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Folio 61 du Ramayana de Valmiki – Envoyée par Indra, la nymphe Rambha s'approche UPANISHADS GÉNÉRALES
Maitrayani Upanishad Upanishad de l'école védique de Maitri
Notes préliminaires : MAITRI : 1) amitié, doublée d‘un sentiment d‘unité; fraternité; 2) le sage Maitri, “l'Amical”, qui fut l'auteur du Maitrayani Samhita, auquel est adjointe la Maitrayani Upanishad; il fonda une nouvelle école (Shakha) du Krishna Yajur Véda, le Maitrayana, qui est l'une des six écoles védiques du Yajur Véda toujours existantes de nos jours. SHAKHA : 1) branche, rameau; membre; 2) école rituelle védique. Cette Upanishad est apparue sous de nombreux titres : Maitrayana-Brahmaya Upanishad, Maitrayana-Brahmana pour Max Müller, Maitri, Maitrayana ou Maitrayani. Elle est difficile à classer et à dater. Trois certitudes : 1) elle est assez récente pour faire une synthèse aisée des Upanishads anciennes et du bouddhisme; 2) elle est assez ancienne pour mentionner un Yoga à six membres (et non huit, comme le développeront Patanjali et le Samkhya ultérieur); 3) elle n'est ni une Upanishad majeure, ni une mineure, mais pas non plus une Upanishad générale.
SOMMAIRE
PRAPATHAKA DEUX – LEÇON DEUX PRAPATHAKA TROIS – LEÇON TROIS PRAPATHAKA QUATRE – LEÇON QUATRE PRAPATHAKA CINQ – LEÇON CINQ PRAPATHAKA SIX – LEÇON SIX PRAPATHAKA SEPT – LEÇON SEPT
Om ! Que mes membres et mon discours, Prana, yeux, oreilles, vitalité Om ! Que la Paix soit en moi !
PRAPATHAKA UN – LEÇON UN I.1-4 : Préambule à la connaissance de l'Atman 1. Faire un sacrifice à Brahman, c'est en vérité disposer le feu rituel pour les ancêtres. Aussi, après avoir disposé ce feu, le donateur du sacrifice doit-il méditer sur l'Atman. C'est seulement ainsi que le sacrifice sera complet et parfait. — Mais sur quoi l'homme doit-il méditer ? — Sur ce qu'on appelle le souffle de vie, Prana. À ce sujet, on trouve le récit suivant. 2. Il advint qu'un roi du nom de Brihadratha, après avoir établi son fils à la tête de son royaume, prit la voie du renoncement, sachant que ce corps est voué à la mort; il prit donc le chemin des ermites forestiers (Aranyaka). Là, il s'engagea dans la plus haute des ascèses et demeura sur place à fixer le soleil, les bras haut levés. Au bout de mille jours, s'approcha de lui Shakayanya, le grand sage libéré des souffrances, semblable à une flamme se consumant sans fumée, dont l'éclat était éblouissant, et qui possédait la connaissance de l'Atman. « Lève-toi, lève-toi et choisis un vœu, dit-il au roi. Celui-ci lui témoigna les marques de respect requises, le salua et répondit : — Ô vénérable sage, je n'ai aucune connaissance sur l'Atman ! Nous croyons que tu connais sa nature essentielle. Je t'en prie, explique-la à notre intention. — Oh ! Mais cela se passait il y a bien longtemps*. Il est pratiquement impossible de répondre à telle question. Ô rejeton d'Ikshivaku, choisis-toi donc un autre vœu ! » dit Shakayanya. Alors le roi se prosterna devant le sage, posa sa tête sur ses pieds, et déclama la complainte suivante :
3. « Ô vénérable sage ! Dans ce corps empli de ces souillures que sont les os, la peau, les muscles, la moelle, la chair, la semence, le sang, le mucus, les larmes qui montent aux yeux, qui n'est qu'un amas d'excréments, d'urine, de bile et de phlegme, qui est empuanti de mauvaises odeurs, et qui est néanmoins sans substance, comment pourrait-on connaître la pure félicité ? 4. Nous voyons également que ce monde entier est aussi périssable que ces taons, ces moustiques et autres insectes, aussi périssable que ces plantes et ces arbres, qui naissent et puis s'effondrent.
PRAPATHAKA DEUX – LEÇON DEUX II.1-7 : La connaissance de Brahman est le privilège de l'Atman 1. Sur ce, le sage Shakayanya, hautement satisfait, déclara au roi : « Ô grand roi Brihadratha, toi qui es la bannière de la famille des Ikshivaku, tu vas bientôt posséder la connaissance de Brahman, tu réaliseras ton but et seras largement renommé sous le nom de Marut, le vent (1). Assurément, l'Atman est ton propre Soi. — De quel soi parles-tu, ô Vénérable ? » Shakayanya répondit au roi ce qui suit :
2. Celui qui, sans immobiliser son souffle, le dirige vers le haut, le laisse s'échapper sans pourtant qu'il s'échappe, fait se dissiper les ténèbres — c'est l'Atman, le Soi. C'est ainsi que l'expliqua le vénérable Maitri. Car, comme le disent les Écritures : “Celui qui est maintenant parfaite sérénité (l'âme en sommeil profond), se hisse en dehors du corps, pénètre dans la lumière suprême et y apparaît sous sa forme authentique — c'est l'Atman.” C'est ce qu'a déclaré le Maître (Maitri); c'est lui l'Immortel, le Sans-peur, c'est le Brahman. 3. C'est là en vérité, ô roi, la science de Brahman (2), la gnose de toutes les Upanishads, telle qu'elle nous a été élucidée par le vénérable Maitri. Et je vais t'en communiquer la suite, à la façon même dont Maitri le fit. Ainsi que le rapporte la chronique, il y avait à cette époque les Valakhilyas (3), comme on les appelait, qui s'étaient libérés de toute négativité, étaient empreints d'un éclat puissant et évident à tous, et avaient inversé vers le haut le fluide séminal (4). Ces Valakhilyas dirent à Kratu Prajapati (5) : “Ô Vénérable, ce corps est comme un chariot, dépourvu de conscience. Qui est donc cet Être, au-delà des sens, qui possède un pouvoir tel qu'il put emplir de conscience ce corps qui a été créé, le faire se tenir debout et être celui qui l'anime ? Ô Vénérable, ce que tu sais à son sujet, communique-le nous !” Alors, Maitri* leur répondit :
4. “Celui qui est réputé éminent et transcendant la vie dans le monde, se tient comme les ascètes, au-dessus et par-delà les impressions sensorielles; c'est lui qui est pur, immaculé, qui est vacuité (Shunya), qui est paisible, dont le souffle est imperceptible, qui est dénué du sens de l'ego, infini, impérissable, stable, éternel, non-né, libre, “établi en sa propre majesté” (Chandogya, 7,24,1), et c'est lui qui emplit ce corps-ci de conscience, le fait se tenir debout, est celui qui l'anime.” 5. “Certes, cet Être subtil, insaisissable, invisible, qui est appelé le Purusha (6), dépose une parcelle de Lui-même dans ce corps à son insu, de même que dans le cas d'une personne endormie, l'éveil se prépare à son insu. Mais cela, qui est également ce pur esprit, présent en tout homme, est le connaisseur du champ (7), qui se fait connaître au moyen de la pensée (Manas), de la discrimination (Buddhi) et du sens de l'ego (Ahamkara), de même que Prajapati se fait connaître sous le nom de Vishva (8). Et c'est à travers Lui (Prajapati) en tant que conscience, que ce corps est empli de conscience, se tient debout et est animé.”
6. “Certes, Prajapati existait seul au commencement. Il n'avait aucune joie, étant solitaire. Quand Il dirigea sa pensée sur Lui-même [c-à-d. qu'il s'instaura lui-même objet de connaissance], Il créa de nombreux êtres. Il vit qu'ils étaient dépourvus de conscience, inertes comme les pierres, gisant sans mouvement comme les troncs d'arbres. Il n'en retira aucune joie. Et Il résolut : Je vais entrer en eux afin de les éveiller à la conscience. Il se transforma en quelque chose de comparable au vent et entra en eux. Mais il était l'Un, et cela ne fut possible qu'après qu'il se fût divisé en cinq souffles, nommés Prana, Apana, Samana, Udana et Vyana (9). Le souffle qui se dirige vers le haut est le Prana; celui qui se dirige vers le bas est l'Apana; celui qui tient ensemble ces deux souffles est le Vyana; celui qui constitue en grande part la nourriture, qui se déverse dans l'Apana, qui est le plus subtil, qui parcourt chaque membre, est le Samana; enfin, celui qui régurgite ce qui est bu ou mangé, ou qui l'avale, est l'Udana.
7. En vérité, comme l'enseignent les Sages, cet Atman n'est pas tenu captif en ce monde par les fruits de l'action, qu'ils soient lumineux (désirables) ou obscurs (indésirables). Il ne fait que se mouvoir, si l'on peut dire, à travers des corps individuels, car Il est et demeure non-manifesté, subtil, invisible, insaisissable, dénué d'ego. Dépourvu de localisation, Il demeure pourtant dans l'irréel, comme un acteur, alors qu'Il est non-agissant. Mais en tant que l'Un, pur, stable, inébranlable, qui ne peut être souillé, qui est vierge de tout désir, Il se tient là en tant que témoin, tout en restant Lui-même établi en Son propre Soi. Il cueille le fruit des actes (c-à-d. la rétribution karmique) et demeure de Lui-même inséré dans l'étoffe que tissent les attributs de l'énergie universelle (13).”
PRAPATHAKA TROIS – LEÇON TROIS III.1-5 : L'âme élémentale (Jiva) et l'Atman ou Purusha intérieur 1. Les Valakhilyas demandèrent : “Ô Vénérable, si tu caractérises ainsi la majesté et la grandeur de l'Atman, qui donc alors est cet autre, qui est tenu captif en ce monde par les fruits de l'action, qu'ils soient lumineux (désirables) ou obscurs (indésirables), qui pénètre dans la matrice d'une mère bonne ou mauvaise, rebondit ainsi de haut en bas, et qui, pris par les opposés ou les contrastes (chaud et froid, respect et disgrâce, joie et souffrance, etc.), migre à travers les cycles de naissance et de mort ?” 2. Kratu Prajapati leur répondit : “Oui, il existe bien cet autre, c'est l'âme individuelle (Jiva), qui est différente de Lui. On l'appelle l'âme élémentale (1), et c'est celui qui, saisi par les fruits lumineux ou obscurs des actes, pénètre dans des matrices bonnes ou mauvaises, rebondit de haut en bas dans le cycles des naissances et des morts ; c'est lui qui, pris par les opposés, transmigre. Et en voici l'explication.
3. Kratu Prajapati leur répondit : “À un autre endroit, les Écritures disent : Celui qui accomplit les actions est l'Atman naturel et celui qui le fait agir à travers les organes (des sens et de l'action) est le Purusha intérieur. En particulier, tout comme un morceau de fer, maîtrisé par le feu, martelé par les forgerons, prend diverses formes, de même l'Atman naturel, maîtrisé par le Purusha intérieur et martelé par les attributs de l'énergie universelle (Gunas), prend de multiples formes. Cette multiplicité de formes consiste en un assemblage d'éléments formant quatre groupes, existant en quatorze variétés, et présentant quatre-vingt-quatre types de modifications.* Mais toutes ces modifications sont mises en mouvement par le Purusha, tout comme le potier met en branle sa roue.
4. À un autre endroit, les Écritures disent : Ce corps, engendré par copulation, se développe dans l'enfer embryonnaire de la matrice, est expulsé par la voie urinaire [sic!], et c'est un assemblage d'os colmaté de chairs, revêtu par une couverture de peau et rempli – comme peut être remplie une cassette de joyaux précieux – d'excréments, d'urine, de bile, de phlegme, de moelle, de graisse et de lard, auxquels viennent s'ajouter d'innombrables maladies. 5. Encore ailleurs, les Écritures disent aussi : Illusion, peur, désespoir, torpeur, paresse, insouciance, vieillesse, chagrin, faim, soif, avarice, colère, nihilisme, ignorance, mauvaise volonté ou jalousie, férocité, stupidité, effronterie, instabilité, arrogance – tous découlent de Tamas, l'inertie (cf. II,7, n.13). Cupidité, affection, passion, désir, manie de blesser les autres, volupté, haine, ruse, jalousie, naturel hostile à l'amour, manque de fermeté, inconstance, étourderie, ténacité ou obstination dans l'instinct de possession, flatter ses amis, être asservi à sa femme, se détourner des impressions sensorielles désagréables, rechercher les impressions sensorielles agréables, parler sur un ton grincheux, être glouton – tous découlent de Rajas, l'ardeur. L'Atman naturel est empli de ces traits de caractère, est tenu en captivité par eux; et c'est pourquoi il revêt de multiples formes – oui, il revêt de multiples formes.”
PRAPATHAKA QUATRE – LEÇON QUATRE IV.1-6 : Moyens de réunir les deux Atmans 1. Il advint encore que tous ces sages, qui avaient transcendé le stade de l'instinct de procréation (Urdhva Retas), se réunirent et, saisis d'une grande admiration, s'écrièrent : « Ô Vénérable ! Obéissance à toi ! Donne-nous encore un enseignement. Tu es notre refuge, et il n'en est pas d'autre que toi. De quelle façon l'Atman naturel (Bhutatman) peut-il, lui qui réside en l'Atman, laisser derrière lui ce monde-ci et parvenir à la communion avec Brahman ? »
2. « À un autre endroit, les Écritures disent aussi : “On (l'Atman naturel) ne peut pas tourner le dos aux actes que l'on a déjà accomplis, pas plus qu'on ne peut inverser le cours d'une rivière; la mort qui approche ne peut pas être évitée, pas plus qu'on ne peut arrêter la marée déferlante de l'océan; tout comme un homme estropié, on est enchaîné par le karma rétributif de nos actes, bons et mauvais; tout comme un homme entravé par des liens, on n'a aucune liberté; tout comme celui qui se tient à l'entrée du royaume de Yama, la Mort, on est saisi de peurs innombrables; tout comme un ivrogne s'est enivré de boissons intoxicantes, on est entiché de nos illusions; tout comme celui qui est possédé d'un esprit mauvais, on est, cahin-caha, obligé d'aller de l'avant; tout comme celui qui a été piqué par un serpent, on est piqué par les objets des sens et aussi aveuglé par nos passions que si l'on se trouvait dans les ténèbres; tout comme si on était captivé par les sortilèges d'un magicien, on est happé par l'illusion; tout comme si on rêvait, on contemple les fantômes surgis de notre fantaisie; tout comme l'intérieur du bananier*, on est dénué de substance réelle; tout comme un baladin, on est déguisé et maquillé pour la représentation actuelle, qui ne dure qu'un certain temps; comme un décor de théâtre peint, la joie qu'on ressent n'est qu'illusion.” Et elles disent aussi :
3. Mais voici le remède indiqué pour l'Atman naturel : étude de la tradition védique, observance de ses devoirs de caste, mode de vie conforme à son étape de vie (Ashrama); tout le reste n'a pas plus de valeur que les ramifications d'une touffe d'herbe. Par ce remède, l'individu participe à ce qui est supérieur, autrement il ne fait que s'enfoncer [dans la matière]. Et c'est bel et bien le devoir de caste qui est recommandé par les Védas; celui qui transgresse ces devoirs ne peut dès lors observer les devoirs de son étape de vie. Lorsqu'on se détache de son étape de vie pour devenir ce que l'on nomme un ascète, cela est absurde, et incorrect. Mais sans devenir un ascète, on ne peut ni parvenir à la connaissance de l'Atman, ni remplir complètement ses devoirs. C'est pourquoi il est dit :
4. “Brahman existe” — c'est ce que déclare celui qui possède la science de Brahman; “Voici la porte qui ouvre à Brahman” — ainsi caractérise-t-on les actes de celui qui s'est libéré du négatif par l'ascèse; “Om ! Telle est l'auguste majesté de Brahman” — par ces mots, on exprime les actes de celui qui, après s'être bien préparé, pratique la méditation continue; c'est p0urquoi Brahman peut être connu au moyen de la science adéquate (Brahma vidya), de l'ascèse et de la méditation. Celui qui les pratique dépasse le Brahman inférieur et va vers la divinité suprême, qui transcende toutes les divinités; et celui qui possède cette connaissance adore Brahman en utilisant ces trois moyens (Vidya, ascèse et méditation continuelle), et il parvient ainsi à cette félicité libre de toute souffrance, impérissable et incommensurable. Bien qu'empli par la triade des attributs de l'énergie universelle (cf. II,7) et même dominé par elle, il parvient, au moyen de cette triade de remèdes, à la libération et fusionne alors avec l'Atman. » 5. Les sages reprirent : « Ô Vénérable, c'est la vérité qui parle par ta bouche, oh oui ! Tout ce que tu nous a dit a bien été enregistré par notre esprit. Cependant, nous te prions de répondre encore à une nouvelle question : Agni, Vayu, l'Aditya qui est le Temps (Prajapati), Prana, la nourriture, Brahma, Rudra, Vishnu... Parmi ceux-ci, certains adorent et méditent sur l'un, d'autres sur un autre. Alors, indique-nous lequel d'entre eux mérite le plus notre adoration. Lequel est-ce ? » 6. Le sage Shakayanya leur répondit : « Ceux-ci sont les formes manifestées en tout premier par le suprême Brahman, immortel et incorporel. Et il est dit : “Celui qui éprouve de l'affection pour l'une de ces formes, se réjouit ici-bas, en ce monde.” Car en vérité Brahman est la totalité de ce monde; mais ces formes manifestées en tout premier par Lui, il faut les méditer, les adorer puis les abandonner. Car c'est ainsi que l'on sera uni à elles, qu'avec elles on traversera les mondes de plus en plus subtils, puis tandis que s'accomplira la dissolution de la totalité, on entrera en communion avec le Purusha – oui, avec le Purusha (cf. II,5). »
PRAPATHAKA CINQ – LEÇON CINQ V.1-2 : Hymne à l'Être universel 1. Il existe un hymne de louange composé par Kautsyayana, qui dit ceci :
2. À l'origine, ce monde-ci était uniquement ténèbres inertes, Tamas (cf. II,7), qui devaient exister aussi au sein de l'Être suprême. Sous l'impulsion de cet Être suprême, les ténèbres perdirent leur homogénéité et se muèrent en dynamisme, Rajas. De nouveau sous l'impulsion de l'Être suprême, le dynamisme perdit son homogénéité et se mua en pure lumière, Sattva. Cette pure lumière, sous l'impulsion de l'Être suprême, s'écoula comme une sève, ou une liqueur; c'est cette partie qui constitue la pure conscience (ou le connaisseur du champ, Kshetrajna – cf. II,5) dans les âmes individuelles, et qui possède la pensée (Manas), le jugement (Buddhi) et le sens de l'ego illusoire (Ahamkara) en tant que signes caractéristiques; Prajapati (le Démiurge) et Vishva (l'Esprit de la Totalité universelle) sont ses formes apparentes, déjà mentionnées auparavant (cf. II,5). Et maintenant, ô vous qui vivez en Brahman (Brahmacharin), cela qui est Sa part ténébreuse, c'est Rudra, le Destructeur; cela qui est Sa part dynamique, c'est Brahma, le Créateur; et cela qui est Sa part lumineuse, c'est Vishnu, le Préservateur. Et cet Unique, après s'être manifesté sous huit formes, puis sous onze, puis sous douze, s'est répandu en une infinité de formes. Parce qu'Il est devenu innombrable, Il est l'essence de l'âme naturelle. Il se meut et agit en tous les êtres, après avoir pénétré en eux, et c'est donc Lui qui est devenu le Maître absolu de tous ces êtres. Ainsi continue de vivre l'Atman, au plan intérieur et au plan extérieur – oui, sur ces deux plans simultanément.
PRAPATHAKA SIX – LEÇON SIX VI.1-8 : Prana et Aditya, le Soleil 1. Cet Atman, en vérité, se meut sous une double forme : en tant qu'énergie vitale (Prana) ici, et en tant que Soleil là-bas; ce sont là ses deux chemins, l'intérieur et l'extérieur; tous deux vont et viennent à travers le cycle jour-nuit. Le Soleil est précisément l'Atman extérieur, et le souffle de vie (Prana) l'Atman intérieur. Voilà pourquoi c'est par le cheminement de l'Atman extérieur (jour et nuit) que se mesure celui de l'Atman intérieur (veille et sommeil); car il est dit : “Tout homme possédant la connaissance, libéré du mal, maîtrisant ses sens, l'esprit purifié, recueilli en soi-même, son regard tourné vers l'intérieur, est l'Atman.” De même, c'est par le cheminement de l'Atman intérieur que se mesure celui de l'Atman extérieur; car il est dit : “Mais cet homme d'or à l'intérieur du Soleil, qui laisse tomber ses regards sur cette terre depuis son trône d'or – c'est Lui qui, résidant dans le lotus épanoui du cœur, consomme la nourriture.” 2. Et celui qui réside dans le lotus épanoui du cœur, consommant la nourriture, c'est aussi Lui qui, feu solaire résidant dans les cieux, consomme tous les êtres en tant que nourriture, tout en demeurant invisible, sous le nom de Kala, le Temps. Vous me demanderez : Quel est le lotus épanoui de l'univers ? Et en quoi consiste-t-il ? — Eh bien, voici ce qu'est le lotus épanoui : l'espace éthéré (Akasha), avec ses quatre directions principales et ses quatre directions intermédiaires, a donné forme aux pétales du lotus, qui font leur rotation, l'un suivant l'autre, à la façon dont le souffle vital et le Soleil accomplissent leur course.
3. Il y a deux aspects de Brahman, en vérité : l'aspect avec forme et l'aspect sans forme; l'aspect avec forme est irréel, l'aspect sans forme est réel, c'est l'authentique Brahman. De même que la lumière est Brahman, la lumière est aussi le Soleil. Et c'est la syllabe sacrée Om qui est le Soi, mais le Soi manifesté sous trois formes, car dans le son Om il y a trois unités phonétiques (A,U,M); par ces trois formes, ce monde entier est tissé en long et en large. Comme il est dit : “Le Soleil, en réalité, est cet Om.” Aussi doit-on méditer et se préparer à l'union avec le Soleil. 4. À un autre endroit, les Écritures disent aussi : “Le Haut-Chant (2) est le Pranava (3) et le Pranava est le Haut-Chant. Voilà pourquoi le Haut-chant est le Soleil, ainsi que le Pranava. Car il est dit : “Il faut méditer sur ce Haut-Chant, que l'on nomme le son sacré (Om), qui est le guide ou l'incitateur, qui a la forme de la lumière, qui est sans souffrance, sans âge, libéré de la mort, qui possède trois pieds [soit Bhur, Bhuvah et Svah, soit veille, rêve, sommeil], trois syllabes (A,U,M), qu'il faut reconnaître comme quintuple [prana, apana, vyana, samana, udana], et qui demeure occulté dans la cavité du cœur.” Et il est également dit : “Avec sa racine plantée en haut, c'est le Brahman à trois pieds; l'éther, le vent, le feu, l'eau et la terre (ainsi que leurs produits) sont ses branches; cet arbre que l'on appelle figuier, c'est le Brahman, et sa splendeur est celle du Soleil, mais aussi celle de la syllabe Om; c'est pourquoi on doit Le vénérer continuellement au moyen de la syllabe Om !” Car le Om est l'unique lumière qui éclaire l'être humain. Comme on le dit :
5. Il est dit ailleurs : “La syllabe Om est la forme sonore de l'Atman; le féminin, le masculin et le neutre sont ses formes sexuées; le feu, le vent et le soleil sont ses formes lumineuses; Brahma, Rudra et Vishnu sont ses formes souveraines; le feu Garhapatya du foyer domestique, le Dakshinagni des ancêtres et l'Ahavaniya du rituel védique sont les formes de ses bouches sacrificielles; les Rig, Yajur et Sama Védas sont ses formes de connaissance; Bhur, Bhuvah et Svah sont ses formes spatiales et universelles; le passé, le présent et le futur sont ses formes temporelles; Prana, Agni (le Feu) et Surya (le Soleil) sont ses formes ignées; la nourriture, l'eau et la Lune sont ses formes de croissance et de dilatation; Buddhi (l'intellect), Manas (le mental) et Ahamkara (l'ego) sont ses formes conscientes; Prana (inspir), Apana (expir) et Vyana (rétention) sont ses formes de souffle de vie.” En conséquence, lorsqu'on psalmodie le Om, toutes les formes ci-dessus mentionnées sont vénérées simultanément, car inclues dans la syllabe sacrée. Comme il est dit : “Oui vraiment, ô Satyakama, cette syllabe Om est le Brahman supérieur et inférieur.” 6. Autrefois, ce monde n'avait pas reçu de nom. Mais Prajapati, qui est la Vérité incarnée, après avoir pratiqué une ascèse, proclama ces mots : Bhur, Bhuvah, Svah, désignant ainsi la terre, l'espace intermédiaire et les cieux. L'univers est la forme la plus tangible et la plus grossière de Prajapati : Svah est sa tête, Bhuvah son ombilic, Bhur ses pieds, et le Soleil est son œil. Pour l'être humain (Purusha), la grande masse de matière qu'est le monde est interdépendante de ses yeux, car c'est par la vue qu'il parcourt la masse entière d'objets et de matière; vraiment, les yeux sont le Réel, parce que le Purusha s'y installe pour parcourir toutes choses en tous sens. Et c'est là pourquoi nous devons honorer la proclamation rituelle Bhur, Bhuvah, Svah; simultanément à elle, c'est Prajapati, qui est l'âme et l'œil de l'univers, que nous honorons. Comme il est dit : “Ceci, en vérité, est la forme de Prajapati qui soutient et maintient la totalité; c'est en elle que se résout ce monde entier, de même que c'est en ce monde entier que se résout cette forme universelle de Prajapati.” Voilà donc pourquoi c'est la forme que nous devons vénérer. 7. “Tat Savitur varenyam” (cette radieuse splendeur de Savitri) (4) — ce Soleil est Savitri (5), et c'est donc Lui que doit vénérer celui qui vénère l'Atman; c'est ce qu'affirment les enseignants du Brahman. “Bhargo devasya dhimahi” (prosternons-nous devant la splendeur de ce dieu) — Ce dieu est Savitri, et ce qu'on appelle Sa splendeur, je réfléchis et médite dessus; c'est ce qu'affirment les enseignants du Brahman.
8. En vérité, cet Atman est Ishana (Seigneur de la Totalité), Shambhu (Lieu de félicité), Bhava (l'Être, aspect bienveillant de Shiva), Rudra (Destructeur), Prajapati (Progéniteur), Vishvasrij (le Souverain universel), Hiranyagarbha (l'Œuf d'or), la Vérité, la Vie, Hamsa (le Cygne ou Âme suprême), Isha (le Gouverneur), Vishnu (le Préservateur), Narayana (Seigneur du Non-manifesté), Arka (Rayon solaire), Savitri (Soleil), le Créateur, le Régulateur, le Seigneur des seigneurs, Indra, Indu (Lune). Il est l'Unique, qui brille là, dans le Soleil, c'est un feu entouré d'un autre feu : l'Œuf d'or aux mille yeux. Il faut essayer de Le connaître véritablement, il faut L'étudier.
VI.9-17 : Sacrifice du Pranagnihotra, et symbolisme occulte de la nourriture 9. C'est pourquoi l'un de ces deux, Prana ou le Soleil, possède en propre le Soi. Quiconque, possédant cette connaissance, pratique la méditation uniquement sur le Soi, offre son sacrifice uniquement au Soi. Cette méditation, à pratiquer avec une détermination croissante, a toujours été prônée par les sages.
Puis le sacrifiant revêt d'eau l'Atman tandis qu'il se rince la bouche, puis prononce ces paroles : “ Salutations (Svaha) au Prana ! Salutations à l'Apana ! Salutations au Vyana ! Salutations au Samana ! Salutations à l'Udana !” Il fait ainsi une offrande, accompagnée de ces cinq invocations de nourriture spirituelle pour lui-même. Le restant de l'offrande, qu'il l'avale en silence. Puis, de nouveau il revêt d'eau l'Atman. Après s'être rincé la bouche et avoir accompli son offrande de nourriture à l'Atman, le sacrifiant doit méditer sur l'Atman en s'aidant des deux versets qui commencent respectivement par “Comme un souffle de vie, comme un feu...” et “Tu es Vishva...” :
Assurément, celui qui ingère la nourriture de cette façon ne sera jamais plus lui-même nourriture pour les autres. 10. Outre ceci, il faut prendre en compte encore autre chose. L'étape ultérieure de ce sacrifice à l'Atman concerne Son aspect de nourriture tout aussi bien que de consommateur de la nourriture. En voici l'explication : le Purusha spirituel (cf. II,5) réside dans la matière primordiale (7). Il est donc le consommateur, car il consomme la nourriture dérivée de la Nature primordiale (Prakriti). L'Atman naturel (Bhutatman) lui sert de nourriture, parce que sa génitrice femelle est la Matière primordiale (Prakriti). Donc, toute chose, étant constituée des trois attributs de l'énergie universelle (Sattva, Rajas, Tamas), devient de la nourriture à consommer, le consommateur étant le Purusha qui réside en son sein. La perception directe en fournit la preuve : du fait que les animaux tirent leur origine de la semence, il s'ensuit que la semence est ce qui doit être consommé (c-à-d. ce qui appartient au monde phénoménal). D'où également le fait que la Matière primordiale, en tant que semence du monde, est aussi ce qui doit être consommé. Ainsi donc, le Purusha est le consommateur, tandis que la Matière primordiale est ce qui doit être consommé; le Purusha, tandis qu'il se tient au sein de la Matière, la consomme. Quant à la nourriture, elle dérive de la Matière primordiale ; elle évolue à partir de Mahat (8) et en passant par les différenciations qui aboutissent aux éléments de la matière, elle s'incorpore au corps subtil (Linga) en épousant les modifications dues aux spécificités des trois Gunas. Cela donne l'explication des quatorze voies que parcourt la Matière primordiale à travers Mahat (l'Intelligence cosmique), Buddhi (l'intellect analytique), Ahamkara (sens de l'ego), Manas (l'esprit inférieur), puis les dix sens (9).
On dit que le goût savoureux de la graine ne peut être apprécié tant qu'aucune métamorphose n'a eu lieu en celle-ci [ce n'est pas la Matière primordiale et non-évoluée, mais le monde qui se déploie à partir d'elle, qui constitue la nourriture, en devenant objet pour les sens]. C'est aussi dans les trois âges de la vie, enfance, jeunesse et vieillesse, que la Matière se mue en nourriture. Que ces âges soient un processus de transformation de la Matière, est le résultat logique du fait qu'ils sont constitués de nourriture [à travers le corps constitué autour du linga sharira – cf. ci-dessus]. Dès lors que la Matière primordiale s'est ainsi métamorphosée en manifestations diversifiées, il devient possible de la percevoir. C'est à partir de leurs perceptions du monde extérieur, que les trois composants de la conscience (10) se mettent en activité et fonctionnent comme discrimination (Buddhi), pensée (Manas) et sens de l'ego (Ahamkara). Ensuite, par contact avec les objets du monde, les cinq sens de perception se mettent en activité; c'est là l'origine de toutes les activités des cinq sens, mais aussi des cinq souffles vitaux (cf. II,6) [car ils sont aussi impliqués dans la saisie du monde phénoménal]. Ainsi donc, la Matière manifestée (à travers Mahat, etc.) est de la nourriture, et la Matière non-manifestée l'est également. Mais le consommateur, c'est le Purusha dénué des trois attributs de l'énergie universelle (Sattva, Rajas, Tamas); de ce fait, sa nature de conscience supérieure (11) est prouvée.
Assurément, tout comme le feu est le consommateur de cette nourriture des dieux qu'est le Soma (élixir d'immortalité), ainsi celui qui possède cette connaissance mange ou consomme cette même nourriture par l'intermédiaire du feu [sacrificiel]. Ainsi, “l'Atman naturel revêt le nom de Soma et celui qui possède le Non-manifesté pour bouche revêt le nom de Feu.”— C'est ce qu'on affirme. Plus particulièrement, c'est le Purusha qui, à travers cette bouche du Non-manifesté qui est sienne, consomme la matière imprégnée des trois attributs de l'énergie universelle. 11. Telle est, en vérité, la forme apparente la plus sublime de Brahman : sa forme de nourriture. Car l'énergie de vie (Prana) consiste en nourriture; lorsqu'on est dépourvu de nourriture, “on ne peut plus penser, plus entendre, plus toucher, plus voir, plus parler, plus sentir, plus goûter, on exhale alors son dernier soupir”, dit la Chandogya (7,91), qui ajoute :
Comme le dit encore la Chandogya (2,2) :
12. À un autre endroit, il est dit : “Assurément, toutes ces créatures s'envolent jour après jour, comme des oiseaux, afin de s'emparer de leur nourriture; le soleil capte la nourriture à travers ses rayons, d'où son éclat; aspergées de sucs nutritifs, les forces vitales accomplissent ici-bas leur fonction digestive; le feu lui-même s'élance en flammes ardentes grâce à la nourriture, et c'est par désir d'une nourriture que Brahma a créé ce monde.” C'est pourquoi il faut vénérer la nourriture à l'égal de l'Atman. Et il est encore dit :
13. À un autre endroit, on dit encore : “Assurément, est nourriture tout ce qui procède de l'aspect préservateur de Vishnu, le Très-Haut.” En particulier, le souffle de vie (Prana) est l'essence de la nourriture, la pensée (Manas) est l'essence du souffle de vie, la connaissance (12) est l'essence de la pensée, la félicité (Ananda) est l'essence de la connaissance. Celui qui possède une telle connaissance devient riche en nourriture, riche en énergie vitale, riche en pensées, riche en connaissance et riche en félicité. Indéniablement, innombrables sont les créatures qui vivent de nourriture; celui qui possède une telle connaissance demeure au sein de toutes ces créatures et vit aussi de leur nourriture.
14. Il est dit, néanmoins, à un autre endroit : “La nourriture, en vérité, est l'origine ou la source de ce monde entier, et l'origine de la nourriture est le Temps, et l'origine du temps, c'est le Soleil.” La visibilité du Temps est cette multiplication qui, à partir de la durée d'un clin d'œil, donne le temps d'une année de douze mois. Dans cette année, une moitié [de Juin à Décembre, quand la course du soleil se déplace vers le sud-est, qui est la région d'Agni] est consacrée à Agni, l'autre moitié [de Décembre à Juin, quand la course du soleil se déplace vers le nord-est, qui est la région de Soma, la Lune] est consacrée à Varuna (13). Depuis la course vers le sud de Janvier jusqu'à fin juillet, le temps en cours est consacré à Agni, et depuis la course vers le nord de la constellation des Serpents jusqu'à mi-août, il est consacré à la Lune. Chaque mois de l'année est divisé en neuf quartiers, nommé en accord avec la constellation qui accompagne le Soleil. Compte tenu de la subtilité du Temps, c'est bien là la preuve de sa réalité. Et cette réalité suffit à démontrer l'existence du Temps. Car une proposition sans preuve reste à prouver et n'est pas recevable. Mais le Temps, qui exige en soi une preuve ou une démonstration, lorsqu'on le comprend dans ses moindres parties (comme la durée d'un clin d'œil, etc.), devient lui-même l'argument nécessaire à sa propre démonstration, et c'est par la voie de l'induction qu'il se démontre spontanément à notre conscience. Car, ainsi qu'on le dit :
Pour celui qui vénère le Temps comme étant Brahman, l'aspect transitoire du temps cesse tout à fait. Car il est dit :
15. En vérité, il existe deux formes de Brahman, le Temps et le Non-temps. En fait, ce qui se trouvait là avant l'apparition du Soleil, c'est le Non-temps, et il est indivisible; et ce qui a commencé avec l'apparition du Soleil, c'est le Temps, et il est divisible. La forme apparente du Temps divisible, c'est l'année, et c'est de l'année que les créatures naissent; et c'est aussi par l'année que les créatures, une fois nées, se développent; et c'est toujours en l'année que de nouveau elles se dissolvent et disparaissent. C'est pourquoi l'année est tout à la fois Prajapati (le Démiurge), le Temps, la nourriture, la résidence de Brahman, et l'Atman. Ainsi, il est dit :
16. Le Temps prend donc une forme corporelle, et l'océan dont émergent les créatures est celui que l'on nomme Savitri (le Procréateur), dont la demeure est le Temps; c'est bien par tous deux (Savitri et le Temps) que sont engendrées ces créatures, ainsi que la lune, les constellations, les planètes, l'année, etc. Et de ceux-ci proviennent à leur tour ce monde entier, ainsi que tout ce qui est propice ou adverse au sein de ce monde. En conséquence, le Soleil est le Soi de Brahman, ce Soleil que l'on nomme également le Temps, et qu'il faut vénérer. En fait, quelqu'un a dit : “Le Soleil est Brahman.” Par conséquent, il a été ajouté :
17. Le Brahman, en vérité, était ce monde en son commencement, Il était l'Unique, le Sans-limites, il était illimité vers l'est, illimité vers le sud, illimité vers l'ouest, illimité vers le nord, illimité vers le haut comme vers le bas, oui, illimité de toutes parts. Pour Lui, il ne se trouve rien en direction de l'est, rien en direction du zénith, rien dans les directions obliques, rien au-dessus, rien en-dessous. Il est l'Atman suprême que l'on ne peut se représenter, incommensurable, non-né, inexplorable, impensable; Il est “celui dont le Soi est l'infini (akashatman)” (Chandogya, 3,14,2). Lorsque le monde entier se résorbe, Il est celui qui demeure éveillé; et c'est Lui qui, de nouveau, éveille le Mental cosmique (Mahat); et c'est en Lui que pense ce dernier, comme c'est en Lui qu'à nouveau il se dissout. Telle est Sa forme apparente, emplie de splendeur, celle qui resplendit dans l'orbe du Soleil, ainsi que la lumière qui joue en teintes diaprées au sein de la flamme se consumant sans fumée (cf. I,2); et on Le trouve également au sein du corps, en tant que feu qui digère la nourriture. Aussi les Écritures disent-elles : “Celui qui réside dans le feu, celui qui réside dans le cœur et celui qui réside dans le soleil – ceux-là sont simplement Celui-là, l'Unique, et uniquement Lui.” Celui qui possède cette connaissance parvient à ne plus faire qu'un avec l'Unique. VI.18-30 : Les fruits du Yoga - Libération parfaite de Brihadratha 18. Suivent maintenant, dans l'ordre, les pratiques visant à parvenir à cette union : contrôle du souffle, retrait des sens, méditation, concentration, maîtrise du mental et immersion extatique – l'ensemble est appelé le sextuple Yoga. Grâce à lui, il se produit ceci :
On dit aussi ceci :
19. Ailleurs, les Écritures disent aussi : “Assurément, lorsque celui qui est un connaisseur rétracte son mental (Manas) du monde extérieur et, s'identifiant à son souffle de vie (Prana), immobilise les sens et demeure ainsi sans pensées, du fait que l'âme individuelle (maintenant identifiée à Prana) s'est abstraite de ce qui n'est pas le souffle de vie, — il doit alors, toujours s'identifiant à son souffle de vie (Prana), maintenir celui-ci dans ce que l'on nomme le quatrième état, Turiya (14).
Puis on ajoute :
20. À un autre endroit, on trouve aussi : “Une concentration (dharana) encore plus forte se produit lorsqu'on appuie le bout de la langue [sur le palais], supprime le discours du mental et suspend le souffle : on voit le Brahman grâce à ces contrôles. Celui qui voit ainsi le Soi à travers son propre soi*, radieux, plus subtil que l'infiniment subtil, et cela grâce au contrôle du mental, —ayant alors vu le Soi à travers son propre soi, se dépouille de son soi individuel (niratman) et, en vertu de son dépouillement du soi individuel, doit être considéré comme incommensurable et sans aucune origine ou cause.” Tel est le secret suprême, la caractéristique qui dénote la libération. Car il est également dit :
21. Ailleurs, il est dit : “Un canal subtil nommé Sushumna (15), qui dirige le souffle vital vers le haut, se sépare de part et d'autre du palais [vers la luette]. Celui qui accomplit l'union du souffle à la syllabe sacrée Om et au mental, s'élève le long de Sushumna vers les plans supérieurs; s'il tourne la pointe de sa langue vers le palais et rassemble ses organes sensoriels en une unité, il peut contempler la majesté qui se révèle à sa vision macrocosmique*.” Il parvient ainsi à l'état dépouillé de soi individuel, en vertu duquel il ne participe plus de la joie ni de la souffrance, mais parvient à l'état de transcendance absolue (16). Comme il est dit :
22. Ailleurs encore, il est dit : “Deux Brahmans, en vérité, doivent être contemplés, le sonore et le non-sonore, sachant que même à travers le sonore, le non-sonore se manifeste.” Ici, le sonore se réfère à la syllabe sacrée Om; lorsqu'on s'élève vers les plans supérieurs au moyen de ce mot, on parvient au sans-mot, ou au non-sonore, à l'annihilation. Plus loin, il est ajouté : “Telle est la voie, telle est l'immortalité, telle est l'union et telle est la félicité bénie.” Comme une araignée grimpe sur son propre fil pour se tirer du cachot ou du cloaque où elle a chuté, et monte à l'air libre, celui qui médite et prend son essor sur la syllabe Om, parvient à la libération.
23. Ailleurs encore, il est dit : “Le Brahman sonore, c'est la syllabe Om; mais la partie la plus exaltée de ce Brahman, c'est cela qui est paisible, sans mot, dénué de peur et de souffrance, cela qui est félicité, satisfaction, cela qui est inébranlable, fixe, immortel, stable, permanent, qui porte le nom de Vishnu et mène au lieu le plus éminent de tous; c'est pourquoi il faut vénérer l'un et l'autre Brahman.” Comme on le dit :
24. Et encore ailleurs, on trouve ceci : “Le corps est l'arc, la syllabe Om est la flèche, le mental est la pointe de la flèche, l'obscurité [l'ignorance] est la cible; quand on transperce l'obscurité, on atteint ce lieu qui n'est pas obscurci par les ténèbres. Celui qui a transpercé l'obscurité contemple Brahman, qui est comme une roue jetant des étincelles, dont la splendeur égale celle du Soleil, qui est pétri de puissance et se trouve par-delà les ténèbres. Ce Brahman scintille au sein de ce Soleil lointain, mais aussi dans la Lune, dans le feu, dans l'éclair, et celui qui L'a vu entre dans l'immortalité. Comme il est dit :
25. Ailleurs encore, il est dit : “Lorsque celui dont les sens sont réprimés ou mis en latence comme dans le sommeil, regarde dans la cavité des organes sensoriels*, tout en restant hors de l'emprise des impressions sensorielles, c'est à travers la pensée la plus pure, comme dans un rêve, qu'il y voit ce guide lumineux, cet Atman nommé comme le Pranava Om, qui est formé de pure lumière, qui est éveillé, sans âge, immortel et bienheureux.”
Il est aussi dit :
26. À un autre endroit, on trouve également : “Tout comme le pécheur, au moyen de son filet, retire de l'eau les créatures qui y vivent et les sacrifient au feu de ses entrailles, de même on retire – si l'on peut dire – les souffles vitaux au moyen de la syllabe Om et on les sacrifie dans le feu sans souffrance (de Brahman ou de l'Atman). Ce feu est semblable à un récipient de terre (empli de beurre fondu); et tout comme le beurre, une fois le récipient de terre mis au feu, s'embrase au contact des herbes ou du bois qui flambent, cet Atman que l'on désigne comme le non-Prana s'embrase au contact du souffle vital; donc ce qui s'embrase est la forme phénoménale de Brahman, c'est la demeure suprême de Vishnu,” autrement dit l'essence intime de Rudra (17), et c'est aussi ce qui, se divisant en un nombre incalculable d'êtres, peuple ce monde.
Aussi est-il dit :
27. À un autre endroit, on trouve également : “En vérité, voici ce qu'est la splendeur de Brahman, le Suprême, l'Immortel et l'Incorporel : c'est la chaleur interne du corps. Car ce corps sert (au Brahman incorporel) de beurre fondu (qui transforme sa chaleur en flamboiement et la rend ainsi manifeste); quand cette chaleur devient perceptible et manifeste, elle demeure néanmoins enveloppée par l'éther du cœur. C'est pourquoi on refoule l'éther dans la cavité du cœur par une concentration parfaite; c'est ainsi qu'émerge la lumière de cette chaleur (qui est Brahman); à la faveur de cette lumière, on pénètre sur le champ dans Son essence, tout comme un morceau de fer enfoui en terre passe bientôt à l'état de matière terreuse; et de même que ce morceau de fer transformé en terre ne peut plus subir les violences du feu et du forgeron, ou de tout autre agent similaire, de même la conscience individuelle entre en extinction, avec tout ce qui est son substrat. Car il est dit :
28. Ailleurs, il est dit ceci : “Celui qui passe par-delà (en les transcendant) les éléments (qui constituent le corps), les organes sensoriels et les objets des sens, se saisit de l'arc dont la corde est appelée pèlerinage (menant à la vie errante du renonçant) et dont le bois est appelé force de caractère. Puis avec la flèche du non-égoïsme, il abat le gardien du seuil (l'ego) qui se tient au portail de Brahman; ce gardien du seuil porte sur sa tête la couronne de l'infatuation, aux oreilles les pendants de la cupidité et de l'envie ou de la jalousie, et tient dans la main le bâton de la somnolence, de l'ivrognerie et de la fausseté; oui, il est le maître accompli de la duplicité, et brandit l'arc dont la corde est appelée colère, dont le bois est appelé avarice, et c'est avec la flèche du désir impérieux qu'il met habituellement à mort les créatures. Chez celui qui abat cet ego et part en pèlerinage sur la nef du Om par-delà l'éther du cœur, cet éther ne tarde pas à devenir manifeste; alors, comme un montagnard à la recherche de minéraux creuse et progresse péniblement dans les puits rocheux, il progresse péniblement jusqu'à ce qu'il arrive dans la salle de Brahman, fasse sa percée dans les fourreaux de Brahman qui consistent en quatre filets (celui de la nourriture, celui de la respiration, celui du mental et celui de la connaissance) en suivant les instructions d'un maître; alors, pur et assaini, vacant (Shunya), paisible, dépouillé de souffle de vie, dépouillé d'Atman, infini, impérissable, ferme, éternel, non-né, et libre, il demeure enraciné en sa propre majesté, et lorsqu'il se voit ainsi établi en sa propre majesté, il jette un coup d'œil à la roue des renaissances (Samsara) qui déroule ses cycles de-ci de-là.” Ainsi qu'on le dit :
29. Le sage Shakayanya, après avoir parlé et médité en silence tout en offrant sa vénération à Brahman, dit au roi Brihadratha : “Par la connaissance de Brahman, les fils de Prajapati, les Valakhilyas, se sont tracé un sentier montant vers Brahman; car, par le Yoga, on devient insensible aux couples d'opposés, on parvient au contentement parfait et à la paix de l'esprit.” Et il ajouta : “Cette science secrète de Brahman, on ne doit pas la révéler à qui n'est ni un fils ni un disciple et n'a pas maîtrisé son mental. Mais on doit la communiquer à celui qui s'est attaché avec une dévotion exclusive à son maître et s'est paré de toutes les vertus.” 30. Om ! Dans un lieu pur, et en tant qu'être pur, on doit demeurer fermement dans le Réel, parler du Réel, méditer sur le Réel, sacrifier au Réel [à la manière décrite en VI,9]. De cette façon, on pénètre au sein de Brahman le Réel, qui entretient le désir du Réel, on devient parfait et différent; la récompense est le relâchement des liens; sans espoirs, sans plus de peur face à quiconque que face à soi-même, sans désirer rien de plus, on parvient à Brahman et l'on continue de demeurer en Lui. Car se libérer de tout désir, c'est comme effectuer une grande élévation ou déterrer un trésor de grande valeur. C'est que, par nature, l'être humain (Purusha) participe de tous les désirs, et dans la mesure où il assume et accepte la volonté, la pensée et l'illusion du moi (Buddhi, Manas et Ahamkara) comme étant son corps psychique, il tombe dans la servitude; dans la mesure où c'est l'inverse qui se produit, il s'émancipe de cette servitude.
Ainsi parla Shakayanya, puis il médita en silence. Le Marut (le roi Brihadratha, cf. II,1) lui rendit hommage comme il convenait et put parvenir à son but. Il emprunta la voie nord du Soleil (uttarayana), sur laquelle ne se trouve aucune distraction, et mène exclusivement vers la voie de Brahman; après avoir franchi le portail du Soleil, il poursuivit son ascension. À ce propos, on cite le verset suivant :
VI.31-32 : Atman et organes des sens 31. En quoi consistent ces organes des sens qui s'en vont errer au loin ? Qui est-il, celui qui s'éveille à travers eux et les contrôle ? Telle est la question. La réponse est la suivante : ils sont tous l'Atman. Car c'est l'Atman qui s'éveille à travers les organes des sens et les contrôle. En eux, on trouve notamment les séductions des sens, mais aussi les ondes lumineuses émanées du soleil; il suffit de cinq rayons solaires pour consumer les objets, comme de cinq sens pour consommer les objets. Vous demandez : lequel d'entre eux est l'Atman ? Or, l'Atman, en vertu de ses caractéristiques, est pur, immaculé, est vacuité (Shunya), est paisible (cf. II,4), et il peut être compris grâce à ces caractéristiques. Quant à l'Atman qui est sans caractéristiques (alinga), il est mentionné comme étant la chaleur dans le feu, et la saveur extraordinairement pure de l'eau. D'autres caractéristiques lui sont ajoutées : parole, ouïe, vue, pensée et souffle de vie. Et d'autres encore : raison, volonté, mémoire, conscience. Or, toutes ces caractéristiques sont dans le même rapport à l'Atman que les plantes aux graines, que la fumée au feu et les étincelles à la flamme. À ce propos, on cite le verset suivant :
32. En vérité, c'est de l'Atman que surgissent tous les souffles vitaux, tous les mondes, tous les Védas, tous les dieux et toutes les créatures; son nom secret est “la réalité des réalités”. Tout comme, lorsqu'on allume un feu avec du bois humide, il s'en dégage des fumées qui se répandent alentour, ainsi furent exhalés par ce Grand Être les Rig, Yajur, Sama et Atharva Védas, les hymnes d'Atharvan et d'Angiras (18), les récits, les annales, les traditions, les doctrines secrètes (Upanishads), les œuvres poétiques, les aphorismes, les commentaires et les explications — oui, tout cela a été exhalé par Son souffle.
VI.33-38 : Sacrifice du Pranagnihotra 33. Cet Agni, préparé avec cinq briques, représente l'année, et ses briques représentent les saisons [printemps, été, mousson, automne et hiver]; il est doté d'une tête, deux ailes, un dos et une queue. Pour qui connaît le Purusha, le sol terreux de ce feu est la première pile de bois, offerte en hommage à Prajapati; celui-ci soulève de ses propres mains le maître du sacrifice dans l'espace atmosphérique (Antariksha) et l'offre à Vayu, le vent. 34. Le feu du foyer domestique est la terre, le feu des ancêtres est l'espace atmosphérique, le feu du rituel védique (19) est l'espace céleste. Voici pourquoi on les appelle le Purifiant (Pavamana), le Purificateur (Pavaka) et le Pur (Shuci) : par leur intermédiaire, le sacrifice du sacrificateur (que celui-ci offre comme Pranagnihotra (20) à l'intérieur de son corps) devient manifeste; le feu digestif (dans lequel on offre le Pranagnihotra) est un composé de Purifiant, de Purificateur et de Pur. Voilà pourquoi le feu sacrificiel doit être vénéré, doit être préparé, doit être porté aux nues et doit être médité. Le maître du sacrifice [celui qui l'accomplit] saisit la nourriture sacrificielle et désire méditer sur la divinité, en prononçant ces paroles :
Ce faisant, il clarifie également la signification du mantra de Savitri (cf. Gayatri mantra, VI,2 et 7): c'est sur “cette radieuse splendeur du Donneur de vie” qu'il faut méditer, c'est sur Savitri qui réside, en tant qu'entité pensante, dans la partie la plus intime de la conscience; le mental se fond en l'Atman, se hâtant de gagner le royaume de la paix. À ce propos, on trouve les versets suivants :
Ainsi donc, à celui qui n'accomplit pas l'Agnihotra (21), ne dispose pas le feu, n'a aucune connaissance et ne médite pas, les réminiscences de l'éther du séjour de Brahman sont inaccessibles. Voilà pourquoi le feu sacrificiel doit être vénéré, doit être préparé, doit être porté aux nues et doit être médité.
35. Obéissance à Agni, au gouverneur de la terre, au protecteur du monde ! Accorde ton monde à celui qui accomplit le sacrifice !
En vérité, “Je suis ce Purusha, qui réside au sein du soleil.” C'est bien la Loi de Vérité qui constitue l'essence propre de ce Purusha au sein du soleil; c'est la pureté, c'est l'essence du Purusha, c'est le non-sexué.
Seule une partie du pouvoir qui sous-tend l'univers s'élève jusqu'au centre du soleil et devient deux rayons de lumière; ce pouvoir est le connaisseur du Non-duel, c'est la Loi de Vérité, c'est le Yajur, c'est le feu de l'ascèse (Tapas), c'est Vayu, c'est le souffle de vie, c'est l'eau, c'est la lune, c'est l'Être pur, l'Immortel, c'est le royaume de Brahman, les jaillissements de splendeur; là les sacrificateurs sont unis par dissolution, comme les cristaux de sel; c'est l'unité de Brahman, là tous les désirs sont comblés. Ici, on récite l'hymne suivant :
36. En vérité, deux sont les formes apparentes de la lumière en Brahman : la forme paisible et reposante, la forme opulente. Celle qui est paisible a pour support l'espace, celle qui est opulente a pour support la nourriture. Voilà pourquoi il faut sacrifier sur l'autel, à l'aide des mantras, la nourriture préparée à base de plantes, de chair animale, de boulettes sacrificielles, de riz au lait, etc. Par ailleurs, on doit offrir le sacrifice en poussant la nourriture et la boisson des libations dans la bouche (car la bouche est considérée comme le feu du rituel védique, Ahavaniya), afin d'obtenir du pouvoir en abondance, de conquérir les mondes purs et d'atteindre à l'immortalité.
37. C'est pourquoi il faut vénérer au moyen de la syllabe Om cet incommensurable pouvoir qui se manifeste sous une triple forme : le feu, le soleil et le souffle vital. Il circule entre ces formes un canal qui charrie le flot de nourriture, laquelle est offerte au soleil à travers le feu; et la sève qui s'égoutte, ou qui se déverse comme une pluie dans le Haut-Chant (cf. VI,2), c'est par elle que vivent les souffles vitaux, et c'est par ceux-ci que vivent les créatures. À ce propos, on cite le passage suivant : “La nourriture sacrificielle qui est offerte à travers le feu est conduite jusqu'au soleil; le soleil la déverse dans une pluie de rayons, laquelle engendre la nourriture dont sont issues les créatures.” C'est ainsi qu'il est dit :
38. Celui qui accomplit l'Agnihotra tranche le filet de la convoitise, transperce l'illusion. Il ne consent plus à la colère, il réfléchit sur la vraie nature du désir de libération, il pénètre plus avant les fourreaux de Brahman qui consistent en quatre filets [de la nourriture, de la respiration, du mental et de la connaissance]; poursuivant sa route, il pénètre dans les les quatre cercles concentriques du Soleil, de la Lune, du feu et de la pure Lumière (Sattva). Alors purifié, il parvient en vue de cette entité qui se trouve en la pure Lumière, qui est immuable, immortelle, inébranlable, fixe, que l'on nomme Vishnu, le séjour qui accueille tous ceux qui ont le désir du Réel. Là se trouve l'Esprit suprême, libre et omniscient, qui s'enracine en Sa propre majesté. À ce propos, on cite le verset suivant :
Ayant médité sur cela qui a la taille d'une cellule du corps ou d'un pouce, et qui est infiniment plus subtil que le plus subtil, il parvient enfin à l'état le plus haut, suprême parce qu'en lui tous les désirs sont comblés. À ce propos, on cite le verset suivant :
PRAPATHAKA SEPT – LEÇON SEPT VII.1-7 : L'Atman, le Soleil universel et ses rayons 1. Agni, le mètre Gayatri, le Stoma Trivriti*, le Saman Rathantaram*, le printemps, le souffle vital (Prana), les étoiles, les Vasus (cf. VI,9) – tous se lèvent à l'est du Soleil, ils brillent, ils pleuvent, ils chantent les louanges du Soleil, puis de nouveau ils sombrent en lui, et luisent doucement en regardant furtivement à travers ses fentes. Mais lui, le Soleil, est inconcevable, car sans forme et d'une profondeur absolue; il est occulté, totalement pur, compact, insondable, dépourvu d'attributs de l'énergie universelle (Gunas); il est plénitude et splendeur, c'est lui qui jouit des attributs de l'énergie universelle, il est effrayant, car sans devenir; c'est lui, le Seigneur des yogis; omniscient, d'une puissance incommensurable, sans commencement ni fin, bienheureux, non-né, sage, indescriptible, il est celui qui crée tout, anime tout, consume tout et règne sur tout; il est l'être le plus intime de toute créature.
2. Indra, le mètre Trishtub, le Stoma Pancadasha, le Saman Brihat, l'été, le souffle Vyana, la Lune, les Rudras (1) – tous se lèvent au sud du Soleil, ils brillent, ils pleuvent, ils chantent les louanges du Soleil, puis de nouveau ils sombrent en lui, et luisent doucement en regardant furtivement à travers ses fentes. Mais lui, le Soleil, est sans commencement ni fin, il est incommensurable, infini; il ne peut être mû par aucune force extérieure, car il est libre, sans caractéristiques ni forme; son pouvoir est illimité, c'est lui, le Créateur et l'Illuminateur.
3. Les Maruts (cf. II,1), le mètre Jagati, le Stoma Saptadasha, le Saman Vairupam, la saison des pluies, le souffle Apana, Vénus, les Adityas (2) – tous se lèvent à l'ouest du Soleil, ils brillent, ils pleuvent, ils chantent les louanges du Soleil, puis de nouveau ils sombrent en lui, et luisent doucement en regardant furtivement à travers ses fentes. Mais lui, le Soleil, est paisible, silencieux ou taciturne, il est sans peurs ni souffrances, il est la joie incarnée, car il est comblé, fixe, immuable, immortel, inébranlable, permanent; il porte le nom de Vishnu, car il est le refuge suprême de tous les êtres.
4. Les Vishvadevas (3), le mètre Anushtub, le Stoma Ekavimsha, le Saman Vairajam, l'automne, le souffle Samana, Varuna, les Sadhyas (4) – tous se lèvent au nord du Soleil, ils brillent, ils pleuvent, ils chantent les louanges du Soleil, puis de nouveau ils sombrent en lui, et luisent doucement en regardant furtivement à travers ses fentes. Mais lui, le Soleil, est intérieurement pur, purifié, vacant (Shunya), paisible, il est dépourvu de souffle vital, dépourvu d'Atman, et il est sans fin.
5. Mitra-Varuna (5), le mètre Pankti, les Stomas Trinava et Trayastrimsha, les Saman Shakvaram et Raivatam, l'hiver et la saison froide, le souffle Udana, Varuna, les Angirasas (6) et la Lune – tous se lèvent au zénith du Soleil, ils brillent, ils pleuvent, ils chantent les louanges du Soleil, puis de nouveau ils sombrent en lui, et luisent doucement en regardant furtivement à travers ses fentes. Mais lui, le Soleil, est connu comme le Pranava Om, comme le Régent; il brille d'une splendeur radieuse, il n'a pas besoin de sommeil, il est sans âge, ne connaît pas la mort, ni la souffrance.
6. Saturne, la Tête et la Queue du Dragon [nœuds lunaires nord et sud], les démons Rakshasas, les génies Yakshas , les humains, les oiseaux, les créatures monstrueuses, les éléphants, etc. – tous se lèvent au nadir du Soleil, ils brillent, ils pleuvent, ils chantent les louanges du Soleil, puis de nouveau ils sombrent en lui, et luisent doucement en regardant furtivement à travers ses fentes. Mais c'est de lui, le Soleil, qu'émane l'Être de sagesse, il est le soutien des créatures qui vivent dans la séparation, l'être le plus intime de toute créature, il est immortel, pur, purifié, il est plénitude et splendeur, patient et paisible. 7. Oui, vraiment, le Soleil est “l'Atman au plus intime de l'être (dans la cavité du cœur), entièrement pur” (Chandogya, 3,14,3), semblable à un feu qui s'embrase et prend toutes les formes (Vishvarupa). Cet univers constitue sa nourriture, toutes les créatures en sont tissés de la trame à la chaîne, il est l'Atman, l'Immaculé, exempt du vieillissement, de la mort, de la souffrance, du doute, et n'est entravé par aucune chaîne; ses résolutions se réalisent toujours, ainsi que ses désirs. Il est le Tout-puissant, il est le Gouverneur de tous les êtres et leur Protecteur, car il est le pont qui maintient la liaison entre les parties séparées ou découpées. Cet Atman est à juste titre appelé Ishana (Seigneur de la Totalité), Shambhu (Lieu de félicité), Bhava (l'Être, aspect bienveillant de Shiva), Rudra (Destructeur), Prajapati (Progéniteur), Vishvasrij (le Souverain universel), Hiranyagarbha (l'Œuf d'or), la Vérité, la Vie, Hamsa (le Cygne ou Âme suprême), Isha (le Gouverneur), Vishnu (le Préservateur), Narayana (Seigneur du Non-manifesté) (cf. VI,8). Ici-bas, l'Atman demeure dans le feu, dans le cœur et dans le Soleil. VII.8-10 : Polémique contre les hérésies 8. Et maintenant, ô roi, voici les vues erronées qui constituent une attaque ou une pollution de la connaissance.
Là, on trouve les filous, les hypocrites, les danseurs et les mimes, les soldats mercenaires, les vagabonds, les comédiens, ainsi que ceux qui ont commis des actes répréhensibles ou tout autre faute alors qu'ils étaient fonctionnaires du roi.
9. Ainsi par exemple, ce fut Brihaspati (7) qui, prenant la forme de Shukra (le précepteur des anti-dieux, Asuras), communiqua cette nescience (8) aux Asuras pour les mener à la destruction, aux seules fins de protéger le dieu Indra; selon cette fausse doctrine, le mal est désigné comme étant le bien, et inversement. Car les Asuras avaient réclamé des règles d'études clairement prescrites, qui devaient fatalement renverser l'édifice doctrinal du Véda et de tous les traités. Il ne faut donc pas étudier cette doctrine, car elle est pervertie et stérile, si ce n'est le bénéfice de simples plaisirs transitoires, proches de ceux que connaît celui qui s'écarte du droit chemin. En conséquence, on ne doit pas avoir affaire à cette fausse doctrine.
Car, comme le disent les Écritures :
10. Il advint une fois que les dieux et les démons, désireux de connaître l'Atman, allèrent trouver Brahma* et, après lui avoir rendu les hommages de circonstance, lui demandèrent : « Révéré Seigneur, nous sommes en quête de l'Atman. Pourrais-tu nous nous communiquer toute la connaissance à son propos ? » Mais Brahman, après mûre réflexion, estima que les démons cherchaient l'Atman là où ils ne le trouveraient pas; aussi leur indiqua-t-il une direction erronée où chercher l'Atman. C'est pourquoi les démons vivent dans l'illusion, en s'accrochant aux choses de ce monde; ils brisent et battent le bateau salvateur [qui mène vers l'autre rive] et, comme ils rendent hommage au faux [le non-Réel], ils prennent, sous l'effet de l'illusion et du mirage, le faux pour le vrai [le non-Réel pour le Réel]. C'est aussi pourquoi tout ce qui est dit dans les Védas est la vérité, et les hommes sensés vivent selon les enseignements des Védas. Donc, un brahmane ne doit étudier rien d'autre que les Védas, sinon cela entraînerait les mêmes conséquences que pour les démons.
11. La nature essentielle de l'éther qui se trouve dans la cavité du cœur est ce pouvoir suprême, dont la nature est triple : celle du feu, celle du Soleil et celle de l'énergie vitale (Prana). Oui, la nature essentielle de l'éther qui se trouve dans la cavité du cœur est cette syllabe sacrée Om. Grâce à elle, ce pouvoir fait sa percée et se libère avec force, entame son ascension et est rejeté par le souffle; cela peut se pratiquer sans pause, ou alors servir de support à la méditation sur Brahman.
Om ! Que mes membres et mon discours, Prana, yeux, oreilles, vitalité Om ! Que la Paix soit en moi ! Ici se termine la Maitrayanopanishad, appartenant au Sama Véda.
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