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Kanchenjunga, dans l'Himalaya – Huile de Nicholas Roerich (Agni Yoga), 1936 UPANISHADS GÉNÉRALES
Sarva Sara Upanishad Upanishad de l'Essence universelle
Note préliminaire : Cette Upanishad tardive propose un abrégé de la doctrine du Védanta. Elle se contente d'énumérer les vingt-trois concepts essentiels du Védanta, les mettant en interrogation, puis les explique de façon concise, quasiment en raccourci mnémotechnique, en puisant dans le corpus des Upanishads anciennes. Mais loin d'être une simple redite de définitions empruntées, elle adopte une présentation séquentielle de l'évolution de la conscience, depuis l'identification au corps jusqu'à l'éveil en l'Atman suprême, Paramatman.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux ! Om ! Que la Paix soit en moi !
1. Om ! Qu'est-ce que la servitude (Bandha) ?
1. L'Atman, c'est Ishvara, le Seigneur suprême. Mais lorsque l'individu s'imagine que son corps, avec tous ses agrégats qui ne sont pas l'Atman, est néanmoins l'Atman, c'est cette identification au corps (Abhimana) que l'on appelle servitude. 2. La cessation de cette identification constitue la libération. 3. À l'origine de cette identification, il y a la nescience. 4. Ce qui met fin à cette identification, c'est la Connaissance. 5. Lorsque l'on perçoit des objets physiques tels qu'un son, etc., au moyen des quatorze organes, à commencer par le mental (1), qui se déploient vers l'extérieur et qui sont gouvernés par des divinités telles qu'Aditya, le Soleil, alors cela s'appelle l'éveil de l'Atman.
6. Lorsque, libéré des impressions de la veille, on perçoit uniquement au moyen des quatre organes (2) un son, sans qu'il y ait présence d'un son physique, mais avec le désir suscité par les réminiscences, c'est alors ce qu'on appelle le rêve de l'Atman.
7. Lorsque les quatorze organes se mettent au repos et que la conscience cesse de capter des informations différenciées, c'est alors ce qu'on appelle le sommeil profond de l'Atman. 8. Lorsque ces trois états ont cessé et que la conscience supérieure (Chaitanya) demeure seulement témoin, existant par soi-même (Svayambhu), non différenciée, libre de toute manifestation, positive ou négative, dans l'état de non-séparativité et d'unicité, c'est alors ce qu'on appelle le quatrième état, Turiya. 9. L'agrégat des six gaines (3) qui sont formées par les nutriments, est appelé le fourreau de nourriture.
10. Lorsque les quatorze sortes de souffles (4) , à commencer par le souffle de vie (Prana), se déploient dans le fourreau de nourriture, on parle alors du fourreau d'énergie vitale.
11. Lorsque l'Atman s'est étroitement lié à ces deux fourreaux et, au moyen des quatre organes (Manas, etc.), s'engage dans l'imagination désirante, qui porte sur les sons et autres objets de perception, on parle alors du fourreau de conscience perceptive. 12. Lorsque l'Atman s'est étroitement lié à ces trois fourreaux et prend conscience des différences et des similitudes au sein des produits de l'imagination désirante, on parle alors du fourreau de conscience réflexive. 13. Lorsque l'Atman demeure dans la connaissance qu'il est lui-même à l'origine de ces quatre fourreaux, à la façon dont le banyan demeure latent au sein de la graine de banyan, on parle alors du fourreau de félicité. 14. Lorsque l'Atman, prenant appui sur les perceptions de plaisir et déplaisir, devient l'agent à l'intérieur du corps, alors la perception de l'objet désiré engendre l'idée de plaisir, tandis que la perception de l'objet non désiré engendre l'idée de déplaisir; mais les causes du plaisir et du déplaisir se trouvent dans le son, le toucher, la forme (la vue), le goût ou l'odeur. 15. Lorsque l'Atman provoque la séparation avec le corps actuel et s'apprête à s'unir à son futur corps, en conformité aux actes positifs et négatifs [engrangés dans son karma], on l'appelle alors le Jiva, l'âme individuelle, durant la période où il est associé à ces corps. 16. Les cinq groupes incluent le groupe du mental (Manas, Buddhi, Chitta, Ahamkara), le groupe du souffle de vie (Prana, Apana, Vyana, Udana, Samana), le groupe des attributs de l'énergie universelle (Sattva, Rajas, Tamas), le groupe du désir (Iccha-désir, résolution, doute, foi, incrédulité, fermeté, infirmité, honte, imagination et peur), le groupe du bien (Punya-mérite, démérite, perception, Samskara-impression). Celui qui anime ces cinq groupes et ne peut disparaître avant que ne se lève la connaissance de l'Atman, celui qui est perçu comme éternel à proximité de l'Atman, mais qui n'est qu'un limitation adventice (Upadhi) de l'Atman — c'est lui que l'on appelle le corps subtil (Linga sharira) ou le nœud du cœur (Hrid granthi). Et la conscience supérieure (Chaitanya) qui se manifeste à travers lui est appelée le connaisseur du champ du corps (Kshetrajna). 17. Celui qui perçoit le connaisseur, l'objet connu et l'activité de la connaissance, au fur et à mesures de leurs apparitions et disparitions, alors que lui-même est sans apparition ni disparition, mais est lumineux de sa propre splendeur — c'est lui que l'on appelle le témoin (Sakshin). 18. Dans la mesure où il est perçu sans distinction au sein de la conscience de toutes les créatures vivantes, depuis Brahma le Créateur jusqu'à la fourmi, et où il réside effectivement au sein de toutes ces consciences — on l'appelle alors le résident des plans supérieurs (Kutastha). 19. Lorsque l'Atman se manifeste comme la réalisation de la nature authentique du résident des plans supérieurs et des autres instances, lesquelles se révèlent différenciés par leurs propres limitations adventices, et qu'il apparaît tissé dans la trame de tous les corps, semblable au fil qui relie un collier de perles — on l'appelle alors le résident intérieur (Antaryamin). 20. Lorsque l'Atman, libre de toute limitation adventice, brillant tel l'or pur, apparaît dans sa nature propre et se révèle comme connaissance et intelligence pures — on l'appelle alors l'Atman intérieur (Pratyagatman), que l'on désigne par le mot Toi (Tvam)*.
21. Brahman est la Réalité (Satya), la Connaissance (Jnana), l'Infini (Ananta) et la Félicité (Ananda). La Réalité, c'est l'impérissable, c'est ce qui ne périt pas simultanément à la destruction du nom, du lieu, du temps, de la substance et de la cause. Oui, c'est cela que l'on appelle la Réalité. 22. Distinct de l'entité désignée par Tvam lorsqu'elle apparaît munie de limitations adventices, également distinct de celle désignée par Tat lorsqu'elle apparaît munie de limitations adventices, cet Un est pur et omnipénétrant comme l'éther, subtil, complet en soi, existence pure — c'est Lui que l'on appelle Asi, l'Être dans sa nature propre (Svabhava). C'est le Brahman suprême, qui brille de Sa propre splendeur*.
23. L'Un, qui est sans commencement et pourtant n'est pas sans une fin, qui se comporte de la même façon envers les moyens de connaissance valides et ceux qui ne sont pas valides, envers ce qui n'existe pas et pourtant n'est pas non-existant, ni à la fois existant et non-existant, qui n'existe pas dès lors que l'on imagine la cause originelle (Brahman) des objets créés qui surgissent de ce qui en soi demeure incréé, et qui pourtant existe dans la mesure où l'on ne peut pas l'imaginer — c'est cet Un, qui met en défi toutes les catégories cognitives, que l'on appelle la Grande Illusion, Maya. [Une autre version sanskrite de cette Upanishad présente ces deux strophes supplémentaires, qui doivent être une adjonction tardive :] 26. Je ne suis ni le corps ni les dix sens (Jnanendriyas et Karmendriyas), ni l'intellect, ni le mental, ni l'ego. Dénué de souffle vital et de mental, absolument pur, je suis le témoin éternel, je suis pure conscience. Je ne suis ni l'agent ni le jouisseur, je suis uniquement le témoin de la matière (Prakriti). Par ma présence, le corps et ses agrégats fonctionnent comme une entité vivante, cependant je suis éternel, pur, toujours serein. Je suis le Brahman qu'enseigne le Védanta, et pourtant je demeure inconnaissable, ainsi que l'espace et l'air. Je ne suis ni la forme, ni l'action, je suis uniquement Brahman. 27. Je ne suis pas le corps, ni la naissance ni la mort ne me touchent. Je ne suis pas le souffle de vie, je ne connais ni la faim ni la soif. Je ne suis pas le mental, je ne connais ni la souffrance ni l'illusion. Je ne suis pas l'agent, je ne suis concerné ni par la servitude ni par la libération.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux ! Om ! Que la Paix soit en moi ! Ici se termine la Sarva-Saropanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.
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