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Shiva Dakshinamurti, époque Chola ou Dravida, Xe siècle, Tamil Nadu - British Museum
UPANISHADS DE SHIVA
Dakshinamurti Upanishad
Upanishad du Maître de Sagesse
Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise de P. R. Ramachander
Note préliminaire : DAKSHINAMURTI : « dont le corps est tourné vers le sud » - Aspect de Shiva en tant que Maître de Sagesse, représentant la perfection de la réalisation spirituelle (Svatmavijnana); il est assis sous le banyan sacré, entouré de Sages et d'auditeurs attentifs, qui écoutent ses enseignements sur le Yoga, la musique et la danse, la Connaissance et la Sagesse (Jnana), et ses exégèses des textes sacrés. Le dieu manifeste l'état le plus haut de la méditation, la puissance de la concentration, ainsi que la félicité inépuisable et la joie suprême. Parmi ses auditeurs les plus célèbres, mentionnons les quatre Kumaras, fils de Brahma, qui se consacrèrent à poursuivre encore plus leur évolution, étudiant les mystères du Brahmajnana sous la direction de Shiva-Dakshinamurti.
Dans les temples, la statue de Shiva Dakshinamurti est toujours placée au sud du sanctuaire, mais orientée de façon que le dieu regarde le sud, en direction de Yama, la Mort, et du perpétuel renouveau. Il croise les jambes, le pied droit reposant au sol, sur le corps du démon Apasmara, personnification de l'ignorance fondamentale (Avidya) et du guna Tamas.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !
Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
1. Om ! Dans le séjour de Brahma, sous un banyan nommé Maha Bhandira (?), plusieurs Sages, dont Shaunaka, s'étaient assemblés pour accomplir ensemble un sacrifice par le feu. Ils s'approchèrent du Sage Markandeya (1), les mains chargées de brindilles sèches de banyan, et lui demandèrent : « Comment as-tu pu devenir un être qui vit éternellement (2), et comment fais-tu pour demeurer en permanence en état de félicité ? »
Markandeya répondit : « C'est grâce à la connaissance de la suprême doctrine ésotérique de Shiva. C'est la doctrine, éminemment secrète, grâce à laquelle Shiva, qui est Dakshinamurti, le Maître de la Sagesse, devient cette essence qui n'est plus visible pour autrui. Car Il est ce dieu qui, au moment de la destruction universelle (Pralaya), rassemble en Lui l'essence de toutes choses et resplendit de la félicité de son propre Soi. » Voici les mantras secrets de Dakshinamurti : Brahma en est le sage, Gayatri en est le mètre, et Dakshinamurti en est la divinité tutélaire.
1 Markandeya : Sage légendaire, qui était voué à une mort précoce à l'âge de seize ans, mais qui, grâce à son intense dévotion pour le dieu Shiva, obtint de celui-ci que Yama, le dieu de la Mort, révise son décret et lui accorde une longévité indéfinie. Shiva, dans ce rôle d'intercesseur, est nommé Mrityunjaya, “le Vainqueur de la Mort” (Mrityu étant un autre nom de Yama).
2 ChiraJivin : « qui vit longtemps » - 1) éternel; épithète de Vishnu, et de certains Sages, dont Vyasa et Markandeya; 2) souhait de longévité, signifiant « Puissiez-vous être destiné à une longue vie ! ».
2. Le premier mantra est de vingt-quatre syllabes. Après avoir prononcé “Om”, on dit “Namo”, puis “Bhagavate Dakshinamurtaye”, puis la quatrième forme de “asmad” (de nous), soit “Mahyam” (à moi), puis “medham prajnam”, puis la syllabe-semence de Vayu (1) “ya”, suivie de “chcha”, puis la formule de salutation (Jaya) d'Agni, “Svaha”. Le mantra de vingt-quatre syllabes est donc “Om Namo Bhagavate Dakshinamurtaye Mahyam Medham Prajnam Prayacha Svaha !”
1 Vayu : 1) le vent; 2) l’état aérien ou gazeux de la matière; les souffles vitaux. En tant que divinité védique ancienne, Vayu est le dieu du vent, de l'air et du souffle vital; sous l'épithète de Mukhya Prana, le Régent de la Vie et des souffles vitaux, il apparaît comme la personnification des cinq souffles vitaux (cf. vayus).
3. Puis la méditation (Dhyana), où l'on visualise la forme du dieu dans son esprit, tandis que l'on chante le mantra : “Je salue Celui qui a la pureté du cristal, qui tient dans ses mains un rosaire de perles et le vase de nectar qui est la forme de la Connaissance, qui fait le geste symbolique de la Sagesse (1), qui noue un serpent autour de son torse, qui orne son front du croissant de lune, et qui s'est paré de divers ornements.”
1 Jnana Mudra : geste de la main où l’extrémité de l’index (représentant l’âme individuelle) vient toucher l’extrémité du pouce (représentant l‘universel Suprême), tandis que les 3 autres doigts restent allongés. Ce geste est le symbole de la connaissance (jnana), de l’union du jiva et de Brahman.
4. Le second mantra est de neuf syllabes. Après avoir prononcé “Om”, on chante la première voyelle avec le Visarga (1), puis le Panchakshara (2) avec le Visarga, et l'on obtient ainsi le mantra de neuf syllabes “Om Aam Aa Shivaya Nama Om !”
1 Visarga : (de visrij, lancer, émettre, répandre) – 1) émission; lancer; procréation; 2) libération; 3) phonétique: prononciation sourde puis vocalisée (comme le ch allemand) du s et du r devant certaines consonnes et en fin de mot, représentée par la lettre h.
2 Namah Shiva Ya : « Hommage à Shiva !» - Le Panchakshara (« les 5 syllabes ») est le mantra suprême pour les Shivaïtes, dont les syllabes correspondent aux suites symboliques suivantes : Na – la “grâce voilante” (tirobhava shakti) du Seigneur / les jambes / l'élément Terre / le pouvoir de destruction de Shiva-Nataraja, samhara, correspondant à la main qui brandit la flamme; Ma – le monde / l'estomac / l'élément Eau / la “grâce voilante” (tirobhava shakti) de Shiva-Nataraja, correspondant au pied fermement ancré au sol; Shi – Shiva / les épaules / l'élément Feu / le pouvoir de création de Shiva-Nataraja, shristi, correspondant à la main qui accomplit le geste de protection, abhaya, « Ne crains rien »; Va, la “grâce dévoilante” (anubhava shakti) du Seigneur / la bouche / l'élément Air / la “grâce dévoilante” (anubhava shakti) de Shiva-Nataraja, correspondant à la main gauche qui imite la trompe de l'éléphant (gajahasta) et pointe vers le pied gauche, source de la grâce dévoilante; et enfin, Ya – les yeux / l'élément Éther (akasha). Curieusement, il est à noter que ce mantra occupe la place centrale du Yajur Véda, lui-même central, encadré par le Rig et le Sama Véda : « Namastaraya namah shambhave cha mayobhave cha, namah shankaraya cha mayaskaraya cha, namah shivaya cha shivayataraya cha », Hommage à Toi, source de bien-être et de délices. Hommage à Toi, qui créas le bien-être et les délices. Hommage à Toi, Shiva, le Propice et l'encore plus propice ! (Krishna Yajur Veda, Taittiriya Samhita, 4.5.8).
5. Puis la méditation (Dhyana) : “Le dieu aux trois yeux qui n'accomplit que le bien, qui est assis sur une peau de daim, une main faisant le geste symbolique de protection (Abhaya mudra), deux mains brandissant la flamme de l'illumination et la hache, la quatrième reposant sur son genou, qui a enroulé un serpent autour de son corps, qui a la blancheur resplendissante du lait, qui siège sous un banyan, entouré de grands Sages, tel Shuka, puisse-t-Il nous accorder des pensées pures !”
6-7. On accomplit le geste rituel de transfert du mantra, en invoquant les Voyants de Brahma. Pour le troisième mantra, on ajoute “Broom Nama”, la lettre-semence de Maya “Hrim”, la lettre-semence de Vagbhava (1) “Im”, “Dakshinamurtaye” et “Jnanam dehi Svaha” à Om. Le mantra est ainsi “Om Broom, Namo Hrim Im Dakshinamurtaye Jnanam Dehi Svaha !”
1 Vak, la Parole, et Bhava, l'Être, aspect bienveillant de Shiva
8. Puis la méditation (Dhyana) : “Le dieu Dakshinamurti, dont le corps est blanc après avoir été oint de cendres sacrées, qui porte le croissant de lune sur sa tête, qui fait d'une main le geste symbolique de la Sagesse (Jnana mudra), qui tient dans ses autres mains le rosaire, le luth et les Écritures, qui a revêtu tous ses ornements, ainsi que la peau d'éléphant, qui ressemble à Rama en méditation, qui s'est assis sur le trône de l'exposition de l'enseignement, et qui est servi par les grands Sages, puisse-t-Il nous protéger toujours !”
9. Nous devons contempler la flamme vive de la Sagesse, qui brûle avec le renoncement en guise d'huile, la dévotion en guise de mèche, et qui rayonne dans cette lampe qu'est la conscience vigilante.
10. Aux tout débuts de la création, le Seigneur Brahma invoqua Dakshinamurti et obtint de Lui sa capacité de créer les êtres, ce qui l'emplit de joie. Il reçut toutes les bénédictions afin d'accomplir avec succès ce qu'il désirait. Aussi, Brahma est-il un disciple fervent tout autant qu'un grand Être digne de notre vénération.
11. Quiconque étudiera cette doctrine ésotérique de Shiva et parviendra à en saisir le sens profond, sera purifié de tous ses actes négatifs. Quant à celui qui connaîtra par l'expérience intime cette doctrine, il parviendra à la libération.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !
Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Ici se termine la Dakshinamurtopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.

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