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Vishnu reposant sur Shesa, le serpent de l'Infini

UPANISHADS DE VISHNU

Maha Narayana Upanishad

La Grande Upanishad du Seigneur du Non-manifesté


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du
Swami Vimalananda
Publiée par Sri Ramakrishna Math, Madras

 

Notes préliminaires : NARAYANA, « Reposant sur les eaux », est l'aspect de Vishnu endormi, lors d'une résorption de l'univers (pralaya) en son état informel, l'Océan causal. Les restes de la manifestation se sont coagulés pour former le serpent Shesa, qui sert de couche au dieu, devenu « le Seigneur du Non-manifesté ».

             Dans d'autres contextes, en tant que nom de Brahma, Narayana signifie « Demeure du Savoir ». Ne pas oublier que les 3 dieux de la Trimurti, Brahma, Vishnu et Shiva, sont en réalité les 3 aspects d'une divinité unique, Brahman ou Tat (Cela), et que la majorité de leurs épithètes sont interchangeables, mais avec des nuances de sens plus ou moins importantes selon le dieu auquel elles se réfèrent ! Et cela s'applique aussi à toutes les autres divinités du panthéon hindou.

 

Hari Om ! Que Mithra, Varuna, Aryaman, Indra, Brihaspati
Et Vishnu l'omniprésent me soient propices,
Et qu'ils nous octroient bien-être et félicité.
Je m'incline bas devant Brahman, avec révérence.
Ô Vayu, je m'incline bas devant Toi, avec adoration.
Tu es en vérité Brahman que l'on peut percevoir.
Aussi je déclare: Tu as raison.
Tu es le Vrai et le Bien.
Puisse Cela – l'Être Suprême que l'on adore en tant que Vayu – me préserver.
Puisse-t-Il préserver mon instructeur.
Moi, qu'Il me protège; Mon instructeur, qu'Il le protège.

Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux; Puisse-t-Il nous nourrir tous deux;
Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

              I-1: Le Seigneur de la Création, qui vit dans les eaux sans rivages, sur terre et au-delà des cieux, qui est plus grand que l'infiniment grand, qui Se glisse – sous forme de semence – dans toutes les créatures, leur apportant conscience et intelligence, est déjà à l'œuvre dans le fœtus qui se développe et va naître au monde en tant qu' être vivant.

              I-2: Cela (1) en quoi cet univers s'est déployé dans sa totalité, et en quoi il se dissoudra; Cela en quoi demeurent les divinités, jouissant de leurs attributs respectifs – Cela, indéniablement, est tout ce qui fut jusqu'à présent, et tout ce qui sera dans le futur. La cause de la manifestation universelle, Prajapati (2), prend pour support Sa propre nature éternelle, que l'on décrit comme l'étherabsolu (akasha) (3).

1 Tat : « Cela », l’Absolu dont on ne peut rien dire, sinon que Lui seul est, en vérité; le principe transcendant et infini, qui est Vérité, connaissable par la seule expérience intime... le véritable et unique Moi.
2 Prajapati : « le Seigneur des créatures, le Progéniteur » - épithète divine, notamment de Brahma, le Créateur, mais aussi de Shiva. Prajapati représente Virat, la moitié mâle de Brahma, le Créateur; il est le cosmos, mais aussi, en tant que démiurge, le maître de la faculté de reproduction chez les vivants. Au pl., les prajapatyah sont les progéniteurs des créatures, au temps des origines.
3 Akasha : « qui n'est pas visible » - L'espace, l'éther, le ciel cosmique. Le milieu spirituel dans lequel la manifestation se déploie. Principe de la matière ultra-subtile qui est le substrat de l’univers, qui sous-tend, soutient et pénètre tout. C'est le plus subtil des cinq éléments-racines (bhuta), dont la vibration donne naissance au son (shabda), puis à la parole et à l'audition; c'est à partir de ses multiples combinaisons avec les autres éléments-racines que toute la Création a opéré, en utilisant ce véhicule de la Vie et du Son primordial qu'est l'éther. Cf. bhuta et les 36 tattvas.

              I-3: Lui par qui l'espace entre ciel et terre, de même que les cieux et la terre, sont enveloppés; Lui par qui le Soleil est embrasé et diffuse sa lumière; Lui que le sage arrime dans l'espace de son cœur (1) au lasso de la méditation; en Lui – l'Unique et l'Impérissable – demeurent toutes les créatures.

1 Selon la physiologie yoguique, l'atome-germe de la conscience est situé dans le chakra du cœur.

              I-4-5: Lui – de qui a émané la génitrice des mondes, Prakriti (1); qui a créé, à partir des éléments, les êtres animés et les formes inanimées (2); qui a pénétré les mondes végétal, animal et humain en tant que contrôleur interne; qui est plus grand que l'infiniment grand; qui est l'Un sans second; qui est immortel; dont les formes sont illimitées; qui est l'univers; qui est sans âge; qui demeure au-delà de l'obscurité ou de Prakriti; qui est plus haut que l'infiniment haut – il n'existe rien qui soit autre que Lui, ni plus subtil.

1 Prakriti : La Matière. Le pouvoir fondamental (shakti) de la Divinité, dont le cosmos est l'expression créatrice. C'est donc : 1) la base-racine de tous les éléments; 2) la matière indifférenciée; 3) la Nature, source primordiale du monde manifesté, constituée des 3 gunas (sattva, rajas et tamas). Équivalent de maya, d’avyakta ou de pradhana.
2 Bhuta (Pancha Bhuta) : « élément physique (les 5 éléments) » - Du plus grossier au plus subtil, ce sont : 1) prithivi ou bhumi, la terre; 2) apas, l'eau; 3) tejas, le feu; 4) vayu, l'air; 5) akasha, l'éther (ou l'espace). Cf. Diagramme des 36 tattva.

              I-6: Les sages déclarent : Cela seul est juste, Cela seul est vrai; Cela seul est Brahman, le Vénérable, tel que les sages Le contemplent. Les actes rituels et les actions d'aide sociale sont cette Réalité. Cela seul, en tant qu'ombilic de l'univers, nourrit la multiplicité universelle, dans les mondes qui se sont déroulés par le passé, comme dans ceux qui font irruption dans le présent.

              I-7: Seul Cela, en vérité, est feu, air, soleil, lune; seul Cela est le cosmos aux étoiles scintillantes, et aussi l'ambroisie (1). Cela est nourriture et eau. Cela est le Seigneur des créatures.

1 Amrita : « absence de mort (mrita), immortalité » - Le nectar d’immortalité qui fut produit, selon le Mahabharata, lors du barattage de l'océan par les dieux et les anti-dieux (Suras et Asuras), ce qui est une métaphore du développement spirituel résultant du conflit fondamental entre notre double nature, supérieure et inférieure. L'amrita est la boisson de soma, cette boisson que les Védas attribuent exclusivement aux dieux et qui est en soi une divinité, d'ailleurs, en tant qu'elle procure béatitude et immortalité; c'est aussi le symbole de l'ensemble des immortels, de la lumière suprême et de la libération finale. Mais il existe un amrita spontané, engendré par la méditation profonde : c'est le nectar de félicité divine qui s'écoule à flots du sahasrara chakra (le coronal) durant le samadhi.

              I-8-9: Toute seconde du vaste Temps, toute heure, tout jour, tout demi-mois et mois, toute saison, sont sortis de l'Être lumineux. L'année aussi est sortie de Lui. Sein gonflé de lait, Il déverse les eaux, dont la Voie Lactée du firmament et la pluie du ciel.

              I-10: Nul n'a jamais saisi intellectuellement la limite supérieure de ce Paramatman (1), pas plus que Sa limite transversale ou Son centre. Son nom signifie “Gloire suprême” car, par définition, il n'y a nulle limite à Sa nature.

1 Paramatman : Le Soi suprême; synonyme de Brahman ou Atman, l’Esprit suprême.

              I-11: Sa forme ne peut être visible; jamais personne ne L'a contemplé de ses yeux. Ceux qui méditent sur Lui, l'esprit sans distraction et intensément concentré sur la conscience dans le cœur, ce sont les seuls qui Le connaissent et parviennent à l'immortalité.

              I-12: Ce Seigneur lumineux que célébrent les Écritures emplit tous les quartiers du ciel. Apparu au temps des origines sous la forme d'Hiranyagarbha (1), Il se tient au centre de l'univers, qui L'entoure ainsi qu'une matrice. Lui seul est le Créateur du monde dans la diversité de sa manifestation actuelle, Lui seul est la cause créatrice qui engendrera le monde futur. Avec Sa face tournée vers tous les orients, Il est simultanément Celui qui réside en toute créature en tant que son Soi le plus intime.

1 Hiranyagarbha (hiranya = or; garbha = embryon, œuf) : 1) « l’Œuf d’or »,corps subtil de l'univers dans la période cosmogonique; 2) Brahma, en tant qu'Être cosmique et Progéniteur (Prajapati); 3) état subtil de l’être; 4) la manifestation considéré sous son aspect subtil; équivalent de sutratma. Cf. Ishvara et virat.

              I-13: La Réalité lumineuse est l'Un sans second, et c'est Lui qui créa ciel et terre. Ceux-ci furent créés par Lui-même, à partir de Lui-même. Il devint le possesseur de tout œil ou visage ou main ou pied appartenant à toute créature, en tout endroit de l'univers. Il est le Régent de toutes les créatures, au moyen du mérite et du démérite, dharma et adharma (1), que l'on représente comme Ses deux mains, et qui sont les deux critères de sélection parmi les éléments de l'univers, lorsqu'il s'agit de construire une incarnation physique pour les âmes, afin qu'elles puissent se mouvoir sur la Terre.

1 Dharma : Dérivé de la racine « dhri » = porter, soutenir, maintenir, dharma signifie religion, loi, mérite moral, rectitude, bonnes œuvres, code de conduite; ce qui est conforme à l’ordre, à la loi, au devoir, à la justice, dans leur plus haute acception. Cette notion, très large et complexe, est fondamentale à la pensée hindoue. Dans le langage courant, dharma signifie droiture, vertu et religion, se résumant en la voie qui sera propice à l'évolution spirituelle maximale dans cette incarnation; c'est l'un des 4 buts de la vie humaine, les 3 autres buts étant Kama (les plaisirs des sens), Artha (l'acquisition d'une position sociale et de biens  matériels) et Moksha (la libération), ce dernier étant considéré comme le plus noble, mais impliquant l'accomplissement préalable de dharma. Cf. Glossaire pour plus ample information.
Adharma : (opposé ou négatif de dharma) – Pensées, paroles ou actes qui transgressent la Loi divine. L'iniquité, l'irréligion, le démérite.

              I-14-15: Lui de qui cet univers tire son origine et en qui il sera réabsorbé; Lui qui est comme la chaîne et la trame de tous les êtres vivants; Lui par qui les trois états de veille, rêve et sommeil profond sont assignés à la conscience que recèle toute créature; Lui en qui l'univers trouve son seul lieu de repos – ayant vu ce Paramatman (cf. I-10), le Gandharva (1) nommé Vena devint un connaisseur authentique de tous les mondes et se mit à proclamer devant tous ses disciples cette Réalité immortelle. Quiconque est parvenu à la connaissance de cet Unique omniprésent, devient digne de recevoir la dévotion due à un père, même de la part de son propre père.

1 Gandharvas : Musiciens et chanteurs célestes, compagnons des nymphes Apsaras qui les accompagnent de leurs danses, extrêmement beaux et talentueux. Ensemble, ils réjouissent les dieux, dont ils sont les demi-frères. Leurs villes sont réputées pour leur beauté extraordinaire, et tout ce qui les entoure ou les caractérise est d'un raffinement extrême. Ils se nourrissent exclusivement d'odeurs suaves, de parfums. Ils sont donc l'emblème de la vie paradisiaque, de l'hédonisme, de l'esthétisme raffiné et de l'érotisme délicat.

              I-16: Lui, par l'autorité duquel les divinités qui ont atteint à l'immortalité dans le troisième ciel (1) reçoivent leur rang et leur statut, Il est notre ami, notre père et notre gouverneur. Il sait quelle place revient en propre à chacun, car Il a une compréhension extensive de tous les êtres qu'Il a créés.

1 Le troisième ciel : Svarloka - Plan céleste, correspondant au manipura chakra. Cf. glossaire, loka et Diagramme « Les 14 Lokas ou plans cosmologiques »

              I-17: Ceux qui réalisent leur identité profonde avec le Seigneur suprême, déploient leur conscience dans le ciel et sur la terre, instantanément où ils le souhaitent. Ils se répandent dans les autres mondes, les quartiers célestes et le troisième ciel nommé Svarloka. Quiconque, parmi tous les êtres créés, voit ce Brahman que l'on nomme Rita, le Véridique (1), présent sans interruption de part en part de la Création, tel le fil qui tisse une étoffe, quiconque Le voit ainsi lorsque son mental est absorbé en contemplation méditative, Le devient lui-même, en vérité.

1 Rita : « Vérité et Conscience » - La Droiture, la Vérité de l'être divin qui régule l'oeuvre divine, le dynamisme parfaitement réglé qui anime le monde, et qui – dans l'être humain – opère comme « conscience de la vérité ». Rita est un concept védique fondamental, désignant l'ordre sacré, la loi cosmique dans l'être humain, et la loi morale (dharma) qui anime sa conscience .

              I-18: Après qu'Il se fût répandu en tous les mondes et leurs habitants, ainsi que dans tous les quartiers célestes et les régions intermédiaires, le premier-né de Brahman, connu sous le nom de Prajapati (cf. I-2) ou d'Hiranyagarbha (cf. I-12), devint – grâce à Sa propre nature de Paramatman (cf. I-10), le Régent et le protecteur des âmes individuelles (jivas) (1).

1 Jiva : 1) l ’individualité incarnée, l’âme individuelle, dans son état de non-réalisation de son identité avec Brahman.; 2) un être vivant, une créature.

              I-19: Que je puisse atteindre à ce merveilleux et béatifique Seigneur du Non-manifesté, qui est la cause de l'univers, qui est cher à Indra (1), qui est mon propre Soi véritable, qui vaut qu'on Le recherche, qui est digne de révérence, Lui qui nous confère conscience et pouvoirs du mental !

1 Indra : Dieu védique de la pluie et du tonnerre, équivalent de Zeus; dieu guerrier, il établit sa domination sur les autres dieux. Ultérieurement, il devint le Dieu de la lumière et de l'immortalité, synthétisant le pouvoir du Mental divin.

              I-20: Ô Jatavedas (1), brillez de tout votre éclat afin de détruire toutes les imperfections qui s'attachent à moi. Procurez-moi les diverses jouissances, dont celle d'un riche troupeau. Pourvoyez à mon entretien matériel, en plus d'une belle longévité, et réservez-moi un logis confortable sous n'importe quelle latitude.

1 Jatavedas : « Possesseurs » - génies du Feu, associés à Agni durant l'Agnihotra, le sacrifice rituel par le feu.

              I-21: Ô Jatavedas, de grâce, empêchez les mauvais génies de décimer nos vaches, nos chevaux, les membres de notre famille et les biens que nous possédons sous le soleil. Ô Feu, viens à notre secours sans brandir d'armes offensives entre Tes mains, sans même Te souvenir d'aucune des offenses que nous avons pu commettre à Ton égard. De tous côtés, dresse autour de nous le rempart du bien-être !

              I-22: Puissions-nous connaître l'Être suprême, et – afin de réaliser pleinement Sa sagesse omnisciente – puissions-nous méditer sur Lui, le Grand Dieu aux-mille-yeux. Puisse Rudra (1), le Maître de la connaissance, nous diriger fermement dans cette méditation, et nous y maintenir.

1 Rudra :« le Rouge brillant, le Pleureur », de “-rud”: pleurer - Shiva sous son aspect destructeur, « Maître des puissances terrifiantes », lorsqu'il dissout les mondes au moment d'un pralaya, utilisant pour ce faire la force cosmique de résorption. Il est aussi, sous cet aspect, « le Seigneur des larmes », car ses manifestations épouvantent les humains, que ce soient des catastrophes naturelles, des maladies et épidémies, ou des deuils. Dans le Rig Véda, Rudra est aussi Agni, dieu du Feu; au pl., les 11 Rudras sont les principes de vie, de nature ignée. Rudra, en tant que Maître de la connaissance, est aussi Shiva, sous son aspect destructeur de Maître de la colère et de la peur, mais aussi sous son aspect de Yogi impeccable et redoutable, maître des pouvoirs secrets (siddhis), eux aussi de nature ignée.

              I-23: Puissions-nous connaître et réaliser l'Être suprême. À cette fin, méditons sur Mahadeva (1), et que Rudra nous dirige fermement dans cette méditation !

1 Mahadeva : « Le Grand Dieu » - 1) tout Déva hautement évolué qui demeure en le Shivaloka, dans un corps de lumière; 2) Rudra, en tant que principe destructeur, est l'aspect terrible de Shiva, mais aussi d'Agni, et il est finalement Celui qui reste après la destruction universelle, donc l'Être suprême. Shiva, incarnation des trois perfections (Parameshvara, Parashakti, Parashiva), est l'un des Mahadevas, mais il est d'essence unique parmi ceux-ci, en tant que le seul incréé, le Père-Mère de tous les êtres, dont les Mahadevas. En tant que Parameshvara, Il est le Dieu suprême, l'Âme Primordiale, tandis que les autres dieux sont des âmes individuelles hautement évoluées, que les Écritures chiffrent à 300 millions.

              I-24: Puissions-nous connaître l'Être suprême ! À cette fin, méditons sur Vakratunda (Celui-aux-membres-tordus), et que Dantin (le Porteur de férule) nous dirige fermement dans cette méditation !

I-25: Puissions-nous connaître cet Être divin ! À cette fin, méditons sur Chakratunda (1), et que Nandi (le Joyeux) nous dirige fermement dans cette méditation !

1 Plusieurs termes et épithètes sont demeurés introuvables. Je les conserve néanmoins, suivis d'un point d'interrogation. Ils représentent des aspects mineurs des divinités évoquées, et – clarifiés ou non – cela change peu la perception essentiellement mythologique ou ethnologique que nous avons de ces passages.

              I-26: Puissions-nous connaître cet Être divin! À cette fin, méditons sur Mahasena (le grand Capitaine), et que Shanmukha (Celui aux-six-visages) nous dirige fermement dans cette méditation !

              I-27: Puissions-nous connaître cet Être divin ! À cette fin, méditons sur Suvarnapaksha (?), et que Garuda (1) nous dirige fermement dans cette méditation !

1 Garuda : « Verbe ailé » - Roi des oiseaux, mi-vautour, mi-homme, Garuda, véhicule de Vishnu, est représenté avec une face blanche, un bec aquilin, des ailes rouges et un corps doré. Il symbolise la parole secrète des Védas, magie incantatoire qui, telle des ailes, transporte instantanément le mage sur les plans subtils ou vers les autres mondes. Maître des serpents (Nagas), dont il se nourrit, il a obtenu d'eux la connaissance secrète du Savoir qui échappe aux cycles cosmiques, savoir absolu et immuable d'une éternité à l'autre.

              I-28: Puissions-nous connaître le Véda, qui a revêtu le corps de Brahma aux-quatre-visages ! À cette fin, méditons sur Hiranyagarbha (cf. I-12), et que Brahman nous dirige fermement dans cette méditation !

              I-29: Puissions-nous connaître Narayana ! À cette fin, méditons sur Vasudeva (1), et que Vishnu nous dirige fermement dans cette méditation !

1 Vasudeva : « Celui qui demeure en toute chose » - la Divinité universelle; l’un des noms de Vishnu. Également le père de Krishna (le 8ème avatar de Vishnu).

              I-30: Puissions-nous connaître Vajranakha (?) ! À cette fin, méditons sur Tikshnadamstra (?), et que Narasimha (1) nous dirige fermement dans cette méditation !

1 Narasimha : l’Homme-Lion, la 4ème manifestation (cf. avatar) de Vishnu.

              I-31: Puissions-nous connaître Bhaskara (le Soleil, Faiseur-de-lumière)! À cette fin, méditons sur le Soleil, père de la lumière, et que Aditya (le Soleil, Fils-de-l'étendue-primordiale) nous dirige fermement dans cette méditation !

              I-32: Puissions-nous connaître Vaishvanara (Celui-qui-pénètre-toute-chose)! À cette fin, méditons sur Lalita (l'Amoureuse) , et que Agni (le Feu) nous dirige fermement dans cette méditation !

              I-33: Puissions-nous connaître Katyayana (la Veuve)! À cette fin, méditons sur Kanyakumari (la Jeune-Vierge), et que Durgi (l'Inaccessible) nous dirige fermement dans cette méditation !

              I-34: Puisse Durva, l'herbe partout répandue, qui représente l'Esprit divin, qui est supérieure à mille autres agents purificateurs, qui possède d'innombrables graines et autant de pousses, qui chasse les résidus des mauvais rêves, détruire toutes mes impuretés !

              I-35: Ô Herbe, de même que tu gagnes de plus en plus de terrain, te multipliant avec chaque graine qui développe des racines et de jeunes pousses, aide-nous à avoir une progéniture par centaines et milliers.

              I-36: Ô Déesse, Toi qu'adorent Tes dévots, puissions-nous T'honorer de nos oblations, Toi qui Te multiplies par centaines et milliers !

              I-37: Ô Terre, que traversent un cheval et un chariot mené par Vishnu, j'inclinerai ma tête vers Toi : protège-moi à chacun de mes pas.

              I-38: La déesse Terre est la dispensatrice du bonheur; telle une vache à lait, Elle entretient la vie et fournit leur subsistance à tous les vivants. Ô Déesse Terre, Tu as été labourée par Krishna sous Son avatar du Sanglier aux-cent-défenses.

              I-39: Ô Terre excellente, détruis mes actions négatives et toutes mes imperfections. Ô Terre excellente, Tu es un don de la Divinité à Ses créatures. Le Sage Kashyapa Te couvre de prières. Ô Terre excellente, accorde-moi la prospérité, c'est de Toi qu'elle dépend en tous points.

              I-40: Ô Terre excellente, qui supportes et entretiens toutes les créatures, nettoie-moi de toute souillure et détruis mes imperfections, afin que je puisse atteindre au but suprême.

              I-41: Ô Indra, rends-nous impavides face à ces calamités que sont les actes négatifs, les ennemis et les mondes infernaux. Ô Maghavan (le Magnifique), détruis ces trois motifs de peur en nous qui Te sommes dévoués. Pour notre protection, détruis ces ennemis qui nous harcèlent.

              I-42: Puisse Indra venir à notre secours – Indra qui accorde le don du bonheur ici-bas et de la félicité dans l'au-delà, qui est le Seigneur des vivants, qui mit à mort Vritra (le démon de la sécheresse), qui dompte les fléaux et prodigue la pluie, qui est pacifique et assure la sécurité.

              I-43: Puisse Indra, vers qui montent à profusion les louanges de Ses dévots, portées sur les ailes des hymnes sacrés, ainsi que leurs oblations généreuses, nous garantir sécurité et bien-être. Puisse Pushan (la Prospérité), omniscient et tout-possédant, nous garantir la réussite. Puisse Garuda (l'oiseau du Verbe magique), fils de Triksha, dont le chariot est à l'épreuve de tout dégât dans les combats, nous garder toujours indemnes. Puisse le Sage Brihaspati, précepteur des dieux, nous octroyer le bonheur.

              I-44: Soma, la Lune, dont les colères sont modérées, qui lance des pierres, qui ébranle Ses ennemis, dont les influences sont nombreuses, qui brandit des armes et pour qui la liqueur de soma (1) est un délice, est Celle grâce à qui les arbres desséchés et les buissons racornis reverdissent à la mousson et redeviennent des jungles.

1 Soma : 1) la Lune. Cf. Chandra. - 2) plante dont on tire le vin mystique pour le sacrificeVédique; le vin lui-même, qui procure l'ivresse de l'ananda, divin délice d'être; Soma personnifie aussi le Seigneur de ce vin de délices et d'immortalité, déité représentative de la béatitude. Le Soma, élixir de béatitude et d'immortalité, est la boisson des dieux, dont la consommation régulière leur assure l'immortalité. 3) le long de la colonne vertébrale, le soma nadi transporte l'énergie lunaire, tandis que dans le cerveau le soma chakra est le centre de transmutation de cette énergie dans tout l'organisme physique, subtil et psychique. Cf. Amrita.

              I-45: Vena, le soleil de midi, qui naquit au début de la Création et fut le premier effet du pouvoir de la Réalité suprême, Brahman, et dont l'éclat est éblouissant, S'étale sur le monde entier jusqu'à ses bornes, illuminant jusqu'aux corps célestes. Il reste dans les formes limitées qui Lui ont été assignées, qui sont diversifiées mais Lui gardent néanmoins ressemblance. Simultanément, Il propage, tout en l'imprégnant, la substance causale primordiale, à partir de laquelle émerge l'univers, visible et invisible.

              I-46: En tant que Celle qui procrée des êtres vivants, dont les humains, et Celle qui leur assigne leurs habitats respectifs, Toi dont la patience est proverbiale, ô Terre, sois pour nous Celle qui met fin à nos tourments et nous octroie la félicité, ici-bas et dans l'au-delà.

              I-47: Continuant ce culte d'adoration, j'invoque maintenant Shri (1), le support universel, qui nous est perceptible par l'odorat (l'intuition), qui est inattaquable, perpétuellement prospère, riche en bouses de vaches (2) et qui est la Maîtresse de toutes les créatures.

1 Shri : 1) propice, beau; 2) excellent, vénéré; terme de respect, utilisé comme préfixe aux noms de divinités ou de personnages religieux remarquables; ainsi, Shri Ramakrishna. Au fém., shrimati; 2) autre nom de la déesse Lakshmi, exprimant la prospérité, la gloire, le succès, la fortune.
2 Eh oui ! La bouse de vache est le combustible domestique par excellence, éminemment écologique et abondant, utilisé de nos jours encore dans toute l'Inde rurale (et bien au-delà), sans lequel il serait difficile de cuire les aliments quotidiens et pratiquer la puja.

              I-48: Puisse Shri m'accorder Sa faveur. Puisse Alakshmi (1) être neutralisée en ce qui nous concerne, moi et les miens. Les dieux, avec à leur tête Vishnu (chez qui réside en permanence Shri), ont conquis, à l'aide des actes et des rites enseignés par les Védas, ces royaumes inaccessibles à leurs ennemis. Puisse Indra, armé du tonnerre et de la Lune qui Le vénère, nous octroyer le bonheur.

1 Alakshmi : « déesse de l'infortune », Alakshmi est la sœur de la divine Lakshmi, née comme elle de l'Océan de Lait primordial.

              I-49: Puisse Indra nous accorder la prospérité, et détruire l'esprit malin qui nous serait hostile.

              I-50: Ô Seigneur des prières, accorde-moi le droit de presser le jus du soma, comme l'échanson Kakshivan, fils d'Usik, tant apprécié par les dieux. Donne-moi la capacité physique d'accomplir les sacrifices. Envoie aux enfers, et pour longtemps, ceux qui me sont hostiles.

              I-51: Celui qui s'est sanctifié en mettant ses pas dans les pas du Seigneur, tracés depuis longtemps en de nombreux sentiers qui mènent à la pureté, traverse grâce à sa conduite vertueuse le flot des actes négatifs et des conséquences qui leur sont attachées. Sanctifiés sur ce chemin naturellement pur et purifiant vers le Seigneur, puissions-nous vaincre nos ennemis, les conduites négatives.

              I-52: Ô Indra, Toi qui mis à mort Vritra (le démon de la sécheresse), ô guerrier valeureux et Sage omniscient, accepte avec plaisir le soma que nous T'offrons, et bois-le en compagnie de Ta suite, parmi l'assemblée des divinités. Mets à mort nos ennemis, accorde-nous la victoire au combat, suivie de sécurité et d'absence de dangers de toute provenance.

              I-53: Puissent les Régents des eaux et des végétaux nous être amicaux, quant à ceux qui ne nous aiment pas – et réciproquement – qu'ils restent donc inamicaux !

              I-54: Ô Vous, les Eaux, en vérité c'est Vous qui procurez la félicité. Accordez-nous la nourriture en suffisance, ainsi qu'une belle et forte intuition de la Suprême Vérité. Au surplus, faites-nous participer, dès cette vie-ci, à cette nature joyeuse et riante qui est la Vôtre, qui est si bénéfique, semblable à celle de la jeune mère allaitant son enfant chéri avec émerveillement. Puissions-nous atteindre à ce séjour de béatitudes qui est le Vôtre, et qu'il Vous plaît de nous offrir. Faites également couler vers nous les flots de la vie et des plaisirs terrestres, durant notre séjour ici-bas.

              I-55: Je prends refuge en Varuna (1), qui possède toujours l'éclat de l'Âge d'Or et en a conservé le diadème d'or. Ô Varuna, je T'en supplie, accorde-moi la faveur de Ta grâce salvatrice. Car j'ai joui de ce qui appartenait à des êtres mauvais, de plus j'ai accepté des cadeaux de personnes au comportement amoral.

1 Varuna : Dieu des Eaux (océaniques, pluviales et souterraines), il détient les pouvoirs magiques de la Création et représente la loi divine à l'œuvre dans le processus alchimique de la vie. C'est un démiurge préhistorique et son pouvoir absolu concerne les hommes, par leur dépendance aux conditions naturelles planétaires. « Seigneur de l'Étendue primordiale », il est l'immensité et la pureté de la Divinité primordiale qui sert de trame à la Création; il représente également la pureté éthérée et l'immensité océanique de la Vérité absolue. En tant qu'Aditya, il est la Loi divine, qui régit les rapports des divins aux humains, la mystérieuse destinée de l'homme, la justice divine, totalisant les lois naturelles, morales et cosmiques, toutes trois immuables.

              I-56: Puissent Indra, Varuna, Brihaspati (1) et Savitri (le Soleil procréateur) éradiquer totalement les actes négatifs commis par moi, comme par les miens, que ce soit en pensée, en parole ou en action (2).

1 Brihaspati : le Grand Maître, précepteur des dieux, divinité présidant à l'intelligence, instructeur de la “science des luminaires” (astronomie et astrologie).
2 Cette précision est capitale ! Le karma inclut non seulement nos gestes, actes, décisions et choix, mais aussi nos moindres pensées et mouvements d'humeur, y compris ceux que nous refoulons, nos moindres paroles, et tout aussi bien celles prononcées sans y penser, machinalement ou par simple habitude. Au surplus, il inclut les actes que nous avons omis et qu'il aurait été bon ou nécessaire de faire, les pensées que nous avons pas été capables d'accueillir et que nous aurions dû développer, et les paroles bonnes et utiles que nous aurions pu ou dû prononcer, mais qu'autrui a attendu en vain de nous.

              I-57: Salutations au feu secret de l'eau (cf. I-67). Salutations à Indra. Salutations à Varuna. Et à Varuni, compagne de Varuna. Salutations aux déités des Eaux.

              I-58: Par le pouvoir de ce mantra, que tous les aspects nocifs à la santé, impurs et dangereux de l'eau soient détruits.

              I-59: Puisse le roi Varuna effacer de Sa propre main, quel qu'il puisse être, tout péché que j'aie pu commettre en absorbant de la nourriture illicite, des boissons illicites ou en acceptant des cadeaux d'une personne incorrecte.

              I-60: Ainsi pur, sans souillure et libéré de toute entrave et de tout mal, que je puisse entreprendre l'ascension vers le ciel de la sérénité et y jouir d'un état similaire à celui de Brahman.

              I-61: Puisse Varuna qui lave les souillures, et qui demeure dans d'autres lieux aquatiques, tels rivières, réservoirs et puits, nous purifier, nous aussi.

              I-62: Ô Ganga, ô Yamuna, ô Sarasvati, ô Sutudri, ô Marudvrudha, ô Arjikiya, assemblez-vous pour écouter cet hymne que j'entonne, et vous aussi Parushni, Asikni, Vitasta et Sushoma (1).

1 Noms de rivières.

              I-63: Par résolution de l'Être suprême qui illumine la totalité universelle, le juste et le vrai furent créés. Et de Lui vinrent la nuit et le jour. Et de Lui vint encore l'océan avec ses eaux multiples.

              I-64-65: Puis, succédant à la création du vaste océan, vint celle de l'année. Ensuite, le Gouverneur du monde, des êtres doués de conscience et des formes inanimées, des alternances du jour et de la nuit, ordonna que le soleil et la lune, le ciel et la terre, de même que l'atmosphère terrestre et les royaumes célestes, apparaissent exactement selon le schéma des cycles de manifestation antérieurs.

              I-66: Puisse Varuna qui lave les souillures, divinité qui préside sur les Eaux, purifier cette dénaturation qu'est le péché, et qui s'attache aux êtres vivant sur la terre et dans son atmosphère, ainsi que dans les mondes intermédiaires, dont les habitants entrent en relation avec nous, les humains, qui accomplissons les rites religieux. Que les Vasus (1) nous purifient ! Que Varuna nous purifie ! Que le Sage Aghamarshana nous purifie ! Lui, Varuna, est le protecteur du monde qui fut et aussi du monde contemporain, qui est à la charnière des mondes anciens et des mondes futurs. À ceux qui accomplissent des actes méritoires, Il accorde l'accès aux mondes supérieurs selon leurs mérites, tandis qu'aux mauvais, Il ouvre la porte de la mort, les poussant vers les mondes infernaux. Car Varuna, qui est la trame subtile des mondes célestes, terrestre et sub-terrestres, lorsqu'Il se manifeste comme Soleil, nous attire vers la lumière de l'intégrité morale. En tant que tel, doté de Ta nature de félicité, c'est alors, ô Varuna, que Tu nous accordes Tes faveurs et procède à notre purification.

1 Vasus : les 8 sphères d'existence : 1) la Terre, Prithivi, où réside 2) le Feu, Agni, principe de la nutrition; 3) l'Espace, Antariksha, où réside 4) le Vent, Vayu, principe de la Vie; 5) le Ciel, Dyaus, où réside 6) le Soleil, Surya, principe de la Conscience; 7) les Constellations, Nakshatra, où réside la Lune, Soma, principe d'immortalité.

              I-67: Cette suprême Lumière qui s'est projetée Elle-même comme manifestation universelle, ainsi qu'une graine gonflée d'humidité se met à germer, cette suprême Lumière qui brille secrètement en tant que substrat de l'élément liquide (cf. I-57) – je suis cette suprême Lumière. Je suis cette suprême Lumière de Brahman qui brille en tant qu'essence la plus intime de tout ce qui existe. En réalité, je suis toujours le Brahman infini, même lorsque je fais l'expérience de vivre dans la forme du soi limité, découlant de l'ignorance (1). Aussi, dès que percent les premières lueurs de la Connaissance, je redeviens réellement ce Brahman, qui est ma nature éternelle. Ainsi donc, je réalise cette identité fondamentale en faisant de moi – le soi limité – l'oblation que je jette dans le feu de l'infini Brahman, Celui que j'ai toujours été. Puisse cette oblation être accomplie ainsi qu'il se doit.

1 Avidya : 1) l’Ignorance primordiale; la nescience; 2) l’ignorance par méconnaissance de la Réalité, qui fait prendre l'illusion et l'impermanence pour la vérité et la permanence. Cf. Maya.

              I-68: Même celui qui a transgressé les codes de conduite basés sur les Écritures, qui est un mécréant, un voleur, un fœticide, un outrageur de l'honneur de son précepteur, sera acquitté de ses méfaits; car Varuna, le Maître des Eaux et de l'absolution des péchés, l'en absoudra s'il pratique ce mantra et adopte une conduite juste.

              I-69: Je suis le terrain où germent les péchés. Aussi me fais-Tu pleurer quand j'en prends conscience. Comme disent les sages, “Ne me fais pas pleurer, mais accorde-moi la faveur de détruire mes actes négatifs.”

              I-70: Le Suprême, à l'image de l'océan, a envahi la totalité de la Création. Il a créé tout d'abord les êtres vivants, selon les mérites et démérites hérités de leur anciennes incarnations. Il est le Gouverneur universel, et le donateur munificent de privilèges à l'égard de Ses fervents. En compagnie d'Uma (1), qui active le pouvoir qu'Il possède d'accorder l'illumination spirituelle, Il réside dans le cœur de Ses fervents, ce cœur (2) qui est la partie la plus sacrée du corps humain, le siège du Divin en l'homme, le lieu supérieur qui peut s'élever à la hauteur d'un pic surplombant et accorder protection à celui qui s'y est réfugié. Le jiva (3) qui l'adopte pour demeure, s'y développe à la mesure de l'infini. Car Il est le Seigneur, Il est délices pour les âmes individuelles (jivas) qu'Il guide selon leurs actions, et à qui Il fait cueillir le fruit de leurs actes positifs.

1 Uma : « La Paix de la Nuit » - L'une des manifestations de la Mère des Dieux, la Grande Déesse, en tant que connaissance éternelle se propageant à travers l'univers infini. Elle est l'épouse de Shiva sous son aspect de Seigneur-du-Sommeil.
2 Cœur, Grotte du cœur : Selon la physiologie yoguique, l'atome-germe de la conscience est situé dans le chakra du cœur, l'anahata. Cf. Hridaya et Hridaya Guha.
3 Jiva : 1) l ’individualité incarnée, l’âme individuelle, dans son état de non-réalisation de son identité avec Brahman.; 2) un être vivant, une créature.


              II-1: Offrons des oblations de soma aux Jatavedas (cf. I-20) ! Puisse l'Unique et l'Omniscient détruire ce qui nous est hostile. Puisse le Feu divin qui régit tout, nous faire traverser tous les dangers, ainsi qu'un capitaine mène à bon port son bateau. Puisse-t-Il nous garder indemnes de toute faute.

              II-2: Je prends refuge en Durga (1), qui est d'un éclat incandescent et rayonne d'ardeur, qui est le pouvoir (2) appartenant à l'Être Suprême sous Ses manifestations plurielles; Elle est le pouvoir résidant dans l'action et ses fruits, les rendant effectifs, et Elle répond aux supplications de Ses fervents lorsqu'ils réclament le fruit de leurs actes. Ô Déesse, Toi qui est habile à veiller au salut de Tes fervents, mène-nous indemnes à travers tous les écueils, avec l'excellence qui Te caractérise. Nous Te saluons !

1 Durga : « L'Inaccessible, ou l'Invincible », parèdre de Shiva. Elle est l'aspect guerrier que prit Uma-Parvati, afin d'aider les dieux à vaincre les Asuras, les anti-dieux, et donc de protéger l'univers manifesté. Chaque dieu lui confia son arme la plus puissante et le dieu des monts Himalayas lui offrit le lion d'or qui était sa monture, afin de lui assurer l'invincibilité requise pour le salut du monde. Cette forme guerrière, donc éminemment masculine de Devi, la Grande Déesse, était néanmoins dotée d'une beauté éblouissante. Ses compagnes sont redoutables : les Yoginis, adeptes du yoga et ogresses, et les Shakinis, démons femelles.
Les NavaDurgas sont les neuf aspects sous lesquels la déesse se manifesta : elle fut d'abord MahaSaraswati, MahaLakshmi et MahaKali, puis chacune se manifesta encore sous deux formes supplémentaires.
Dans le shaktisme, elle est considérée comme l'un des aspects de Shakti, le Pouvoir de la Divinité, la puissance de manifestation des 3 qualités d'être ou gunas : sattva, rajas et tamas.
2 Shakti : 1) pouvoir, énergie, capacité, force représentant le pouvoir d'action de la conscience; 2) l’aspect féminin du Principe ultime, symbolisant sa puissance exécutive; 3) La Mère divine, considérée comme la force efficiente du Divin, déifiée comme l’épouse de Shiva.

              II-3: Ô Feu, Tu es digne de louanges. Inspire-nous des méthodes heureuses pour nous tirer hors de difficulté. Que notre ville et notre région deviennent prospères, et que les champs où poussent nos récoltes soient amplement productifs ! Puisses-Tu par la suite prendre le relais avec joie et protéger nos enfants et petits-enfants.

              II-4: Ô Jatavedas, Vous qui êtes les destructeurs de toutes les imperfections, menez-nous au-delà de tous les problèmes et protégez-nous, comme un bateau fait traverser la mer à ses passagers. Ô Feu, veille sur nos corps et notre santé, et sois vigilant à l'égard de leur sécurité, tout comme le Sage Atri qui toujours répète mentalement “Puisse chacun demeurer sain et sauf, et heureux !”

              II-5: Nous invoquons, dans la haute assemblée des divinités, le dieu du Feu, Agni (1), qui vient à leur tête, qui monte à la charge et vainc les cohortes d'ennemis, et dont la nature est ardeur. Puisse-t-Il nous mener au salut à travers toutes les embûches, les erreurs et la précarité de notre vie, puisse-t-Il nous protéger !

1 Agni : « Feu » - Dieu védique du Feu, l'un des dieux les plus importants du panthéon hindou, en tant que c'est par lui que les sacrifices (ou rites de liaison avec les plans supérieurs et divins) sont opérants. En tant que messager, c'est lui qui transmet l'essence du sacrifice au(x) dieu(x) concerné(s). Il est étroitement associé à l'élément feu (tejas), mais aussi à l'akasha (Feu éthéré cosmique), ainsi qu'à Prana, l'énergie vitale. Dans la physiologie occulte, il est assimilé à la fonction digestive (samana), ainsi qu'à toutes les formes d'austérités (tapas) qui visent à détruire les énergies négatives, de quelque plan qu'elles soient. Sa manifestation est triple : le feu, la foudre, les rayons solaires.

              II-6: Toi qui es honoré par les sacrifices, accrois notre bonheur ! Tu es parmi nous, tant dans les multiples formes du sacrifice, anciennes et actuelles, que dans les lieux de sacrifice. Ô Feu, prends plaisir à nous donner le bonheur, à nous qui sommes Tes propres reflets. Et même, que la chance et la fortune accourent vers nous de toutes parts !

              II-7: Ô Seigneur, en Toi il n'y a aucune relation au péché et à la souffrance, et Tu te répands dans tous les sacrifices. Désireux de cette bonne fortune que représentent un bétail abondant et un flot ininterrompu de félicité, nous allons Te servir avec ferveur, et sans la moindre omission. Puissent les divinités qui demeurent dans la plus haute des régions célestes me ravir – moi qui suis un fervent de Vishnu – ici-même sur cette Terre, en m'accordant la réalisation de mes vœux !

              III: Que la Déesse Terre m'accorde la nourriture ! Pour cela, je porte mes oblations au Feu et à la Terre. Salut !
              Que la divinité de l'Atmosphère m'accorde la nourriture ! Pour cela, je porte mes oblations à l'Air et à l'Atmosphère. Salut !
              Que la divinité des Cieux m'accorde la nourriture ! Pour cela, je porte mes oblations au Soleil et aux Cieux. Salut !
              Que les divinités de la Terre, de l'Atmosphère et des Cieux m'accordent la nourriture ! Pour cela, je porte mes oblations à la Lune et à Ses quartiers. Salut !
              Salutations à tous les Dieux ! Révérences au Mânes !
              Que les divinités de la Terre, de l'Atmosphère et des Cieux légitiment mes désirs quand je psalmodie le Om et qu'Elles m'accordent la nourriture !

              IV: Salut ! J'offre cette oblation à Brahman qui est exprimé par la première Vyahriti (1), ainsi qu'au Feu créé par Lui et à la Terre qui repose sur Lui.
              Salut ! J'offre cette oblation à Brahman qui est exprimé par la seconde Vyahriti, ainsi qu'à l'Air créé par Lui et à l'Atmosphère qui repose sur Lui.
              Salut ! J'offre cette oblation à Brahman qui est exprimé par la troisième Vyahriti, ainsi qu'au Soleil créé par Lui et aux Cieux qui reposent sur Lui.
              Salut ! J'offre cette oblation à Brahman qui est exprimé par les Vyahritis, Bhuh, Bhuvah et Suvah, ainsi qu'à la Lune créée par Lui et à ses quartiers.
              Salutations aux Dieux qui résident dans toutes les régions célestes ! Révérences aux ancêtres qui s'en sont allés !
              Je suis ce Brahman dont l'Unité est exprimée par le Om, et la Triplicité par les trois Vyahritis. Ô Feu divin, consens à ma prière !

1 Vyahriti : « énonciation, proclamation » -Paroles prononcées rituellement; proclamation du nom des 7 mondes (lokas), ou du mantra “Om Bhuh Bhuvah Svah”, représentant respectivement la Terre, l'Atmosphère (ou monde intermédiaire) et les Cieux.

              V: Salut ! J'offre cette oblation à l'adorable Suprême qui est la totalité, ainsi qu'à ses parties, les Divinités Bhuh (1), Feu et Terre.
              Salut ! J'offre cette oblation à l'adorable Suprême qui est la totalité, ainsi qu'à ses parties, les Divinités Bhuvah, Air et Atmosphère.
              Salut ! J'offre cette oblation à l'adorable Suprême qui est la totalité, ainsi qu'à ses parties, les Divinités Suvah, Soleil et Cieux.
              Salut ! J'offre cette oblation à l'adorable Suprême qui est la totalité, ainsi qu'à ses parties, les Divinités Bhuh, Bhuvah, Suvah, Lune, les maisons et les quartiers lunaires.
              Salutations à tous les Dieux ! Révérences au Mânes !
              Je suis cette Réalité suprême exprimée par la syllabe Om et les trois Vyahritis, Bhuh, Bhuvah, et Suvah. Que je puisse atteindre au Suprême !

1 Bhuh : 1) la Terre, le 1er des 3 mondes, les 2 autres étant l’éther et le ciel ou paradis. 2) mot mystique, l’un des premiers dans la création de la parole.

              VI: Ô Feu, préserve-nous de toute souillure. Salut à Toi ! Préserve-nous, que nous puissions acquérir la complète connaissance. Salut ! Ô Toi, le Resplendissant, préserve nos actions sacrificielles. Salut ! Ô Satakratu (?), préserve toutes nos possessions. Salut !

              VII: Ô Feu divin, ô habitant secret de toutes les créatures, en réponse aux louanges que te portent les hymnes du premier Véda, fais-nous la grâce de nous protéger. Salut à Toi ! Puis, en réponse aux louanges que te portent les hymnes du deuxième Véda, fais-nous la grâce de nous protéger. Salut à Toi ! Puis, en réponse aux louanges que te portent les hymnes du troisième Véda, fais-nous la grâce de protéger notre nourriture et l'essence fortifiante qui est en elle. Salut à Toi ! Enfin, en réponse aux louanges que te portent les hymnes des quatre Védas, fais-nous la grâce de nous protéger. Salut à Toi !

              VIII: L'Être Suprême, Indra, qui est l'excellent Pranava (1) qu'enseignent les Védas, qui est l'âme incarnante de l'univers entier, qui vient en tête de la collection des sentences védiques exprimées en Gayatri (2) et autres modes de versification, qui vient toujours en tête des mantras, que seul le disciple ardent peut arriver à atteindre, et qui est le premier apparu dans la chaîne des causalités – cet Être suprême enseigna aux Sages épris de contemplation la sagesse sacrée des Upanishads, dont Il est Lui-même le sujet essentiel, afin de les affermir du pouvoir qu'amène la connaissance. Je salue les divinités afin qu'elles écartent les obstacles sur mon cheminement vers l'illumination. Pour la même raison, je salue également les Mânes. Car en le Pranava Om sont contenus les trois mondes de Bhuh, Bhuvah et Suvah (cf. IV), ainsi que les Védas tout entiers.

1 Pranava : Le Son primordial, la syllabe mystique Om.
2 Gayatri : 1) hymne védique à Savitri, le Soleil, considéré également comme mère des Védas: « Om ! Ô divinités des trois mondes, nous nous prosternons devant la radieuse splendeur du Donneur de vie. Puisse-t-Il illuminer les pensées de notre esprit. Om ! » 2) en versification, nom du mètre sur lequel est bâti ce mantra.


              IX: Salutations au Suprême ! Que je concentre mes pensées sur Lui, afin de parvenir à l'union avec Lui ! Que je pratique la concentration mentale sans la moindre distraction ! Mes oreilles ont capté suffisamment de paroles, et mes autres sens ont perçu suffisamment d'objets plaisants. Que me sens ne me trahissent pas maintenant, à cette étape, mais plutôt qu'ils s'installent d'eux-mêmes en Brahman le Suprême, auquel je désire m'unir en méditant sur Om !

              X-1: La voie droite (dharmacf. I-13, note 1) est ascèse (tapas) (1). La véracité est ascèse. L'étude des Écritures est ascèse. La maîtrise des sens est ascèse. La répression des pulsions corporelles par des moyens tels que le jeûne est ascèse. Cultiver une disposition d'esprit pacifique est ascèse. Accorder des dons et aumônes sans motifs égoïstes est ascèse. La ferveur du culte est ascèse. Brahman le Suprême S'est manifesté Lui-même comme Bhuh, Bhuvah et Suvah (cf. IV). Médite sur Lui ! Voilà l'ascèse par excellence.

1 Tapas : 1) chaleur; 2) le principe essentiel de l'énergie de la conscience; 3) toute forme d'activité énergique où la conscience agit avec force sur elle-même ou sur son objet; ascèse, pratiques spirituelles ardentes.

              XI: De même que le parfum d'un arbre en pleine floraison est répandu au loin par la brise, le parfum des actes méritoires – et la bonne renommée qui s'en accroît – diffuse à une grande distance, et même jusqu'aux cieux. Cette renommée entraîne un gain karmique. Supposons que le fil tranchant d'une épée soit placée en travers d'une fosse : “Je pose mes pieds sur le fil tranchant, et je marche dessus. Si je continue d'y penser en avançant, je serai perturbé par la crainte de la douleur et je tomberai dans la fosse.” De la même façon, un homme exposé aux souillures visibles et invisibles doit chercher à éviter les unes et les autres, s'il désire atteindre à l'immortalité.

              XII-1: Le Soi infini, plus subtil que l'infiniment subtil et plus grand que l'infiniment grand, est serti au cœur des créatures vivant ici-bas. Par la grâce du Créateur, on arrive à Le réaliser, ce Soi libre de tout désir fondé sur des valeurs subjectives, qui est suprêmement grand, qui est l'instance directrice la plus haute qui soit, et qui a maîtrise sur tout, et ainsi on se libère de toute douleur.

              XII-2: De Lui, tirent leur origine les sept Pranas (1), les sept flammes, leur combustible, les sept langues de feu (sacrifices) et les sept mondes (lokas) dans lesquels se meuvent les énergies vitales. Bien d'autres composants septuplement différenciés (2) proviennent aussi de Lui, qui réside dans la grotte secrète du cœur, et tous sont disposés à leurs places respectives.

1 Prana : L’énergie vitale sous-jacente à toute la manifestation cosmique, individuelle et collective; cette énergie remplit 5 fonctions : - prana : l’appropriation (inspiration); - apana : l’expulsion (expiration); - vyana : la distribution (rétention du souffle); - udana : l’émission de sons; - samana : l’assimilation.
On considère habituellement les 5 pranas (ci-dessus). Ici, c'est pour conserver l'unité symbolique du 7, que leur nombre passe de 5 à 7. À moins qu'il n'existe 2 pranas occultes...
2 Sept : Ce chiffre est symbole de totalité, de perfection exhaustive. La manifestation part du 1 et s'agence par étapes successives de 7 différenciations, juxtaposées et complémentaires. L'importance ésotérique du septénaire est mise en lumière de manière remarquablement approfondie dans l'œuvre d'Alice Bailey et du Tibétain, notamment dans le Traité sur les 7 Rayons et dans le Traité sur le Feu cosmique.

              XII-3: De Lui, ont surgi tous les océans et toutes les montagnes. De Lui, s'écoulent toutes les rivières, et de Lui sortent toutes les plantes et toutes les essences végétales; unie à celles-ci (1), l'âme individuelle (jiva) qui se tient dans le corps subtil, réside en toute créature.

1 ... à travers la fonction nutritive, l'alimentation de base étant essentiellement végétale : céréales, légumineuses, légumes, herbes comestibles.

              XII-4: Le Suprême, s'étant transmué en Brahma aux-quatre-visages parmi les dieux, en le Maître de la parole juste parmi les poètes-voyants, en le Voyant parmi les hommes doués d'intelligence, en le buffle parmi les mammifères, en le milan parmi les oiseaux, en la hache parmi les outils tranchants, et en le soma parmi les ingrédients du sacrifice, transcende tous ces agents de purification qu'accompagne le son du chant sacré.

              XII-5: Il existe une entité femelle non-née, Maya (1), substance de l'univers, blanche, rouge et noire selon qu'Elle manifeste Sattva, Rajas ou Tamas (2), et dont l'innombrable progéniture est de même nature qu'Elle. Il existe une entité mâle non-née, qui se couche contre Elle et jouit d'Elle, et dont la forme générique est l'ensemble des humains qui sont attachés aux sortilèges de la vie; et il existe une autre entité mâle non-née, qui La quitte après avoir joui d'Elle, et dont la forme générique est l'ensemble des humains qui sont détachés des sortilèges de la vie.

1 Maya : La Puissance (shakti) de Brahman se manifestant en tant qu’univers phénoménal; la manifestation sous son aspect grossier, subtil et causal. Maya est synonyme d’ignorance (avidya), les illusions découlant de la confusion entre l'existence relative et la Réalité absolue ; car elle est la grande Enchanteresse qui possède 2 pouvoirs : avriti ou avarana shakti (pouvoir d’obnubilation) et vikshepa shakti (pouvoir de projection).
2 Gunas : Les 3 qualités ou modes d'être inhérents à l'univers phénoménal, à savoir Sattva, ou la qualité du bien, de lumière et calme; Rajas, ou la qualité d'activité, passion et agitation; Tamas, ou la qualité de ténèbres, inertie et illusion.

              XII-6: Cela qui est le Soleil dans le ciel clair; qui est Vasu, l'air mobile, dans les régions intermédiaires; qui est le Feu sacrificiel, qui vit sur l'autel et est invité dans les foyers domestiques; qui est le feu qui brille en tant qu'âme en l'homme comme en le dieu; qui est le feu consacré au cours du sacrifice; qui s'étend dans le ciel en tant qu'air; qui apparaît dans l'eau en tant que feu humide; qui apparaît dans les rayons de soleil; qui est le feu directement visible dans le luminaire, et qui apparaît au-dessus des montagnes en tant que soleil levant – tout Cela est la Vérité suprême, la Réalité sous-jacente dans tout l'univers manifesté.

              XII-6(a): Les êtres nés de Prajapati (cf. I-2 ) ne sont pas séparés de Lui. Avant leur naissance, absolument rien d'autre n'existait que Lui, qui pénétra dans toutes les créatures de ce monde en tant que leur Soi le plus intime. Ce faisant, Prajapati s'est identifié à toutes ces créatures. Il confère aux trois luminaires, Feu, Soleil et Lune, leur éclat incomparable car Il s'est identifié à eux de la même manière. En tout, il est constitué de seize parties (?).

              XII-6(b): Nous invoquons le Créateur de l'univers qui soutient Sa création de multiples façons et qui est le Témoin des pensées et des actes des humains. Puisse-t-Il nous accorder des biens en abondance et en excellence.

              XII-7: Les sacrificateurs versent le beurre clarifié dans le feu consacré. Le beurre clarifié est le lieu d'origine de celui-ci, qui y trouve son support. Oui, le beurre clarifié est son agent de luminosité et sa résidence, tout à la fois. Ô Feu, avec chaque offrande d'oblations, invoque les divinités et régale-les. Ô Toi l'Excellent, porte-leur les offrandes que nous avons faites avec le Svaha (1).

1 Svaha : « Salut ! » - Exclamation consacrée lorsque l'on fait une oblation au Feu sacré.

              XII-8: De la Source suprême, vaste comme l'océan, s'écoule l'univers, sous forme de vagues qui bercent de plaisir les créatures. Le nom qui désigne la Réalité lumineuse et que symbolise la syllabe Om, est occulté dans les Védas. Par la contemplation du Suprême, accompagnée de la répétition pénétrée et lente de ce nom, l'on atteint à l'immortalité. Cette désignation du Suprême est sur les lèvres des sages contemplatifs, car c'est le support central d'une félicité qui jamais ne s'éteint.

              XII-9: Puissions-nous toujours répéter, durant nos sacrifices contemplatifs, la syllabe Om
qui symbolise la Réalité lumineuse, et puissions-nous aussi maintenir le Suprême en notre cœur, en Le saluant. Le Taureau blanc aux-quatre-cornes (Om – cf. shloka suivant) a exprimé ce suprême Brahman que nous louangeons lorsque nous écoutons nos condisciples.

              XII-10: La syllabe Om considérée comme le Taureau, possède quatre cornes, trois pieds et deux têtes. Et sept mains (1). Ce Taureau, que l'on contacte de trois façons, déclame avec éloquence : “La Suprême, la lumineuse Divinité est entrée dans les mortels, où qu'ils se trouvent.”

1 Quatre cornes = 4 pieds - Un pied, en versification, est une syllabe. Le son OM ou AUM, est une syllabe comportant trois signes combinés, surmontés d'un quatrième, le point bindu. Ces 3 signes se prononcent soit sur 2 sons (OM), soit sur 3 sons (AUM), mais aussi sur 4 sons, selon l'exercice pratiqué. Cf. Atharvasikha Upanishad, I-2 et I-6.
Trois pieds : les 3 lettres audibles A – U – M.
Deux têtes : L'une est bien sûr le bindu, le point germinal qui se trouve tout au-dessus du Om. Mais l'autre ? Est-ce Turiya, le quatrième état, qui synthétise et outrepasse les 3 autres (cf. note 2, shloka suivant) et représente le parfait samadhi, et qui vibre longuement quand on psalmodie le Om sur 4 sons en maintenant la langue contre le palais ? Voir encore l'Atharvasikha Upanishad.
Sept mains : le Pranava Om est le moment initial de la Création, laquelle évolue par septénaires, en paliers successifs. Cf. XII-2, note 2.

              XII-11: Des sages semblables aux dieux ont atteint à cette lumineuse Réalité sertie dans les trois états de conscience (1), secrètement enseignée par les maîtres qui en font les louanges au moyen des grandes maximes védiques, telles que “Toi aussi, tu es Cela” (2). Indra ou Virat (3), le Régent de l'univers manifesté et des mondes visibles, créa l'état de veille; Surya (le Soleil) représentant Taijasa (4) et Hiranyagarbha (cf. I-12 ), créa l'état de rêve; et Vena, le soleil de midi, créa le dernier, l'état de sommeil profond. Mais c'est par Paramatman (5), qui est Lui-même Son propre support, que furent agencées toutes les triplicités.

1 La vie humaine se déroule à travers 3 états de conscience : jagrat, l’état de veille; svapna, l’état de sommeil avec rêve; et sushupti, l’état de sommeil profond.
2 Mahavakyas : Grandes maximes védiques; quatre d'entre elles contiennent l'essence de la sagesse des Védas. Ce sont : « TAT TVAM ASI » (Toi aussi, tu es Cela); « AYAM ATMA BRAHMA » (Ce Soi est Brahman); « PRAJNANAM BRAHMA » (La conscience est Brahman), et « AHAM BRAHMASI » (Je suis Brahman).
3 Virat : La totalité sous son aspect grossier; cf. Ishvara, Hiranyagarbha, ces 3 termes désignant les divers états de la manifestation (cause et effets compris). L’univers; le Macrocosme.
4 Taijasa : « Le Lumineux, l'Igné » - le soi qui est le support du corps subtil manifesté dans l'état de rêve, svapna, ou la conscience subtile du jiva lorsqu'il rêve. 
5 Paramatman : Le Soi suprême; synonyme de Brahman ou Atman, l’Esprit suprême.

              XII-12: Puisse le Seigneur suprême nous accueillir avec une impression bénéfique et Se souvenir de nous – Lui qui est supérieur à tout et à tous, Lui qui S'est révélé à travers les Védas, Lui qui est le suprême Voyant (rishi), Lui qui a le privilège de voir directement Hiranyagarbha, le tout-premier parmi les dieux, engendré avant le reste de la manifestation.

              XII-13: Il n'est rien de plus élevé, rien de plus subtil, rien de plus grand que le Purusha (1). Par ce Purusha – l'Unique qui demeure immobile, tel un arbre établi dans les cieux – tout cet univers est empli.

1 Purusha : 1) Le Principe psychique universel; s’oppose à Prakriti dans le système dualiste du Samkhya. Esprit et Matière, respectivement, mais aussi principes mâle et femelle, Purusha est la pure Conscience non-manifestée, par opposition à Prakriti, la nature naturante, l'énergie de la manifestation à travers laquelle les univers se déploient. 2) le véritable Moi, l'âme qui réside dans le corps physique; 3) la Conscience suprême, substrat de toutes les opérations de la substance, Prakriti. Il est alors synonyme d'Être suprême, d'Âme suprême ou universelle.
Par extension, notamment dans les Upanishads, Purusha se réfère à Brahman en tant qu'Homme Cosmique, « possédant mille têtes, mille yeux, mille jambes, incluant la Terre dans son corps, se diffusant dans toutes les directions, à l'intérieur de l'animé comme de l'inanimé » dit aussi le Rig Véda.

              XII-14: Ce n'est ni par leur travail, ni par leur progéniture, ni par leurs richesses, que certains humains ont atteint à l'immortalité. Mais par le renoncement (vairagya). Cela qu'atteignent les ascètes, est situé bien au-delà des cieux; et pourtant Cela brille avec un éclat éblouissant dans le cœur purifié.

              XII-15: Après avoir atteint l'immortalité (qui consiste en une identification au Suprême), tous ces aspirants qui ont lutté pour parvenir à la maîtrise d'eux-mêmes, qui – par leurs inquisitions rigoureuses – sont parvenus aux conclusions mêmes qu'enseigne le Védanta sur la base de la connaissance directe, qui sont parvenus à la pureté mentale au moyen de la discipline yoguique, et restent fermement établis dans la connaissance de Brahman au moyen de la renonciation – ces aspirants trouvent leur libération finale dans la région de Brahman au moment de la dissolution de leur corps, juste après leur mort.

              XII-16: Dans la citadelle du corps, se trouve, menu, sans souillures et immatériel, le lotus du cœur, résidence du Suprême. Plus profondément enchâssé dans ce lieu exigu, se trouve l'éther, Akasha (1), parfaitement serein. C'est sur Cela qu'il faut méditer continuellement.

1 Akasha : « qui n'est pas visible » - L'espace, l'éther, le ciel cosmique. Le milieu spirituel dans lequel la manifestation se déploie. Principe de la matière ultra-subtile qui est le substrat de l’univers, qui sous-tend, soutient et pénètre tout. C'est le plus subtil des cinq éléments-racines (bhuta), dont la vibration donne naissance au son (shabda), puis à la parole et à l'audition; c'est à partir de ses multiples combinaisons avec les autres éléments-racines que toute la Création a opéré, en utilisant ce véhicule de la Vie et du Son primordial qu'est l'éther. Cf. bhuta et les 36 tattvas.

              XII-17: Il est le Seigneur suprême qui transcende la syllabe Om que l'on psalmodie au moment d'initier un récital de Védas; l'importance du Om est clairement établie par les Upanishads, ce Om qui se dissout dans la cause primordiale durant la contemplation.

              XIII-1-3: En vérité, cet univers tout entier est uniquement l'Être divin. Donc, il ne subsiste que par Lui – Être divin rayonnant de Sa propre splendeur – qui possède d'innombrables têtes et deux fois plus d'yeux; Il produit cette joie répandue dans l'univers, lequel est Sa propre forme; Il est le Régent et la cause de l'humanité; les divinités sont Ses diverses formes; Il est impérissable; Il est le Gouverneur et Sauveur qui surpasse tout et tous; Il est bien au-dessus des mondes; Il est infini et omniprésent; Il représente le but ultime pour l'humanité; Il est le destructeur de l'ignorance et des erreurs conséquentes; Il est le protecteur de l'univers et le Maître des âmes individuelles (jivas); Il est permanent, suprêmement bénéfique et immuable; Il s'est incorporé Lui-même dans l'être humain en tant que son support, en tant que l'Esprit occulte qui réside en lui; Il est l'objet éminemment valable de la connaissance pour toute créature, Lui qui S'est incarné en tant qu'univers, Lui qui est le but ultime.

              XIII-4:  Narayana est la suprême Réalité, désignée comme Brahman.
              Narayana est le Soi suprême.
              Narayana est la suprême Lumière, qu'explorent les Upanishads.
              Narayana est le Soi infini.
               Narayana est le Maître par excellence de la méditation, en tant que sujet et objet (le méditant et ce sur quoi il médite).

              XIII-5: Quelque objet qui se trouve en ce monde qui nous est connu soit par perception directe en cas de proximité, soit par écoute ou lecture d'un rapport en cas d'éloignement, cet objet est imprégné par Narayana, de part en part, à l'intérieur comme à l'extérieur.

              XIII-6: On doit méditer sur le Suprême – le Sans-limites, le Non-changeant, l'Omniscient, la Cause unique de tout bonheur en ce monde, le Résident de l'océan du cœur – comme sur le but de tous nos combats et efforts. Le lieu où méditer sur Lui est cet éther (akasha, cf. XII-16) logé dans le cœur – ce cœur pareil à un bouton de lotus renversé.

              XIII-7: Il faut savoir que le cœur subtil, qui se situe exactement à distance d'un empan de main en-dessous de la pomme d'Adam et au-dessus du nombril, est l'immense demeure de l'univers.

              XIII-8: De même qu'un bouton de lotus s'incline sur sa tige en position renversée, le cœur, entouré de ses artères, regarde vers le bas. En lui, se trouve un espace exigu, celui de la sushumna nadi (1). En cet espace, se trouve la base et le support de toute la conscience.

1 Sushumna nadi : principal canal fluidique qui longe la moelle épinière dans toute sa longueur. C’est par ce canal que s’élève la kundalini.

              XIII-9-11: Au centre de cet espace exigu de la sushumna nadi, demeure le Feu majeur, sans déclin, omniscient, brûlant vers toutes les directions, qui se réjouit de la nourriture qu'on lui présente en offrande, qui se repaît de l'énergie assimilée à partir de la nourriture absorbée, dont les rayons s'éparpillent à la verticale et à l'horizontale pour réchauffer le corps dans lequel il réside, depuis la plante des pieds jusqu'à la couronne crânienne. Au centre de ce Feu qui imprègne ainsi le corps entier, se tient une langue de feu, brillant de la couleur de l'or pur, qui est de l'essence la plus subtile qui soit, qui éblouit tel un éclair surgissant d'un nuage sombre gonflé de pluies, qui est aussi fine que la barbe d'un grain de riz non décortiqué, et dont on se sert pour les comparaisons illustrant la subtilité.

              XIII-12: Paramatman (cf. XII-11, n. 5) réside au centre de cette flamme. Là, bien que Sa forme manifestés soit limitée, Il n'en demeure pas moins le Créateur aux-quatre-visages (cf. I-28 et XII-4), Shiva, Vishnu et Indra, la cause matérielle et efficiente de la manifestation universelle, la pure Conscience, suprême et lumineuse par Elle-même.

              XIV: En vérité, Il est Aditya, le Soleil, Fils-de-l'Étendue-primordiale. Son orbe répand lumière et chaleur; les célèbres versets du Rig Véda s'y trouvent; donc, Son orbe est aussi la collection entière des versets du Rig, et Il est la demeure du Rig Véda. Maintenant, cette flamme qui brille dans l'orbe du Soleil, est la collection entière des versets du Sama Véda; donc, Il est la demeure du Sama Véda. Maintenant encore, Celui qui est la Personne qui se tient dans la flamme qui brille dans l'orbe du Soleil, doit être médité en tant que la collection entière des versets du Yajur Véda; cette partie de Son orbe est donc le Yajur; donc, Il est la demeure du Yajur Véda. Ainsi donc, c'est uniquement par ces trois agents que la triple connaissance peut briller. Et Celui qui se tient à l'intérieur du Soleil, est l'Être d'or, Hiranyagarbha (cf. I-12).

              XV-1: En vérité, le Soleil, par Lui-même, est tout ceci : énergie, splendeur, force, renommée, vue et visibilité, ouïe et audition, corps, mental, états d'âme négatifs (ainsi, la colère), les Voyants (Rishis), les divinités Mort (Yama), Vérité (Satya), Solidarité (Mitra) (1), Vent (Vayu), Éther (Akasha) et Vie (Prana), les Gouverneurs du monde (Prajapatis) (2), l'indéterminable Unique, la Félicité, Cela qui transcende les sens, la Véracité, la nourriture, l'empan de la vie humaine, la libération (moksha) ou immortalité, l'âme individuelle (jivatman), l'univers, le summum de l'extase, et Brahman, l'auto-engendré.
              Et cet Être qu'incarne le Soleil est éternel. C'est le Seigneur de toutes les créatures. Quiconque médite sur Lui atteint à l'union avec Brahman et vit désormais sur le même plan de félicité que Lui, en Sa compagnie; il atteint à l'union, oui, et à la co-résidence et à la communauté extatique avec tous ces dieux dans leurs demeures célestes. Telle est la connaissance secrète, selon les termes ici donnés.

1 Mitra : « Amitié, solidarité » - L'un des 12 Adityas, principes souverains majeurs du monde humain, fils d'Aditi, l'Étendue primordiale. Il représente la solidarité entre humains, la parole donnée et la loyauté, la sacralité des valeurs et lois qui fondent la société. Il trouve son complément indissociable en Varuna, incarnation de la Loi divine.
2 Prajapati : Le Seigneur des créatures; épithète divine, notamment de Shiva. Au pl., les prajapatayah sont les progéniteurs des créatures, aux temps des origines. Cf. I-2 et XII-6.

              XV-2: Aditya, le Soleil, Fils-de-l'Étendue-primordiale, cause suprême de l'univers, est le donneur de lumière et d'eau, et Il est la source de toute énergie. Il est évoqué par la syllabe Om. Les divinités L'adorent en tant que principe essentiel de la conscience (tapas - cf. X-1) et Vérité. En vertu de cette adoration, Il accorde la félicité à Ses fidèles, qui Lui sont tels du miel et des douceurs. Cette forme suprême du Soleil est en vérité Brahman. Il est, Lui, la cause toute-pénétrante de la totalité. Il est l'Eau, le Feu, la saveur et l'ambroisie (soma). Les trois Vyahritis (1) représentant les trois mondes et le Pranava Om représentant la cause de la manifestation universelle, évoquent ce Brahman.

1 Vyahriti : Paroles prononcées; chacun des 3 mots symboliques du mantra “Om bhuh bhuvah svah”, représentant respectivement la Terre, l'Atmosphère (ou monde intermédiaire) et les Cieux. Cf. IV.

              XVI: Au moyen de ces vingt-deux noms suivis des salutations prescrites, les prêtres consacrent le Shivalinga (1) pour le bénéfice de toute la communauté – le linga qui représente le nectar du soma et Surya, le Soleil – et, le tenant entre leurs mains, ils répètent ces formules sacrées, pour la purification de toute la communauté.

1 Linga : « marque, signe distinctif » - Emblème de Shiva, plus spécialement de Parashiva, dont il est le symbole le plus répandu; de forme elliptique, arrondi aux extrêmités, il est posé debout sur un socle, le pitha, représentant Parashakti, le pouvoir de manifestation du dieu.

              Nidhanapataye Namah ! Salutations au Seigneur de la dissolution de l'univers !
              Nidhanapataantikaya Namah ! Salutations à Celui-qui-apparaît-à-la-fin, Yama, responsable de la mort des créatures !
              Urdhvaya Namah ! Salutations au Très-Suprême, dominant toutes les catégories d'êtres qui évoluent dans l'univers !
              Urdhva-Lingaya Namah ! Salutations au principe de Sadashiva (1), incarnant le pouvoir de l'intelligence !
              Hiranyaya Namah ! Salutations à Lui, qui est bénéfique et charmant pour les créatures !
              Hiranya-Lingaya Namah ! Salutations à Lui, qui est visualisé sous forme d'un linga d'or !
              Suvarnaya Namah ! Salutations à Lui, qui est doté d'une splendeur à l'attrait irrésistible !
              Suvarna-Lingaya Namah ! Salutations à Lui, qui a la forme d'un linga d'argent !
              Divyaya Namah ! Salutations à Lui, qui est la source de la félicité dans les cieux !
              Divya-Lingaya Namah ! Salutations à Lui, qui est honoré comme l'emblème de la Divinité !
              Bhavaya Namah ! Salutations à Lui, qui est la source du cycle des naissances et des morts !
              Bhava-Lingaya Namah ! Salutations à Lui, qui est honoré comme linga par les êtres humains !
              Sarvaya Namah ! Salutations à Lui, qui est le destructeur de l'univers au temps de la dissolution finale !
              Sarva-Lingaya Namah ! Salutations à Lui, qui a la forme d'un linga, emblème de la Totalité, Sarva, qui donne la félicité !
              Shivaya Namah ! Salutations à Lui, qui est suprêmement propice !
              Shiva-Lingaya Namah ! Salutations à Lui, qui a la forme du Shivalinga !
              Jvalaya Namah ! Salutations à Lui, qui a la forme d'une splendeur flamboyante !
              Jvala-Lingaya Namah ! Salutations à Lui, qui a la forme d'un linga flamboyant !
              Atmaya Namah ! Salutations à Lui, qui est l'Atman qui réside dans toutes les créatures !
              Atma-Lingaya Namah ! Salutations à Lui, qui est occulté au cœur de toutes les créatures en tant que leur Soi le plus intime !
              Paramaya Namah ! Salutations à Lui, qu'absolument rien ne peut surpasser !
              Parama Lingaya Namah ! Salutations à Lui, qui est le Seigneur Suprême de félicité et de libération, symbolisé par l'emblème du linga !

1 SadaShiva : « le Révélateur » - L'une des épithètes de Shiva en tant qu'Être primordial, synonyme de Parameshvara (le suprême Ishvara, la Divinité suprême). Cet épithète est utilisée par les Shivaïtes, en lieu et place de Brahman ou d'Atman.


              XVII: Je prends refuge en Sadyojata (1). Oui, je Le salue encore et encore. Ô Sadyojata, ne me livre pas à des naissances répétées; mène-moi plutôt par-delà les naissances, dans l'état de félicité et de libération. Je m'incline bas devant Lui, qui est la source de l'existence transmigratoire.

1 Sadyojata : « Le Soudain-né » - L'un des cinq visages de Shiva en tant que Régent de l'espace, qui regarde simultanément dans les 4 directions et vers le haut. Le visage de Sadyojata représente le mental.

              XVIII: Salutation à Vamadeva, Celui qui est beau et brillant, le dieu généreux.
              Salutation à Jyestha, Celui qui est l'Aîné et existait avant la Création.
              Salutation à Srestha, Celui qui possède le plus de valeur, l'Excellent.
              Salutation à Rudra, Celui qui fait couler les larmes des créatures au temps de la dissolution universelle.
              Salutation à Kala, Celui qui est le pouvoir du Temps, et qui est responsable de l'évolution de la Nature.
              Salutation à Kalavikarana, Celui qui cause les changements dans le cours évolutif de l'univers, débutant avec Prakriti.
              Salutation à Balavikarana, Celui qui produit toutes les variétés et les degrés de la force.
              Salutation à Bala, Celui qui est la source de toute force.
              Salutation à Balapramathana, Celui qui supprime tous les pouvoirs au moment de la rétraction précédant la dissolution universelle.
              Salutation à Sarvabhutadamana, Celui qui est le Régent de toutes les créatures.
              Salutation à Manomana, Celui qui attise la lumière de l'âme.

              XIX: Désormais, ô Sarva (1), mes salutations, en quelque lieu et moment que je les fasse, iront à tes aspects en tant que Rudra : le Bénin, le Terrifiant, l'Encore-plus-terrifiant et le Destructeur.

1 Sarva : « tout, entier » - La Totalité.


              XX: Puissions-nous connaître et réaliser l'Être Suprême. À cette fin, méditons sur Mahadeva (cf. I-23) et à toute méditation que Rudra pourrait nous indiquer.

              XXI: Puisse le Suprême qui est le Maître de la Connaissance, le Gouverneur de tous les êtres créés, le Gardien des Védas et le Chef suprême d'Hiranyagarbha (cf. I-12), nous être propice. Je suis SadasShiva (cf. XVI) tel qu'on Le décrit et tel que L'invoque le Pranava Om.


              XXII: Salutations encore et encore à Hiranyabahu, Celui qui porte des ornements d'or sur les bras, ou possède une forme de couleur dorée; à Hiranyavarna, Celui qui est la source des syllabes des Védas, aussi précieuses que l'or; à Hiranyarupa, Celui qui a l'éclat de la splendeur; à Hiranyapati, le Seigneur des richesses, sain et charmant; à Ambikapati, l'époux d'Ambika, la Mère de l'univers; à Umapati, le Maître d'Uma, personnification de Brahmavidya (1); à Pashupati, le Seigneur des créatures (2).

1 Brahmavidya : Connaissance de Brahman par l’expérience intime; science sacrée du Brahman, de la Réalité absolue.
2 Pashupati : « Maître du troupeau » - Représentation de Shiva en posture de méditation, le corps étant assimilé au bétail, l'esprit et l'Âme supérieure le tenant sous son contrôle. C'est aussi, selon le contexte, la personnification du feu, celui qui nourrit le sacrifice rituel d'où procède toute vie. Il est également un équivalent de Prajapati, le Progéniteur, et il est alors le protecteur et le guide de tout ce qui vit sur la terre et y croît ou y évolue.


              XXIII: Brahman le Suprême, la Réalité absolue, s'est rendu androgyne sous la forme d'Umamaheshvara, dont la peau est bleu foncé et brun rouge, parfaitement chaste et dont les yeux sont d'une beauté peu commune. Salutations à Lui, l'Unique, qui est l'Âme de l'univers, et dont l'univers est la forme.

              XXIV: Tout cela en vérité est Rudra. À Lui, Rudra, qui est tel, nous faisons nos salutations. Nous saluons encore et encore cet Être, Rudra, qui est la seule lumière de l'âme des créatures. L'univers matériel, les créatures, et tout ce qui fut créé dans la profusion et la diversité de la manifestation, ainsi que tout ce qui l'est actuellement, dans la présente forme du monde, tout cela est bien Rudra. Salutations à Rudra, qui est tel.

              XXV: Nous entonnons un hymne qui nous envahit d'un bonheur sans équivalent, à Rudra qui mérite nos louanges, Lui qui possède la plus haute connaissance, Lui qui déverse Ses faveurs aux meilleurs parmi Ses fervents, Lui qui détient le plus fort pouvoir, Lui qui réside dans le cœur des humains. Car tout cela est Rudra. Salutations à Rudra, qui est tout cela.

              XXVI: Celui qui utilise, lorsqu'il pratique le rite de l'Agnihotra (1), la louche sacrificielle en bois de Vikankata (“Flacourtia Spida”), offre ainsi des oblations efficaces à produire le fruit désiré. De plus, ces oblations contribuent à renforcer ses connaissances spirituelles par la purification de son esprit.

1 Agnihotra : « Sacrifice du Feu » - Rite domestique, pratiqué quotidiennement, devant l'autel du foyer, au cours duquel une oblation de lait est répandue sur le feu.


              XXVII: Krinushva paja iti panja.
              (Cinq mantras commençant par la formule Krinushva paja sont indiqués dans les textes seulement comme références à des index d'œuvres. Leur récitation détruit les influences hostiles. Ils viennent du Taittiriya-Samhita, I-ii-14. À l'origine, ils viennent du Rig Véda, IV-iv-1-5.)

              XXVIII: Le Sage Vasistha déclara qu'Aditi, l'Étendue primordiale, est la mère et la protectrice des divinités, des musiciens célestes (Gandharva), des hommes, des ancêtres défunts, des démons, ainsi que d'autres entités; Elle possède dureté et cohésion, Elle est excellente et honorés, Elle émane de l'Esprit divin, et il est bon de Lui adresser des prières, car Elle est contingence et protection du manifesté, riche en cultures céréalières, vaste est Son étendue, Elle possède une profusion de biens, Elle est universelle, constituée des éléments primordiaux, Sa félicité est extrême, tous les corps extériorisés des créatures sont les Siens, Elle est illustre, vaillante, tenace, et donc immortelle.

              XXIX: En vérité, tout ceci qui nous entoure est l'Eau. Toutes les créatures vivantes sont eau. Les souffles vitaux du corps sont eau. Les quadrupèdes sont eau. Les céréales comestibles sont eau. L'ambroisie est liquide. Samrat, le perpétuellement brillant, est eau. Virat (cf. XII-11, n.3), à l'éclat diversifié, est eau. Svarat, qui brille de Sa propre luminosité, est eau. Les mètres de versification sont eau. Les luminaires sont eau. Les formules védiques sont eau. La Vérité est eau. Toutes les divinités sont eau. Les trois mondes dénommés Bhuh, Bhuvah et Suvah (cf. IV), sont eau. Et la source de tous ceux-ci est le Suprême, qu'invoque la syllabe Om.

              XXX-1-2: Puisse cette eau nettoyer mon corps physique, composé de terre et de substances minérales. Et que le corps de terre ainsi nettoyé, me purifie, moi l'âme intérieure. Puisse cette eau purifier le Gardien des Védas, mon précepteur. Et que les Védas purifiés enseignés par le précepteur purifié, me purifient à mon tour. Que le Suprême me purifie. Que les eaux pures du Suprême me purifient. Quant à tous mes actes erronés, les repas de nourriture prohibée et les comportements fautifs, si j'en ai eus, et le péché qui s'est accumulé en conséquence de l'acceptation de cadeaux ou bienfaits venant de personnes blâmables selon les critères des Écritures – que je sois absous de tous ces manquements ! Puissent les eaux me purifier. Salut !

              XXXI: Que le Feu, la Colère et les Gardiens de la colère me protègent des souillures qu'entraîne la colère. Puisse le Jour effacer totalement le moindre péché que j'aie pu commettre à ce jour, que ce soit par la pensée, la parole, les mains, les pieds, l'estomac ou l'organe de procréation. De plus, quelque action nocive que j'aie pu commettre, j'offre tout cela et ma propre personne en oblation à la Vérité qui brille de Sa propre lumière, source de l'immortalité. Salut !

              XXXII: Que le Soleil, la Colère et les Gardiens de la colère me protègent des souillures qu'entraîne la colère. Puisse la Nuit effacer totalement le moindre péché que j'aie pu commettre la nuit passée, que ce soit par la pensée, la parole, les mains, les pieds, l'estomac ou l'organe de procréation. De plus, quelque action nocive que j'aie pu commettre, j'offre tout cela et ma propre personne en oblation à la Lumière suprême, représentée par le Soleil, source de l'immortalité. Salut !

              XXXIII: La syllabe Om est Brahman. Agni en est la divinité. Son Rishi (Voyant) est également Brahman. Son mètre est la Gayatri (cf. VIII). Cette syllabe Om nous permet de nous unir au Paramatman (cf. I-10 et XII-11, n. 5) qui existe en tant qu'univers diversifié.

              XXXIV-1: Puisse la Gayatri qui confère cette bénédiction qu'est la discrimination, venir à nous et nous instruire au sujet de Brahman l'Impérissable, selon les injonctions du Védanta. Oui, que Gayatri, la Mère des mètres de versification, nous accorder la faveur du Suprême.

              XXXIV-2: Ô Toi, la source de toutes les lettres, ô Toi, la Grande Déesse, ô Toi, l'objet de la méditation du crépuscule, ô Toi, Sarasvati (1), puisse Ton fidèle être libéré le jour-même de ses actes négatifs diurnes, et la nuit-même de ses actes négatifs nocturnes.

1 Sarasvati : « flot » - 1) affluent du Gange; 2) « le Flot », déesse de la parole et de la science, fille de Prajapati, le Progéniteur, épouse de Brahma. Elle est source de la Création par le verbe (Vac), tandis que Brahma est source de la Création par la forme. Elle est en conséquent la déesse de l'éloquence, de la sagesse, du savoir, mais aussi l'inventrice du langage et de l'écriture, mère de la poésie, des arts plastiques et, bien sûr, de la musique. Sous sa forme suprême, Maha-Saravasti, elle incarne le Pouvoir transcendant de la connaissance.

              XXXV-1: Ô Gayatri, Tu es l'essence de la force. Tu es patience, et pouvoir de dompter. Tu es capacité physique. Tu es splendeur. Tu es demeure des divinités, de même que leurs noms respectifs. Tu es l'univers des formes inanimées. Tu es l'empan de vie du Seigneur de la totalité. Tu es tous les êtres vivants, de même que l'empan de leur vie. Tu es victorieuse de tout ce qui nous est hostile. Tu es la Vérité qu'évoque le Pranava. Je T'invoque, Gayatri, dans l'intime de mon cœur. Là, j'invoque Savitri (le Soleil procréateur). Et Saravasti. J'invoque les mètres, les Rishis (Voyants des origines) et les divinités. J'invoque la splendeur des dieux. De Gayatri, Mère des Védas, le mètre est celui qui a reçu Son nom, le Rishi est Vishvamitra et la divinité est Savitri. Agni représente Sa bouche; Brahma aux-quatre-visages, Sa tête; Vishnu, Son cœur; Rudra, la couronne de Ses cheveux; la Terre, Sa source; les cinq pranas (cf. XII-2), Son souffle. Gayatri a le teint clair et Elle appartient à la famille du Paramatman (cf. XII-11, n. 5), auquel parviennent les Sages illuminés par l'étude du Samkhya (1). La déesse Gayatri, en tant que mantra de l'aube, possède vingt-quatre syllabes, bâties sur trois pieds métriques, six fourreaux (ou cavités) et cinq têtes. On l'emploie dans l'Upanayana, la cérémonie d'initiation aux études védiques.

1 Samkhya (ou Sankhya): Un des 6 grands systèmes philosophiques hindous; a parfois le sens de jnana yoga. Cf. darshana. Le Samkhya est la philosophie védique originelle, celle que prône Krishna dans la Bhagavad Gita (Gita 2:39; 3:3,5; 18:13,19).
L’une des écoles de philosophie hindoue, fondée par Kapila, qui rend compte systématiquement de l’évolution cosmique. Elle est ainsi nommée parce qu’elle dénombre 25 tattvas (catégories), à savoir: Purusha, l’Esprit cosmique; Prakriti, la Substance cosmique; Mahat, l’Intelligence cosmique; Ahamkara, le principe d’individualisation; Manas, l’esprit, le mental cosmique; les 10 Indriyas, les 10 facultés sensorielles abstraites de connaissance et d’action; les 5 Tanmatras, les 5 sens subtils (son, toucher, vue, goût et odeur) qui sont en relation avec les facultés sensorielles; et les 5 Mahabhutas, les 5 « grands éléments » fondamentaux grossiers : éther (espace), air, feu, eau et terre. Ces outils cognitifs soutiennent et complètent les disciplines du Yoga, et ces deux systèmes vont être utilisés conjointement, imprégnant tout l'hindouisme ultérieur, y compris le bouddhisme.

              XXXV-2: Om, Terre ! Om, Ciel ! Om, Région intermédiaire ! Om, lieu de naissance ! Om, Demeure du Béni ! Om, Royaume de la Vérité ! Om, puissions-nous méditer sur l'adorable Lumière de ce Créateur divin qui stimule notre mental et notre compréhension. Om, Il est eau, lumière, saveur, ambroisie, et aussi les trois mondes. Lui qui est évoqué par le Pranava, est bien tout cela.

              XXXVI-1: Ô Déesse, Tu peux t'en aller demeurer, selon Ton bon vouloir, sur le plus haut et le plus sacré des points culminants de la Terre, ou dans toute montagne, jusqu'à ce que les brahmanes se souviennent de nouveau de Toi.

              XXXVI-2: Puisse la Mère des Védas qui donne Sa bénédiction et que je viens de magnifier par mes louanges, Elle qui dirige les créatures à la façon du vent (qui les pousse là où il va), Elle qui possède deux lieux de naissance, puisse-t-Elle partir pour le monde parfait de Brahman après m'avoir accordé, en cette vie-ci et ici-bas, longévité, prospérité et puissance d'étude des Védas.

              XXXVII: L'impérissable Aditya (le Soleil, Fils-de-l'étendue-primordiale), qui communique Son propre éclat à cet univers qu'Il a Lui-même créé, se déplace dans l'espace des cieux à l'instar de Ses propres rayons. Son essence, sous la forme de l'Eau, s'écoule dans les fleuves. Il est Vérité. Aditya, cause suprême de l'univers, est le donneur de lumière et d'eau, à la source de toute énergie. Il est évoqué par la syllabe Om. Les divinités Lui rendent un culte en tant qu'énergie du Feu (tapas) et vérité. Il accorde la félicité à Ses fervents, qui sont pour Lui tels du miel et des douceurs. Cette forme du Soleil est Brahman. Il est la cause omniprésente de la totalité. Il est eau, feu, saveur et ambroisie. Les trois Vyahritis (cf. XV-2) représentant les trois mondes, et le Pranava Om représentant la cause de la manifestation universelle, évoquent Brahman.

              XXXVIII-1: « Que je puisse joindre le Suprême ! Que je puisse joindre le Bienheureux ! Que je puisse joindre l'unique et bienheureux Suprême ! Ô Seigneur, je suis l'une de Tes créatures, et donc Ton enfant. Supprime le rêve ennuyeux de l'existence empirique dont je fais l'expérience depuis ma naissance. Pour cela, je m'offre moi-même en oblation à Toi, ô Seigneur, ainsi que les forces mentales et vitales que Tu as mises en moi. »

              XXXVIII-2: On peut confier ce mantra Trisuparna à un brahmane, même s'il ne l'a pas sollicité. Les brahmanes qui récitent le Trisuparna détruisent à coup sûr tout péché, jusqu'au crime de brahmanicide. Ils en retirent un fruit équivalent à un sacrifice de soma. Ils purifient tous ceux qui se tiennent près d'eux, et jusqu'à un millier de convives lors d'un repas; ils parviennent à l'union au Pranava, qui est la divinité de ce mantra.

              XXXIX-1: C'est par le pouvoir du mental que l'on atteint à Brahman. C'est par le pouvoir du mental que l'on atteint à la Félicité. C'est par le pouvoir du mental que l'on atteint à cette félicité qu'est Brahman.

              XXXIX-2: Ô Divinité, ô Créateur, daigne nous garantir, aujourd'hui même, cette prospérité qu'assure une descendance. Et chasse de notre mental ce mauvais rêve qu'est la vie dans le monde.

              XXXIX-3: Ô Divinité, ô Créateur, détourne de moi tous les actes négatifs. Mais entoure-moi de ceux qui sont bénéfiques.

              XXXIX-4: Autour de moi, qui suis un adepte fervent de la Vérité suprême, que le vent souffle paisiblement. Que les flots des rivières s'écoulent paisiblement. Que les végétaux nous soient agréables à consommer et bénéfiques.

              XXXIX-5: Qu'il y ait de la douceur dans le jour et dans la nuit. Que les particules de terre soient le support de la douceur. Que le Ciel, notre père, nous soit clément.

              XXXIX-6: Que les arbres fruitiers nous comblent. Que le soleil soit agréable et bénéfique. Que les vaches nous pourvoient généreusement de leur lait.

             XXXIX-7: On peut confier le mantra Trisuparna à un brahmane, même s'il ne l'a pas sollicité. Les brahmanes qui récitent le Trisuparna détruisent à coup sûr tout péché, jusqu'au crime de fœticide ou d'atteinte à un brahmane versé dans les Védas et leurs auxiliaires. Ils en retirent un fruit équivalent à un sacrifice de soma. Ils purifient tous ceux qui se tiennent près d'eux, et jusqu'à un millier de convives lors d'un repas; ils parviennent à l'union au Pranava, qui est la divinité de ce mantra.

             XL-1: C'est par le pouvoir du sacrifice que l'on atteint à Brahman. C'est par le pouvoir du sacrifice que l'on atteint à la Félicité. C'est par le pouvoir du sacrifice que l'on atteint à cette félicité qu'est Brahman.

             XL-2: Le Suprême, s'étant transmué en Brahma aux-quatre-visages parmi les dieux, en le Maître de la parole juste parmi les poètes-voyants, en le Voyant parmi les hommes doués d'intelligence, en le buffle parmi les mammifères, en le milan parmi les oiseaux, en la hache parmi les outils tranchants, et en le soma parmi les ingrédients du sacrifice, transcende tous ces agents de purification qu'accompagne le son du chant sacré.

             XL-3: Cela qui est le Soleil dans le ciel clair; qui est Vasu, l'air mobile, dans les régions intermédiaires; Cela qui est le Feu sacrificiel qui vit sur l'autel et est invité dans les foyers domestiques; Cela qui est le feu qui brille en tant qu'âme en l'homme comme en la divinité; Cela qui est le feu qui est consacré au cours du sacrifice; Cela qui s'étend dans le ciel en tant qu'air; Cela qui apparaît dans l'eau en tant que feu humide; Cela qui apparaît dans les rayons de soleil; Cela qui est le feu directement visible dans le luminaire, apparaissant au-dessus des montagnes en tant que soleil levant – tout Cela est la Vérité suprême, la Réalité sous-jacente dans tout l'univers manifesté.

             XL-4: J'empile du bois dans le feu consacré, en vue d'acquérir les Védas nécessaires à Ton culte, tout en méditant sur Ta forme en tant que Rig Véda. Le filet continu de beurre clarifié (1) que je verse dans le feu – sacralisé par un état d'esprit de chaleureuse empathie – s'écoule comme les fleuves, lesquels sont les eaux potables des divinités. J'attise ainsi la splendeur du feu sacré.

1 Ghee : beurre clarifié par cuisson – fait partie des offrandes traditionnelles, symbolisant pureté, onctuosité et fluidité extrêmes. C'est aussi la matière grasse de base de la cuisine hindoue.

             XL-5: Dans ce Feu-de-l'est (Ahavaniya), parmi les filets de beurre clarifié offerts en oblation, réside l'Être suprême, splendide, immensément riche, magnifié par le mantra Trisuparna, qui se loge également dans le corps subtil des créatures, qui leur confère la félicité selon leurs mérites, et qui partage avec les dieux cette suave ambroisie que sont les oblations offertes par leurs fidèles dans le feu sacrificiel. Dans Sa proximité, sont assis les sept Sages (Rishis) qui détruisent le karma négatif par Sa simple évocation, et qui versent continuellement des oblations en un flot de nectar, l'esprit fixé sur les diverses divinités auxquelles elles sont destinées.

             XL-6: On peut confier le mantra Trisuparna à un brahmane, même s'il ne l'a pas sollicité. Les brahmanes qui récitent le Trisuparna détruisent à coup sûr tout péché, jusqu'au crime d'homicide sur un brahmane de valeur ou sur un roi consacré. Ils en retirent un fruit équivalent à un sacrifice de soma. Ils purifient tous ceux qui se tiennent près d'eux, et jusqu'à un millier de convives lors d'un repas; ils parviennent à l'union au Pranava, qui est la divinité de ce mantra.

             XLI-1: Puisse Sarasvati (cf. XXXIV-2), la déesse de l'Intellect tout-pénétrant, qui est bénéfique, emplie de bienveillance à notre égard, et qui prend plaisir à nous aider, venir nous visiter. Ô Déesse, nous qui nous enchantions de bavardages futiles avant Ta visite, puissions-nous désormais rester éclairés et capables d'exprimer la suprême Vérité, au bénéfice de nos fils et de nos disciples, ces futurs héros de l'Illumination.

             XLI-2: Ô Déesse de l'Intellect, quiconque est favorisé par Toi, devient un voyant; on devient un brahmane, ou un connaisseur de Brahman. Favorisé par Toi, on entre en possession de richesses. On obtient des biens divers. Toi qui est telle, ô Déesse de l'Intellect, aide-nous avec plaisir et accorde-nous la richesse d'un intellect tout-pénétrant.

             XLII-1: Puisse Indra me faire don de l'intelligence. Puisse la déesse Sarasvati faire de même. Puissent les deux Ashvins (1) qui portent des guirlandes de lotus, féconder l'intelligence dans mon mental.

1 Ashvins : « les deux cavaliers » - Jumeaux divins, d'une grande beauté, ayant pour épouse commune Usha, l'aurore, ils montent des chevaux, symbolisant l'aube et le crépuscule, qu'ils inaugurent en faisant irruption sur leur chariot d'or (cf. Castor et Pollux, et le char d'Apollon). Patrons de la médecine, de l'agriculture, mais aussi du mariage, ils sont également régents du sens de l'odorat; sous la forme féminine d'une nymphe, Ashvini, ils correspondent à une constellation dans la tête du Bélier, et à la première des 28 maisons lunaires. Ils symbolisent la transition de l'obscurité à la lumière, de la maladie à la santé, et inversement; le miel est l'un de leurs attributs, ils sont la dualité adoucie par le sens de l'union et de la coopération.

             XLII-2: Salut ! Qu'une telle intelligence me favorise – celle que possèdent les Apsaras (les nymphes célestes), celle qui constitue le pouvoir mental des Gandharvas (cf. I-14-15), celle qu'expriment la tradition des Védas, cette intelligence qui se diffuse, tel un parfum, dans toute la manifestation.

             XLIII: Puisse la déesse de l'Intellect tout-pénétrant venir à moi, avec un visage joyeux, pour me donner Ses faveurs – cette Déesse de l'Intellect qui pénètre partout, tel un parfum, qui est capable d'examiner tout objet intellectuel, qui possède des lettres d'or ayant la forme des syllabes des Védas, qui est saine et charmante, continuellement présente, qui est à la disposition des chercheurs qui s'intéressent aux valeurs authentiques, et à laquelle ils peuvent recourir inlassablement, et qui, possédant le goût prononcé d'un aliment vigoureux, me nourrira du lait du Savoir et des autres richesses.

             XLIV: Puisse Agni me faire don de l'intelligence, d'une descendance ininterrompue, ainsi que de cette splendeur née de l'étude des Védas. Puisse Indra me faire don de l'intelligence, d'une descendance ininterrompue, ainsi que de la force virile. Puisse Surya me faire don de l'intelligence, d'une descendance ininterrompue, ainsi que de ces prouesses guerrières qui frappent de terreur le cœur des ennemis.

             XLV: Puisse la mort nous oublier à tout jamais. Puisse l'immortalité venir à nous. Puisse Yama, dieu de la Mort, nous accorder la sécurité. Puissent nos imperfections être détruites, telles des feuilles flétries sur un arbre mort. Que la prospérité vienne à nous, accompagnée de la solidité qu'elle confère.

             XLVI: Ô Mort, repars sur Ton propre chemin, qui n'est pas celui des dieux. Je t'en conjure, Toi qui es capable de me voir et de m'entendre : “Ne frappe pas notre progéniture ! Ne frappe pas nos héros !”

             XLVII: De tout cœur, nous adressons nos supplications au Seigneur des créatures, Pashupati (cf. XXII), le Protecteur de l'univers, actif en nous en tant que souffle vital et autour de nous en tant que brise et vents. Puisse-t-Il nous garder de la mort et nous protéger des actes négatifs. Puissions-nous vivre brillamment jusqu'à un âge vénérable.

             XLVIII: Ô Toi le Suprême, libère-moi de la peur de Yama, des critiques et accusations de mes semblables, et de l'obligation de vivre en ce pauvre monde d'ici-bas. Ô Agni, puissent les deux guérisseurs divins, les Ashvins (cf. XLII-1), chasser au loin la mort en vertu des pouvoirs que confère l'œuvre spirituelle.

             XLIX: Comme des serviteurs, les divinités suivent Hari (1), le Seigneur de l'univers, qui mène toutes les réflexions et prises de décision en tant que chef incontestable, et qui absorbe en Lui-même cet univers au temps de sa dissolution. Puisse ce chemin vers la libération, telle qu'enseignée par les Védas qui lui attribuent la forme de Brahman, s'ouvrir spontanément devant mes pas. Ne me prive surtout pas de cela ! Mais efforce-Toi de me procurer cette faveur !

1 Hari : « rouge doré » - Autre appellation de Shiva ou de Vishnu. Hari-Hara : Shiva-Vishnu, une icône de la Divinité suprême montrant l'unité fondamentale sous-jacente au polythéisme.


             L: Attisant le feu consacré avec des morceaux de bois afin d'y porter mes oblations, que j'atteigne au but dans les deux mondes. Ayant acquis la prospérité ici-bas puis dans l'au-delà, je traverserai le fleuve de la mort.

             LI: Ô Mort farouche, ne tranche pas le fil de ma vie ! Ne me fais aucun tort ! Ne diminue pas ma force ! Ne m'inflige pas la misère ! Ne blesse ni mes enfants ni leur vie ! Je te servirai des oblations, car tu scrutes avec vigilance les moindres actes des humains.

             LII: Ô Rudra (cf.I-23), ne cause aucun tort à nos aînés, ni à nos enfants, ni aux adultes en âge de procréation, ni aux fœtus que nous avons engendrés dans la matrice de nos épouses, et encore moins à nos pères et mères ! Ne fais aucun mal à ceux que nous chérissons !

             LIII: Ô Rudra, ne nous blesse pas au travers de nos enfants, de nos petits-enfants, des autres hommes de notre lignage, de nos troupeaux et de nos chevaux ! Ne frappe pas avec colère nos héros ! Nous Te servirons des offrandes, avec révérence.

             LIV: Ô Prajapati, Maître des créatures, tout ce qui est créé par la naissance n'est pas différent de Toi. Tu existais avant eux et Tu existes encore après les avoir réabsorbés par la mort. Aucune de ces êtres créés par Toi ne peut Te surpasser. Quels que soient nos désirs, nous T'offrons nos oblations, afin que tu les agrées. Rends-nous maîtres de nos possessions !

             LV: Puisse Indra venir à notre secours – Indra qui accorde le don du bonheur ici-bas et de la félicité dans l'au-delà, qui est le Seigneur des vivants, qui mit à mort Vritra (démon de la sécheresse), qui dompte les fléaux et prodigue la pluie, qui est pacifique et assure la sécurité.

             LVI: Nous honorons le Seigneur aux-trois-yeux (Shiva), qui est parfumé et qui nourrit Ses fervents avec une générosité croissante. Si nous Lui rendons un culte fidèle, nous glissons entre les doigts de la mort, aussi facilement que le concombre mûr se détache de sa tige. Puissions-nous ne jamais être éloigné et séparé de l'immortalité !

             LVII: Ô Mort, ces pièges par milliers et dizaines de milliers, et plus encore, que Tu as tendus pour faire périr les humains, nous les déjouons tous par le pouvoir de nos rites d'adoration.

             LVIII: Salutations ! Que ceci soit une oblation portée à Mrityu, l'artisan de la mort.

             LIX: Ô Agni, c'est Toi qui absous les offenses que nous avons commises envers les dieux. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses que nous avons commises envers les hommes. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses que nous avons commises envers les ancêtres défunts. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses que nous avons commises envers nous-mêmes. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses commises par autrui envers nous. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses commises par nos proches. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses commises de jour et de nuit. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses commises en état de rêve et en état de veille. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses commises en état de sommeil profond et en état de veille. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses commises sciemment et inconsciemment. Salut à Toi !
              C'est Toi qui absous les offenses commises par simple contact avec des êtres mauvais. Salut à Toi !

             LX: Ô Divinités, ô Vasus (les 8 sphères d'existence, cf. I-66), ces offenses graves à l'encontre des dieux que nous avons commises par nos paroles, nos pensées et nos actes, imputez-les à ces entités qui tentent de nous obséder à des fins malveillantes. Salut à Vous !

             LXI: Salutations aux divinités ! C'est le désir qui a accompli l'acte. Le désir a commis l'acte. C'est le désir qui est l'auteur de l'acte, et non moi. C'est le désir qui agit, et non moi. C'est le désir qui force l'auteur de l'acte à agir, et non moi. Ô Désir, fascinant dans la multiplicité de tes formes, agrée cette oblation que je t'offre. Salut !

             LXII: Salutations aux divinités ! C'est la colère qui a accompli l'acte. La colère a commis l'acte. C'est la colère qui est l'auteur de l'acte, et non moi. C'est la colère qui agit, et non moi. C'est la colère qui force l'auteur de l'acte à agir, et non moi. Ô Colère, agrée cette oblation que je t'offre. Salut !

             LXIII-1: Ô Être Suprême, j'offre en oblation une savoureuse pâte de graines de sésame et de farine, et je la dépose dans le feu consacré; que mon esprit soit enchanté par les attributs du Suprême ! Salut !

             LXIII-2: Ô Dieu, par l'entremise de Ta grâce, que je puisse obtenir du bétail, de l'or, des biens, de la nourriture et des boissons, tous les objets désirables, la beauté et la prospérité ! À cette fin, que cette oblation Te parvienne ! Salut !

             LXIII-3: Puisse la Divinité me faire don d'une prospérité digne d'un roi, du bonheur d'être libre, de la santé, d'une excellente réputation, de la capacité de m'acquitter de mes dettes auprès des dieux, ainsi qu'auprès des âmes des défunts et des sages; puisse-t-Elle me faire don des qualités d'un brahmane idéal, de nombreux fils, de la foi, de l'intelligence et de petits-fils. Que cette oblation soit agréée en ce sens ! Salut !

             LXIV-1: Ô Seigneur, par l'entremise de Ta grâce, puissent ces graines de sésame, les noires, les blanches, les vigoureuses et les autres, purifier quelque offense qui me soit imputée ou quelque tort qui se préparerait contre moi. À cette fin, j'offre cette oblation. Salut !

             LXIV-2: Puissent les graines de sésame offertes en oblation, effacer mes actes répréhensibles, tels que partager un repas que l'hôte s'est procuré par vol, dîner à un endroit où la nourriture servie provient des rites funéraires pour une âme récemment en-allée, frapper un brahmane, outrager l'honneur de son précepteur, chaparder du bétail, s'enivrer, donner la mort à un héros ou à un fœtus. Que je puisse gagner la paix. Salut !

             LXIV-3: Puisse la Divinité me faire don d'une prospérité digne d'un roi, du bonheur d'être libre, de la santé, d'une excellente réputation, de la capacité de m'acquitter de mes dettes auprès des dieux, des âmes des défunts et des sages, des qualités d'un brahmane idéal, de nombreux fils, de la foi, de l'intelligence et de petits-fils. Que cette oblation soit agréée en ce sens ! Salut, ô Jatavedas (cf. I-20) !


             LXV-1: Viraja Homa – Offrande à Viraj, l'Être cosmique (cf.Virat, XII-11) : Par cette oblation, que mes cinq souffles (cf. XII-2), l'interne, l'externe, le diffus, le montant et le central, se purifient ! Je T'en prie, que je sois dépourvu de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXV-2: Par cette oblation, que mes paroles, mon mental, ma vision, mon audition, mon goût, mon odorat, ma semence, mon intellect, mon intention et mon but, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXV-3: Par cette oblation, que mes sept constituants corporels, le derme et l'épiderme, la chair, le sang, la masse graisseuse, la moelle osseuse, les tendons et articulations, et les os, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXV-4: Par cette oblation, que mes membres et mes parties corporelles, ma tête, mes mains, mes pieds, mes flancs, mon dos, mon ventre, mes cuisses, mes jarrets, mes organes génitaux et mon anus, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXV-5: Ô Toi, Personne divine, dont la peau est bleu foncé et brun rouge, les yeux rouges, hâte-Toi de m'accorder ces faveurs ! Confère-moi encore plus de pureté. Sois pour moi le donateur de pureté, par l'intermédiaire de mon précepteur. Que mes pensées soient purifiées ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXVI-1: Viraja Homa – Offrande à Viraj, l'Être cosmique : Par cette oblation, que les cinq éléments constitutifs de mon corps, terre, air, eau, feu et éther, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXVI-2: Par cette oblation, que les attributs sensoriels, son, toucher, couleur, goût et odeur, résidant dans les cinq éléments constitutifs de mon corps, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXVI-3: Par cette oblation, que les actes accomplis par mon esprit, ma parole et mon corps, se purifient ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXVI-4: Par cette oblation, que je n'entretienne aucun sentiment d'égoïsme, même réprimés ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXVI-5: Par cette oblation, que mon corps soit entièrement purifié ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXVI-6: Par cette oblation, que mes organes internes soient entièrement purifiés ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXVI-7: Par cette oblation, que le Soi infini qui est en moi soit entièrement purifié ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXVI-8: Que cette oblation soit adressée au dieu de la faim. Salut ! Que cette oblation soit adressée aux dieux de la faim et de la soif. Salut ! Que cette oblation soit adressée au Suprême omniprésent. Salut ! Que cette oblation soit adressée au Suprême, qui est l'ordonnateur des chants du Rig Véda. Salut ! Que cette oblation soit adressée au Suprême, qui prend intérêt à Sa création. Salut ! Je suis la Vérité qu'exprime le Pranava. Pour la réalisation de cette Vérité, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

             LXVI-9: Ô Seigneur, à l'aide de Ta grâce, je retire de mon être ces souillures que forment la faim et la soif, la malchance et l'adversité, la pauvreté, l'incapacité de progresser, et tant d'autres obstacles. Efface mes imperfections ! Salut !

             LXVI-10: Par cette oblation, que mon quintuple Soi, composé des cinq gaines (1), soit entièrement purifié ! Je T'en prie, que je devienne cette Lumière suprême, dépourvue de ces obstructions que sont les actes négatifs et leurs causes, les passions qui m'habitent. À cette fin, que cette oblation soit déversée dans le feu consacré, de la manière appropriée. Salut !

1 Kosha : 1) la gaine, l’enveloppe, le fourreau; 2) l’individualité humaine, le jiva, est composé de 5 koshas (pancha koshas), fourreaux ou gaines constituant les enveloppes superposées dont est fait le corps, tant physique que subtil :
1) annamaya kosha, ou gaine anatomique de la nourriture; forme le sthula sharira, le corps physique.
2) pranayama kosha, gaine physiologique comprenant l’appareil respiratoire et les systèmes fonctionnels du corps;
3) manomaya kosha, gaine psychologique concernant la conscience, les sentiments et les motivations qui ne proviennent pas d’expériences subjectives;
4) vijnamaya kosha, ou gaine intellectuelle concernant les processus de raisonnement et de jugement qui proviennent d’expériences subjectives;
2), 3) et 4) forment le sukshuma sharira, le corps subtil
5) anandamaya kosha, ou gaine spirituelle de la joie; forme le karana sharira, le corps causal.


             LXVII-1: Agnaye Svaha ! Oblation au Feu !
              Vishvebhyo Devebhya Svaha ! Oblation à la Somme totale des divinités !
              Dhruvaya Bhumaya Svaha ! Oblation à la permanente Plénitude !
              Dhruvakshitaye Svaha ! Oblation au Fondement inamovible !
              Achyutakshitaye Svaha ! Oblation au Royaume immuable !
              Agnaye Svishtakrite Svaha ! Oblation au Sacrificateur impeccable !
              Dharmaya Svaha ! Oblation à la Loi religieuse !
              Adharmaya Svaha ! Oblation à la Loi extra-religieuse !
              Adbhya Svaha ! Oblation aux Eaux !
              Oshodhi-vanaspatibhya Svaha ! Oblation aux herbes et aux arbres !
              Raksho-devajanebhya Svaha ! Oblation aux démons et aux dieux !
              Grihyabhya Svaha ! Oblation aux génies du foyer !
              Avasanebhya Svaha ! Oblation aux génies limitrophes du foyer !
              Avasaanapatibhya Svaha ! Oblation aux puissances gouvernant ces génies !
              Sarvabhutebhya Svaha ! Oblation aux esprits et génies des cinq éléments primordiaux !
              Kamaya Svaha ! Oblation au Dieu de l'amour !
              Antarikshaya Svaha ! Oblation au Vent qui parcourt l'espace céleste !
              Yadejati jagati yachcha chestati namno bhagoyam namne Svaha ! Oblation à l'Être suprême, qui est la totalité des mots des Védas, ainsi que toute entité en ce monde, soit qu'elle agisse en tant qu'être conscient, soit qu'elle existe en tant que forme inanimée !
              Pritivyai Svaha ! Oblation à la Terre !
              Antarikshaya Svaha ! Oblation aux esprits résidant dans les Cieux !
              Deve Svaha ! Oblation au Ciel !
              Suryaya Svaha ! Oblation au Soleil !
              Chandramase Svaha ! Oblation à la Lune !
              Nakshatrebhya Svaha ! Oblation aux maisons lunaires !
              Indraya Svaha ! Oblation au Souverain des dieux !
              Brihaspataye Svaha ! Oblation au Précepteur des dieux !
              Prajapataye Svaha ! Oblation au Maître des créatures !
              Brahmane Svaha ! Oblation au Créateur aux-quatre-visages !
              Svadha Pitrubhya Svaha ! Oblation aux ancêtres en-allés !
              Namo Rudraya Pasupataye Svaha ! Salutations et oblation à Rudra, le Seigneur des êtres vivants !
              Devebhya Svaha ! Oblation aux divinités !
              Pitrubhya Svadhastu ! Oblation aux mânes des défunts !
              Bhutebhyo Namah ! Oblation à toutes les variétés de divinités !
              Manusyebhyo Hantaa ! Oblation aux êtres humains !
              Prajapataye Svaha ! Oblation au Maître des créatures !
              Paramestine Svaha ! Oblation au Créateur aux-quatre-visages, qui vit dans le Brahmaloka !

             LXVII-2: De même qu'un puits vivace est alimenté par des centaines et milliers de sources, que je puisse de même avoir une inépuisable réserve de céréales, assurée par des milliers de sources. À cette fin, j'offre des oblations au dieu des ressources matérielles. Salut !

             LXVII-3: Dans l'intention d'assurer ma prospérité, je présente des offrandes de nourriture à ces esprits logeant dans les enclos de crémation, qui sont les aides de Rudra, le Destructeur; qui infligent aux créatures les souffrances liées à la mort et au deuil; et qui rôdent jour et nuit à la recherche de leur tribut de victimes. Puisse le Seigneur de la prospérité m'accorder Ses faveurs ! Salut !

             LXVIII-1: Om ! Cela est Brahman. Om ! Cela est Vayu (Vent). Om ! Cela est le Soi infini. Om ! Cela est la Vérité suprême. Om ! Cela est la Totalité. Om ! Cela est la multitude des citadelles que sont les corps humains. Salutations à Lui !

             LXVIII-2: Cet Être Suprême se meut dans le cœur des êtres vivants, tout en possédant d'innombrables formes. Ô Suprême, Tu es le sacrifice, Tu es l'expression Vasat (le Vivant), Tu es Indra, Tu es Rudra, Tu es Brahma, Tu es Prajapati, Tu es Cela, Tu es l'eau des rivières et de l'océan, Tu es le Soleil, Tu es la saveur, Tu es l'ambroisie, Tu es le corps des Védas, Tu es le triple monde et Tu es Om.

             LXIX-1: Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Prana (cf. XII-2, également pour les termes suivants).
              Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Apana.
              Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Vyana.
              Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Udana.
              Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Samana.
              Par ces oblations, que mon Soi s'unisse au Suprême, afin que je puisse atteindre à l'Immortalité.

             LXIX-2: Eau, tu es un siège étalé pour Anna-Brahman (1), la nourriture immortelle.

1 Anna : 1) la nourriture; 2) la matière, forme de manifestation inférieure de Brahman.

             LXIX-3: Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Prana. Ô substance offerte, sois propice et assimile-toi à moi, que je ne puisse pas être dévoré par la faim. Oblation à Prana !
              Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Apana. Ô substance offerte, sois propice et assimile-toi à moi, que je ne puisse pas être dévoré par la faim. Oblation à Apana !
              Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Vyana. Ô substance offerte, sois propice et assimile-toi à moi, que je ne puisse pas être dévoré par la faim. Oblation à Vyana !
              Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Udana. Ô substance offerte, sois propice et assimile-toi à moi, que je ne puisse pas être dévoré par la faim. Oblation à Udana !
              Ferme dans ma foi religieuse, j'offre avec révérence cette oblation de soma à Samana. Ô substance offerte, sois propice et assimile-toi à moi, que je ne puisse pas être dévoré par la faim. Oblation à Samana !
              Par ces oblations, que mon Soi s'unisse au Suprême, afin que je puisse atteindre à l'Immortalité.

LXIX-4: Eau, tu es un abri pour Anna-Brahman, la nourriture immortelle.

             LXX: Ferme dans ma foi religieuse, j'ai offert avec révérence cette oblation de soma à Prana. Ô Prana, par cette nourriture, accrois la puissance de mon inspiration !
              Ferme dans ma foi religieuse, j'ai offert avec révérence cette oblation de soma à Apana. Ô Apana, par cette nourriture, accrois la puissance de mon expiration !
              Ferme dans ma foi religieuse, j'ai offert avec révérence cette oblation de soma à Vyana. Ô Vyana, par cette nourriture, accrois la puissance de ma rétention de souffle !
              Ferme dans ma foi religieuse, j'ai offert avec révérence cette oblation de soma à Udana. Ô Udana, par cette nourriture, accrois la puissance de mon souffle ascendant !
              Ferme dans ma foi religieuse, j'ai offert avec révérence cette oblation de soma à Samana. Ô Samana, par cette nourriture, accrois la puissance de mon assimilation !

             LXXI: Puisse le Seigneur suprême être satisfait de ce repas, Lui qui est le Gouverneur de tous les mondes et Celui qui jouit de tous; Lui qui, en tant qu'entité résidant dans le corps, a la taille d'un pouce; Lui qui est le support du corps, lui communiquant sensibilité et dynamisme, de la pointe des pieds à la couronne crânienne.

             LXXII: Ô Seigneur, après ce repas, mes énergies pour la pensée articulée (discours), la respiration, la vision et l'audition, sont restaurées et se meuvent fermement dans leurs emplacements respectifs : ma bouche, mes narines, mes yeux et mes oreilles; la force et la vitalité sont aussi revenues dans mes bras et mes cuisses. Mes corps subtils et mon corps physique, ainsi que tous leurs membres respectifs, sont maintenant débarrassés de toute inadéquation. Je Te salue ! Ne cause aucun mal, ni à moi, ni aux miens !

             LXXIII: Semblables à des oiseaux au plumage de grande beauté, des sages qui s'étaient voués au culte sacrificiel, avec comme objectif le bien commun, s'approchèrent d'Indra avec les requêtes suivantes : “Ôte de notre mental l'obscurité de l'ignorance ! Place devant nos yeux des visions de grande valeur ! Et libère-nous des chaînes de l'ignorance, qui nous rendent tels des oiseaux pris au piège !”

             LXXIV: Ô Rudra, Tu es le noeud qui attache ensemble les cinq souffles et les organes des sens à l'intérieur de notre corps. Pénètre en moi comme Celui qui met fin aux souffrances, accrois mes énergies et protège-moi au moyen de cette nourriture que je viens d'ingérer.

             LXXV: Salutations à Rudra qui est Vishnu ! Garde-moi de la mort.

             LXXVI: Ô Agni, Tu es né aux jours des sacrifices comme protecteur des humains en général, et plus spécialement de ceux qui offrent des sacrifices. Tu es né répandant la lumière alentour, ou causant une vive douleur au simple toucher. Tu es né de l'eau comme éclair, ou comme feu aquatique. Tu es né de la friction entre les nuages ou les pierres. Tu es né des forêts. Tu es né des herbes. Tu es né à jamais pur, et Tu renais comme Soleil.

             LXXVII: Ô Seigneur, Toi qui est vénéré dans tous les sacrifices, je m'incline devant Toi avec profonde révérence ! Oui, je m'incline devant Toi ! Daigne rester auprès de moi, me donnant tout ce qui est bénéfique. Daigne rester auprès de moi, me donnant le bonheur ici-bas. Daigne rester auprès de moi, me conférant bonté et qualités divines. Daigne rester auprès de moi, me donnant cette splendeur née de l'étude des Védas. Quand le sacrifice que j'ai entrepris aura été accompli d'une manière prospère, sois auprès de moi pour m'en donner les fruits.

             LXXVIII-1: La Vérité est excellente. L'excellence est la Vérité, et rien d'autre. Par la Vérité, ceux qui ont atteint à l'état de félicité, n'en retombent jamais. Ce qui est la caractéristique de Sat (1), c'est bel et bien Satya, la Vérité (2). C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans la Vérité.

1 Sat : l’Existence pure; l’Être réel, Brahman ou l’Esprit suprême.
2 Satya : « vérité » - 1) véracité, sincérité; 2) vérité ontologique (ce qui est – cf. rita); la Vérité éternelle.

             LXXVIII-2: Certains sont de l'opinion que l'ascèse (tapas) est la voie vers la libération, et qu'il n'est aucune ascèse plus haute que le jeûne religieux. Mais cette ascèse, pour excellente qu'elle soit, est dure à pratiquer, au point d'être impensable pour le commun des mortels. Celui qui la pratique, devient invincible. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans l'ascèse.

             LXXVIII-3: Les ascètes parfaits déclarent que le retrait des sens, pratyahara (1), et la cessation de l'attirance vers les objets profanes, est la voie vers la libération. C'est pourquoi ils trouvent leurs délices en la pure introversion.

1 Pratyahara : maîtrise des tendances à l’extériorisation du mental; retrait de l’esprit et son émancipation de la domination des sens et des objets des sens; c’est le 5ème membre du Raja Yoga. Cf. Ashtamga.

             LXXVIII-4: Les ermites habitant les forêts considèrent que la maîtrise de l'esprit est la voie vers la libération. C'est pourquoi ils trouvent leurs délices dans la tranquillité.

             LXXVIII-5: Toutes les créatures louent le don sans motif égoïste comme étant suprême, car rien n'est plus difficile que d'accomplir un don sans motif égoïste. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans le don purement désintéressé.

             LXXVIII-6: Certains considèrent que faire son devoir (dharma) selon les Écritures est la voie vers la libération. C'est par l'accomplissement de la Loi divine que le monde est préservé dans sa cohérence. Rien n'est plus difficile à pratiquer que le devoir selon les Écritures. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans le devoir selon la Loi divine.

             LXXVIII-7: Le plus grand nombre considère que la procréation est la voie vers la libération. C'est la raison des naissances en nombre dans les familles. Du fait de cette réputation, le plus grand nombre trouve ses délices dans la procréation.

             LXXVIII-8: Celui-ci, fervent de la religion védique, dit que les Feux védiques sont la voie vers la libération. En conséquence, les Feux védiques doivent être consacrés.

             LXXVIII-9: Cet autre fervent de la religion védique dit que l'Agnihotra (le sacrifice par le feu, cf. XXVI) est la voie vers la libération. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans le sacrifice Agnihotra.

             LXXVIII-10: D'autres fervents de la religion védique disent que le sacrifice est la voie vers la libération. Assurément, les dieux sont parvenus à leur état céleste grâce aux nombreux sacrifices qu'ils avaient accompli auparavant. C'est pourquoi les chercheurs du bien suprême trouvent leurs délices dans l'accomplissement de sacrifices.

             LXXVIII-11: Certains sages considèrent que la ferveur intérieure est la voie vers la libération. C'est pourquoi les sages trouvent leurs délices dans la ferveur intérieure.

             LXXVIII-12: Brahma Hiranyagarbha (cf. I-12 et XXI) considère que le renoncement, Sannyasa (1), est la voie vers la libération. Seul l'Être Suprême est Hiranyagarbha, tout en étant une Personne divine. Certainement, les austérités préconisées ci-dessus sont inférieures à ce renoncement, qui est insurpassable en excellence. C'est pour celui qui connaît et est persuadé de la transcendante supériorité du renoncement, qu'a été délivré le précieux enseignement de cette Upanishad.

1 Sannyasa est la répudiation du dharma du maître de maison pour la consécration totale à la vie purement spirituelle, laquelle représente un dharma bien plus exigeant et rigoureux : avoir renoncé irrévocablement aux prérogatives comme aux obligations du maître de maison, incluant les liens familiaux et l'activité sexuelle, les propriétés privées et les biens, les ambitions et la position sociale, afin de se consacrer intégralement à la quête spirituelle dans un mode de vie monastique, en vue d'atteindre la Réalisation de Soi et d'accélérer l'évolution spirituelle de l'humanité.


             LXXIX-1: On rapporte qu'Aruni, fils de Prajapati et de Suparna, approcha son père pour lui demander : “Quel est, selon les maîtres révérés, le moyen suprême de libération ? ” Son père Prajapati lui répondit :

             LXXIX-2: « Sous l'effet de Satya, la Vérité, le vent souffle, le soleil brille dans le ciel. Elle est le fondement du langage. Toute chose, dans la vie pratique, repose sur elle. Aussi les maîtres déclarent-ils que la Vérité est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-3: Au moyen de tapas, le feu de l'ascèse, qu'ils pratiquèrent au préalable, les dieux atteignirent à l'état de divinité. Au moyen de l'ascèse, les Voyants se sont élevés graduellement jusqu'aux cieux. Par elle, nous nous débarrassons des ennemis qui nous barrent l'accès aux progrès déjà acquis. Tout progrès est fondé sur elle. Aussi les maîtres déclarent-ils que tapas, le feu de l'ascèse, est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-4: Les personnes qui pratiquent pratyahara, le contrôle des sens, se débarrassent de leurs imperfections. Au moyen du contrôle des sens, les ascètes parfaits se sont élevés graduellement jusqu'aux cieux. Tout progrès est fondé sur lui. Aussi les maîtres déclarent-ils que le contrôle des sens est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-5: Ceux qui sont d'une disposition paisible font du bien autour d'eux uniquement par leur équanimité. Au moyen de l'équanimité, les sages se sont élevés graduellement jusqu'aux cieux. Elle est inaccessible au commun des mortels. Tout progrès est fondé sur elle. Aussi les maîtres déclarent-ils que l'équanimité est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-6: Le don fait sous forme d'oblation sacrificielle (dakshina) est la base stable de tout sacrifice. En ce monde, toutes les créatures ne subsistent que par l'entremise d'un donateur. De plus, on adoucit par des cadeaux ceux qui nous envient et sont malveillants envers nous. Avec un cadeau, l'inamical devient amical. Toute relation sociale est établie sur le don. Aussi les maîtres déclarent-ils que le don sous forme d'oblation est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-7: La loi du dharma, la rectitude religieuse, est le support de l'univers tout entier. Tout être humain est attiré par les individus qui se sont voués au dharma. Il chasse les imperfections. Tout progrès est fondé sur lui. Aussi les maîtres déclarent-ils que le dharma est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-8: En ce monde, la procréation est indéniablement le fondement de la perpétuation du genre humain. Un individu qui y contribue en engendrant une progéniture, et qui l'élève de façon adéquate, selon les préceptes des Écritures, se décharge ainsi de ses dettes vis-à-vis de ses ancêtres défunts. Cela est la seule manière pour lui de s'en acquitter. Aussi les maîtres déclarent-ils que la procréation est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-9: Les Feux sacrificiels majeurs sont indéniablement la triple connaissance, ainsi que la voie menant à l'état divin. Ce sont les suivants : le Feu Garhapatya est le Rig Véda, la terre, et le chant du Rathantara Saman; le Feu Anvaharyapachana est le Yajur Véda, la région intermédiaire, et le chant du Vamadevya Saman; le Feu Ahavaniya est le Sama Véda, les mondes célestes, et le chant du Brihat Saman. Aussi les maîtres déclarent-ils que les Feux sacrificiels sont le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-10: Accomplir l'Agnihotra à l'aube et au crépuscule, suscite une expiation des actes négatifs accidentels survenus dans la vie familiale. C'est un bon autel (yaga) et une bonne offrande (homa) (1); c'est aussi le commencement de tous les sacrifices rituels (yajnas) (2) et la fondation de toute intention derrière le rituel (kratu) (3). C'est un phare allumé pour les mondes célestes. Aussi les maîtres déclarent-ils que l'Agnihotra est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

1 Homa : « Offrande par le feu » - Cérémonie sacrée, qui consiste à offrir aux divinités des oblations à travers un feu allumé dans un récipient consacré, habituellement en terre cuite, selon les préceptes des Védas. La puja domestique est aussi l'occasion d'un homa. Les grandes cérémonies dans les temples sont souvent précédées par un homa.
2 Yajna : Sacrifice; rite consacré aux dieux, rituels et cérémonies religieuses; le Maître des Œuvres sacrées. Cf. Glossaire pour plus ample information.
2 Kratu : « Action, labeur, sacrifice » - Le pouvoir effectif sous-jacent à l'action, qui est la volonté du mental. Le rituel védique, avec l'intention qui le consacre.

             LXXIX-11: D'autres, fervents de la religion védique, disent que le sacrifice est la voie vers la libération, et qu'il est cher aux dieux. Assurément, les dieux sont parvenus à leur état céleste grâce aux nombreux sacrifices qu'ils avaient accompli auparavant. Ils ont mis les démons en déroute grâce à eux. Par eux, ceux qui sont hostiles deviennent amicaux. Tout progrès est fondé sur le sacrifice. Aussi les maîtres déclarent-ils que le sacrifice est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-12: La ferveur intérieure, ou la concentration mentale, est indéniablement un moyen de parvenir à l'état de Prajapati (cf. I-2 et XV-1), elle est donc une voie sacrée. Ceux qui possèdent un mental doué du pouvoir de ferveur intérieure, voient et réalisent le Bien. Par la concentration mentale, des voyants, tel Vishvamitra, ont créé des entités selon leurs désirs. Tout progrès est fondé sur ce pouvoir du mental. Aussi les maîtres déclarent-ils que le pouvoir de ferveur intérieure est le moyen suprême d'atteindre à la libération.

             LXXIX-13: Des sages et des voyants déclarent que l'ascèse, qu'ils considèrent comme le moyen suprême d'atteindre à la libération, est tout simplement Brahman, car Brahman est l'Esprit universel, la Félicité suprême, l'auto-engendré, le Protecteur du vivant, l'âme du Temps, et bien d'autres choses.

             LXXIX-14: L'année est le Soleil. Celui qui se trouve dans le Soleil, c'est Hiranyagarbha; c'est Paramesthi (1), le protecteur de l'univers; et c'est Brahmatman – la Réalité Suprême, qui est également le Soi intime de toutes les créatures.

1 Paramesthi: le Souverain suprême, la Volonté suprême.

             LXXIX-15: Ces rayons au moyen desquels le soleil répand sa chaleur, ces mêmes rayons transforment l'eau en nuages, lesquels déversent les pluies. Par les nuages, les herbes et les arbres viennent à l'existence. Par ces végétaux, la nourriture est produite. Par la consommation de celle-ci, les cinq souffles (pranas) et les cinq sens sont nourris. Quand l'énergie vitale est nourrie, on acquiert la vigueur physique. Cette dernière donne la capacité de pratiquer une ascèse (tapas), que ce soit sous la forme du contrôle de soi, du jeûne religieux, ou de quelque autre façon. En résultat de cette ascèse, la foi en les vérités contenues dans les Écritures surgit avec vivacité. Avec la foi, vient le pouvoir du mental. Ce dernier rend possible le contrôle des sens. Ceux-ci contrôlés, la réflexion peut se développer. De celle-ci, résulte la paix de l'esprit. L'équanimité est suivie d'expériences concluantes de la Vérité. Ces expériences concluantes sont enregistrées comme souvenirs. De tels souvenirs accumulés produisent à la longue une remémoration constante, laquelle a pour résultat une réalisation directe et ininterrompue de la Vérité. Par cette réalisation, un individu connaît intimement l'Atman.
              Ainsi donc, pour les raisons énumérées ci-dessus, celui qui donne la nourriture, donne tout. Car, ainsi qu'on vient de le voir, les souffles vitaux et les sens des créatures proviennent de la nourriture, la réflexion fonctionne de pair avec les souffles vitaux et les sens, la réalisation directe et ininterrompue découle de la réflexion, et de cette réalisation de la Vérité découle la félicité. Ayant ainsi atteint à la Félicité, l'on devient un avec le Suprême, qui est la Source de l'univers.

             LXXIX-16: Lui par qui tout cet univers est imprégné – la terre et la région intermédiaire, les cieux ainsi que les quartiers et les sous-quartiers – Il est quintuple, car constitué des cinq éléments. Quiconque a atteint à la Connaissance suprême au moyen d'une ascèse devient cet Être, assurément. Il est alors devenu tout ce qui est perceptible dans le présent, qui le fut dans le passé et le sera dans le futur. Sous son apparence humaine, sa nature véritable est Cela, qui s'établit sur une enquête approfondie dans les Védas et qui aboutit à une naissance nouvelle dans la Connaissance parfaite. Il s'est fermement établi dans la richesse du savoir que lui a imparti son maître, mais aussi dans sa foi et dans la Vérité. Il est devenu Celui qui resplendit de Sa propre lumière. En tant que tel, il demeure au-delà de la nuit de l'ignorance.
              Ô Aruni (cf. LXXIX-1), étant devenu toi-même l'un de ces sages qui possèdent la Connaissance pour avoir réalisé le Suprême au moyen de sannyasa, le renoncement (cf. LXXVIII-12), et dont l'esprit est uni au cœur, ne redeviens surtout pas une proie pour la mort ! Car le renoncement est le suprême moyen de libération, et les sages ont déclaré qu'il surpassait largement tous les autres moyens de libération.

             LXXIX-17: Ô Suprême, Tu es le donateur de cette richesse qu'est la Connaissance suprême. Pour nous, Tu es la Totalité. Tu unis les âmes individuelles (jivas) dans le Sutratman (1). Tu es répandu dans l'univers entier. C'est Toi qui donnes son éclat au feu. C'est Toi qui donnes au Soleil lumière et chaleur. C'est Toi qui accordes ses subtiles nuances lumineuses à la Lune. Tu es placé dans la coupe upayama (2) avec le jus de soma de l'oblation. Nous Te vénérons, Toi le Suprême, qui es tel afin que se manifeste la Lumière.

1 Sutratman ou BrahmaSutra : Métaphore brahmanique, représentant le fil qui relie Brahma aux mondes créés, et le sutra symbolise alors la Cause de la manifestation. Synonyme de Hiranyagarbha, l’Être sous son aspect subtil, le Mental cosmique.
2 une des coupes utilisées dans les sacrifices.

             LXXIX-18: L'ascète, ayant d'abord médité sur le Suprême, doit concentrer ses pensées sur Lui, en psalmodiant la syllabe Om. Celle-ci, en vérité, est la quintessence de bien des grandes Upanishads, ainsi qu'un secret gardé par les dieux qui ne le communiqueront jamais à ceux qui y sont inaptes. Quiconque pratique la méditation sur le Suprême en s'aidant du Pranava, atteint à la majesté sans limites du Suprême. Il touche ainsi à l'infinie grandeur de Brahman.
              C'est en ces termes que l'enseignement secret a été transmis.

             LXXX: Dans le cas d'un sacrifice offert par un ascète sannyasin parvenu à la Connaissance suprême par l'un des moyens décrits ci-dessus, le sacrificateur véritable est son propre Soi. Sa foi est son épouse, son corps est l'aliment du sacrifice, sa poitrine est son autel, ses cheveux sont l'herbe sacrée; les Védas qu'il a étudiés sont sa touffe sacrificielle (1); sa motivation profonde est son beurre clarifié; sa colère est l'animal à immoler; son ascèse est son feu; son contrôle des sens est l'officiant; ses dons sont l'oblation sacrificielle (dakshina); les paroles qu'il prononce sont le prêtre Hotri (2).

1 Shikha : « aigrette, toupet, crête » - 1) “touffe sacrificielle” qui est réservée lors de la tonsure du crâne, lors de l'initiation brahmanique; 2) selon la physiologie yoguique, le shikha est l'espace compris entre le brahmarandhra (orifice sur la fontanelle du crâne) et le dvadashanta, chakra situé 12 doigts au-dessus.
2 Hota ou Hotri : Le prêtre qui accomplit le sacrifice, qui invoque et fait venir les divinités pour leur tendre les offrandes.
Beaucoup d'autres dénominations de prêtres et de sacrifices qui suivent, ne sont pas élucidées. Dommage, car le sens est amputé... mais ce dernier shloka n'est pas vraiment essentiel, son intérêt étant plutôt mythologique ou ethnographique.

              Son souffle est le prêtre du haut chant, Udgatri; sa vue est le prêtre qui accomplit les rites, Adhvaryu; son mental est le prêtre sacré, Brahman; son ouïe est le prêtre du feu, Agnid; l'empan de sa vie est le rite préparatoire; ce qu'il a mangé est son oblation; ce qu'il a bu est sa portion de jus de soma; lorsqu'il ressent un état de délice, cela est son rite de proximité (Upasad); qu'il marche, se tienne assis ou debout, cela est son rite Pravargya (?); sa bouche est son Feu-de-l'est (Ahavaniya); les paroles portées par sa voix sont son offrande d'oblation; la totalité de son savoir, c'est le contenu de son offrande par le feu (Homa – cf. LXXIX-10); s'il prend des aliments dans la matinée ou l'après-midi, cela est son oblation de combustible pour le feu (Samid-homa); les trois divisions du jour – matin, après-midi et soir – telles qu'il les vit, sont ses savanas (?); le jour et la nuit sont ses sacrifices Darsapurnamasa (?); les quinzaines et les mois sont son sacrifice Chaturmasya (?); les saisons sont son sacrifice Pasubandha (?); l'énergie ignée de l'année (samvatsaras) et celle qui lui est intime (parivatsaras - ?) sont son sacrifice de l'aube (Ahargana); le sacrifice total est, certes, son Sattra (?); sa mort est l'achèvement de son sacrifice ininterrompu.
              Tout renonçant qui connaît et pratique la conduite parfaite du sannyasin – couvrant tous les devoirs, depuis l'Agnihotra jusqu'au Sattra, qui ne peuvent être relâchés que lorsque le grand âge amène la mort – et qui décède lorsque le Soleil monte vers le nord, atteint à la suprématie sur les dieux, tel Indra, puis perd son identité en fusionnant ou en devenant un compagnon du Soleil. De même, le sannyasin qui décède lorsque le Soleil descend vers le sud, n'atteint qu'à la suprématie sur les mânes, puis perd son identité en fusionnant ou en devenant un compagnon de la Lune. Un brahmane qui connaît sans les confondre la majesté du Soleil et celle de la Lune, réalise les deux métamorphoses à sa mort. Quant à celui qui a atteint à la Connaissance suprême d'Hiranyagarbha, il atteint à une plus grande gloire. Depuis tout le savoir qu'il a acquis sur Hiranyagarbha, il atteint à la suprême majesté de Brahman, le Très-Auguste, qui est Existence-Conscience-Félicité absolues (Sat-Chit-Ananda) (3), lorsque sonne l'heure de la dissolution de l'univers d'Hiranyagarbha.

3 Sat-Chit-Ananda : Existence-Conscience-Félicité absolues, la triple caractéristique de la Réalité absolue, Brahman; terme traduisant la nature du Nirguna Brahman, (le Brahman sans attribut), adopté par la Shruti et considéré comme essentiel par la philosophie Advaita.

              Ainsi s'achève l'enseignement secret de ce shloka, qui est la conclusion de cette Upanishad.

 

Hari Om ! Que Mithra, Varuna, Aryaman, Indra, Brihaspati
Et Vishnu l'omniprésent me soient propices,
Et qu'ils nous octroient bien-être et félicité.
Je m'incline bas devant Brahman, avec révérence.
Ô Vayu, je m'incline bas devant Toi, avec adoration.
Tu es en vérité Brahman que l'on peut percevoir.
Aussi je déclare: Tu as raison.
Tu es le Vrai et le Bien.
Puisse Cela – l'Être Suprême que l'on adore en tant que Vayu – me préserver.
Puisse-t-Il préserver mon instructeur.
Moi, qu'Il me protège; Mon instructeur, qu'Il le protège.

Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux; Puisse-t-Il nous nourrir tous deux;
Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

Ici se termine la Mahanarayanopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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