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Manuscrit du Bhagavata Purana, XVIIème siècle

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Rama Rahasya Upanishad

Upanishad de la Doctrine secrète de Rama


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Dr. Sunder Hattangadi et de P. R. Ramachander
Publiée par celextel.org
et la version sanskrite publiée par http://nitaaiveda.com/All_Scriptures_By_Acharyas/Upanishads

 

Notse préliminaires : RAMA ou RAMACHANDRA : Roi légendaire d'Ayodha, homme fidèle à son devoir (dharma), juste et intègre, préférant l'exil au déshonneur pour son père, ainsi apparaît Vishnu dans sa 7ème incarnation (avatar). Époux de la sage Sita, manifestation de Lakshmi, qui lui fut enlevée par Ravana, roi démon de Lanka. La vie de Rama est narrée dans le Ramayana de Valmiki, l'une des épopées les plus populaires de l'Inde, avec le Mahabharata.
RAHASYA : 1) secret, clandestin; 2) doctrine ésotérique.

              Cette Upanishad, extraite de l'Atharva Véda, est la source scripturaire qui fait autorité en ce qui concerne le culte de Rama. [Note des traducteurs anglo-indiens]
              Purement technique, elle expose minutieusement les nombreux mantras utilisés dans le culte de Rama, les bienfaits qu'ils engendrent, ainsi que les invocations. Elle décrit aussi la méthode rituelle du Yantra de Rama. C'est donc un cours complet de rituel et, comme tel, ne sera d'intérêt qu'à titre d'exemple de ce ritualisme minutieux et complexe. De très nombreuses épithètes de Rama, de noms mythologiques, de termes souvent vus ou n'apparaissant que dans ce contexte spécifique, se succèdent d'un shloka à l'autre. Pour ne pas alourdir les notes, je les ai résumées à l'indispensable. La plupart des termes figurent dans le glossaire. Par ailleurs, beaucoup d'informations peu claires, voire sans aucun sens pour un occidental qui ne pratique pas ces rites, sont fournies dans cet Upanishad, dont il n'existe aucun commentaire.
              À noter que l'enseignement est donné par le singe Hanuman, grand dévot de Rama parvenu à l'accomplissement ultime, et qu'à la tête de ses auditeurs, se trouve Sanaka, l'un des quatre Kumaras, fils divins de Brahma.

 

Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

           Je salue le Seigneur Rama, incarnation du salut, roi puissant, héros qui détruisit tous ses ennemis.

 

Adhyaya I - Chapitre I

           1-2. De grands Sages, tels Mudgala, Sandilya, Paingala, Bikshu, Sanaka et Prahlada, allèrent trouver le Seigneur Hanuman (1), fervent disciple de Vishnu, et lui demandèrent :

1 Hanuman : « le prognathe » - Fils du vent et d'une nymphe, d'une force et d'une célérité remarquables, ce haut dignitaire de la Cour des Singes fut un fervent partisan de Rama, et l'aida à délivrer Sita. Il est le symbole de la dévotion du Bhakti Yoga, mais aussi de la force mise au service des causes justes. Il est souvent considéré comme une incarnation de Shiva, ou de Vayu, le vent. À l'issue des péripéties du Ramayana, il se retira dans l'Himalaya pour y poursuivre sa quête spirituelle, et devint l'un des 7 Immortels (Chiranjivins) lors du départ de Rama pour l'autre monde.

           3-4. « Quel est le principe prédominant parmi les quatre Védas, les dix-huit Puranas, les dix-huit parties de la Smriti, les Shastras, et au sein de toute la connaissance, comme au sein des grands pouvoirs que gouvernent le Soleil et la Lune ? »

           5-6. Hanuman répondit : « Salut, grands Sages et fervents du Seigneur Vishnu ! Écoutez bien mes paroles, car elles tranchent toutes les entraves : le plus grand des principes, au sein de tous ces enseignements, est le mantra salvateur de Brahma (Brahma Taraka), Om. Quant à Rama, il est le Brahman suprême, il est l'ascèse suprême. Oui, Rama est le principe suprême, ainsi que le mantra salvateur de Brahma. »

           7. Les Sages demandèrent encore : « Décris-nous, s'il te plaît, les aspects constitutifs du Seigneur Rama. »
           Hanuman répondit : « Il faut bien comprendre que Ganesh, les déesses Sarasvati et Durga, les gardiens du champ de la Nature, le Soleil, la Lune, Narayana, Narasimha, Vasudeva, Varaha, Lakshmana, Shatrughna, Bharata, Vibhishana, Sugriva, Angada, Jambavanta et le Pranava Om sont tous des aspects constitutifs du Seigneur Rama. Sans eux, Rama ne pourrait pas supprimer les obstacles. »
           De nouveau, ils demandèrent : « Comment les brahmanes et les maîtres de maison peuvent-ils chanter le Pranava Om ? »
           Hanuman répondit : « Tous ceux (y compris ceux qui ne sont pas aptes à chanter le Om) qui chantent le mantra de six syllabes (Ram Ramaya Namah) peuvent développer l'aptitude à méditer sur le Pranava. Ceux qui psalmodient en silence le mantra de Rama en tireront le même bienfait qu'en répétant la syllabe Om. Mise à la suite des mots Rishi, Devadata et du mètre (chanda) correspondant, la répétition (japa) du mantra de Rama procurera le même bienfait que celle du Pranava. » Puis Hanuman leur expliqua que Rama en personne avait dit que le Pranava est partie intégrante de Son mantra.

           8. En effet, à une autre occasion, Vibhishana avait demandé à Rama : « Comment rendre plus facile le culte de Tes aspects constitutifs ? »
           Rama avait répondu : « La litanie (japa) de mon nom, Rama, efface tous les actes négatifs. Si un fidèle médite sur mon mantra de six lettres, ou lit Ma Gita, ou pense à Moi avec une ferveur dévotionnelle, il en retira un bienfait similaire. Il abolira le risque des cinq crimes abominables (1), ou même des autres péchés majeurs bien connus (2), s'il répète Mon mantra dix millions de fois. Il en retirera aussi l'immortalité, au sein de la félicité qui dure à tout jamais.
           Vibhishana avait encore demandé : « Y-a-t-il une autre méthode pour ceux qui ne sont pas capables de celle-là ? » “
           Rama avait répondu : « Soit ils peuvent lire Ma Gita, soit réciter Mes mille noms, soit méditer sur Ma forme universelle (Vishvarupa) ou sur Mes cent-huit noms, soit répéter Mon nom cent fois, soit lire le roi des hymnes qu'écrivit le Sage Narada, soit lire la grande prière appelée “Mantra Raja Stavam” qu'écrivit Hanuman, soit réciter la prière à Sita ou prier quotidiennement Ma personne en récitant Mon nom. Ils parviendront sans aucun doute à Moi. »

1 Les cinq crimes abominables : tuer son père, ou sa mère, ou son frère, ou son instructeur spirituel (guru), ou son époux(se).
2 Les cinq péchés majeurs et les cinq mineurs : Sauf erreur, cette notion tardive apparaît dans le canon bouddhique pali. Les cinq péchés majeurs sont : lobha, l'avidité; dosa, l'aversion; moha, l'illusion, la tromperie; mana, l'orgueil; ditthi, les vues erronées. Les cinq péchés mineurs sont : vicikiccha, le doute; thina, la torpeur; uddhacam, l'impatience; ahikiram, l'impudeur; anottapa, la témérité.

           Ici s'achève le premier chapitre de la Rama-Rahasya Upanishad.

 

Adhyaya II - Chapitre II

           Les grands Sages, Sanaka à leur tête, continuèrent d'interroger Hanuman : « Enseigne-nous, s'il te plaît, le moyen de méditer ou d'utiliser dans son culte le mantra salvateur de Brahma et de Rama . »
           Hanuman leur donna l'enseignement que voici :

           1. « Ce roi des mantras est la syllabe unique, l'Ekakshara (1), qui est la source du Feu, qui est aussi le Seigneur Vishnu allongé dans son sommeil, et le Seigneur Shiva orné du croissant de lune.

1 Ekakshara : « lettre unique » - la “Syllabe unique” ou le “Mot à une seule syllabe”, également “l'Unique et Impérissable” : quelle que soit la façon dont on le traduit, Ekakshara désigne toujours la syllabe sacrée Om.

           2. Son Sage (Rishi) est Brahma, son mètre est la Gayatri, sa divinité est Rama, son corps est la demi-lune croissante, et son esprit est l'âme du Feu.

           3-6. Sa racine est la semence verbale (Bija) de Shakti, et c'est lui que l'on doit chanter pour voir l'accomplissement de ses désirs. L'invocation pour ce mantra est la suivante :

           Lui qui se tient assis sur la fleur de lotus sur les rives de la Sarayu,
           Lui qui est bleu sombre, siégeant sur le trône des héros,
           Lui qui dégage une intense lumière tandis qu'il fait le geste de la connaissance (Jnana-Mudra),
           Lui dont le flanc gauche est embelli par la présence de Sita et de Lakshmana,
           Lui qui est l'Âme étincelante de ces âmes qui prient vers Lui,
           Lui qui est semblable à un clair cristal, source unique pour ceux qui recherchent le salut,
           Lui qui est l'Atman suprême (Paramatman) pour les penseurs,
           Lui qui brille à l'égal de millions de soleils,
           Lui qui est semblable à Narayana dans la demeure des nadis, feu qui parcourt le corps.

           7. Le roi des mantras de deux syllabes, Ra-ma, suffit à mener à l'accomplissement de tous les désirs, et lorsqu'on lui accole les suffixes d'une seule syllabe [ce sont Om, Hrim, Srim, Klim, Aim et Ram], il se transforme en six mantras différents.

           8. Ces rois de mantras de trois syllabes mènent également à l'accomplissement de tous les désirs.

           9. Les deux mantras de quatre syllabes sont Ramachandra et Ramabhadra.

           10. Ils peuvent être chantés avec les Rishis et les autres adjonctions, comme vu précédemment; Vishvamithra est son Rishi, son mètre est pankti, sa divinité est Ramabhadra, sa semence verbale (Bija) est Shakti.

           11. Ce mantra doit être invoqué mentalement à la jonction des sourcils, sur la tête, vers le nombril, sur les cuisses et les pieds.

           12. On doit aller au fond d'une forêt et s'asseoir sous un arbre Kalpa-Vriksha (arbre-à-souhaits ou arbre d'immortalité), prendre la posture du Pushpalata (liane grimpante fleurie), pratiquer l'Anganyasa (1) et chanter les mantras.

1 Anganyasa : rite tantrique, consistant en le transfert du pouvoir d'un mantra sur le corps par un geste rituel.

           13. Il faut visualiser Lakshmana, ayant correctement disposé la flèche, et le Seigneur qu'évente Sita.

           14. L'invocation pour ce mantra est la suivante :
           Je salue Rama, à la chevelure brillante et nouée en chignon, à la peau bleue, entouré de Sages, éventé par Janaki, protégé du soleil par l'ombrelle que tient Lakshmana.

           15. Il est celui qui tua le démon Ravana, Il est extrêmement pacifique, et devant Lui se tiennent Sugriva et Vibishana.
           Pour s'assurer la victoire, il faut chanter ce dernier shloka dix millions de fois.

           16. Les mantras de cinq syllabes se forment en ajoutant les lettres-racines de Manmatha, Durga, Sarasvati et Lakshmi au début du mantra de quatre syllabes. Ils mènent à la réalisation des quatre buts de la vie (1).

1 Purushartha : 1) opération de la pensée vers le Suprême; 2) les 4 buts de la vie humaine, à savoir: -dharma : devoir, droiture, vertu et religion, se résumant en la voie qui sera propice à l'évolution spirituelle maximale dans cette incarnation; - artha : l'acquisition de biens  matériels; - kama : les plaisirs des sens; - moksha : la libération, ce dernier but étant considéré comme le plus noble, mais impliquant l'accomplissement préalable de dharma; 3) également synonyme de moksha, la libération, celle-ci étant le «but de la créature ».

           17. Lorsqu'on ajoute, au début des mantras de cinq syllabes, chacune des cinquante syllabes mystiques de l'alphabet sanskrit (nasalisées), ou les lettres-racines de Manmatha, Durga, Sarasvati et Lakshmi, ou encore Om, on obtient une grande variété de mantras de six syllabes.

           18. Si l'on chante les mantras de quatre syllabes en leur ajoutant les lettres-racines de Shri, Maya et Manmatha en tant que préfixe et suffixe, et de même avec les mantras de cinq et six syllabes, on voit tous ses souhaits s'exaucer.

           19. Si l'on ajoute Svaha, ou Hum Phat ou Namah (1) à la fin, en combinaisons variées, on obtient les mantras de dix-huit syllabes.

1 Svaha : « Salut ! Hommage ! »
Namah ou Namo : « salutation, hommage, prosternation ».

           20. Dans ces mantras, Brahma en tant que pouvoir de désillusionnement (Sammohana Shakti), Dakshinamurti, Agastya et Shiva sont, dit-on, les ascètes, dans cet ordre.

           21. Le mètre est la Gayatri, la divinité est Shri Rama. Ou alors, la semence verbale de Kama au début et Vishvamitra comme Rishi.

           22. Ou encore le mètre Gayatri de diverses divinités, et Ramabhadra comme divinité. La semence verbale de Shakti est invoquée comme auparavant, avec le mantra de six syllabes.

           23. On récite les mantras avec les semences verbales et en pratiquant les gestes rituels (Anganyasa) sur le sommet du crâne, la jonction des sourcils, le cœur, les cuisses et les pieds.

           24. Invocation :

           J'honore Shri Rama,
           Dont le corps scintille de nombreux ornements,
           Qui a la brillance de l'éclair,
           Qui est assis dans la posture du héros (Virasana),
           Qui fait le geste de la connaissance (Jnana Mudra) d'une main,
           Et laisse reposer son autre main sur sa cuisse,
           Et qui porte une couronne.

           25. Il faut, tout en faisant des prosternations, réciter “Ramachandraya et Ramabhadraya Namah”, ainsi que le roi des mantras de sept syllabes, celui qui comble tous les désirs.

           26. Pour le mantra de huit syllabes, ajouter Om au début des deux mantras de sept syllabes. Om ajouté aux mantras “Ramaya” and “Hum Phat svaha” donne une variante du mantra de huit syllabes.

           27. Les Rishis et les autres adjonctions au mantra de huit syllabes sont les mêmes que pour celui de six syllabes. De nouveau, le mantra de huit syllabes possède Rama comme Rishi.

           28. Le mètre est la Gayatri, la divinité est Rama; Om, une paire de lettres-semences de Shri et une lettre-semence de Shakti, et d'autres encore peuvent être ajoutées.

           29. Tout de suite après, on récite les mantras en accomplissant les gestes rituels sur les six parties du corps, puis on récite le Ramaya Namah avec Om et une paire de lettres-semences de Shri.

           30. Le mantra de Shiva Rama : Glaum Om, la lettre-semence de Maya (qui réside dans le cœur), le Ramaya Namah sont de nouveau récités. Le mantra “Shiva Om Rama” procure l'excellence.

           31-32. Sadashiva en est le Rishi, Gayatri le mètre, et Shiva-Om-Ramachandra en est la divinité.

           Invocation:

           J'honore Rama,
           Qui est doté de trois yeux,
           Qui arbore le croissant de lune,
           Qui tient le trident,
           Dont le corps est entièrement oint de cendres sacrées,
           Et qui a noué sa chevelure en chignon.
           Je vénère le dieu aux trois yeux,
           Qui est Abhirama, le summum de la beauté,
           Qui porte le croissant lunaire en guise de boucle d'oreille,
           Et qui brandit le lasso, l'aiguillon, l'arc et la flèche.

           34. Méditant ainsi, se vouant totalement à la récitation et aux oblations, on chantera les mantras cent mille fois, faisant des offrandes de feuilles de bilva (cognassier), de fruits, de fleurs, de graines de sésame, et de lotus.

           35. Gayatri de Rama Brahma: Tous les dons, même les trésors et les pouvoirs qui sont convoités par les êtres célestes, s'offrent spontanément quand l'on chante la Gayatri de Raghava Brahma.

           36. Les Rishis qui savent que la lettre-semence de Shri est la Shakti de Rama, chantent les mantras avec leurs adjonctions, comme méthode assignée (1) pour Son culte d'adoration.

1 Viniyoga (-Mantra) : formule qui attribue à un Rishi la paternité d'un mantra ou d'un hymne, indiquant aussi le mètre utilisé et le ton musical. Méthode assignée pour les mantras.

           37. Invocation:

           J'honore Rama à la peau bleue,
           Qui porte un bracelet sur le bras et des joncs,
           Tous incrustés de gemmes étincelantes,
           Qui fait tenir l'ombrelle royale ouverte au-dessus de Sa tête,
           Qui illumine comme un million de lunes croissantes,
           Qui siège dans la galerie aux mille et seize piliers d'or,
           Entouré par Bharata et toute sa suite.

           38. Mantra de Rama Sharana : Psalmodier le “Ramam sharanam mama” (“Rama est mon refuge”) est bien plus efficace que la plupart des autres mantras, qui mènent non sans difficulté à de simples gains éphémères et produisent à terme des souffrances dans la roue des naissances et des morts futures (samsara), en conséquence de la grande avidité des humains pour les fruits transitoires. Ce mantra cumule les fruits de tous les autres mantras, sans du tout être entaché d'avidité ni d'aucun autre défaut. Il y a également le mantra de huit syllabes, qui est réputé pour ses sept variantes : c'est Om ajouté tour à tour à chacune des syllabes du mantra à sept syllabes.

           39. Autres mantras avec plus de syllabes : Le mantra de huit syllabes se chante sur sept variantes : Om est ajouté au début et à la fin du mantra de sept syllabes.

           40. Mantra de neuf syllabes : Ce mantra est chanté comme le mantra de six syllabes, en l'offrant à Sita au début et à l'épouse de Janaki à la fin.

           41-42. Mantra de dix syllabes : Ce mantra procure tous les fruits désirables que l'on a souhaités. Le grand Vasishtha en est le Rishi, le mètre en est Virat, la divinité en est Rama tenant la main de Sita; la lettre-semence de Visarga en est la Shakti.

           43. Pour les gestes rituels (Anganyasa) accompagnant les souhaits, on offre mentalement ce mantra de dix syllabes en touchant la tête, le front, l'espace entre les sourcils, le palais, les oreilles, le cœur, le nombril, les cuisses, les genoux et les pieds.

           44-47. Invocation:

           Je pense à Rama,
           Qui vit dans la cité d'Ayodhya,
           Qui est orné de gemmes diverses,
           Qui trône sous un dais d'or,
           Dont le seuil est décoré de fleurs de mandaara (arbre corail),
           Qui siège sur un trône entouré de chariots célestes,
           Qui reçoit les louanges pleines de révérence des Sages,
           Qui est embelli par la présence de Sita à sa gauche,
           Qui est servi par Lakshmana,
           Dont le teint et la peau sont bleus,
           Dont l'expression est paisible,
           Et qui est paré de nombreux ornements.

           Ce mantra doit être récité cent mille fois avec une dévotion exclusive.

           48. Il faut visualiser la forme de Rama tenant l'arc et la flèche, avec Sita à l'intérieur. Brahma est le Rishi de ce mantra de dix syllabes, le mètre est Virat.

           49. La divinité est Rama, celui qui pourfend les démons. Le reste du culte est similaire à celui qui précède. Il faut garder à l'esprit Rama tenant l'arc et la flèche dans ses mains.

           50. Mantra de onze syllabes : Ce mantra se construit avec la sextuple addition d'Om-Maya-Rama-Kama-Vac-Sva- Bija-s, et on récite ce mantra à l'intention de Rudra.

           51. Le reste du culte est similaire à celui du mantra de six syllabes, en ce qui concerne les gestes rituels et l'invocation, selon l'opinion des Sages. De ce mantra de onze syllabes, Shri Rama est le Rishi.

           52. Le mètre est Jagati et Shri Rama la divinité; le Pranava est, dit-on, la lettre-semence, Kliim est Shakti, et Hrim est le pivot (kilaka).

           53. On récite le mantra avec les gestes rituels, le reste étant accompli comme précédemment. On y adjoint également Om, Kiim et Bharatagraja.

           54. Mantra de douze syllabes : Ce mantra s'achève par Rama, Kliim et Svaha. Om Hrridbhagavate Ramachandrabhadraya.

           55. Il en va comme précédemment pour le Rishi et l'invocation; Jagati est le mètre, et le mantra s'accompagne des gestes rituels.

           56. Récitant à la suite les noms Shri Rama et Jayarama, le sage prononce deux fois “Jaya Jaya”, qui est Rama, celui qui répand la joie dans l'esprit.

           57. Mantra de treize syllabes : Il s'obtient en ajoutant Om au précédent. Ce mantra possède le même Rishi et les mêmes adjonctions que le précédent, et il est celui qui accomplit tous les souhaits. On répète la phrase deux fois avec les gestes rituels et l'invocation du précédent.

           58. Mantra de quatorze syllabes : Après avoir chanté le mantra de douze syllabes, on ajoute le nom Rama.

           59. Mantra de quinze syllabes : C'est là l'arbre-à-souhaits (kalpa-bhuruhah) de quinze syllabes. On ajoute Namah à Sitapataye Ramaya hana hana.

           60. Mantra de seize syllabes : Ce mantra s'achève avec Kavacha et Astra. Agastya en est le Rishi, Brihati le mètre, et Rama la divinité.

           61. Ram est la lettre-semence, Astra est la Shakti, et Hum le pivot (kilaka). Les mantras de dix à quinze syllabes sont offerts en séquence, accompagnés des gestes rituels.

           62. Mantra de dix-sept syllabes : On ajoute Om au précédent. Toute de suite après, on y ajoute Om Namo Bhagavata Ram.

           63. Mantra de dix-huit syllabes : L'ajout du Purushaya à la fin du précédent donne ce mantra, qui possède Vishvamitra pour Rishi, Gayatri pour mètre et Rama pour divinité.

           64. Mantra de dix-neuf syllabes : Avec la lettre-semence de Kama, le mantra précédent fait dix-neuf syllabes. À la fin, on récite Om Namo Bhagavata Ramaya.

           65. Mantra de vingt syllabes : Après la récitation de tous les mantras, on demande que tout nous soit propice. Lorsqu'on y ajoute Svaha, on compose le mantra de vingt syllabes.

           66. Om Namo Bhagavata Ramaya doit alors être récité. Puis Svaha, pour une protection contre les dangers.

           67. Mantra de vingt-et-une syllabes : Ce mantra accomplit tous les souhaits. On lui ajoute Om Rama Svabijaa Dasharathaya.

           68. Mantra de vingt-deux syllabes : On chante d'abord l'hymne Sita Vallabhaya (le bien-aimé de Sita). Puis ce mantra.

           69. Mantra de vingt-trois syllabes : On chante Om Namo Bhagavate Viraramaya. Puis on murmure doucement Hana Hana Svaha.

           70. Ce mantra a le pouvoir de tuer tous les ennemis. Vishvamitra en est le Rishi et Gayatri le mètre.

           71-72. La divinité en est Vira Rama, les lettres-semences et les autres adjonctions sont comme précédemment. Le sage, après avoir accompli les gestes rituels du mantra-racine (mula-mantra), médite en silence sur Rama, qui a posé la flèche sur son arc pour affronter le démon Ravana, tenant la foudre de l'autre main et monté sur son chariot.

           73. On récite Om Namo Bhagavate Shri Ramaya et, après avoir prononcé Om, le brahmane doit ajouter les mots “Mam Taraya” (protège-moi).

           74. Mantra de vingt-quatre syllabes : Il s'obtient en ajoutant Om au précédent. Les lettres-semences et les autres adjonctions sont comme précédemment.

           75. On dit ensuite Kliim, Om, Namah et Bhagavate Ramachandraya, puis on ajoute le mot “tout”.

           76. Mantra de vingt-cinq syllabes : Janavashyakaraya (le conquérant des peuples), Svaha et Kiim doivent être récités mentalement. Ce mantra doit inclure Sarvavashyakara (le conquérant de la Totalité).

           77. Mantras de vingt-six et vingt-sept syllabes : En ajoutant Om au début du précédent, on obtient le mantra de vingt-six syllabes. En ajoutant Om à la fin, on obtient celui de vingt-sept syllabes.

           78. Om Namo Bhagavate Rakshoghnavishadaya (Obéissance à Bhagavan, le pourfendeur de démons), et Sarvavighat Nivaraya (Celui qui protège de tout obstacle), sont à répéter deux fois.

           79. Mantras de vingt-huit et vingt-neuf syllabes : En ajoutant Svaha à la fin du roi des mantras, on obtient celui de vingt-huit syllabes. En ajoutant encore Om, on obtient les vingt-neuf syllabes.

           80. Mantras de trente et trente-et-une syllabes : En le faisant débuter par Sva-bija, on obtient le mantra de trente syllabes. En ajoutant Om à la fin, on obtient les trente-et-une syllabes.

           81. Ô Ramabhadra, le grand archer ! Ô Raghuvira, le meilleur des rois, et le pourfendeur de Ravana ! Accorde-moi la richesse !

           82. Le Rishi en est Rama, le mètre Anushtubh, Ram la lettre-semence, Yam la Shakti; on les récite à l'intention de sa divinité d'élection (1).

1 Ishta Devata : divinité d’élection du bhakta; aspect divin choisi comme objet d’adoration.

           83. Les gestes rituels accompagnant ce mantra sont faits sur le cœur, la tête, sur la touffe sacrificielle avec le mantra de cinq syllabes, suivies des trois syllabes de Kavacha.

           84. Puis sur les yeux avec le mantra de cinq syllabes, celui que l'on nomme Astra (mantra-projectile). On visualise Rama tenant l'arc et la flèche, bleu de peau, en compagnie de Sugriva et Vibhishana.

           85. On le visualise après qu'il ait tué le démon Ravana, venant assurer la protection des trois mondes; méditant en son cœur sur Rama, on chante le mantra mentalement un million de fois.

           86-87. Puis on prononce la Gayatri de Rama donnée par “Dashrathaya vidmahe”, suivie de “Sita-Vallabhaya dhimahi, tanno Ramah prachodayat” (Puissons-nous connaître le fils de Dasharatha ! Nous méditons sur le bien-aimé de Sita. Puisse Rama illuminer notre intellect !)

           88. Pour obtenir le pouvoir d'enchantement sur la terre et atteindre l'expertise en amour, il faut ajouter “Madana” (le dieu Kama, “ivre de passion”) au Shri Rama, ainsi que la lettre-semence de Maya.

           89. Avec les mantras de douze, quinze et seize syllabes, il faut accomplir des gestes rituels (Anganyasa).

           90. Pour ces mantras, tandis qu'on chante les lettres-semence et qu'on médite, la même séquence que pour le mantra de six syllabes doit être adoptée. Om Namo Bhagavate Raghunandanaya.

           91. De façon similaire, tout de suite après on récite “Rakshoghnavishad” (le pourfendeur de démons), “Madhura” (le doux), “Prasannavadanam” (d'expression paisible), “Amita-tejaseo” (à celui qui brille d'un éclat incommensurable).

           92. Tout de suite après, il faut promettre obéissance (Namah) à Balarama et Vishnu, et réciter mentalement les quarante-sept syllabes.

           93. Le Rishi est Brahma, le mètre est l'anushtubh, et la divinité est Raghava. Sept fois dix-sept syllabes, avec six Rudras et six gestes rituels, sont à réciter.

           94. Tandis qu'on médite sur le mantra de dix syllabes, on doit le chanter cent mille fois. Il commence par “Shriyam Sita”, suivi du mantra de six syllabes et se termine par “Svaha”.

           95. Le Rishi de ce mantra est Janaka, le mètre en est la Gayatri, la divinité est Sita Bhagavati, Shrim la lettre-semence, et Namah la Shakti.

           96. Sita est le pivot (kilaka), et on pratique la méthode assignée (viniyoga) pour la divinité d'élection (Ishta). Accompagnés d'une récitation avec des accents allongés, on fait les gestes rituels sur six parties du corps.

           97. Il faut méditer sur Rama au centre du yantra (1), le visualisant avec un corps resplendissant à l'égal de l'or, tenant un lotus, et le considérer comme l'ultime refuge.

1 Yantra : « barrière, serrure; engin, instrument » - Diagramme mystique associant figure géométrique et lettres-syllabes mystiques, qui reproduit les champs énergétiques généré par un mantra lorsqu'on le chante, ou qui engendre ces mêmes champs énergétiques si on médite sur lui. Gravé sur une plaques en métal précieux, le yantra canalise les énergies associées à la divinité résidente d'un temple. Le fidèle peut se le représenter comme un édifice de lumière astrale et de sons psychiques à l'intérieur duquel la divinité opère. Dans le Tantrisme, spécialement dans le shaktisme, les yantras sont utilisés comme supports de méditation et moyens de sadhana. Cf. Shri Chakra.

           98-99. Quant au mantra de Lakshmana, il faut prononcer le son Lam tout en s'inclinant devant Lakshmana. Pour ce mantra, Agastya est le Rishi, le mètre est Gayatri, la divinité est Lakshmana, Lam est la lettre-semence et Namah est la Shakti; les quatre buts de la vie (cf. shloka 16, chap.II) sont les méthodes assignées.

           100. Une sonorité finale prolongée avec Ram comme lettre-semence accompagne les gestes rituels sur les six parties du corps. Simultanément, on visualise Rama, avec deux bras, un corps d'une teinte dorée, d'une beauté comparable au lotus.

           101. Pour le mantra de Bharata, on le visualise tenant l'arc et la flèche, entièrement voué à Rama le Suprême, et on émet le son Bha tout en s'inclinant devant Bharata.

           102. Agastya est le Rishi, le reste est comme précédemment, mais s'appliquant à Bharata à la peau bleue, à l'esprit paisible, et servant Rama de tout son cœur.

           103. Pour le mantra de Shatrughna, on récite “Je vénère le courageux fils de Kaikeyi, tenant l'arc et la flèche”; on prononce la lettre-semence Sham, en terminant par “Shatrughnaya Namah”, le Rishi et les autres adjonctions sont comme précédemment et la méthode assignée pour la maîtrise des ennemis.

           104. Possédant deux bras, ayant l'éclat de l'or, consacré au service de Rama, c'est le fils de Sumitra que je vénère, lui qui mit à mort Lavanasura.

           105. Le mantra d'Hanuman, “Hrum Hanumate”, est le roi des mantras, dont Ramachandra est le Rishi, et les autres adjonctions comme précédemment.

           106. Il faut méditer sur celui qui possède deux bras, brillant à l'égal de l'or, entièrement voué au service de Rama, portant une ceinture de roseaux, et dévoué serviteur de Rama.

           Ici s'achève le second chapitre de la Rama-Rahasya Upanishad.

 

Adhyaya III - Chapitre III

           Ce chapitre décrit le rite du Yantra, figure mystique servant de support à la cérémonie. Si le yantra est décrit – pour une fois – de façon très détaillée, étape par étape, néanmoins beaucoup d'éléments demeurent incompréhensibles. Il m'est impossible de les éclaircir – NdT.

           Sanaka et les autres ascètes demandèrent à Hanuman : « Ô puissant fils d'Anjana! Décris-nous le diagramme mystique (yantra) qui convient pour la pratique rituelle des mantras que tu nous as enseignés. »

           Hanuman répondit : « Pour commencer, le yantra doit être hexagonal et au centre comporter la lettre-semence de Rama, Ram, accompagnée de Shrim.
           Au-dessous, dans le second angle, se trouve l'offrande de nourriture (Sadhya).
           Au-dessous, dans le sixième angle, se trouve la dévotion constante du pratiquant.
           Tout autour, sur les côtés, se trouvent les lettres-semence de Jiva-Prana-Shakti.
           Encerclant tout ceci, se trouve la lettre Om.
           Au Sud-Est, Nord-Est, Nord-Ouest et Sud-Ouest, dans les angles de devant, on dépose le riz cuit.
           Puis on récite les mantras du Cœur, à savoir les lettres-semence Ram, Rim, Rum, Raim, Raum, Rah, les mantras-projectile (astra) du Cœur.
           Derrière les angles, se trouvent les lettres-semence de Rama et de Maya, et sur les angles Varaham Hum; par-dessus, la lettre-semence de Kama (Ram), et tout autour, se trouve la Parole, Vak (Kiim).

           Ensuite, on dispose trois cercles de huit feuilles. Sur celles-ci, des guirlandes de syllabes sont inscrites, disposées en huit groupes de mantras de six syllabes.
           On termine par le mantra de cinq syllabes.
           Sur la face de chaque feuille, les mantras de huit syllabes.
           De nouveau, le lotus à huit pétales.
           Sur les pétales, le mantra de huit syllabes de Narayana, Om Namo Narayanaya.
           Sur la face de chaque pétale, la lettre-semence de Shri .
           Puis la première ronde.

           Puis le lotus à douze pétales.
           Sur les pétales, le mantra de douze syllabes de Vasudeva, Om Namo Bhagavate Vasudevaya.
           De même devant eux, dans toutes les directions, de manière circulaire.
           Sur les pétales, Hum Phat avec le mantra de douze syllabes de Rama, Om Namo Bhagavate Ramachandraya.
           Sur la face de chaque pétale, la lettre-semence de Maya, Kiim.
           Devant chacun d'eux, en deux cercles – Hram, Sram, Bhram, Bram, Bhramam, Shrum, Jram.
           Puis en un seul cercle.

           Ensuite, le lotus de trente-deux pétales.
           Sur les pétales, le roi des mantras, avec le mètre anushtubh de Nrisimha.
           Sur la face des pétales, les mantras des huit Vasus, des onze Rudras, des douze Adityas (1), accompagnés de Om et Namo, à la suite et au datif.
           À l'extérieur et entourant le tout, l'invocation Vasat.

1 Vasus : les 8 sphères d'existence : 1) la Terre, Prithivi, où réside 2) le Feu, Agni, principe de la nutrition; 3) l'Espace, Antariksha, où réside 4) le Vent, Vayu, principe de la Vie; 5) le Ciel, Dyaus, où réside 6) le Soleil, Surya, principe de la Conscience; 7) les Constellations, Nakshatra, où réside 8) la Lune, Soma, principe d'immortalité.
Rudras : les 11 Rudras sont un groupe de 5 abstractions (Ananda, la Félicité; Vijnana, la Connaissance; Manas, la Pensée; Prana, le souffle de vie; Vak, la Parole), des 5 aspects de Shiva (Ishana, le Gouverneur; Tat-Purusha, l'Âme suprême; Aghora, le Non-terrifiant; Vamadeva, l'Adorable; Saydojata, le Procréateur rapide ou Né rapidement), et de l'Atman, le Soi.
Adityas : les 12 Principes Souverains majeurs des mondes humain et divin, fils d'Aditi, l'Étendue primordiale, et du Sage Kashyapa (Vision). Ce sont Mitra, « l'Amitié », Aryaman, « l'Honneur », Bhaga, « le Partage », Varuna, « la Loi divine », Daksha, « l'Art rituel », Amsha, « la Part des dieux, la Chance », Tvashtri, « le Façonneur, l'Industrie », Pushan, « le Nourricier, le Progrès », Vivasvat, « la Loi des ancêtres », Savitri, « le Vivifiant », Shakra, « le Puissant »,Vishnu, « l'Immanent, la Loi cosmique ».
Vasat : « Que vienne ... » - Invocation sacrificielle, après la récitation d'un hymne et avant de verser l'oblation dans le feu.

           Ensuite, les trois lignes dessinant le Bhupura (2).
           Vers les douze directions, on l'orne des douze signes du Zodiaque.
           Y résident les huit Nagas (serpents).
           Dans les quatre directions principales, la lettre-semence de Narasimha.
           Dans les directions intermédiaires, la lettre-semence de Varaha.

2 Bhupura : « rempart de la Terre » - enceinte, généralement triple, autour d'un diagramme mystique, Yantra.

           Ce yantra universel comble tous les souhaits et accorde la libération.
           Ce yantra commence par le mantra monosyllabique (Om) et s'achève avec le mantra de neuf syllabes, le dixième mantra en étant la clôture (Avarana).
           On doit vénérer Raghava, avec les gestes rituels, au centre de l'hexagone.
           À la première ronde, les gestes rituels sont accomplis dans tous les angles.
           À la racine des huit pétales, en clôture, l'initiale de son propre nom.
           Puis les clôtures de Vasudeva et des autres.
           À la base du second lotus de huit pétales, la “clôture de la vache”.
           Puis les clôtures d'Hanuman et des autres.
           Pour le lotus de douze pétales, avec la clôture de Vasishtha.
           Pour celui de seize pétales, la clôture du lotus bleu.
           Pour celui de trente-deux pétales, la clôture de Dhruva.
           Dans le Bhupura, la clôture d'Indra.
           À l'extérieur de tout ceci, la clôture du Vajra (3).
           Il faut accomplir cette offrande en psalmodiant en silence les mantras.

3 Vajra : 1) foudre (arme missile) de Shiva ou d'Indra, qui est figurée comme un sceptre présentant quatre pointes recourbées aux deux extrémités; représentation en métal de cette arme sacrée; 2) diamant.

           Voici maintenant la description de l'autel pour les mantras qui commencent par dix syllabes et se terminent par trente-deux syllabes.
           Tout d'abord l'hexagone.
           En son centre, le nom de la divinité d'élection (Ishta).
           Puis on l'entoure de la lettre-semence de Kama.
           Et successivement des neuf autres lettres-semences.
           Aux six angles, les gestes rituels sur les six parties sont accomplis face à, puis derrière les directions intermédiaires.
           Sur leur face, la lettre-semence de Shri-Maya.
           Dans les coins, Krodha (la colère).

           Puis la première ronde.
           Puis le lotus de huit pétales; sur ceux-ci, des guirlandes de syllabes, par multiples de six. De manière circulaire.
           Entourant tout ceci, dans toutes les directions :
           À l'extérieur, le Bhupura, muni de huit pointes de lances.
           Dans toutes les directions, Narasimha et Varaha.
           Tel est le Grand Yantra.

           Adhara-Shakti, la puissance-racine, est l'assise du culte de Vishnu.
           La première ronde est consacrée aux gestes rituels.
           Au centre, Rama.
           À sa gauche, Sita.
           Face à eux, l'arc et la flèche.
           À la base des huit pétales, deux clôtures avec Hanuman.
           Puis la troisième, la “clôture de la vache”.
           La quatrième, la clôture d'Indra.
           La cinquième, du Vajra.
           Accomplissant avec dévotion ce rite du Yantra, on doit réciter le mantra de dix syllabes, ainsi que les autres.

           Ici s'achève le troisième chapitre de la Rama-Rahasya Upanishad.

 

Adhyaya IV - Chapitre IV

           Sanaka et les autres ascètes demandèrent à Hanuman : « Décris-nous le rituel de récitation des mantras de Rama ».
           Hanuman répondit : « Celui qui a l'intention de réciter ce mantra doit suivre la procédure suivante :

           1. Il dois se laver trois fois par jour.

           2. Il doit ne prendre que de la nourriture pure (sattvique), tels le lait, les racines, les fruits ou le gâteau de riz fait pour l'offrande aux dieux (naivedya).

           3. Il doit suivre les étapes de vie prescrites (Brahmachari, Grihastha, Vanaprastha ou Sannyasa) et en accomplir les actes requis.

           4. Il doit abandonner les six émotions négatives (1).

1 Les six poisons intérieurs : désir, colère, avidité, égarement, égoïsme (ou orgueil), séparativité (ou méchanceté).

           5. Il doit observer les règles de pureté et pratiquer le détachement dans ses paroles.

           6. Il doit aussi agir sans passion, et montrer du respect à toutes les femmes.

           7. Il doit observer la continence (Brahmacharya) et dormir à même le sol.

           8. Il ne doit entretenir aucun désir.

           9. Il doit avoir de la dévotion à l'égard de son instructeur.

           10. Il doit scrupuleusement observer les ablutions, rendre un culte, pratiquer la récitation [de mantras ou de paroles rituelles], la méditation et faire des oblations par le feu.

           11. Il doit méditer sur Rama avec la concentration la plus intense possible, selon la méthode enseignée par son instructeur.

           12. Il doit invoquer le Soleil, la Lune, le Guru, la lumière de la lampe, la vache sacrée, le brahmane, etc.

           13. L'ascète qui pratique cette récitation (Japa) doit s'asseoir sur une peau de tigre et adopter les postures prescrites, comme l'asana du Swastika, en séries alternantes.

           14. Il doit se placer près de plantes comme le basilic (Tulasi) ou sous des arbres comme le cognassier (Bilwa), etc., pleinement développés.

           15. Il doit compter ses récitations au moyen d'un rosaire dont les perles seront de bois de basilic ou de Rudrakshas (1).

1 Rudraksha : « Œil rouge de Rudra » - Représente le troisième œil de Shiva, symbole de l'ajna chakra. Le rudraksha est la graine de l'Eleocarpus ganitrus, l'arbre de marbre bleu, consacré à Shiva, symbole de sa compassion. Les plus grosses graines sont utilisées en guirlandes (mala) par les moines, les laïques qui rendent un culte à Shiva, Shakti et/ou Ganesh, n'en portant qu'une seule, sur une cordelette suspendue au cou. Les plus petites graines sont utilisées en colliers-rosaires (mala), au nombre de 108, sur lesquelles on compte ses récitations de japa.

           16. Le comptage doit être fait mentalement à l'aide des graines, et atteindre le chiffre de cent mille devant l'autel (le yantra) de MahaVishnu (1).

1 MahaVishnu : « Le grand Vishnu » est le Dieu suprême du Maha Tattva, l'Univers matériel, dont il est l'artisan créateur, le maître et le possesseur. C'est lui qui fournit l'énergie nécessaire à la création universelle, et c'est de lui qu'émanent les divers avatars. MahaVishnu est l'un des trois aspects majeurs de Vishnu, avec Garbhodakasayi Vishnu, qui est omnipénétrant et crée la diversité des formes et des mondes, et Kshirodakasayi Vishnu, qui est l'Âme suprême universelle, le Paramatman, présent jusque dans le moindre des atomes. « Seule la connaissance des 3 aspects de Vishnu permet la libération définitive des rets de la matière », dit le Satvata Tantra.

           17. Des libations doivent être offertes à la fin d'un compte total. Au bout de dix comptes totaux, faire des offrandes de gâteau de riz, verser dessus du beurre clarifié (ghee) fait à partir de lait de vache, et manger ce qui reste à la fin des dix offrantes qui vont suivre.

           18. Après cela, tandis que l'on chante les mantras, offrir des fleurs en chantant le mantra-racine (1).

1 Mulamantra : « mantra-racine », “Hrim Shrim Krim Parameshvari Svaha”, qui accompagne les offrandes faites à la Déesse suprême, Parameshvari.

           L'ascète qui pratique ce japa parvient à la libération de son vivant (Jivanmukta) et les pouvoirs occultes (Siddhis) le suivent comme une jeune épousée à la suite de son époux.

           Ce mantra de Rama est certes un moyen de libération, mais si vous vous souvenez de moi (Hanuman), qui suis le serviteur de Rama, cela vous assurera du succès dans toutes les affaires de ce monde, également.

           Pour celui qui se souvient à jamais de Rama avec une totale dévotion, Le voyant comme l'ultime refuge de la conscience, je suis doté du pouvoir de combler tous les vœux qu'il fera.

           Vis-à-vis de ce devoir de combler tous les souhaits des fidèles de Rama, je suis toujours entièrement vigilant, moi qui suis expert dans l'accomplissement et l'obéissance aux ordres du Seigneur Rama.

           Ici s'achève le quatrième chapitre de la Rama-Rahasya Upanishad.

 

Adhyaya V - Chapitre V

           Sanaka et les autres ascètes demandèrent à Hanuman : « Explique-nous la signification du mantra de Shri Rama ».
           Hanuman répondit : « Parmi les mantras de Rama, celui de six lettres est le roi incontesté; bien que, comme vu précédemment, ce soient des mantras d'une, deux, trois, quatre, cinq, et même six, sept, huit, ou même encore plus de syllabes, le Seigneur Shiva reconnaît en son essence la gloire du mantra de six syllabes “Ram Ramaya Namah”.

           La véritable signification du roi des mantras de Rama, comme du mantra de huit syllabes de Narayana et de celui de cinq syllabes de Shiva, est donnée comme suit :

           Là où le yogi se délecte à chanter le mantra de deux syllabes, “Rama”, où la syllabe Ra- représente le feu dont brûle l'illumination, Sa nature d'Existence-Conscience-Félicité absolues (1) est considérée comme la signification suprême, la consonne symbolisant l'immuable Brahman, et la voyelle l'énergie créatrice de la manifestation.

1 Sat Chit Ananda : « Existence-Conscience-Félicité absolues », la triple caractéristique de la Réalité absolue, Brahman; terme traduisant la nature du Nirguna Brahman (le Brahman sans attribut), adopté par la Shruti et considéré comme concept essentiel et ultime par la philosophie de l'Advaita Védanta.

           Sache que les consonnes jointes aux voyelles sont utilisées dans la respiration; le son “r”, qui est de la nature de la lumière, est par conséquent utilisé dans l'action.

           Le son “ma” est connu comme l'illusion (Maya) qui indique la prospérité; étant en soi la lettre-semence (bijakshara), il est donc également l'équivalent de Brahman Lui-même.

           Avec le point (bindu) qui surmonte le croissant (anushvara) au-dessus du Om, l'Homme cosmique (Purusha) revêt la forme de Shiva unissant le Soleil et la Lune, avec la flamme en tant que crête, et le son en tant que Prakriti (1).

1 Prakriti : La Matière. Le pouvoir fondamental (shakti) de la Divinité, dont le cosmos est l'expression créatrice. C'est donc : 1) la base-racine de tous les éléments; 2) la matière indifférenciée; 3) la Nature, source primordiale du monde manifesté, constituée des 3 gunas (sattva, rajas et tamas). Équivalent de Maya, d’Avyakta ou de Pradhana.

           L'union accomplie de Purusha et de Prakriti est considérée comme Brahman; le point, le son et la lettre-semence intérieure sont considérés comme le Feu et les diverses demeures lunaires.

           Le Feu et Om, de par leur nature essentielle, résident dans les lettres-semence de Rama, tout comme l'arbre pleinement épanoui dans le monde physique est contenu dans sa graine.

           De façon similaire, dans les lettres-semence de Rama, est contenu ce monde entier de créatures mobiles et immobiles. Le nom de Rama est donc considéré comme la semence recélant ces deux significations.

           Lorsqu'il est libéré de la semence de Maya, Kiim, l'Esprit suprême existe seul, dit-on. Voilà ce qui accorde aux aspirants la libération, aussi le son “ma” est-il considéré comme le libérateur.

           Lorsqu'il est sans forme, le “ma” de Rama est celui qui accorde la félicité et la libération. La première lettre “ra” représente le terme “Tat”, Cela (1), et le “ma” représente le terme “tvam” (Toi).

1 Tat : « Cela » – L’Absolu dont on ne peut rien dire, sinon que Lui seul est, en vérité; le principe transcendant et infini, qui est Vérité, connaissable par la seule expérience intime.

           Le sage qui connaît la Vérité déclare que la confluence de ces deux termes a pour résultat la signification du mot “asi” (tu es), le mot Namah ayant le sens de “tvam” (Toi) et le nom Rama le sens de “Tat”.

           Lorsqu'on utilise le nom Rama au datif (Ramaya), le sens du mot “asi” (tu es) est indiqué dans le mantra. De ce fait, la phrase “Tat Tvam asi” (Toi aussi, tu es Cela) est implicitement présente, qui accorde la libération par l'union.

           En conséquence, ce mantra (Ram Ramaya Namah) qui procure la félicité et la libération surpasse encore cette dernière phrase. Tous les êtres humains incarnés sont qualifiés pour pratiquer ce mantra.

           Pour ceux qui aspirent à la libération, pour ceux qui ont éradiqué leurs passions, comme pour les maîtres de maison, pour toutes les étapes de la vie (ashramas) mais tout particulièrement pour les ascètes, une constante méditation du Om est l'injonction capitale; ainsi, le connaisseur du sens plénier du mantra de Rama deviendra, sans aucun doute, libéré de son vivant.

           Celui qui étudie cette Upanishad est sanctifié par le feu, purifié par l'air, libéré du péché de consommation de substances enivrantes, ou du vol d'or ou du meurtre d'un brahmane.

           Celui qui récite de façon répétée le mantra de Rama parvient à l'union en Ramachandra Lui-même.

           En conséquence, celui qui répète cet hymne sacré, “Ramo'hamasmiti tattvatah” (Je suis Rama en Son essence), ne se trouvera plus jamais dans le besoin durant cette vie et, sans aucun doute, devient Rama Lui-même. »

           Telle est la Vérité. Telle est l'Upanishad.

 

Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

Ici se termine la Rama-Rahasyopanishad, appartenant à l'Atharva Véda.

 

 

 

                                                                                                                                                                                                
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