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Naga Baba Rajgiri, un sannyasin Avadhuta
UPANISHADS DU RENONCEMENT
Sannyasa Upanishad Upanishad du Renoncement
Notes préliminaires : Cette Upanishad, parfois dénommée Brihad Sannyasa Upanishad (la grande Upanishad du renoncement) pour la distinguer de la version tronquée et lacunaire qui figurait sous le titre de Sannyasa Upanishad, est maintenant restituée dans son intégrité. Le premier chapitre provient de la Kantha (ou Katha) Shruti Upanishad, non-canonique. Ici, je suis fidèlement la traduction du Professeur Ramanathan, et recours parfois aux traductions qu'Alyette Degrâces-Fahd a donnée de la Brihat Sannyasa et de la Kathashruti Upanishads, ainsi qu'à celles de Paul Deussen qui, conscient de travailler sur des textes corrompus, reconnaît que « ici et là, la traduction n'a pu être établie qu'en faisant violence [au texte sanskrit] et ne peut être qu'un pis-aller en attendant qu'une meilleure version de cette Upanishad soit disponible. » Mais on est alors dans les années 1890... La version sanskrite dont je dispose correspond, à de rares variantes près, aux versions suivies par Ramanathan et Degrâces-Fahd. Est-ce bien cette meilleure version dont nous disposons aujourd'hui ? Quoi qu'il en soit, cette Upanishad est une présentation exhaustive de tout ce qu'implique le parfait renoncement, et – si j'ai choisi de la réserver pour la fin – c'est bien parce qu'elle mérite (à mes yeux et selon mes préférences personnelles) d'être celle qui résonne indéfiniment... comme la nasalisation bourdonnante du Om.
Om ! Que mes membres et mon discours, Prana, yeux, oreilles, vitalité Om ! Que la Paix soit en moi !
Adhyaya I - Chapitre I Hari Om ! Voici l'enseignement réservé (Upanishad) sur le renoncement.
Il pourra accepter l'aumône venant des quatre castes. Il mangera dans ses mains, qui lui serviront de bol. Il usera de la nourriture comme d'un médicament (avec une grande modération). Il se nourrira de ce qu'il recevra, au moment où il le recevra, uniquement pour se maintenir en vie, et sans accumuler de masse adipeuse. Devenu émacié, il pourra s'abriter dans un village pour une nuit, dans une cité pour cinq nuits; durant les quatre mois de mousson, il pourra séjourner dans un village ou une cité. S'il lui est difficile de supporter [chaleur et fraîcheur], il pourra accepter en don un vêtement en loques, ou fait d'écorce. Il n'acceptera aucun autre vêtement. S'il est de santé faible, il ne pratiquera d'austérités que dans la limite de la souffrance tolérable.
Adhyaya II - Chapitre II 1. Seul est habilité à embrasser le renoncement celui qui a reçu les quarante sacrements rituels (4), n'a qu'indifférence pour toutes les choses d'ici-bas, a acquis la pureté mentale, a consumé désirs et envies, intolérance et égoïsme, et s'est doté des quatre disciplines spirituelles (5).
2. Celui qui a pris la résolution du renoncement mais ne l'adopte pas, devra accomplir en pénitence un sacrifice Prajapatya (6). Après cela, il sera autorisé à renoncer au monde.
3. Celui qui dénigre le renoncement, celui qui entretient un ascète indigne, celui qui dresse des obstacles au renoncement d'autrui – ces trois types d'individus sont considérés comme déchus. 4. Même s'ils possèdent un grand détachement, les individus suivants ne sont pas habilités au renoncement : l'eunuque, l'homme déchu, l'estropié, la femme*, le sourd, l'enfant, le muet, l'hérétique, le délateur, l'étudiant, l'anachorète Vaikhanasa**, l'ascète adepte de Shiva (Haradvija), le maître qui reçoit un salaire, l'homme sans prépuce, l'homme sans feu rituel. Et même s'ils renonçaient, ils n'en seraient pas moins disqualifiés pour étudier les maximes supérieures (7).
5. Le fils de celui qui a déchu de son état d'ascète, celui qui est atteint d'une maladie des ongles, celui dont les dents sont brunes, le tuberculeux, et enfin toute personne atteinte de malformation – tous ceux-là ne seront jamais habilités au renoncement. 6. On ne doit jamais laisser renoncer ceux qui viennent juste de s'établir comme maîtres de maison, ceux qui ont commis de graves péchés, ceux qui n'ont pas honoré leurs vœux* et ceux qui sont maudits**.
7. On ne doit jamais laisser renoncer celui qui vit sans observances religieuses, sans sacrifices rituels, sans ascèse, dépourvu de charité, qui n'offre pas d'oblations dans le feu sacré et n'étudie pas les Écritures; de même, ceux qui ont dérogé à la véracité et à la pureté. Ceux-là ne méritent pas de renoncer. Et nul ne peut enfreindre l'ordre des étapes d'existence (8), à l'exception de celui qui souffre d'un mal sévère.
8. Le renonçant doit se défaire de sa touffe sacrificielle en récitant le mantra “Om Bhur Svaha” (Om, Terre, salutations !). En récitant le mantra “Le cordon sacrificiel ne doit pas demeurer un signe extérieur ! Accorde-moi la gloire, la force, la Connaissance (Jnana), le détachement et l'Intelligence (Chit) !”, il doit casser net son cordon et le jeter au fil du courant, avec son vêtement et son pagne pour les reins, tout en murmurant “Om Svaha” . Puis il proclamera par trois fois : « J'ai renoncé ! » 9. À la vue d'un deux-fois né (brahmane) qui a renoncé au monde, le soleil quitte sa place en se disant : « Cet homme va parvenir au Brahman en fonçant à travers mon disque ! » 10. L'homme sage qui a proclamé « J'ai renoncé ! » élève à la gloire les soixante générations de sa famille qui l'ont précédé et les soixante qui lui succèderont. 11. Le feu du mantra de renoncement consume entièrement toutes les fautes d'un mauvais fils, de même que celles dues à la faiblesse du corps, tout comme un feu de paille fait fondre l'or. 12. « Sois mon ami, protège-moi ! » C'est en prononçant ce mantra que le renonçant doit recevoir le bâton emblématique. 13. L'ascète doit se munir d'un bâton de bambou, lisse, entier (avec son écorce), aux nœuds réguliers, ayant poussé sur un terrain sacré, et purifié de tout défaut éventuel. 14. Ce bâton n'aura aucune marque de brûlures, ni d'attaques de vers, il sera luisant d'un nœud à l'autre, arrivera au nez de l'ascète, ou à sa tête ou à l'arc de ses sourcils. 15. On recommande toujours à l'ascète une étroite relation avec son bâton, et l'ascète avisé ne fera pas sans lui un trajet supérieur à trois jets de flèche. 16. En récitant le mantra “Tu es le réceptacle de l'eau qui sustente la vie du monde ! Ne me dis jamais non, toi qui es toujours agréable à tout le monde !”, il reçoit son bol à eau. Ayant reçu le bandeau de yoga*, il prendra la route avec sérénité.
17. Qu'il abandonne les concepts de bien (Dharma) et de mal (Adharma), de vérité (Satya) et de fausseté (Anrita) ! Ayant abandonné vérité et fausseté, qu'il rejette cela même par quoi il abandonne tout cela.*
18. Le renonçant par détachement (Vairagya), le renonçant par sagesse (Jnana), le renonçant par sagesse et détachement (Jnana et Vairagya), le renonçant par refus de l'action – tels sont les quatre types de renonçants. 19. Voici ce qu'il en est. Le renonçant par détachement, c'est celui qui est devenu indifférent aux objets des sens, ceux qu'il voit et ceux dont il entend parler, et qui a renoncé au monde sous l'influence de ses actes positifs antérieurs. 20. Le renonçant par sagesse, c'est uniquement celui qui est mort à la vie dans le monde en raison de sa connaissance authentique des Écritures et de son écoute attentive des expériences d'autrui dans le mal comme dans le bien; et qui, ayant rejeté les inclinations innées pour le corps, les traités sacrés et le monde (9), et considérant les actions dans le monde comme aussi peu valables que la vomissure, a acquis les quatre disciplines spirituelles (cf. II-1), puis renonce au monde.
21. Le renonçant par sagesse et détachement, c'est celui qui, ayant étudié selon les prescriptions toutes les Écritures et fait l'expérience de toutes les vicissitudes de la vie, se retrouve avec son corps comme seule possession, en conséquence de sa méditation sur la nature du Soi, menée avec sagesse et détachement, puis renonce et s'en va, nu comme à sa naissance. 22. Le renonçant par refus de l'action, c'est celui qui, ayant accompli les étapes d'étudiant célibataire, de maître de maison, puis d'ermite des forêts, choisit le renoncement uniquement pour se conformer à l'ordre des étapes de vie, même s'il ne possède pas le détachement. 23. Il y a six sortes de renoncement : Kutichaka, Bahudaka, Hamsa, Paramahamsa, Turiyatita et Avadhuta (1o).
24. L'ascète Kutichaka conserve la touffe et le cordon sacrificiels, porte le bâton et le pot à eau, un pagne et une étole rapiécée; il se dévoue au service de son père, sa mère et son précepteur; il se munit d'un pot, d'une bêche, d'une écharpe. Il pratique les mantras. Il prend l'habitude de consommer sa nourriture dans un seul lieu. Il porte au front une marque verticale de santal blanc, et le trident à la main (11).
25. L'ascète Bahudaka porte également la touffe sacrificielle, etc., plus un vêtement rapiécé. Il porte au front trois lignes horizontales de cendres sacrées (12), et ressemble en tout point à l'ascète Kutichaka, si ce n'est qu'il subsiste uniquement de huit bouchées de nourriture mendiée [dans huit maisons], semblable à l'abeille qui butine.
26. L'ascète Hamsa arbore une chevelure de mèches feutrées, et au front la triple marque horizontale de cendres sacrées ou la ligne perpendiculaire de santal blanc. Il survit de la nourriture mendiée sans restrictions, et se revêt d'un pagne pour les reins. 27. L'ascète Paramahamsa s'est dépouillé de la touffe et du cordon sacrificiels. Il reçoit ses aumônes de nourriture directement dans ses mains, ne porte qu'un pagne, ne possède qu'un étole rapiécée et un bâton de bambou. Soit il porte un seul vêtement, soit il est entièrement recouvert de cendres sacrées, et il a tout rejeté [possessions et attachements]. 28. L'ascète Turiyatita subsiste de fruits, qu'il prend directement en bouche, semblable à une vache; s'il reçoit en aumône du riz cuit, ce n'est que de trois maisons. Son corps est la seule possession qui lui reste, il va nu [revêtu d'espace] et traite son corps comme s'il était déjà un cadavre. 29. L'ascète Avadhuta n'a pas de règles fixes. Il prend sa nourriture comme un python [bouche ouverte, happant sa proie] et lorsqu'elle se présente; il l'accepte de toutes les castes, à l'exception de ceux qui sont déchus ou poursuivis par la loi. Il est en permanence absorbé par sa méditation sur la nature de l'Atman. (Cette méditation-type sur la nature de l'Atman est exposée du shloka 30 au shloka 73 :) 30. « Je ne suis pas ce monde, avec ces arbres, cette végétation, ces montagnes. Comment moi, l'Être suprême, pourrais-je être ce monde extériorisé, intensément inerte ? Je ne suis pas non plus ce corps, dénué de conscience et bientôt mort. 31. Je ne suis pas le son, dénué de conscience, issu du vide et en prenant la forme, et ne demeurant qu'un bref moment, saisi par le canal inerte de l'oreille. 32. Je ne suis pas le toucher, dénué de conscience, qui ne possède que la vie que veut bien lui accorder la conscience et qui peut être ressenti par la peau, de façon fugitive, mais pas autrement. 33. Je ne suis pas le goût, dénué de conscience, qui dépend de la matière et ne dure qu'un bref instant, insignifiant et amené à l'existence par cette langue capricieuse, à l'aide de ce mental instable. 34. Je ne suis pas la forme, dénuée de conscience, non-existante au sein de l'unique Témoin (Brahman), périssable et reposant sur la vue et l'objet, dont l'existence n'est que momentanée. 35. Je ne suis pas l'odeur, dénuée de conscience, subtile et de forme indéterminée, qui ne vient à l'existence que par le nez, périssable et en soi insensible à l'odeur. 36. Je suis la pure conscience, et uniquement elle, sans parties (indivisible), dénuée du sens de l'ego et de la pensée, et qui est paisible, au-delà des illusions des cinq sens. 37. Je suis la seule conscience, sans lieu de culte, et je suis l'illuminatrice, omniprésente (extérieure et intérieure), sans parties ni souillures. Je suis la lumière de la conscience sans différenciations, omnipénétrante et seulement Une. 38. C'est uniquement par moi, la conscience, que toutes choses, comme les pots et les vêtements, et jusqu'au soleil, sont illuminées dans leur splendeur radieuse, comme par une lampe. 39. C'est uniquement par moi, par la splendeur radieuse de mon éclat intérieur, que les divers sens s'activent, tout comme une masse d'étincelles lance ses éclats, engendrée par le feu qui brûle intérieurement. 40. Cet œil pur de la conscience, qui jouit d'une félicité sans fin et brille même lorsque tous les autres [sens] sont éteints, affirme sa présence victorieuse dans les yeux de tous les êtres. 41. Salutations, et salutations à moi seule, qui suis présente dans tous les êtres, qui consiste en une conscience libre de tout objet à connaître, et qui suis la forme de l'Atman dans la conscience individuelle. 42. Les pouvoirs que l'on voit clairement dans toute leur diversité* sont en réalité rendus tels (divers et chatoyants) par la conscience, alors que celle-ci est libre de tout changements, une et entière, libre des limitations du temps et des divisions.
43. De la conscience qui se déploie au-delà des trois temps, dénuée de cette restriction qu'est la perception d'objets, et qui s'est dépouillée de la conscience individuelle – il ne reste que l'unicité absolue [de l'Atman et de Brahman]. 44. Cette même conscience, hors de portée de la parole, semble avoir atteint la cessation du soi individuel [c-à-d. l'état de non-dualité] et demeurer en cet état, comme si elle était éternelle non-existence. 45. Cette même conscience, si elle est quelque peu recouverte par ces impuretés que sont les désirs et les non-désirs, devient incapable de s'élever haut, semblable à une femelle oiseau attachée à un lien. 46. Les gens qui sont dominés par l'illusion des couples d'opposés, laquelle est engendrée par le désir et l'aversion, deviennent tels des vermisseaux enfouis dans les cavités de la terre. 47. Atman, Soi suprême, salutations à toi, qui n'est pas différent de la conscience. Me voici saisi par la vérité, je m'éveille, je m'élève [au-dessus de l'illusion] ! 48. Je m'élève, arraché aux doutes : je suis ce que je suis ! Salutations à toi, à toi et moi, l'Éternel ! Salutations à toi et moi, qui sommes pure conscience ! 49. Salutations à toi, le Seigneur suprême, et salutations à moi, qui suis Shiva ! Même établi, l'Atman n'est pas immobile, et même quand il se déplace, il reste immobile. Même paisible, il est occupé à des activités, et même lorsqu'il accomplit une action, il n'est pas coloré par cette action.
50. Il est éminemment accessible, on le connaît facilement, comme un ami intime; il est l'abeille dans le calice du lotus dans le corps de tous les êtres. 51. Je n'ai aucun désir, ni pour l'état de jouissance, ni pour abandonner cette jouissance. Que les choses viennent à leur guise, qu'elles s'en aillent à leur guise ! 52. Quand le mental est réprimé, repose en lui-même et s'est dépouillé de l'ego, et que le processus d'idéation s'est dissous, je demeure isolé, heureux. 53. Mon ennemi [la dualité] demeure absorbé en ce pur Atman, qui n'est que vibration, sans idéation, sans ego, sans mental ni désirs. 54. Brisant l'entrave que sont les désirs intenses, libéré de la cage de mon corps, je ne sais pas où la femelle oiseau du non-ego s'est envolée et a disparu 55. Celui qui n'a pas d'ego, dont l'intellect est sans souillures, et qui est équanime vis-à-vis de tous les êtres – sa vie est splendeur. 56. Celui qui pose sur le monde le regard d'un simple témoin et dont l'esprit reste froid, est libéré de l'amour et de la haine, et sa vie est splendeur. 57. Celui qui, procédant à partir d'une compréhension correcte, abandonne à la fois les objets indésirables et les objets désirables, et maintient son esprit dans la quiétude du Soi – sa vie est splendeur. 58. Quand le lien qui relie l'objet et la personne s'est évanoui, alors la paix pénètre au profond de l'être. Quand la paix s'est installée à demeure, on appelle cela la libération (Moksha). 59. Ainsi que les graines desséchées, il n'y aura plus germination d'une naissance dans le monde. Car les désirs latents (13) se sont purifiés dans le cœur de ceux qui se sont libérés de leur vivant.
60. Le désir latent d'une âme réalisée est en soi une purification, il est d'une grande pureté, il s'accorde à la pure nature, il consiste en méditation continue sur l'Atman, il est éternel; et il demeure comme en sommeil profond. 61. La conscience indépendante du mental est réputée être la conscience intériorisée. Comme elle est de la nature du mental apaisé, on n'y trouve pas l'impureté que serait l'inclusion [de différenciations]. 62. Là où le mental est apaisé, il se trouve la vérité et le bonheur, et c'est là l'état authentique. C'est omniscience, et c'est indéniablement une satisfaction intégrale. 63. Alors que je parle, donne, prends, ouvre et ferme les yeux, je suis pure conscience, je suis la félicité qui succède au rejet des processus mentaux. 64. J'ai rejeté l'impureté des choses à connaître, j'ai converti mon mental en quiétude profonde, j'ai éteint le feu qui lie aux désirs, et je suis pure conscience, et uniquement elle. 65. J'ai mis au repos les pensées, bonnes comme mauvaises, je suis sans souci, émancipé de toute idée d'agréable et de désagréable, et je suis pure conscience, et uniquement elle. 66. J'ai rejeté l'idée de moi-même et autrui, je ne prends pas parti devant les événements du monde, j'embrasse étroitement l'Atman, et je suis affermi, tel un pilier adamantin. 67. Je demeure au sein de ma conscience, qui est pure et sans espoirs, je suis libre de désirs et de non-désirs, et les objets désirables, tout autant que les objets indésirables, m'indiffèrent. 68. Quand recevrai-je la joie intérieure, tout en demeurant au sein de ma propre lumière ? Quand serai-je dans une grotte de montagne, l'esprit enraciné dans sa quiétude ? 69. Quand parviendrai-je à l'immuabilité de la pierre, par la méditation profonde et sans différenciations (14) ? Quand les oiseaux de la forêt feront-ils leur nids feuillus sur ma tête, tandis que je demeurerai silencieux, absorbé dans la paix de la méditation perpétuelle ?
70. J'ai coupé, dans la forêt du mental, les arbres des résolutions et les lianes des désirs intenses, puis je suis parvenu aux larges plaines [de la sagesse], et je jouis du bonheur de vivre. 71. Je poursuis ce sentier, où je suis solitaire, où je suis victorieux ! Je suis libéré, me voici sans désirs, indivis, sans rien à rechercher. 72-73. Pureté, force, réalité, essence, vérité, connaissance, félicité, tranquillité, essor de la joie perpétuelle, plénitude, richesse authentique, possession de la splendeur radieuse, unicité absolue – le moine mendiant qui reflète ainsi la véritable nature de son Soi et se tient dans sa nature sans forme, devient assurément l'Un sans second. » 74. Si celui qui est affligé d'un mal aigu retrouve sa santé, il devra adopter le renoncement selon l'ordre prescrit.
75. L'étude des Écritures, si elle se distingue de la méditation sur la nature de l'Atman, est vaine, c'est comme faire porter une charge de fleurs de safran à un chameau*.
76. Rejetant tout ce qui n'est pas l'Atman, subsistant de la nourriture reçue en aumônes d'un certain nombre de maisonnées, à la façon des abeilles, qu'il demeure émacié et évite d'engraisser. C'est ainsi qu'il ira de-ci de-là. Il passera son temps à se procurer des aumônes [de nourriture] auprès d'un nombre limité de maisons, utilisant comme récipient sa main ou sa bouche. 77. Le Sage qui est établi fermement en l'Atman doit prendre la nourriture qui est propice à la réalisation de l'Atman. Deux quarts du ventre seront pour la nourriture, un quart pour l'eau, et le quart restant sera laissé pour le mouvement de l'air. 78. Qu'il vive toujours d'aumônes, mais ne mange jamais une nourriture qui proviendrait d'une seule maison. Qu'il aille tout particulièrement vers les maisonnées dont les habitants semblent d'un caractère affable (ceux qui ne mangent qu'après avoir donné des aumônes). 79. En période de rites religieux, il peut aller quémander des aumônes auprès de quatre ou sept maisons. Il peut attendre des aumônes jusqu'au moment de la traite des vaches (en fin d'après-midi). Quand il quitte une maison sans y avoir reçu d'aumône, il ne devra plus y revenir. 80. Le jeûne est préférable à la nourriture des dévots ! La nourriture non sollicitée est préférable au jeûne ! L'aumône mendiée est préférable à la nourriture donnée spontanément ! C'est pourquoi l'ascète devra vivre d'aumônes. 81. À l'heure où on mendie les aumônes, qu'il ne se présente pas dans une maison par une entrée latérale. Qu'il n'aille pas par distraction dépasser une maison, même si cette omission n'est pas considérée comme une faute. 82. Il ne mendiera pas d'aumônes auprès d'un érudit en Véda qui les donnerait sans foi ni dévotion; mais d'un deux-fois né qui a perdu sa caste, mais qui les offrirait avec foi et dévotion, il peut bien mendier des aumônes. 83. On déclare qu'il y a cinq sortes d'aumônes : celles mendiées auprès d'un certain nombre de maisonnées au hasard, celles qui sont concertées, celles qui viennent spontanément, celles qui arrivent au moment opportun, et celles offertes par un monastère. 84. La première sorte, les aumônes mendiées auprès d'un certain nombre de maisonnées, ce sont celles obtenues de cinq ou sept maisons, sans préméditation, à la façon dont l'abeille butine les fleurs. 85. La deuxième sorte, les aumônes concertées au préalable, ce sont celles reçues après des requêtes réitérées, le matin et le jour précédent; bien qu'inférieures, elles sont acceptables pour sa subsistance. 86. La troisième sorte, les aumônes qui viennent spontanément, ce sont celles reçues lorsqu'il est invité à manger par quelqu'un au moment où il allait faire sa tournée; que la mange volontiers l'ascète qui cherche la libération ! 87. La quatrième sorte, les aumônes qui arrivent au moment opportun, ce sont celles offertes par un brahmane lorsque l'ascète vient mendier; que la mangent volontiers les ascètes ! 88. Les sages qui cherchent la libération disent que la cinquième sorte d'aumônes, celles offertes par un monastère, consiste en nourriture toute prête amenée au monastère par un brahmane. 89. L'ascète subsistera d'aumônes mendiées de porte à porte, même s'il s'agit de maisonnées de hors-castes. Il ne se nourrira pas auprès d'une seule maison, même si l'hôte est l'égal du précepteur des dieux, Brihaspati. Il subsistera d'aumônes, demandées ou spontanées. 90. L'air n'est pas souillé par le contact avec un objet, ni le feu par l'acte de brûler, ni les eaux par l'urine et les fèces, ni un moine mendiant par la précarité de la nourriture. 91. Si dans les maisons la fumée a disparu, le pilon de riz est au repos, le feu de l'âtre s'est éteint et les gens ont mangé, l'ascète attendra la fin de l'après-midi pour aller aux aumônes. 92. Il recevra des aumônes de tous, exceptés des repris de justice, des déchus, des hérétiques et des dévots qui se consacrent exclusivement à l'adoration dans les temples; mais en temps difficiles, il pourra recevoir de toutes les castes. 93-94. Le beurre clarifié ? De l'urine de chien. Le miel ? Une liqueur alcoolisée. L'huile ? De l'urine de porc. Les condiments ? De l'ail. Les gâteaux de pois chiches noirs ? De la vache. Le lait ? De l'urine. En pensant ainsi, l'ascète évite ces aliments, en luttant de toutes ses forces. 95. L'ascète ne prendra jamais de nourriture mélangée à du beurre clarifié, des condiments, etc. Il ne devra jamais mendier des aumônes plus d'une fois par jour, et utilisera ses mains comme récipient. 96. Lorsque l'ascète se met à chercher sa nourriture avec la bouche uniquement, comme une vache, il est devenu équanime envers tous les êtres. Il est alors prêt pour l'immortalité. 97. L'ascète rejettera le beurre clarifié comme si c'était du sang. Il considèrera que prendre sa nourriture d'une seule maison, c'est comme [manger] de la viande; user de cosmétiques, comme se maculer de substances impures; consommer du sel et de la mélasse, comme faire partie des hors-castes; porter un vêtement, comme lécher un plat où autrui a mangé; les bains d'huile, comme courtiser une femme; la compagnie agréable d'amis, comme de l'urine; entretenir un désir, comme [manger] de la vache; les lieux familiers, comme la hutte d'un hors-caste; les femmes, comme des serpents; l'or, comme un poison mortel; une salle de réunion, comme un cimetière; une grande ville, comme l'enfer; et la nourriture prise dans une seule maison, comme les boulettes de riz funéraires. De sa part, aucun culte à aucune divinité. Rejetant ainsi les coutumes du monde, il deviendra un libéré vivant (Jivanmukta). 98. Demeurer assis à la même place, acquérir un bol, collecter des biens, rassembler des disciples, dormir durant la journée, parler inutilement – tels sont les six péchés de l'ascète. 99-103. Demeurer au même endroit, excepté durant la saison des pluies, voilà ce qu'on appelle une “assise” (asana). Acquérir ne serait-ce qu'un seul récipient, même une gourde, pour son usage quotidien, voilà ce qu'on appelle “acquisition de vaisselle” (patralopa). Accepter un second bâton, ou n'importe quoi, pour son usage futur alors qu'on en possède déjà un, voilà ce qu'on appelle “collecte” (samchaya). Accepter des disciples pour notre service personnel, notre profit, dignité ou renommée, mais non par compassion pour eux, voilà ce qu'on appelle “rassembler des disciples” (sishyasamgraha). L'étude, c'est le jour, c'est le pouvoir d'illumination; l'ignorance, c'est la nuit; négliger l'étude, voilà ce qu'on appelle “dormir durant la journée” (divasvapnah). À l'exception des échanges verbaux concernant l'Atman, de ceux nécessaires au moment de la quête d'aumônes, des bénédictions et des enquêtes sur l'Atman, toute conversation est considérée comme “paroles vaines” (vrithajalpah). 104. Nourriture venant d'une seule maison, orgueil, envie, s'orner de cosmétiques et de fleurs, mâcher du bétel, bains d'huile, jeux, désir de jouissances, médecine pour prolonger la vie et retarder la vieillesse; 105. vantardise, langage injurieux, paroles de bénédiction, prédications astrologiques, achat et vente, rituel, débat sur les rituels, transgression du Guru et des Écritures; 106-107. conciliation, combat, véhicule, lit, vêtement blanc, éjaculation, sommeil diurne, récipient alimentaire, or, myrrhe, arme, graines (de plantes ou bijas mystiques des mantras), nuisance à autrui, sévérité, copulation, tout ce qui est rejeté par le yoga du renoncement, les voeux (tels ceux du maître de maison); 108. famille et lignage, branche des Védas, parentèle du père et de la mère, et richesse... tout cela est prohibé pour l'ascète. S'il enfreint l'une de ces prohibitions, l'ascète est déchu. 109. Un homme avisé, même très âgé, ne doit pas faire confiance à une femme, même très âgée. Même dans de très vieux haillons, une vieille pièce d'étoffe tiendra bien (si on la coud). 110. Biens immobiliers et mobiliers, semences de culture, or, myrrhe et armes – à ces six choses l'ascète ne touchera pas, comme si elles étaient de l'urine et des fèces. 111. Un ascète ne prendra jamais avec lui ne serait-ce qu'une petite provision pour un voyage, sauf s'il est en danger; en temps difficiles, il peut accepter des céréales mûres, lorsque la nourriture cuite fait défaut. 112. Un moine mendiant qui n'est pas malade, tout comme un jeune moine, ne peut séjourner dans aucune maisonnée; à aucun moment, il ne devra accepter ou donner quoi que ce soit à quiconque. 113. Avec un sens de l'humilité, l'ascète fera tout son possible pour le bien de tous les êtres; mais s'il mendie de la nourriture, cuite ou crue, pour un autre que lui, il est déchu. 114-115. Un ascète qui a à cœur de nourrir les autres, qui accepte des vêtements, de laine ou autre, en bon état, va déchoir à coup sûr. Qu'il prenne refuge sur l'esquif de la non-dualité, et il parviendra à la libération de son vivant. 116. En vue de la maîtrise de la parole, il observera le silence; en vue de la maîtrise du corps, il jeûnera; en vue de la maîtrise du mental, il pratiquera le contrôle du souffle (Pranayama), selon les prescriptions. 117. Un homme est lié par ses actes dans le monde; il obtient la libération par la connaissance spirituelle. En conséquence, les ascètes qui voient l'autre rive* n'accomplissent plus aucun acte.
118. Sur les routes sont disséminés des vêtements déchirés, les aumônes peuvent venir de partout, et la terre est une vaste couche; alors comment un ascète pourrait-il se faire du souci ? 119. L'ascète qui offre le monde entier en oblation dans le feu de la sagesse spirituelle, en transférant les feux rituels en son Soi, ce grand ascète est l'authentique officiant de l'Agnihotra (18).
120. L'avancement sur la voie spirituelle est de deux sortes : celui de la chatte et celui de la guenon. Ceux qui pratiquent la connaissance (Jnana) sont comme des chattes; la seconde voie, celle du Brahman suprême, ressemble à celle de la guenon.*
121. L'ascète ne parlera à personne, sauf si on lui adresse la parole, mais pas à celui qui pose des questions importunes. Un homme intelligent, qui possède la connaissance, doit néanmoins se comporter en ce monde comme s'il était un idiot. 122. Lorsqu'il sera confronté à une masse d'actes négatifs*, il devra pratiquer la répétition du mantra salvateur, Om, douze mille fois dans la journée, car ce mantra tranche les actes négatifs.
123. Le Brahman suprême viendra resplendir en celui qui répète paisiblement le Pranava Om douze mille fois chaque jour, et cela au bout de douze mois. Ainsi s'achève l'Upanishad.
Om ! Que mes membres et mon discours, Prana, yeux, oreilles, vitalité Om ! Que la Paix soit en moi !
Ici se termine la Sannyasopanishad, appartenant au Sama Véda.
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