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Couronne de l'éclipse solaire d'août 2008, vue de Mongolie - Crédit & Copyright: Miloslav Druckmüller UPANISHADS GÉNÉRALES
Katha Rudra Upanishad Upanishad-conte de Rudra
Notes préliminaires : RUDRA : « le Rouge brillant, le Pleureur », de “-rud”: pleurer - Shiva sous son aspect destructeur, « Maître des puissances terrifiantes », lorsqu'il dissout les mondes au moment d'un pralaya, utilisant pour ce faire la force cosmique de réabsorption. Il est aussi, sous cet aspect, « le Seigneur des larmes », car ses manifestations épouvantent les humains, que ce soient des catastrophes naturelles, des maladies et épidémies, ou des deuils. Dans cette Upanishad, c'est Brahma en personne qui donne un enseignement à l'assemblée des dieux. Si elle est à rattacher aux Upanishads du Renoncement, elle figure néanmoins dans les Upanishads générales car – après une présentation détaillée de la procédure de renoncement et des injonctions subséquentes, elle adopte un point de vue essentiellement philosophique pour se consacrer longuement à la question essentielle : comment réaliser Brahman ? Et que signifie “avoir réalisé Brahman” ? Il est à noter que le concept de libération n'y apparaît qu'une fois (shloka 11), la motivation essentielle de cette approche étant la connaissance de Brahman, la connaissance en Brahman. Elle a, en son temps, suscité une école philosophique minoritaire, nommée KathaRudra.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux ! Om ! Que la Paix soit en moi !
1. Les dieux, dit-on, demandèrent un jour au vénérable Brahma : « Ô Vénérable, enseigne-nous la connaissance sacrée de Brahman (Brahmavidya). » Prajapati, le Créateur, leur donna l'enseignement qui suit : 2. « Après s'être fait couper les cheveux, y compris la touffe sacrificielle, qu'on sacrifiera, ainsi que le cordon sacré, on doit avoir une entrevue avec son fils et lui dire les paroles suivantes : “Tu es toi-même les Écritures, tu es le sacrifice, tu es l'invocation sacrificielle, tu es la syllabe sacrée Om, tu es la formule d'hommage (Svaha), tu es la libation, tu es l'acteur et tu es aussi le créateur.” Le fils doit le confirmer : “Je suis moi-même les Écritures, je suis le sacrifice, je suis l'invocation sacrificielle, je suis la syllabe sacrée Om, je suis la formule d'hommage, je suis la libation, je suis l'acteur et je suis aussi le créateur, je suis le divin architecte (Tvastir), je suis le fondement.” Telles sont les paroles qui doivent être prononcées. Au moment de dire adieu à son fils, il ne faut pas verser de larmes. Si cela devait arriver, la lignée de descendants s'interromprait. Après avoir fait le tour du village dans le sens des aiguilles d'une montre, sans que son regard ne s'attarde sur quoi que ce soit, on prendra le départ. Tel est l'homme qui est prêt pour le monde de Brahman. 3. C'est après avoir étudié les Védas en tant qu'étudiant célibataire et accompli les devoirs prescrits par les Écritures, après s'être marié, après avoir engendré des fils et leur avoir donné des moyens de subsistance convenables, après avoir fait procéder à des sacrifices solennels à la mesure de ses moyens, et après avoir demandé le consentement de ses aînés et de sa famille, que l'on pourra adopter la vie du renonçant. Après avoir atteint une forêt, on accomplira le sacrifice de l'Agnihotra (1) durant douze nuits, en versant des oblations de lait dans le feu; et pendant ces douze nuits, on ne se nourrira que de lait. Ces douze nuits accomplies, on devra offrir au feu les bols en bois*, qui ne seront plus d'aucun usage, avec le mantra suivant : “Voici le riz cuit en offrande au feu destructeur (2), à Prajapati, le Créateur; voici l'offrande convenue, déposée en trois bols, à Vishnu et Agni.” Si les pots sont d'argile, on les jettera au fil de l'eau, s'ils sont de métal, ils seront remis au maître, avec le mantra suivant : “Ne me renie pas, maintenant que nous nous séparons ! Que je ne te renie pas, maintenant que je te quitte !” On se prosternera devant les trois feux – le feu domestique, le feu du sud [ou des ancêtres] et le feu sacrificiel. Certains disent qu'on doit alors avaler une poignée de cendres prises là où se trouvent les baguettes qui ont servi à allumer le feu. Après s'être rasé la tête, incluant la touffe sacrificielle, et jeté les cheveux, on devra abandonner le cordon sacré au fil de l'eau, avec le mantra suivant : “Hommage à la terre ! Bhuh Svaha !” Après cela, on choisira la mort soit par inanition, soit par noyade, soit par le feu, ou on s'engagera sur un champ de bataille; ou encore, on marchera jusqu'à tomber raide mort, ou bien on rejoindra un ermitage d'ascètes vénérables. En ce cas, on consommera uniquement du lait pour son repas du soir, et cela tiendra lieu d'offrande du soir. Le lait qu'on prendra le matin tiendra lieu d'offrande matinale; celui que l'on prendra à la nouvelle lune tiendra lieu de sacrifice de la nouvelle lune; celui de la pleine lune tiendra lieu de sacrifice de la pleine lune. Quant à la taille des cheveux, de la barbe, des ongles, etc., qui se fait au printemps, elle constituera le sacrifice Agnishtoma**.
4. Après son renoncement, on ne reprendra pas l'entretien des feux rituels. On récitera le mantra suivant : “Je suis devenu la Mort (Mrityu) et je dois pénétrer au sein de ce qui vient à l'existence (c-à-d. la connaissance sacrée de Brahman), etc.” Puis on devra déclarer “Je souhaite le bien de tous les êtres”, tout en méditant sur l'Atman et sur rien d'autre, et en tenant ses bras dressés. On sera devenu un de ceux qui ont choisi d'abandonner le sentier habituel. Se déplaçant de-ci de-là, sans domicile fixe, on survivra par la mendicité, sans rien donner en retour. On ne portera aucun vêtement, pas même rudimentaire, sauf à la saison des pluies, où on pourra protéger ce corps animal. À ce propos, on trouve les versets suivants : 5-6. Le pot à eau, la louche, l'écharpe-sac, le bâton, les sandales, la couverture, le pagne, le manteau, l'anneau d'herbe Kusha*, la serviette de bain, l'étole, le cordon sacré, et même les Écritures : à tout cela l'ascète devra renoncer.
7. C'est de l'eau purifiée qu'il utilisera pour son bain, ses ablutions et sa boisson. Il pourra dormir sur la berge sablonneuse d'une rivière ou dans un temple. 8. Il n'infligera à son corps aucune condition extrême, ni dans le confort ni dans la rudesse. Il n'exultera pas si on le loue, et ne maudira pas ceux qui l'insultent. 9-11. Celui qui porte un bâton sera fidèle à son vœu de célibat, sans aucune défaillance. Regarder [les femmes], les toucher, plaisanter avec elles, en parler, débuter une relation secrète avec l'une d'elles, l'imaginer, y penser, ou en jouir physiquement – voilà ce que les connaisseurs appellent l'octuple cohabitation. La véritable continence (Brahmacharya) est tout le contraire. Ceux qui sont en quête de la libération doivent la rechercher. 11-12. La Lumière, radieuse de sa propre splendeur, qui illumine l'univers, est toujours présente. Elle est en vérité le Témoin de l'univers, l'Atman de tous les êtres, la pureté absolue, le fondement de toutes les créatures, et sa nature est pure conscience. 13. Ce n'est pas par l'action, ni en engendrant des enfants, ni par tout autre chose, mais uniquement par la connaissance de Brahman, que l'homme peut parvenir à Brahman. 14-15. Ce Brahman, qui est sans second, qui est Existence-Conscience-Félicité absolues (3), est l'unique objet de la connaissance réelle. Le meilleur des deux-fois né (4), qui sait que Brahman réside dans la cavité du cœur – qui est aussi appelée le séjour céleste suprême – durant cette vie dans le flot de la transmigration, qui est réputée n'être qu'illusion (Maya) et ignorance (Ajnana), voit tous ses désirs instantanément comblés.
16. Celui qui réalise son propre Atman, lequel est le Témoin de ce pouvoir que l'on nomme illusion et ignorance, ayant enfin la conviction “Je suis Brahman, et uniquement Lui (Brahman aham asmiti)”, devient lui-même Brahman. 17. De cet Atman qui ne fait qu'un avec Brahman et qui est en possession du pouvoir de la Maya, s'est élevé l'éther immatériel (Akasha), tel un serpent de corde (5).
18. Puis de cet éther, s'est élevé ce souffle immatériel que l'on nomme l'air (Vayu). Puis de cet air, s'est élevé le feu; du feu, l'eau; et de l'eau, la terre. 19. Puis le Seigneur bienveillant divisa ces éléments subtils en cinq, et les composant de façon variée, il créa l'Œuf cosmique, uniquement à partir d'eux. 20. Enveloppés au sein de l'Œuf cosmique, se trouvaient les dieux, les anti-dieux (Asuras), les génies de la terre (Yakshas), les musiciens célestes à tête de cheval (Kinnaras), les êtres humains, les animaux, les oiseaux, etc., en accord à leurs karmas respectifs*.
21. Le corps des créatures qui ont une forme élaborée, comportant une charpente d'os, de tendons, etc., est le soi reflété de l'Atman omnipénétrant et possède la nature de la nourriture. 22. Plus profondément au sein de ce corps, se trouve le soi du souffle de vie (5), qui s'est séparé en cinq. Encore plus profondément, se trouve le soi dont la nature est mentale, laquelle est bien différente des autres.
23. Encore plus profondément, mais de nature toute différente, se trouve le soi dont la nature est connaissance (Vijnana). Puis, tout au cœur, de nature tout à fait autre, est le soi dont la nature est félicité (Ananda). 24. Donc le soi dont la nature est nourriture est imprégné par le soi dont la nature est énergie vitale, de même que ce dernier est imprégné par le soi dont la nature est mentale. 25. À son tour, le soi dont la nature est mentale est imprégné par le soi dont la nature est connaissance. Quant à ce dernier, il est toujours bienheureux car il est en permanence imprégné de félicité. 26. De la même façon, le soi dont la nature est félicité est imprégné par Brahman, le Témoin, l'essence intime de la totalité. Brahman, lui, n'est imprégné par rien d'autre [que lui-même]. 27-28. Par la réalisation directe de ce Brahman, qui est appelé le fondement, qui est de la nature de la vérité, de la connaissance et de la non-dualité, qui est l'essence de la félicité et de l'éternité, le résident du corps s'installe dans le bonheur, où qu'il se trouve. 28-29. Si cette félicité suprême, qui est l'Atman intime de tous les êtres, n'existait pas, quel être humain pourrait vivre et demeurer toujours actif ? 29-30. C'est donc cet Être de félicité, resplendissant pleinement dans la conscience, qui procure sans cesse du bonheur au soi individuel (Jiva), lequel serait autrement accablé par la souffrance. 30-32. C'est seulement lorsque l'ascète accompli réalise sa totale identité, sans la moindre différence, avec cet Être – quand bien même celui-ci est réputé invisible, inconcevable, etc. – qu'il parvient à une totale absence de peur. Car c'est alors le Bien ultime, l'immortalité suprême, l'existence absolue, le Brahman transcendant, au-delà des trois divisions temporelles. 32-33. Lorsqu'un individu fait l'expérience d'une différenciation, ne serait-ce que légère, dans cette identité fondamentale, il est alors saisi par la peur. Il n'y a aucun doute à ce propos. 33-34. C'est à cause de cette gaine de félicité (6) que tous – depuis Vishnu jusqu'au pilier du temple – ressentent toujours du bonheur, quoique à des degrés variables.
34-35. Pour celui qui est versé dans les Écritures, qui s'est détaché de tout et ressent un profond contentement, la félicité se met à rayonner spontanément, car elle est sa nature authentique. 35-36. Il est bien connu que les mots ne fonctionnent qu'en relation à une base (telle la naissance, les substances, les actes, les caractéristiques). Parce qu'une telle base en est absente, les mots reculent à l'approche de Brahman. Car comment pourraient-ils fonctionner, ces mots, en regard de la félicité absolue, qui ne repose sur aucune base ? 37-38. Cet esprit subtil, qui considère toute chose comme objet de réflexion, se détourne de Cela, Tat, devant lequel se rétractent les sens également, ainsi que les organes d'action. Ils sont incapables d'atteindre le Suprême. 38-39. Dès lors que l'on réalise que ce Brahman, qui est félicité, sans second, dénué du moindre attribut, consiste en l'union de la vérité et de la conscience, et qu'il est notre propre Atman, on ne craint plus rien. 39-40. Celui qui parvient à cette connaissance grâce à l'enseignement de son maître, et qui développe la maîtrise de soi, n'est plus jamais affecté par les conséquences de ses actes, positifs ou négatifs. 40-41. Le monde entier, qui apparaissait auparavant comme tout à la fois le tourmenteur et l'affligé, est maintenant reconnu dans tout son éclat comme étant notre propre Atman, grâce à cette connaissance née des enseignements du Védanta. 41-42. La pureté absolue, la Divinité, le soi individuel, le connaisseur, les voies de la connaissance, l'objet de la connaissance et la connaissance qui en résulte – c'est uniquement pour des raisons pratiques que cette septuple distinction prévaut toujours. 43-44. La conscience, lorsqu'elle est dépouillée des conséquences de la grande Illusion (Maya), est qualifiée de pure [dans le sens d'absolu – NdT]. Lorsqu'elle est reliée à la nescience cosmique (Ajnata), c'est alors la Divinité. Lorsqu'elle est sous l'influence de la nescience individuelle (Avidya), c'est alors l'âme incarnée (Jiva). Lorsqu'elle est reliée à l'organe interne (7), c'est alors le connaisseur. Lorsqu'elle est envisagée en fonction des modifications de l'organe interne (8), on la considère alors comme les voies de la connaissance.
45-46. La Conscience (9) qui reste inconnaissable est désignée comme objet; et la conscience qui est perceptible est désignée comme résultat. L'homme sensé doit méditer sur son propre Atman comme étant dénué de la moindre différenciation.
46. En vérité, quiconque possède cette connaissance devient lui-même Brahman. 47. Et maintenant, je vous donne la quintessence ultime de tous les enseignements du Védanta : Que l'on meure à soi-même, ou que l'on devienne son vrai Soi, il n'y a toujours eu que le Soi. » Ici s'achève l'Upanishad.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux ! Om ! Que la Paix soit en moi ! Ici se termine la Katharudropanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.
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