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Gayatri Mantra
UPANISHADS GÉNÉRALES
Mantrika Upanishad
Upanishad du pouvoir occulte des mots
Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Dr. A. G. Krishna Warrier
Publiée par The Theosophical Publishing House, Madras
Notes préliminaires : MANTRIKA (SHAKTI) : « pouvoir du mot sacré » - le pouvoir occulte des sons mystiques, des mots, des sons (y compris musicaux), des nombres et des lettres, et en conséquence celui des formules mantriques. Il s'agit du pouvoir créatif des vibrations sonores, tout son propageant son propre champ vibratoire, correspondant à une formule numérique, ou une note musicale.
Malgré son titre, l'Upanishad parle très peu des mantras, et semble prendre pour thème essentiel le Brahman, l'Absolu, Tat, et le pouvoir des mots est celui, non seulement des mantras, mais de toute méditation basée sur les épithètes divines, de tout enseignement, de toutes les doctrines philosophique, - bref de tout ce qui, au moyen du langage, vise à percer le voile de la Maya et atteindre la contemplation directe de Brahman.
Cette Upanishad n'a jamais fait l'objet d'aucun commentaire hindou, elle est donc peu connue, rarement étudiée, et de plus l'original sanskrit est obscur. Je suis donc la seule traduction anglo-indienne que l'on en ait, qui ne donne ni annotations ni commentaires. Voici donc une traduction qui est, tout autant que l'original, mystérieuse, faite d'allusions voilées.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
1. Om ! Le Cygne immaculé aux huit pieds (1), lié par trois cordes (2), subtil et immortel, vers lequel mènent trois sentiers (3), je ne le vois pas, bien qu'il soit présent en toute chose.
1 Cette image initiale représente certainement un mantra, qui n'est pas donné.
2 Les trois principes (ou impuretés) qui limitent l'âme en incarnation sont : anava - la finitude et la petitesse, karma - la loi d'action et le bilan hérité des incarnations précédentes, et enfin maya - la grande illusion qui voile la Réalité Une. Cf. Glossaire, Anava Mala.
3 Les trois sentiers (trimarga) : le triple sentier de la Connaissance (jnana yoga), de la Dévotion (bhakti yoga) et des Œuvres (karma yoga).
2. Ici-bas, tous les êtres vivants sont aveuglés par l'ignorance fondamentale (Avidya), jusqu'au moment où les ténèbres cèdent devant l'illumination de la Connaissance. Les Sages, qui se sont établis en la pure Lumière (Sattva), contemplent le Brahman sans attributs (Nirguna), l'Insondable.
3 (a). Seuls les Sages, tels que les Kumaras (1), contemplent la vacuité absolue (Shunyata); l'Absolu n'est pas susceptible d'être perçu à travers les fluctuations du mental.
1 Kumaras, les quatre : Ces entités supérieures, fils du dieu Brahma, nommés Sanaka, Sanandana, Sanatkumara et Sanatsujata, refusèrent de s'engager dans la vie du monde, de descendre s'incarner dans la matière lors de la Création du kalpa actuel, affirmant ainsi leur volonté contre celle de Brahma. Puis ils se consacrèrent à poursuivre encore plus leur évolution, étudiant les mystères du Brahmajnana sous la direction de Shiva-Dakshinamurti, Maître de la Connaissance. Ils devinrent rapidement la référence absolue en matière de sagesse, de pureté d'intention, et tous les sages et rishis les vénèrent comme un modèle inégalable. Leur rôle dans les Puranas, tant au plan cosmogonique qu'historique, est très important, et ils apparaissent souvent, consultés par les dieux sur tel ou tel problème, dilemme ou point philosophique.
3(b)-4. L'agent de la surimposition (1) est la Maya (2), ainsi que l'ignorance fondamentale (avidya), source des modifications mentales; ainsi l'ignorance se propage et aiguillonne [les illusions du mental]. Sous le pouvoir de cette illusion, la vie dans le monde engendre les buts (3) qui guident les humains.
1 Adhyasa : la surimposition, le transfert inadéquat à un objet de qualités ou d’attributs qui appartiennent en propre à un autre objet.
2 Maya : Le pouvoir de l'Illusion cosmique. La Puissance (shakti) de Brahman se manifestant en tant qu’univers phénoménal; la manifestation sous son aspect grossier, subtil et causal. Maya est synonyme d’ignorance (avidya), les illusions découlant de la confusion entre l'existence relative et la réalité; car elle est la grande Enchanteresse qui possède 2 pouvoirs : avriti ou avarana shakti ( pouvoir d’obnubilation) et vikshepa shakti ( pouvoir de projection).
3 Purushartha : 1) opération de la pensée vers le Suprême; 2) les 4 buts de la vie humaine, à savoir: - dharma : devoir, droiture, vertu et religion, se résumant en la voie qui sera propice à l'évolution spirituelle maximale dans cette incarnation; - artha : l'acquisition de biens matériels; - kama : les plaisirs des sens; - moksha : la libération, ce dernier but étant considéré comme le plus noble, mais impliquant l'accomplissement préalable de dharma; 3) également synonyme de moksha, la libération, celle-ci étant le «but de la créature ».
5. La puissante Maya du Seigneur, possédant tout à la fois une origine et une fin, est aussi la Dispensatrice d'existence, qui engendre tous les êtres; de couleur blanche, noire et rouge, Elle comble tous les désirs.
6. L'ignorant fait l'expérience de cette Maya insaisissable, dont la nature véritable est inconnue même des Sages tels que les Kumaras. Seul le Seigneur la suit librement et jouit d'elle en tant que Maîtresse et compagne.
7. Il jouit d'elle à la fois par la contemplation et par l'action. Lui, l'Omniprésent, soutient et entretient cette Maya qui est commune à tous les êtres, qui prodigue tous les objets de désir et dont peuvent jouir ceux qui procèdent à des sacrifices.
8. Les Sages dotés d'une grande âme (Mahatmas) contemplent, dans la sphère de Maya, le cygne qui se nourrit des fruits du karma. Les connaisseurs des Védas l'affirment tous, l'autre cygne contemple avec détachement celui qui mange.
9. Les maîtres du Rig Véda, qui sont des connaisseurs des Shastras (les Écritures), répètent ce que les maîtres du Yajur Véda ont déclaré. Les adeptes du Sama Véda, qui chantent les hymnes Brihat Sama et Rathantara affirment également cette même vérité.
10. Des Sages tels que Bhrigu et les Bhargavas – tous partisans de l'Atharva Véda, qui pratiquent le Véda, les mantras et les doctrines secrètes, soutiennent tous la même doctrine concernant les séquences de mots (Mantras).
11-13. Le fidèle Co-disciple, le Maître accompli, le Taureau rouge, la Quintessence du sacrifice – telles sont les épithètes décrivant Son caractère d'Être infini; le Temps, le Souffle de vie, la Colère divine, le Destructeur, le grand Seigneur, l'Adorable, Rudra, le Protecteur des vivants (Jivas), Celui qui récompense les vertueux, le Seigneur des êtres vivants, l'Être Cosmique (Virat), le Nourricier et les Eaux de vie – telles sont les épithètes de l'Omniprésent, utilisées par les fidèles pour Le vénérer, magnifiées par les mantras, et enseignées dans l'Atharva Véda.
14. Certains Le considèrent comme le vingt-sixième principe (Tattvas) (1); d'autres comme le vingt-septième; les maîtres de l'Atharva Véda, de même que les Upanishads de l'Atharva Véda le connaissent comme le Purusha sans attributs, au-delà des qualités recensées par le Samkhya.
1 La méthode du Samkhya rend compte systématiquement de l’évolution cosmique. Elle est ainsi nommée ("énumération, recension, calcul) parce qu’elle dénombre 25 tattvas (catégories), à savoir: Purusha, l’Esprit cosmique; Prakriti, la Substance cosmique; Mahat, l’Intelligence cosmique; Ahamkara, le principe d’individualisation; Manas, l’esprit, le mental cosmique; les 10 Indriyas, les 10 facultés sensorielles abstraites de connaissance et d’action; les 5 Tanmatras, les 5 sens subtils (son, toucher, vue, goût et odeur) qui sont en relation avec les facultés sensorielles; et les 5 Mahabhutas, les 5 « grands éléments » fondamentaux grossiers : éther (espace), air, feu, eau et terre.
15. Le manifesté et le non-manifesté ont été comptés ensemble, comme étant le vingt-quatrième*. Certains Le déclarent non-duel, d'autres duel; certains Le déclarent triple, d'autres quintuple.
* Soit l'énumération inverse de la note ci-dessus : le 24ème Tattva est alors le Purusha, l'Esprit cosmique, et Prakriti, la Substance cosmique.
16. Ceux qui voient avec l'œil de la sagesse (Jnana), les deux-fois nés, Le perçoivent comme englobant la Totalité, depuis Brahma jusqu'aux brins d'herbe, comme étant l'Un absolu, pur de part en part, et emplissant tout.
17. Cela, Tat (1), sur lequel est tissée cette puissance manifestée sous tous ces aspects, mobiles et immobiles – en Cela-même tout se fond, ainsi que les fleuves se fondent dans la mer.
1 Tat : « Cela » – L’Absolu dont on ne peut rien dire, sinon que Lui seul est, en vérité; le principe transcendant et infini, qui est Vérité, connaissable par la seule expérience intime.
18. Cela en quoi les objets se dissolvent et, une fois dissous, disparaissent dans le Non-manifesté, les ramène une fois de plus à la manifestation; alors, comme des bulles qui reparaissent, elles renaissent.
19. Elles viennent à l'existence en vertu des causes qui sont produites par les âmes individuelles (le karma accumulé) et que supervise le Souverain du champ (1). Tel est le Seigneur vénéré, comme le répètent toutes les autres [écoles philosophiques].
1 Kshetrajna : 1) le cultivateur; 2) celui qui connaît le corps, l’âme individuelle (jiva) tout autant que l'Âme suprême, Atman; 3) le souverain du champ de la Nature, l'aspect de Shiva qui regarde vers le zénith.
20. Ces brahmanes qui connaissent par l'expérience Brahman, l'Absolu – c'est en Cela, Tat, qu'ils se fondent; ils existent dès lors dans l'Indifférencié, Avyakta (1). S'étant dissous en Tat, ils existent dès lors dans l'Indifférencié – telle est la doctrine secrète.
1 Avyakta : « invisible, indécelable » - le non-développé; le non-manifesté, l’Indifférencié; l’état causal. Dans cet état, les trois gunas sont en équilibre parfait. Synonyme de Prakriti, la Nature primordiale dans le Samkhya, mais à l'état de virtualité germinative, et non de matérialisation accomplie.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Ici se termine la Mantrikopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.

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