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Taittiriya Upanishad Upanishad de la Taittiriya Samhita
Note préliminaire : Cette Upanishad, l'une des plus antiques, est extraite de la Taittiriya Samhita, ou recension du Krishna Yajur Véda (ou Yajur Véda “noir”) élaborée par l'école de Tittiri (qui donna son nom au Taittiriya Shakah dont proviennent – entres autres volumes – la Samhita et l'Upanishad présente). Tittiri fut un célèbre disciple du grammairien Yaska, au 6ème-5ème siècle av. J.-C. Le Yajur Véda étant essentiellement un recueil liturgique de prescriptions rituelles et sacrificielles, cette Upanishad intercale de nombreux hymnes, prières et invocations, dans sa première partie consacrée à l'étude de la phonétique et des mantras de méditation, et à la discipline morale et mentale qui en est le préalable obligatoire; par ailleurs, cette Upanishad passe pour présenter, dans sa seconde partie, la première élaboration de la théorie des cinq corps subtils, koshas.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Shiksha Valli (Liane* sur Shiksha**)
Chapitre i : Invocation I-i-1: Puisse Mitra nous accorder la félicité ! Puisse Varuna nous accorder la félicité ! Puisse Aryaman nous accorder la félicité ! Puissent Indra et Brihaspati nous accorder la félicité ! Puisse Vishnu aux puissantes enjambées nous accorder la félicité ! Hommage à Brahman ! Hommage à Toi, ô Vayu ! Tu es en vérité Brahman, à notre portée immédiate. Toi seul peux être appelé le Brahman direct. Je T'attribuerai l'épithète de droiture. Je T'attribuerai l'épithète de vérité. Puisse-t-Il me protéger ! Puisse-t-Il protéger le Maître! Oui, puisse-t-Il me protéger ! Puisse-t-Il protéger le Maître! Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
I-ii-1: Nous allons exposer succinctement la science de la prononciation. Les notions à acquérir sont : l'alphabet, l'accentuation, la métrique, l'accent tonique, la modulation, la combinaison (1). Ainsi s'articule le chapitre sur la prononciation.
Chapitre iii : Méditation sur les combinaisons I-iii-1: Puissions-nous tous deux (1) atteindre à la notoriété ensemble. Puisse la perfection spirituelle [de Brahman] nous être accordée à tous deux simultanément. Maintenant nous allons exposer la méditation sur la combinaison à l'aide des cinq catégories en rapport aux mondes, aux objets lumineux célestes, à la connaissance, à la progéniture et au corps. Ce sont ces catégories que l'on appelle les combinaisons majeures. Maintenant, voyons la méditation sur les mondes : la terre est la première lettre, l'espace céleste est la dernière, l'Akasha (2) est l'entremonde (3); Vayu (4) fait la liaison. Telle est la méditation sur les mondes.
I-iii-2-4: Vient ensuite la méditation sur les objets célestes lumineux. Le feu est la première lettre, le soleil est la dernière, l'eau est le point de jonction; l'éclair fait la liaison. Telle est la méditation sur les objets lumineux. Chapitre iv : Prière pour obtenir sagesse et fortune I-iv-1-2: Ce Om qui est tenu en si haute estime par les Védas, qui est répandu dans tous les mondes et qui sortit des Védas immortels en tant que quintessence, puisse-t-il, ce Om qui est Indra (1), le Seigneur suprême, me conférer l'intelligence. Ô Seigneur, que je puisse devenir digne réceptacle de l'immortalité ! Que mon corps soit en pleine santé, que ma langue surpasse toutes les autres en compassion, que mes oreilles entendent beaucoup d'enseignements. Tu es le fourreau de Brahman et tu es revêtu de la sagesse du monde. Protège l'enseignement que j'ai entendu !
I-iv-3: Que je puisse acquérir une certaine notoriété parmi mes semblables. Salut ! Que je puisse devenir un personnage honoré parmi les nantis. Salut ! Ô l'Unique et l'Adorable, que je puisse entrer en Toi tel que Tu es. Salut ! Ô Vénérable, puisses-Tu, tel que Tu es, entrer en moi. Salut ! Ô l'Unique et l'Adorable, qui es diversifié en formes innombrables, que je puisse purifier mes imperfections en Toi. Salut ! Comme l'eau dévale les pentes, comme les mois filent et s'amalgament pour faire une année, de même, ô Seigneur, puissent les étudiants venir à moi de tous les horizons. Salut ! Tu es pour moi tel un refuge, c'est comme tel que Tu t'es révélé à moi, et Tu m'as touché en plein cœur et de part en part. Chapitre v : Quatre mots sacrés I-v-1-2: Bhuh, Bhuvah, Suvah – ces trois-ci sont en réalité les Vyahritis (1). En plus d'eux, Mahacamasya en connaissait un quatrième – Maha, de son nom. C'est Brahman, c'est le Soi, et les autres dieux sont Ses membres. Bhuh, bien sûr, est ce monde-ci, Bhuvah est l'entremonde, Suvah est “l'autre monde”. Maha est le soleil, grâce auquel les mondes s'épanouissent. Bhuh est aussi le feu, Bhuvah est l'air et Suvah, le soleil. Maha est la lune, grâce à laquelle les luminaires s'épanouissent. Bhuh, en vérité, est le Rig Véda, Bhuvah le Sama Véda et Suvah le Yajur Véda.
I-v-3: Maha est Brahman (c.-à-d. Om), et c'est bien par Brahman (Om) que tous les Védas sont irrigués. Bhuh est en vérité Prana (l'inspir) (1), Bhuvah est Apana (l'expir), Suvah est Vyana (la rétention), et Maha est la nourriture, grâce à laquelle toutes les forces vitales sont entretenues. Et chacun de ces quatre-là est quadruples : ainsi, les Vyahritis se subdivisent en quatre quaternités. Quiconque les connaît toutes, connaît Brahman. C'est à Lui que tous les dieux portent des offrandes.
Chapitre vi : Méditation sur Brahman I-vi-1-2: Dans la caverne du cœur (1), se tient cette Entité, immortelle, émettant une lumière radieuse, que nous devons réaliser au moyen de la Connaissance. Quant à cette chose qui pend au fond du palais comme une tétine [sic !], c'est à travers elle que court le sentier vers Brahman; lorsqu'il atteint la raie de la chevelure, il la traverse en séparant le cerveau en deux hémisphères. L'aspirant qui a suivi ce sentier est capable de se tenir fermement dans le Feu, représenté par le Vyahriti Bhuh; dans l'Air, représenté par le Vyahriti Bhuvah; dans le Soleil, représenté par le Vyahriti Suvah; en Brahman, représenté par le Vyahriti Maha. Il a acquis, en ce qui le concerne, une souveraine indépendance; il a atteint à la maîtrise de son mental et tient fermement les rênes de ses discours, de ses regards, de son écoute, de son étude. Et par-dessus tout, il devient Brahman, qui s'est incarné dans l'Akasha (cf. shloka I-iii-1), identique dans le grossier comme dans le subtil, ayant la Vérité comme nature authentique, se manifestant dans la vie sous toutes ses formes, Lui qui est source de félicité pour l'esprit qui est entré en Sa possession, Lui qui est riche et possède la paix intégrale et l'immortalité. C'est ainsi, ô Prachinayogya, que tu dois méditer sur Lui.
Chapitre vii : Méditation sur les quinternités * * Groupe de cinq. À défaut de terme correspondant en Français, j'opte pour ce néologisme, dans la logique du mot “quaternité”. I-vii-1: Terre, atmosphère, espace céleste, directions primaires et directions intermédiaires; feu, air, soleil, lune, étoiles; eau, herbes, arbres, espace et Virat (1) – tous ceux-ci sont en relation aux facteurs naturels. Viennent ensuite les facteurs individuels : Prana, Vyana, Apana, Udana et Samana (cf. shloka I-v-3); œil, oreille, mental, parole et sens tactile; peau, chair, muscles, os et moelle. Les ayant visualisés dans l'ordre ci-dessus, le voyant (2) dit : “Tout est constitué de groupes de cinq facteurs”, et l'on emplit les quinternités de l'univers naturel (extérieur) au moyen des quinternités de l'univers individuel (intérieur).
Chapitre viii : Méditation sur Om - Brahman I-viii-1: Om est Brahman. Om est tout ceci qui nous entoure. Om est réputé être un excellent mot stimulant l'émulation. Qui plus est, les enseignants le font réciter par leurs élèves à l'intention des dieux, en leur disant : “Om, récite à l'intention des dieux”. On entonne les chants du Sama Véda en commençant par Om. Prononçant les mots “Om som”, on récite les Shastras (1). Le prêtre de Brahma signifie son approbation au moyen du mot Om. On donne l'autorisation de procéder au sacrifice de l'Agnihotra (2) au moyen du mot Om. Un Brahmane (3), au moment de réciter les Védas, entonne le Om avec l'idée : “Je veux atteindre à Brahman”. Et c'est véritablement ce qu'il fait : il atteint à Brahman.
Chapitre ix : Les disciplines I-ix-1: La droiture, l'étude et l'enseignement sont les disciplines à pratiquer. Oui, véracité, étude et enseignement des Védas doivent être pratiqués. On doit recourir à l'ascèse, l'étude et l'enseignement des Védas. On doit pratiquer le contrôle des sens orientés vers l'extérieur, l'étude et l'enseignement des Védas. On doit recourir au contrôle des sens orientés vers l'intérieur, l'étude et l'enseignement des Védas. Les feux doivent être allumés et vivifiés, et l'étude et l'enseignement des Védas s'ensuivre. Le sacrifice de l'Agnihotra doit être accompli, suivi d'étude et d'enseignement des Védas. On doit recevoir des hôtes, et cependant continuer de pratiquer étude et enseignement des Védas. On doit s'acquitter de ses devoirs selon les conventions sociales, et cependant continuer de pratiquer étude et enseignement des Védas. On doit engendrer des enfants, et cependant continuer de pratiquer étude et enseignement des Védas. Procréation, étude et enseignement doivent être menés de front. Un petit-fils doit être élevé, et l'étude et l'enseignement ne pas cesser. La vérité est le point essentiel – telle est la conviction de Satyavacha, de la lignée de Rathitara. L'ascèse est le point essentiel – telle est la conviction de Taponitya, fils de Purusisti. Seuls l'étude et l'enseignement des Védas sont les points essentiels – telle est la conviction de Naka, fils de Mudgala. [Face aux divergences de points de vue], l'austérité est tout indiquée; l'austérité sert à cela, en vérité.
I-x-1: « Je suis source de vigueur pour l'arbre du monde. Ma renommée va aussi haut que la cime d'une montagne. La source qui m'irrigue est la pureté suprême de Brahman. Je suis l'essence immaculée de l'Atman (1), elle est tel le nectar d'immortalité qui se trouve dans le soleil. Je suis tel un trésor rutilant. Je possède une intelligence affûtée, je suis immortel et sans déclin. » Telles furent les paroles de Trisanku après qu'il eut atteint à la réalisation.
Chapitre xi : Exhortation aux disciples qui s'en vont I-xi-1: Après qu'il leur ait enseigné les Védas, l'instructeur communique ces ultimes préceptes à ses étudiants : « Dites la vérité. Pratiquez la droiture (1). Ne négligez pas l'étude des Védas. Après avoir offert à votre Maître le prix convenu, ne négligez pas votre devoir vis-à-vis de votre lignée et fondez une famille. Ne vous écartez pas, même par inadvertance, de la vérité. Ne déviez jamais de l'action droite. Ne commettez pas d'erreur concernant votre bien-être personnel. Ne négligez pas la prospérité de votre situation. Et ne relâchez jamais votre étude et votre enseignement des Védas.
I-xi-2-4: Ne commettez pas d'erreurs dans vos devoirs envers les divinités et les mânes, à commencer par la négligence. Que votre mère soit une déesse à vos yeux. Et votre père un dieu. Et que soient pour vous comme des dieux votre instructeur et l'hôte que vous hébergez. Les activités qui ne sont pas dignes de louanges, vous pouvez les pratiquer au besoin, mais pas celles qui sont méprisables. Ce sont les activités louables à nos yeux que vous devez pratiquer de préférence aux autres. Vous devez, afin de les soulager de leur fatigue, offrir des sièges aux brahmanes qui sont les plus méritants parmi nous. L'offrande doit être accomplie comme un honneur et jamais sans foi, et doit être en abondance. Elle doit aussi s'accompagner de modestie. Et de crainte sacrée. On doit la pratiquer dans un esprit de sympathie. Et si vous rencontrez le moindre doute concernant les devoirs ou les coutumes, vous devez de préférence vous comporter comme le ferait un brahmane, en prenant pour modèle ceux qui pourraient être présents à ce moment-là et qui sont aptes à disputer avec clarté de ces questions, qui sont eux-mêmes adeptes de tels devoirs et coutumes sans y être forcés par d'autres personnes, qui n'ont pas un jugement trop sévère et désirent sincèrement pratiquer le dharma (cf. shloka I-xi-1). Et de même en ce qui concerne les gens sous le coup d'une opprobre sociale : vous devez vous comporter comme le ferait un brahmane [et selon les mêmes critères que précédemment – NdT]. Telle est l'injonction, telle est l'instruction. Telle est la sagesse secrète des Védas. Tel est le commandement divin. Telle est la façon de méditer. Et c'est cette façon qu'il vous faut observer. » Chapitre xii : Mantra de paix I-xii-1: Puisse Mitra nous accorder la félicité ! Puisse Varuna nous accorder la félicité ! Puisse Aryaman nous accorder la félicité ! Puissent Indra et Brihaspati nous accorder la félicité ! Puisse Vishnu aux puissantes enjambées nous accorder la félicité ! Hommage à Brahman ! Hommage à Toi, ô Vayu ! Tu es en vérité Brahman, à notre portée immédiate. Toi seul peux être appelé le Brahman direct. Je T'attribuerai l'épithète de droiture. Je T'attribuerai l'épithète de vérité. Puisse-t-Il me protéger ! Puisse-t-Il protéger le Maître! Oui, puisse-t-Il me protéger ! Puisse-t-Il protéger le Maître! Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Brahmananda Valli (Liane sur la félicité en Brahman)
Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti ! Chapitre i : Annamaya Kosha (1), la gaine alimentaire
II-i-1: Om ! Le Connaisseur de Brahman atteint au Suprême. Voici un verset qui exprime ce fait : « Quiconque connaît Brahman, qui est Vérité, Connaissance et Infinité, qui réside dans l'akasha subtil (cf. shloka I-iii-1) et se trouve occulté dans la cavité du cœur (cf. shloka I-vi-1-2), quiconque s'identifie à l'omniscient Brahman, jouit simultanément de toutes choses désirables. » Chapitre ii : Pranayama Kosha, la gaine d'énergie vitale II-ii-1: À ce propos, le verset suivant est clair : « En vérité, c'est de la nourriture que sont nées toutes les créatures qui peuplent cette Terre. De plus, c'est uniquement par la nourriture qu'elles subsistent et, à leur mort, elles retournent à cette terre nourricière. En vérité, c'est bien la nourriture qui fut la première à exister avant toute créature, aussi est-il juste de l'appeler la panacée universelle. » Ainsi que celui-ci : « Ceux qui ont pour la nourriture la même vénération que pour Brahman, obtiennent de la nourriture en abondance. La nourriture est l'aînée de tout ce qui fut créé, et c'est à ce titre qu'on l'appelle la panacée universelle. Toutes les créatures sont nées de la nourriture; une fois nées, elles subsistent grâce à la nourriture. Par le fait qu'elle est absorbée par les créatures vivantes et qu'elle aussi s'en nourrit à son tour, on l'appelle la nourriture. (sic !) » Chapitre iii : Manomaya Kosha, la gaine mentale II-iii-1: À ce propos, le verset suivant est clair : « Les sens et la conscience vivent grâce à l'énergie vitale qu'inhale la bouche; tous les êtres humains et les animaux sont similaires sur ce point; et puisqu'en le prana réside la vie de toute créature, on l'appelle la vie universelle. Ceux qui rendent un culte au prana en tant que Brahman, atteignent la longévité maximale d'une vie humaine. Oui, puisqu'en le prana réside la vie de toute créature, on l'appelle la vie universelle. »
Chapitre iv : Vijnamaya Kosha, la gaine de l'intellect II-iv-1: À ce propos, le verset suivant est clair : « On n'est plus assujetti à la peur dès lors que l'on connaît cette félicité qu'est Brahman. Sur elle, les mots et la pensée qui les accompagne, impuissants à l'atteindre, font ricochet. »
Chapitre v : Anandamaya Kosha, la gaine spirituelle (de félicité) II-v-1: À ce propos, le verset suivant est clair : « C'est la connaissance de l'intellect qui accomplit les sacrifices, c'est elle qui accomplit tous les devoirs, tous les actes. Toutes les divinités rendent hommage à cette connaissance, qui apparut en premier, qui est Brahman, en vérité. » Ainsi que celui-ci : « Celui qui connaît au moyen de la pure connaissance de Brahman, et jamais ne s'en écarte, celui-là abandonne tous ses péchés avec son corps et jouit, en plénitude et en abondance, de toutes jouissances. » Chapitre vi : Brahman, source de la Totalité II-vi-1: À ce propos, le verset suivant est clair : « Quiconque connaît Brahman comme non-existant, devient lui-même non-existant. Mais quiconque connaît Brahman comme réellement existant, alors il est lui-même réellement existant, et comme tel on le considère. »
Chapitre vii : Brahman et l'absence de peur II-vii-1: À ce propos, le verset suivant est clair : « À l'origine, tout ceci qui nous entoure n'était que le Non-manifesté, Brahman. De Cela (1), émergea le manifesté. Oui, Brahman Se créa Lui-même, au moyen de Lui-même ! Aussi L'appelle-t-on l'Auto-engendré. »
Chapitre viii : Brahman et la Félicité suprême II-viii-1-4: À ce propos, le verset suivant est clair : « Par peur de Lui, Vayu souffle ses vents; par peur de Lui, le Soleil se lève et parcourt l'espace; par peur de Lui, le Feu court et dévore; par peur de Lui, se meuvent Indra, le Tonnerre, et Yama, la Mort. »
II-viii-5: Celui qui est ici, dans la personne humaine, et Celui qui est là-bas, dans le soleil, sont un. Quiconque connaît ceci et devient mort au monde d'ici-bas, atteint au Soi qui constitue sa nourriture, qui constitue son énergie vitale, ainsi que son mental, son intellect, sa félicité. Chapitre ix : Brahman, union du positif et du négatif II-ix-1: À ce propos, le verset suivant est clair : « L'homme illuminé qui a réalisé cette félicité qu'est Brahman, sur laquelle les mots et la pensée qui les accompagne, impuissants à l'atteindre, font ricochet, ne connaît plus jamais aucune peur. » De plus, il n'est plus assailli du remords d'avoir commis des actes négatifs, ni du regret de n'avoir pas accompli d'actes positifs. Car pour quiconque possède la connaissance illuminée, les uns et les autres sont identiques en l'Atman; et même, il respecte autant le négatif que le positif car, ensemble, ils sont l'Atman. Telle est l'Upanishad, telle est la connaissance secrète de Brahman.
Bhrigu Valli (Liane sur Brighu, fils du dieu Varuna)
Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti ! Chapitre i : Définition de Brahman III-i-1: Brighu, le fils renommé de Varuna, s'approcha de son père avec la requête suivante : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Nourriture, énergie vitale, œil, oreille, mental, parole – telles sont les voies d'approche vers Brahman. » Puis il ajouta : « Cela (cf. shloka II-vii-1) d'où proviennent les êtres humains, Cela par quoi ils vivent après être nés, Cela en quoi ils entrent et se fondent [après leur mort] – recherche ardemment à connaître Cela. Car Cela est Brahman. » Brighu pratiqua donc une ascèse (tapas, cf. shloka. II-vi-1). Chapitre ii : Le corps est Brahman III-ii-1: Ayant accompli une ascèse, Brighu réalisa que la nourriture est Brahman (1). Car en vérité, c'est à partir de la nourriture que tous ces êtres vivants développent un corps physique dans lequel naître, c'est par elle qu'ils subsistent une fois nés, et c'est vers elle qu'ils se dirigent et se fondent [après leur mort]. Après cette réalisation, il retourna vers son père Varuna avec cette nouvelle requête : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Désire ardemment connaître Brahman au moyen de l'ascèse, car elle ouvre la voie vers la connaissance de Brahman. » Brighu pratiqua donc une ascèse.
Chapitre iii : L'énergie vitale est Brahman III-iii-1: Ayant accompli une ascèse, Brighu réalisa que l'énergie vitale (prana, cf. shloka I-v-3) est Brahman. Car en vérité, c'est de l'énergie vitale que jaillissent tous ces êtres vivants, c'est par elle qu'ils subsistent une fois nés, et c'est vers elle qu'ils se dirigent et se fondent [après leur mort]. Après cette réalisation, il retourna vers son père Varuna avec cette nouvelle requête : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Désire ardemment connaître Brahman au moyen de l'ascèse, car elle ouvre la voie vers la connaissance de Brahman. » Brighu pratiqua donc une ascèse. Chapitre iv : Le mental est Brahman III-iv-1: Ayant accompli une ascèse, Brighu réalisa que le mental (manas, cf. shloka II-iii-1) est Brahman. Car en vérité, c'est du mental que jaillissent tous ces êtres vivants, c'est par lui qu'ils subsistent une fois nés, et c'est vers lui qu'ils se dirigent et se fondent [après leur mort]. Après cette réalisation, il retourna vers son père Varuna avec cette nouvelle requête : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Désire ardemment connaître Brahman au moyen de l'ascèse, car elle ouvre la voie vers la connaissance de Brahman. » Brighu pratiqua donc une ascèse. Chapitre v : L'intellect est Brahman III-v-1: Ayant accompli une ascèse, Brighu réalisa que l'intellect (vijnana, cf. shloka II-iv-1) est Brahman. Car en vérité, c'est de l'intellect que jaillissent tous ces êtres vivants, c'est par lui qu'ils subsistent une fois nés, et c'est vers lui qu'ils se dirigent et se fondent [après leur mort]. Après cette réalisation, il retourna vers son père Varuna avec cette nouvelle requête : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Désire ardemment connaître Brahman au moyen de l'ascèse, car elle ouvre la voie vers la connaissance de Brahman. » Brighu pratiqua donc une ascèse. Chapitre vi : La félicité est Brahman III-vi-1: Ayant accompli une ascèse, Brighu réalisa que la félicité (ananda) est Brahman. Car en vérité, c'est en la félicité que tous ces êtres vivants ont leur origine, c'est par elle qu'ils subsistent une fois nés, et c'est vers elle qu'ils se dirigent et se fondent [après leur mort]. Cette connaissance que réalisa Brighu et que lui communiqua Varuna a comme point de départ la gaine de nourriture du corps physique et aboutit à la suprême Félicité, qui réside dans la cavité du cœur. Celui qui possède cette connaissance est établi fermement dans la félicité de Brahman; il devient possesseur de la nourriture, et il la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée. Chapitre vii : Importance de la nourriture (1) III-vii-1: Le connaisseur de Brahman fait vœu de ne jamais déprécier la moindre nourriture. En fait, c'est l'énergie vitale (prana) qui est la véritable nourriture et le corps est celui qui s'en nourrit; le corps repose sur l'énergie vitale, et réciproquement, l'énergie vitale repose sur le corps : ainsi, la nourriture repose sur la nourriture ! D'où l'on constate que corps et énergie vitale sont tous deux des nourritures, et qu'une nourriture loge en l'autre. Celui qui possède cette connaissance est établi fermement dans la félicité de Brahman; il devient possesseur de la nourriture, et il la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée. Chapitre viii : Importance de la nourriture (2) III-viii-1: Le connaisseur de Brahman fait vœu de ne jamais rejeter la moindre nourriture. L'eau, en vérité, est nourriture; le feu est le mangeur; car le feu repose sur l'eau, et réciproquement, l'eau repose sur le feu : ainsi, la nourriture repose sur la nourriture ! D'où l'on constate qu'eau et feu sont tous deux des nourritures, et qu'une nourriture loge en l'autre. Celui qui possède cette connaissance est établi fermement dans la félicité de Brahman; il devient possesseur de la nourriture, et il la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée. Chapitre ix : Importance de la nourriture (3) III-ix-1: Le connaisseur de Brahman fait vœu de faire abonder la nourriture. La terre, en vérité, est nourriture; l'akasha (cf. shloka I-iii-1) est le mangeur; car l'akasha repose sur la terre, et réciproquement, la terre repose sur l'akasha : ainsi, la nourriture repose sur la nourriture ! D'où l'on constate que terre et akasha sont tous deux des nourritures, et qu'une nourriture loge en l'autre. Celui qui possède cette connaissance est établi fermement dans la félicité de Brahman; il devient possesseur de la nourriture, et il la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée. Chapitre x : Méditation sur Brahman III-x-1-2: Le connaisseur de Brahman fait vœu de ne jamais refuser l'hospitalité à quiconque vient lui demander un abri. Aussi doit-il avoir d'abondantes provisions, quels que soient les moyens en son pouvoir. À tout moment, il doit pouvoir dire [à un hôte éventuel – NdT]: « Cette nourriture a été préparée à ton intention. » Parce qu'il aura offert avec grand respect le repas de l'hospitalité dans son jeune âge, il sera assuré de sa part de nourriture durant cette période avec un grand respect. S'il offre avec le respect nécessaire le repas de l'hospitalité dans sa maturité, il sera assuré de sa part de nourriture durant cette période avec le respect nécessaire. Et s'il le fait avec la considération minimale dans ses années de vieillesse, il sera assuré de sa part de nourriture durant cette période avec une considération minimale. Celui qui possède cette connaissance est établi fermement dans la félicité de Brahman; il devient possesseur de la nourriture, et il la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée. III-x-3-4: Il faut méditer sur Brahman comme faculté de réputation par [la possession d'un] bétail; comme source lumineuse dans les étoiles; comme faculté de procréation, d'immortalité et de jouissance dans les organes de la génération; comme la totalité dans l'espace cosmique. Oui, il faut méditer sur Brahman comme le support de tout; en conséquence de quoi l'on se trouve soi-même supporté. Il faut méditer sur la grandeur de Brahman; en conséquence de quoi on devient soi-même grand. Il faut méditer sur Lui comme penseur, en conséquence de quoi on devient soi-même capable de penser. Il faut méditer sur Lui comme Se prosternant pour adorer, en conséquence de quoi les choses désirables se prosternent devant nous et nous sont amies. Il faut méditer sur Lui comme le plus élevé de tous, en conséquence de quoi on devient soi-même élevé. Il faut méditer sur Brahman comme agent de destruction, en conséquence de quoi les ennemis qui envient ce pouvoir destructif périssent eux-mêmes, de même que les ennemis qu'Il s'est Lui-même désignés. II-x-5-6: Quiconque possède cette connaissance, telle que nous l'avons exposée ci-dessus, lorsqu'à sa mort il se retirera de ce monde, il atteindra à ce Soi constitué de nourriture. Puis il atteindra à ce Soi constitué d'énergie vitale, puis à ce Soi constitué de mental, puis à ce Soi constitué d'intellect, puis à ce Soi constitué de félicité. Alors il parcourra ces mondes en tous sens, ayant pleine maîtrise sur la nourriture à sa guise, et sur toutes formes à sa guise, et sans cesse il psalmodiera ce chant du Sama Véda : « Écoutez ! Écoutez ! Écoutez ! Je suis la nourriture, je suis la nourriture, je suis la nourriture ! Je suis le mangeur, je suis le mangeur, je suis le mangeur ! Je suis l'unificateur, je suis l'unificateur, je suis l'unificateur ! Je suis Hiranyagarbha (cf. shloka II-viii-1-4), le premier né de cet univers tissé de formes et d'informe ! Je suis Virat (cf. shloka I-vii-1), apparu bien avant les divinités ! Je suis l'ombilic de l'immortalité ! Celui qui me sacrifie de la nourriture, est le seul à Me préserver. Celui qui mange de la nourriture sans M'en offrir une portion, c'est alors Moi qui le dévore. C'est Moi qui dévore et engouffre l'univers en son entier ! Je suis la splendeur radieuse du Soleil ! » Ici s'achève la Taittiriya Upanishad.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
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