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UPANISHADS DU RENONCEMENT (SANNYASA)
Narada Parivrajaka Upanishad Upanishad de Narada, l'ascète errant
Notes préliminaires : NARADA : Nom d’un sage divin, qui est l'un des onze Prajapatis, les premiers-nés de Brahma, pères fondateurs de l'humanité. On le représente comme un messager entre les dieux et les hommes, né du front de Brahma. On lui attribue l’invention de la vina (luth). Il fut un grand dévot de Vishnu et l’auteur des Bhakti sutras (Aphorismes sur l’amour divin), mais aussi d’un code législatif qui porte son nom. Modèle archétype de l’adepte de la bhakti, voie qui utilise les différents aspects de l’émotivité pour réaliser le Divin, mais aussi de la perfection de l'état de brahmane (il est fils de Brahma, il est Sage parmi les dieux, les secourant, les conseillant). Il passe également pour l'un des 22 avatars de Vishnu, celui du Sage voyageur.
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice; Om ! Que la Paix soit en moi !
INSTRUCTION I I-1. Vivait autrefois Narada, un joyau parmi les ascètes, qui faisait ses rondes habituelles dans tous les coins des trois mondes, sanctifiant les nouveaux lieux sacrés avec plus d'intensité que les places saintes de pèlerinage, au gré de ses observations. Il avait lui-même atteint la parfaite pureté d'esprit, il s'était libéré de tous les ennemis (1); paisible, maître de lui, il était seulement pétri de compassion en voyant les souffrances des hommes dans tous les coins du monde, tout en continuant d'approfondir encore plus étroitement la perception de son propre Soi. Un jour il arriva dans la forêt sacrée de Naimisha, célèbre pour la joie qu'y répandaient les saints qui vivaient là, accomplissant des ascèses librement consenties; il suscita une fascination chez les hommes, les animaux, les demi-dieux à tête de cheval (2), les dieux et les nymphes, en chantant les exploits du Seigneur Vishnu, soit en restant immobile (Sthavara) soit en se déplaçant parmi eux; il chanta ceux des exploits du Seigneur qui induisent spécialement une forte dévotion envers Lui, en choisissant les notes musicales sa, ri, ga, ma, pa, dha et ni, lesquelles suscitent le détachement des passions et l'aversion pour les voies du monde.
I-2. Ainsi interrogé, le Sage Narada leur dit : « Un deux-fois né de bonne famille, investi du cordon sacrificiel et initié à l'étude des Védas, qui est passé par les quarante rites sacrés (Samskaras), à commencer par la consommation du mariage de ses parents jusqu'au sacrifice Aptoryama (1); qui a achevé l'étude de toutes les branches du savoir en tant qu'étudiant célibataire (2) durant douze ans, s'acquittant tout au long de ses devoirs personnels envers son instructeur; qui a effectué la période de vingt-cinq ans de maître de maison; qui a effectué une autre période de vingt-cinq ans en tant qu'habitant des forêts; qui a donc suivi ces trois étapes en bonne et due forme, selon les prescriptions, en ayant bien étudié les devoirs des quatre sortes d'étudiants célibataires, des six sortes de maîtres de maison, des quatre sortes d'habitants des forêts, et en ayant accompli tous les devoirs qui leur sont attachés; qui s'est doté des quatre disciplines formant l'étude de Brahmavidya (3); qui s'est libéré de tout désir, en pensée, en parole et en action, comme de tout désir latent (4) et de toute réponse aux sollicitations; qui est dénué d'inimitié, demeure paisible et maître de lui – quand un tel ascète entreprend une méditation continue sur l'Atman, afin d'entrer dans l'étape ultime du renoncement, celle du Paramahamsa (5), et renonce même à son corps de son vivant, c'est alors qu'un tel être est libéré de toute renaissance. Oui, il est libéré ! »
Ainsi s'achève la première instruction spirituelle (Upadesha) de cette Upanishad.
INSTRUCTION II II-1. Alors tous les Sages, Saunaka à leur tête, demandèrent encore au vénérable Narada : « Ô Vénérable, expose à notre intention le mode du renoncement. »
II.2. Ô Narada, celui qui est né dans une bonne famille, de non-initié qu'il était au départ est devenu initié à la Tradition védique, après avoir reçu l'investiture du cordon sacrificiel (Yajnopavita); obéissant à l'égard de ses père et mère, il reçoit de son père les instructions préliminaires, puis il va trouver un précepteur compétent, qui maintient les nobles coutumes, a foi en la tradition du Véda, est né d'une bonne famille, est bien versé en les Védas, aime respectueusement les traités majeurs (Shastras), et mène une vie vertueuse, préservée des voies détournées. S'inclinant devant ce maître et lui rendant un service personnel approprié aux circonstances, il doit l'informer du désir de son cœur : étudier auprès de lui (Brahmacharya). Il devra, au bout de douze ans, avoir accompli le cursus complet dans toutes les branches de l'enseignement spirituel, tout en servant docilement son maître; puis il épousera une jeune fille agréable et digne de la famille de son futur époux, avec l'assentiment de son précepteur. Après avoir résidé dans la maison de son précepteur, il devra – avec l'assentiment de celui-ci – mener la vie de maître de sa propre maison (Grihastha), qui l'engagera pour au moins vingt-cinq ans. Se gardant des maux qui signalent le mauvais brahmane, il engendrera un fils par désir de perpétuer sa lignée et passera ces vingt-cinq années comme il sied à un maître de maison. Puis il mènera la vie de l'habitant solitaire des forêts (Vanaprastha) pour une autre étape de vingt-cinq ans, se baignant trois fois par jour après avoir aspergé d'eau les diverses parties de son corps, prenant un unique repas quotidien à la quatrième veille (soit vers le milieu de l'après-midi), abandonnant les déplacements en ville et dans les villages avoisinants comme il le faisait aux jours d'autrefois, accomplissant les rites appropriés en s'abstenant d'utiliser des céréales ou autres grains cultivés (ni blé, ni riz, mais des graines sauvages uniquement), libre de tout désir pour les plaisirs qu'il voit ou dont il entend parler (les plaisirs de ce monde, mais aussi ceux de l'au-delà), purifié par les quarante sacrements (Samskaras), libéré de tout attachement, ayant développe la pureté d'esprit, ayant consumé toute envie, jalousie et égoïsme, et riche de la quadruple discipline menant à Brahmavidya – voilà celui qui est digne d'embrasser la vie de renoncement ! » Ainsi s'achève la deuxième instruction spirituelle (Upadesha) de cette Upanishad.
INSTRUCTION III III-1. Narada demanda ensuite au Père universel, Brahma : « Ô Seigneur, qu'est-ce que le renoncement (Sannasya) et qui est habilité à renoncer à la vie dans le monde ? »
III-2. Celui qui a développé l'innocuité au point de n'inspirer aucune crainte à autrui, et réciproquement, à qui autrui n'inspire aucune crainte, c'est lui que la Smriti (la tradition canonique) déclare moine errant (parivraj). III-3-4. L'eunuque, le contrefait, l'aveugle, le jeune garçon, le criminel, l'homme déchu, le mendiant toujours posté à la porte d'autrui, l'anachorète Vaikhanasa ou le Haradvija, l'empereur, l'étudiant religieux, l'hérétique, l'homme sans prépuce, l'homme qui n'entretient pas de feu sacré, celui qui a déjà renoncé deux ou trois fois au monde, et le précepteur qui loue ses services – ceux-là ne méritent pas d'embrasser la voie du renoncement, sauf par mesure d'urgence, lorsqu'ils sont dans les affres de l'agonie. III-5. Le renoncement pris au moment d'une grande détresse (1) a-t-il été approuvé par les anciens Sages ?
III-6. Même en cas de renoncement pris dans l'extrême affliction, l'homme sera bien avisé de renoncer au monde uniquement selon les coutumes prescrites, en prononçant les mantras prévus à cet effet et en les faisant répéter [par son entourage ou des assistants, dès lors qu'il a perdu l'usage de la parole – NdT]. III-7. Quant à la nature du renoncement adopté par l'homme extrêmement affligé, elle ne fait aucune différence en ce qui concerne le mantra de renoncement. Car il n'est nul mantra murmuré qui ne soit un acte religieux, et nul acte religieux qui ne comporte au moins un mantra. III-8. Un rite ne comportant pas de mantra n'est pas un acte religieux. Aussi ne doit-on jamais renoncer aux mantras ! Un rite religieux sans mantra est comparable à une oblation offerte dans les cendres. III-9. Le renoncement pris par l'homme extrêmement affligé est, selon la tradition canonique, un abrégé du rituel prescrit; de ce fait, ô Sage, le renoncement de grande détresse (Atura sannyasa) adopte la simple répétition de mantras, sans aucun rituel. III-10. Si un maître de maison Ahitagni (1) devient désenchanté du monde alors qu'il se trouve dans une province étrangère, il pourra néanmoins accomplir le sacrifice Prajapatya (2) en faisant des oblations dans les eaux, et renoncer tout aussitôt à la vie dans le monde.
III-11. Un homme sage renoncera au monde après avoir accompli la récitation du Praisha mantra soit mentalement, soit verbalement, soit avec des oblations dans les eaux, soit en accomplissant les rites à la manière prescrite par les Védas; autrement, il irait droit à sa déchéance. III-12. Quand le détachement point dans l'esprit à l'égard de tout objet, alors, selon la tradition canonique, le renoncement est autorisé; dans le cas contraire*, on dérogerait à son devoir (1).
III-13. Un homme sage qui est désenchanté du monde peut devenir moine mendiant; mais tant qu'il entretient encore des liens affectifs, il doit continuer de résider dans son foyer. Car le chercheur de Brahman* qui se transforme en ascète alors qu'il entretient encore des attaches, est un brahmane dégradé, et c'est vers les enfers qu'il se dirige.
III-14. Le brahmane qui, dès l'étape de l'étudiant religieux (brahmacharya), peut embrasser la voie du renoncement sans passer par l'étape du mariage, est celui dont la langue, les parties génitales, l'estomac et les mains sont parfaitement sous son contrôle. III-15. Ceux qui voient la vie dans le monde (ou le Samsara) comme complètement dénuée de substance et n'ont que le désir de réaliser l'essence du Suprême, peuvent renoncer au monde sans passer par l'étape du mariage, car ils sont naturellement pénétrés d'un grand détachement. III-16. Toute activité se caractérise par un engagement actif dans les affaires du monde; au contraire, la connaissance authentique est la caractéristique du renoncement. En conséquence, s'il place en priorité la sagesse, l'homme intelligent renoncera au monde. III-17. Lorsqu'un être a compris que la réalité la plus haute est l'éternel et unique Brahman, il prend alors un seul bâton emblématique (1), abandonnant le port de la touffe (shikha) et du cordon sacrificiels (yajnopavita).
III-18. Celui qui s'est attaché au Soi suprême (Paramatman), s'est simultanément détaché de toute chose autre que ce Soi; il est libéré de tous les désirs, aussi lui incombe-t-il de manger de la nourriture donnée par aumône. III-19. Lorsqu'un homme, qui a toujours été très satisfait de recevoir marques d'honneur et salutations respectueuses, reste tout aussi satisfait en recevant des coups [sens propre et figuré – NdT], il est désormais un vrai moine mendiant, prêt à ne subsister que d'aumônes ! III-20. “Je suis Brahman, l'Immuable, le Non-duel, et l'Omniprésent*” (Ahamevaksharam brahma vasudevakhyamadvayam ) – celui en qui cette conviction est fermement établie devient un authentique moine mendiant.
III-21. Il est à l'étape précédant la béatitude ultime (1), celui en qui se trouvent paix, quiétude, pureté, véracité, contentement, simplicité, dépouillement matériel et humilité.
III-22. Lorsqu'un homme ne contient plus aucune propension à la malveillance à l'égard de quelqu'être que ce soit, ni en action, ni en pensée, ni en parole, il devient un authentique moine mendiant. III-23. Le deux-fois né qui s'est scrupuleusement acquitté de son devoir de réaliser les dix vertus* et de l'étude du Védanta selon le mode prescrit, et qui s'est également acquitté des trois dettes (1), est habilité à renoncer à la vie dans le monde.
III-24. Les dix vertus qui sont caractéristiques d'une conduite intègre (dharma) sont les suivantes : stabilité mentale (dhriti), indulgence (kshama), maîtrise de soi (dama), absence de convoitise (asteya), pureté (shaucha), rétraction des sens (indriya nigraha), constance (dhira), étude des Écritures (vidya), sincérité (satyam) et égalité d'humeur (akrodha). Réaliser ces dix vertus sont la garantie d'une conduite intègre selon le dharma. (dhritih kshama damo'steyam shaucamindriyanigrahah | III-25. Il se trouve à l'étape touchant à l'émancipation finale (Kaivalya), celui qui ne se remémore pas les plaisirs d'autrefois avec nostalgie, n'anticipe pas ceux qu'il n'a pas encore expérimentés, et n'exulte pas devant ceux qui se présentent dans le moment. III-26. S'y trouve également celui qui peut en permanence maintenir intériorisées les facultés internes des sens, et maintenir à l'extérieur les objets des sens, sans qu'ils suscitent la moindre réaction. III-27. Lorsque le souffle vital s'en est allé, le cadavre n'expérimente plus ni plaisir ni douleur; s'il en est ainsi du sage, alors même qu'il est encore uni à son souffle vital [vivant, donc – NdT], il se trouve à l'étape touchant à l'émancipation finale. III-28. Une paire de pagnes pour les reins, une couverture rapiécée (contre le froid hivernal) et un unique bâton emblématique, voilà ce qui constitue les possessions de la classe la plus haute d'ascètes, les Cygnes suprêmes; rien de plus n'est autorisé par la tradition canonique. III-29. S'il devait posséder plus afin de satisfaire à son confort, il irait rejoindre les enfers effroyables (Raurava) puis renaîtrait dans une espèce animale. III-30. Il peut revêtir comme pardessus un tissu rapiécé, fait d'un assemblage de pièces de vêtements mis au rebut, néanmoins propres, mais il devra le teindre en ocre. III-31. Vêtu d'un seul vêtement ou nu, son regard ne percevant que l'Un, sans attente patiente ou impatiente d'un plaisir, le Cygne suprême devra être en perpétuel déplacement, et seul; durant la saison des pluies, il est autorisé à rester sur place. III-32. Ayant abandonné ses familiers, ses enfants et son épouse, ainsi que toutes les branches du Véda, les rites sacrificiels et jusqu'au cordon sacrificiel, l'ascète ira seul, sans attirer l'attention sur lui. III-33. Ayant abandonné les défauts, tels la passion, la colère, l'orgueil, l'avidité (ou la gourmandise) et l'illusion, le moine mendiant restera libre de tout sentiment de possessivité (nirmamah). III-34. Se débarrassant des sentiments d'amour et de haine, portant le même regard sur la motte de terre, le caillou ou l'or, et s'abstenant de faire du tort à quelqu'être que ce soit, l'ascète restera libre face à tous les objets du désir. III-35. Un ascète atteint à la libération dès lors qu'il s'est libéré de la vanité et de l'égoïsme, qu'il s'est rendu incapable de faire du mal ou de faire peur, et qu'il s'est doté des vertus de la connaissance du Soi (Atma Jnana). III-36. L'attachement aux plaisirs des sens entraîne indéniablement des maux; seule la maîtrise des sens permet d'atteindre à l'ultime béatitude. III-37-38. Le désir ne s'apaise pas en laissant toute latitude à sa satisfaction; au contraire, tel un feu nourri par les combustibles, il augmente d'autant plus. Est réputé avoir vaincu ses sens, celui en qui n'ont suscité ni plaisir ni aversion les objets qu'il a perçus par l'ouïe, le toucher, le goût, la vue ou l'odorat. III-39. Il cueille alors tous les fruits promis par le Védanta, celui dont la parole et la pensée sont toujours pures et sous sa garde. III-40. Un chercheur de Brahman doit en toutes circonstances reculer devant les honneurs comme devant un poison; et même, il doit recevoir le mépris d'autrui comme si c'était du nectar. III-41. Celui qui reste indifférent aux insultes reçues s'endort paisiblement, se réveille de bonne humeur et va son chemin dans le monde avec sérénité, tandis que celui qui l'a insulté va vers la souffrance. III-42. On doit supporter avec patience le langage insultant d'autrui et soi-même ne jamais insulter qui que ce soit; étant soi-même lié à son corps physique, on doit s'abstenir de toute inimitié avec qui que ce soit.*
III-43. On ne rendra pas colère pour colère; en cas d'insulte, on doit demeurer conciliant pour sauvegarder le bien-être de tous; on s'interdira de prononcer une parole fausse, car elle nourrirait en autrui les désirs qui entrent par les sept portes (1).
III-44. L'ascète trouve ses délices dans la lumière suprême du Soi (1), demeurant paisible, libre de tout désir, ne recherchant pas les bénédictions mais la félicité la plus haute; aussi doit-il aller de-ci de-là, avec le Soi comme seul compagnon.
III-45. Il devient apte à l'immortalité pour avoir maîtrisé ses sens, s'être déconnecté des sentiments d'amour et de haine, et s'être abstenu de la moindre violence à l'égard des êtres vivants. III-46-47. Soutenu par des os, articulé par des tendons, amalgamé de chairs et de sang, recouvert de peau, nauséabond car empli d'urines et de fèces, assujetti au vieillissement et à l'affliction, terrain de diverses maladies, vulnérable aux blessures, plein de passions, demeure transitoire des éléments qui le constituent – tel est le corps, qu'on peut abandonner sans regret. III-48. S'il peut trouver délicieux ce corps qui est un conglomérat de chair, sang, pus, fèces, urine, tendons, moelle et os, un tel insensé sera tout aussi charmé par l'enfer ! III-49. La certitude “Je suis mon corps” est la voie qui mène à l'enfer du Kalasutra* , c'est le piège qui fait chuter dans l'enfer du Mahavichi et dans une série d'enfers forestiers où les arbres ont des feuilles aiguisées comme des épées.
III-50. Même devant une destruction totale imminente, cette identification au corps doit être combattue de toutes nos forces; l'homme noble ne doit pas se laisser effleurer par cette identification, pas plus qu'il ne se laisserait toucher par une femme hors-caste transportant de la viande de chien. III-51. Abandonnant à la fois les actes positifs à l'égard de ceux qu'on chérit et les actes négatifs à l'égard de ceux qui nous sont antipathiques, on atteint à l'éternel Brahman en pratiquant la méditation profonde, Dhyana Yoga (1).
III-52. Par cette méthode, on abandonne graduellement tous ses attachements, on se libère de l'influence des couples d'opposés (plaisir et peine, etc.), on s'établit fermement en Brahman, et uniquement en Lui. III-53. L'ascète sera seul tout au long de ses pérégrinations, sans aide extérieure pour parvenir à la béatitude ultime, car, ne voyant en tout que la perfection de l'Unique (Brahman), il ne peut se détourner de cette perfection ni s'en laisser détourner. III-54. Un crâne (kapala) en guise de bol à aumônes (1), un abri à l'ombre des arbres, une guenille en guise de pagne, de la solitude, et de l'équanimité partout et en tout – voilà ce qui caractérise le libéré (mukta).
III-55. Bénéfique pour tous les êtres, calme, portant le bâton emblématique à trois pointes ainsi qu'un pot à eau, trouvant ses délices en l'Unique (Brahman) – tel est le moine mendiant qui peut entrer dans un village à la recherche d'aumônes. III-56. Le moine mendiant doit demeurer solitaire, ainsi que dit précédemment; on considère que deux moines cheminant ensemble forment une paire (soudée par des liens), trois moines constituent un village (source de chamailleries), et au-delà de trois moines, on a une cité (agitation et confusion). III-57. Une cité d'ascètes ne doit pas être créée, ni un village, ni même une paire; un ascète qui s'intègre dans l'une de ces trois formules enfreint les obligations de son statut (dharma). III-58. Car, en conséquence de leur étroite association, il y aurait sans nul doute des discussions sur les affaires du royaume, etc, des encouragements mutuels à la chance dans sa quête d'aumônes, mais aussi des préférences affectives, des colportages de nouvelles, et de la rivalité ! III-59. Il devra donc demeurer solitaire et sans désirs, et ne tiendra de conversations avec personne. Il répondra simplement et invariablement “Narayana” (1) à toute phrase qu'on lui adresse.
III-60. Au sein de sa solitude, il contemplera Brahman, méditant en pensée, en parole et en action. En aucune façon, il ne devra souhaiter la mort ou se réjouir d'être vivant. III-61. Il se contentera de marquer le pas, jusqu'à ce que s'achève le temps de vie qui lui est alloué. Sans souhaiter la mort ni se réjouir d'être vivant, qu'il attende le terme, seul, ainsi qu'un serviteur attend les ordres. III-62. Un moine mendiant obtient la libération dès lors qu'il possède les six caractéristiques suivantes : il est dépourvu de langue (pour se régaler de la nourriture et pour parler), il est un eunuque (sans penchant sexuel), il est boiteux (dans la poursuite de buts), aveugle (devant les objets), sourd (devant la louange ou le blâme) et simplet (comme l'enfant ou l'idiot). Il n'y a aucun doute à ce propos. III-63. L'ascète est déclaré dépourvu de langue lorsqu'il n'est pas conscient que la nourriture qu'il mange est savoureuse ou pas, et qu'il ne s'exprime que parcimonieusement, mais toujours avec des paroles bénéfiques et sincères. III-64. Il est déclaré eunuque lorsqu'il n'est plus affecté par les femmes, qu'elles soient nouvelle-nées, âgées de seize ans ou de cent ans. III-65. Il est déclaré boiteux lorsque ses déplacements sont motivés uniquement par la recherche d'aumônes et la satisfaction des besoins naturels, et ne dépassent pas un yojana (entre 14 et 16 kilomètres) par jour. III-66. Il est déclaré aveugle lorsque ses yeux, qu'il se tienne debout ou se déplace, ne se posent pas plus loin que seize coudées devant lui, regard posé au sol. III-67. Il est déclaré sourd lorsque les paroles aimables ou pas, agréables à l'esprit ou blessantes, le traversent sans ébranler son équanimité. III-68. Il est déclaré simplet lorsqu'il demeure comme assoupi en présence d'objets plaisants et désirables, alors même que ses sens sont fonctionnels et intacts. III-69. Spectacles de danse et autres divertissements, jeux de hasard, femmes de son passé, mets tentants proposés à l'étal, autres plaisirs des sens, et femme ayant sa période menstruelle – voilà ce dont l'ascète se détournera systématiquement. III-70. Même en pensée, l'ascète se détournera de ces six états d'âme : amour, haine, ivresse, plaisanterie, méchanceté et tromperie. III-71. Un lit dressé, des vêtements blancs, les discussions au sujet des femmes, une détermination chancelante, le sommeil durant la journée et un moyen de transport – voilà six causes de déchéance pour l'ascète. III-72. Celui dont la pensée est consacrée au Soi évitera méticuleusement les longs itinéraires; car l'ascète doit pratiquer en tout temps l'enseignement des Upanishads, qui mène à la libération. III-73. L'ascète évitera de faire de trop nombreux séjours dans les lieux de pèlerinage, comme de jeûner trop fréquemment; il ne devra pas consacrer son temps à étudier les Écritures, ou à les exposer à autrui, à l'exclusivité d'autres occupations. III-74. Il se comportera toujours de façon à éviter tout acte négatif, tromperie et acte détourné, rétractant ses sens de toutes les façons possibles, comme une tortue le fait de ses pattes. III-75-76. Il sera libéré de la servitude dans le monde dès lors que le fonctionnement de ses sens et de son mental se sera apaisé, dès qu'il se sera dégagé des espoirs de gains et de ses possessions, qu'il sera devenu indifférent aux couples d'opposés (plaisir/peine, etc), aux salutations pleines de révérence, ainsi qu'à l'exercice de son libre-arbitre; dès qu'il se sera dénué du sens de possessivité, de l'égoïsme, des attentes préconçues et du besoin de bénédictions, et se sera attaché à la solitude. Il n'y a aucun doute à ce propos, ce sont là les obligations de l'ascète. III-77. Qu'il soit étudiant religieux bien discipliné, maître de maison ou résident des forêts, seul peut renoncer à la vie dans le monde celui qui s'attache, avec une vigilance constante, à mener une vie droite (dharma), qui manifeste dans ses actes dévotion et sagesse, et qui s'est entraîné de son plein gré au détachement. Si son intérêt principal va dans ce sens, il ira jusqu'au bout de l'étape d'étudiant religieux puis deviendra un maître de maison; à la fin de cette seconde étape, il deviendra un résident des forêts, et c'est après qu'il pourra renoncer au monde.
III-78. Ayant accompli le sacrifice à la manière prescrite, il inhalera profondément la fumée du feu sacré, tout en récitant le mantra suivant : III-79. Narada demanda encore au Père universel, Brahma : « Celui qui a abandonné son cordon sacrificiel, comment peut-il encore être un brahmane ? » III-80. « Après avoir rasé sa touffe, le sage doit abandonner le cordon sacrificiel visible. Il revêtira le cordon sacré de la Connaissance (1), qui consiste en la conscience perpétuelle de Brahman, le Transcendent et l'Impérissable.
III-81. Le cordon sacré, ou Sutra (1), est ainsi nommé car il représente Brahman. Oui, le le cordon sacré de la Connaissance représente indéniablement l'état suprême. Et seul le brahmane qui a réalisé ce cordon sacré de la Connaissance, a parfaitement maîtrisé l'essence des Védas.
III-82. Le yogi accompli qui a une perception directe du Réel possèdera ce cordon (Sutra) par lequel toutes choses sont assemblées et soutenues, ainsi que les gemmes sur le fil d'un collier. III-83. Le sage qui s'est établi dans la plus haute des unions (Yoga) abandonnera le cordon visible (Yajnopavita). Car il possède, en ayant réalisé l'état même de Brahman, l'union transcendante qui est l'authentique cordon sacré. En possession de celui-ci, il ne pourra plus revenir à l'état désacralisé ou impur. III-84. Ceux qui portent le cordon intérieur et possèdent le cordon sacré de la Connaissance, sont en vérité les connaisseurs véritables de l'union transcendante (Sutra); ce sont eux qui portent le véritable cordon sacrificiel (Yajnopavita). III-85. Ceux qui portent la Connaissance en guise de touffe, dont la condition fondamentale est la Connaissance, qui possèdent le cordon sacré de la Connaissance, pour qui seule la Connaissance a la valeur suprême, sont réputés détenir la Connaissance pure. III-86. Ce sage dont la touffe n'est rien d'autre que la Connaissance, semblable à la flamme d'un feu*, est réputé être le possesseur de la prééminence*, mais non les autres, qui se contentent de porter une mèche de cheveux sur la couronne crânienne.
III-87. Certes, le brahmane, ainsi que tous ceux qui entreprennent des rituels védiques, doit porter le cordon sacrificiel, car il est considéré comme partie intégrante de la cérémonie. III-88. Celui dont la touffe consiste en la Connaissance, de même que son cordon sacré, présente toutes les caractéristiques requises d'un vrai Brahmane; c'est ce que déclarent les connaisseurs du Véda. Oui, il en est bien ainsi. III-89. Le brahmane qui connait parfaitement les devoirs de l'ascète, s'il renonce à la vie dans le monde, devient un moine mendiant, vêtu uniquement d'un pagne, la tête rasée, n'acceptant rien de plus que la nourriture requise par ses besoins vitaux. Il mendie s'il est incapable de supporter plus longtemps les privations physiques (à la différence de l'ascète Avadhuta, qui va nu et ne sollicite jamais de nourriture). III-90. Il voyagera nu, ayant jeté au fil du courant son maigre bagage d'ascète. III-91. Il ne recherchera que la réalisation du Soi. Demeurant nu, libéré de l'influence des couples d'opposés, n'acceptant aucun don, fermement établi sur le sentier vers la réalité de Brahman, l'esprit pur, ne mangeant que le minimum vital aux heures prescrites, directement avec ses mains ou attendant que la nourriture soit placée dans sa bouche, sans qu'il l'ait mendiée, équanime devant l'offrande comme devant le refus, dépouillé du sens d'appropriation, profondément absorbé par sa méditation sur la pure lumière irradiée par Brahman, totalement dévoué à l'Esprit suprême, occupé à déraciner les effets des actes positifs et négatifs qu'il a commis autrefois... c'est ainsi qu'il accomplit le renoncement.
Ainsi s'achève la troisième instruction spirituelle (Upadesha) de cette Upanishad.
INSTRUCTION IV IV-1. « Celui qui abandonne les trois mondes, les Védas, les objets sensibles et l'influence des sens, et demeure en l'Atman et uniquement en Lui, celui-là atteint le but le plus haut qui soit. IV-2. Un bon ascète ne répond jamais aux curieux qui veulent savoir son nom, son lignage, son lieu de naissance, la durée de son séjour en ce lieu, les Écritures qu'il a étudiées, sa famille (c-à-d. sa caste), son âge, son modèle de conduite, les vœux qu'il a pris. IV-3. Il n'entre jamais en conversation avec une femme, et s'empêche de se souvenir d'une femme vue auparavant; il fuit toutes les discussions portant sur les femmes, et ne les contemple jamais, même en image. IV-4. Car l'esprit de l'ascète serait inévitablement troublé par l'un de ces quatre actes, et l'agitation des sens qui s'ensuivrait lui ferait perdre l'esprit. IV-5-6. Un ascète déchoit de sa voie s'il enfreint les interdictions suivantes : avidité (ou gourmandise), colère, fausseté, plaisanterie, convoitise, illusion, goûts et dégoûts, plaisir esthétique, tendance à donner des leçons, désir, passion, acceptation de cadeaux, égoïsme, sens de possessivité, guérison d'autrui, forcer autrui à bien se conduire, actes expiatoires, voyages à l'étranger, pratique des mantras, usage d'herbes médicinales, de poisons, et bénédiction à autrui. IV-7. Un sage résolu à parvenir à la libération doit s'abstenir de prononcer les mots suivants : viens, va, arrête, bienvenue, amis, honorer. IV-8. Un moine mendiant ne doit pas accepter de cadeaux ni inciter autrui à en faire, ni suggérer à autrui d'en recevoir ou d'en faire, à aucun moment, pas même en rêve. IV-9. S'il a des nouvelles, soit par ouï-dire soit en les rencontrant, de son ancienne famille (épouse, frère, enfants, autres membres de la famille, etc.), que ces nouvelles soient bonnes ou mauvaises, il ne devra en ressentir aucun émoi; car il a résolu d'abandonner les chagrins et les illusions du monde. IV-10-12. S'abstenir de causer le moindre mal (ahimsa, non-violence), véracité, absence de convoitise, chasteté, non-possession, humilité, refus de l'abattement, sérénité, stabilité, franchise, détachement de tout lien, serviabilité à l'égard des aînés, foi, générosité, calme, indépendance, courage, amabilité, endurance, compassion, modestie, connaissance et sagesse, contemplation de l'Esprit suprême et union par le Yoga, régime très frugal et contentement – ces attitudes sont notoirement considérées comme les caractéristiques requises d'un ascète qui a une parfaite maîtrise de soi. IV-13. Libéré de l'influence des couples d'opposés, à jamais établi dans la lumière du Bien (Sattva), équanime en toutes circonstances, le sage qui est parvenu au quatrième stade de l'ascétisme, le Cygne suprême, le Paramahamsa (cf. I-2), est le dieu Narayana manifesté (cf. III-59). IV-14. Il peut passer une nuit dans le même village, cinq nuits dans la même cité; durant la mousson, il peut rester quatre mois au même endroit. IV-15. Le moine mendiant ne doit pas passer deux nuits consécutives dans le même village; car si tel est le cas, des affections ou d'autres liens auraient le temps de se développer, qui le détourneraient de sa voie et l'achemineraient vers un enfer. IV-16. Aux abords d'un village, en un lieu retiré, il peut se dresser un abri* et faire une ronde à la recherche d'aumônes, avec l'humilité du ver qui rampe au sol; durant la mousson, il restera au même endroit.
IV-17. Vêtu seulement d'un pagne ou nu, le regard fixé sur l'Unique (Brahman), libre de désirs, sans jamais dévier de la voie du bien et profondément absorbé dans sa méditation, il marche, parcourant la vaste terre. IV-18. Choisissant toujours des endroits purs où accomplir ses devoirs essentiels, le moine mendiant est toujours en déplacement, le regard fixé au sol. IV-19. Mais il ne se déplace jamais durant la nuit, à midi ou durant les deux points de jonction du jour (aube et crépuscule); il se détourne des lieux déserts, des régions difficilement praticables, et des lieux où sa présence pourrait être nuisible à des créatures. IV-20. Le moine mendiant peut passer une nuit dans un village, deux nuits dans un bourg, trois nuits dans une ville et cinq nuits dans une grande cité. Durant la mousson, il peut dresser son campement en un lieu où coulent des eaux pures. IV-21. Considérant tous les êtres comme identiques à lui, le moine mendiant parcourt la terre à pied, semblable à un aveugle, simplet, sourd, insensé et muet. IV-22. Un moine mendiant Bahudaka (1) et un ermite des forêts doivent, selon la tradition, prendre un bain aux trois points de jonction du jour (aube, midi et crépuscule), l'ascète Hamsa seulement un bain, et l'ascète Paramahamsa n'est tenu à aucun bain.
IV-23. L'ascète qui ne porte qu'un seul bâton emblématique (Ekadanda)* doit observer ces sept injonctions : silence, posture de méditation, union spirituelle (Yoga), endurance, solitude, absence de désirs et équanimité.
IV-24. Vu l'absence de prescriptions concernant la purification du corps (bain) ou portant sur d'autres points, l'ascète qui en est arrivé au stade de Paramahamsa se contentera simplement de faire cesser tout mouvement du mental.
IV-25. Où est la différence entre les vermisseaux (qui se plaisent dans les eaux putrides) et les hommes qui trouvent leurs délices dans cet amas de peau, chair, sang, tendons, moelle, graisse, os, fèces, urine et pus qu'est le corps ? IV-26. Il y a d'une part ce grand conglomérat de matières répugnantes, comme le phlegme, etc., et d'autre part ces qualités éminentes que sont la splendeur corporelle, le rayonnement positif et le charme de la personnalité. Où donc est l'identité du corps ? IV-27. Si un insensé trouve ses délices dans ce corps qui est un conglomérat de chair, sang, pus, fèces, urine, tendons, moelle et os, il se plairait tout aussi bien en enfer ! IV-28. Bien qu'il n'y ait pas grande différence entre les parties intimes de la femme et une blessure sanguinolente, les hommes sont généralement leurrés par une simple différence de point de vue subjectif. IV-29. C'est un morceau de chair fendu en deux et parfumé par le souffle Apana (1) – inclinons-nous devant ceux qui y prennent leur plaisir ! Y a-t-il plus grande témérité ?
IV-30-31. L'ascète n'a pas de tâches à accomplir dans le monde et il ne possède pas d'emblème. C'est un sage, dépouillé du sens de possessivité, libre de toute crainte, calme, non influencé par les couples d'opposés, recevant la nourriture offerte sans distinction de caste, vêtu d'un pagne sur les reins ou nu, et qui demeure profondément absorbé en méditation. C'est donc un yogi accompli, exclusivement voué à la Connaissance, qui développe son identification à Brahman. IV-32. Bien qu'on puisse considérer le bâton comme un emblème, ce n'est que par la connaissance spirituelle que l'ascète parviendra à la libération, et les ensembles de signes emblématiques sont insignifiants pour ceux qui visent à la béatitude ultime. IV-33. Il est un vrai brahmane (connaisseur de Brahman), celui qui ne voit aucune différence entre un homme bon et un mauvais, entre un illettré et un érudit, un homme de bon caractère et un mauvais caractère. IV-34. Aussi le sage va-t-il son chemin sans se faire remarquer, sans porter d'emblème, connaissant la conduite juste en toutes circonstances, se consacrant exclusivement à son vœu à Brahman, et recourant aux enseignements secrets des Upanishads. IV-35. Il se déplacera sur terre et à pied, demeurant un mystère pour tous, n'appartenant plus à une caste ou à une étape de l'existence; il marchera, ne regardant rien, l'esprit fermé (à ce qui l'entoure) et muet. IV-36. La paix de son esprit est telle que même les dieux la lui envieraient. Comme il n'observe aucun critère de différenciation, il parvient à la béatitude finale, qui est sans différenciation. » IV-37. Mais Narada poursuivit son questionnement : « Je t'en prie, expose à notre intention la méthode du renoncement. »
Dans tous les cas, on honorera les Brahmanes, veillant à ce que deux d'entre eux soient présents à chaque cérémonie. On les honorera à la manière prescrite pour l'offrande quotidienne aux mânes (Pitri yajna), en introduction aux huit cérémonies, que l'on accomplira en huit jours ou en un seul jour, accompagnées des mantras donnés par la branche du Véda à laquelle on appartient.
« Puissent les Maruts rassembler les énergies de vie dispersées ! « Ô Agni, viens avec ton corps qui est l'agent du sacrifice. Il méditera sur Agni, fera une circumambulation autour du feu, et se prosternera avec révérence pour lui faire ses adieux. Il accomplira le rite de jonction de l'aube, saluera avec dévotion le Soleil, avec la récitation d'un millier de Gayatri mantras, assis dans l'eau jusqu'au nombril. Il fera ses adieux à Gayatri, après avoir fait des offrandes respectueuses aux huit Gardiens des directions (1).
« Je suis Celui qui fait croître l'arbre du monde. « Le Om est le plus souverain de tous les Védas, « Je me suis élevé au-dessus du désir d'une femme, du désir de richesse et du désir de la gloire dans le monde. Prenant quelques gorgées d'eau, il récitera ce mantra : Il offrira de l'eau en direction de l'est, les mains jointes en coupe, et arrachera les sept derniers cheveux de sa touffe sacrificielle, en prononçant Om Svaha ! IV-38. Si, comme on l'a vu auparavant, il est un ascète qui a reçu l'illumination, il recevra néanmoins l'instruction de son maître sur le Pranava Om et les grandes injonctions védiques (cf. III-1). Puis il partira sur la route, procédant par étapes faciles, pétri de la conviction que rien n'existe en dehors du Soi; il se nourrira de fruits, de feuilles comestibles et d'eau, et traversera ainsi les monts, les forêts et les temples. Puis il abandonnera l'errance perpétuelle et, vêtu d'espace, le cœur empli d'une impérissable félicité, accumulant les bénéfices de sa rupture avec les activités du monde et les actes rituels, il se maintiendra en vie au moyen de fruits, écorces juteuses, feuilles, racines bulbeuses et eau pure. Puis, toujours dans le but d'atteindre à la libération ultime, il renoncera même à son corps, le déposant dans une caverne de montagne, tout en se remémorant le mantra libérateur, Om. IV-39. S'il est un ascète qui aspire à parfaire ses connaissances (Vividisha Sannyasin), il ira trouver des Brahmanes érudits, tels son précepteur et des prêtres, afin de recevoir d'eux le bâton emblématique, la ceinture, le pagne pour les reins, la couverture et le pot à eau, avec ces paroles : « Je t'en prie, ô homme béni, attends, arrête tes pas, prends le bâton, l'étole couleur ocre et le pot à eau ! Va en présence du maître spirituel pour recevoir de lui les instructions du Pranava Om et des grandes injonctions védiques ! » Ainsi s'achève la quatrième instruction spirituelle (Upadesha) de cette Upanishad.
INSTRUCTION V V-1. Narada demanda ensuite au dieu Brahma : « Seigneur, tu as dit que le renoncement implique la cessation de toute activité. Maintenant tu dis que le renonçant se conformera avec zèle aux prescriptions de son état d'ascète ! »
V-2. « Si l'on pose la question « En quoi diffère le comportement dans les diverses sortes de renoncement ? », la réponse est que le renoncement est d'une seule sorte, qu'il devient de trois sortes en raison des imperfections de la connaissance, de l'aspiration à plus de connaissance et de l'affliction consécutive aux actes; et qu'il implique quatre étapes, à savoir le renoncement par détachement, le renoncement par sagesse, le renoncement par sagesse et détachement, et le renoncement aux activités du monde. V-3. C'est ainsi que ça se passe : par absence de passion mauvaise, par indifférence aux objets de plaisir et par influence des actes positifs accumulés dans le passé, si l'on renonce au monde, on devient ce que l'on appelle un renonçant par détachement. V-4. Par connaissance des Écritures (Shastras), se retirant du monde phénoménal après avoir écouté les expériences tant positives que négatives des vivants; se désistant de ce monde de colère, jalousie, intolérance, égoïsme et vanité; rejetant les inclinations du corps, tel le désir d'une épouse, de richesses et de renommée, l'estime excessive pour les Écritures et pour l'opinion publique; considérant que ces traits communs sont à éviter comme du vomi; disposant des quatre disciplines, telle la discrimination entre le permanent et le transitoire – celui qui renonce dans un tel état d'esprit est ce que l'on appelle un renonçant par sagesse. V-5. Après avoir étudié toutes les Écritures dans l'ordre prescrit, après avoir fait l'expérience de toute la vie dans le monde, celui qui sous l'influence de la sagesse jointe au détachement et à une méditation approfondie du Soi, devient nu comme à l'origine, celui-là est ce que l'on appelle un renonçant par sagesse et détachement. V-6. Après avoir parcouru le cursus de l'étudiant religieux, être devenu un maître de maison, avoir atteint l'étape du résident des forêts, celui qui renonce au monde en accord à l'ordre des étapes de vie, même en l'absence de détachement, celui-là est ce que l'on appelle un renonçant aux activités du monde. V-7. Renoncer au monde à l'étape de l'étudiant religieux et devenir nu comme à l'origine, tel est le renoncement par détachement. Renoncer sous l'influence de l'étude des Écritures, tel est le renoncement par sagesse. Renoncer par aspiration à plus de connaissance, tel est le renoncement aux activités du monde. V-8. Le renoncement aux activités du monde est de deux sortes : le renoncement dû à un motif (nimitta) et le renoncement sans motif (animitta). Le renoncement par affliction est dû à un motif; le renoncement en accord à l'ordre des étapes de vie est sans motif. V-9. Le cygne de l'âme ne diffère en rien de Brahman, il se répand dans le pur éther (Akasha), dans le Soleil (Vasu), il demeure dans le monde intermédiaire, dans le Feu qui brûle sur l'autel de l'univers, il est l'Hôte qui réside dans l'aire du sacrifice, qui réside en l'humain et chez les dieux supérieurs, qui réside dans la vérité, et dans l'espace céleste en tant que Soleil, il est né des eaux, né de la terre comme céréales, etc., né comme vérité du sacrifice, né dans les montagnes comme rivières, il est cet absolu Brahman, le seul qui soit véritablement grand.
V-10. Être convaincu que tout ce qui est autre que Brahman est transitoire, et renoncer en conséquence de cela, c'est là le renoncement sans motif. V-11. Il y a six sortes de renoncement : Kutichaka, Bahudaka, Hamsa, Paramahamsa, Turiyatita et Avadhuta (1).
V-12. L'ascète Kutichaka porte la touffe et le cordon sacrificiels, un bâton emblématique et un pot à eau, un pagne sur les reins et une étole rapiécée; il reste avec dévouement au service de son père et de sa mère, ainsi que de son précepteur; il a recours aux mantras lorsqu'il utilise son pot à eau, sa bêche (?) et son écharpe-sac; il reçoit sa nourriture d'une maison habituelle, et porte sur le front un signe perpendiculaire tracé en pâte de santal blanc, ainsi que le bâton emblématique à trois pointes. V-13. L'ascète Bahudaka porte les mêmes attributs, de la touffe à l'étole rapiécée; il porte sur le front trois lignes horizontales tracées en cendres sacrées; comme le Kutichaka, il considère tous les êtres avec la même égalité d'âme; il va mendier comme butine une abeille, recevant huit bouchées dans diverses maisons. V-14. L'ascète Hamsa porte ses cheveux au naturel, sans les coiffer, et sur le front une marque horizontale de cendres sacrées ou une marque perpendiculaire de santal; il reçoit sa nourriture comme butine une abeille, sans choix prédéterminé, et en plus du pagne sur les reins, il porte un masque sur la bouche (khandatunda). V-15. L'ascète Paramahamsa ne porte ni touffe, ni cordon sacrificiels, il ne reçoit sa nourriture qu'à la tombée du jour et auprès de cinq maisons différentes, utilisant ses mains en guise de bol; il ne porte qu'un pagne sur les reins et une étole, et tient un bâton de bambou; il enduit tout son corps de cendres sacrées; il a renoncé à tout. V-16. L'ascète Turiyatita est une “gueule de vache” (Gomukha), car il reçoit (ou prend) sa nourriture au hasard directement dans la bouche (il ne se sert pas de ses mains), mange principalement des fruits ou, lorsqu'il prend de la nourriture cuisinée, c'est auprès de trois maisons différentes, juste de quoi rester en vie; il va nu, et considère ce corps comme étant déjà mort. V-17. L'ascète Avadhuta ne suit aucune règle, il ne subsiste que de la nourriture qui vient à lui, et qu'il attend comme les pythons, la bouche grande ouverte, sans distinction de classe chez le donateur, excluant cependant ceux qui ont fait l'objet d'une accusation ou qui sont déchus; il se consacre exclusivement à la réalisation du Soi. V-18. Pour celui qui est atteint d'une grande affliction ou d'infirmités physiques, il est possible de renoncer au monde en bonne et due forme, en recevant de son précepteur les instructions relatives au Pranava Om et aux grandes injonctions védiques. V-19. Pour les ascètes Kutichaka, Bahudaka et Hamsa, la méthode de renoncement qui s'applique est celle du Kutichaka, similaire à celle qui prévaut lorsqu'on a suivi les étapes de la vie et atteint à la quatrième, celle du renoncement. V-20. Pour l'autre triade d'ascètes, Paramahamsa, Turiyatita et Avadhuta, la règle est la suivante : l'ascète ne porte ni ceinture, ni pagne sur les reins, ni étole, ni pot à eau, ni bâton; il sollicite des aumônes auprès de tous, sans distinction de caste, et reste totalement nu. Même à l'étape du renoncement, il peut continuer à étudier les Écritures jusqu'à bon lui semble, et ce n'est qu'après [la fin de ses études] qu'il jettera au fil de l'eau ses attributs (ceinture, pagne, etc.). Désormais totalement nu, il ne gardera pas même un bout de l'étole rapiécée. Il n'étudiera ni n'exposera plus jamais les Écritures. Pour lui, rien ne vaut la peine d'être écouté. À l'exception du Pranava Om, il ne cultivera aucune réflexion philosophique, pas même sous l'autorité des Védas. Il ne sera pas verbeux en parlant des textes sacrés, et ne tiendra pas de discours abrutissant sur les œuvres des grandes âmes. Il ne se fera pas comprendre par gestes et n'utilisera aucun code spécial de communication. Il s'abstiendra de parler aux basses castes, aux femmes, aux déchus et tout spécialement aux femmes ayant leur période menstruelle. Il est un ascète, il n'y a donc pour lui plus de culte des dieux, plus de visite aux dieux durant les festivals, plus de pèlerinage à accomplir. V-21. Encore à propos des divers types d'ascètes : pour le Kutichaka, il est de règle de recevoir ses aumônes d'une seule maison; pour le Bahudaka, c'est au hasard, à l'instar de l'abeille qui butine son miel; pour le Hamsa, c'est huit bouchées par maison, auprès de huit maisons différentes; pour le Paramahamsa, c'est cinq bouchées par maison, auprès de cinq maisons différentes, avec les mains en guise de bol; pour le Turiyatita, ce sont des fruits qu'il prend directement avec sa bouche, à la façon d'une vache; pour l'Avadhuta, la nourriture vient d'elle-même dans sa bouche tenue ouverte, à l'instar du python, sans distinction de caste de la part du donneur. V-22. Dans les mondes de l'au-delà, celui qui a renoncé par affliction ou à la dernière minute et l'ascète Kutichaka atteindront respectivement les mondes de Bhur et Bhuvar (1). L'ascète Bahudaka atteindra le ciel de Svarga. Le sage Hamsa atteindra le ciel supérieur de Tapoloka. Le Paramahamsa atteindra le séjour de Brahma et de la Réalité absolue, le Satyaloka. Le Turiyatita et l'Avadhuta atteindront la béatitude ultime au sein du Soi suprême, grâce à leur méditation continue sur le Soi selon la maxime de la guêpe et du ver de terre.
V-23. « Quel que soit l'état dont on emporte le souvenir V-24. En possession d'un tel savoir, l'ascète ne vouera son temps à aucune autre pratique qu'à l'investigation de la nature du Soi. En résultat de cette pratique, l'ascète atteindra à l'un des mondes supérieurs. Pour celui qui s'est doté de la connaissance et du détachement, la libération est atteinte à travers son propre Soi; il n'y a donc aucune nécessité d'adhérer à aucune autre pratique, laquelle serait superflue.
V-25. Sache-le, le Soi individuel est éveillé, lorsqu'il se tient dans les yeux; V-26. Celui qui sait que Turiya est le Brahman impérissable, celui-ci demeure comme inconscient de tout événement, de toute perception auditive ou visuelle, comme s'il était en sommeil profond alors même qu'il est pleinement éveillé. Et jusque dans le rêve, c'est le même état de conscience transcendante qui prévaut pour lui. Les Écritures disent que c'est là un libéré de son vivant, jivanmukta (1) et les exégèses de tous les traités disent unanimement que lui seul parvient à la libération.
V-27. L'ascète qui se contente de vivre d'aumônes sans présenter les qualités de patience, sagesse, détachement, tranquillité, etc., fait figure de bête noire parmi les ascètes authentiques. V-28. Ni le port d'un bâton emblématique, ni le crâne rasé, ni l'habit, ni les airs hypocrites imitant la sagesse, ne vont entraîner la libération. V-29. Celui qui porte le bâton intérieur de la sagesse, c'est lui qu'on appelle le porteur du bâton unique, ekadandin. Quant à l'ascète qui porte un bâton de bois, mange toutes sortes de nourriture et est vide de la moindre sagesse, il va droit aux terribles enfers hurlants (1).
V-30. Une position stable dans un monastère (ou autre institution) est déclarée par les Sages valoir autant que de la fiente de truie ! Alors, que l'ascète abandonne cette position et se déplace assidûment de-ci de-là, à la façon du ver de terre. V-31. L'ascète Turiyatita recevra nourriture et vêtement sans rien solliciter et comme ils arrivent, selon la décision d'autrui. Il restera nu et prendra un bain si autrui le souhaite. V-32. L'ascète qui reste en union au Soi dans l'état de rêve comme dans l'état de veille est considéré comme le meilleur; il est l'excellence même parmi les connaisseurs de Brahman. V-33. S'il ne reçoit pas d'aumônes, qu'il ne s'en désole pas; s'il en reçoit, qu'il ne s'en réjouisse pas. Évitant toute forme d'attachement aux réalités matérielles, il se contentera simplement de se conserver en vie, en vue du but suprême. V-34. Dans tous les cas, il se dérobera face aux marques d'honneur témoignées par des disciples admiratifs; car l'ascète qui accueille favorablement de tels hommages tisse de nouveaux liens avec le monde, même s'il était libéré. V-35. Pour des raisons de stricte survivance, l'ascète peut aller quêter des aumônes auprès des maisons de deux-fois nés, au moment approuvé, quand le repas est terminé et que le rituel du feu a été accompli. V-36. Se servant de ses mains comme d'un bol, l'ascète sollicitera des aumônes une seule fois par jour; il peut manger sa nourriture en restant debout, ou en marchant. Il ne doit prendre aucune gorgée d'eau cérémonielle dans l'intervalle. V-37. L'ascète dont les pensées sont pures reste dans ses limites, comme l'océan reste à sa place assignée; ces grandes âmes n'abandonnent pas plus les observances prescrites, que le soleil ne dévie de sa course. V-38. Quand l'ascète cherche sa nourriture de la bouche uniquement, à la façon d'une vache, il atteint alors à la parfaite équanimité face à tous les êtres; il est alors prêt pour l'immortalité. V-39. Il doit aller aux aumônes auprès des maisons qui ne sont pas interdites, et éviter soigneusement celles-là. Il entrera dans une maison uniquement lorsque la porte est ouverte, mais n'ira jamais se présenter dans une maison dont la porte est close. V-40. Qu'il s'abrite pour la nuit dans une maison désertée, que la poussière a recouverte, ou qu'il s'installe sous un arbre, déposant auparavant toute préférence ou réticence. V-41. L'ascète ira dormir là où il se trouve au moment où le soleil se couche, dégagé de toute obligation de rituel du feu et sans abri fixe. Il vivra selon ce que le hasard lui présente, toujours en possession de son Soi et les sens maîtrisés. V-42. S'éloignant des habitations humaines et gagnant les forêts, en possession de la Connaissance authentique et les sens maîtrisés, déambulant en attendant le moment de sa mort, l'ascète est devenu apte à la totale immersion en Brahman. V-43. Le sage qui déambule ainsi, parce qu'il a cessé de susciter la moindre crainte chez le moindre être vivant, ne rencontre nul danger provenant de la moindre créature. V-44. Libéré de tout orgueil et égoïsme, indifférent aux couples d'opposés, ayant résolu tous les doutes, l'ascète ne connaît plus jamais la colère, ni la haine, et ne prononce plus une seule parole sans sincérité. V-45. Allant d'un lieu sacré à un autre, sans jamais causer de tort au moindre être vivant, et n'acceptant d'aumônes qu'au moment prescrit, l'ascète est devenu apte à la totale immersion en Brahman. V-46. En aucune circonstance, il ne s'associera aux résidents des forêts ni aux maîtres de maison. Il n'aura qu'un désir : déambuler de-ci de-là sans aucune obstruction. La joie – sous toutes les formes qu'elle peut prendre – ne pénètrera pas en lui. Son chemin lui sera indiqué par le soleil, et il marchera sur la terre, sans hâte, à la façon d'un simple ver de terre. V-47. Les actions qui entraînent une bénédiction, celles qui impliqueraient un préjudice, ou celles qui visent au bien public, l'ascète doit s'en abstenir totalement et ne jamais inciter autrui à les accomplir. V-48. Il ne doit pas s'attacher à des doctrines hétérodoxes, ni poursuivre d'activités lucratives. Il ne doit pas se permettre d'opinions définitives, ni pencher pour l'un ou l'autre des opposants dans quelque débat que ce soit. V-49. Il n'aura pas une suite de disciples, n'étudiera pas de nombreux traités. Il ne fera aucun commentaire ni exégèse, n'acceptera aucun fonction, même inaugurale, dans aucune institution. V-50. Sans arborer d'emblème distinctif, sans témoigner de but précis, l'ascète se montrera en toute simplicité face au monde, qui pourra prendre pour un fou, un innocent ou un idiot celui qui n'est que toute sagesse. V-51. Il n'agira ni ne parlera en aucune circonstance. Il n'entretiendra aucune pensée, ni positive ni négative. Trouvant ses délices en le Soi, le sage déambulera, menant cette vie de parfait détachement. V-52. Il parcourra le pays sans aucune compagnie, libre de tout lien affectif, les sens maîtrisés; il s'ébattra au sein du Soi, il se réjouira uniquement du Soi, en parfaite possession de son Soi, toujours équanime. V-53. Sage mais enjoué comme un enfant, hautement compétent mais paraissant inintelligent, l'ascète sera en perpétuel déplacement. Érudit, il peut parler comme un insensé. Trouvant sa nourriture à la manière des vaches, il déambulera sur la voie des Upanishads. V-54-55. Méprisé, insulté, trompé, envié, battu, arrêté sur sa route, souffrant du refus de nourriture de la part des gens mauvais, assailli d'excréments ou aspergé d'urine par les ignorants, ou secoué brutalement, l'ascète qui est en butte à de telles épreuves alors qu'il ne désire que le bien de ces êtres, s'élèvera au-dessus des circonstances à la force de son Soi. V-56. Recevoir des hommages amoindrirait fortement l'intégrité de son ascèse, tandis que le mépris reçu des ignorants lui assure le succès dans sa pratique du Yoga, cette épreuve contribuant à la perte de son sens de l'ego. V-57. Sans contrevenir aux préceptes de bonne conduite, l'ascète peut aller son chemin au milieu du mépris des gens ordinaires; ainsi ils ne souhaiteront en aucun cas s'associer à lui ! V-58. L'ascète, absorbé profondément dans sa méditation, sera d'une innocuité totale, en parole, pensée et action, vis-à-vis de tout être vivant né d'une matrice, d'un œuf ou d'une autre manière. Mais il évitera tout contact avec l'un ou l'autre de ces êtres. V-59. Le moine errant a abandonné tous les défauts : passions, colère, orgueil, cupidité, illusions, etc. Il est donc libéré de la peur. V-60. Se contenter de la nourriture donnée en aumône, observer le silence, poursuivre son ascèse et mettre l'accent sur la méditation, s'armer du bagage de connaissances suffisant et du détachement – tels sont les devoirs essentiels du moine mendiant. V-61. Revêtant l'étole ocre, continuant de se consacrer au Yoga de la méditation, qu'il se trouve un abri avant la nuit, aux abords d'un village, sous le feuillage d'un arbre ou même dans un temple. Qu'il se nourrisse uniquement des aumônes reçues, et jamais auprès d'une seule maison. V-62. Un disciple avisé, avant d'embrasser le renoncement intégral, s'habituera à l'errance, jusqu'à ce que la pureté d'esprit lui soit acquise; alors, cet être à l'esprit pur pourra renoncer à la vie dans le monde et errer de-ci de-là. V-63. Contemplant le Seigneur Vishnu, la Divinité suprême, en tout endroit, tant extérieur qu'intérieur, l'ascète se déplace à sa guise, silencieux et aussi vierge de toute impureté que la brise légère. V-64. Équanime dans la facilité ou l'adversité, patient et indulgent, se contentant de manger ce qui lui échoit, et considérant d'un œil égal et libre de toute inimitié le deux-fois né, la vache, le cheval, le daim, etc., il poursuit sa route. V-65. Méditant sur Vishnu en tant que Soi suprême et Régent cosmique (1), entrant en contemplation profonde au sein de la Félicité suprême, il se souvient à tout instant de cette vérité : « Je suis Brahman, l'Unique. »
V-66. Ayant ainsi accédé à la sagesse et possédant un contrôle total de son esprit, s'étant détourné de tous les désirs, vêtu uniquement d'espace (s'il est devenu un Avadhuta), rejetant toutes les affaires du monde loin de ses pensées, de ses paroles et de ses actes, et détournant son regard de tous les phénomènes illusoires qui tissent le monde, le sage parvient à la libération dans une méditation perpétuelle sur le Soi, en analogie à la maxime du ver et de la guêpe (cf. III-91). Ainsi s'achève la cinquième instruction spirituelle (Upadesha) de cette Upanishad.
INSTRUCTION VI VI-1. Narada demanda ensuite au dieu Brahma : « Seigneur, tu as dit que le sage atteint à la libération par une méditation en accord à la maxime du ver et de la guêpe. Mais comment accomplit-on cette pratique ? » VI-2. La connaissance est le corps véritable du sage; sache-le, le détachement est sa vie authentique; la sérénité et la maîtrise de soi sont ses yeux; l'esprit est son visage; l'intellect est l'un de ses seize constituants (à commencer par le souffle de vie, Prana, jusqu'au nom qu'il a reçu, Nama); les vingt-cinq éléments de base (1) sont ses membres; à ses quatre états de conscience (veille, rêve, sommeil, transcendance) correspondent les cinq éléments fondamentaux (terre, eau, air, feu, éther). L'action, la dévotion, la connaissance et le détachement sont les ramifications de ses quatre états de conscience; et ses quatorze organes (2) sont tels des piliers instables, plantés dans de la vase. Cependant, de même qu'un batelier sort son embarcation d'une mauvaise passe, de même qu'un cornac dompte un éléphant récalcitrant, l'homme qui cultive le détachement placera ces organes sous son contrôle grâce au discernement. Et, considérant tout ce qui n'est pas le Soi comme irréel et transitoire, il se réfèrera à Brahman comme étant son identité réelle. Car il n'y a pour lui rien d'autre à connaître que Brahman. Devenant ainsi libéré de son vivant (jivanmukta), il mène la vie de celui qui est parvenu à l'accomplissement intégral. Jamais il ne se dira “Je ne suis pas Brahman”, mais ressentira à tout instant “Je suis Brahman”, qu'il soit éveillé, rêvant ou endormi. Parvenant alors à l'état de transcendance (Turiya), il pourra accomplir l'union avec l'au-delà de la transcendance, Turiyatita, qui est la béatitude ultime au-delà du corps.
VI-3. Dans le quatrième état, Turiya, le jour est l'état de veille, la nuit est le rêve, et minuit le sommeil profond. Dans ce seul état de Turiya, on trouve donc les quatre états. Quant aux quatorze organes, dont chacun possède une seule fonction sous son contrôle, voici leurs fonctions respectives : par l'œil s'opère la perception de la forme, par l'oreille celle du son, par la langue celle du goût, par le nez celle de l'odeur, par la peau celle du toucher; par la parole s'opère l'acte de la parole articulée, par la main celui de la préhension, par le pied celui du déplacement, par l'anus celui de l'évacuation, par l'organe génital celui du plaisir sexuel. L'intellect, qui comprend les objets, dépend de cet ensemble d'organes. L'individu, le jiva, comprend au moyen de l'intellect, il prend conscience au moyen de l'esprit (chitta), il s'enfle de vanité au moyen de l'ego. Le Soi individualisé, le jiva, a créé lui-même ces fonctions de la conscience, en s'identifiant à son corps et aux organes de ce corps. Le jiva investit la totalité de ses fonctions corporelles, à la façon dont un maître de maison parcourt sa demeure, notant avec vigilance toutes ses possessions. Ayant compris la nature de la conscience sous toutes ses faces, dans le lotus du cœur, et ayant identifié la lumière et la bonté au pétale de l'est, le sommeil et la torpeur au pétale du sud-est, la cruauté au pétale du sud, l'immoralité au pétale du sud-ouest, l'insouciance et le goût du jeu au pétale de l'ouest, le besoin de bouger au pétale du nord-ouest, la quiétude au pétale du nord, la sagesse au pétale du nord-est, le détachement au calice, et la conscience du Soi aux étamines qui s'y dressent – le sage demeure avec la seule conscience de Brahman, en l'état de Turiyatita, au-delà de la transcendance, alors que point l'aube de cette sagesse absolue. VI-4. La conscience vit dans les quatre états successifs de veille, rêve, sommeil profond, puis transcendance; s'y ajoute, en l'absence de ces quatre, l'état “au-delà du quatrième”, Turiyatita. Le Soi est un, bien qu'il présente les différents aspects de maître de la Totalité (Vishva), de maître de la lumière subtile (Taijasa), de maître de la toute-connaissance (Prajna), et de neutralité et passivité (tatastha). Il n'existe qu'un seul Être de pure lumière, le Témoin, l'Unique, libre de tout attribut; et le sage perçoit qu'il est cet Être, qu'il est Brahman.
VI-5. Abandonnant tout attachement, domptant la colère, se nourrissant frugalement, soumettant ses sens et bloquant les portes du corps au moyen de l'intellect, l'ascète dirige son esprit vers la méditation profonde. VI-6. C'est uniquement dans les lieux isolés, dans les grottes et au fond des forêts, que le yogi, en harmonie constante, entreprendra des méditations fructueuses sur le Soi. VI-7. Réceptions, cérémonies en l'honneur des ancêtres et sacrifices, processions religieuses et festivités, ou toute autre forme d'assemblée... que le connaisseur du Yoga (de l'union, donc) qui désire l'émancipation définitive n'y assiste plus jamais ! VI-8. Absorbé dans sa méditation, l'ascète aura un comportement qui suscitera mépris et insultes; mais il ne devra jamais s'éloigner d'un pas du sentier de droiture. VI-9. Les trois disciplines sont : restriction dans la parole, restriction dans l'action et contrôle parfait du mental; celui qui observe ces trois restrictions est de ce fait muni du triple bâton (tridandin), il est devenu un grand sage. VI-10. Est considéré comme le meilleur des ascètes celui qui va recevoir des aumônes de différentes maisons de brahmanes très instruits, à la façon de l'abeille qui butine pour son miel, à l'heure où le feu rituel ne dégage plus aucune fumée et s'est consumé. VI-11. Est méprisable l'ascète qui va aux aumônes continuellement, sans aucune retenue; il reste dans cette catégorie d'ascètes sans motivations profondes, et ne développe jamais le détachement. VI-12. Celui-là seul est considéré comme ascète qui, sachant que les aumônes sont spécialement substantielles dans telle maison en particulier, s'abstient d'y retourner par la suite. VI-13-14. L'ascète est considéré comme ayant totalement dépassé les notions de caste et d'étapes de vie (ativarnashramin) car il a réalisé la Vérité suprême, qui est indépendante du corps et des sens, qui est le Témoin universel, la Sagesse spirituelle, le Soi de toute félicité et l'auto-lumineux. Les castes, les étapes, etc., ne concernent que le corps et sont inventés par l'illusion toute-puissante, Maya. VI-15. « Castes et étapes de vie n'ont jamais été partie intégrante de mon Soi, lequel a la forme de la pure Conscience. » Celui qui a réalisé cette vérité grâce aux enseignements du Védanta sera considéré comme étant au-delà des castes et des étapes, ativarnashramin. VI-16. Celui qui a laissé tomber le code de conduite (dharma) selon les castes et les étapes de vie au moment où il a eu la vision de son Soi (sva Atma darshana), se situe dès lors au-delà de ces notions restrictives de castes et d'étapes, et s'établit dans la pure félicité du Soi. VI-17. Les connaisseurs de la vérité et des Védas déclarent qu'un homme est affranchi des castes et des étapes de vie dès lors qu'il est établi en son Soi, car il a atteint à cette étape qui est proprement au-delà de son étape (ashrama) et de sa caste (varna). VI-18. Donc, ô Narada, même les notions de castes et d'étapes de vie ont toutes été surimposées sur le Soi par l'illusion de Maya; mais cette surimposition n'est plus faite par le connaisseur du Soi. VI-19. Il n'est plus d'injonctions védiques, plus de prohibitions, plus de règles d'exclusion ou d'inclusion pour ceux qui ont réalisé Brahman; car il n'y a plus rien d'autre que Brahman, ô Narada. VI-20-21. Détaché de tous les êtres, et même du désir de parvenir au séjour du dieu Brahma, ayant déraciné tout lien affectif à l'égard de toutes choses et êtres, et même envers ses enfants, ses richesses, etc., l'aspirant, empli de foi en la voie qui mène à la libération et désireux d'acquérir la sagesse du Védanta, doit se présenter à un Maître qui a réalisé Brahman, les mains chargées d'une offrande. VI-22. Il doit se rendre agréable à ce Maître en lui rendant des services personnels avec dévouement et durant une longue période, et surtout il doit écouter avec grande attention son exposé des vérités du Védanta. VI-23. Dépourvu de tout sentiment du “moi” et de tout égoïsme, libre de tout attachement et empli de paix en toutes circonstances, il voit l'Atman dans son Soi. VI-24. Le détachement des passions point invariablement dès lors que l'on perçoit clairement les imperfections de la vie dans le monde. Pour celui qui n'est plus satisfait de la vie dans le monde, le renoncement vient. Il n'y a aucun doute sur ce point. VI-25. Celui qui désire ardemment atteindre la libération (mumukshu) est appelé le Cygne suprême, Paramahamsa. Devant mettre en pratique dans sa propre vie la sagesse des Écritures, ce qui est l'unique moyen de parvenir à la libération, il doit en premier lieu écouter attentivement les exposés du Védanta. VI-26. Afin de parvenir à la sagesse des Écritures, qui entraîne la réalisation de Brahman, l'ascète Paramahamsa doit se munir des vertus essentielles, à savoir la quiétude, le contrôle de soi, etc. VI-27-29. Mettant en pratique avec détermination et concentration l'enseignement du Védanta, paisible, maître de lui, vainqueur des sens, sans peur, libre de tout sentiment du “moi”, non affecté par les couples d'opposés, sans charges familiales et sans plus de possessions, l'ascète doit se vêtir d'un pagne pour les reins fait d'un tissu usé et se raser la tête; ou il peut choisir la nudité totale. Sage, compétent en sagesse du Védanta, praticien du yoga, dépourvu de tout sentiment du “moi” et de tout égoïsme, équanime face à ses amis et face à tous les êtres, envers lesquels il se comportera avec bienveillance, l'homme de sagesse et de maîtrise de soi traverse l'océan des misères du monde (samsara). Oui, c'est lui seul qui traverse cet océan, et non les autres ! VI-30. En tant qu'aspirant, il se dévouera aux soins des anciens sur la voie (son Maître et ses supérieurs) et résidera une année dans la demeure de son Maître. Qu'il ne perde jamais sa vigilance à observer les vœux mineurs (niyamas) avec autant de soin que les devoirs majeurs (yamas) (1).
VI-31. À la fin de la première année, il aura atteint l'excellent Yoga de la sagesse et il partira en errance sur cette terre, en conformité au code du Dharma. VI-32. À la fin de la seconde année, il laissera même de côté la sagesse toute excellente de Yajnavalkya (1) et la triade d'ordres ascétiques*, et passera à l'état de Paramahamsa.
VI-33. Faisant ses adieux à son Maître, aux anciens et aux enseignants, il partira en errance sur la terre, abandonnant tout attachement, domptant toute colère, se contentant d'un régime frugal et se rendant victorieux de tous ses sens. VI-34. Ces deux-là n'obtiennent pas de résultats, en raison d'une contradiction dans leur comportement : le maître de famille qui ne s'engage pas dans une activité rémunératrice, et le moine mendiant qui vaque à des activités profitables. VI-35. À la vue d'une belle jeune femme, il peut s'enflammer de passion et s'enivrer comme s'il avait bu une liqueur forte. Aussi doit-il se tenir à bonne distance de la femme, car elle agit comme un poison qui pénètre par les yeux. VI-36. Converser ou bavarder avec des femmes, les envoyer faire une course, assister à leurs danses, leurs chants, leurs rires et les ragots scandaleux qu'elles partagent entre elles – voilà tout ce que l'ascète doit fuir. VI-37. Plus d'ablutions cérémonielles, plus de prières murmurées (japa), plus de culte des dieux, plus d'offrandes d'oblations, plus d'objets de rituels, plus de feu rituel à entretenir... aucune de ces pratiques ne concerne plus l'ascète, ô Narada. VI-38. Il ne doit plus vénérer les dieux, ni offrir d'oblations aux mânes, ni partir en pèlerinage, ni observer de vœux; il n'y a plus pour l'ascète de conduite droite (dharma) ou fautive (adharma); il n'y plus pour lui une seule règle à observer, aucun acte à exécuter dans le monde. VI-39-41. L'ascète doit abandonner tous les devoirs du monde, et tous les actes inspirés par la coutume populaire, en tout domaine. Le sage, le yogi, dont l'esprit est consacré aux vérités les plus hautes, ne devra pas tuer d'insectes, ni de vers, ni de papillons, ni abîmer d'arbres. VI-42. Sans louanges pour quiconque, sans prosternations devant quiconque, sans jamais prononcer le Svadha de salutations aux mânes, prenant refuge dans une vieille maison abandonnée ou une colline, ainsi tu iras de-ci de-là, sans aucune restriction. Ainsi s'achève la sixième instruction spirituelle (Upadesha) de cette Upanishad.
INSTRUCTION VII VII-1. Les Sages s'enquirent alors des restrictions qui marquent le comportement de l'ascète. Devant Narada, le dieu Brahma leur répondit en ces termes :
Abandonnant le point de vue selon lequel autrui est différent de soi, en même temps qu'il renonce aux mœurs du monde, quittant son lieu de naissance, évitant les lieux qu'il a visités auparavant, se remémorant sans cesse la félicité du Soi, comparable à la joie de retrouver un objet égaré, oubliant la satisfaction de son apparence physique et de sa caste de naissance, admettant même que son corps est mûr à être mis au rebut comme cadavre, l'ascète restera désormais loin du lieu où vivent ses enfants et ses parents proches, ainsi que le fait un voleur lorsqu'on le libère de prison. Il survivra par la nourriture qu'il peut se procurer sans effort, vouant tout son temps à la méditation sur Brahman et sur le Pranava Om, libéré de toute activité dans le monde, ayant consumé les passions, la colère, la cupidité, l'illusion, la vanité, l'envie, etc., non affecté par les trois Gunas (Sattva, etc.), libre des six infirmités humaines (faim, soif, etc. - cf. III-89), libéré des six changements (naissance, existence, croissance, transformation, déclin, mort), véridique dans sa parole, l'esprit pur, sans haine pour quiconque. Il passera une nuit dans un village, cinq nuits dans une cité, cinq nuits dans un lieu sacré, cinq nuits sur les rives des fleuves sacrés, sans refuge fixe, l'esprit affermi, sans jamais une parole fausse. Il pourra se réfugier dans une grotte de montagne. Il lui faudra voyager seul; cependant, lors de la recherche d'un lieu où passer les quatre mois de la saison des pluies, il pourra se déplacer en compagnie d'un autre ascète s'ils recherchent un village, et de trois ou quatre autres ascètes s'ils recherchent une cité. La règle est qu'un moine mendiant doit voyager seul. Il ne doit pas laisser libre jeu aux quatorze organes (cf. VI-2) de son corps. Jouissant de cette richesse qu'est le détachement engendré par la pleine connaissance de la nature transitoire de la vie dans le monde, fermement convaincu qu'il n'existe pas d'autre être que le Soi et que personne n'est différent de lui-même, voyant partout et en tous sa propre forme essentielle, il parvient ainsi à la libération de son vivant (jivanmukta). Et, conscient de son quadruple Soi (1) jusqu'à l'épuisement de son karma venu à maturité (2), l'ascète vivra en perpétuelle méditation sur le Soi jusqu'à ce que son corps tombe en décrépitude.
VII-2. Les règles de purification : un bain aux trois points de jonction du jour pour le Kutichaka, deux bains quotidiens pour le Bahudaka, un seul pour le Hamsa, une purification de l'esprit pour le Paramahamsa, se frotter de cendres sacrées pour le Turiyatita, et un bain d'air pour l'Avadhuta. VII-3. Le Kutichaka doit porter sur le front la marque perpendiculaire de santal (urdhvapundra), le Bahudaka les trois lignes horizontales de cendres sacrées (tripundra), le Hamsa peut porter l'une ou les autres, le Paramahamsa doit porter l'onction de cendres sacrées, le Turiyatita la marque de santal (tilakapundra), l'Avadhuta n'en porte aucune; ou alors, le Turiyatita et l'Avadhuta n'en portent aucune. VII-4. Le Kutichaka doit se raser à chacune des six saisons, le Bahudaka au bout de deux saisons, le Paramahamsa ne se rase plus ou, s'il désire continuer, une fois tous les six mois (au moment des solstices, ayana); plus de rasage pour le Turiyatita et l'Avadhuta. VII-5. Le Kutichaka doit obtenir sa nourriture d'une seule maison, le Bahudaka doit aller de porte en porte à la façon de l'abeille qui butine, le Hamsa et le Paramahamsa doivent utiliser leurs mains comme récipient, le Turiyatita doit ouvrir la bouche comme une vache et attendre que la nourriture y soit déposée, et l'Avadhuta doit prendre la nourriture directement de sa bouche, au hasard, à la façon du python. VII-6. Le Kutichaka a droit à deux vêtements, le Bahudaka à un seul, le Hamsa à un unique pagne, le Paramahamsa est soit vêtu d'espace ou ne porte que le pagne, le Turiyatita et l'Avadhuta sont nus comme à leur naissance. Le Hamsa et le Paramahamsa portent la peau d'antilope, mais pas les autres ascètes. VII-7. Le Kutichaka et le Bahudaka doivent rendre un culte aux dieux, le Hamsa et le Paramahamsa un culte purement intériorisé, le Turiyatita et l'Avadhuta doivent s'imprégner de la pensée “So'Ham, Je suis Lui”, identifiant ainsi l'âme individuelle à l'Âme universelle. VII-8. Le Kutichaka et le Bahudaka doivent réciter des mantras, le Hamsa et le Paramahamsa doivent méditer, le Turiyatita et l'Avadhuta doivent s'abstenir de ces deux pratiques mais doivent par contre donner des enseignements sur les grandes maximes védiques (cf. III-1); de même pour le Paramahamsa. Le Kutichaka, le Bahudaka et le Hamsa ne sont pas habilités à instruire autrui. VII-9. Le Kutichaka et le Bahudaka doivent méditer sur le Pranava des humains (le son Om extériorisé, constitué de quatre unités (1), le Hamsa et le Paramahamsa sur le Pranava intériorisé (l'Antara Pranava, constitué de huit unités), le Turiyatita et l'Avadhuta sur le Pranava de Brahman (Brahma Pranava, constitué de seize unités).
VII-10. Le Kutichaka et le Bahudaka doivent écouter des exposés sur le Védanta, le Hamsa et le Paramahamsa doivent réfléchir sur eux, le Turiyatita et l'Avadhuta doivent les méditer en profondeur et de façon réitérée. La règle veut que tous ces ascètes méditent sur le Soi. VII-11. C'est ainsi que l'aspirant à la libération, se remémorant sans cesse le mantra salvateur, Om, qui permet de traverser l'océan de la vie dans le monde, mènera la vie de celui qui est libéré de son vivant. Et l'ascète devra rechercher le moyen de parvenir à la béatitude ultime (Kaivalya), en accord avec les règles régissant l'ordre ascétique dont il est membre. » Ainsi s'achève la septième instruction spirituelle (Upadesha) de cette Upanishad.
INSTRUCTION VIII [Dans ce chapitre, d'une grande complexité, le traducteur a ajouté de nombreux commentaires dans le corps-même des shlokas, que je conserve tous, car ils rendent praticables, notamment dans la méditation, des notions qui, sans eux, resteraient purement théoriques. NdT.] VIII-1. Narada demanda encore au dieu Brahma : « Seigneur, aie la bonté de nous exposer le mantra salvateur qui permet de traverser l'océan de la vie dans le monde. »
VIII-2. Om est Brahman. Sachez que le Om constitué d'une seule syllabe est le Pranava intérieur (Antah Pranava). Il se divise en huit unités (cf. VII-9) : la voyelle A, la voyelle U, la consonne M, la demi-lettre (Ardha-matra), la vibration sonore (Nada), la semence originelle (Bindu), l'unité rythmique (Kala) et l'énergie créatrice (Shakti). Ainsi, ce n'est pas quatre unités, comme on le dit souvent. La voyelle A est composée de dix mille micro-vibrations, la voyelle U de mille micro-vibrations, la lettre M de cent micro-vibrations, et l'Ardha-matra d'une séquence illimitée de micro-vibrations.
VIII-3. Le Pranava de la Totalité cosmique est constitué de seize unités et se trouve au-delà des trente-six catégories d'existence (1). Comment se fait-il qu'il soit constitué de seize unités ? On les énumère ainsi : 1/ la voyelle A, 2/ la voyelle U, 3/ la consonne M, 4/ la demi-lettre (Ardha-matra), 5/ la semence originelle (Bindu), 6/ la vibration sonore (Nada), 7/ l'unité rythmique (Kala), 8/ l'au-delà du rythme (Kalatita), 9/ la paix (Shanti), 10/ l'au-delà de la paix (Shantyatita), 11/ l'absorption parfaite (Unmani) (2), 12/ la fixité de l'enstase (Manomani) (3), 13/ le son physique (Puri) (4), 14/ le son intermédiaire (Madhyama), 15/ le son visualisé (Pashyanti), et 16/ le son suprême (Para).
VIII-4. Le Pranava de Brahman est le support de la Totalité, la splendeur radieuse du Suprême et le Seigneur de la Totalité – ainsi Le voient les Sages dotés de la vision du Réel. En Lui sont toutes les divinités, en Lui est l'Œuf dont a émané la manifestation universelle. VIII-5. Il se compose de toutes les lettres impérissables, Il est le Temps; Il se compose de toutes les Écritures, Il est le Propice, Shiva. Il est la quintessence de tous les Védas, Il se compose de toutes les Upanishads. Tel est l'Om, l'Atman qu'il faut rechercher. VIII-6. Passé, présent et futur constituent les trois temps – l'impérissable syllabe Om les pénètre tous et les transcende. Sache-le, Il est le commencement de toute chose et le donateur de l'ultime béatitude. VIII-7. Ce Om qui est l'Atman, nous l'avons désigné par le mot Brahman. De la même façon qu'on le connaît intimement comme l'Unique et sans second, le sans âge, l'immortel, si on le surimpose au corps, on ne fait plus qu'un avec lui. Sache-le avec certitude, le triple corps de l'Atman* est le suprême Brahman.
VIII-8. Il faut donc méditer en profondeur sur le suprême Brahman, dans l'ordre requis : Vishva, la forme individuelle de l'Atman, Viraj, la forme universelle, Otir, la forme mixte, et enfin Turiya, la forme transcendante. VIII-9-11. Cet Atman est quadruple, aussi bien : 1/ il fait l'expérience de l'aspect matériel en tant que Vishva (1) quand il est l'individu dans son corps physique – 2/ il jouit du monde du rêve en tant que Taijasa, quand il est l'individu dans son corps subtil de rêve – 3/ il jouit de la pure connaissance en tant que Prajna, quand il s'est identifié à Ishvara dans le sommeil profond – 4/ il jouit de la suprême félicité en tant que Turiya, quand il est dans l'état transcendant. L'Atman a donc quatre parties.
VIII-12-13. Le Maître de la Totalité, Vishva, est la première partie de l'Atman.
La seconde partie de l'Atman est Taijasa, le Maître de la lumière subtile. Il présente également quatre aspects, selon les quatre états de veille, rêve, sommeil profond et transcendance : Taijasa-Vishva, la Lumière universelle, Taijasa-Taijasa, la Lumière dans la lumière, Taijasa-Prajna, la Lumière toute-connaissante, et Taijasa-Turiya, la Lumière transcendante. Le Maître de la lumière subtile est le Seigneur de tous les êtres, l’Œuf d’or (Hiranyagarbha). Il fonctionne comme le maître de l'état de rêve. Il perçoit les formes subtiles du monde phénoménal et en fait l'expérience. Bien qu'il possède lui aussi huit membres, il est un et sans différenciations, ô Narada. VIII-14-16. [Lorsque dans l'état de rêve, l'Atman fait l'expérience de la vue, etc., relativement aux objets avec ses yeux de rêve, sans le fonctionnement actif du mental, c'est alors la veille dans l'état de rêve (Svapna-Jagrat) et celui qui en fait l'expérience est Taijasa-Vishva, la Lumière universelle. Celui qui en fait l'expérience est Viraj dans l'aspect collectif de l'expérience de la veille dans l'état de rêve (Svapna-Jagrat), et c'est l'Anujnatir (cf. infra, VIII-19-20) dans les aspects individuel et collectif. Lorsqu'on est endormi, qu'on ne poursuit plus aucun désir ni ne voit aucun rêve, c'est clairement le sommeil profond. Dans cet état, fonctionne la Connaissance, Prajna, qui présente également quatre aspects, selon les quatre états de veille, rêve, sommeil profond et transcendance : Prajna-Vishva, la Connaissance universelle, Prajna-Taijasa, la Connaissance lumineuse, Prajna-Prajna, la Connaissance toute-connaissante, et Prajna-Turiya, la Connaissance transcendante. Ce quadruple Prajna est la troisième partie de l'Atman. Cet Atman est un, demeurant dans l'état de sommeil profond, en possession de la plénitude de la Connaissance, jouissant d'une parfaite félicité; il est constitué d'une félicité éternelle et réside dans le cœur de tous les êtres. Bien qu'il jouisse de la félicité, l'esprit est son visage, il est omniprésent et indestructible, il est le Seigneur suprême, Ishvara (cf. V-24). VIII-17. Il est le Seigneur de la Totalité, omniscient, qui gouverne le plan subtil de la création. Il imprègne tous les êtres de part en part, il est la source primordiale, l'origine et la destruction de l'univers manifesté. VIII-18. Ces trois états, veille, rêve et sommeil profond, représentent un obstacle à la cessation de toute activité pour les êtres qui cherchent la réalisation du Soi; en ce sens, ils sont analogues au sommeil profond (qui n'est que transitoire), et sont bien de l'étoffe des rêves, tissée d'illusion. VIII-19-20. La quatrième partie de l'Atman, Turiya, la Transcendance, présente également quatre aspects, selon les quatre états de veille, rêve, sommeil profond et transcendance : Turiya-Vishva, la Transcendance universelle, Turiya-Taijasa, la Transcendance lumineuse, Turiya-Prajna, la Transcendance toute-connaissante, et Turiya-Turiya, la Transcendance absolue. C'est cependant l'essence unique de la pure conscience, du fait que toutes les autres parties de l'Atman culminent en Turiya, dans l'état dit “quatrième”. Cet état quatrième, absolu, fournit la base d'une différenciation de l'Atman en Otir, Anujnatir et Anujnana (ou Anujnanaika) (1). Ces trois aspects sont véritablement un sommeil profond (Sushupti) car ils consistent simplement en un voile sur la Transcendance absolue, Turiya-Turiya, telle une étoffe de rêve purement intérieur. Sachant que tout ce qui est autre que cette Transcendance absolue est pure illusion, il ne reste plus alors que l'essence une de la pure Conscience.
VIII-21. [Du fait que Turiya, en tant qu'unique état de félicité, est incapable de subdivisions selon les aspects individuel, collectif et mixte, Turiya n'est pas en soi de nature quadruple, mais triple (avec exclusion de Turiya-Turiya, la Transcendance absolue). Cette triple nature de Turiya peut être expliquée comme suit : Les distinctions qui existent dans les objets extérieurs, le connaisseur de Brahman les perçoit avec ses sens physiques, mais sans établir de distinction intellectuelle; cet état est Turiya-Jagrat, la veille dans l'état de Transcendance; l'Atman qui fait l'expérience de cet état au plan individuel est Turiya-Vishva, la Transcendance universelle; au plan collectif, c'est Turiya-Viraj, et au plan mixte, c'est Avikalpa-Otir. Ô Sage, il est bien clair que Turiya-Turiya, la Transcendance absolue, n'est en aucune façon une connaissance du plan physique [car ce n'est pas l'Otir-Otir, lequel est identique à Vishva-Vishva, la Totalité universelle, et à Virat-Viraj, dans l'expérience de Jagrat-Jagrat, la veille dans l'état de veille], ni même la sagesse subtile [car c'est différent de Taijasa, Sutra et Anujnatir dans Svapna-Jagrat, la veille dans l'état de rêve], ni la pure conscience absolue (Prajna) [car c'est différent d'Otir-Avikalpa, identique à Vishva, à Viraj et à Turiya, dans la forme de conscience dévoilant la présence ou l'absence de Jagrat-Jagrat et des autres états], ni quoi que ce soit d'autre. VIII-22. Ce n'est pas la non-conscience (Aprajna) [car c'est à des années-lumière de l'Anujnatir-Otir, identique à Taijasa-Vishva, la Lumière universelle, et à Sutra-Viraj, qui sont sans perceptions extérieures dans Svapna-Jagrat, la veille dans l'état de rêve], ni un composé de conscience grossière et subtile [car c'est hors de portée de l'Otir-Anujnaikara, identique à Vishva-Prajna, la Totalité toute-connaissante, et au Viraj-Bija du rêve dans l'état de veille (Jagrat-Svapna) qui se situe hors du champ de la connaissance véritable], ni l'intellect non-inclusif [car c'est hors de portée de l'Anujnatir-Anujnaikara, identique à Taijasa-Prajna, la Lumière toute-connaissante, et au Sutra-Bija de l'intellect non-inclusif fonctionnant dans le rêve dans l'état de rêve (Svapna-Svapna)], et c'est au-delà de toute perception [car c'est hors de portée de l'Anujnatir-Anujnatir, identique à Taijasa-Taijasa, la Lumière dans la lumière, et au Sutra-Sutra illusionné par la vision créée par l'esprit lors du rêve dans l'état de rêve (Svapna-Svapna)]. VIII-23. Turiya-Turiya ne peut être défini [car c'est différent de l'Anujnaikara-Anujnatir, identique à Prajna-Taijasa, la Connaissance lumineuse, et au Bija-Sutra qui ne peut être connu que par l'ignorance de l'Atman qui rêve dans l'état de rêve (Svapna-Svapna)], ce ne peut être saisi [car c'est différent de l'Anujnaikara-Otir, identique à Prajna-Vishva, la Connaissance universelle, et au Bija-Viraj qui peut être saisi par l'ignorance de l'Atman qui est éveillé dans l'état de rêve (Svapna-Jagrat)], ce ne peut être exprimé [car c'est différent de l'Anujnaikara-Avikalpa, identique à Taijasa-Turiya, la Lumière transcendante, qui manifeste la présence ou l'absence de veille dans l'état de rêve (Svapna-Jagrat) ainsi que des autres aspects de la transcendance de l'état de rêve (Svapna-Turiya)], c'est au-delà de la pensée [car c'est en dehors de l'Anujnaikara-Anujnaikara, identique à Prajna-Prajna, la Connaissance toute-connaissante, et au Bija-Bija du rêve dans l'état de rêve (Svapna-Svapna), avec uniquement le souvenir “Je ne connais rien de cet état”], il est impossible de lui donner un nom [car c'est hors de portée des perceptions de l'Anujnaikara-Avikalpa, identique à Prajna-Turiya, la Connaissance transcendante, qui pourrait être appelée le témoin de la présence ou l'absence de veille dans l'état de rêve (Svapna-Jagrat) ainsi que des autres aspects de la transcendance de l'état de rêve (Svapna-Turiya)], c'est également l'essence de la conviction de l'unicité de l'Atman [car c'est différent des perceptions de l'Avikalpa-Otir, identique à Turiya-Vishva-Viraj, la Transcendance universelle au plan individuel et collectif, dans l'expérience de Turiya-Jagrat, la veille dans l'état de Transcendance], c'est l'annihilation de la vie dans le monde [car cela ne peut même supporter l'odeur de l'Avikalpa-Anujnatir, identique à la Transcendance lumineuse, Turiya-Taijasa-Sutra, qui, dans certains cas, ne met pas fin à la vie dans le monde et fait l'expérience de Turiya-Svapna, l'état de rêve en la Transcendance], c'est paisible [car cela diffère de l'expérience de l'Avikalpa-Anujnaikara, identique à la Transcendance toute-connaissante, Turiya-Prajna-Bija, qui fait l'expérience de Turiya-Svapna, l'état de rêve en la Transcendance], c'est l'état bénéfique par excellence [car c'est analogue à la béatitude ultime, Kaivalya, hors du corps] et c'est l'Un sans second [car cela a la forme de l'état suprême et sans second, dont il n'existe aucune contre-partie]. Ainsi s'achève la huitième instruction spirituelle (Upadesha) de cette Upanishad.
INSTRUCTION IX IX-1. Narada demanda finalement au dieu Brahma : « Quelle est la forme authentique, l'essence propre de Brahman ? » IX-2. Le temps, disent certains philosophes, est la cause-racine de la vie dans le monde. C'est la nature, disent les partisans du Mimamsa. C'est le hasard, disent les athées. Ce sont les cinq éléments, disent les Jaïns, qui croient en l'éternité du monde. C'est la Matière, Prakriti, disent les Shaktas. C'est l'Embryon d'or, le Purusha, disent les Yogis. Ainsi vont les spéculations sur l'origine de la vie dans le monde. La combinaison de ces spéculations ne livre pas de cause originelle, en raison de l'existence du Soi. Le Soi n'est pas non plus susceptible d'être cette cause, car il est lui-même assujetti à la félicité et aux souffrances. IX-3. Les connaisseurs de Brahman, qui ont recouru à l'union (Yoga) par la méditation approfondie, ont perçu le pouvoir (Shakti) de l'Atman qui brille de Sa propre lumière, qui est dissimulé sous le voile de ses propres attributs (Sattva, etc.), et qui, seul, gouverne toutes ces causes, incluant le Temps et le Soi individuel. IX-4. Les connaisseurs de Brahman ont vu l'univers à l'image d'une roue qui a une jante munie d'un triple pneu, seize extrémités, cinquante rayons, vingt contre-rayons et six octades; qui est mue sur trois chemins différents au moyen d'une courroie d'entraînement, unique mais néanmoins tissée d'innombrables brins; et dont chaque révolution donne naissance à la dualité (1).
IX-5. Ils l'ont vu à l'image d'une rivière qui réunit les eaux de cinq ruisseaux (1); qui décrit cinq larges méandres, dus à cinq causes; qui possède les cinq souffles (Pranas) en guise de vagues; l'esprit – à la base de la quintuple perception – en guise de source, avec cinq tourbillons; les cinq souffrances en guise de rapides; et qui possède cinquante divisions, et cinq affluents.
IX-6. En cette roue infinie de Brahman, en quoi tout vient à la vie puis se dissout, le Cygne (Hamsa, l'Âme suprême sous sa forme de Soi individuel) est entraîné en tourbillon. Dès lors qu'il sait que l'âme individuelle (jiva), jusque là considérée comme séparée de Brahman qui est le Soi qui contrôle tout, est elle-même la Force qui meut la roue, le Cygne atteint l'immortalité par la grâce de Sa bénédiction . IX-7. C'est cela que les hymnes de louange décrivent comme le suprême Brahman; sur Lui repose la Triade (1), et Il est aussi le support du monde phénoménal, qu'Il contient en Lui. Il est impérissable. Les connaisseurs du Véda qui réalisent que la différence entre le Soi individuel et Brahman est illusoire, et qui se dévouent totalement à Lui, sont absorbés dans la transcendance de Brahman.
IX-8. Le Seigneur, Isha (1), soutient l'univers en réunissant la cause et l'effet, le périssable et l'impérissable, le manifesté et le non-manifesté. Le Soi individuel se sent démuni de tout pouvoir divin (an-isha) du fait qu'il fait l'expérience [du plaisir et de la souffrance]; mais dès lors qu'il a réalisé l'Être divin qui irradie Sa propre splendeur, il est libéré de tous ses liens.
IX-9. L'omniscient et l'ignorant sont les deux être non-créés; le premier est le Seigneur (Isha) et le second est le non-Seigneur (an-Isha); il y a également la Matière non-créée (1), qui est extériorisée pour soutenir les objets du monde phénoménal et le sujet qui en fait l'expérience. L'Atman est infini, omniprésent, et il n'est pas un agent [il ne participe pas aux actions du sujet]. Dès lors que celui-ci a réalisé que ces trois, Ishvara, le Soi individuel et Prakriti sont en réalité Brahman, il devient lui-même Brahman.
IX-10. La matière engendrée par Prakriti est périssable; mais le Seigneur, Hara (1), est immortel et impérissable. L'Être divin qui irradie Sa propre splendeur, l'Unique, a tout pouvoir sur le périssable (Prakriti) et sur le Soi individuel. En méditant encore et encore sur Lui, en s'unissant à Lui avec une intense concentration, et en réalisant Sa nature authentique, on voit s'effacer l'illusion universelle (Maya) tandis que prend fin l'ignorance.
IX-11. Celui qui a réalisé le Seigneur radieux de Sa propre splendeur est libéré de tous ses liens; avec la disparition des souffrances, les naissances et les morts successives prennent fin. En méditant de façon soutenue sur son identité ultime avec le Réel et sur la non-différenciation du corps individuel et du Soi, le sage accède au troisième état suprême (1), lequel recèle la béatitude ultime (Kaivalya). Ainsi, il a pleinement réalisé son but.
IX-12. Brahman doit être réalisé dans sa présence éternelle au sein de l'Atman individuel, car rien d'autre n'est digne de réalisation. Il faut considérer d'une part le sujet qui fait l'expérience (c'est l'Atman individuel), puis le monde phénoménal comme objet d'expérience, puis le Seigneur suprême (Ishvara), et réaliser que cette triade se révèle être Brahman. IX-13. Les moyens de réaliser Brahman englobent Atmavidya, la science sacrée du Soi, ainsi que l'ascèse; c'est uniquement dans les Upanishads que se trouve la science suprême de Brahman. IX-14. Pour celui qui comprend l'enseignement et médite uniquement sur le Soi, “Quelle illusion, quelle souffrance demeurerait pour qui contemple l'unicité ?” Aussi la Totalité cosmique de Viraj (cf. VIII-1) – englobant passé, présent et futur – devient-elle la forme de l'impérissable Brahman. IX-15. Plus subtil que l'infiniment subtil, plus grand que l'infiniment grand, le Soi est occulté dans le cœur de toute créature. Il contemple le Seigneur transcendant, celui qui est affranchi des passions et des actions; par la grâce du Créateur, il Le contemple dans sa grandeur. IX-16. Sans mains, le Seigneur saisit tout; sans pieds, Il se trouve partout; sans yeux, Il voit tout; sans oreilles, Il entend tout. Il connaît tout ce qui est connaissable, mais nul ne Le connaît. Les connaisseurs du Védanta parlent de Lui comme du suprême et transcendant Purusha, le Grand Homme cosmique. IX-17. Le sage ne ressent plus la souffrance, car il a réalisé l'Atman qui est incorporel, transcendant et omniprésent, et qui vit cependant dans tous les corps impermanents. IX-18. Cet Être transcendant, sur qui repose la Totalité, dont les pouvoirs dépassent ce que la pensée peut concevoir, qui ne peut être saisi que par l'enseignement ésotérique des Upanishads, et qui est infiniment plus grand que toute grandeur, c'est Lui qu'il faut réaliser. Lorsque cesse le monde phénoménal, il faut Le reconnaître comme le signe avant-coureur de la mort de l'ignorance [donc de la délivrance]. IX-19. Tout de sagesse, plus ancien que tout, le plus élevé des êtres doués de sens, le Seigneur de tout et tous, celui-là même que vénèrent toutes les divinités, celui qui ne présente ni commencement, ni milieu, ni fin, l'infini, l'indestructible, et la montagne qui porte Shiva, Vishnu et Brahma... tel est Celui qu'il faut réaliser. IX-20. Tout cet univers qui est construit à partir de cinq éléments et, tout en demeurant dans ces cinq, se propage infiniment au moyen de quintuplications variées, est empli de part en part par Lui; mais Il ne peut être circonscrit par les parties nées de ces quintuplications. Car Il est plus haut que l'infiniment haut et plus grand que l'infiniment grand, Il est l'éternellement Propice (Shiva) dans la lumière radieuse de Sa propre forme. IX-21. Ni celui qui ne s'est pas détourné des actes négatifs, ni celui qui ne possède pas la paix de l'esprit, ni celui qui manque de concentration dans sa méditation, ni celui dont le mental n'est pas dompté, ne peuvent le réaliser, Lui, Brahman, par la seule connaissance théorique. IX-22. Le Soi apparaît comme n'étant ni la connaissance intérieure ni la connaissance extérieure, ni grossier ni subtil, ni sagesse ni ignorance, ni comme connaissable à la fois au plan intérieur et extérieur, ni comme ce qui est concevable par l'intellect ou saisissable par les raisonnements de la pensée. Le Soi demeure au sein du Soi. Celui qui réalise tout ceci parvient à la libération. Oui, il parvient à la libération ! » Ainsi parla le dieu Brahma. IX-23. Le moine mendiant est un connaisseur de la nature véridique du Soi. Il se déplace seul [car la dualité ne l'effleure pas même au sein de la foule]. Telle une antilope farouche, il ne se mêle pas à la compagnie d'autrui. Il ne fait pas obstruction au chemin d'autrui. Ayant tout rejeté à l'exception de son corps nu, il se maintient en vie à la façon de l'abeille qui butine. Méditant en permanence sur le Soi, et n'établissant plus aucune distinction entre les moindres choses et son propre Soi, il parvient à la libération. S'abstenant de tenir le rôle d'agent dans les actions du monde, affranchi même des conventions telles qu'instructeur, disciple, étude des Écritures, abandonnant toutes les catégories du monde phénoménal, il est affranchi de toute illusion. Ainsi s'achève la neuvième instruction spirituelle (Upadesha) de cette Upanishad. Telle est l'Upanishad de Narada, l'ascète errant.
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice, Ô Vous, dignes de vénération ! Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux, leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres ! Qu'Indra le glorieux nous bénisse ! Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse ! Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse ! Que Brihaspati nous octroie le bien-être ! Om ! Que la Paix soit en moi ! Ici se termine la Narada-Parivrajakopanishad, appartenant à l'Atharva Véda.
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