Accueil
Plan du site
Introduction
Présentation
Notions fondamentales
Glossaire
Bibliographie

Diagrammes et Upanishads en PDF

 
 

Rechercher dans le site
avec Google

UPANISHADS MAJEURES
Aitareya
Brihadaranyaka
Chandogya

Isha

Katha
Kena
Mandukya et Karikas de
Gaudapada
Mundaka
Prashna
Taittiriya
 
UPANISHADS GÉNÉRALES
Adhyatma

Akshamalika

Akshi
Atman
Atma Bodha
Ekakshara
Garbha
Katha Rudra
Kaushitaki
Maha
Maitrayani
Mantrika
Mudgala
Muktika
Niralamba
Paingala
Pancha Brahma
Pranagnihotra
Sariraka
Sarva Sara
Savitri
Skanda
Subala
Shuka Rahasya
Surya
Svetasvatara
Vajra Suchika
 
UPANISHADS
DE SHIVA
Atharvashikha
Atharvashiras
Bhasma Jabala
Brihad Jabala
Dakshinamurti
Ganapati
Jabali
Kaivalya
Kalagni Rudra
Pashupata Brahmana
Rudra Hridaya
Rudraksha Jabala
Sarabha
 
UPANISHADS
DE SHAKTI
Annapurna
Bahvricha
Bhavana
Devi
Sarasvati Rahasya
Saubaghya Lakshmi
Sita
Tripura
Tripura Tapini
 

La Grande Déesse, autres œuvres...

 
UPANISHADS
DE VISHNU
Avyakta
Dattatreya
Garuda
Gopala Tapaniya
Hayagriva
Kali Santarana
Krishna
Maha Narayana
Nrisimha Tapaniya
Rama Rahasya
Rama Tapaniya
Tara Sara
Tripadvibhuti
Vasudeva
 
UPANISHADS DU
RENONCEMENT
Aruni
Avadhuta
Bhikshuka
Brahman
Jabala
Kundika
Maitreya
Narada Parivrajaka
Nirvana
ParaBrahman
Paramahamsa
Paramahamsa Parivrajaka
Sannyasa
Satyayaniya
Turiyatita Avadhuta
Yajnavalkya
 
UPANISHADS
DU YOGA
Advaya Taraka
Amrita Bindu
Amrita Nada
Brahma Vidya
Dhyana Bindu
Hamsa
Jabala Darshana
Kshurika
Maha Vakya
Mandala Brahmana
Nada Bindu
Sandilya
Tejo Bindu
Trishikhi Brahmana
Varaha
Yoga Chudamani
Yoga Kundalini
Yoga Shikha
Yoga Tattva
 
D'AUTRES UPANISHADS
En marge des 108...
 
Arseya
Ashrama
Baskala
Chagaleya
Kaula
Pinda
Pranava
Purusha Suktam
Shaunaka
Shiva Samkalpa
Shri Chaitanya
Tattva
 
 
Vers d'autres sites...
 
© M.Buttex – 2007-2010

 

 

 

 


Les Aiguilles Rouges, Val Ferret, Valais - 21.08.08

UPANISHADS DU RENONCEMENT (SANNYASA)

 

Satyayaniya Upanishad

Upanishad de l'ascète à la recherche de la Vérité*


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Prof. A. A. Ramanathan
Publiée par The Theosophical Publishing House, Madras

Note préliminaire : *SATYAYANIYA : Soit on considère ce mot comme le patronyme d'un sage, soit on le décompose, Satya-ya-niya, ce qui donne “l'ascète qui recherche la Vérité”.


Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

1. Le mental, Chitta (1), est seule cause de servitude et de libération pour les êtres humains; par l'attachement aux objets des sens, il les entraîne vers la servitude; détaché des mêmes objets, il les mène à la libération. C'est ce que dit la tradition spirituelle.

1 Chitta: Pensée. Étoffe ou matière mentale, substance inerte qui est la base et le réceptacle des perceptions et de la mémoire. 1) Le mental compris dans son sens le plus étendu: a) contenu mental; b) substance de la pensée, de l’esprit; 2) une des 4 fonctions de l’organe intérieur, l’antahkarana, soit la faculté d‘attention, de sélection et de rejet; 3) le réceptacle de tous les souvenirs et de toutes les tendances, qui apparaît comme l’ego (ahamkara) qui établit le moi; la conscience, l'esprit. Cf. Glossaire pour plus ample information.

2. Si la capacité d'attachement du mental aux objets des sens est déplacée vers Brahman, est-il alors un être qui ne sera pas libéré de sa servitude ?

3. Le mental est à lui seul l'agent de la vie dans le monde; d'où la nécessité d'un effort soutenu pour le purifier. Tel le mental, tel l'être humain; c'est là l'éternel secret.

4. Qui ne connaît pas le Véda ne peut réaliser cet Être unique et omniprésent, Brahman; qui ne connaît pas Brahman ne peut parvenir au séjour suprême. Qui réalise qu'il est lui-même le dieu omniprésent, Vishnu, l'Omniscient, le soutien universel en tant que Vasudeva (1), celui-ci atteint l'état de sagesse (2) de son vivant.

1 Vasudeva : « Celui qui demeure en toute chose » - la Divinité universelle; l’un des noms de Vishnu. Également le père de Krishna (le 8ème avatar de Vishnu).
2 Vipra : « agité (vip) par la transe » - inspiré, poète, voyant; un Illuminé, ayant parfaitement réalisé la Connaissance suprême; un sage. « Ekam sat vipra bahudha vadanti » : Il n'y a qu'une Vérité, exprimée diversement par les sages.

5. Ces brahmanes qui sont érudits dans les quatre Védas et ne sont touchés par aucun désir, méditant continuellement sur l'éternel et suprême Brahman, parviennent à Le réaliser. Celui qui est paisible, a la maîtrise de soi, a renoncé à tous les plaisirs des sens, est patient, étudie les Écritures, est perçu par autrui comme équanime, a répudié les désirs principaux (richesses, épouse et progéniture) et s'est acquitté de tous ses devoirs (envers les mânes, etc.), celui-ci, dès qu'il parvient à réaliser l'Atman (1), vit comme un silencieux (2) et deviendra, à une étape prochaine de cette vie ou dans une autre, un Kutichaka (3) ou un Paramahamsa (4).

1 Atman : « âme, principe de vie, esprit » - le Soi, le principe spirituel universel et immuable, qui est le substrat des individualités vivantes. L'Atman est le Soi éternel et universel, l’Âme suprême, l’Absolu, Brahman.
2 Muni : « le silencieux » - 1) l’ascète qui pratique le silence (mauna); 2) le sage, celui qui connaît la valeur du silence.
3 Kutichaka : « qui a chassé l'erreur » - premier stade de la vie d'ascète, de moine errant. Les trois autres stages sont Bahudhaka, Hamsa et Paramahamsa. Cf. shloka 11.
4 Param(a)hamsa : « Cygne suprême » - épithète attribuée aux divinités majeures, mais aussi à de grands sages, ou à tout être ayant atteint à la plus haute réalisation spirituelle. Dans le contexte des Upanishads et des enseignements postérieurs de l'Advaita Vedanta, ce terme désigne l'Atman, le Brahman, et le Soi pleinement réalisé. L'image du cygne (ou oie sauvage, Anser Indicus) fut choisie du fait que cet oiseau a la capacité de séparer le lait de l'eau, ce qui en fait un symbole tout trouvé de celui qui a séparé l'irréel du Réel, l'obscurité de la Lumière, et la mortalité de l'Immortalité, s'étant dans sa propre personne séparé de tout ce qui n'est pas la Divinité suprême, et ayant totalement fusionné avec elle, devenant ainsi une incarnation vivante de la Divinité manifestée au sein de l'humanité. C'est aussi la catégorie supérieure de renonçants (sannyasin), devenus adeptes (paramahamsa) – planant haut au-dessus du monde ordinaire, se dirigeant droit vers le but : la libération en Brahman.

6. Entrant alors dans l'ultime étape de la vie, le Sannyasa (1), il a le droit de posséder cinq menus objets, selon la règle.

1 Sannyasa est la répudiation du dharma du maître de maison pour la consécration totale à la vie purement spirituelle, laquelle représente un dharma bien plus exigeant et rigoureux : avoir renoncé irrévocablement aux prérogatives comme aux obligations du maître de maison, incluant les liens familiaux et l'activité sexuelle, les propriétés privées et les biens, les ambitions et la position sociale, afin de se consacrer intégralement à la quête spirituelle dans un mode de vie ascétique, en vue d'atteindre la Réalisation de Soi et d'accélérer l'évolution spirituelle de l'humanité.

7. Il aura en sa possession jusqu'à sa mort un bâton de bambou à trois pointes, un cordon sacré, un pagne à nouer sur les reins, une écharpe-besace et un anneau d'herbe sacrée.

8. Ce sont là les cinq possessions de l'ascète Kutichaka; mais pour tous les degrés d'ascètes, les possessions intérieures sont également cinq, à savoir, le ‘A’, le ‘U’, le ‘M’, le bindu (1) et le nada (2), qui constituent le Om. Ces lettres résonnent dans le Pranava (3), qui est Brahman. Jusqu'à ce que son souffle de vie le quitte définitivement, l'ascète ne devra jamais abandonner ces cinq signes redoublés [les cinq objets extérieurs et les cinq composants du Om – NdT], et après sa mort, les cinq signes extérieurs devront être enterrés.

1 Bindu : 1) goutte, petite particule, point; 2) la cellule germinative, symbole de la condition séminale. C'est le point situé à l'extrémité supérieure de la syllabe Om, où il symbolise Turiya, le quatrième état, ouvert par la vibration sonore (nada) qui prolonge le chant du Om. On peut aussi le considérer comme le point-semence qui a donné naissance à l'Omkara subtil dont on fait l'expérience dans la méditation. Parmi les 36 Tattvas (cf. diagramme), le bindu ou Parabindu (semence suprême) est ce noyau de lumière transcendante qui apparaît au sein de Sat-Chit-Ananda, et s'épanouit en Shakti tattva, pure énergie d'amour lumineuse.
2 Nada : « le son, la vibration sonore; le ton (échelle musicale) » - Le son mystique intérieur, entendu durant la méditation; le son primordial, la première vibration dont a émané la Création; la manifestation première de l'Absolu non-manifesté. Cf. Omkara, Shabdabrahman. Parfois utilisé comme synonyme de Om, tel qu'expérimenté intérieurement durant la méditation. Cf. Glossaire pour plus ample information.
3 Pranava : « bourdonnement » - Le Son primordial, la syllabe mystique Om. On peut le percevoir comme un son bourdonnant, grésillant ou électrique, associé à notre propre système nerveux. Le méditant apprend à transmuter ce son intérieur en lumière subtile. Le Pranava est aussi connu comme son du nada-nadi shakti. Cf. nada, Om.

9. Le signe de Vishnu, qui mène vers la libération, est double, extérieur et intérieur, dit-on. Si l'un des deux est rejeté, nul doute que l'ascète déchoira.

10. Le bâton à trois pointes est l'emblème de Vishnu et désigne le chemin vers la libération pour les brahmanes instruits qui ont choisi l'ascèse. Il symbolise l'extinction des caractéristiques des trois mondes – laissant couler l'enseignement des Védas.

11. Ainsi donc, ô Brahmane, il existe quatre types d'ascètes, à savoir le Kutichaka, le Bahudhaka (1), le Hamsa (2) et le ParamaHamsa. Tous portent les signes de Vishnu, en tant qu'ils luttent vers la libération; ils portent la touffe et le cordon sacrés, ont l'esprit purifié, regardent leur propre Soi comme étant Brahman, vénèrent avec ferveur la divinité sous sa forme de Conscience absolue, pratiquent la prière murmurée (3) et les disciplines principales et secondaires, à savoir Yama et Niyama (4), observent une conduite irréprochable, et c'est ainsi qu'ils s'élèvent.

1 Bahudhaka : « qui a chassé la diversité » - second stade de la vie d'ascète, de moine errant. Les trois autres stades sont Kutichaka, Hamsa et Paramahamsa.
2 Hamsa : « l'oiseau migrateur » - l'oie sauvage, ou le cygne. Ce dernier est la monture (vahana) de Brahma. Le cygne est le symbole de l'âme individuelle tout comme de l'Âme suprême, adopté comme emblème par : a) une catégorie de renonçants, devenus adeptes (paramahamsa) – planant haut au-dessus du monde ordinaire, se dirigeant droit vers le but; b) le yogi pratiquant la discrimination, qui – tel le cygne, capable d'extraire le lait de l'eau - peut voir le Divin et abandonner le reste. Cf. paramahamsa.
3 Japa : litanie mantrique; répétition continue d’un nom sacré, d’une prière, d’un mantra, avec le mental concentré sur le sens spirituel des mots employés. En règle générale, cette prière est murmurée.
4 Yama et Niyama : cf. Glossaire, Ashtamga Yoga.

12. Tout cela est exprimé dans un verset des Védas : « Les ascètes Kutichaka, Bahudhaka, Hamsa et ParamaHamsa ont des modes de vie différents; ils possèdent tous les signes de Vishnu, extérieurs et intérieurs, les uns en permanence visibles, les autres invisibles. Ils pratiquent les cinq yajnas quotidiens (1), ont développé une fine pénétration du Védanta, observent les rites appropriés à leur situation, se fient à leur expérience intime de BrahmaVidya (2); ils ont abandonné l'arbre de vie dans le monde, mais ont pris refuge dans sa racine première, Brahman; ils ont renoncé à ses floraisons que sont les rites extérieurs, mais jouissent de leur essence véritable; ils sont des adeptes de Vishnu, en Lui ils se délectent; libérés des pratiques religieuses extérieures, ils se connaissent comme identiques à Vishnu, ils ont réalisé l'omnniprésence de Vishnu.

1 Yajna : «sacré, sacrifice » - cérémonie d'offrande, accomplie rituellement par un prêtre; par extension, tout rite consacré aux dieux, rituels et cérémonies religieuses; le prêtre officiant en tant que Maître des Oeuvres sacrées.
Les Dharma Shastras décrivent les cinq yajnas quotidiens que doit accomplir le maître de maison (cf. Glossaire), mais pour le sannyasin, le renonçant, les actes dévotionnels prescrits sont différents. Voir shloka suivant.
2 Brahmavidya : Connaissance de Brahman par l’expérience intime; science sacrée du Brahman, de la Réalité absolue.

13. Prière de vénération aux deux crépuscules et à midi (1), bain (si le lieu le permet), libations d'eau aux mânes, purification par l'eau, hommage aux dieux par des prières – tels sont les cinq actes dévotionnels que le Kutichaka devra accomplir quotidiennement jusqu'à sa mort.

1 Sandhya – 1) heure crépusculaire; 2) rite des 2 crépuscules (aube et fin de jour), pratiqué comme jonction entre jour et nuit, où la récitation du Gayatri Mantra est requise. La jonction de midi, entre le matin et l'après-midi, est parfois considéré comme un “crépuscule”.

14. Dix Pranavas Om, sept proclamations mystiques (1), et la Gayatri (2) aux quatre vers avec le Vyahrititraya en tête, voici la prière à réciter durant les trois rites de jonction (Sandhyas).

1 Vyahriti : « énonciation, proclamation » - Paroles prononcées rituellement; proclamation du nom des 7 mondes (lokas), ou du mantra “Om bhur bhuvah svah”, représentant respectivement la Terre, l'Atmosphère (ou monde intermédiaire) et les Cieux.
2 Gayatri (Mantra) : hymne védique à Savitri, le Soleil, dont on invoque les pouvoirs de fécondation et d'illumination, et que l'on considéré également comme donneur des Védas: « Om [bhur bhuvah svah] tat savitur varenyam, bhargo devasya dhimahi, dhiyo yo nah prachodayat. » « Om ! O divinités des trois mondes, nous nous prosternons devant la radieuse splendeur du Donneur de vie. Puisse-t-Il illuminer les pensées de notre esprit. Om ! »
La Gayatri est introduite par le Vyahrititraya, proclamation rituelle des 3 mondes (triloka) : bhur, bhuvah, svah. Cf. Triloka.

15. La pratique dévotionnelle du yoga consiste pour le Kutichakaà servir Vishnu, qui est son Maître, avec ferveur, avec une concentration exclusive et permanente. Se vouer à une triple innocuité en parole, pensée et acte, est son rite d'ascèse (Tapo-yajna).

16. L'étude dévotionnelle des Écritures (Svadhyaya-yajna) consiste, dit-on, à réciter des Upanishads. La psalmodie du Om, avec une attention pleine, est une offrande du soi individuel dans le feu de Brahman, le non-duel.

17. L'acte dévotionnel que représente l'acquisition de la sagesse spirituelle (Jnana-yajna) est réputé être le meilleur de tous. Les Paramahamsas possèdent Jnana, la Connaissance authentique (1), en guise de bâton, de touffe et de cordon sacrés.

1 Jnana : « connaissance, sagesse » - Connaissance véritable de la nature propre de l'être, par expérience directe de son identité avec Brahman, sur laquelle se fonde la notion de Sagesse, laquelle distingue entre le Réel et l'irréel. C'est aussi, dans un sens plus large, la Connaissance sacrée dérivée de la méditation sur les vérités les plus hautes de la religion et de la philosophie, qui apporte à l’homme la compréhension de sa nature véritable.

18. Celui dont la touffe et le cordon sacrés sont la sagesse spirituelle, possède toutes les caractéristiques du brahmane – tel est l'enseignement du Véda.

19. Ainsi donc, ô Brahmane, les moines mendiants se montrent sous leur apparence vraie, nus ainsi qu'à leur naissance. Ils doivent désirer demeurer dans la fixité de l'arbre, ayant dépassé les passions, la colère, l'avidité, l'illusion, la fierté mal placée, l'envie, l'égocentrisme et l'égoïsme; ils ont rejeté honneur et déshonneur, blâme et louange; et lorsqu'ils seront fauchés par la mort, ils n'auront aucune plainte, pas plus que l'arbre qu'on abat. C'est ainsi que de tels hommes atteignent à l'immortalité ici-même et de leur vivant. Cela est exprimé dans un verset des Védas : « Il prendra congé de sa famille et de son propre fils, avec une bonne volonté sereine, pour ne plus jamais les revoir; il endurera patiemment les paires d'opposés (chaleur et froid, etc.) et, toujours paisible, il prendra la route en direction de l'est ou du nord, et cheminera à pied. »

20-22. Muni d'un bol et d'un bâton, le regard posé à quatre coudées devant lui, portant le cordon sacré et la touffe (ou le crâne rasé), son corps sera désormais son unique famille; il recevra d'autrui, en la mendiant ou spontanément, l'aumône de la nourriture suffisante pour subsister, qui sera déposée dans un récipient d'argile ou de bois, ou dans une calebasse, ou sur des feuilles attachées ensemble, selon ce qu'on lui aura fourni; il sera vêtu d'un pagne de chanvre, de soie ou d'herbe, qu'il rapiécera au besoin, ou d'une peau de daim, ou de feuilles attachées ensemble; il fera raser son crâne aux solstices et aux équinoxes, sans toucher à sa barbe, à ses aisselles ni à sa touffe; il demeurera au même endroit durant les quatre mois de la saison des pluies, période durant laquelle l'âme intérieure est endormie, tel l'omniprésent Purusha (1), Vishnu, sur l'Océan de lait.

1 Purusha : Le Principe psychique universel; s’oppose à Prakriti dans le système dualiste du Samkhya. Esprit et Matière, respectivement, mais aussi principes mâle et femelle, Purusha est la pure Conscience non-manifestée, par opposition à Prakriti, la nature naturante, l'énergie de la manifestation à travers laquelle les univers se déploient. Par extension, notamment dans les Upanishads, Purusha se réfère à Brahman en tant qu'Homme Cosmique, « possédant mille têtes, mille yeux, mille jambes, incluant la Terre dans son corps, se diffusant dans toutes les directions, à l'intérieur de l'animé comme de l'inanimé » dit aussi le Rig Véda.

23. Au réveil du dieu, l'ascète peut aller résider en un lieu propice à son travail (études, méditation ou Samadhi - 1) durant les huit autres mois, ou il peut partir sur les routes comme moine mendiant. Durant ce périple, il peut séjourner pour de courtes périodes dans un temple, une hutte où est entretenu le feu rituel, à l'ombre d'un arbre, ou dans une grotte, sans s'attacher à aucun refuge ni se faire remarquer par les gens du lieu. Il sera aussi paisible qu'un feu qui a consumé son combustible, et il ne devra donner aucun souci ni causer aucun problème à quiconque, où que ce soit. Devant toute personne qui n'est pas son égale ou qui lui est inférieure, il ne doit avoir aucun mouvement de recul, il ne doit considérer aucun être vivant comme différent de lui-même.

1 Samadhi : état d’union avec le Dieu personnel (Ishvara) ou d’absorption dans le Dieu impersonnel (Atman ou Brahman), la conscience étant extraordinairement vigoureuse, avec une certitude d'omniscience, s'accompagnant d‘un sentiment de joie et de paix indicibles. C'est la 8ème et dernière étape du Yoga; l'esprit s'identifie avec l'objet médité : m éditant et objet de méditation, penseur et pensée fusionnent dans cette absorption extatique de l'esprit. On distingue 2 degrés de samadhi: - le savikalpa samadhi, où l’aspirant conserve le sentiment de dualité; - le nirvikalpa samadhi, où toute différenciation est exclue. On distingue également entre Samprajñata samadhi et Asamprajñata samadhi.

24. Si un chercheur a réalisé qu'il est l'Atman, ne différant en rien de l'Âme universelle, que peut-il désirer de plus ? Et pour satisfaire quel désir, aurait-il besoin de torturer son corps par diverses sortes d'austérités ?

25. Le sage qui connaît la vérité, donc un Connaisseur authentique de Brahman, possèdera l'état de conscience correspondant. Il ne se souciera pas de longs discours, car ce ne sont là que tortures de l'organe de la parole.

26. Parvenu à discerner la connaissance de Brahman, Brahmavidya (cf. shloka 12), il souhaitera demeurer dans l'indifférence aux passions, proche de l'innocence enfantine; car un sage a réalisé l'Atman dès lors qu'il possède Brahmavidya et indifférence aux passions.

27. Quand tous les désirs qui s'accrochaient encore au cœur ont été éliminés, alors l'ascète devient immortel et il jouit de la félicité de Brahman ici-même.

28. Ainsi donc, ô Brahmane, celui qui abandonne cette vie d'ascète qui est la vie spirituelle la plus haute qui soit, devient un infanticide, un brahmanicide, il tue un embryon, il chute dans le mal. Oui, celui qui abandonne cette vie régulière consacrée à Vishnu, c'est à dire sa discipline spirituelle intérieure et extérieure, devient un voleur, un séducteur de l'épouse de son instructeur, un traître à son meilleur ami, un ingrat; tous les mondes supérieurs lui sont désormais fermés. Cela est exprimé dans un verset des Védas : « Voleur, buveur de boissons alcoolisées, séducteur d'épouse de guru, traître en amitié – l'expiation peut le purifier; mais celui qui abandonne les signes de Vishnu, extérieurs ou intérieurs, dont il était en possession, celui-là ne pourra jamais reconquérir sa pureté, quels que soient ses efforts de rachat. »

29. Renégat de Vishnu, de son culte et de ses signes extérieurs ou intérieurs, rétrogradant à l'étape de vie (1) profane ou sortant du système, ou retournant à sa vie d'avant les vœux de sannyasa – pour cet insensé et ses semblables, il n'y aura aucune libération en vue, pas même au bout de dix millions d'éons.

1 Ashrama : « étape de l’existence » - L'individu évolue et mûrit en 4 étapes majeures : 1) brahmachari « l'étudiant », de l'enfance jusqu'à la fin des études, soit de 12 à 24 ans; 2) grihastha « le maître de maison », l'homme marié, qui a établi son propre foyer et doit subvenir aux besoins de sa famille, soit de 24 à 48 ans; 3) vanaprastha « l'habitant des forêts », l'homme mûr, ayant établi ses enfants, qui se dépouille progressivement de son identité sociale pour se consacrer à l'étude spirituelle, soit de 48 à 72 ans; 4) sannyasin « le renonçant », à partir de 72 ans, qui abandonne définitivement la vie sociale, et se consacre entièrement à la vie spirituelle.
Les étapes 1 et 2 sont incontournables, les étapes 3 et 4 ne sont pas « obligatoires » mais fortement conseillées car reflétant au mieux l'ordre naturel universel (cf. dharma). Enfin, les étapes 1 et 2 constituent le pravritti marga, « le chemin qui tourne en se rapprochant », le chemin d'extériorisation de soi, par la double force du désir et de l'ambition; les étapes 3 et 4 constituent le nivritti marga, « chemin qui tourne en s’éloignant », le chemin d'intériorisation de soi, par la double force de l'introspection et du renoncement.

30. Ayant abandonné toutes les étapes de vie profane, le sage doit persévérer longtemps dans cette ultime étape qui va vers la libération. Mais il n'est nulle libération possible pour celui qui chute et sort de cette étape qui précède la suprême béatitude.

31. Si celui qui a embrassé la voie de l'ascétisme ne persévère pas dans l'observance de ses règles, on le désigne comme arudhachyuta, déchu, déserté par la grâce – ainsi en parle le Véda.

32. Ainsi donc, ô Brahmane, lorsqu'un aspirant à la sagesse embrasse cette étape de la vie spirituelle consacrée à Vishnu et y demeure sans la moindre transgression, il acquiert la maîtrise de soi, accompagnée d'une renommée méritée, il devient un connaisseur authentique du monde, un connaisseur du Védanta, un connaisseur de Brahman; omniscient, il brille de sa propre lumière; il s'identifie à la divinité suprême, Brahman, et il sauve des misères de la vie dans le monde ses propres ancêtres, sa famille par alliance, sa propre parentèle, ses associés et ses amis.

33. Lorsqu'un aspirant à la sagesse renonce à ce monde, tous les membres de sa famille reçoivent une bénédiction pour cette vie-ci, mais aussi cent générations d'ascendants et trois cent générations de descendants.

34. Les Écritures disent qu'un moine mendiant doué d'une grande piété rachète trente générations de sa lignée après lui, trente générations qui l'ont précédé, et encore trente générations qui succèderont aux trente premières.

35. L'enseignement du Véda dit que ce rachat des ancêtres par un aspirant à la sagesse est effectif même s'il prononce les vœux de sannyasa au moment de l'agonie, tandis que le souffle vital est encore présent dans sa gorge.

36. C'est pourquoi, ô Brahmane, les sages ont décrété que cette sagesse immémoriale du Soi, cette discipline appartenant à Vishnu, ne doit pas être exposée à celui qui n'en a pas encore saisi le but, pas plus qu'à celui qui n'a pas étudié le Véda, n'est pas convaincu de l'existence du Soi, ne s'est pas libéré de ses attachements, ne s'est pas purifié, n'a pas recherché de maître et n'a pas fait de sérieux efforts en vue de recevoir un tel enseignement. Cela est exprimé dans un verset des Védas : « Une fois, Brahmavidya (cf. shloka 12) s'approcha du dieu Brahma et lui dit : “Garde-moi, Je suis pour Toi un trésor. Ne me révèle pas à qui est envieux, tordu ou rusé. C'est ainsi que Je conserverai mon pouvoir extraordinaire.” »

37. Cette discipline de l'Atman qu'est Brahmavidya et qui appartient à Vishnu, ne doit être impartie à un disciple qu'après un évaluation prudente : A-t-il des motifs purs ? Est-il attentif, intelligent ? Observe-t-il la chasteté (1) ? Est-ce de son libre gré et avec une volonté entière qu'il est venu demander l'enseignement ?

1 Brahmacharya : 1) chasteté absolue, en pensée, en paroles et en actions; 2) maîtrise parfaite des sens; célibat, continence; 3) étude des Védas et de la science sacrée; 1ère partie de la vie d’un hindou: célibat, étude spirituelle et auto-discipline (cf. Ashrama).

38. Avec ces ascètes qui ont reçu l'enseignement de lui, mais ne l'honorent pas en paroles, pensées et actions, le Maître ne partagera pas ses repas; de façon similaire, l'ascète n'avalera pas la nourriture qui vient de foyers où des malappris vont quêter des aumônes. Telle est l'injonction des Écritures.

39. Le Maître incarne la suprême droiture, Dharma (1); lui seul peut ouvrir la voie vers la libération. Qui ne montre pas de respect au Maître qui lui a conféré l'initiation à la syllabe unique, Om, laquelle est Brahman, verra toute sa connaissance des Écritures, toute son ascèse et son acquis de sagesse spirituelle s'écouler hors de lui, comme suinte l'eau versée dans une jarre d'argile non cuite.

1 Dharma : Dérivé de la racine « dhri » = porter, soutenir, maintenir, dharma signifie religion, loi, mérite moral, rectitude, bonnes œuvres, code de conduite; ce qui est conforme à l’ordre, à la loi, au devoir, à la justice, dans leur plus haute acception. Cette notion, très large et complexe, est fondamentale à la pensée hindoue.
Dans le langage courant, dharma signifie droiture, vertu et religion, se résumant en la voie qui sera propice à l'évolution spirituelle maximale dans cette incarnation; c'est l'un des 4 buts de la vie humaine, les 3 autres buts étant Kama (les plaisirs des sens), Artha (l'acquisition de biens  matériels) et Moksha (la libération), ce dernier étant considéré comme le plus noble, mais impliquant l'accomplissement préalable de dharma.

40. Celui qui éprouve une foi totale en la suprême Divinité et une foi équivalente en son Maître, celui-ci est un Connaisseur de Brahman, et il atteint à la suprême béatitude. Tel est l'enseignement du Véda.

              Ainsi s'achève l'Upanishad.

 

Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

Ici se termine la Satyayaniyopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
                     Accueil                                                              Retour en haut de page                                                           Plan du site