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“Soupramany-Samy, Second fils de Shiva” - Estampe de Geringer et Marlet.
UPANISHADS GÉNÉRALES
Skanda Upanishad
Upanishad de Skanda
Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Dr. A. G. Krishna Warrier
Publiée par The Theosophical Publishing House, Madras
Notes préliminaires : SKANDA : « Jaillissant telle la semence vitale » - Fils de Shiva, jailli de son troisième œil, également connu comme Kartikheya (“Fils des Pléiades”), Subrahmanya (“Dévoué aux brahmanes”) ou Murugan (dieu de la guerre). Cf. Kumara, l'éternel adolescent.
SHANMUKHA : « aux-six-visages » - épithète de Skanda, dieu de la beauté juvénile et de la force guerrière, ou Kumara, l'éternel adolescent.
Selon Shri Swami Krishnananda (Lord Shanmukha and his worship – A Divine Life Publication, 1950-2000), « la légende dit que le rayon qui émana du troisième œil de Shiva traversa l'espace à toute allure, soutenu par Vayu et Agni, et alla tomber dans le Gange. Celui-ci, incapable de supporter l'ardeur de cette énergie divine, le rejeta sur ses berges, dans un taillis de roseaux. Il y a donc là une combinaison d'éther, d'air, de feu, d'eau et de terre, qui se relaient pour permettre la déposition de l'énergie (Tejas) de Shiva dans ce monde-ci. La force cumulative, incorporant l'énergie des cinq éléments fécondée par le pouvoir divin de Shiva, se concrétisa en une divinité à six têtes (Shanmukha), qui unissait en son être à la fois le non-manifesté et le manifesté. Tel fut le fils de Shiva, à la naissance mystérieuse, à l'éducation mystérieuse (il fut élevé par les Pléiades), en des circonstances mystérieuses, dans un but secret que seul le dieu Shiva connaissait. Le troisième œil représente le principe de l'intelligence spirituelle, et Skanda, qui est révélé par le troisième œil de Shiva, représente donc une incarnation de la Connaissance divine. »
Dans cette brève Upanishad, qui provient du Yajur Véda mais pourrait tout aussi bien être extraite du Skanda Purana (dans lequel le dieu relate lui-même sa naissance, sa vie, ses exploits, sa nature et celle de son père Shiva), Skanda vise à concilier les cultes de Shiva et de Vishnu, tous deux n'étant que des expressions finalement identiques du principe unique, Brahman.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !
Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
1-5. (Le dieu Skanda parle:) Ô Divinité suprême ! Par la grâce de ta compassion, je demeure établi en mon identité essentielle. Je suis une somme de connaissance. Je suis aussi le Bien. Que pourrais-je vouloir de plus ?
Par la croissance de l'organe interne (1), ce qui n'est pas du plan spirituel apparaît néanmoins tel; mais par sa décroissance, il n'existe plus rien d'autre que la pure connaissance, c'est à dire Hari (2). Je suis pure connaissance, et uniquement cela, je suis non-né. Que pourrais-je vouloir de plus ? Tout ce qui est autre que cela n'est que vacuité, et s'évanouit comme un rêve.
Celui qui perçoit la conscience comme distincte de la vacuité de ses contenus, s'établit inébranlablement en la plénitude de la connaissance.
Lui seul est Shiva, ou Hari, c'est la lumière des lumières, le dieu suprême, le Brahman. Et je suis indéniablement moi-même ce Brahman.
1 Antahkarana : « Anta = point ultime, limite finale - karana = organe des sens, instrument ou moyen d’action » - L'organe interne, doué de sens et de conscience, qui constitue l'ego individuel et possède 4 fonctions différentes, répondant chacune à un des termes suivants : buddhi, l'intellect; ahamkara, l'ego; manas, le mental instinctif, qui sont la triple expression de chitta, la conscience. Il est quintuple quand on lui adjoint chaitanya, la conscience supérieure.
2 Hari : « rouge doré » - Épithète courante de Vishnu en tant que forme de l’Être suprême.
6-7. L'âme individuelle est Shiva, et Shiva est l'âme individuelle. Lorsqu'elle est enveloppée par la balle [de riz], elle est du paddy, quand elle est décortiquée, elle est du riz. De façon similaire, l'âme qui est revêtue d'une enveloppe, c'est l'âme individualisée; lorsqu'elle s'est affranchie de l'action (Karma), c'est SadaShiva (3). Retenue par des liens, c'est l'âme individualisée; délivrée, c'est SadaShiva.
3 SadaShiva : « le Révélateur ou l'Éternellement Propice» - L'une des épithètes de Shiva en tant qu'Être Primordial, synonyme de Parameshvara (le Suprême Ishvara, la Divinité Suprême), manifestant son aspect de félicité et de prospérité éternelles. Cet épithète est utilisée par les Shivaïtes, en lieu et place de Brahman ou d'Atman. Les cinq aspects essentiels de Shiva sont : 1) SadaShiva, «le Révélateur »; 2) Maheshvara, « l'Obscur »; 3) Brahma, « le Créateur »; 4) Vishnu, « le Protecteur »; 5) Rudra, « le Destructeur ».
8-9. Je m'incline devant Shiva qui a pris la forme de Vishnu, et devant Vishnu qui a pris la forme de Shiva ! Vishnu est le cœur (4) de Shiva, de même que Shiva est le cœur de Vishnu. Et de même que Vishnu est empli de Shiva, Shiva est empli de Vishnu. Comme je ne vois aucune différence en toutes choses, ma vie est plénitude paisible.
4 Hridaya : le cœur, l’âme, l’esprit; l’intérieur ou essence de toute chose. Selon la physiologie yoguique, l'atome-germe de la conscience est situé dans le chakra du cœur, l'anahata.
10-15. Le corps, dit-on, est un temple, dont le dieu Shiva est l'âme individuelle. On doit jeter les fleurs après avoir fait ses dévotions, et vénérer le dieu en s'y identifiant. Percevoir qu'il n'y a pas de différence, voilà la connaissance; conserver le mental dans la vacuité, voilà la méditation. Supprimer les impuretés mentales, voilà les ablutions; contrôler ses sens, voilà la pureté. Il faut boire le nectar (5) de Brahman, ne récolter d'aumônes que pour se maintenir en vie, et vivre dans la solitude, libéré de la dualité. Quiconque développe cette sagesse parviendra à la libération.
5 Amrita : « absence de mort (mrita), immortalité » - Le nectar d’immortalité qui fut produit, selon le Mahabharata, lors du barattage de l'océan par les dieux et les anti-dieux (Suras et Asuras), ce qui est une métaphore du développement spirituel résultant du conflit fondamental entre notre double nature, supérieure et inférieure. L'amrita est la boisson de soma, cette boisson que les Védas attribuent exclusivement aux dieux et qui est en soi une divinité, d'ailleurs, en tant qu'elle procure béatitude et immortalité; c'est aussi le symbole de l'ensemble des immortels, de la lumière suprême et de la libération finale. Mais il existe un amrita spontané, engendré par la méditation profonde : c'est le nectar de félicité divine qui s'écoule à flots du sahasrara chakra (le coronal) durant le samadhi.
Je m'incline devant le trône du Suprême, et invoque son pouvoir sacré afin qu'il me garantisse le bien-être et une longue vie. C'est par ta grâce, Narasimha (6), que les sages connaissent la nature véritable de Brahman, qui est par-delà la pensée, non-manifesté, infini, immortel, et le voient à travers les formes de Brahma, Vishnu et Shiva.
Ce séjour suprême de Vishnu, le sage le contemple en permanence, tel un œil ouvert dans l'espace céleste. Les sages pleinement éveillés sont pleins d'éloges et de vénération pour ce séjour suprême de Vishnu.
Telle est la doctrine de la libération selon les Védas.
6 Narasimha - (Nara = homme, simha = lion) : l’Homme-Lion, la 4ème incarnation (cf. avatar) de Vishnu est, avec Rama et Krishna, une manifestation divine complète (Purnavatara) de Vishnu, dans laquelle il extériorise la totalité de sa Personne divine. Narasimha se manifesta dans le Satya Yuga, l'Âge de Vérité ou Âge d'Or, pour détruire le démon Hiranyakashipu, dont la puissance devenait un danger pour les dieux dans l'éternel conflit Devas-Asuras, dieux et anti-dieux). Cf. Hiranyakasha.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !
Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Ici se termine la Skandopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.

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