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Panneau architectural de marbre blanc, Rajasthan ou Gujarat, XIIe siècle, H. 36 cm


UPANISHADS MAJEURES

Taittiriya Upanishad

Upanishad de la Taittiriya Samhita


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Swami Gambhirananda,
publiée par Advaita Ashram, Calcutta,
et celle du Swami Nikhilananda (1895-1973)
publiée par Ramakrishna Vivekananda Center, 1994

 

            Septième Upanishad du canon Muktika, appartenant au Krishna Yajur Véda et classée comme Upanishad majeure.

            Cette Upanishad, l'une des plus anciennes, est extraite de la Taittiriya Samhita, ou recension du Krishna Yajur Véda (ou Yajur Véda “noir”) élaborée par l'école de Tittiri (qui donna son nom au Taittiriya Shakah dont proviennent – entres autres volumes – la Samhita et l'Upanishad présente). Tittiri fut un célèbre disciple du grammairien Yaska, au 6ème-5ème siècle av. J.-C. Le Yajur Véda étant essentiellement un recueil liturgique de prescriptions rituelles et sacrificielles, cette Upanishad intercale de nombreux hymnes, prières et invocations, dans sa première partie consacrée à l'étude de la phonétique et des mantras de méditation, et à la discipline morale et mentale qui en est le préalable obligatoire; par ailleurs, cette Upanishad passe pour présenter, dans sa seconde partie, la première élaboration de la théorie des cinq corps subtils, koshas. L'Upanishad s'articule en 3 Vallis (lianes): la Shiksha Valli donne des rudiments de linguistique, de cosmogonie et de métaphysique, puis explore brièvement le mantra Om et les disciplines fondamentales de la quête spirituelle. Lui succède la Brahmananda Valli, remarquable car elle présente – pour la première fois dans la littérature spirituelle - la théorie des cinq corps humains (kosha). Elle décrit également les étapes successives vers “la félicité en Brahman”. À remarquer, une surprenante mais judicieuse “échelle des félicités”. Enfin, la Bhrigu Valli consiste en un dialogue entre Brighu et son père divin,Varuna, qui le guide, ascèse après ascèse, vers la réalisation parfaite, vers la connaissance du Soi Suprême, Paramatma-jnana.

 

Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !
Puissions-nous travailler ensemble avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

Shiksha Valli  (Liane* sur l'art phonétique**)


             * Métaphore arborescente : les Upanishads sont des portions extraites du corpus des quatre Védas et sont parfois divisées en Adhayas (chapitres), sous-divisés en Vallis (lianes), composés de plusieurs Anuvak (ou versets). Le tronc principal de la Révélation (Shruti) sont les quatre Védas, révélés par les Rishis, les Voyants, qui ont ainsi semé les graines de la civilisation pour les générations futures. Voir ainsi le shloka I-x-1: « Je suis source de vigueur pour l'arbre du monde. »

             ** Shiksha : « règles d'instruction, méthode d'étude » - 1)  apprentissage, étude, art (connaissance), science; 2) linguistique, dont phonétique ou art de réciter les écrits sacrés; traité de phonétique.

Chapitre i : Invocation

            I-i-1: Puisse Mitra nous accorder la félicité ! Puisse Varuna nous accorder la félicité ! Puisse Aryaman nous accorder la félicité ! Puissent Indra et Brihaspati nous accorder la félicité ! Puisse Vishnu aux puissantes enjambées nous accorder la félicité ! Hommage à Brahman ! Hommage à toi, ô Vayu ! Tu es en vérité Brahman, à notre portée immédiate. Toi seul peux être appelé le Brahman direct. Je t'attribuerai l'épithète de droiture. Je t'attribuerai l'épithète de vérité. Puisse-t-il me protéger ! Puisse-t-il protéger le Maître! Oui, puisse-t-il me protéger ! Puisse-t-il protéger le Maître!

Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !

Chapitre ii : Leçon sur la prononciation

            I-ii-1: Nous allons exposer succinctement la science de la prononciation. Les notions à acquérir sont : l'alphabet, l'accentuation, la métrique, l'accent tonique, la modulation, la combinaison de sons. Ainsi s'articule le chapitre sur la prononciation.

Chapitre iii : Méditation sur les combinaisons

            I-iii-1: Puissions-nous tous deux (Maître et disciple) atteindre à la notoriété ensemble. Puisse la perfection spirituelle [de Brahman] nous être accordée à tous deux simultanément. Maintenant nous allons exposer l'enseignement secret (Upanishad) sur la combinaison de sons à l'aide des cinq catégories en rapport aux mondes, aux objets lumineux célestes, à la connaissance, à la progéniture et à l'Atman (incarné dans le corps). Ce sont celles que l'on appelle les combinaisons majeures. Voyons tout d'abord les mondes : la terre est la première lettre, l'espace céleste est la dernière, l'espace éthéré (Akasha) est l'entremonde; Vayu, le Vent, fait la liaison. Telle est l'enseignement sur les mondes.

            I-iii-2-4: Vient ensuite l'enseignement sur les objets célestes lumineux. Le feu est la première lettre, le soleil est la dernière, l'eau est le point de jonction; l'éclair fait la liaison. Tel est l'enseignement sur les objets lumineux.
            Vient ensuite l'enseignement sur la connaissance. L'instructeur est la première lettre, l'étudiant est la dernière, la connaissance est le point de jonction; l'instruction fait la liaison. Tel est l'enseignement sur la connaissance.
            Vient ensuite l'enseignement sur la progéniture. La mère est la première lettre, le père est la dernière, la progéniture est le point de jonction; l'acte de procréation fait la liaison. Tel est l'enseignement sur la progéniture.
            Vient ensuite l'enseignement sur l'Atman (incarné dans le corps). La mâchoire inférieure est la première lettre, la mâchoire supérieure est la dernière, la parole est le point de jonction; la langue fait la liaison. Tel est l'enseignement sur le corps.
            Telles sont les grandes juxtapositions. Quiconque médite sur elles selon les explications données, se relie profondément à sa progéniture, aux animaux, à la splendeur de la perfection [de Brahman], aux aliments comestibles et aux espaces célestes.

Chapitre iv : Prière pour obtenir sagesse et fortune

            I-iv-1: Ce Om qui est le taureau des hymnes nés des Védas, qui assume toutes les formes et qui a jailli des Védas immortels, puisse-t-il, ce Om qui est Indra (le Seigneur suprême), me conférer la sagesse. Ô Seigneur, que je puisse posséder l'immortalité ! Que mon corps soit fort, que ma langue soit riche en miel, que mes oreilles entendent beaucoup (d'enseignements). Tu es le fourreau de Brahman et tu es entièrement revêtu de sagesse. Fais-moi préserver l'enseignement que j'ai reçu ! !

            I-iv-2: Om ! Fais venir à moi sans délai la Fortune (Annapurna), accompagnée de laine et de bétail. Oui, que la Fortune me pourvoie continuellement de laine et de bétail, de nourriture et de boisson. Accrois ces dons lorsqu'ils m'auront été acquis, et préserve-les longtemps lorsqu'ils auront été accrus. Salut (Svaha) ! Puissent les étudiants en Brahman (brahmacharins) venir à moi de toutes parts ! Salut ! Puissent-ils venir à moi ! Salut ! Puissent mes disciples s'aventurer sur la voie de la recherche et de l'enquête ! Salut ! Puissent mes disciples avoir une bonne maîtrise de soi ! Salut ! Puissent mes disciples avoir une bonne maîtrise mentale ! Salut !

            I-iv-3: Que je puisse acquérir la notoriété parmi mes semblables. Salut ! Que je puisse devenir un riche parmi les nantis. Salut ! Ô grâcieux Seigneur, que je puisse entrer en toi. Salut ! Ô Seigneur, puisses-tu entrer en moi ! Salut ! Ô Seigneur, que je puisse purifier mes imperfections en toi, qui est tel une rivière aux mille affluents. Salut ! Comme l'eau dévale les pentes, comme les mois lunaires s'additionnent pour faire une année, de même, ô Seigneur, que les disciples viennent à moi de tous les horizons ! Salut ! Tu es mon refuge, illumine-moi, et entre en moi de part en part !

Chapitre v : Quatre mots sacrés

            I-v-1: Bhuh, Bhuvah, Suvah – ces trois-ci sont en réalité les trois proclamations rituelles (Vyahriti). En plus d'elles, il est une quatrième que proclamait Mahacamasya : Maha ! C'est Brahman, c'est l'Atman. Les autres dieux ne sont que ses membres. Bhuh est en vérité ce monde-ci, Bhuvah est l'entremonde, Svah est “l'autre monde”.

            I-v-2: Maha est le soleil, car c'est grâce à lui que les mondes se déploient (deviennent grands, maha). Bhuh est en vérité le feu, Bhuvah est l'air et Svah, le soleil. Maha est la lune, car c'est grâce à elle que les luminaires célestes s'accroissent (deviennent grands, maha). Bhuh est en vérité le Rig Véda, Bhuvah le Sama Véda et Svah le Yajur Véda..

            I-v-3: Maha est Brahman, car c'est bien par Brahman que tous les Védas prospèrent. Bhuh est en vérité l'inspir (Prana), Bhuvah est l'expir (Apana), Svah est la rétention (Vyana). Maha est la nourriture, car c'est grâce à elle que toutes les forces vitales sont entretenues. Et chacun de ces quatre-là est quadruple : les quatre proclamations rituelles se disent quatre fois. Qui les connaît, connaît Brahman. Et tous les dieux lui portent des offrandes.

Chapitre vi : Méditation sur Brahman

            I-vi-1: Il est un espace à l'intérieur du cœur; dans cette cavité demeure le principe psychique (Purusha), immortel et lumineux. Quant à ce morceau de chair qui pend au fond du palais comme une tétine (la luette), c'est à travers elle que sort Indra (l'âme sur le sentier de Brahman). Et là où une raie sépare la chevelure en deux, l'âme pousse les deux hémisphères du cerveau pour les séparer. C'est par là que pénètre le feu avec le mot Bhuh, et l'air avec le mot Bhuvah.

            I-vi-2: C'est par là que pénètre le soleil avec le mot Svah, et Brahman avec le mot Maha. C'est là que l'âme de l'aspirant acquiert sa souveraine indépendance et devient maîtresse du mental; l'aspirant acquiert la maîtrise sur la parole, la vue, l'ouïe et l'intelligence. De plus, il devient tout cela, il devient Brahman, dont le corps est l'espace éthéré (Akasha), dont la nature authentique est la Réalité (Satya), qui s'ébat dans le souffle de vie, dont la conscience est félicité, dont la paix parfaite est immortalité. C'est ainsi, ô Prachinayogya, que tu dois méditer sur Brahman.

Chapitre vii : Méditation sur les quinternités

            I-vii: Terre, atmosphère, espace céleste, directions primaires et directions intermédiaires; feu (Agni), air (Vayu), soleil (Aditya), lune (Chandrama), étoiles (Nakshatras); eau, herbes, arbres, espace et corps (de l'Atman) – tous ceux-ci concernent les objets matériels. Pour ce qui est du corps de l'Atman : inspir (Prana), rétention (Vyana), expir (Apana), expression (Udana) et assimilation (Samana); œil, oreille, mental, parole et sens tactile; peau, chair, muscles, os et moelle. Les ayant visualisés dans l'ordre ci-dessus, le Voyant (Rishi) a déclaré : “Cet univers est entièrement constitué de quinternités (groupes de cinq)”, et c'est par les quinternités de l'univers individuel (intérieur) que l'on s'unit aux quinternités de l'univers matériel (extérieur).

Chapitre viii : Méditation sur Om - Brahman

            I-viii: Om est Brahman. Om est tout ceci qui nous entoure. Om est utilisé pour signifier la conformité (ou susciter la docilité). Quand le prêtre Adhvarayu dit “O, que l'on entende l'appel (ou l'invocation)”, le prêtre Agnidhra lui fait entendre le Om. On entonne les chants du Sama Véda en commençant par Om. En prononçant “Om som”, on récite les prières. Le prêtre Adhvarayu prononce Om en réponse à l'invocation, le prêtre brahmane pour donner son assentiment. C'est avec Om que le sacrificateur (Yajamana) donne son assentiment durant le sacrifice de l'Agnihotra. Le brahmane prononce aussi le Om quand il veut réciter le Véda : “Puissè-je atteindre à Brahman”, et certes il atteint véritablement à Brahman.

Chapitre ix : Les disciplines

            I-ix: Les disciplines sont :
            - droiture, étude et enseignement des Védas;
            - véracité, étude et enseignement des Védas;
            - ascèse, étude et enseignement des Védas;
            - contrôle des sens, étude et enseignement des Védas;
            - pacification mentale, étude et enseignement des Védas;
            - attiser les feux sacrificiels, étude et enseignement des Védas;
            - pratiquer l'Agnihotra, étude et enseignement des Védas;
            - hospitalité, étude et enseignement des Védas;
            - devoirs sociaux, étude et enseignement des Védas;
            - procréation, étude et enseignement des Védas;
            - devoir conjugal, étude et enseignement des Védas;
            - progéniture, étude et enseignement des Védas.

            Divers points de vues sur le sujet :
            Rien que la vérité ! – telle est la conviction de Satyavacha, de la lignée de Rathitara.
            Rien que l'ascèse ! – telle est la conviction de Taponitya, fils de Purusisti.
            Rien que l'étude et l'enseignement des Védas ! – telle est la conviction de Naka, fils de Mudgala, car c'est là l'ascèse, oui, c'est là l'ascèse.

Chapitre x : Mantra pour la méditation quotidienne

            I-x-1: « Je suis source de vigueur pour l'arbre du monde. Ma renommée va aussi haut que la cime d'une montagne. La source qui m'irrigue est la pureté suprême de Brahman. Je suis l'essence immaculée de l'Atman, pareille au nectar d'immortalité qui se trouve dans le soleil. Je suis tel un trésor rutilant. Je possède une intelligence affûtée, je suis immortel et sans déclin. » Telles furent les paroles de Trisanku après qu'il eut atteint à la réalisation.

Chapitre xi : Exhortation aux disciples qui s'en vont

            I-xi-1: Après leur avoir enseigné les Védas, l'instructeur communique à ses étudiants ces ultimes préceptes : « Dites la vérité. Pratiquez la droiture (Dharma). Ne négligez pas l'étude des Védas. Après avoir offert à votre Maître le cadeau qu'il souhaitait (ou le prix convenu), ne négligez pas votre devoir vis-à-vis de votre lignée et fondez une famille. Ne vous écartez pas de la vérité. Ne déviez jamais de l'action droite. Ne commettez pas d'erreur concernant votre bien-être personnel. Ne négligez pas la prospérité de votre situation. Et ne relâchez jamais votre étude et votre enseignement des Védas.

            I-xi-2: Ne négligez pas vos obligations envers les divinités et les mânes. Que votre mère soit une déesse à vos yeux. Et votre père un dieu. Et que soient pour vous comme des dieux votre instructeur et l'hôte que vous hébergez. Vous devez accomplir les actions qui ne sont pas blâmables, et non les autres. Vous devez observer les pratiques qui prévalent parmi nous, et qui sont considérées comme bonnes, et non les autres.

            I-xi-3: En présence des brahmanes, qui sont supérieurs même à nous, vous ne devez pas respirer librement (vous ne devez pas vous sentir à votre aise), avant qu'ils ne se soient assis. Vous devez faire votre offrande avec foi, vous ne devez pas le faire sans foi. Vous devez faire votre offrande à la mesure de votre abondance, mais le faire avec modestie. Vous devez faire votre offrande avec un sentiment de crainte sacrée. Vous devez faire votre offrande dans un esprit de sympathie.

            I-xi-4: Et si vous rencontrez le moindre doute concernant une action ou une conduite, vous devez vous comporter sur ces points comme le ferait un brahmane – un brahmane dont le jugement est compétent, qui de son propre chef est consacré aux actes justes, qui n'est poussé par autrui à accomplir ces actes, qui n'est pas trop sévère mais et qui est sincèrement dévoué au bien (Dharma).
            De même en ce qui concerne les gens sous le coup d'une opprobre : vous devez vous comporter comme le ferait un brahmane (selon les mêmes critères que précédemment). Telle est l'injonction, telle est l'instruction. Telle est la sagesse secrète des Védas. Tel est le commandement divin. Telle est l'observance. Et c'est tout cela qu'il vous faut observer. »

Chapitre xii : Mantra de paix

            I-xii-1: Puisse Mitra nous accorder la félicité ! Puisse Varuna nous accorder la félicité ! Puisse Aryaman nous accorder la félicité ! Puissent Indra et Brihaspati nous accorder la félicité ! Puisse Vishnu aux puissantes enjambées nous accorder la félicité ! Hommage à Brahman ! Hommage à toi, ô Vayu ! Tu es en vérité Brahman, à notre portée immédiate. Toi seul peux être appelé le Brahman direct. Je t'attribuerai l'épithète de droiture. Je t'attribuerai l'épithète de vérité. Puisse-t-il me protéger ! Puisse-t-il protéger le Maître! Oui, puisse-t-il me protéger ! Puisse-t-il protéger le Maître!

Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !

 

Brahmananda Valli (Liane sur la félicité en Brahman)


Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !
Puissions-nous tous deux acquérir une grande énergie.
Que notre étude soit brillante !
Que nous ne nous disputions pas !

Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !

Chapitre i : Annamaya Kosha, la gaine physique (de nourriture)

            II-i: Om ! Le connaisseur de Brahman atteint au Suprême. À ce propos, on trouve ce verset : « Quiconque connaît Brahman, qui est Réalité, Connaissance et Infinité, qui demeure au plus haut de l'espace (Vyoma) et se trouve occulté dans la cavité du cœur, quiconque s'identifie à l'omniscient Brahman, jouit simultanément de toutes choses désirables. »
            De l'Atman naquit l'akasha. De l'akasha naquit l'air; de l'air, le feu; du feu, l'eau; de l'eau, la terre; de la terre, les végétaux; des végétaux, la nourriture; et de la nourriture, l'homme. Cet homme est véritablement constitué de l'essence (le suc) de la nourriture. Certes, ceci est sa tête, cette aile droite est son bras droit, cette aile gauche est son bras gauche, ce corps est son tronc, et cette queue est son corps à partir du nombril.

Chapitre ii : Pranayama Kosha, la gaine d'énergie vitale

            II-ii: À ce propos, le verset suivant est clair : « En vérité, de la nourriture sont nées toutes les créatures qui vivent sur terre. De plus, elles subsistent uniquement par la nourriture et, à la fin, elles retournent à cette nourriture. En vérité, la nourriture est le plus ancien de tous les êtres, aussi l'appelle-t-on la panacée universelle. » Ainsi que ce verset : « Ceux qui vénèrent Brahman comme étant nourriture obtiennent abondance de nourriture. La nourriture est le plus ancien de tous les êtres, aussi l'appelle-t-on la panacée universelle. De la nourriture sont nées toutes les créatures; une fois nées, elles grandissent grâce à la nourriture. Du fait qu'elle est absorbée par les créatures et qu'elle s'en nourrit à son tour, on l'appelle la nourriture. (sic!) »
            En vérité, différent de ce soi qui est constitué de l'essence de la nourriture, bien que situé à l'intérieur de la gaine de celui-ci, se trouve un autre soi intérieur qui, lui, est constitué du souffle de vie (prana). Oui, c'est lui qui emplit la gaine de nourriture. Et ce Soi possède également la forme humaine, conforme à celle de la gaine de nourriture. Prana, l'inspir, est bel et bien sa tête; vyana, la rétention, est son flanc droit; apana, l'expir, est son flanc gauche; akasha, l'espace, est son tronc; la terre est ses membres inférieurs et son support.

Chapitre iii : Manomaya Kosha, la gaine mentale

            II-iii: À ce propos, on trouve le verset suivant : « Les dieux respirent grâce au souffle de vie, de même que les êtres humains et les animaux; et puisque le souffle de vie est la vie des créatures, on l'appelle la vie universelle. Ceux qui vénèrent Brahman comme étant le souffle de vie atteignent la longévité maximale d'une vie humaine. Oui, puisqu'en le prana réside la vie de toute créature, on l'appelle la vie universelle. »
            Cette gaine du souffle de vie est le corps incarné du soi. En vérité, différent de cette gaine qui consiste en l'essence de l'énergie vitale, bien que situé à l'intérieur de celui-ci, se trouve un autre soi intérieur qui, lui, est fait de matière mentale (manas). Oui, c'est lui qui emplit la gaine d'énergie vitale. Et ce soi possède également la forme humaine, conforme à celle de la gaine d'énergie vitale. Les mantras du Yajur Véda sont bel et bien sa tête; ceux du Rig sont son flanc droit; ceux du Sama, son flanc gauche; la portion des Védas portant le nom de Brahmanas est son tronc; les mantras “vus” par les Voyants Atharva et Angiras sont ses membres inférieurs et son support.

Chapitre iv : Vijnamaya Kosha, la gaine de l'intellect

            II-iv: À ce propos, le verset suivant est clair : « Celui qui connaît la Félicité de Brahman, d'où les mots et la pensée se détournent, impuissants à l'atteindre, celui-là n'est plus assujetti à la peur. »
            Cette gaine du mental est le corps incarné du soi précédent. En vérité, différent de cette gaine qui consiste en l'essence du mental, bien que situé à l'intérieur de celui-ci, se trouve un autre soi intérieur qui, lui, est fait d'intellect (vijnana). Oui, c'est lui qui emplit la gaine du mental. Et ce soi possède également la forme humaine, conforme à celle de la gaine du mental. La foi est bel et bien sa tête; la rectitude (dharma) est son flanc droit; la vérité, son flanc gauche; l'union (yoga) est son tronc; la puissance (Mahat) est ses membres inférieurs et son support.

Chapitre v : Anandamaya Kosha, la gaine spirituelle (de félicité)

            II-v: À ce propos, le verset suivant est clair : « L'intellect accomplit les sacrifices, il accomplit tous les actes. Toutes les divinités vénèrent l'intellect, qui apparut en premier, qui est Brahman. » Ainsi que celui-ci : « Celui qui vénère Brahman comme étant l'intellect, et jamais ne s'en écarte, celui-là abandonne tous ses actes négatifs en même temps que son son corps et obtient tout ce qu'il désire. »
            Cette gaine de l'intellect est le corps incarné du soi précédent. En vérité, différent de cette gaine qui consiste en l'essence de l'intellect, bien que situé à l'intérieur de celui-ci, se trouve un autre soi intérieur qui, lui, est fait de félicité (ananda). Oui, c'est lui qui emplit la gaine de l'intellect. Et ce soi possède également la forme humaine, conforme à celle de la gaine de l'intellect. La joie est bel et bien sa tête; le délice est son flanc droit; le grand délice, son flanc gauche; la félicité est son tronc; Brahman est ses membres inférieurs et son support.

Chapitre vi : Brahman, source de la Totalité

            II-vi: À ce propos, le verset suivant est clair : « Quiconque considère Brahman comme non-existant devient lui-même non-existant. Mais quiconque considère Brahman comme réellement existant est lui-même réellement existant. »
            Cette gaine de félicité est le corps incarné du soi précédent. À son propos, les disciples posent les questions suivantes : « Après son départ d'ici-bas, l'homme ignorant parvient-il à l'autre monde ? Ou est-ce le connaisseur qui parvient à l'autre monde ? »
            Brahman eut ce désir : « Que je devienne multiplicité, et que je me propage ! » Il pratiqua une ascèse. Après avoir pratiqué cette ascèse, il créa l'univers et tout ce qui s'y trouve. Après avoir créé tout ceci, il pénétra en tout ceci. Ayant pénétré la totalité, il devint le manifesté et le non-manifesté, les formes et l'informe, le défini et l'indéfini, ce qui est avec support et ce qui est sans support, ce qui est intelligent et ce qui est sans intelligence, oui, il créa le réel et l'irréel. La réalité (Satya) devint ainsi la totalité : tout ceci qui existe. C'est pourquoi on appelle Brahman le Réel.

Chapitre vii : Brahman et l'absence de peur

            II-vii: À ce propos, on trouve le verset suivant : « À l'origine, tout ceci (qui nous entoure) était inexistant. De Cela (Tat), émergea l'existence. Cela se créa soi-même à partir de soi. Aussi l'appelle-t-on le Bienfait (Sukrita). »
           Cela, qui est connu comme le Bienfait, est véritablement l'essence (rasa); car en obtenant cette essence, on est empli de félicité. Qui donc en vérité activerait l'inspir et l'expir du prana, si cette félicité ne se trouvait dans l'akasha ? Brahman existe véritablement, car lui seul peut accorder cette félicité. Lorsqu'un homme s'établit sans peur en Cela, qui est invisible, incorporel, ineffable et sans support, il atteint le stade de l'affranchissement de la peur. Par contre, s'il fait la moindre différenciation au sein de Cela, il est repris par la peur; mais c'est là la peur de l'homme qui se croit sage (mais à qui manque l'expérience unitive).

Chapitre viii : Brahman et la Félicité suprême

            II-viii: À ce propos, on trouve le verset suivant : « Par peur de lui (Brahman), Vayu souffle ses vents; par peur de lui, Surya, le Soleil, brille; par peur de lui, Agni, le Feu, court et dévore; par peur de lui, courent Indra, le Tonnerre, et Yama, la Mort, le cinquième dieu. »

            Voici une enquête sur la Félicité brahmanique :
            Supposons l'existence d'un jeune homme, dans la fleur de l'âge, de bonne naissance, d'excellente éducation, vif et agile, bien bâti, plein d'énergie. Supposons que la terre entière s'offre à lui, avec toutes les richesses qu'elle contient. Faisons de sa satisfaction une unité de félicité humaine.
            Si l'on multiplie par cent cette félicité humaine, on obtient une unité de félicité d'un Gandharva humain*, qui est également celle d'un adepte des Védas qui s'est libéré des désirs.
            Si l'on multiplie par cent cette félicité d'un Gandharva humain, on obtient une unité de félicité d'un Gandharva céleste, qui est également celle d'un adepte des Védas qui s'est libéré des désirs.
            Si l'on multiplie par cent cette félicité d'un Gandharva céleste, on obtient une unité de félicité d'une âme désincarnée (mâne) qui réside dans les royaumes célestes immuables, qui est également celle d'un adepte des Védas qui s'est libéré des désirs.
            Si l'on multiplie par cent cette félicité d'une âme désincarnée qui réside dans les royaumes célestes immuables, on obtient une unité de félicité des dieux nés dans les paradis célestes, qui est également celle d'un adepte des Védas qui s'est libéré des désirs.
            Si l'on multiplie par cent cette félicité des dieux nés dans les paradis célestes, on obtient une unité de félicité des seigneurs du Karma sacrificiel**, qui est également celle d'un adepte des Védas qui s'est libéré des désirs.
            Si l'on multiplie par cent cette félicité des seigneurs du Karma sacrificiel, on obtient une unité de félicité de Brihaspati, le grand Maître des dieux, qui est également celle d'un adepte des Védas qui s'est libéré des désirs.
            Si l'on multiplie par cent cette félicité de Brihaspati, on obtient une unité de félicité de Prajapati, le Seigneur des créatures, qui est également celle d'un adepte des Védas qui s'est libéré des désirs.
            Si l'on multiplie par cent cette félicité de Prajapati, on obtient une unité de félicité de Brahman, qui est également celle d'un adepte des Védas qui s'est libéré des désirs.

* soit un Gandharva qui se réincarne en tant qu'humain, soit l'inverse.
** qui sont devenus des dieux grâce aux rites védiques et aux sacrifices accomplis dans leurs vies humaines.

            Celui qui est ici, dans la personne humaine, et Celui qui est là-bas, dans le soleil, sont un. Quiconque connaît ceci et meurt au monde d'ici-bas, atteint à l'Atman qui est constitué de l'essence de la nourriture; il atteint à l'Atman qui est constitué du souffle de vie, ainsi que de mental, d'intellect et de félicité.

Chapitre ix : Brahman, union du positif et du négatif

            II-ix: À ce propos, le verset suivant est clair : « Celui qui connaît la Félicité de Brahman, d'où les mots et la pensée se détournent, impuissants à l'atteindre, celui-là n'a plus peur de quoi que ce soit. » De plus, il n'est plus assailli du remords d'avoir commis des actes négatifs, ni du regret de n'avoir pas accompli d'actes positifs. Car pour quiconque possède la connaissance, les uns et les autres sont identiques en l'Atman; et même, il se garde autant du positif que du négatif, afin de s'identifier à l'Atman.

            Telle est l'Upanishad, telle est la connaissance secrète de Brahman.

 

Bhrigu Valli (Liane de Brighu, fils du dieu Varuna)


Om ! 
Puisse Brahman nous protéger tous deux !
Puisse Brahman nous accorder à tous deux le fruit de la Connaissance !
Puissions-nous disposer de l'énergie propre à acquérir la Connaissance !
Que notre étude nous révèle la Vérité !
Que nous n'entretenions aucun mauvais sentiment à l'égard l'un de l'autre !

Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !

Chapitre i : Définition de Brahman

            III-i: Brighu, le fils de Varuna, s'approcha de son père avec la requête suivante : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Nourriture, énergie vitale, œil, oreille, mental, parole. » Puis il ajouta : « Cela dont proviennent les êtres humains, Cela par quoi ils vivent après être nés, Cela en quoi ils entrent et se fondent [après leur mort] – c'est Cela que tu dois chercher à connaître. Car Cela est Brahman. » Brighu pratiqua une ascèse.

Chapitre ii : Le corps est Brahman

            III-ii: Ayant accompli cette ascèse, Brighu réalisa que la nourriture est Brahman. Car en vérité, c'est à partir de la nourriture que tous ces êtres naissent, par elle qu'ils subsistent une fois nés, et en elle qu'ils pénètrent et se fondent [après leur mort]. Après cette réalisation, il retourna vers son père Varuna avec cette nouvelle requête : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Cherche à connaître Brahman au moyen de l'ascèse, car l'ascèse est Brahman. » Brighu pratiqua donc une ascèse.

Chapitre iii : L'énergie vitale est Brahman

            III-iii: Ayant accompli cette ascèse, Brighu réalisa que l'énergie vitale (prana) est Brahman. Car en vérité, c'est de l'énergie vitale que surgissent tous ces êtres, c'est par elle qu'ils subsistent une fois nés, et c'est en elle qu'ils pénètrent et se fondent [après leur mort]. Après cette réalisation, il retourna vers son père Varuna avec cette nouvelle requête : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Cherche à connaître Brahman au moyen de l'ascèse, car l'ascèse est Brahman. » Brighu pratiqua donc une ascèse.

Chapitre iv : Le mental est Brahman

            III-iv: Ayant accompli cette ascèse, Brighu réalisa que le mental (manas) est Brahman. Car en vérité, c'est du mental que surgissent tous ces êtres, c'est par lui qu'ils subsistent une fois nés, et c'est en lui qu'ils pénètrent et se fondent [après leur mort]. Après cette réalisation, il retourna vers son père Varuna avec cette nouvelle requête : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Cherche à connaître Brahman au moyen de l'ascèse, car l'ascèse est Brahman. » Brighu pratiqua donc une ascèse.

Chapitre v : L'intellect est Brahman

            III-v: Ayant accompli cette ascèse, Brighu réalisa que l'intellect (vijnana) est Brahman. Car en vérité, c'est de l'intellect que surgissent tous ces êtres vivants, c'est par lui qu'ils subsistent une fois nés, et c'est en lui qu'ils pénètrent et se fondent [après leur mort]. Après cette réalisation, il retourna vers son père Varuna avec cette nouvelle requête : « Ô père vénéré, enseigne-moi qui est Brahman. » Varuna lui répondit : « Cherche à connaître Brahman au moyen de l'ascèse, car l'ascèse est Brahman. » Brighu pratiqua donc une ascèse.

Chapitre vi : La félicité est Brahman

            III-vi: Ayant accompli cette ascèse, Brighu réalisa que la félicité (ananda) est Brahman. Car en vérité, c'est de la félicité que surgissent tous ces êtres vivants, c'est par elle qu'ils subsistent une fois nés, et c'est en elle qu'ils pénètrent et se fondent [après leur mort]. Cette connaissance que réalisa Brighu et que lui communiqua Varuna se trouve au plus haut de l'espace et dans la cavité du cœur. Celui qui possède cette connaissance est bien établi, il devient possesseur de la nourriture et la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée.

Chapitre vii : Importance de la nourriture (1)

            III-vii: Le connaisseur de Brahman fait vœu de ne jamais déprécier la moindre nourriture. C'est l'énergie vitale qui est la véritable nourriture et le corps s'en nourrit; le corps repose sur l'énergie vitale, et réciproquement, l'énergie vitale repose sur le corps : ainsi, la nourriture repose sur la nourriture ! Celui qui possède cette connaissance est bien établi, il devient possesseur de la nourriture et la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée.

Chapitre viii : Importance de la nourriture (2)

            III-viii: Le connaisseur de Brahman fait vœu de ne jamais rejeter la moindre nourriture. L'eau, en vérité, est nourriture; le feu est le mangeur; car le feu repose sur l'eau, et réciproquement, l'eau repose sur le feu : ainsi, la nourriture repose sur la nourriture ! Celui qui possède cette connaissance est bien établi, il devient possesseur de la nourriture et la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée.

Chapitre ix : Importance de la nourriture (3)

            III-ix: Le connaisseur de Brahman fait vœu de faire abonder la nourriture. La terre, en vérité, est nourriture; l'akasha est le mangeur; car l'akasha repose sur la terre, et réciproquement, la terre repose sur l'akasha : ainsi, la nourriture repose sur la nourriture ! Celui qui possède cette connaissance est bien établi, il devient possesseur de la nourriture et la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée.

Chapitre x : Méditation sur Brahman

            III-x-1: Le connaisseur de Brahman fait vœu de ne jamais refuser l'hospitalité à quiconque. Aussi doit-il se procurer d'abondantes provisions, quels que soient ses moyens. À un visiteur, il doit pouvoir dire: « Cette nourriture a été préparée à ton intention. » Parce qu'il aura offert avec grand respect le repas de l'hospitalité dans son jeune âge, il sera assuré de sa part de nourriture durant cette période avec un grand respect. S'il offre avec le respect nécessaire le repas de l'hospitalité dans sa maturité, il sera assuré de sa part de nourriture durant cette période avec le respect nécessaire. Et s'il le fait avec la considération minimale dans ses années de vieillesse, il sera assuré de sa part de nourriture durant cette période avec une considération minimale.

            III-x-2: Celui qui possède cette connaissance est bien établi, il devient possesseur de la nourriture et la consomme. Il voit s'accroître et prospérer sa progéniture, son bétail, ainsi que son rayonnement spirituel et l'éclat de sa renommée.
            Il faut méditer sur Brahman comme faculté de conservation dans la parole; com-me faculté d'acquisition dans l'inspiration et de préservation dans l'expiration; comme faculté d'action dans les mains; comme faculté de mobilité dans les pieds; comme faculté d'évacuation dans l'anus. Voilà pour les méditations sur le plan humain.
            Puis viennent les méditations sur le plan divin. Il faut alors méditer sur Brahman comme faculté d'abondance dans la pluie; comme faculté de puissance dans l'éclair.

            III-x-3: Il faut méditer sur Brahman comme faculté de réputation par [la possession d'un] bétail; comme source lumineuse dans les étoiles; comme faculté de procréation, d'immortalité et de jouissance dans les organes de la génération; comme la totalité dans l'espace cosmique. Oui, il faut méditer sur Brahman comme le support de tout; en conséquence de quoi l'on se trouve soi-même supporté. Il faut méditer sur la grandeur de Brahman; en conséquence de quoi on devient soi-même grand. Il faut méditer sur Lui comme penseur, en conséquence de quoi on devient soi-même capable de penser.

            III-x-4: Il faut méditer sur Brahman comme se prosternant pour adorer, en conséquence de quoi les choses désirables se prosternent devant nous et nous sont amies. Il faut méditer sur Lui comme le plus élevé de tous, en conséquence de quoi on devient soi-même élevé. Il faut méditer sur Brahman comme agent de destruction, en conséquence de quoi les ennemis périssent, de même que les personnes malveillantes de son entourage.
            Celui qui est ici, dans la personne humaine, et Celui qui est là-bas, dans le soleil, sont un.

            II-x-5: Quiconque possède cette connaissance, telle qu'exposée ci-dessus, lorsqu'à sa mort il se retirera de ce monde, il atteindra à ce Soi constitué de nourriture. Puis il atteindra à ce Soi constitué d'énergie vitale, puis à ce Soi constitué de mental, puis à ce Soi constitué d'intellect, puis à ce Soi constitué de félicité. Alors il parcourra ces mondes en tous sens, ayant pleine maîtrise sur la nourriture à sa guise, et sur toute forme qu'i désirera prendre.

           II-x-6: Et sans cesse il chantera cet hymne (de la non-dualité de Brahman) : « Écoutez ! Écoutez ! Écoutez ! Je suis la nourriture, je suis la nourriture, je suis la nourriture ! Je suis le mangeur, je suis le mangeur, je suis le mangeur ! Je suis l'unificateur, je suis l'unificateur, je suis l'unificateur ! Je suis le premier né de cet univers tissé de formes et d'informe ! Je suis apparu bien avant les divinités ! Je suis l'ombilic de l'immortalité ! Celui qui me sacrifie en tant que nourriture est le seul à me préserver. Celui qui mange de la nourriture sans m'en offrir une portion, c'est alors moi qui le dévore. C'est moi qui dévore et engouffre l'univers en son entier ! Je suis la splendeur radieuse du Soleil ! »
            Oui, quiconque possède cette connaissance parvient à la libération. Tel est, en vérité, l'enseignement secret.

            Ici s'achève la Taittiriya Upanishad.

 

Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !
Puissions-nous travailler ensemble avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !


Ici se termine la Taittiriyopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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