|
M51, Galaxie du Tourbillon – Observatoire de St-Luc, Valais (Suisse) UPANISHADS DU RENONCEMENT (SANNYASA)
Avadhuta Upanishad Upanishad de l'ascète balayé par le vent
Notes préliminaires : AVADHUTA : « écarté, rejeté, balayé par le vent » - une catégorie de renonçants, définitivement immergés dans la suprême félicité, totalement oublieux du monde. Cf. sannyasin. Dans cette Upanishad, la notion de l'Avadhuta rejoint celle du Hamsa, l'ascète-cygne, car la métaphore de l'oiseau de l'âme est celle qui vient le plus spontanément à l'esprit : le Soi à la recherche du Soi suprême est tel un oiseau qui, bien au-dessus de la vie des hommes, a quitté ses attaches sociales pour partir à la recherche du Brahman; l'âme est un oiseau qui migre, libre, sans attaches, parcourant l'immensité céleste pour trouver le séjour suprême. Plus précisément, cette Upanishad pousse la métaphore jusqu'à associer quatre types de béatitude (joie, délices, délice extrême, félicité suprême, qu'il connaît au fur et à mesure de sa réalisation) aux parties constitutives de l'oiseau.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux ! Om ! Que la Paix soit en moi !
1. On raconte qu'un jour Samkriti alla trouver Dattatreya (1), le vénérable ascète Avadhuta, et lui demanda : « Ô Vénérable, qui est donc l'Avadhuta ? Quelle est sa condition et quelles sont ses caractéristiques ? Et quelle est l'existence qu'il mène en ce monde ? » Le vénérable Dattatreya, qui était le plus compatissant de tous les Sages, lui enseigna ce qui suit.
2. « L'Avadhuta est ainsi nommé parce qu'il est immortel (akshara), parce qu'il est le plus grand (varenya), et parce qu'il a rejeté tous les liens qui le rattachaient au monde (dhutasamsarabandhana); également parce qu'il incarne le sens que vise la maxime Tat Tvam Asi (toi aussi tu es Cela). 3. Celui qui demeure constamment établi en son propre Soi, qui a traversé la barrière des castes (varna) et les étapes de la vie (ashrama) et s'est ainsi élevé au-dessus des notions de castes et d'étapes de vie – celui-là est appelé un ascète balayé par le vent. 4. La joie qui l'emplit lui tient lieu de tête; les délices qu'il ressent constituent son aile droite; le délice extrême qu'il connaît constitue son aile gauche; et la félicité suprême constitue son Soi authentique. Ainsi, il jouit d'une condition qui est quadruple. 5. On ne doit associer Brahman ni à la tête, ni au tronc, ni aux parties basses, mais à la queue (puccha), puisqu'il est dit que Brahman est la fin ultime, ainsi que le substrat universel. En conséquence, ceux qui méditent sur cette quadruple division atteignent le but suprême. 6. Ce n'est ni en accomplissant des rituels, ni en engendrant des enfants, ni en accumulant des richesses, mais uniquement par le renoncement qu'un petit nombre d'êtres sont parvenus à l'immortalité. 7. L'existence ici-bas de l'Avadhuta consiste à se déplacer librement, nu ou vêtu. Pour ceux de sa sorte, il n'est rien qui soit conforme à la morale (Dharma) ou non conforme (Adharma), rien qui soit pur ou impur. Parce qu'il a tout sacrifié, parce qu'il possède la connaissance juste, l'Avadhuta accomplit le sacrifice du Cheval (2) au plan intérieur. Ce sacrifice intérieur est le plus grand de tous, c'est la grande union (Yoga).
8. Rien de cette activité extraordinairement libre qui est la sienne ne peut être dévoilé. Cela est le secret du Grand Vœu (3). Au plan karmique, il n'est plus lié par ses actes, comme l'est l'homme profane.
9. De même que le soleil tarit toutes les eaux et que le feu consume toutes choses (tout en demeurant non affecté par eux), de même le pur yogi jouit de tous les objets sans être lié par des actes positifs ou négatifs. 10. De même que l'océan, où se déversent toutes les eaux, conserve sa nature propre en dépit des eaux de toutes provenances qui affluent en lui, de même seul le pur yogi est parvenu à cette paix où tous les désirs s'écoulent comme les eaux, mais non celui qui est à la recherche des objets de plaisir. 11. Il n'existe rien de tel que la mort ou la naissance; personne n'est en servitude, personne n'aspire à la délivrance. Il n'existe ni candidat à la libération ni libéré. C'est là indéniablement l'ultime Vérité ! 12. Dans mon passé, nombreux furent les actes bénéfiques qui m'ont procuré cet état en ce monde et dans le prochain, et qui m'ont permis d'obtenir la libération. Mais tout cela est à présent du passé. 13. Cela est en soi l'état de parfait contentement. En vérité, même s'il se souvient des accomplissements portant sur les choses matérielles qui lui ont donné du bonheur autrefois, l'Avadhuta demeure aujourd'hui dans un état constant de parfait contentement. L'homme ignorant, désireux d'avoir une descendance, etc., est tributaire de ses désirs et soumis à la souffrance. 14. Pour quelle raison pourrais-je souffrir, moi qui suis empli par la suprême félicité ? Que ceux qui désirent gagner les mondes supérieurs accomplissent les rites. 15. Que pourrais-je accomplir, moi qui possède la nature de tous les mondes ? Dans quel but et comment ? Et ceux qui désirent gagner les mondes supérieurs et accomplissent des rites, le font-ils à bon escient et correctement ? Alors, que ceux qui y sont habilités interprètent pour eux les traités (Shastras) et leur enseignent les Védas. 16. Je ne possède pas les qualifications requises, puisque je suis libéré de la nécessité de l'action. Je n'ai aucun désir de m'endormir ou de quêter des aumônes, de prendre un bain ou de me purifier. Et je ne le fais tout simplement pas. 17. Si des badauds me regardent et surimposent sur moi leurs pensées, libre à eux ! Que me font les surimpositions des autres ? Un tas de mûres encore rouges ne brûlerait pas, même si les autres lui surimposaient du feu. De même, je ne suis pas concerné par les devoirs selon le monde que certains surimposent sur moi. 18. Que ceux qui sont ignorants de la Réalité étudient les Écritures. Je connais la Réalité, alors pourquoi étudierais-je ? Que ceux qui ont des doutes réfléchissent sur ce qu'on leur enseigne. N'ayant aucun doute, je ne réfléchis plus. 19. Si j'étais sujet à l'illusion, je pourrais méditer. Mais je n'ai aucune illusion, alors quelle méditation me serait appropriée ? La confusion qui consiste à prendre ce corps pour le Soi, je ne l'ai jamais connue. 20. L'expression d'usage courant “Je suis un homme” est tout à fait possible sans faire cette confusion, car elle procède d'impressions mentales accumulées durant une très longue période. 21. Lorsque les effets du karma venu à maturité (4) se sont épuisés, alors cette expression d'usage courant cesse de venir à l'esprit. Mais elle ne disparaît pas, même au prix de méditations assidues, tant que ce karma ne s'est pas épuisé.
22. Si tu cherches à raréfier tes rapports avec le monde, alors tourne-toi vers la méditation. Mais pour moi, qui ne suis plus concerné par les rapports avec le monde, à quoi bon la méditation ? 23. Je ne connais plus la moindre distraction, donc je ne ressens pas le besoin de me concentrer. Car distraction et concentration concernent le mental qui subit des modifications. 24. Quelle expérience en tant qu'entité séparée pourrait s'appliquer à moi, puisque mon expérience est la réalisation de l'éternité ? Ce qui était à faire est accompli, ce qui était à obtenir est acquis à tout jamais. 25. Que mes occupations dans le monde, dans la connaissance des Écritures ou dans toute autre domaine, continuent comme elles ont commencé, de toutes façons je n'en suis plus l'agent et elles ne m'affectent plus. 26. Même si j'ai accompli ce qui était à accomplir, je peux rester sur la voie des Écritures pour le bien du monde. Quel désavantage pourrait en résulter pour moi ? 27. Laisse donc ce corps s'engager dans le culte des dieux, les ablutions rituelles, la quête d'aumônes, et ainsi de suite ! Laisse cette parole répéter le mantra salvateur ou réciter des passages des Écritures ! 28. Laisse la pensée contempler Vishnu ou se dissoudre au sein de la félicité de Brahman ! Je suis le pur Témoin (5). Je n'accomplis et ne fais accomplir aucune action.
29. Celui qui est parfaitement content d'avoir rempli ses devoirs et accompli ce qui devait l'être, reflète continuellement les pensées qui suivent, dans un esprit de parfait contentement : 30. Bienheureux, oui, que je suis bienheureux ! En direct et en permanence, je fais l'expérience de mon propre Soi. Bienheureux, oui, que je suis bienheureux ! La félicité de Brahman brille avec ardeur en moi. 31. Bienheureux, oui, que je suis bienheureux ! Je ne vois aucune misère en cette existence. Bienheureux, oui, que je suis bienheureux ! L'ignorance s'est enfuie de moi à tire d'ailes. 32. Bienheureux, oui, que je suis bienheureux ! Je n'ai plus aucun devoir à remplir. Bienheureux, oui, que je suis bienheureux ! Tout ce qu'il fallait obtenir, je l'ai maintenant obtenu. 33. Bienheureux, oui, que je suis bienheureux ! À quoi donc en ce monde pourrait se comparer mon contentement ? Bienheureux, oui, que je suis bienheureux ! Bienheureux, encore et encore bienheureux ! 34. Les vertus accumulées ont porté leur fruit ! Oui, elles ont porté fruit ! En fonction de la richesse de notre capital vertu, nous sommes ce que nous valons. 35. Merveilleuse connaissance ! Oui, merveilleuse connaissance ! Merveilleuse félicité ! Oui, merveilleuse félicité ! Merveilleuses Écritures ! Oui, merveilleuses Écritures !Merveilleux Maîtres ! Oui, merveilleux Maîtres ! 36. Qui étudie cet enseignement accomplit lui aussi tout ce qui est à accomplir. Il devient libre des péchés suivants : prendre des boissons enivrantes, voler de l'or, tuer un brahmane. Il est libéré des conséquences des actes, qu'ils soient prescrits ou prohibés. Possédant cette connaissance, qu'il parcourt le monde à son gré. Om ! Telle est la vérité. Ainsi s'achève cette Upanishad.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux ! Om ! Que la Paix soit en moi !
Ici se termine l'Avadhutopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.
|