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UPANISHADS GÉNÉRALES
Paingala Upanishad Upanishad du disciple Paingala
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
I-1. Paingala s'en alla un jour trouver le sage Yajnavalkya, devint son disciple, puis, au bout de douze années de service, lui demanda : « Instruis-moi au sujet de ce mystère suprême qu'est l'Unicité ! » I-2. L'éminent Yajnavalkya répondit : « Cher disciple, au commencement il y eut l'Unicité, bien sûr. C'était l'Un éternellement libre (de tout attribut adventice, de tout conditionnement, de toute loi associative - NdT), immuable, éternel; c'était Brahman, sans second, empli de Sa Vérité, de Sa Connaissance et de Sa Félicité. I-3. En Son sein, existait la primordiale et indéfinissable Prakriti (1), composée des trois Gunas (2) en état de parfait équilibre, de couleur rouge, blanche et noire, ayant une vague ressemblance à ce que seront par la suite eau, argent et être humain — et, dans une sorte de mirage, présentant les contours de la nacre sur une coquille d'huître, d'une souche d'arbre et d'un miroir; et ce qui se reflétait dans celui-ci était la conscience du Témoin.
I-4. Puis Prakriti subit des transformations, avec tout d'abord une prépondérance de Sattva, et ce nouvel état était le Non-manifesté (Avyakta) (1), où Prakriti développa le pouvoir d'occultation. Ce qui s'y refléta devint la Conscience divine. Et le Dieu créateur dès lors posséda le contrôle sur la Maya (2), fut omniscient, devint la cause initiale de la création, du maintien et de la dissolution des mondes, et prit la forme du monde qui germait et se développait. Il manifesta la totalité du monde qui s'était auparavant dissous en Lui. Car, en raison du karma (3) des êtres vivants, le monde est déployé, telle une étoffe, et en raison de l'épuisement de leur karma, le monde est résorbé. En Lui seul, continue d'exister la totalité du monde résorbé, telle une étoffe repliée.
I-5. Du pouvoir d'occultation, qui se trouve au sein de Prakriti tout en étant sous le contrôle de la Divinité, s'éleva le pouvoir de projection, nommé Mahat (1). Ce qui s'y refléta devint la conscience d'Hiranyagarbha (2). Il a l'illusion d'être le propriétaire de Mahat, et est doté d'un corps partiellement manifesté, partiellement abstrait.
I-6. Du sein du pouvoir de projection contrôlé par Hiranyagarbha, sortit le pouvoir de matérialisation que l'on nomme l'ego, qui présente une prépondérance de Tamas (qualité de ténèbres, inertie et illusion). Ce qui s'y refléta devint la conscience de Virat (1). Ce Virat, qui se targue de posséder un Ego, un corps-identité manifeste, est aussi la Personne première, ainsi que le protecteur de la Manifestation physique, en tant que Vishnu. Du Soi de Virat, émergea l'éther (akasha) (2); de celui-ci, émergea l'air; de l'air, émergea le feu; du feu, émergea l'eau; et de l'eau émergea la terre. Ces cinq éléments-racines sont composés des trois Gunas.
I-7. Désirant encore créer, la Cause universelle, Mahat (qui est le Créateur), ayant sous son contrôle le guna Tamas (qualité de ténèbres, inertie et illusion), entreprit de donner aux éléments-racines, d'une extrême subtilité, une texture plus grossière. Pour ce faire, Mahat le Créateur sépara en deux chacun des éléments-racines, puis en quatre chacune des moitiés obtenues, puis ajouta chacune des cinq moitiés à un huitième des quatre autres éléments. À partir de ces quintuples éléments de synthèse, Il créa sans fin des dizaines de millions de macrocosmes, et pour chacun d'eux Il créa quatorze mondes adéquats, ainsi que des globes physiques adaptés à chacun des plans de tous ces mondes.
I-8. Ayant divisé en quatre la part de guna Rajas des cinq éléments, Il en prit trois et créa Prana (1) et sa quintuple activité. Du quart restant de Rajas, il modela les organes de l'action (karmendriyas) (2).
I-9. Ensuite il procéda de même avec la part de guna Sattva des cinq éléments. Il en prit trois pour créer l'organe interne (antahkarana) (1) et sa quintuple activité. Et du quatrième, il modela les organes de connaissance (jnanendriyas) (2).
I-10. À partir d'autres combinaisons de Sattva, Il créa les gardiens des organes des sens. Il les projeta sous la forme du macrocosme. À son commandement, Virat, suscité auparavant (cf. I-6) comme Personne première, agit comme protecteur des éléments grossiers dans le macrocosme. Et Hiranyagarbha (cf. I-5) reçut l'injonction d'agir comme protecteur des éléments subtils. I-11. Dans le vaste cosmos, aucune de ces entités ne pouvaient, sans le pouvoir du Créateur (Mahat), émettre de pulsation ni agir. Il désira les vivifier. Ayant fendu le macrocosme sur toute sa longueur, Il l'ouvrit, et fit de même avec le nadi (1) de Brahman et avec le chakra coronal (sahasrara) de chaque être individuel; Il pénétra alors en eux par ces ouvertures. Bien que toujours inertes (dépourvus de conscience et de volonté propre), ils se mirent à fonctionner comme des êtres doués de sensibilité, chacun accomplissant ses propres fonctions.
I-12. Le Seigneur omniscient s'était uni à un grain de Maya (cf. I-4) en pénétrant dans les êtres individuels, aussi fut-il Lui-même victime de l'illusion de celle-ci, et c'est ainsi qu'Il devint le Jiva (1); celui-ci s'identifia aux trois corps (2), et en conséquence devint à la fois l'acteur et celui qui cueille les fruits de ses actes. En possession des attributs de l'état de veille, de rêve et de sommeil profond, de pâmoison (3) et de mort, à l'image de la chaîne qui relie le seau à la poulie du puits, il devient troublé au contact des éléments et naît dans l'état où l'avait laissé sa mort précédente, tournant et retournant dans le samsara (4), tel le tour d'un potier.
II-1. Paingala demanda ensuite à Yajnavalkya : « Comment se peut-il que le Seigneur de tous les mondes, l'Omnipotent, l'auteur de leur manifestation, de leur entretien et de leur destruction, puisse devenir un Jiva ? » II-2. Yajnavalkya répliqua : « Il faut bien distinguer entre les formes du Jiva et celles de la Divinité, en suivant la génération des corps grossier*, subtil et causal. Écoute avec une attention soutenue ! En utilisant des portions des éléments grossiers divisés par cinq et reconstitués en proportions variables, le Créateur façonna tout d'abord les corps grossiers, ceux des individus comme des entités collectives. De terre sont le crâne, la peau, les intestins, les os, la chair et les ongles. D'eau sont le sang, l'urine, la salive, la transpiration, etc. De feu sont la faim, la soif, la chaleur, la lassitude, l'union sexuelle, etc. D'air sont les mouvements, la locomotion, la respiration, etc. D'éther sont le désir, la colère, etc. Le corps physique, entouré de peau, est une combinaison de tous ces sous-éléments grossiers, et il est modelé selon les actes accomplis antérieurement (karma); il est le fondement des étapes de la vie, de l'enfance à la mort, mais aussi de l'illusion (maya), laquelle s'accompagne de nombreux défauts et erreurs.
II-3. Ensuite le Créateur manifesta Prana, le principe de vie, à partir de l'agrégat non divisé des trois parts de guna Rajas dans les éléments grossiers. Les modifications attribuées au principe de vie sont les cinq souffles : Prana (l'appropriation, l'inspiration), Apana (l’expulsion, l'expiration), Vyana (la distribution, la rétention du souffle), Udana (l’émission de sons) et Samana (l’assimilation - cf. I-8). Les fonctions secondaires de Prana sont Naga (le serpent), Kurma (la tortue), Krikara, Devadatta (le bâillement) et Dhananjaya (le conquérant), localisées respectivement dans le cœur, l'anus, le nombril, la gorge et les membres.
II-4. Le corps est composé de cinq fourreaux, celui de la nourriture, des souffles vitaux, du psychique, de l'intellect et du spirituel (cf. sharira, I-12). Le fourreau de la nourriture est engendré uniquement par les substances nutritives, qui le maintiennent en état fonctionnel, et il se dissout en l'élément terre, celui qui prédomine en elles. Ce fourreau constitue à lui seul le corps physique.
II-5. L'octuple cité est le corps subtil dans sa totalité, qui est constituée de : 1/ les cinq organes cognitifs, 2/ les cinq organes d'action, 3/ les cinq souffles, 4/ les cinq éléments, 5/ le quintuple organe interne, 6/ le désir, 7/ l'action et 8/ le guna Tamas (la qualité de ténèbres, inertie et illusion). II-6. Vishva, la Totalité universelle (1), est le Soi de la toute-connaissance, une réflexion de Sat, l'Existence pure (2); c'est aussi l'être empirique, qui ressent de l'amour-propre face à son corps physique, à l'état de veille. Le champ d'activité est aussi un des noms de Vishva.
II-7. Sur la volonté du Créateur, le Sutratman (1) pénétra dans le corps subtil de l'entité humaine individuelle et, se mettant à superviser le mental (manas), devint Taijasa (2). Celui-ci est l'apparence, ainsi que les rêves confectionnés par la fantaisie du mental.
II-8. Sur la volonté du Créateur, le Soi, s'agglomérant à Maya et au Non-manifesté (1), pénétra dans le corps causal individuel et devint Prajna (2). Celui-ci est le non-différencié, le Réel, ainsi que l'amour-propre résiduel dans le sommeil profond.
II-9. Des formules telles que “TAT TVAM ASI” (“Toi aussi, tu es Cela”) posent l'identité entre Brahman et le jiva (cf. I-12) réel, qui est occulté par l'ignorance (avidya) et reste partie intégrante du non-manifesté; mais non entre Brahman et les deux autres jivas, l'empirique et l'illusoire, vécus dans l'état de veille et de rêve, respectivement. II-10. La Conscience reflétée par l'organe interne participe de ces trois états. Plongé dans la veille, le rêve et le sommeil profond, ainsi que la chaîne d'un seau attachée à la poulie d'un puits, affligé d'une perpétuelle mobilité, le jiva est pour ainsi dire à la fois vivant et mort. II-11. En vérité, il existe cinq états : veille, rêve, sommeil profond, pâmoison, mort. L'état de veille consiste en la connaissance perceptive d'objets variés (ainsi les sons) au moyen des organes cognitifs sensoriels, avec l'aide des divinités tutélaires respectives. Le jiva, qui se tient à la jonction des sourcils et de là, anime le corps entier, de la tête aux talons, devient l'agent de toutes sortes d'activités, par exemple labourer, soulever de lourds objets, etc. Il est également le récolteur de leurs fruits respectifs. Il est le seul à migrer vers les autres mondes, où il moissonne ce que ses actes ont semé. Fatigué de ses activités, tel un empereur, il prend le chemin qui mène à la chambre intime (le Prajna résiduel du sommeil profond – cf. II-8). II-12. Quand les instruments de cognition et d'action cessent d'opérer, commence alors l'état de sommeil, dans lequel il y a perception et reconnaissance d'objets à l'aide des impressions de l'état de veille, encore à demi vivaces. Alors, en raison de la cessation des activités empiriques, Vishva lui-même (cf. II-6), se déplaçant vers le système nerveux, devient Taijasa, le Lumineux (cf. II-7), et reste seul à jouir de la raréfaction de l'univers onirique, lequel consiste en impressions latentes (1) qu'il illumine de sa propre conscience.
II-13. L'instrument du sommeil profond est l'esprit, et lui seul. Tout comme un oiseau épuisé d'avoir volé de-ci de-là, replie ses ailes et regagne son nid, ainsi le jiva lui aussi, s'étant ébattu dans les sphères de la veille et des rêves, maintenant épuisé, se plonge au plus profond de l'ignorance et y jouit d'une félicité qu'il ne tire que de lui-même. II-14. L'état de pâmoison est similaire à la mort, à cela près que les organes sensoriels y vibrent encore d'une forte émotion, si vive qu'elle a provoqué une inconscience provisoire, accidentelle en cas de choc physique. II-15. Radicalement différente des états vus précédemment, dressant une perspective effrayante pour tous les jivas, depuis Brahma jusqu'à la motte de terre (qui n'est qu'apparemment dénuée si ce n'est de conscience, du moins de sensibilité- NdT), car elle entraîne la perte définitive du corps, telle est la mort. II-16. Déconnectant les organes d'action et de cognition, ainsi que les souffles vitaux correspondants, des divers objets du monde environnant, mais restant en compagnie de ses désirs et de ses actions passées (sous forme de mémoire éthérique - NdT), le jiva s'enveloppe d'un linceul de plus en plus épais d'ignorance, ainsi que d'éléments subtils, et prend son départ pour un autre monde. En conséquence de la maturation nécessaire pour qu'apparaissent les fruits de ses actes antérieurs, le jiva, tel un ver pris dans un tourbillon, est éjecté, puis atteint le repos. II-17. Comme résultat des actions positives antérieures accumulées sur de nombreuses vies, les humains se mettent en quête de la libération. Alors, ils s'adressent à un enseignant de la Réalisation du Soi suprême, et le servent fidèlement durant une longue période, tout en menant une recherche approfondie sur la servitude et la libération (de l'âme). II-18. La servitude provient de l'absence de recherche spirituelle; la libération découle d'une telle recherche. Par conséquent, il faut pratiquer l'investigation à tout moment. Notre nature individuelle est déterminée par les surimpositions du mental, mais aussi par leur répudiation ! Il faut donc enquêter sur la nature du soi individuel et du Soi suprême. Quand les états de l'âme individuelle plongée dans le monde ont été dépassés, sublimés, alors seul Brahman demeure, et Il n'est en rien différent du Soi intérieur.
III-1-2. Paingala demanda ensuite à Yajnavalkya : « Explique-moi maintenant les grandes maximes (1). » Yajnavalkya répliqua : « “Toi aussi, tu es Cela”, “Ce Soi est Brahman”, “La conscience est Brahman”, “Je suis Brahman” – C'est sur celles-ci qu'il convient de méditer.
III-3. Dans TAT TVAM ASI, Tat (Cela) exprime la Cause originelle, singularisée par sa totale altérité (par rapport à l'existence empirique - NdT), caractérisée par l'Être-Conscience-Félicité (1), auquel s'est adjoint Maya, et dont les attributs sont l'omniscience, etc. Tvam (Toi) représente exactement la même notion, mais mélangée et fondue dans le sens du moi (ahamkara) composant l'organe interne (antahkarana – cf. I-9). Si l'on rejette toutes les surimpositions qu'a créées Maya sur la Divinité suprême, d'une part, et toutes celles sécrétées par l'ignorance (avidya) du jiva, d'autre part, alors le sens unique et commun à tat et tvam s'éclaire : c'est Brahman, et Il n'est en rien différent du Soi intérieur.
III-4. L'audition de l'enseignement auprès d'un Maître, c'est essentiellement enquêter et approfondir les propositions capitales, telles “Toi aussi, tu es Cela” et “Je suis Brahman”. Car la réflexion est la seule façon de demeurer exclusivement sur le contenu de ce que l'on vient d'entendre. La méditation, c'est fixer son esprit avec acuité sur la réalité indubitable révélée par l'enquête et la réflexion. La concentration, comparable à une flamme brûlant dans un lieu sans vent, c'est la conscience (chitta) ne contenant que l'objet de la méditation, à l'exclusion de toute notion d'agent (“je” médite) et/ou d'acte (“méditer”) surimposée sur la pure méditation. III-5. Les modifications mentales en rapport avec le soi, bien qu'elles se manifestent ça et là, passent inaperçues de la conscience en samadhi (1); c'est après coup, en tant que souvenirs, qu'elles reviennent à la mémoire. C'est uniquement par un tel samadhi que sont dissous des dizaines de millions d'actes accumulés au cours d'innombrables incarnations. Puis, à partir de ce stade, avec une pratique de plus en plus déliée, commencent à s'écouler, en milliers de ruisselets, des flots de nectar. Aussi les plus excellents parmi les connaisseurs du Yoga (2) appellent-ils cette intense concentration “la nuée des vertus” (3). Quand le filet des impressions latentes (4) est élimé puis oblitéré par ces vertus, et que les accumulations karmiques – positives comme négatives – sont extirpées à la racine, la proposition (mahavakya) sur laquelle on méditait précédemment libère soudain son contenu sans aucune entrave, et la réalisation instantanée fuse, avec la certitude de l'évidence concrète, comme s'il s'agissait, par exemple, d'une groseille posée sur la paume de notre main. On est désormais libéré de son vivant (jivan mukta) (5).
III-6. À certaines périodes (1), le Créateur désire le retour à l'unité originelle (la non-quinternité, dit le texte sanskrit - NdT) des éléments quintuples. Il entreprend alors de ramener à l'état causal le macrocosme ainsi que les divers mondes qu'il incorpore, en unifiant les organes subtils de l'action (karmendriyas), les souffles vitaux (pranas), les organes de perception (jnanendriyas) et l'organe interne (antakharana) avec ses quatre composants (cf. I-8 à I-11), puis en réduisant tous les composés et leurs dérivés à leur cause première, les cinq éléments-racines. Il dissout donc, dans l'ordre adéquat, la terre dans l'eau, l'eau dans le feu, le feu dans l'air, l'air dans l'éther, l'éther dans l'ego, l'ego en Mahat (cf. I-5), Mahat en le Non-manifesté (Avyakta), et celui-ci dans l'Esprit originel, le Purusha (ou Virat - cf. I-6). Puis, selon le processus similaire de dissolution des adjonctions, Virat, Hiranyagarbha et la Divinité se résolvent en le Soi suprême.
III-7. Quant au jiva, qui est devenu non-quintuple (en voie d'unification, donc - NdT) grâce à l'atténuation de son karma accumulé et à la maturation de ses actes positifs, qui s'est uni à son corps subtil, qui a pris le chemin du retour vers la cause et sa Cause, il voit que ce corps physique qui fut engendré par les actes antérieurs accomplis à travers les quintuples éléments grossiers (cf. II-2 et 3), perd sa quinternité et se dissout dans l'immuable Soi intérieur, ce même Soi en lequel se résolvent la Totalité universelle (Vishva – cf. II-6), le Rêveur subtil (Taijasa – cf. II-7) et le Dormeur à la Sagesse toute-inclusive (Prajna – cf. II-8), dès lors que se dissolvent leurs adjonctions. III-8. Le microcosme, lorsqu'il est consumé au feu de la Connaissance avec ses causes, est dissous en le suprême Soi. C'est pourquoi il est conseillé au chercheur de Brahman de demeurer en une concentration intense sur l'identité entre les termes Tat (Cela) et tvam (toi). À partir de là, lorsque les nuages se dissolvent et que le Soleil libère sa lumière, le Soi se manifeste. III-9-10. Il faut méditer sur le Soi, qui a la taille d'un pouce, qui se trouve au centre du chakra cardiaque, semblable à une flamme sans fumée; il faut méditer sur ce Soi qui illumine tout depuis le centre intérieur, immuable et immortel. Le sage silencieux, le jivan mukta (cf. III-5) , reste assis à méditer jusqu'au sommeil, jusqu'à la mort; il est le béni, celui qui a accompli sa tâche. III-11. Il abandonne son statut de libéré-vivant lorsque son corps est consumé par le temps, et il passe au statut de libéré-sans-corps, ainsi qu'un vent qui s'immobilise. III-12. L'Unique, immortel et indubitable, dénué de son, de toucher, de forme, de saveur ou d'odeur, sans commencement ni fin, au-delà du Premier-né, Mahat (cf. I-5), demeure seul, sans impuretés, sans souffrances.
IV-1. Alors Paingala posa à Yajnavalkya une dernière question : « Comment un connaisseur, un jnanin (1), se comporte-t-il ? De quelle façon demeure-t-il dans le repos absolu ? »
IV-2. Yajnavalkya répondit : « Pour celui qui recherche la libération, après s'être déjà libéré de l'égoïsme (ahamkara), etc., cela prend 21 incarnations à travers l'océan du samsara (cf. I-12). Pour celui qui désire uniquement connaître Brahman, par lui-même et pour lui-même, cela prend 101 incarnations. IV-3. Il faut savoir que le Soi est le passager du char; le corps, bien sûr, est le char; l'esprit est le conducteur du char, et le mental est les rênes. IV-4. Les sens, disent les sages, sont les chevaux; les objets sont le trajet qu'ils parcourent; les sentiments sont les immeubles de plusieurs étages qui défilent. IV-5. Les grands sages affirment que le Soi, combiné avec les organes des sens et avec l'esprit, est l'expérimentateur. C'est en conséquence dans le cœur (1) que s'établit fermement et instantanément Narayana (2).
IV-6. Jusqu'à l'épuisement du karma opérant (1), le Soi libéré et sans domicile fixe se comporte comme la mue d'un serpent, comme la lune dans le ciel.
IV-7. Qu'il ait déposé son corps, comme le serpent qui mue, dans un lieu sacré ou même, le cas échéant, dans la maison d'un mangeur de chiens*, le libéré-vivant conserve son isolement absolu (1).
IV-8. La mendicité de sa nourriture est prescrite pour l'ascète mâle, mais jamais pour l'autre sexe. Après sa mort, il faut simplement offrir sa dépouille aux points cardinaux, ou l'enterrer. IV-9. Ni observance de la période d'impureté rituelle, ni crémation du corps, ni offrande de boules de riz ou d'eau, ni rites bi-mensuels, ne sont licites dans le cas d'un ascète qui est devenu un brahmane authentique (c. à d. un connaisseur de Brahman - NdT). IV-10. Il n'y a pas à brûler ce qui a déjà été consumé, tout comme il n'y a pas à recuire ce qui est déjà cuit ! Pour celui dont le corps est consumé dans le feu de la Connaissance, il n'y a ni cérémonie d'offrande de riz, ni aucun autre rite d'obsèques. IV-11. Dans le cas d'un maître spirituel, tant que persistent les adjonctions (le corps, les fonctions physiologiques, etc.), il faut veiller auprès de lui et rester à le servir. Il faut traiter son épouse et ses enfants de la même manière. IV-12. Lorsqu'avec la connaissance intime de “TAT AHAM” “Cela, je le suis” – ce Je, dont la conscience est pure essence, dont l'esprit est pur Esprit, et qui a longuement souffert – la Sagesse est gagnée; lorsque l'objet de la connaissance, le Soi suprême, est désormais établi dans le cœur (cf. IV-5); lorsque le corps s'est dissous dans l'état de Paix suprême; c'est alors que l'on se constate dépourvu de l'esprit lumineux et du mental. IV-13. Car de quel usage est l'eau pour celui qui est repu d'ambroisie (soma) ? De même, pour celui qui connaît intimement le Soi, de quel usage sont les Védas ? Nulle tâche ne reste à accomplir pour le yogin qui a eu sa coupe pleine de l'ambroisie de la connaissance authentique. Y aurait-il encore une tâche, c'est qu'il n'est pas tout à fait un connaisseur de la Vérité. Car celui-ci, même s'il se tient à distance, n'est pas réellement distant; même s'il se tient dans son corps, il est désincarné; il est devenu le Soi intérieur omniprésent. IV-14. C'est avec un cœur purifié, c'est avec l'intention d'accroître le bien-être de tous les êtres, que l'on doit faire l'expérience de cette Félicité suprême qui s'accompagne de la certitude “Je suis le Suprême, Je suis la Totalité”. IV-15. De même que nulle différence n'apparaît quand de l'eau est versée dans de l'eau, du lait dans du lait et du beurre clarifié dans du beurre clarifié, nulle différence n'apparaît quand le soi individuel se fond dans le Soi suprême. IV-16. Quand le corps est consumé par la Connaissance et que celle-ci devient infinie dans ses formes, le connaisseur consume alors l'entrave du karma dans le feu de la Connaissance de Brahman. IV-17. Puis s'ensuit l'étape de la non-dualité, celle de la Réalité absolue, qui porte le nom de Seigneur suprême, semblable à un ciel radieux. La nature du Soi s'y déploie sans aucune adjonction, semblable à la pureté de l'eau coulant à l'intérieur de l'eau. IV-18. Dans le corps subtil, le Soi est semblable à l'éther. Semblable à l'air, ce Soi intérieur n'est pas perceptible. Ce Soi interne, immobile, perçoit les apparences diaprées du manifesté avec la lumière puissante de la connaissance objective. IV-19. Le connaisseur, quelle que soit la forme de mort qu'il rencontre, est aussitôt dissous en Brahman semblable au ciel qui emplit tout le cosmos. IV-20. Cette dissolution est en réalité – et il le sait bien – similaire à celle de l'espace enclos dans le pot qui retourne à l'espace sans limites. Il atteint ainsi le statut de la lumière qui s'alimente d'elle-même, lumière de la Connaissance tout-pénétrante. IV-21. Cet ascète qui se tient sur une seule jambe, laissez-le pratiquer cette austérité pendant mille ans ! Ce sera bien moins fructueux que ne serait-ce que le seizième de ce Yoga de la méditation. IV-22. C'est cela, la Connaissance. C'est cela qu'il faut savoir. C'est cela que l'on souhaite acquérir en entier. Vivrait-on même un millier d'années, on n'arriverait pas au bout des Shastras (1) !
IV-23. Ce qui doit être connu, c'est seulement l'Impérissable; mais la vie est brève ! Évite donc le labyrinthe des Shastras, et médite sur la Vérité, et sur elle seule ! IV-24. Les actions n'ont jamais de fin... purifications, litanies murmurées des noms sacrés, sacrifices, pèlerinages aux lieux saints : tous ces actes méritoires sont valides tant que la Vérité n'a pas été atteinte. IV-25. Quant à ceux dont l'âme est pleinement épanouie (les grandes âmes, Mahatmas), la cause évidente de leur libération est leur connaissance de AHAM BRAHMASMI, « Je suis Brahman ». Les deux notions qui déterminent asservissement ou libération sont respectivement « mien » et « non mien ». IV-26. L'importance du « mien » rend captifs les êtres vivants; ils trouvent la libération en découvrant l'importance du « non mien ». Quand l'esprit s'est dépouillé des surimpositions du mental, il ne perçoit plus de dualité. IV-27. Lorsqu'est accomplie la cessation des surimpositions du mental, Tat-Cela devient le statut suprême. Où qu'il se pose, l'esprit y voit en vérité Cela, le statut suprême. IV-28. Alors, ici et là, en tout endroit, c'est Brahman qui est fermement établi. Pour quiconque est intimement convaincu que « Je ne suis pas Brahman, je suis moi », il n'est aucune libération possible; la tenter serait aussi futile que frapper le ciel de ses poings pour assouvir sa colère, ou mâcher des balles de grains pour assouvir sa faim. IV-29. Quiconque s'est fait une règle d'étudier quotidiennement les Upanishads, est purifié par le feu, par l'air, par le soleil, par Vishnu, par Rudra (1). Il s'est ainsi baigné dans toutes les eaux sacrées. Il est versé dans tous les Védas. Il a accompli tous les rites sacrés qu'enseignent les Védas. Il a rituellement murmuré des millions de mythes et de légendes des Puranas (2), et autant de tantras (3) de Rudra. Il a psalmodié des millions de fois la syllabe sacrée Om. Il rachète et libère dix générations de sa lignée, passées ou futures. Il purifie les convives qui l'entourent à table. Il devient grand. Il est absous des péchés de brahmanicide, de boisson, de vol, d'adultère, y compris avec l'épouse de son guru, ou de toute flétrissure causée par la fréquentation de personnes coupables de tels actes.
IV-30. Cette suprême présence de Vishnu, déployée tel un œil s'ouvrant dans les cieux, est ce que contemple en permanence l'illuminé. IV-31. Le sage, toujours vigilant et diligent dans ses louanges, rend hommage à la gloire de cette suprême présence de Vishnu. IV-32. Om ! Tel est l'enseignement secret et véridique.
Ici se termine la Paingalopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.
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