est son autel, ses cheveux sont l'herbe sacrée; les Védas qu'il a étudiés sont sa touffe sacrificielle (1); sa motivation profonde est son beurre clarifié; sa colère est l'animal à immoler; son ascèse est son feu; son contrôle des sens est l'officiant; ses dons sont l'oblation sacrificielle (dakshina); les paroles qu'il prononce sont le prêtre Hotri (2).
Son souffle est le prêtre du haut chant, Udgatri; sa vue est le prêtre qui accomplit les rites, Adhvaryu; son mental est le prêtre sacré, Brahman; son ouïe est le prêtre du feu, Agnid; l'empan de sa vie est le rite préparatoire; ce qu'il a mangé est son oblation; ce qu'il a bu est sa portion de jus de soma; lorsqu'il ressent un état de délice, cela est son rite de proximité (Upasad); qu'il marche, se tienne assis ou debout, cela est son rite Pravargya (?); sa bouche est son Feu-de-l'est (Ahavaniya); les paroles portées par sa voix sont son offrande d'oblation; la totalité de son savoir, c'est le contenu de son offrande par le feu (Homa – cf. LXXIX-10); s'il prend des aliments dans la matinée ou l'après-midi, cela est son oblation de combustible pour le feu (Samid-homa); les trois divisions du jour – matin, après-midi et soir – telles qu'il les vit, sont ses savanas (?); le jour et la nuit sont ses sacrifices Darsapurnamasa (?); les quinzaines et les mois sont son sacrifice Chaturmasya (?); les saisons sont son sacrifice Pasubandha (?); l'énergie ignée de l'année (samvatsaras) et celle qui lui est intime (parivatsaras - ?) sont son sacrifice de l'aube (Ahargana); le sacrifice total est, certes, son Sattra (?); sa mort est l'achèvement de son sacrifice ininterrompu.
Ainsi s'achève l'enseignement secret de ce shloka, qui est la conclusion de cette Upanishad.
Hari Om ! Que Mithra, Varuna, Aryaman, Indra, Brihaspati Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux; Puisse-t-Il nous nourrir tous deux; Om ! Que la Paix soit en moi ! Ici se termine la Mahanarayanopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.
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