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Isha(vasya) Upanishad


Upanishad du Seigneur (Tout-Enveloppant)


Traduite et annotée par
M. Buttex
D'après la version anglaise de Vidyavachaspati V. Panoli

Remarque préliminaire : Isha : « Seigneur » - L'un des noms de la Divinité suprême, plus intime (voire affectueux, cf. Ishvara, Ishta-devata) que Brahman, Atman, Soi ou Cela; vasyam : « vêtement enveloppant » - 1) revêtu de... 2) couvrant, enveloppant... 3) être habité par... 

Om !Cela est plénitude; ceci est plénitude;
De la plénitude, naît la plénitude.
Quand la plénitude est extraite de la plénitude,
Ce qui reste est plénitude, indéniablement.

Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !

 

1. Om ! Tout ce qui nous entoure est recouvert de la présence d'Isha, le Seigneur, quel que soit l'être qui se meut à la surface de la terre. C'est par une telle renonciation à l'irréel que tu seras sous la protection du Réel. Ne convoite aucunement les biens d'autrui (1).

1 Pas même les biens spirituels ! De plus, si l'on est parvenu soi-même au Réel, c'est une telle plénitude que l'attrait des jouissances matérielles ou morales ne subsiste plus.

2. Accomplissant des actions droites dans l'esprit prescrit par les Écritures (1), l'on peut désirer atteindre l'âge de cent ans (2). Car, dans cet esprit, l'action ne lie pas son auteur. Il n'est nulle autre voie que celle-ci.

1 L'action accomplie sans motif égoïste, ni désir d'accumuler du karma positif, faite uniquement au nom et par amour du Soi, commun à tous les êtres. Action 'impersonnelle' donc, et désintéressée.
2 Selon la limite de longévité accordée par la Grande Maya, aux temps de la Création.

3. Les mondes inférieurs des démons (Asuras) sont recouverts de l'épais linceul de l'affliction, aveuglant. Ceux qui ont négligé et traité comme lettre morte le Soi, rejoignent ces mondes après leur mort.

4. Cela (1) est l'Un, tout à la fois sans mouvement et bien plus rapide que l'esprit. Les sens (pourtant si rapides, quasi instantanés) ne peuvent L'atteindre, Il court toujours loin devant. Immobile, Il dépasse ceux qui courent à toute allure. Par la vertu de Sa présence, le vent, Matarishva (2), mène les activités vitales de tous les êtres (3).

1 Tat :« Cela », l’Absolu dont on ne peut rien dire, sinon que Lui seul est, en vérité; le principe transcendant et infini, qui est Vérité, connaissable par la seule expérience intime... le véritable et unique Moi.
2 Matarishva : « Celui qui se répand dans la Matrice », donc dans l'Akasha primordial, qui est à la fois espace et air, et que l'on traduit par 'éther'. Epithète de Vayu, dieu des vents.
3 En tant que prana : 1) souffle, respiration, vent; 2) principe de vie, vitalité, énergie, force.

5. Il se meut; Il est immobile. Il est lointain; Il est proche. Il est à l'intérieur de tout; Il est à l'extérieur de tout.

6. Celui qui perçoit tous les êtres en le Soi, et qui perçoit le Soi en tous les êtres, ne peut ressentir un quelconque sentiment d'aversion pour quiconque, en raison de cette identité.

7. Quand un homme réalise que tous les êtres ne sont rien d'autre que le Soi, quelle illusion peut subsister, quelle souffrance, en lui qui perçoit la fondamentale unicité ?

8. Cela est omni-pénétrant, rayonnant, incorporel, serein, homogène (1), pur, non souillé d'imperfections. Cela est le Voyant, le Seigneur de la pensée, transcendant et existant par Soi-même. Cela a assigné aux éternels Prajapatis (2), connus sous le nom de samvatsara (3), leurs tâches respectives.

1 « sans tendons », donc sans articulations, dit l'Upanishad. Comprendre que l'Un est sans parties, sans structures organiques.
2 Prajapati : « le Seigneur des créatures » - Épithète divine, notamment de Shiva. Au pl., les prajapatis sont les progéniteurs des créatures, au temps des origines.
3 Samvatsara : Le temps manifesté en périodes cycliques, déterminées par le mouvement à travers l'espace. Personnalisés, ce sont les Seigneurs des éons.

9. Ceux qui cultivent l'ignorance (avidya), se dirigent vers une profonde obscurité. Mais vers une obscurité encore plus intense, du moins à première vue, se dirigent ceux qui se vouent à Vidya, la divine Connaissance.

10. Indéniablement différent est le résultat que procure Vidya, et indéniablement différent celui que procure avidya. Cela, nous le tenons des sages, selon leurs propres enseignements.

11. Celui qui connaît à la fois Vidya et avidya dans leur complémentarité, transcende la mort qui est associée à avidya et atteint à l'immortalité qui est associée à Vidya. (1)

1 Cela semble absurde. L'immortalité seule vainc la mort. Il suffirait donc de se concentrer sur Vidya. Mais non ! Il faut en plus que le champ d'avidya soit pleinement illuminé et délimité par Vidya, car la Connaissance absolue et totale inclut – forcément – son opposé, qui apparaît alors comme son nécessaire complémentaire. Donc, le sage, l'illuminé, n'est pas perdu par immersion dans le Soi, il est aussi celui qui connaît tous les tours de Maya et les observe alentour.

12. Ceux qui honorent le Non-manifesté (Prakriti) (1), se dirigent vers une profonde obscurité. Mais vers une obscurité encore plus intense se dirigent ceux qui honorent le Manifesté (Hiranyagarbha) (2).

1 Prakriti : Équivalent de maya, d’avyakta ou de pradhana. La Matière. La Nature, source primordiale du monde manifesté, constituée des 3 gunas (sattva, rajas et tamas).
Ici, elle est avyakta, le non-développé; le non-manifesté, l’Indifférencié; l’état causal.
2 Hiranyagarbha : (hiranya = or; garbha = embryon, œuf) : 1) « l’Œuf d’or »,corps subtil de l'univers dans la période cosmogonique; 2) Brahma, en tant qu'Être cosmique et Progéniteur (Prajapati); 3) état subtil de l’être; 4) la manifestation considéré sous son aspect subtil; équivalent de sutratma. Cf. Ishvara et virat.

13. Indéniablement différent est le résultat que procure le Non-manifesté (Prakriti) , et indéniablement différent celui que procure le Manifesté (Hiranyagarbha). Cela, nous le tenons des sages, selon leurs propres enseignements.

14. Celui qui connaît à la fois le Non-manifesté (Prakriti) et le Manifesté (Hiranyagarbha) dans leur complémentarité, transcende la mort qui est associée à Prakriti et atteint à l'immortalité qui est associée à Hiranyagarbha.

15. La face de la Vérité (Purusha dans l'orbe solaire) (1) est voilée par un vaisseau d'or. Puisse-tu la dévoiler, Ô Soleil, afin que je puisse la contempler, moi dont le dharma (2) est vérité.

1 Purusha : Le Principe psychique universel; s’oppose à Prakriti dans le système dualiste du Samkhya. 1) le véritable Moi; 2) la Conscience suprême, substrat de toutes les opérations de la substance, Prakriti.
Par extension, notamment dans les Upanishads, Purusha se réfère à Brahman en tant qu'Homme Cosmique, « possédant mille têtes, mille yeux, mille jambes, incluant la Terre dans son corps, se diffusant dans toutes les directions, à l'intérieur de l'animé comme de l'inanimé » dit aussi le Rig Véda.
2 Dharma : Dérivé de la racine « dhri » = porter, soutenir, maintenir, dharma signifie religion, loi, mérite moral, rectitude, bonnes œuvres, code de conduite; ce qui est conforme à l’ordre, à la loi, au devoir, à la justice, dans leur plus haute acception. Cf. Glossaire pour plus ample information.

16. Ô Soleil, père nourricier, pèlerin des grandes solitudes cosmiques, Régent, qui Te nourris de toutes les saveurs, fils de Prajapati (cf. shloka 8), rassemble les rayons que Tu as projetés au loin, puis libère Ta splendeur radieuse. Sous Ta forme glorieuse, fais-moi la grâce de pouvoir Te contempler. Car Lui, le Purusha qui réside en Ton orbe, je Le suis aussi. (1)

1 Ici, le Soleil symbolise Vidya (cf. shlokas 9-11), Connaissance et Vérité, dont l'éclat pur est insoutenable, et qui est habituellement voilé par le vaisseau d'or de l'éclat solaire tel que nous le connaissons. C'est, derrière le soleil physique, un Soleil central, occulte, que le chercheur de la Vérité doit arriver à contempler.

17. Que le souffle qui m'anime atteigne maintenant ce Prana (cf. shloka 4) immortel et tout-pénétrant ! Et que ce corps puisse être réduit en cendres ! Om, Ô Esprit, souviens-toi – souviens-toi de ce qui a été accompli ! Souviens-t'en, Ô Esprit ! (1)

1 Ce shloka est devenu un mantra, souvent chanté au mourant au moment de son départ, afin qu'il parte en gardant clairement la distinction entre le corps périssable, vêtement usé que l'on quitte pour en reprendre un nouveau dans la prochaine incarnation, et l'âme immortelle qui s'en retourne à la source de Vie, Prana.

18. Ô Feu d'Agni, Ô Dieu, Toi qui connais la moindre de nos actions comme de nos pensées et de nos connaissances, mène-nous sur la Voie droite afin que nous jouissions des fruits de nos actes. Libère-nous des actes négatifs, dus à nos illusions. A Toi, à tout jamais nous offrons ces paroles d'adoration.

 

Om ! Cela est plénitude; ceci est plénitude;
De la plénitude, naît la plénitude.
Quand la plénitude est extraite de la plénitude,
Ce qui reste est plénitude, indéniablement.

Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !

Ici se termine l'Ishavasyopanishad, appartenant au Sukla-Yajur Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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