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Narasimha, l'Homme-Lion, lacérant la poitrine de l'Asura Hiranyakashipu
- Manuscrit du Bhagavata Purana, XVIIème siècle
UPANISHADS DE VISHNU
Nrisimha Tapaniya Upanishads
Upanishads de l'ascèse dévotionnelle à Narasimha,
l'Homme-Lion
Traduite et annotée par M. Buttex
1 )D'après la version anglaise de P. R. Ramachander
2) D'après la version de Paul Deussen, reprise par les Prof. V.M. Bedekar et G.B. Palsule
Note préliminaire : NARASIMHA ou Nrisimha - (Nara = homme, simha = lion) : l’Homme-Lion, la 4ème incarnation (cf. avatar) de Vishnu est, avec Rama et Krishna, une manifestation divine complète (Purnavatara) de Vishnu, dans laquelle il extériorise la totalité de sa Personne divine. Narasimha se manifesta dans le Satya Yuga, l'Âge de Vérité ou Âge d'Or, pour détruire le démon Hiranyakashipu, dont la puissance devenait un danger pour les dieux dans l'éternel conflit Devas-Asuras, dieux et anti-dieux). Cf. Hiranyaksha.
HIRANYAKSHA : La famille des démons Hiranyaka avait obtenu de Brahma la faveur suivante : ils ne pouvaient être tués ni de jour, ni de nuit, ni à l'intérieur ni à l'extérieur, ni par aucune arme possible. Hiranyaksha et Hiranyakashipu, deux frères dont l'insolence offensait les dieux et menaçait l'ordre cosmique, suscitèrent donc, par leur démesure, la descente (avatar) de Vishnu : il choisit la forme composite d'homme-lion nommée Narasimha, afin d'utiliser ses griffes pour lacérer la poitrine et le cœur d'Hiranyakashipu, puisque toute arme serait inopérante. Par ruse, il parvint à attirer Hiranyakashipu auprès de lui et fit en sorte qu'il se trouve sur le seuil de son palais au moment du crépuscule. Il put ainsi débarrasser le monde du danger de déstabilisation. La fureur de Narasimha était telle que rien ne pouvait l'arrêter, et, oublieux de son rôle de Préservateur de la manifestation, il détruisait tout sur son passage. Les dieux firent alors appel à Shiva, le Destructeur, et celui-ci manifesta la forme composite homme-lion-aigle nommée Sarabha (voir l'Upanishad du même nom), qui vint à bout de Narasimha.
Les deux frères Asuras se réincarnèrent comme Ravana et Kumbhakarna, qui furent détruits par l'avatar Rama; puis comme Shishuplala et Dantavakra, durant la guerre du Mahabharata, et ils furent détruits par l'avatar Krishna.
En vérité, les deux frères Asuras étaient des réincarnations maléfiques des deux gardiens du seuil du séjour céleste de Vishnu, Jaya et Vijaya, qui subissaient un châtiment et ne pouvaient se racheter qu'en étant tués de la main de Vishnu lui-même. La légende illustre la fondamentale ambiguïté du monde manifesté, et que le moindre défaut dans l'œuvre du Créateur suscite un renforcement du pôle négatif qui met en danger l'équilibre polaire. Il faut donc incessamment rétablir l'équilibre précaire, et le surplus du pôle positif bascule dans le négatif, qui doit être transmué de nouveau en positif, en un rééquilibrage cosmique constant.
TAPANA : 1) qui dégage de la chaleur, brillant, brûlant; « le Brûlant », épithète de Surya, le Soleil; 2) même sens que Tapas, notamment consécration ardente à une divinité. TAPANIYA : qui concerne l'ascèse consacrée à tel ou tel dieu.
Composée de deux parties, Purva (exotérique, élémentaire) et Uttara (ésotérique, approfondie), cette longue Upanishad (en fait un ensemble de six upanishads) vise essentiellement à établir la nature de la Réalité absolue, abordée par le biais du culte dévotionnel à Narasimha, élu comme Divinité suprême et comme source de la conscience supérieure incarnée en chaque individu.
La Purva Upanishad est constituée de cinq brèves Upanishads, toutes consacrées à une analyse approfondie du symbolisme du mantra de Narasimha, considéré comme le Roi des Mantras. À noter que l'analyse symbolique est ici bien plus approfondie que dans les autres Upanishads consacrées au culte d'une divinité; et la progression du culte dévotionnel (Bhakti) à la doctrine moniste des Upanishads (Védanta) est bien plus claire qu'ailleurs, s'appuyant – une fois de plus – sur la syllabe sacrée Om.
L'Uttara Upanishad – que l'on considère comme la finale d'un ensemble de six upanishads – continue à se référer au mantra de Narasimha, mais en s'appuyant sur l'identité entre celui-ci et l'Atman, aboutissant à l'équation Narasimha-Atman-Om-Brahman. Ici, plus qu'en de nombreuses autres Upanishads, le raisonnement philosophique s'approfondit et introduit des arguments originaux, jamais ou rarement rencontrés auparavant. Et, chose appréciable, l'équivalence Brahman-Atman est expliquée avec une logique rigoureuse, déployant dans le neuvième et dernier chapitre une subtilité et une profondeur de vue remarquables. Ici, ce sont les dieux qui bénéficient de l'enseignement de Prajapati, le Seigneur des créatures, et de l'avis-même de Prajapati, ils vont rester timorés et de ce fait impuissants à voir que leur identité réelle est l'Atman, comme elle est celle du Om : « Nous le voyons, ô vénérable Seigneur, et cependant ne le voyons pas ! »
SOMMAIRE
I. Nrisimha Purva Tapaniya Upanishads
Première Upanishad
I.1 : Prajapati créa le monde au moyen du mantra de Narasimha
Le Roi des Mantras (Mantraraja)
Les quatre membres du Mantra :
I. Le Pranava
II. La Savitri
III. La formule de beauté (Lakshmi-yajur)
IV. La Gayatri de Narasimha
I.2 : Les quatre vers du Roi des Mantras, les quatre mondes et les quatre Védas
I.3 : Introduction aux trois premiers membres du Mantra
I.4 : Identification du Roi des Mantras aux plus éminentes divinités, et prescriptions sur les deux syllabes initiales de chaque vers
I.5 : Prescriptions sur les deux syllabes suivantes de chaque vers, précédées et suivies de la glorification du Mantra
I.6 : Prescriptions sur la troisième paire de syllabes, avec la glorification
I.7 : Les quatre paires de syllabes de chaque vers, avec la glorification - Préliminaire à la psalmodie intercalée du Om
Deuxième Upanishad
II.1 : Identification des quatre vers du Roi des Mantras avec les quatre moras du Pranava Om
II.2 : Les cinq attributs du mantra de Narasimha, le Roi des Mantras
II.3 : Les onze mots du mantra, avec la glorification
II.4 : Analyse étymologique des onze mots du mantra
Troisième Upanishad
Interprétation allégorique de la semence verbale (Bija)
et du pouvoir (Shakti) du Roi des Mantras
Quatrième Upanishad
IV.1 : Premier membre : le Pranava
IV.2 : Second membre : la Savitri
Troisième membre : la formule de beauté (Lakshmi-yajur)
Quatrième membre : la Gayatri de Narasimha
IV.3 : Formule de salutations à Narasimha
Cinquième Upanishad
V.1 : Diagramme (yantra) de Vishnu, en cercles concentriques
V.2 : Les ailes du diagramme
V.3 : Bénéfices
V.4 : Purification karmique de tous les crimes
V.5 : Pouvoir de fascination
V.6 : Maîtrise des sept mondes
V.7 : Charme opérant sur tous les êtres
V.8 : Équivalences en sacrifices solennels
V.9 : Équivalences en études
V.10 : Hiérarchie des pratiques spirituelles
II. Nrisimha Uttara Tapaniya Upanishad
Premier Chapitre
Identité du son Om, de Brahman et de l'Atman - Les quatre aspects de l'Atman
Second Chapitre
Identité des quatre constituants du son Om et de l'Atman - Identité de l'Atman, du son Om et de l'univers
Troisième Chapitre
Identité du son Om et du mantra de Narasimha - Résorber l'univers en Turiya par ces deux moyens
Quatrième Chapitre
Identité de l'Atman qui resplendit au sommet du Om et de Narasimha
Cinquième Chapitre
Identité du son Om et de Narasimha
Sixième Chapitre
Une autre approche de cette identité Atman-Om-Narasimha-Turiya
Septième Chapitre
Nouvelle approche de l'identité Atman-Om-Narasimha-Brahman
7.1 : A-U-M = Atman – Simha – Atman
7.2 : A-U-M = Atman – affirmation – Brahman
7.3: A-U-M = Brahman – affirmation – Atman
Huitième Chapitre
Quatre démonstrations de l'identité de Narasimha-Atman et du son Om, en relation aux quatre constituants de l'Atman
Neuvième Chapitre
Réalité de l'Atman et irréalité du Jiva et d'Ishvara - Le son Om permet la vision intérieure de l'Atman
I. Nrisimha Purva Tapaniya Upanishad
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Première Upanishad
I.1 : Prajapati créa le monde au moyen du mantra de Narasimha
Le Roi des Mantras (Mantraraja) :
Ugram viram, MahaVishnum,
Jvalantam, sarvatomukham
Nrisimham, bhishanam, bhadram,
Mrityu-mrityum namamy aham.
Le terrible, le puissant, le grand Vishnu,
Le feu qui se répand dans toutes les directions,
L'Homme-Lion, à la fois terrifiant et miséricordieux,
La Mort de toutes les morts,
C'est Lui que je vénère.
Les quatre membres du Mantra :
I. Le Pranava :
Om !
II. La Savitri :
Grinih, Surya, Aditya !
L'éclat, le Soleil, Aditya !
III. La formule de beauté (Lakshmi-yajur) :
Om ! Bhur Lakshmir, Bhuvar Lakshmih,
Suvah kalakarni, tan no
MahaLakshmi pracodayat.
Om ! Plénitude de la Terre et plénitude de l'Atmosphère,
Plénitude des Cieux, Tes oreilles sont noires.
Puisse la Grande Plénitude nous favoriser !
IV. La Gayatri de Narasimha :
Om ! Nrisimhaya vidmahe,
Vajranakhaya dhimadi,
Tan nah simhah pracodayat.
Om ! Que nos pensées, bien vigilantes,
Soient à Narasimha, dont les griffes lacèrent comme l'éclair,
Et puisse ce Lion stimuler nos pensées.
Om !
En vérité, cet univers n'était que des eaux, agitées de vagues. C'est là que naquit spontanément Prajapati (1), sur une feuille de lotus. Dans son esprit, un désir prit forme : « Je vais façonner cet univers ! » C'est pourquoi l'esprit de l'homme est peuplé d'aspirations, qu'il exprime au moyen de la parole, qu'il accomplit à travers son activité. On trouve à ce propos le verset suivant (Rig Véda 10,129,4) :
“Alors il s'éleva de Cela le désir, en tout premier,
Ce fut la première émanation de la semence du mental.
C'est dans le non-être que les racines de l'être furent trouvées
Par le Sage qui cherchait à manifester le désir qui tenaillait son cœur.”
Et ce à quoi il aspirait vint à Lui ! Il se mit à pratiquer une ascèse (Tapas), à l'issue de laquelle il eut la vision de ce Mantra royal, composé en mètre Anushtub (2) en l'honneur de Narasimha; il s'en inspira pour créer le monde entier, avec tout ce qu'il contient. Aussi dit-on : ce monde entier est l'Anushtub, avec tout ce qu'il contient. “De l'Anushtub, en vérité, sont nées ces créatures, et une fois nées, elles vivent de l'Anushtub, et lorsqu'elles quittent cette vie, elles retournent à l'Anushtub”, dit la Taittiriya Upanishad (III-i-1). On trouve à ce propos le verset suivant : “L'Anushtub vient en premier, et l'Anushtub vient en dernier; car l'Anushtub est la Parole; les créatures quittent cette vie par la Parole, et elles renaissent par la Parole”; et on affirme encore : “L'Anushtub est le plus sublime de tous les mètres.” (Taittiriya Samhhita 5,4,12-1)
1 Prajapati : « le Seigneur des créatures, le Progéniteur » - épithète divine, notamment de Brahma, le Créateur, mais aussi de Shiva. Prajapati représente Virat, la moitié mâle de Brahma, le Créateur; il est le cosmos, mais aussi, en tant que démiurge, le maître de la faculté de reproduction chez les vivants. Au pl., les prajapatyah sont les progéniteurs des créatures, au temps des origines.
2 Anushtub : mètre ou verset védique de 32 pieds (soit 4 vers de 8 pieds); par extension, Anushtub symbolise le nombre 8.
I.2 : Les quatre vers du Roi des Mantras, les quatre mondes et les quatre Védas :
La terre, avec ses océans, ses montagnes et ses sept îles – ce monde doit être reconnu dans le premier vers du Roi des Mantras.
L'atmosphère, avec ses populations de Yakshas (gnomes), Gandharvas (centaures musiciens) et Apsaras (nymphes célestes) – ce monde doit être reconnu dans le second vers du mantra.
Le ciel, avec ses populations de Vasus (les 8 sphères d'existence), de Rudras (les 11 aspects abstraits de la Divinité), d'Adityas (les 12 Principes Souverains), et avec tous les dieux – ce monde doit être reconnu dans le troisième vers du mantra.
L'essence propre de Brahman, immaculée, qui demeure « dans l'espace suprême » (Taittiriya 2,1) – ce monde doit être reconnu dans le quatrième vers du mantra.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
Les quatre Védas, le Rig, le Yajur, le Sama et l'Atharva, avec tous leur membres et leurs subdivisions – cette somme doit être reconnue comme l'ensemble des quatre vers du mantra.
Quelle est la méditation appropriée de ce mantra, quelle en est la divinité, quels en sont les membres, quelles en sont les divinités, quel en est le mètre, qui en fut le poète ? – telles sont les questions que l'on doit se poser constamment.
I.3 : Introduction aux trois premiers membres du Mantra :
Ainsi parla Prajapati : En vérité, qui connaît ce vers octosyllabique, oint de beauté, de la formule de Savitar (1) et la reconnaît comme membre de ce mantra, est lui-même oint de beauté.
Tous les Védas possèdent le Pranava, la syllabe sacrée Om, à leur tête; celui qui reconnaît que ce Pranava est aussi un membre de ce mantra, possède en conséquence les trois mondes.
Il est une formule sacrificielle, la grande Lakshmi (2), qui consiste en vingt-quatre syllabes; celui qui la connaît comme membre de ce mantra, reçoit richesse et plénitude de vie, bonne renommée, honneur, connaissance et maîtrise.
En conséquence, on doit connaître ce mantra, avec ses membres. Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
Les maîtres n'enseignent pas la formule de Savitar, ni la syllabe sacrée, ni la formule de Lakshmi, à une femme ou à un shudra (dernière caste, celle des serviteurs). Il faut connaître parfaitement le mantra à trente-deux syllabes (le Roi des Mantras) et qui y parvient, atteint également à l'immortalité. Mais si une femme ou un shudra connaît la formule de Savitar, celle de Lakshmi et le Pranava, il descend aux enfers après sa mort. Aussi ne doit-on jamais les leur communiquer ! Celui qui le fait descend lui aussi aux enfers après sa mort.
1 Savitri ou Savitar : 1) Le Soleil, en tant que Créateur, agent de la volonté de manifestation, et Nourricier universel; Savitri est l'une des épithètes de Surya, le Soleil, en tant que Procréateur et Nourricier. Savitri est également le Pouvoir magique du Verbe (l'un des 12 Adityas, les Principes souverains, fils d'Aditi, l'Étendue primordiale), l'une des prérogatives du Soleil en tant que Créateur. En ce sens, Savitri est l'essence de la parole magique, notamment du mantra, en particulier du Gayatri Mantra, récité à l'aube. 2) La déesse de la Parole divine, fille du Soleil, qui descend vers les hommes afin de leur donner la Révélation et les sauver.
2 Lakshmi : Couleur d'or, déesse de la beauté, de la chance et de la richesse, elle est toujours associée au lotus, sa fleur emblématique. Épouse de Vishnu, elle l'accompagna dans chacune de ses avatars, et “descendit” elle aussi sous diverses formes (Padma, la Femme-Lotus, Sita, le Sillon-de-la-Terre, Rukmini, l'amante de Krishna, Indira, Kamalika, etc.; à la fin des âges, elle descendra avec Vishnu-Kalki pour accomplir la destruction du monde.
Sous sa forme tantrique de MahaLakshmi, elle est la Fortune transcendante : substance intime projetée du corps de tous les dieux (elle est alors couleur de corail, assise sur un lotus) et Pouvoir (Shakti) transcendant de démultiplication, c'est elle qui affronta victorieusement le Titan MaheshAsura, grand amateur de méditation et de pouvoirs magiques, dont l'orgueil démesuré offensait l'harmonie des mondes divins. Cf. Ashta-Lakshmi, « les huit Lakshmis ».
I.4 : Identification du Roi des Mantras aux plus éminentes divinités,
et prescriptions sur les deux syllabes initiales de chaque vers :
Ainsi parla Prajapati : Agni, en vérité, les Védas, cet univers ainsi que tous les êtres, les souffles vitaux (Pranas) et les organes, les animaux, la nourriture, l'Immortel, le Régent suprême, le Maître du Soi, le Régent de la totalité cosmique – tout cela doit être reconnu dans le premier vers du Roi des Mantras.
Le Soleil sous la forme des Rig, Yajur, Sama et Atharva Védas, “l'Homme d'or au centre du Soleil” (Chandogya Up. 1,6,6) – tout cela doit être reconnu dans le second vers du Roi des Mantras.
Le Maître du monde végétal, le Seigneur des étoiles, Soma (1) – tout cela doit être reconnu dans le troisième vers du Roi des Mantras.
“C'est Brahma, Shiva, Hari, Indra, Agni, c'est l'Éternel, le Seigneur suprême” (Taittiriya Ar. 10,11,12) – tout cela doit être reconnu dans le quatrième vers du Roi des Mantras.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
Om ! On doit reconnaître ugram comme le chant initial du premier vers, jvalan comme celui du second vers, nrisim- comme celui du troisième vers, mrityu- comme celui du quatrième vers.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
En conséquence, il ne faut pas proclamer ce mantra en n'importe quel lieu; si l'on souhaite le communiquer à autrui, ce doit être uniquement à son propre fils, s'il est désireux de l'étudier, ou alors à un disciple.
1 Soma : 1) la Lune. Cf. Chandra. 2) plante dont on tire le vin mystique pour le sacrificeVédique; le vin lui-même, qui procure l'ivresse de l'ananda, divin délice d'être; Soma personnifie aussi le Seigneur de ce vin de délices et d'immortalité, déité représentative de la béatitude. Le Soma, élixir de béatitude et d'immortalité, est la boisson des dieux, dont la consommation régulière leur assure l'immortalité. 3) le long de la colonne vertébrale, la soma (ou Ida) nadi transporte l'énergie lunaire, tandis que dans le cerveau le soma chakra est le centre de transmutation de cette énergie dans tout l'organisme physique, subtil et psychique. Cf. Amrita.
I.5 : Prescriptions sur les deux syllabes suivantes de chaque vers,
précédées et suivies de la glorification du Mantra :
L'Homme-Lion qui repose sur l'Océan de lait, “la station suprême” (Rig Véda 1,22,20) sur laquelle méditent les yogis – on doit le reconnaître comme étant le Mantra.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
On doit reconnaître viram comme le chant final de la première moité du premier vers, -tam sa comme celui de la première moité du second vers, -ham bhi- comme celui de la première moité du troisième vers, -mrityum comme celui de la première moité du quatrième vers.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
En conséquence, qui a appris ce mantra de la bouche d'un maître, est libéré de ce fait de la ronde des naissances et des morts (Samsara), aide autrui à se libérer, et aspire à la libération. Qui le psalmodie à voix basse, reçoit la vision de la Divinité dans ce corps humain qui est sien. C'est donc la porte de la libération en cet âge de Kali, et par nulle autre porte on ne parvient à la libération.
Aussi faut-il connaître ce Roi des Mantras, accompagné de ses membres. Qui le connaît, aspire à la libération.
I.6 : Prescriptions sur la troisième paire de syllabes, avec la glorification :
Om !
“Je L'invoque en tant que Loi, Vérité, suprême Brahman,
Celui qui prit forme d'Homme-Lion, le Purusha brun-noir,
Le chaste, aux yeux sans pareil.” (Taittiriya Ar. 10,12)
Le Dispensateur de félicité (Shankara) au corps rouge et noir, l'époux d'Uma, le Maître du bétail, celui qui brandit l'arc, celui dont l'éclat est infini, je L'invoque, Lui qui est “le Maître de la Connaissance, le Seigneur de toutes les créatures, Brahman en tant que Gouverneur suprême, tout autant que le Gouverneur suprême de Brahman” (Taittiriya Ar. 10,47), l'Unique que l'on doit vénérer, selon le Yajur Véda – c'est Lui qui doit être reconnu dans le Roi des Mantras.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
On doit reconnaître maha- comme le chant initial de la seconde moité du premier vers, -rvato comme celui de la seconde moité du second vers, -sanam- comme celui de la seconde moité du troisième vers, nama- comme celui de la seconde moité du quatrième vers.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
Par conséquent, ce chant est le suprême Brahman, qui consiste en Existence-Conscience-Félicité absolues (1); qui le connaît en tant que tel, devient lui-même immortel ici-bas. Aussi faut-il connaître ce Roi des Mantras, accompagné de ses membres.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
1 Sat Chit Ananda : « Existence-Conscience-Félicité absolues », la triple caractéristique de la Réalité absolue, Brahman; terme traduisant la nature du Nirguna Brahman (le Brahman sans attribut), adopté par la Shruti et considéré comme concept essentiel et ultime par la philosophie de l'Advaita Védanta.
Il est possible que ce soit ici, ou dans la Taittiriya 2,1, la première apparition de cette formule célèbre.
I.7 : Les quatre paires de syllabes de chaque vers, avec la glorification -
Préliminaire à la psalmodie intercalée du Om :
“Avec ce sacrifice de mille ans, en vérité, les aides-créateurs façonnèrent l'univers; puisqu'ils créèrent tout, on les appelle les aides-créateurs de la totalité. Tout a trouvé son origine en eux, et ceux qui accomplissent ce sacrifice de mille ans ou ceux qui l'enseignent parviennent à partager la vie de Brahman dans son propre monde.” (Taittiriya Br. 3,12,9,8) Aussi faut-il connaître ce Roi des Mantras, accompagné de ses membres. Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
On doit reconnaître -Vishnum comme le chant final de la seconde moité du premier vers, -mukham comme celui de la seconde moité du second vers, bhadram comme celui de la seconde moité du troisième vers, -myaham comme celui de la seconde moité du quatrième vers.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
Prajapati a Lui-même manifesté tout cela. En regard de l'Atman et de Brahman, on doit connaître le culte pratiqué avec cet Anushtub (cf. I,1 n.2).
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
Que l'on soit femme* ou homme, si l'on désire demeurer ici-bas, le Roi des Mantras nous accorde la maîtrise sur toute chose, et en quelque endroit que l'on meure, la divinité de ce Roi des Mantras nous accorde à la fin de notre vie l'accès au suprême Brahman, qui nous délivre, et à l'aide duquel nous entrons dans le royaume de l'immortalité. Aussi faut-il psalmodier à voix basse cet appel vers Brahman sous la forme de la syllabe sacrée Om, à intervalles réguliers, durant le chant du mantra; ce membre du mantra est Prajapati, et qui le connaît en tant que tel, devient lui-même ce membre du mantra, devient lui-même Prajapati.
* Seuls les membres du Mantra étaient interdits aux femmes (I,3 ci-dessus), mais non le Roi des Mantras.
Telle est la grande Upanishad. Et quiconque la connaît, dès lors qu'il a accompli le culte préliminaire, devient lui-même MahaVishnu (1) – oui, il devient MahaVishnu.
1 MahaVishnu : « Le grand Vishnu » est le Dieu suprême du Maha Tattva, l'Univers matériel, dont il est l'artisan créateur, le maître et le possesseur. C'est lui qui fournit l'énergie nécessaire à la création universelle, et c'est de lui qu'émanent les divers avatars. MahaVishnu est l'un des trois aspects majeurs de Vishnu, avec Garbhodakasayi Vishnu, qui est omnipénétrant et crée la diversité des formes et des mondes, et Kshirodakasayi Vishnu, qui est l'Âme suprême universelle, le Paramatman, présent jusque dans le moindre des atomes. « Seule la connaissance des 3 aspects de Vishnu permet la libération définitive des rets de la matière », dit le Satvata Tantra.
Deuxième Upanishad
II.1 : Identification des quatre vers du Roi des Mantras
avec les quatre moras du Pranava Om :
Om ! Il advint que les dieux s'effrayèrent de la mort, des actes négatifs et de la roue des renaissances. Ils prirent donc refuge en Prajapati. Il leur fit don de cette formule royale que l'on adresse à Narasimha, composée en mètre Anushtub. Grâce à elle, ils conquirent la mort, maîtrisèrent les actes négatifs, surmontèrent la roue du Samsara. Par conséquent, celui qui est effrayé par la mort, les actes négatifs et la roue du Samsara, doit s'efforcer de saisir cette formule royale adressée à Narasimha et composée en mètre Anushtub. À son tour, il conquiert la mort, maîtrise les actes négatifs et surmonte la roue du Samsara.
Dans le Pranava Om, en vérité, la première unité phonétique (mora), la terre, est le son A. Elle est le Rig Véda, avec tous ses versets, elle est Brahma, les Vasus (cf. I,2), la Gayatri (1), le feu Garhapatya (2) – et elle est identique au premier vers du Roi des Mantras.
La seconde unité phonétique, l'atmosphère, est le son U. Elle est le Yajur Véda, avec toutes ses formules sacrificielles, elle est Vishnu, les Rudras (cf. I,2), le mètre Trishtub (3), le feu Dakshina (2) – et elle est identique au second vers du Roi des Mantras.
La troisième unité phonétique, les cieux, est le son M. Elle est le Sama Véda, avec tous ses hymnes, elle est Rudra, les Adityas (cf. I,2), le mètre Jagati (4), le feu Ahavanya (2) – et elle est identique au troisième vers du Roi des Mantras.
La quatrième unité phonétique, la demi-lettre qui est à la fin de la syllabe sacrée, est le monde lunaire (Soma), est le son nasalisé Mmm... Elle est l'Atharva Véda, avec tous ses hymnes, elle est Rudra, les Maruts (5), le feu Samvarthaka (2), le mètre Viraj (6), le Sage suprême, le Resplendissant – et elle est identique au quatrième vers du Roi des Mantras.
1 Gayatri (Mantra) : 1) hymne védique à Savitri, le Soleil, dont il invoque les pouvoirs de fécondation et d'illumination, et que l'on considère également comme donneur des Védas: « Om [bhur bhuvah svah] tat savitur varenyam, bhargo devasya dhimahi, dhiyo yo nah prachodayat. » « Om ! O divinités des trois mondes, nous nous prosternons devant la radieuse splendeur du Donneur de vie. Puisse-t-Il illuminer les pensées de notre esprit. Om ! » 2) en versification, nom du mètre sur lequel est bâti ce mantra, consistant en trois vers de huit syllabes, rythme propice à la communication divine, que l'on trouve exclusivement dans le Rig Véda.
La Gayatri est introduite par le Vyahrititraya, proclamation rituelle des 3 mondes (triloka) : bhur, bhuvah, svah. Cf. Triloka.
2 Les quatre feux : Garhapthya (le feu du foyer), Dakshinagni (le feu du sud, celui des bûchers funéraires, et donc des ancêtres), Ahavagni (le feu sacrificiel) et Samvarthaka (le feu transformateur, et celui de la destruction universelle, tout aussi bien).
3 Trishtub : mètre védique de 44 pieds (soit 4 vers de 11 pieds).
4 Jagati : mètre védique de 48 pieds (soit 6 vers de 8 pieds).
5 Maruts : dieux des vents, principes d'immortalité et souffle vital universel, qui président au prana dans les créatures vivantes; ce sont également les dieux des vents violents qui sèment la destruction.
6 Viraj ou Virat : 1) roi prince, souverain; 2) la Puissance créatrice ou Nourriture divine; le corps de la Totalité, l'Être Cosmique, le Macrocosme. Également, le Masculin, puissance créatrice conceptuelle de l'univers manifesté, en contraste au Féminin, puissance créatrice et matérialisante (cf. Bhagavati, Ishvari). La Totalité, forme cosmique du Soi, est cause du monde matériel; l'Esprit universel omniprésent prend la forme de l'Univers, il est le Voyant et le Créateur des formes matérielles. Cf. Ishvara, Hiranyagarbha : ces 3 termes désignent les divers états de la Manifestation (cause et effets compris); l’univers, le Macrocosme. 3) un mètre védique (prosodie).
II.2 : Les cinq attributs du mantra de Narasimha, le Roi des Mantras :
Le premier vers est octosyllabique, de même que les trois vers suivants; il en résulte un mantra à trente-deux syllabes. L'Anushtub possède également trente-deux syllabes. En vérité, c'est de l'Anushtub que l'univers entier fut créé, et c'est en l'Anushtub qu'il sera résorbé une nouvelle fois.
Ce Roi des Mantras possède cinq attributs (le cœur, la tête, la touffe de cheveux, la cuirasse et le missile (1); les quatre vers correspondent aux quatre premiers attributs et l'ensemble du mantra, muni du Pranava, correspond au cinquième. Les cinq formules couplées aux attributs vont ainsi : Om au cœur Namah, Om à la tête Svaha, Om à la touffe Vasat, Om à la cuirasse Hum, Om au missile Phat. On combine la première formule avec le premier vers, la seconde avec le second, et ainsi de suite, ce qui donne :
Ugram viram MahaVishnum, Om Hridrayaya Namah,
Jvalantam sarvatomukham, Om Shirase Svaha,
Nrisimham bhishanam bhadram, Om Shikhaya Vasat,
Mrityu-mrityum namamy aham, Om Kavacaya Hum.
Om ! Ugram viram MahaVishnum Jvalantam sarvatomukham Nrisimham bhishanam bhadram Mrityu-mrityum namamy aham, Om Astraya Phat.
Parce que les mondes sont tissés les uns à travers les autres, les mots constituant les vers du mantra et les formules sont également tissés les uns à travers les autres. “Om ! Cette syllabe contient l'univers en son entier” (Mandukya, 1); en conséquence, la syllabe Om trouve une place au début et à la fin de chaque syllabe des cinq combinaisons données ci-dessus. Ainsi : Om U Om, Om gram Om, Om vi Om, Om ram Om, et ainsi de suite; les syllabes doivent être tracées (écrites) de cette manière, ainsi que l'enseignent les connaisseurs de Brahman.
1 Astra : arme de jet, d'une puissance telle qu'on ne peut les comparer qu'aux missiles contemporains (souvent traduit par “missile” dans les versions anglo-hindoues des Puranas). Ces armes, capables de détruire par le feu des villes et des régions entières, évoquent nos bombes ! Chaque dieu possédait sa propre arme, dont lui seul possédait le secret, et qu'il avait élaborée grâce à la puissance et à la science de son Yoga : ainsi Brahmastra et Brahmashiras sont les armes secrètes de Brahma, capables de détruire toute la création; Sudarshana est celle de Vishnu et de Krishna. Noter que plus l'indignation et la fureur du dieu étaient grandes, plus l'arme émise à ce moment-là était terrifiante.
II.3 : Les onze mots du mantra, avec la glorification :
Dans ce Roi des Mantras, il faut le savoir, à la première place se trouve le mot Ugram – et quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité. À la seconde place, le mot viram, à la troisième MahaVishnum, à la quatrième jvalantam, à la cinquième sarvatomukham, à la sixième nrisimham, à la septième bhishanam, à la huitième bhadram, à la neuvième mrityu-mrityum, à la dixième namami, à la onzième aham.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
L'Anushtub possède également onze mots. En vérité, c'est de l'Anushtub que l'univers entier fut créé, et c'est en l'Anushtub qu'il sera résorbé une nouvelle fois. Aussi faut-il comprendre que cet univers entier possède la nature de l'Anushtub; et quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité.
II.4 : Analyse étymologique des onze mots du mantra :
Il advint un jour que les dieux demandèrent à Prajapati : « Voyons, pourquoi dit-on Ugram (terrible) ? » Et Prajapati répondit : « Parce que, par Sa majesté, Narasimha élève (udgrihnati) tous les mondes, tous les dieux, tous les soi, tous les êtres, Il crée en permanence, Il déploie et mène à l'existence, tandis que Lui-même est stimulé à s'élever et Il est élevé,
“Fais l'éloge du célèbre jeune guerrier sur son char,
Qui, tel un lion féroce, fond sur sa proie;
Sois miséricordieux pour le chanteur, ô lion hautement loué !
Que tes troupes abattent d'autres créatures que nous !” (Rig Véda, 2,33,11)
et c'est pourquoi l'on dit ugram. »
« Et maintenant, pourquoi dit-on viram (puissant) ? » — « Parce que, par Sa majesté, Narasimha met au repos (il se résorbe d'eux, viramati) tous les mondes, tous les dieux, tous les soi, tous les êtres, Il crée en permanence, Il déploie et mène à l'existence,
“Par Lui, un héros, énergique, valeureux, empressé,
Ami des dieux, est venu au monde.” (Rig Véda, 3,4,9)
et c'est pourquoi l'on dit viram. »
« Et maintenant, pourquoi dit-on MahaVishnum ? » — « Parce que c'est Lui, Narasimha, qui imprègne tous les mondes et les fait L'imprégner à leur tour, de même que l'huile par rapport au lopin de terre où s'entrelacent en longueur et en diagonale les racines du sésame, est imprégnée de la vertu de ces racines,
“Lui, au dessus duquel nul être supérieur n'existe,
Qui a pénétré au sein de tous les êtres,
Oui, au-delà duquel rien d'autre n'existe,
Lui, Prajapati, doté d'une vaste progéniture,
Imprègne les lumières des trois mondes de seize parts.” (Vaj. Samh., 8,36)
et c'est pourquoi l'on dit MahaVishnum. »
« Et maintenant, pourquoi dit-on jvalantam (l'embrasement) ? » — « Parce que, par Sa majesté, Narasimha enflamme tous les mondes, tous les dieux, tous les soi, tous les êtres, Il lance l'étincelle qui enflamme, Il est Lui-même enflammé, Il allume le brasier de l'existence,
“Celui qui meut, qui stimule, qui est brillant, étincelant, qui illumine,
qui est en flammes, qui enflamme, qui brûle, qui attise, qui est torride,
qui scintille, qui étincelle, qui est charmant, qui embellit, qui est beau.” ( Taittiriya Br. 3,10,1,2)*
et c'est pourquoi l'on dit jvalantam. »
* Ce passage est en réalité une énumération des quinze heures du jour durant la seconde moitié du mois lunaire.
« Et maintenant, pourquoi dit-on sarvatomukham (la face tournée vers toutes les directions) ? » — « Parce que, même dépourvu d'organes sensoriels, Narasimha voit tout, entend tout, se meut partout, se saisit de tout; et, se mouvant partout, Il demeure en tout lieu,
“L'Unique, qui autrefois devint le monde,
Et de qui naquit le Protecteur de l'univers,
En qui le monde se résorbe lors de la dissolution finale,
C'est Lui que je vénère; en toute chose, je vois Son action.”
et c'est pourquoi l'on dit sarvatomukham. »
« Et maintenant, pourquoi dit-on Narasimham ? » — « Parce que, de toutes les créatures, l'homme (nara) est la plus brave et la plus élevée, et le lion (simha) est également le plus brave et le plus élevé [des animaux]; par conséquent, le plus élevé des dieux devint homme-lion. Car l'Immortel emprunta cette forme pour le bien du monde,
“Vishnu est glorifié pour cet acte magnanime
Comme un animal sauvage qui rôde dans les montagnes,
Lui qui, en trois enjambées gigantesques,
Établit un habitat sûr pour toutes les créatures vivantes.” (Rig Véda, 1,154,2)
et c'est pourquoi l'on dit Narasimham. »
« Et maintenant, pourquoi dit-on bhishanam (terrifiant) ? » — « Parce que, bien qu'à Sa vue, tous les mondes, tous les dieux, tous les soi, tous les êtres fuient, épouvantés, Narasimha n'est Lui-même effrayé par rien de ce qui puisse exister,
“Par terreur de Lui, le vent souffle et purifie,
Par terreur de Lui, le soleil se lève,
Par terreur de Lui, Agni court avec précipitation,
De même qu'Indra, et la Mort, en cinquième position.” (Taitt., 2,8)
et c'est pourquoi l'on dit bhishanam. »
« Et maintenant, pourquoi dit-on bhadram (miséricordieux) ? » — « Parce que, étant Lui-même bénéfique, Narasimha octroie toujours une heureuse fortune. Il est Celui “qui scintille, qui étincelle, qui est charmant, qui embellit, qui est beau.” (Taittiriya Br. 3,10,1,2),
“Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
Leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres ! ” (Rig Véda, 1,89,8)
et c'est pourquoi l'on dit bhadram. »
« Et maintenant, pourquoi dit-on Mrityu-mrityum (Mort de la mort) ? » — « Parce que, à l'instant-même où l'on pense à Lui, Narasimha pourfend la mort, même imprévisible,
“Il fait don du souffle de vie, Il accorde la force,
Lorsqu'Il commande, tous Lui obéissent, même les dieux,
Son reflet, c'est l'immortalité, et la Mort est Sienne, aussi.
Quel est ce dieu, et vers qui allons-nous porter nos offrandes ?” (Rig Véda, 10,121,2)
et c'est pourquoi l'on dit Mrityu-mrityum. »
« Et maintenant, pourquoi dit-on namamy (vénérer) ? » — « Parce que c'est aux pieds de Narasimha que se prosternent tous les dieux, de même que les aspirants à la libération et les disciples en quête de Brahman,
“Maintenant Brahmanaspati (1) proclame bien haut
Une formule riche en louanges,
Dont se délectent Indra et les autres dieux,
Et Varuna, Mitra et Aryaman.” (Rig Véda, 1,40,5)
et c'est pourquoi l'on dit namamy. »
1 Brahmanaspati ou Brihaspati : le Grand Maître, précepteur des dieux, divinité présidant à l'intelligence, instructeur de la “science des luminaires” (astronomie et astrologie), divinité tutélaire des sacrifices, où il joue le rôle d'intercesseur entre les humains et les dieux.
« Et maintenant, pourquoi dit-on aham (Je) ? » —
“Je suis le premier-né de l'ordre cosmique,
J'étais là, avant les dieux, à la fontaine de l'Éternel,
Qui me sert et me désaltère, et fait ainsi mes délices,
Car Je suis la nourriture, Je me nourris de qui mange cette nourriture,
Je demeure bien au-dessus de la totalité du monde.” (Rig Véda, 1,40,5)
Quiconque possède cette connaissance a l'éclat éblouissant de l'or !
Telle est la grande Upanishad.
Troisième Upanishad
Interprétation allégorique de la semence verbale (Bija)
et du pouvoir (Shakti) du Roi des Mantras :
Un jour, les dieux demandèrent à Prajapati : « Enseigne-nous, ô vénérable Seigneur, le pouvoir (Shakti) et la semence verbale (Bija) du Roi des Mantras, composé en mètre Anushtub en l'honneur de Narasimha. »
Et Prajapati leur dit : « C'est la Maya (1) de Narasimha qui crée l'univers, le préserve, puis le réabsorbe. En conséquence, on doit reconnaître cette Maya comme étant la Shakti (le pouvoir créatif); qui connaît cette Maya comme étant la Shakti, maîtrise les actes négatifs, conquiert la mort, de surcroît il parvient à l'immortalité et obtient une heureuse fortune.
Les connaisseurs de Brahman demandent : Est-ce que la Shakti (la syllabe finale du mantra) doit être prononcée brièvement, longuement ou extra-longuement (Ham, Haam, Haa-aam) ? — Si on la prononce brièvement, on brûle tous ses actes négatifs et on parvient à l'immortalité; si on la prononce longuement, on obtient une heureuse fortune et on parvient à l'immortalité; si on la prononce extra-longuement, on devient un sage et on parvient à l'immortalité. En conséquence, le Voyant (Rishi) a donné le verset suivant en guise d'indication :
“Bois-le donc maintenant, [le Soma,] aspirant victorieux ! (Rig Véda, 6,17,2)
La chance, la beauté, la pierre du pressoir, la petite mère et la vache terrestre,
Ainsi que l'arme d'Indra, qui est comptée comme sixième de la liste,
Je sais qu'elles ont jailli de Brahma, tout pareillement,
Et j'implore qu'elles soient une protection pour ma vie.”
L'Akasha (2), en vérité, est le but suprême de tous les êtres. Car ils sont tous nés de l'Akasha; et c'est de l'Akasha qu'ils vivent, une fois qu'ils ont pris naissance; et à leur départ d'ici-bas, ils se fondent à nouveau dans l'Akasha. En conséquence, on doit reconnaître l'Akasha comme étant le Bija (la semence verbale). Et le Voyant a donné les vers suivants en guise d'indication :
“Dans l'Akasha, Il est le Cygne du soleil, dans l'air, Il est Vasu,
Sur l'autel, Il est le prêtre hotri (3), sur le seuil, Il est l'hôte,
Il réside en l'homme, en l'immensité, en la loi, en l'espace.”
De l'Akasha, des eaux, de la terre, du feu sacrificiel et des montagnes, Il jaillit comme la Loi supérieure.
Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité. Telle est la grande Upanishad.
1 Maya : Le pouvoir de l'Illusion cosmique. La Puissance (shakti) de Brahman se manifestant en tant qu’univers phénoménal; la manifestation sous son aspect grossier, subtil et causal. Maya est synonyme d’ignorance (avidya), les illusions découlant de la confusion entre l'existence relative et la réalité; car elle est la grande Enchanteresse qui possède 2 pouvoirs : avriti ou avarana shakti ( pouvoir d’obnubilation) et vikshepa shakti ( pouvoir de projection).
2 Akasha : « qui n'est pas visible » - L'espace, l'éther, le ciel cosmique. Le milieu spirituel dans lequel la manifestation se déploie. Principe de la matière ultra-subtile qui est le substrat de l’univers, qui sous-tend, soutient et pénètre tout. C'est le plus subtil des cinq éléments-racines, dont la vibration donne naissance au son (shabda), puis à la parole et à l'audition; c'est à partir de ses multiples combinaisons avec les autres éléments-racines que toute la Création a opéré, en utilisant ce véhicule de la Vie et du Son primordial qu'est l'éther; cf. bhuta et les 36 tattvas. Cf. Glossaire, pour plus ample information.
3 Hotri : Le prêtre qui accomplit le sacrifice, qui invoque et fait venir les divinités pour leur tendre les offrandes.
Quatrième Upanishad
Et les dieux dirent encore à Prajapati : « Enseigne-nous, ô vénérable Seigneur, les membres qui accompagnent le Roi des Mantras, composé en mètre Anushtub en l'honneur de Narasimha. »
Et Prajapati leur répondit : « Le Pranava, la Savitri, la formule de beauté (Lakshmi-yajur) et la Gayatri de Narasimha – voilà les formules qui en sont les membres, et vous devez les connaître comme tels. Quiconque possède cette connaissance parvient à l'immortalité. »
IV.1 : Premier membre : le Pranava
“Om ! Cette syllabe représente le monde tout entier. En voici l'explication :
Passé, présent et futur, tout cela est le son Om. En outre, ce qui se trouve encore par-delà les trois temps, est également le son Om.
Tout ceci, en vérité, est Brahman. Or, Brahman est l'Atman (1), et celui-ci est quadruple (2).
L'Être Universel, Vaishvanara (3), présent dans l'état de veille, doté de la perception extérieure, de sept membres, de dix-neuf bouches (4), jouissant des objets matériels, est son premier quartier.
1 Atman : « âme, principe de vie, esprit » - le Soi, le principe spirituel universel et immuable, qui est le substrat des individualités vivantes (jivas). L'Atman est le Soi éternel et universel, l’Âme suprême, l’Absolu, Brahman. « L'Atman, c-à-d. l'esprit (Chitta) de l'Homme Cosmique (Virat Purusha) est la source ultime de la religion, de moi-même, de vous-même, des quatre sages célibataires (les Kumaras), de Shiva, de la Connaissance, tout comme de Sattva, la qualité de pure luminosité. » (Bhagavata Purana, II-6-10/11). Cf. Le quadruple Atman.
2 Le quadruple Atman : L'aspect mixte de l'Atman, à la fois individuel et universel, est la pure conscience de Chaitanya (également connu comme le cinquième et ultime constituant de l'organe interne, l'Antahkarana). Chaitanya, expression la plus haute de la Conscience suprême de l'Atman (lequel possède deux autres registres : le Soi individuel, Jiva, et le Seigneur universel, Ishvara), se différencie en trois aspects, selon que la conscience se déploie dans l'un ou l'autre des trois états usuels : veille, rêve ou sommeil profond. Plus l'aspect transcendant de Turiya.
Dans l'état de veille, l'Atman est Otir, « qui tisse et pénètre tout », l'élément intellectuel qui parcourt la trame de l'univers, omniprésent.
Dans l'état de rêve, l'Atman est Anujnatir, « qui affirme puis résorbe » ou qui consent, en ce sens que l'intellect qui rêve consent à accorder une substantialité réelle aux objets du rêve, puis résorbe soit en retournant à la veille, soit en plongeant dans le sommeil profond.
Dans l'état de sommeil profond, l'Atman est Anujnaikara, « qui est uniquement libération », car il a dépouillé toute individualité et pénétré dans l'impersonnel Brahman.
Enfin, dans l'état quatrième (Turiya), l'Atman est Avikalpa, « indifférenciation », où toute différenciation ou idéation totalement abolie, seul demeure le pur sujet absolu.
3 Vaishvanara : L'Être Universel; le Soi à l'état de veille, qui est le support de l'état de veille ou conscience du corps physique (sthula sharira); la conscience du monde extérieur.
4 Les sept membres ne sont pas clairement définis, ils sont censée se référer à l'Homme cosmique (cf. Purusha), et nous retrouvons là le septénaire de la manifestation universelle : les 7 rayons, les sept flammes, les sept chakras, etc.
Les dix-neuf ouvertures (ou bouches, dit l'Upanishad, car par elles passent les nourritures qui alimentent la conscience du jiva en état de veille) sont :
— les 5 organes des sens (jnanendriyas) : les oreilles, la peau, les yeux, la langue et le nez;
— les 5 organes d'action (karmendriyas) : la voix ou organe de la parole, les mains, les pieds, l'anus et le sexe;
— les 5 souffles vitaux (pranas) : - prana : l’appropriation, l'ascension (inspiration); - apana : l’expulsion, la descente (expiration); - vyana : la distribution et la circulation (rétention du souffle); - udana : l’émission de sons; l'assimilation des énergies matérielles en énergies subtiles; le processus de désintégration à la mort physique; - samana : l’assimilation des énergies subtiles transformées par udana (digestion et métabolisme de la nourriture);
— les 4 constituants de l'organe interne ou antahkarana : buddhi, l'intellect; ahamkara, l'ego; manas, le mental instinctif, qui sont la triple expression de chitta, la conscience.
Le Lumineux, Taijasa (5), présent dans l'état de rêve, doté de la perception intérieure, de sept membres, de dix-neuf bouches (4), jouissant des objets subtils, est son second quartier.
5 Taijasa : « le Lumineux, l'Igné » - le Soi qui est le support du corps subtil manifesté dans l'état de rêve, svapna, ou la conscience subtile du jiva lorsqu'il rêve. Cf. Les quatre dimensions de la conscience.
L'état où le dormeur ne ressent plus aucun désir et ne voit plus aucune vision, est le sommeil profond. Celui qui est présent dans le sommeil profond, en lequel tout est unifié, densément empli de pure conscience, empli de félicité, tout en restant celui qui jouit de cette félicité, doté d'une unique bouche, la conscience, c'est l'Intelligence tout-inclusive, Prajna (6), c'est Ishvara, et c'est son troisième quartier.
Il est le Seigneur de la totalité, il est omniscient, il est le guide intérieur, il est le berceau de l'univers, oui, en vérité, il est la création et la disparition tout à la fois des créatures.
6 Prajna : 1) jugement et intelligence; 2) la sagesse, en tant qu'intelligence tout-inclusive; par extension, le Soi (Atman) tel qu'expérimenté dans le sommeil profond (sushupti); cf. Les quatre dimensions de la conscience. 3) la maîtrise de la Sagesse et de la Connaissance.
Cela qui n'a ni conscience du monde intérieur, ni conscience du monde extérieur, ni de la coexistence de ces deux dimensions, qui n'est ni conscient ni inconscient, qui n'est pas densément empli de pure conscience, qui est invisible, insaisissable, sans caractéristiques, inconcevable, innommable, qui est établi dans la certitude de son propre soi, qui met fin à l'expansion de l'univers, qui est paisible, propice, sans second – cela est le quatrième quartier, et on doit le reconnaître comme étant l'Atman.
(Tout ce passage sur le Pranava est emprunté, avec quelques changements, à la Mandukya Upanishad, 1-7).
IV.2 : Second membre : la Savitri
Puis vient la Savitri, c'est-à-dire la Gayatri, qui consiste en la formule sacrificielle par laquelle le monde est imprégné de part en part : Grinih, Surya, Aditya ! (Taitt. Ar. 10,15)
Grinih comporte deux syllabes, Surya trois syllabes et Aditya de nouveau trois, ce qui donne un vers octosyllabique, oint de beauté, qui constitue la formule de Savitar. Et qui la connaît en tant que telle est également oint de beauté. C'est ce que dit le Rig :
“La résonance de l'hymne au plus haut des cieux,
Est le support sur lequel les dieux ont établi leurs trônes.
Si l'on ignore cela, à quoi sert donc l'hymne ?
Nous qui connaissons cela, nous sommes rassemblés ici.” (Rig Véda, 1,164,39)
En vérité, pour qui connaît la Savitri, il n'est plus besoin de Rig, ni de Yajur, ni de Sama Védas.
Troisième membre : la formule de beauté (Lakshmi-yajur)
Om ! Bhur Lakshmir, Bhuvar Lakshmih,
Suvah kalakarni, tan no
MahaLakshmi pracodayat.
Om ! Plénitude de la Terre et plénitude de l'Atmosphère,
Plénitude des Cieux, Tes oreilles sont noires*.
Puisse la Grande Plénitude nous favoriser !
Telle est la formule sacrificielle de MahaLakshmi (cf. I-3, n.2), une Gayatri de vingt-quatre syllabes. En vérité, la Gayatri est tout ceci, quel que soit ce qui existe. Par conséquent, qui connaît cette MahaLakshmi qui est contenue dans une formule sacrificielle, obtient une incomparable félicité.
* En règle générale, les oreilles noires dénotent un être voué à la malchance. La formule de style, nommée apotropaïsme, qui consiste à prononcer l'opposé de l'attribut divin que l'on souhaite honorer (pour y participer quelque peu soi-même), est similaire à l'utilisation de la litote dans le langage courant (p. ex. “merde ! ” pour dire en réalité “bonne chance ! ”), et l'on y voit une ruse pour détourner l'attention des mauvais esprits ou pour conjurer une malchance éventuelle.
Quatrième membre : la Gayatri de Narasimha
Om ! Nrisimhaya vidmahe,
Vajranakhaya dhimadi,
Tan nah simhah pracodayat.
Om ! Que nos pensées, bien vigilantes,
Soient à Narasimha, dont les griffes lacèrent comme l'éclair,
Et puisse ce Lion stimuler nos pensées.
En vérité, cette Gayatri de Narasimha représente la réalité fondamentale sur laquelle reposent les dieux et les Védas. Qui connaît cette Gayatri participe lui-même de cette réalité fondamentale.
IV.3 : Formule de salutations à Narasimha :
Et les dieux dirent encore à Prajapati : « Par quelle formule doit-on adresser nos louanges au Dieu suprême, afin qu'Il soit satisfait et Se manifeste à nous ? Dis-le nous, ô vénérable Seigneur ! »
Et Prajapati leur répondit : « Voici la formule :
“Om ! À Lui qui est le Très-Haut Narasimha et qui est aussi *Brahma*, j'adresse mes louanges et mes salutations ! »
Cette formule est répétée, en remplaçant *Brahma* par :
— Vishnu
— Maheshvara
— Purusha
— Ishvara
— Saravasti
— Shri (Lakshmi)
— Gauri (la Dorée)
— Prakriti
— Vidya (la Connaissance)
— l'Omkara
— les cinq feux
— les sept Vyahritis (proclamation du nom des 7 mondes (lokas)
— les huit Dikpalas (gardiens des directions)
— les huit Vasus (les 8 sphères d'existence)
— les Rudras (les 11 aspects abstraits de la Divinité)
— les Adityas (les 12 Principes Souverains)
— les huit démons qui assaillent la Parole (Brihadaranyaka, I-iii-2)
— Maha Bhuta (les cinq éléments)
— les trois mondes
— Kala (le Temps)
— Manu (l'Homme primordial)
— Mrityu (la mort)
— Yama (le dieu de la Mort)
—Prana (le souffle de vie)
— Surya
— Soma
— Jiva (l'âme individuelle)
— Viraj (l'Être Cosmique)
— Sarva (l'univers). »
Et Prajapati ajouta : « Honorez toujours le Dieu suprême au moyen de ces formules afin que, dans Sa satisfaction, Il se manifeste à vous.
Par conséquent, celui qui toujours honore le Dieu suprême au moyen de ces formules, obtient la vision du Dieu et parvient à l'immortalité – et celui qui possède cette connaissance parvient également à l'immortalité. »
Telle est la grande Upanishad.
Cinquième Upanishad
V.1 : Diagramme (yantra) de Vishnu, en cercles concentriques :
Om ! Un jour, les dieux demandèrent à Prajapati : « « Explique-nous, ô vénérable Seigneur, le cercle mystique (Yantra, cf. Glossaire), que l'on appelle le grand cercle, et que les yogis appellent la porte de la libération qui comble tous les vœux. »
Et Prajapati leur répondit : « Le grand cercle Sudarshana (1) possède six rayons, et donc également six ailes*. Il y a en vérité six saisons, auxquelles correspondent ces six rayons. Au centre du cercle, se trouve le moyeu, auquel sont fixés les rayons. Et l'ensemble est entouré par Maya, la Grande Illusionniste. Mais Maya ne touche pas à l'Atman de ce disque; aussi est-il seulement entouré par Maya.
Plus loin, c'est un cercle de huit rayons et huit ailes, car la Gayatri a huit syllabes, et ce cercle lui correspond. À l'extérieur, il est entouré par Maya. En vérité, cette Maya apparaît dans tous les champs, en tant que leur environnement.
Plus loin, c'est un cercle de douze rayons et douze ailes, car la Jagati a douze syllabes, et ce cercle lui correspond. À l'extérieur, il est entouré par Maya.
Plus loin, c'est un cercle de seize rayons et seize ailes, car “le Purusha (2) est constitué de seize parts” (Chandogya 6,7,1). Mais le Purusha est la totalité de ce monde, et ce cercle lui correspond. À l'extérieur, il est entouré par Maya.
Plus loin, c'est un cercle de trente-deux rayons et trente-deux ailes, car l'Anushtub a trente-deux syllabes, et ce cercle lui correspond. À l'extérieur, il est entouré par Maya.
Ce cercle Sudarshana est formé par les rayons, et les Védas, en vérité, sont ces rayons; il tourne sur lui-même, dessinant des ailes, et les hymnes védiques (Chandas), en vérité, sont ces ailes.
1 Sudarshana : « beau à regarder, magnifique » - Le Sudarshana Chakra, “Disque magnifique” ou “Disque de la vision supérieure”, est l'arme de Vishnu, symbolisant l'esprit spirituel totalement purifié. On dit que ce disque sortit de l'Océan de lait, et que c'est le grand architecte Vishvamitra qui le façonna avec des rayons de soleil. C'est dans la main droite supérieure que le tient Vishnu dans sa représentation à quatre bras.
2 Purusha : Le Principe psychique universel; s’oppose à Prakriti dans le système dualiste du Samkhya. Esprit et Matière, respectivement, mais aussi principes mâle et femelle, Purusha est la pure Conscience non-manifestée, par opposition à Prakriti, la nature naturante, l'énergie de la manifestation à travers laquelle les univers se déploient. Par extension, notamment dans les Upanishads, Purusha se réfère à Brahman en tant qu'Homme Cosmique, « possédant mille têtes, mille yeux, mille jambes, incluant la Terre dans son corps, se diffusant dans toutes les directions, à l'intérieur de l'animé comme de l'inanimé » dit aussi le Rig Véda.
* Ici, les ailes sont tout simplement les zones délimitées par les rayons.
V.2 : Les ailes du diagramme :
Le disque Sudarshana est ce grand cercle. En son centre, qui en est le moyeu, se trouve le signe qui délivre (Taraka); la syllabe qui représente Narasimha est là, et c'est la syllaque sacrée, Om.
Sur les six ailes, se trouvent les six syllabes du Sudarshana-mantra [Om namas chakraya, probablement.]
Sur les huit ailes, se trouvent les huit syllabes du Narayana-mantra [Om namo Narayanaya, probablement.]
Sur les douze ailes, se trouvent les douze syllabes du Vasudeva-mantra [Om namo bhagavate Vasudevaya, probablement.]
Sur les seize ailes, se trouvent les premières lettres de l'alphabet : les signes initiaux d'une formule de lettres, Matrika-mantrasya [qui est probablement une formule dont les lignes ou les mots commencent par les quatorze voyelles, auxquelles s'ajoutent les points Anushvara et Visarga, pour faire le compte de seize parties.]
Sur les trente-deux ailes, se trouvent les trente-deux syllabes du Roi des Mantras, composé en mètre Anushtub en l'honneur de Narasimha.
Tel est le grand cercle, qui est la porte de la libération, qui comble tous les désirs et est constitué des Rig, Yajur et Sama Védas, de Brahman et de l'immortalité.
À l'est de ce grand cercle, se tiennent les Vasus; au sud, les Rudras; à l'ouest, les Adityas; au nord, les Vishvadevas (1); en son moyeu, siègent Brahma, Vishnu et Maheshvara (2), sur ses côtés le Soleil et la Lune. On trouve à ce propos le verset suivant (Rig Véda 1,164,39) :
“La résonance de l'hymne au plus haut des cieux,
Est le support sur lequel les dieux ont établi leurs trônes.
Si l'on ignore cela, à quoi sert donc l'hymne ?
Nous qui connaissons cela, nous sommes rassemblés ici.”
Quiconque connaît ce grand cercle, qu'il soit même un enfant ou un jeune homme, atteint à la grandeur, il devient un maître, il est alors l'instructeur de tous les mantras, hymnes védiques et formules. Car c'est un sacrifice que l'on accomplit au moyen de toute récitation en mètre Anushtub, et c'est un hymne de louanges tout aussi bien.
Ce diagramme mystique (yantra), qui met à mort les mauvais esprits et protège de la mort, on doit le nouer à son cou, à son bras ou à sa touffe sacrificielle, après l'avoir reçu de son précepteur.
Oui, cette formule est d'une telle utilité que l'on se sent comme si l'on avait renoncé à la terre entière, avec ses sept îles, en totale oblation (3).
1 VishvaDevas : « les Principes universels » - Au nombre de 10 : Vasu, Demeure; Satya, Vérité; Kratu, Volonté-intelligente-du sacrifice; Daksha, Art rituel; Kala, Temps; Kama, Plaisir; Dhriti, Patience; Kuru, Ancêtre-du-Nord; Pururava, Cri d'Abondance; Madrava, Cri de Joie.
2 Maheshvara : “Le Seigneur Suprême”, épithète de Shiva.
3 Dakshina : 1) le côté droit, la main droite; le sud; 2) le pur discernement intuitif, l'intelligence habile; 3) don fait aux sacrificateurs, ou don de soi dans le sacrifice; 3) déesse du discernement intuitif.
V.3 : Bénéfices :
Une autre fois, les dieux dirent à Prajapati : « Quels sont les bénéfices de ce Roi des Mantras, composé en mètre Anushtub en l'honneur de Narasimha, que tu peux nous proposer, ô vénérable Seigneur ? »
Prajapati répliqua : « Celui qui étudie constamment ce Roi des Mantras, se voit purifié par Agni , mais aussi par Vayu, par Aditya, par Soma, par la Vérité, par les mondes, par Brahma, par Vishnu, par Rudra, par les Védas, par toute chose – oui, par toute chose, en vérité.
V.4 : Purification karmique de tous les crimes :
Celui qui étudie constamment ce Roi des Mantras dédié à Narasimha, conquiert la mort, maîtrise [les risques et/ou les effets karmiques relatifs à] l'avortement, le brahmanicide, le meurtre d'un humain et toute forme de mise à mort, il surmonte la roue du Samsara, ainsi que tout acte criminel – oui, il surmonte tout acte criminel.
V.5 : Pouvoir de fascination :
Celui qui étudie constamment ce Roi des Mantras dédié à Narasimha et composé en mètre Anushtub, peut tenir Agni sous l'effet de son pouvoir magique, mais aussi Vayu, Aditya, Soma, l'eau, toutes les divinités, tous les esprits malins, et même le poison – oui, il peut tenir le poison sous l'effet de son pouvoir magique.
V.6 : Maîtrise des sept mondes :
Celui qui étudie constamment ce Roi des Mantras dédié à Narasimha et composé en mètre Anushtub, gagne le monde Bhuh (la Terre), mais aussi le monde Bhuvah (le plan astral et mental), le Svaha (le plan mental supérieur), le Maha (le plan céleste), le Jana (le plan de la création), le Tapa (le plan divin), le Satya (le plan de la Réalité absolue), il gagne le monde dans sa totalité – oui, il gagne le monde dans sa totalité.
V.7 : Charme opérant sur tous les êtres :
Celui qui étudie constamment ce Roi des Mantras dédié à Narasimha et composé en mètre Anushtub, par son charme attire à lui les hommes, mais aussi les dieux, les Yakshas (gnomes), et tous les êtres – oui, il attire à lui tous les êtres.
V.8 : Équivalences en sacrifices solennels :
Celui qui étudie constamment ce Roi des Mantras dédié à Narasimha et composé en mètre Anushtub, de ce fait consomme un sacrifice Agnishtoma (1), ainsi qu'un Ukthya, un Sodashi, un Vajapeya, un Atiratra, un Aptoryama, et il offre ainsi tous les sacrifices – oui, il offre tous les sacrifices.
1 Soma Yajna : Sacrifice avec libations de Soma. Ce sont les grands sacrifices solennels, accomplis en plein air (par opposition aux sacrifices privés, circonscrits au foyer familial) pour le bénéfice de toute la communauté, voire du pays entier. Ils sont caractérisés par une psalmodie en haut-chant des hymnes du Sama Véda. Les sept Soma Yajna sont : 1) Agnishtoma ou Jyotishtoma; 2) Atyagnishtoma; 3) Uktyam; 4) Shodasi; 5) Vajapeya; 6) Atiratra; 7) Aptoryama, le plus important et complexe d'entre eux. Cf. Aptoryama, Yajna.
V.9 : Équivalences en études :
Celui qui étudie constamment ce Roi des Mantras dédié à Narasimha et composé en mètre Anushtub, de ce fait étudie le Rig, le Yajur, le Sama et l'Atharva Véda, les Angiras (1), les Shakhas, les Puranas, les Kalpas (Sutras de rituels), les versets des hymnes, les versets composés par l'être humain, et le Pranava. Mais celui qui étudie le Pranava, de ce fait étudie tout – oui, de ce fait, il étudie tout.
1 Angiras : 1) l'un des sept Rishis, les Voyants à qui fut révélé la Tradition sacrée. Il collabora avec Atharvan à la rédaction de l'Atharva Véda, et les parties qui lui sont dues sont désignées par son nom : les Angiras. Cf. Rishis; 2) une classe de Pitris, ancêtres de l'humanité actuelle, qui descendait probablement du légendaire Rishi Angiras.
Shaka : 1) branche, rameau; 2) école rituelle védique.
V.10 : Hiérarchie des pratiques spirituelles :
Cent non-initiés valent un initié (c-à-d. un étudiant en Brahman, Brahmacharya); cent initiés valent un maître de maison (Grihastha); cent maîtres de maison valent un résident des forêts (Vanaprastha); cent résidents des forêts valent un renonçant (Sannyasin); cent renonçants valent celui qui pratique la litanie mantrique de Rudra (Rudra Japa); cent pratiquants de la litanie mantrique de Rudra valent un étudiant de l'Atharvashiras et de l'Atharvashikha (1); cent étudiants de l'Atharvashiras et de l'Atharvashikha valent un étudiant du Roi des Mantras.
1 Atharvashikha (ou parfois Atharvashiras) : 1) nom de la brique utilisée pour l'autel sur lequel officie le prêtre Atharvan; 2) synonyme de MahaPurusha, le Seigneur suprême, titre accordé à une grande personnalité, une grande âme, un sage.
Atharvashiras : « qui vient en tête de l'Atharva Véda », titre d'une Upanishad.
Pour celui qui étudie le Roi des Mantras, il est un séjour suprême, où ne brûle aucun soleil, où ne souffle aucun vent, où ne brille aucune lune, où ne scintille aucune étoile, où ne brûle aucun feu, où ne fait irruption aucune mort, dont ne s'approche aucune souffrance; un séjour où règne l'authentique félicité (Ananda), la suprême félicité, éternel, paisible, à jamais propice; un séjour vénéré par tous les êtres, à commencer par Brahman; un séjour sur lequel les yogis doivent méditer, dès lors qu'ils sont parvenus à ce lieu d'où l'on ne revient plus jamais.
On trouve à ce propos les vers suivants :
“La plus haute demeure de Vishnu, l'Omniprésent,
Le Sage accompli la voit à tout jamais,
Tel un œil ouvert dans le ciel cosmique.
Et, méditant sur cette demeure suprême de Vishnu,
Le Sage à l'esprit pur et pleinement éveillé
Attise la flamme de cette Vérité pour les chercheurs.” (Aruni Up.)
Et tel est le sort qui échoit à celui qui est libéré de tout désir – oui, tel est le sort qui échoit à celui qui est libéré de tout désir, et qui possède la connaissance de ce qui précède.
Telle est la grande Upanishad.
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Ici se termine la Nrisimha Purva Tapaniyopanishad, appartenant à l'Atharva Véda.
II. Rama Uttara Tapaniya Upanishad
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Premier Chapitre
Identité du son Om, de Brahman et de l'Atman -
Les quatre aspects de l'Atman :
Om !
Il advint un jour que les dieux demandèrent à Prajapati : « Proclame devant nous le son Om qui, étant l'Atman, est infiniment plus petit que le plus petit. » Et Prajapati répondit : « Qu'il en soit ainsi ! »
(Une grande partie de ce passage sur le Pranava est emprunté, avec quelques changements, à la Mandukya Upanishad, 1-7, et il figure déjà plus haut, en IV.1. Ces parties sont mises en retrait et entre guillemets, afin de les distinguer du reste de l'enseignement.)
“Om ! Cette syllabe représente le monde entier. En voici l'explication : Passé, présent et futur, tout cela est le son Om. En outre, ce qui se trouve encore par-delà les trois temps, est également le son Om. Tout ceci, en vérité, est Brahman. Or, Brahman est l'Atman.”
On parvient à l'union de l'Atman et de Brahman grâce à la syllabe Om, de même qu'on réunit le Brahman et l'Atman grâce à la syllabe Om; ce faisant, on doit faire l'expérience de cet Unique, sans âge, immortel, sans peur, qui est au sein de la syllabe Om, et l'on doit faire fusionner en elle la totalité de ce monde divisé en trois corps [les trois mondes] — car il est bon de connaître la triple partition du monde. On doit comprimer le monde pour le faire entrer dans la syllabe Om. De ce fait, il faut combiner l'Atman en trois corps et le Brahman suprême en trois corps, en les faisant fusionner jusqu'à ce que ce dernier (Brahman) soit grossier tandis que le premier (l'Atman) fait l'expérience du grossier, que ce dernier (Brahman) soit subtil tandis que le premier (l'Atman) fait l'expérience du subtil, que ce dernier (Brahman) soit uniforme tandis que le premier (l'Atman) fait l'expérience de la félicité.
“Cet Atman est quadruple. L'Être Universel, Vaishvanara, présent dans l'état de veille, doté de la perception extérieure, de sept membres, de dix-neuf bouches, jouissant des objets matériels, est son premier quartier. Le Lumineux, Taijasa, présent dans l'état de rêve, doté de la perception intérieure, de sept membres, de dix-neuf bouches, jouissant des objets subtils, est son second quartier.
L'état où le dormeur ne ressent plus aucun désir et ne voit plus aucune vision, est le sommeil profond. Celui qui est présent dans le sommeil profond, en lequel tout est unifié, densément empli de pure conscience, empli de félicité, tout en restant celui qui jouit de cette félicité, doté d'une unique bouche, la conscience, c'est l'Intelligence tout-inclusive, Prajna, c'est Ishvara, et c'est son troisième quartier. Il est le Seigneur de la totalité, il est omniscient, il est le guide intérieur, il est le berceau de l'univers, oui, en vérité, Il est la création et la disparition tout à la fois des créatures.”
Ces trois états ne sont en réalité que du sommeil profond, du rêve et de la pure illusion; car l'Atman ne possède que la pensée, qui est sa saveur unique. Mais en ce qui concerne le quatrième état, il est également constitué de quatre substances (1), dans la mesure où en Turiya, le quatrième, fusionnent chacun des trois autres états, en vertu du Tisseur de la trame du monde, de l'Affirmatif, de l'Affirmation et de l'Indifférence [propriétés qui sont inhérentes à chacun d'eux]. Et même, les trois premiers états restent uniquement du sommeil profond, du rêve et de la pure illusion; car l'Atman ne possède que la pensée, qui est sa saveur unique.
1 Brahman et Atman sont tous deux quadruples, c'est à dire constitués de : 1) substance grossière (monde matériel et extérieur, état de veille); 2) substance subtile (monde onirique et intérieur, état de rêve); 3) substance uniforme (monde-semence, sommeil profond); 4) Turiya, le Spectateur, le pur sujet percevant.
Chacun des trois premiers états est lui aussi quadruple, ou plutôt constitué de quatre substances (ChaturAtman), car chaque état est mélangé avec une portion des trois autres états, si bien que chaque état contient (a) du grossier, (b) du subtil, (c) de la semence, (d) du Spectateur.
Une autre quadruple division se produit en Turiya, au sein duquel l'Atman est (a) Otir, « qui tisse et pénètre tout », (b) Anujnatir, « qui affirme puis résorbe », (c) Anujnaikara, « qui est uniquement libération », (d) Avikalpa, « indifférenciation »; mais les trois premiers états possèdent également une part de ces quatre subdivisions, par laquelle ils peuvent se déverser en Turiya. En fait, seule la dernière subdivision, Avikalpa, est totalement libre de toute illusion, totalement en dehors de la vie dans les trois mondes.
On trouve à ce sujet l'instruction suivante :
“Cela qui n'a ni conscience du monde intérieur, ni conscience du monde extérieur, ni de la coexistence de ces deux dimensions, qui n'est ni conscient ni inconscient, qui n'est pas densément empli de pure conscience, qui est invisible, insaisissable, sans caractéristiques, inconcevable, innommable, qui est établi dans la certitude de son propre Soi, qui met fin à l'expansion de l'univers, qui est paisible, propice, sans second – cela est le quatrième quartier, et on doit le reconnaître comme étant l'Atman.”
Ishvara (le Dieu personnel) également est absorbé par Turiya, le quatrième – oui, par Turiya.
Second Chapitre
Identité des quatre constituants du son Om et de l'Atman -
Identité de l'Atman, du son Om et de l'univers :
De l'Atman, il faut savoir que dans la veille, il est dépourvu du rêve et du sommeil profond; dans le rêve, il est conscient comme dans la veille et dépourvu du sommeil profond; dans le sommeil profond, il est conscient comme dans la veille et dépourvu du rêve; en Turiya, il est conscient comme dans la veille et dépourvu du rêve et du sommeil profond; il est félicité éternelle et immuable, il ne possède que la pensée, qui est sa saveur unique; c'est ainsi qu'on doit connaître l'Atman.
Il est celui qui voit l'œil, qui voit l'oreille, qui voit la parole, qui voit le mental (Manas), qui voit l'intellect (Buddhi), qui voit l'énergie vitale (Prana), qui voit les ténèbres, qui voit toute chose. Par conséquent, il est tout autre chose que l'univers, il est une entité essentiellement différente.
Il est le Spectateur (1) de l'œil, de l'oreille, de la parole, du mental (Manas), de l'intellect (Buddhi), de l'énergie vitale (Prana), des ténèbres, de toute chose. Par conséquent, il est l'Esprit dans sa grandeur immuable, ce qu'il y a de plus précieux au monde, et en vérité il faut le connaître comme pétri de part en part de félicité. Il brillait dans toute sa gloire bien avant ce monde, il ne possède que la pensée, qui est sa saveur unique, il est sans âge et sans décrépitude, immortel et sans peur : l'Atman est Brahman.
1 Sakshin : 1) un témoin, un « voyant », un spectateur; 2) l'Être Suprême qui voit, mais n'agit pas, le Témoin, le Spectateur; également nommé SarvaSakshi, “le Témoin de la totalité”; cf. Les quatre dimensions de la conscience.
Et on doit aussi le réunir, lui qui est constitué de quatre quartiers, et le faire fusionner avec le Non-né [Prakriti, Maya, Avidya] au moyen des unités phonétiques (moras), puis au moyen du son Om prononcé intégralement.
“Celui qui est présent dans l'état de veille, la Totalité (Vishva), faite de quatre substances, ou l'Être Universel (Vaishvanara), est l'unité phonétique A, quadruple; en vérité, le son A est quadruple du fait des formes qu'il prend : la forme grossière, la forme subtile, la forme-semence et la forme-spectateur, “du fait de l'atteinte ou du fait de l'existence première”*, et du fait qu'il est à la fois grossier, subtil, semence et spectateur. Qui possède cette connaissance, parvient à saisir la totalité du monde et devient le premier de tous.”
* Il s'agit là d'un collage de citations, pas très bien articulé, et ce passage est particulièrement obscur.
“Celui qui est présent dans l'état de rêve, le Lumineux (Vishva), fait de quatre substances, ou l’Œuf d’or (Hiranyagarbha), est l'unité phonétique U, quadruple; en vérité, le son U est quadruple du fait des formes qu'il prend : la forme grossière, la forme subtile, la forme-semence et la forme-spectateur, “du fait de l'élévation ou du fait qu'il se trouve des deux côtés”*, et du fait qu'il est à la fois grossier, subtil, semence et spectateur. Qui possède cette connaissance, place très haut la connaissance traditionnelle et est également respecté des deux côtés.”
“Celui qui est présent dans l'état de sommeil profond, l'Intelligence tout-inclusive, Prajna, faite de quatre substances, ou le dieu personnel (Ishvara), est l'unité phonétique M, quadruple; en vérité, le son M est quadruple du fait des formes qu'il prend : la forme grossière, la forme subtile, la forme-semence et la forme-spectateur, “du fait de la construction ou de la destruction”*, et du fait qu'il est à la fois grossier, subtil, semence et spectateur. Qui possède cette connaissance, construit en vérité la totalité de ce monde, et il est également sa destruction.”
Ainsi, on doit retrouver toutes les lettres (Mathras) dans chaque lettre prise séparément.
De plus, Turiya – qui, en tant que gouverneur du Soi, Ishvara absolu, lumière du Soi, dévore même l'Ishvara-dieu personnel – possède quatre substances : (a) Otir, « le Tisseur de la trame du monde », (b) Anujnatir, « l'Affirmatif », (c) Anujna, « l'Affirmation », (d) Avikalpa, « l'Indifférenciation».
L'Atman est similaire à l'Otir, « qui tisse et pénètre tout », de même que la totalité du monde est similaire aux rayons du feu du Temps et au Soleil des temps de la destruction.
Et l'Atman est l'Anujnatir, « qui affirme puis résorbe » ce monde, car il lui donne son propre Soi, le rendant ainsi visible – autrement dit, il fait de son propre Soi, qui est lumineux, le soleil qui éclaire les ténèbres.
Et l'Atman possède l'Anujna, « l'affirmation », comme saveur propre, car, de par sa nature même, il est pure pensée, comparable au feu après qu'il ait dévoré le combustible.
Et l'Atman est l'Avikalpa, « l'indifférenciation», en tant qu'il est inaccessible aux mots et aux pensées.
Le son Om prend également forme dans la pensée, et cette forme est quadruple; et ce quadruple son Om, grâce au Tisseur de la trame du monde, à l'Affirmatif, à l'Affirmation et à l'Indifférence, est l'Atman lui-même. Et ce monde possède les noms et les formes (1) comme substance, du simple fait de l'état de Turiya, ou du caractère de forme que prend la pensée [dans le son Om, tout aussi bien], comme aussi du fait qu'il est à la fois le Tisseur de la trame du monde, l'Affirmatif, l'Affirmation et l'Indifférence; car ce monde en sa totalité, à cause de sa substance même, prend aussi la forme de l'Indifférence, et il n'y a ainsi aucune différence entre l'Atman, le son Om et l'univers.
1 Nama Rupa : « Nom et Forme » - 1) l’agrégat des noms et des formes, lesquels constituent l'individualité illusoire des existants (êtres et choses); 2) catégories logiques au moyen desquelles le mental est à même de connaître le monde phénoménal.
On trouve à ce sujet l'instruction suivante :
“Le quatrième (Turiya) est sans unité phonétique (mora), insaisissable, il met fin à l'expansion de l'univers, il est propice, sans second – il est la syllabe Om, il est l'Atman lui-même. Qui possède cette connaissance, voit son soi individuel fusionner en le Soi suprême.” (Mandukya Up., 12)
Un tel homme connaîtra Turiya par le biais de l'Anusthub dédié à Narasimha, nommé le Roi des Mantras. Car ce dernier dévoile l'Atman, est capable de résoudre toute dualité, ne tolère pas l'arrogance, il est le Maître, omnipénétrant, toujours éclatant, libre de la nescience et de ses conséquences, il abolit la servitude du soi individuel, il est à jamais sans second, il a la forme de la félicité, il est le fondement de tout ce qui existe, il est l'être pur, il est le Je (Aham) en personne, totalement libéré de la nescience, des ténèbres et de l'illusion.
En conséquence, c'est de cette façon qu'on doit rendre un cet Atman et l'Atman suprême. Qui parvient à l'accomplir, qu'il soit un homme et non un dieu, devient Narasimha en personne !
Troisième Chapitre
Identité du son Om et du mantra de Narasimha -
Résorber l'univers en Turiya par ces deux moyens :
En vérité, tout ce qu'est la première unité phonétique du Om, est également le premier vers de cette formule royale adressée à Narasimha; de même pour les deuxième et troisième unités et vers. La quatrième unité phonétique, à cause de sa substance même, est à la fois le Tisseur de la trame du monde, l'Affirmatif, l'Affirmation et l'Indifférence; en couplant cette quatrième unité au quatrième vers, on découvre le Turiya fait de quatre substances; il faut alors méditer sur lui et ainsi résorber le monde au sein de Turiya.
“Dans le Pranava Om, en vérité, la première unité phonétique (mora), la terre, est le son A. Elle est le Rig Véda, avec tous ses versets, elle est Brahma, les Vasus (cf. I,2), la Gayatri, le feu Garhapatya – et elle est identique au premier vers du Roi des Mantras.” (cf. II-1, Purva Tapaniya, ci-dessus)
Ce premier vers est néanmoins composé des quatre substances, comme la formule de Narasimha qui intègre en chacun de ses vers [en proportions variables] à la fois le grossier, le subtil, la semence et le spectateur.
“La seconde unité phonétique, l'atmosphère, est le son U. Elle est le Yajur Véda, avec toutes ses formules sacrificielles, elle est Vishnu, les Rudras, le mètre Trishtub, le feu Dakshina – et elle est identique au second vers du Roi des Mantras.”
Ce second vers est néanmoins composé des quatre substances, comme la formule de Narasimha qui intègre en chacun de ses vers [en proportions variables] à la fois le grossier, le subtil, la semence et le spectateur.
“La troisième unité phonétique, les cieux, est le son M. Elle est le Sama Véda, avec tous ses hymnes, elle est Rudra, les Adityas, le mètre Jagati, le feu Ahavanya – et elle est identique au troisième vers du Roi des Mantras.”
Ce troisième vers est néanmoins composé des quatre substances, comme la formule de Narasimha qui intègre en chacun de ses vers [en proportions variables] à la fois le grossier, le subtil, la semence et le spectateur.
“La quatrième unité phonétique, la demi-lettre qui est à la fin de la syllabe sacrée, le monde lunaire (Soma), est le son nasalisé Mmm... Elle est l'Atharva Véda, avec tous ses hymnes, elle est Rudra, les Maruts, le feu Samvarthaka, le mètre Viraj, le Sage suprême, le Resplendissant – et elle est identique au quatrième vers du Roi des Mantras.”
Ce quatrième vers est néanmoins composé des quatre substances, comme la formule de Narasimha qui intègre en chacun de ses vers [en proportions variables] à la fois le grossier, le subtil, la semence et le spectateur.
En retrouvant toutes les lettres (Mathras) dans chaque lettre prise séparément, on doit méditer sur Lui, qui prend les formes du Tisseur de la trame du monde, de l'Affirmatif, de l'Affirmation et de l'Indifférence, qui résorbe le monde en Lui; ainsi on devient sage, immortel, on sacrifie la conscience individuelle, on devient pur, paisible et libre de toute obstruction. On perçoit l'Atman en maîtrisant son souffle, en renonçant à la vie du monde ici-bas, et en se libérant complètement du déploiement de la pluralité; ainsi on devient la Totalité, l'Unité fondamentale qui repose sur quatre substances et qui consiste en félicité – oui, l'Unité fondamentale qui repose sur quatre substances et qui consiste en l'univers.
Alors, sur le trône auguste, en son propre cœur, on doit installer, comme “est installé le son Om flamboyant au-dessus du feu fondamental” (Brihad., 5,9), cet Atman composé de quatre substances, dont la forme est “de quatre en sept”, ainsi que sa suite :
— le septuple son A (la terre, le son A, le Rig Véda, Brahma, les Vasus, la Gayatri, le feu Garhapatya), composé de quatre substances, en tant que Brahma au niveau du nombril;
— le septuple son U (l'atmosphère, le son U, le Yajur Véda, Vishnu, les Rudras, le Trishtub, le feu Dakshina), composé de quatre substances, en tant que Vishnu au niveau du cœur;
— le septuple son M (le ciel, le son M, le Sama Véda, Rudra, les Adityas, le Jagati, le feu Ahavaniya), composé de quatre substances, en tant que Rudra entre les sourcils;
— le septuple son Om (le monde lunaire, le son Om, l'Atharva Véda, le feu de la destruction universelle, les Maruts, Viraj, le Sage suprême), composé de quatre substances, dont la forme est “de quatre en sept” car il contient les sons précédents, et qui est le Om à quatre substances considéré comme dieu personnel de la Totalité (Sarveshvara), à la fin de ces douze sons [A, U, M, chacun étant quadruple];
— le septuple Pranava (comme ci-dessus), composé de quatre substances, dont la forme est “de quatre en sept” car il contient les sons précédents, qui consiste en félicité et nectar d'immortalité (1), à la fin de ces seize sons [A, U, M, Om, chacun étant quadruple];
1 Amrita : « absence de mort (mrita), immortalité » - Le nectar d’immortalité qui fut produit, selon le Mahabharata, lors du barattage de l'océan par les dieux et les anti-dieux (Suras et Asuras), ce qui est une métaphore du développement spirituel résultant du conflit fondamental entre notre double nature, supérieure et inférieure. L'amrita est la boisson de soma, cette boisson que les Védas attribuent exclusivement aux dieux et qui est en soi une divinité, d'ailleurs, en tant qu'elle procure béatitude et immortalité; c'est aussi le symbole de l'ensemble des immortels, de la lumière suprême et de la libération finale. Mais il existe un amrita spontané, engendré par la méditation profonde : c'est le nectar de félicité divine qui s'écoule à flots du sahasrara chakra (le coronal) durant le samadhi.
À ce point, à l'aide du Pranava qui consiste en félicité et nectar d'immortalité, on doit vénérer ces divinités – Brahma, Vishnu, Rudra, Maheshvara – sous quatre formes, mais aussi particulièrement Brahma, Vishnu et Rudra, tous les trois séparément, et puis encore les trois pris comme un tout. Après les avoir vénérés selon leurs attributs et sous quatre formes en s'aidant d'offrandes, on doit les faire fusionner en une unité sans attributs, puis on doit répandre dans le triple corps* la chaleur dégagée par le feu fondamental, on doit enflammer l'Atman qui se tient en ce triple corps. Puis, prenant appui sur cette chaleur que dégage avec force le flot spirituel de l'Atman, il s'agit d'établir – au moyen des trois qualités grossier-subtil-causal – l'unité avec les plans cosmiques : d'abord, au niveau du macro-grossier, puis comprimer le macro-grossier dans le macro-subtil, puis le macro-subtil dans le macro-causal, puis, tout en méditant au moyen des unités phonétiques (moras) sur Cela qui prend les formes du Tisseur de la trame du monde, de l'Affirmatif, de l'Affirmation et de l'Indifférence, on doit y résorber le monde.
* sthula sharira, le corps physique - sukshuma sharira, le corps subtil - karana sharira, le corps causal.
Quatrième Chapitre
Identité de l'Atman qui resplendit au sommet du Om et de Narasimha :
Cet Atman, le suprême Brahman, le son Om, qui resplendit en tant que Turiya au sommet du Om, il faut le vénérer au moyen de l'Anushtub, gagner sa faveur, puis le comprimer dans le Pranava Om et méditer sur lui comme étant son propre Moi.
Cet Atman, le suprême Brahman, le son Om, qui resplendit en tant que Turiya au sommet du Om, il faut le vénérer comme l'Atman de Narasimha, doté de onze substances [les onze mots du Roi des Mantras], puis le comprimer dans le Pranava Om et méditer sur lui.
Cet Atman, le suprême Brahman, le son Om, qui resplendit en tant que Turiya au sommet du Om, il faut méditer sur lui à travers le Pranava Om, il faut se le représenter, au moyen de l'Anushtub, comme les neuf composants du soi [les neuf premiers mots du Roi des Mantras], emplis d'Existence-Conscience-Félicité absolues (cf. I-6), comme étant le suprême Atman, le suprême Brahman; il faut ensuite le saisir comme étant le Soi lui-même, exprimé à travers le Moi, puis il faut le réunir au Brahman, non seulement par l'esprit, mais aussi au moyen de l'Anushtub.
Oui, il est véritablement un héros (nir), car ce Narasimha est l'âme de toute chose en tout lieu et en tout temps; et il est un lion (simha), car ce dieu suprême qui est l'âme de toute chose en tout lieu et en tout temps, est aussi celui qui dévore tout.
Il est Ugra (le Terrible), il est Vira (le Puissant), il est Mahan (le Grand), il est Vishnu (l'Omnipénétrant), il est Jvalan (la flamme), il est Sarvatomukha (qui regarde dans toutes les directions), il est Narasimha, il est Bhishana (le Terrifiant), il est Bhadra (le Miséricordieux), il est Mrityu-mrityu (la mort de la mort), il est Namamy (le Vénéré), il est Aham (Moi)*.
S'appliquant à parvenir à l'union (Yoga), on doit méditer sur l'Anushtub en se référant à Brahman, ainsi qu'au son Om.
On trouve à ce propos les vers suivants :
“Installe le lion sur le trône. Tes enfants**,
Qui sont des rejetons nés du monde des sens, empoigne-les
Et fends-les avec les cornes du son Om, ô taureau !
L'irréel, tout tremblant, jette-le au pied du lion, qu'il le dévore.
Alors tu seras devenu un héros !”
* Tous ces termes sont une reprise des douze mots composant le mantra de Narasimha, “Roi des Mantras”.
** Les enfants sont ici les objets du désir auxquels l'âme individuelle s'attache, qui sont autant d'entraves qui la maintiennent dans l'irréel, le monde de Maya : enfants, rejetons, en ce sens que c'est bien le Jiva qui les conçoit, les nourrit et les maintient en vie.
Cinquième Chapitre
Identité du son Om et de Narasimha :
Le son A représente celui qui atteint la plus haute position; car il se réfère à l'Atman, à Narasimha, à Brahman; il est celui qui atteint la plus haute position, car il est le Témoin, il est le Seigneur; en conséquence, il est omniprésent; car il est cet univers, celui qui atteint la plus haute position. Car cet univers est uniquement l'Atman et tout le reste est pure illusion.
Il est Ugra (le Terrible), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Vira (le Puissant), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Mahan (le Grand), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Vishnu (l'Omnipénétrant), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Jvalan (la flamme), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Sarvatomukha (qui regarde dans toutes les directions), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Narasimha, étant celui qui atteint la plus haute position; il est Bhishana (le Terrifiant), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Bhadra (le Miséricordieux), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Mrityu-mrityu (la mort de la mort), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Namamy (le Vénéré), étant celui qui atteint la plus haute position; il est Aham (Moi), étant celui qui atteint la plus haute position.
Oui, le dieu Narasimha est l'Atman, est le Brahman. Quiconque possède cette connaissance, est “sans désirs, libéré de tout désir, comblé en tous ses désirs, son Soi est son propre désir; ses émotions et désirs (Manomaya kosha) ne s'expriment plus vers le monde extérieur, mais – rassemblés – ils se tiennent silencieux, car il s'est fondu en Brahman et est lui-même Brahman.” (Brihad. 4,4,6 et 3,2,11)
Le son U représente le très-haut; car il se réfère à l'Atman, à Narasimha, à Brahman; il est donc la Réalité, en tant que ce qui possède l'être; car, en dehors de lui, il n'existe aucune autre chose imperceptible qui ne reçoive sa lumière de l'Atman. Car lui seul brille de sa propre lumière, est sans attaches, et l'Atman ne perçoit rien d'autre que lui-même. En conséquence, son état d'élévation suprême ne peut se trouver ailleurs, elle est spécifique de l'Atman et de lui seul.
Il est Ugra (le Terrible), étant le très-haut; il est Vira (le Puissant), étant le très-haut; il est Mahan (le Grand), étant le très-haut; il est Vishnu (l'Omnipénétrant), étant le très-haut; il est Jvalan (la flamme), étant le très-haut; il est Sarvatomukha (qui regarde dans toutes les directions), étant le très-haut; il est Narasimha, étant le très-haut; il est Bhishana (le Terrifiant), étant le très-haut; il est Bhadra (le Miséricordieux), étant le très-haut; il est Mrityu-mrityu (la mort de la mort), étant le très-haut; il est Namamy (le Vénéré), étant le très-haut; il est Aham (Moi), étant le très-haut.
Aussi doit-on connaître l'Atman comme étant tout cela; le dieu Narasimha est bel et bien l'Atman. Quiconque possède cette connaissance, est “sans désirs, libéré de tout désir, comblé en tous ses désirs, son Soi est son propre désir; ses émotions et désirs (Manomaya kosha) ne s'expriment plus vers le monde extérieur, mais – rassemblés – ils se tiennent silencieux, car il s'est fondu en Brahman et est lui-même Brahman.” (Brihad. 4,4,6 et 3,2,11)
Le son M représente l'omnipotent; car il se réfère à l'Atman, à Narasimha, à Brahman; il est donc l'illimité, indivisible, brillant de sa propre lumière; car c'est bien Brahman qui atteint la plus haute position, le très-haut, l'omnipotent, et ce Brahman est également l'omniscient, l'omnipotent, exerçant de façon grandiose l'art de la magie.
Il est Ugra (le Terrible), étant l'omnipotent; il est Vira (le Puissant), étant l'omnipotent; il est Mahan (le Grand), étant l'omnipotent; il est Vishnu (l'Omnipénétrant), étant l'omnipotent; il est Jvalan (la flamme), étant l'omnipotent; il est Sarvatomukha (qui regarde dans toutes les directions), étant l'omnipotent; il est Narasimha, étant l'omnipotent; il est Bhishana (le Terrifiant), étant l'omnipotent; il est Bhadra (le Miséricordieux), étant l'omnipotent; il est Mrityu-mrityu (la mort de la mort), étant l'omnipotent; il est Namamy (le Vénéré), étant l'omnipotent; il est Aham (Moi), étant l'omnipotent.
Aussi doit-on rechercher, au moyen des sons A et U, cet Atman qui est celui qui atteint la plus haute position, le très-haut, le pur esprit, qui voit tout, qui est le Témoin universel, qui dévore tout, qui est l'objet de tout amour, qui consiste en Existence-Conscience-Félicité absolues (Sat-Chit-Ananda), qui ne possède qu'une unique saveur, qui brillait dans toute sa gloire bien avant que ce monde ne fût créé; et le connaître, au moyen du son M, comme étant le suprême Brahman, qui atteint la plus haute position, le très-haut, le pur esprit, l'omnipotent, qui consiste en Existence-Conscience-Félicité absolues, et ne possède qu'une unique saveur.
Oui, le dieu Narasimha est l'Atman, il est le Brahman. Quiconque possède cette connaissance, est “sans désirs, libéré de tout désir, comblé en tous ses désirs, son Soi est son propre désir; ses émotions et désirs ne s'expriment plus vers le monde extérieur, mais – rassemblés – ils se tiennent silencieux, car il s'est fondu en Brahman et est lui-même Brahman.” (Brihad. 4,4,6 et 3,2,11)
Sixième Chapitre
Une autre approche de cette identité Atman-Om-Narasimha-Turiya :
Les dieux eurent le désir de connaître l'Atman. Mais l'attribut démoniaque [celui des anti-dieux, Asuras] tenta de les dévorer. Les dieux se dirent alors : « Eh bien, c'est nous qui allons dévorer cet attribut démoniaque ! » Or, il se trouve qu'ils connaissaient, grâce à l'Anushtub de Narasimha, cet Atman qui resplendit au sommet du Om, qui est réellement le Turiya du Turiya*, et qu'ils le connaissaient comme étant à la fois Ugra (le Terrible) et non-ugra, Vira (le Puissant) et non-vira, Mahan (le Grand) et non-mahan, Vishnu (l'Omnipénétrant)et non-Vishnu, Jvalan (la flamme) et non-jvalan, Sarvatomukha (qui regarde dans toutes les directions) et non-Sarvatomukha, Narasimha et non-Narasimha, Bhishana (le Terrifiant) et non-Bhishana, Bhadra (le Miséricordieux) et non-Bhadra, Mrityu-mrityu (la mort de la mort) et non-Mrityu-mrityu, Namamy (le Vénéré) et non-Namamy, Aham (Moi) et non-Aham. Alors, en ces parfaits connaisseurs de l'Atman, cet attribut démoniaque se métamorphosa en cette lumière tissée d'Existence-Conscience-Félicité absolues (Sat-Chit-Ananda). En conséquence, pour celui dont les empreintes mentales subtiles (Kashaya) n'ont pas été purifiées par le yoga (apakva), c'est par l'Anushtub de Narasimha qu'il pourra connaître cet Atman qui resplendit au sommet du Om, qui est réellement le Turiya du Turiya. Alors, en lui l'attribut démoniaque se métamorphosera en cette lumière tissée d'Existence-Conscience-Félicité absolues.
* Des quatre attributs de Turiya, le Tisseur de la trame du monde, l'Affirmatif, l'Affirmation et l'Indifférence (cf. chap.1, n.1), seul le dernier appartient authentiquement à l'Atman, au sens strict; les trois premiers sont en fait “le sommeil profond, le rêve et la pure illusion”. Donc, l'Indifférence est le “Turiya de Turiya”.
Les dieux aspiraient à passer au-delà de cette lumière et avaient des appréhensions au sujet de la dualité, aussi avaient-ils cherché encore plus loin, au sommet du Om, en s'aidant de l'Anushtub de Narasimha, celui qui est le Turiya du Turiya et ils l'avaient cherché comme étant l'objectif du Pranava Om. Alors cette lumière qui brillait dans toute sa gloire bien avant ce monde devint pour eux le sans-lumière, le sans-second, l'impensable, le sans-attributs, celui qui brille de sa propre lumière, la vacuité (Shunya) qui est intégralement constituée de félicité.
Quiconque possède cette connaissance devient lui-même celui qui brille de sa propre lumière, le suprême Brahman.
Les dieux “se tinrent éloignés du désir d'engendrer des fils, du désir d'avoir des possessions, et du désir de la vie dans le monde” (Brihad. 3,5,1 et 4,4,22), ainsi que des moyens pratiques qui mènent à ces objets du désir; ils voyagèrent, sans amour-propre, sans résidence, sans famille, sans touffe sacrificielle, tels des aveugles, sourds, idiots, impuissants, muets, insensés, et devinrent “sereins, maîtres d'eux-mêmes, renonçants, patients et concentrés” (Brihad. 4,4,23), “trouvant leur délice en l'Atman, jouant avec l'Atman, unis à l'Atman, immergés dans la félicité de l'Atman” (Chandogya, 7,15,2), ils perçurent le Pranava Om comme étant le Brahman suprême, comme le vide qui resplendit à travers le vide et moururent à eux-mêmes en ce vide.
Dès lors, quiconque suit le mode de vie des dieux meurt à lui-même en le son Om, qui est le suprême Brahman. Il voit en son soi le Soi suprême, qui est le suprême Brahman.
On trouve à ce propos les vers suivants :
“Par trois cornes (A, U, M), on atteint au sans-cornes (Turiya),
Par trois cornes, empoigne le lion !
Réunissant la corne (M) aux deux autres (A, U),
Nonchalamment, se tiennent assis les dieux (Brahma, Vishnu, Rudra).”
Septième Chapitre
Nouvelle approche de l'identité Atman-Om-Narasimha-Brahman :
Il advint une autre fois que les dieux demandèrent à Prajapati : «Instruis-nous plus avant, ô vénérable Seigneur ! » Et Prajapati répondit : « Qu'il en soit ainsi ! »
7.1 : A-U-M = Atman – Simha – Atman :
« Il faut rechercher l'Atman au moyen du son A, car il est sans naissance, sans âge, sans déclin, immortel, sans peur, sans souci, sans illusion, sans faim, sans soif, et sans second [ces dix prédicats commencent par la lettre a en sanskrit]. Puis, au moyen du son U, il faut rechercher le lion suprême (simha), car il est le Très-haut, le procréateur, il est descendu des espaces supérieurs, il élève vers le haut, il regarde vers le haut, il agit vers le haut, il va vers le haut, il resplendit en haut, il parcourt les espaces supérieurs et se tient au-dessus des transformations [ces dix prédicats commencent par la lettre u en sanskrit]. Là-dessus, saisissant la moitié antérieure du son U, on doit transformer en lion l'Atman mis en résonance par le son A; ensuite, saisissant ce lion par la moitié postérieure du son U, on doit au moyen du son M, l'unir à cet Atman, car il est grand, puissant, respectueux des limites, émancipé, il est le grand Dieu, le grand Maître, le grand Être, la haute spiritualité, la grande félicité et la haute autorité [ces dix prédicats commencent par la lettre m en sanskrit].
Quiconque possède cette connaissance devient dépourvu de corps, d'organes sensoriels, de souffle, d'obscurité (Tamas), il n'est plus constitué que d'Existence-Conscience-Félicité absolues (Sat-Chit-Ananda), il est devenu son propre maître.
7.2 : A-U-M = Atman – affirmation – Brahman :
Une personne demande à une autre : « Qui êtes-vous ? », l'autre répond :« Moi (Aham) ». De façon similaire, il pourrait répondre : « Tout ce qui existe. » Donc, Moi (Aham) est un nom générique. Sa lettre initiale est la même que celle du AUM, car l'Atman [représenté par le son A du Om] est tout, car il se trouve en tout, car rien de tout ceci ne pourrait exister sans posséder l'Atman pour substance, et donc tout ceci est l'Atman. En conséquence, on doit mener une investigation sur l'Atman, le soi de tout ce qui existe, au moyen du son A qui exprime le soi de la totalité.
De plus, tout ceci (ce monde entier) est Brahman, qui consiste en Existence-Conscience-Félicité absolues (Sat-Chit-Ananda). Car tout ceci consiste également en Existence-Conscience-Félicité absolues. Tout d'abord, tout ceci est existant; car on dit de tout ce qui existe : « Ceci est existant. » Ensuite, tout ceci est conscient, car tout possède un éclat et apparaît comme conscience. Si vous demandez : « Qu'est-ce qu'exister ? », la réponse est : « C'est devenir conscient, et conscient que ceci existe, mais pas cela. » Mais qu'est-ce que devenir conscient ? C'est ceci, mais pas cela, pourrait-on répondre, non avec des mots mais uniquement en devenant conscient.* De façon similaire, on ne peut expliquer la Conscience absolue et la Félicité par des mots, mais on ne peut les comprendre qu'en devenant conscient d'elles. Et toute autre entité dans le monde doit devenir conscient de cette Conscience et cette Félicité absolues qui la constitue. Et c'est justement là la félicité suprême.
* De l'avis de certains, ce passage développe un raisonnement spécieux, qui résout à bon marché un problème complexe. Selon d'autres, il faut comparer cette réponse à celle de Yajnavalkya dans la Brihadaranyaka Up., III-iv-2: “Ushasta reprit sa question : « Ce Soi, tu me l'as simplement désigné, de la même façon qu'on désigne une vache ou un cheval comme étant ceci et cela. Maintenant explique-moi véritablement le Brahman qui est immédiatement et directement perceptible – le Soi qui réside en tout et en tous. » « Mais c'est ton propre Soi qui réside en tout et en tous. » «Mais qu'est-ce donc qui réside en tout et en tous, Yajnavalkya ? » « Tu ne peux voir le voyant de la vision; tu ne peux entendre l'auditeur de l'audition; tu ne peux penser le penseur de la pensée; tu ne peux connaître le connaisseur de la connaissance. C'est justement ton Soi qui est en tout cela; et toute chose, à l'exception de ce Soi, est périssable. » * À ces mots, Ushasta, fils de Chakra, demeura silencieux.”
Donc ce Brahman, dont l'essence doit ainsi être expérimentée au plan intérieur, est appelé Brahma [au nominatif, et avec un a bref]. Sa syllabe finale et le son M du Om [le son ma, ainsi qu'on l'appelle en sanskrit] sont identiques. En conséquence, on doit mener une investigation sur le suprême Brahman au moyen du son M [qui est le son ma]. Si l'on demande : « Est-ce bien ainsi ? Le Brahman est-il l'Atman ? », alors la réponse doit être sans hésitation U [qu'ici on suppose signifier oui]. Donc il faut rechercher l'Atman au moyen du son A et, sans hésitation, le lier au son M qui est le Brahman, au moyen du son U.
Quiconque possède cette connaissance devient dépourvu de corps, d'organes sensoriels, de souffle, d'obscurité (Tamas), il n'est plus constitué que d'Existence-Conscience-Félicité absolues (Sat-Chit-Ananda), il est devenu son propre maître.
7.3: A-U-M = Brahman – affirmation – Atman :
Ce monde entier est Brahman, car ce monde est éternel, du fait qu'il est Ugra (le Terrible), Vira (le Puissant), Mahan (le Grand), Vishnu (l'Omnipénétrant), Jvalan (la flamme), Sarvatomukha (qui regarde dans toutes les directions), Narasimha, Bhishana (le Terrifiant), Bhadra (le Miséricordieux), Mrityu-mrityu (la mort de la mort), Namamy (le Vénéré), et Aham (Moi); et le Brahman est cet éternel Un, car il est aussi Ugra, Vira, Mahan, Vishnu, Jvalan, Sarvatomukha, Narasimha, Bhishana, Bhadra, Mrityu-mrityu, Namamy, et Aham. Aussi, lorsqu'on recherche le suprême Brahman au moyen du son A, doit-on rechercher au moyen du son M cet Atman qui est le concepteur du mental (Manas) et des organes sensoriels (Indriyas), tout aussi bien que le spectateur du mental et des organes sensoriels.
Lorsque l'Atman ne supervise pas l'univers, alors celui-ci se dissout en Lui; et lorsque de nouveau Il s'éveille, de nouveau l'univers émerge de Lui. Après avoir préservé l'univers, puis l'avoir une fois de plus réintégré en Lui, le brisant, le brûlant et le dévorant, - une fois de plus Il cède son Soi et le donne aux objets créés, mais n'en continue pas moins d'être superlativement Ugra, Vira, Mahan, Vishnu, Jvalan, Sarvatomukha, Narasimha, Bhishana, Bhadra, Mrityu-mrityu, Namamy, et Aham “en Sa propre majesté” (Chandogya, 7,24,1). Aussi doit-on sans hésiter lier cet Atman, représenté par le son M, au suprême Brahman, qui est le contenu du son A, et cela au moyen du son U.
Quiconque possède cette connaissance devient dépourvu de corps, d'organes sensoriels, de souffle, d'obscurité (Tamas), il n'est plus constitué que d'Existence-Conscience-Félicité absolues (Sat-Chit-Ananda), il est devenu son propre maître.
On trouve à ce propos les vers suivants :
“Tirant la demi-corne (U) vers la corne (A),
Qu'on lie cette demi-corne U à la corne A;
De même, au moyen de cette demi-corne U,
Qu'on lie cette corne A à la dernière (M).”
Huitième Chapitre
Quatre démonstrations de l'identité de Narasimha-Atman et du son Om,
en relation aux quatre constituants de l'Atman :
Maintenant, au moyen de Turiya et de ses quatre substances : (a) Otir, « le Tisseur de la trame du monde », (b) Anujnatir, « l'Affirmatif », (c) Anujna, « l'Affirmation », (d) Avikalpa, « l'Indifférenciation» (cf. Chap. 2), l'identité de l'Atman et du son Om va être démontrée.
(a) Tissé sur la trame et la chaîne du monde, se trouve cet Atman, le lion. Car ce monde entier se trouve en lui; car il est le Soi de tout, il est tout. Et cependant, en réalité, cet Atman reste non-tissé, car il est sans second, un et indifférencié. Car l'objet n'est pas un existant, tandis que lui, étant resté non-tissé, est intégralement Existence-Conscience-Félicité absolues (Sat-Chit-Ananda), il ne possède qu'une unique saveur, il est au-delà de toute compréhension, absolument sans second.
Tissé sur la trame et la chaîne du monde, se trouve également le son Om. Car lorsqu'on nous demande : « Est-ce ainsi ? N'est-ce pas ainsi ? », on répond par Om [qu'ici on suppose signifier oui]. Le son Om est indéniablement la parole; et la parole est ce monde entier; car il n'est rien qui ne possède un nom. Le son Om est également constitué de conscience, et le monde entier est constitué de conscience.
En conséquence, tous les deux, Atman et Om, ne font qu'un au sein du Seigneur suprême. Celui-ci est l'immortel, le sans-peur, le Brahman. Car Brahman est celui qui est sans peur; quiconque possède cette connaissance devient lui-même le Brahman sans peur. Tel est l'enseignement secret.
(b) L'Affirmatif est cet Atman; car il affirme son Soi en le prêtant au monde entier. En vérité, ce n'est pas par lui-même que ce monde entier possède un Soi. Et cependant, en réalité, cet Atman reste non-tissé et non-affirmatif, car rien n'adhère à lui; et il reste immuable, car il n'est nul autre existant en-dehors de lui.
L'Affirmatif est également le son Om. Car on affirme au moyen du Om [qu'ici on suppose signifier oui]. Le son Om est indéniablement la parole; et la parole affirme ce monde entier. Le son Om est également constitué de conscience, et la conscience donne sa substance à ce monde entier, qui est sans soutien propre.
En conséquence, tous les deux, Atman et Om, ne font qu'un au sein du Seigneur suprême. Celui-ci est l'immortel, le sans-peur, le Brahman. Car Brahman est celui qui est sans peur; quiconque possède cette connaissance devient lui-même le Brahman sans peur. Tel est l'enseignement secret.
(c) Cet Atman possède l'Affirmation pour saveur unique. Car il consiste purement en connaissance. Il resplendissait dans toute sa gloire bien avant ce monde; il est donc constitué de conscience pure. Et cependant, en réalité, cet Atman reste non-tissé et non-affirmatif, et donc non-affirmation, car c'est seulement dans la mesure où l'Atman est l'affirmation que ce monde peut exister.
Le son Om, également, possède l'Affirmation pour saveur unique, car on affirme au moyen du Om [oui]. Le son Om est indéniablement la parole, car c'est la parole qui pose l'affirmation. Le son Om est également constitué de conscience, car c'est la conscience qui affirme.
En conséquence, tous les deux, Atman et Om, ne font qu'un au sein du Seigneur suprême. Celui-ci est l'immortel, le sans-peur, le Brahman. Car Brahman est celui qui est sans peur; quiconque possède cette connaissance devient lui-même le Brahman sans peur. Tel est l'enseignement secret.
(d) Cet Atman est l'Indifférenciation, car il demeure sans second.
Le son Om, également, est l'Indifférenciation, car il est aussi sans second; car le son Om est entièrement constitué de conscience.
En conséquence, tous les deux, Atman et Om, ne font qu'un au sein du Seigneur suprême.
Le son Om est sans différenciation, et cependant, en réalité, il n'est pas sans différenciation; en lui, il n'est aucune fissure (aucune contradiction); car il n'y a pas de fissure au sein de l'Atman. Quiconque accepte une fissure en lui, est morcelé en centaines et milliers de parties, “est pris dans les filets des morts consécutives” (Brihad. 4,4,19).
En conséquence, cet Unique sans second, cette suprême félicité qui brille de sa propre splendeur, est l'Atman. C'est l'immortel, le sans-peur, le Brahman. Car Brahman est celui qui est sans peur; quiconque possède cette connaissance devient lui-même le Brahman sans peur. Tel est l'enseignement secret.
Neuvième Chapitre
Réalité de l'Atman et irréalité du Jiva et d'Ishvara -
Le son Om permet la vision intérieure de l'Atman :
Il advint un jour que les dieux demandèrent à Prajapati : « Instruis-nous, ô vénérable Seigneur, sur cet Atman qui apparaît comme le son Om. » Et Prajapati répondit : « Qu'il en soit ainsi ! »
« Le Spectateur et l'Affirmatif sont cet Atman, le lion. Consistant en conscience absolue et immuable, il est celui dont la perception est universelle. Car il n'est pas de preuve possible de l'existence d'une dualité, et seul l'Atman sans second peut être prouvé. Il existe, pour ainsi dire, quelque chose d'autre, mais uniquement à travers la Maya, la Grande Illusionniste. En vérité, seul l'Atman est le suprême Un, et il est tout ce qui existe; car ce qui existe provient de l'état de sommeil profond (Prajna). Le monde entier est ignorance, est cette Maya. Mais l'Atman est le Soi suprême et il resplendit de sa propre lumière. Il perçoit et ne perçoit pas, tout à la fois; car sa perception demeure même sans objet, elle est le fait de devenir conscient, Anubhuti (1).
1 Anubhuti : « perception » - expérience intérieure, connaissance légitimée par les 3 preuves valides (pratyaksha, la perception directe par les sens, pour ce qui concerne le sensible; anumana, l’inférence logique, également concernant le sensible; aptavacana, le témoignage de l'adepte - cf. Pramanas) et par les preuves infaillibles que sont la Shruti et la Smriti, les traditions divine et humaine.
Mais même la Maya, qui est par nature obscure (Tamas), devient perceptible lorsqu'on devient conscient que l'Atman est la seule réalité, et elle apparaît comme inerte, illusoire, vacuité sans fin. Telle est sa nature. Malgré qu'elle se manifeste tantôt comme ceci et tantôt comme cela, perpétuellement fugitive, c'est elle que les insensés prennent pour leur Soi. La Maya laisse entrevoir l'Atman, tantôt comme existant, tantôt comme non existant; tandis qu'il se montre et se dissimule, l'Atman apparaît comme le Seigneur à l'état de libération et comme l'individu (jiva) en état de servitude. C'est à dire que, tout comme une graine de figuier, qui n'est rien d'autre qu'elle-même, contient néanmoins la potentialité d'innombrables figuiers, de même la Maya, bien qu'une, contient néanmoins la potentialité de la pluralité. Car, tout comme le figuier, qui n'est rien d'autre que lui-même et qui n'est qu'un, produit de nombreux figuiers qui vont germer et se déployer séparément de lui, qui tous auront pris leur graine de lui et développeront chacun des graines entières et pleines du même pouvoir, de même la Maya manifeste également d'innombrables emplacements pour l'âme, qui se déploient au-delà d'elle, existent pleinement et intégralement; et de même la Maya manifeste le Jiva et Ishvara (l'âme individuelle et l'Âme divine), et cependant elle demeure uniquement illusion et ignorance. Elle est multiforme, mais ses aspects variés sont fermement assemblés et riches en rejetons; et tout comme, en soi, la Maya n'est pas différente des trois Gunas (2), de même en ses rejetons elle n'est pas différente de ses Gunas, mais elle est universellement illuminée par la conscience de Brahma, Vishnu et Shiva. Sa triple caractéristique et son attribut de source universelle de la manifestation proviennent exclusivement de cet Atman. De plus, celui-ci est triplement caractérisé, en tant que conscience de l'ego (Ahamkara) du Jiva, en tant qu'Ishvara, le Régent universel, et en tant que la conscience cosmique de l'Hiranyagarbha, l’Œuf d’or (3). Car ce dernier, qui – comme Ishvara – possède une conscience spirituelle perceptible et omniprésente, est – comme Ishvara – celui qui anime, incite à l'action, ouvre les perceptions; il est tout et il est constitué de la totalité. Et tous les Jivas sont également constitués de la totalité, ils sont seulement limités dans tous leurs états de conscience.
2 Gunas : Qualités, attributs ou caractéristiques de l’énergie universelle, au nombre de 3, dont la combinaison crée les divers éléments d’où procède la nature multiforme. Ces 3 qualités ou modes d'être sont inhérents à l'univers phénoménal, et déterminent les caractéristiques propres à chaque créature (animée ou inanimée) : Sattva, ou la qualité du bien, de lumière, pureté et calme; Rajas, ou la qualité d'activité, convoitise, passion et agitation; Tamas, ou la qualité de ténèbres, inertie, illusion et ignorance.
3 Hiranyagarbha (hiranya = or; garbha = embryon, œuf) : 1) « l’Œuf d’or », corps subtil de l'univers dans la période cosmogonique; 2) Brahma, en tant qu'Être cosmique et Progéniteur (Prajapati); 3) état subtil de l’être; 4) la manifestation considéré sous son aspect subtil; équivalent de sutratma. Cf. Ishvara et virat.
Cet Atman, après avoir créé les éléments (Bhutas), les organismes vivants, le Viraj (l'Être Cosmique, cf. Up.2, II-1), les divinités naturelles et les divers fourreaux (koshas) du Jiva, et après y avoir pénétré, est resté en-dehors de l'illusion, est demeuré paisible, et ce n'est qu'à travers les voiles de Maya qu'il semble avoir chu dans l'illusion et l'action.
En conséquence, cet Atman sans second consiste uniquement en être pur, il est éternel, pur, sage, il est le Réel, la libération, il est immaculé, omnipénétrant, suprême, et par ces preuves il apparaît comme le résident interne, connaissable de part en part. Le monde entier consiste uniquement en existence, et ce qui existe, c'est le Brahman, qui est là depuis un temps immémorial; car rien d'autre que lui n'est ici-bas connaissable par l'expérience intime, Anubhava (4); et aucune ignorance n'est possible en l'Atman, connaissable par l'expérience intime, brillant de sa propre lumière, omniscient, immuable, sans second. Il faut voir ici-bas l'être pur, et voir que toute autre chose est non-existante, car telle est la vérité ! Il est donc prouvé par l'expérience intime, cet Unique, sans âge, sans-commencement, qui réside en lui-même et consiste intégralement en félicité et conscience; cependant, il ne peut être prouvé par la réflexion logique.
4 Anubhava : 1) perception, expérience directe, personnelle; 2) la caractéristique de l'expérience spirituelle; conscience intuitive; connaissance (co-naissance).
Il est Vishnu, Ishana (5), Brahman, ainsi que tout ce qui existe, car il est omniprésent. Donc toute chose est l'Atman, qui est pur, sans forme extériorisée, sage et de la nature de la félicité. Ce monde n'est pas vide d'Atman, tout en n'étant pas l'Atman; car celui-ci existait déjà et était là bien avant qu'il ne fût créé. Cet univers n'a jamais été là, en aucune façon, mais uniquement l'Atman, qui réside en sa propre majesté, absolu, un, spectateur, lumineux de sa propre splendeur.
5 Ishana : « Seigneur de la totalité, Gouverneur de l'espace » - C'est une des multiples approches de Brahman, dont les Upanishads décrivent inépuisablement toutes les facettes, Ishana étant plus précisément « le pouvoir invisible qui gouverne l'univers. » Dans le contexte méditatif, on peut le penser comme équivalent d'Ishvara – qui est une approche synthétique de la pluralité descriptive de l'Unique, Brahman, Atman.
— Mais est-ce que cette expansion permanente de l'univers jaillit de l'Atman lui-même ?
— Sans nul doute ! Car c'est lui qui produit et manifeste tout ce qui est, tel que c'est, le Voyant dans le voyant, le Spectateur, sans changement, parfait, exempt d'ignorance, qui tombe sous l'évidence de l'observation intérieure – mais non extérieure –, qui se trouve au-delà de l'obscurité. Le voyez-vous bien, maintenant ?
— Nous le voyons, bien qu'il paraisse inexplicablement petit.
— Non, il n'est pas petit, mais il est le Spectateur [le sujet de la perception], sans différenciation, sans second; sans joie ni chagrin, et sans dualité, l'Atman suprême est omniscient, infini, indivis, incomparable, il est conscient de la totalité des objets extérieurs en raison de Maya; mais, là encore, il n'est pas inconscient [à la manière du Jiva], car illuminé par sa propre lumière. Vous-mêmes, en soi, vous êtes lui ! Or, maintenant se pose la question : est-il possible qu'il puisse se voir lui-même comme le sans-second ? Eh bien, non, certainement pas ! Car il serait un second soi-même, s'il n'était pas reflété en vous-mêmes !
— Explique-nous ce point, ô vénérable Seigneur, demandèrent les dieux.
— Vous-mêmes, vous êtes lui, ai-je dit. S'il devait être pour vous un objet visible [par la vision ordinaire], vous ne pourriez percevoir l'Atman, car il est le Soi, et non autre chose. En vérité, l'Atman n'a aucun lien avec le monde. En conséquence, vous-mêmes, vous êtes lui, et la lumière qui vous éclaire est bien la vôtre. Certes, ce monde est uniquement vous et vous-mêmes, car vous êtes constitués intégralement d'existence et de conscience.
— Mais certainement pas ! répliquèrent-ils, car alors nous n'aurions aucun lien avec le monde.
— Mais autrement, comment pourrait-il être perceptible ?
— Nous n'en savons rien, dirent-ils.
— C'est donc que vous êtes vous-mêmes lui, et la lumière qui vous éclaire est bien la vôtre. En cela, vous n'êtes même pas constitué d'existence et de conscience. Car elles sont toutes deux uniquement les attributs de Brahman, dont la gloire resplendissait bien avant ce monde, mais qui est en vérité incompréhensible et sans second. Alors, dites-moi maintenant : Le connaissez-vous, cet Atman ?
— Nous savons qu'il est bien au-delà du connu et de l'inconnu, dirent-ils.
— En vérité, ce sans-second, nommé Brahman du fait de sa vastitude (6), est éternel, pur, illuminé, libéré, vrai, subtil, parfait, sans second, consistant intégralement en Existence-Conscience-Félicité absolues, est l'Atman lui-même et il est incompréhensible pour quiconque.
6 Brihat : 1) grand, vaste; fort, puissant; principal; 2) l'Immensité, la vastitude, notamment en épithète pour le plan de la Réalité suprême, qui est Vérité et Conscience et Félicité, Sat-Chit-Ananda.
En conséquence, bien que ne pouvant pas le voir, vous devez le percevoir au moyen du mot Om. Car celui-ci est la vérité, est l'Atman, est le Brahman, puisque le Brahman est l'Atman. Réellement, il n'y a aucun doute à entretenir à ce sujet : Om est la Réalité. C'est bien ce que voient les sages. Et vraiment, cela qui est sans sonorité, sans toucher, sans forme, sans saveur, sans odeur, ce qui ne peut être mis en mots, saisi, localisé, vidé, engendré, qui est sans mental (Manas), sans intellect (Buddhi), sans ego (Ahamkara), sans conscience (Chitta), sans souffles vitaux (Prana, Apana, Vyana, Udana, Samana), sans organes sensoriels, sans objets ni instruments, sans marque, sans liens, sans propriétés, sans changement, sans dénomination, sans Sattva, Rajas ni Tamas (cf. Chap.9, n.2), sans naissance, sans Maya, c'est cela que les Upanishads présentent comme celui qui resplendit en toute gloire, qui resplendit soudainement et dans toute sa gloire bien avant que ce monde ne fût créé, et comme sans second – voyez, je suis Lui, et il est moi ! »
Après un silence, Prajapati ajouta : « Le voyez-vous maintenant, ou pas ?
— Nous voyons, dirent-ils, qu'il est bien au-delà du connu et de l'inconnu. Mais où se trouve cette Maya, et comment fonctionne-t-elle ?
— Pourquoi cette question ?
— Oh, pour rien ! Nous savons maintenant que Maya n'est rien.
— Vous êtes étonnants, parce que vous connaissez l'Atman, et vous ne l'êtes pas, parce que tout le monde, comme vous, est cet Atman. Alors, donnez-vous entièrement à cet Atman au moyen du Om, et exprimez-le.
— Nous le connaissons et cependant ne le connaissons pas, dirent les dieux. Mais ce n'est pas ça non plus [car l'Atman est au-dessus de ces oppositions connu-inconnu], ajoutèrent-ils.
— Alors, exprimez-le tout simplement, car il est connu par le soi, même sans qu'on le perçoive.
— Nous le voyons, ô vénérable Seigneur, et cependant ne le voyons pas. Comment est-il ? Nous ne pouvons l'exprimer. Salutations à toi, Seigneur, et sois bon envers nous !
— N'ayez pas peur, répliqua Prajapati, et demandez ce que vous voulez.
— Quelle est cette affirmation au moyen du son Om ?
— C'est l'Atman lui-même, répondit-il.
— Sur ce, et tous ensemble, nous vous présentons nos salutations.
C'est ainsi que Prajapati instruisit les dieux, oui, que Prajapati instruisit les dieux.
On trouve à ce propos les vers suivants :
“En connaissant le Non-Tissé au moyen du Non-Tissé,
Connais alors l'Affirmatif plus amplement,
Saisis l'Affirmation puis le sans-second,
Et pénètre au sein du Spectateur !”
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Ici se termine la Nrisimha Uttara Tapaniyopanishad, appartenant à l'Atharva Véda.

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