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UPANISHADS DU RENONCEMENT (SANNYASA)
Turiyatita Avadhuta Upanishad Upanishad de l'ascète emporté par la Transcendance absolue
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. Om ! Que la Paix soit en moi !
1. Un jour Brahma, le Créateur de tous les êtres, s'approcha respectueusement du Seigneur Vishnu Adi-Narayana (1), et lui demanda : « Quel est le sentier suivi par les ascètes Avadhutas (2), après l'étape au-delà du quatrième état, Turiyatita (3), et quel est leur statut ? »
Le Seigneur du Non-manifesté, Narayana, lui répondit ce qui suit : « Les Sages considèrent que celui qui parcourt le sentier de l'Avadhuta est très rare en ce monde, et qu'il ne s'en trouve qu'un petit nombre. Celui qui devient un Avadhuta est à jamais pur, il est réellement l'incarnation du détachement absolu; il est réellement la forme visible de la Sagesse, ainsi que la Conscience suprême du Véda (Veda Purusha) (1). Il est une authentique grande âme, car son esprit réside en Moi et uniquement en Moi. Et en vérité, Moi aussi, Je demeure en lui.
Suivant les étapes usuelles, il est tout d'abord un ascète qui vit dans une hutte (Kutichaka), puis atteint l'étape du moine mendiant (Bahudhaka); ensuite, il atteint l'étape de l'ascète-cygne (Hamsa); puis il entre dans l'ordre supérieur d'ascètes, celui des Cygnes suprêmes (ParamaHamsa) (1). À cette étape, il réalise, grâce à l'introspection, que le monde entier n'est en rien différent de son Être authentique, Svarupa (2); il renonce à toutes ses possessions personnelles et abandonne dans un point d'eau, au fil du courant, son bâton emblématique, son pot à eau, sa ceinture, le pagne qui couvre sa nudité intime, ainsi que tous les devoirs rituels qui lui avaient été enjoints dans les étapes précédentes. Vêtu d'espace (c-à-d. nu), il renonce même à la coutume de porter une écorce usée et décolorée ou une vieille peau de daim. Dans l'étape ultérieure à celle de Cygne suprême, il se comporte comme s'il n'était plus assujetti à la pratique de mantras (ou de tout autre rituel) et abandonne définitivement la taille des cheveux et de la barbe, les bains et les huiles corporelles, et même la triple marque (3) de lignes perpendiculaires en pâte de santal sur le front, etc.
2. Il est devenu celui qui en a terminé avec tous les devoirs religieux et séculaires, et qui s'est libéré de tout mérite, religieux ou autre, quelles que soient les circonstances. Il a abandonné la connaissance aussi bien que l'ignorance; il a maîtrisé l'influence des contraires : froid et chaud, bien-être et souffrance, honneur et déshonneur. En même temps que les influences latentes (1) agissant sur le corps, il a brûlé d'avance blâme, louange, rivalité, ostentation, orgueil, désir, haine, amour, colère, cupidité, illusion, jubilation, intolérance, envie, amour de la vie, etc. Il considère son corps comme un cadavre vivant, pour ainsi dire. Il maintient son équanimité sans effort et sans besoin de la contrôler en cas de gain ou de perte. Comme une vache, il se nourrit seulement pour rester en vie, se contentant de la nourriture qui lui tombe dans la bouche, telle qu'elle vient, sans la désirer ardemment. Il a réduit en cendres son bagage intellectuel, fruit de ses études et de son érudition. Il garde un comportement poli, sans toutefois vanter la supériorité de son mode de vie, et désavoue tout jugement de supériorité ou d'infériorité appliqué à quiconque. Fermement établi en la non-dualité du Soi originel (Svarupa), qui est le principe le plus haut et le plus inclusif qui soit, il cultive cette précieuse conviction : « Rien ni personne n'est distinct de moi ». Il entretient le feu du Soi en lui sacrifiant tout concept autre que cette connaissance secrète que seuls possèdent les dieux. Imperméable à la souffrance, il demeure indifférent aux bonheurs de la vie dans le monde, libéré de tout désir d'affection, détaché de ce qui semble propice ou non, en quelque lieu qu'il se trouve. Ses perceptions sensorielles sont réduites, et il n'a plus aucune conscience de la supériorité de son comportement, de son savoir ou de son mérite moral (dharma), acquis dans les étapes précédentes de sa vie; il a abandonné jusqu'au mode de conduite conforme à sa caste et à son étape de vie (ashrama). Il ne rêve ni de jour, ni de nuit, lesquels sont tout un pour lui. Il ne s'installe nulle part, toujours en errance. Il demeure partout avec ce corps, qui est la seule chose qui lui reste. Son pot à eau est le seul point d'eau à son usage. Il est pleinement lucide et sensé, mais il erre en solitaire, comme s'il était un enfant, un fou ou un fantôme. Gardant toujours le silence, il médite perpétuellement sur son Être authentique. Il a pris comme support le Sans-support, Brahman, et est oublieux de tout autre chose, en accord avec l'absorption en son Être authentique. Ce Sage établi dans la transcendance absolue (Turiyatita) a atteint l'étape de l'ascète Avadhuta, totalement absorbé dans la non-dualité; finalement, il abandonne son corps, ne faisant plus qu'un avec le Pranava Om.
Ainsi s'achève l'Upanishad.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. Om ! Que la Paix soit en moi ! Ici se termine la Turiyatitavadhutopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.
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