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UPANISHADS DU RENONCEMENT (SANNYASA)
Satyayaniya Upanishad Upanishad de l'ascète à la recherche de la Vérité*
Note préliminaire : *SATYAYANIYA : Soit on considère ce mot comme le patronyme d'un sage, soit on le décompose, Satya-ya-niya, ce qui donne “l'ascète qui recherche la Vérité”.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. Om ! Que la Paix soit en moi !
1. Le mental, Chitta (1), est seule cause de servitude et de libération pour les êtres humains; par l'attachement aux objets des sens, il les entraîne vers la servitude; détaché des mêmes objets, il les mène à la libération. C'est ce que dit la tradition spirituelle.
2. Si la capacité d'attachement du mental aux objets des sens est déplacée vers Brahman, est-il alors un être qui ne sera pas libéré de sa servitude ? 3. Le mental est à lui seul l'agent de la vie dans le monde; d'où la nécessité d'un effort soutenu pour le purifier. Tel le mental, tel l'être humain; c'est là l'éternel secret. 4. Qui ne connaît pas le Véda ne peut réaliser cet Être unique et omniprésent, Brahman; qui ne connaît pas Brahman ne peut parvenir au séjour suprême. Qui réalise qu'il est lui-même le dieu omniprésent, Vishnu, l'Omniscient, le soutien universel en tant que Vasudeva (1), celui-ci atteint l'état de sagesse (2) de son vivant.
5. Ces brahmanes qui sont érudits dans les quatre Védas et ne sont touchés par aucun désir, méditant continuellement sur l'éternel et suprême Brahman, parviennent à Le réaliser. Celui qui est paisible, a la maîtrise de soi, a renoncé à tous les plaisirs des sens, est patient, étudie les Écritures, est perçu par autrui comme équanime, a répudié les désirs principaux (richesses, épouse et progéniture) et s'est acquitté de tous ses devoirs (envers les mânes, etc.), celui-ci, dès qu'il parvient à réaliser l'Atman (1), vit comme un silencieux (2) et deviendra, à une étape prochaine de cette vie ou dans une autre, un Kutichaka (3) ou un Paramahamsa (4).
6. Entrant alors dans l'ultime étape de la vie, le Sannyasa (1), il a le droit de posséder cinq menus objets, selon la règle.
7. Il aura en sa possession jusqu'à sa mort un bâton de bambou à trois pointes, un cordon sacré, un pagne à nouer sur les reins, une écharpe-besace et un anneau d'herbe sacrée. 8. Ce sont là les cinq possessions de l'ascète Kutichaka; mais pour tous les degrés d'ascètes, les possessions intérieures sont également cinq, à savoir, le ‘A’, le ‘U’, le ‘M’, le bindu (1) et le nada (2), qui constituent le Om. Ces lettres résonnent dans le Pranava (3), qui est Brahman. Jusqu'à ce que son souffle de vie le quitte définitivement, l'ascète ne devra jamais abandonner ces cinq signes redoublés [les cinq objets extérieurs et les cinq composants du Om – NdT], et après sa mort, les cinq signes extérieurs devront être enterrés.
9. Le signe de Vishnu, qui mène vers la libération, est double, extérieur et intérieur, dit-on. Si l'un des deux est rejeté, nul doute que l'ascète déchoira. 10. Le bâton à trois pointes est l'emblème de Vishnu et désigne le chemin vers la libération pour les brahmanes instruits qui ont choisi l'ascèse. Il symbolise l'extinction des caractéristiques des trois mondes – laissant couler l'enseignement des Védas. 11. Ainsi donc, ô Brahmane, il existe quatre types d'ascètes, à savoir le Kutichaka, le Bahudhaka (1), le Hamsa (2) et le ParamaHamsa. Tous portent les signes de Vishnu, en tant qu'ils luttent vers la libération; ils portent la touffe et le cordon sacrés, ont l'esprit purifié, regardent leur propre Soi comme étant Brahman, vénèrent avec ferveur la divinité sous sa forme de Conscience absolue, pratiquent la prière murmurée (3) et les disciplines principales et secondaires, à savoir Yama et Niyama (4), observent une conduite irréprochable, et c'est ainsi qu'ils s'élèvent.
12. Tout cela est exprimé dans un verset des Védas : « Les ascètes Kutichaka, Bahudhaka, Hamsa et ParamaHamsa ont des modes de vie différents; ils possèdent tous les signes de Vishnu, extérieurs et intérieurs, les uns en permanence visibles, les autres invisibles. Ils pratiquent les cinq yajnas quotidiens (1), ont développé une fine pénétration du Védanta, observent les rites appropriés à leur situation, se fient à leur expérience intime de BrahmaVidya (2); ils ont abandonné l'arbre de vie dans le monde, mais ont pris refuge dans sa racine première, Brahman; ils ont renoncé à ses floraisons que sont les rites extérieurs, mais jouissent de leur essence véritable; ils sont des adeptes de Vishnu, en Lui ils se délectent; libérés des pratiques religieuses extérieures, ils se connaissent comme identiques à Vishnu, ils ont réalisé l'omnniprésence de Vishnu.
13. Prière de vénération aux deux crépuscules et à midi (1), bain (si le lieu le permet), libations d'eau aux mânes, purification par l'eau, hommage aux dieux par des prières – tels sont les cinq actes dévotionnels que le Kutichaka devra accomplir quotidiennement jusqu'à sa mort.
14. Dix Pranavas Om, sept proclamations mystiques (1), et la Gayatri (2) aux quatre vers avec le Vyahrititraya en tête, voici la prière à réciter durant les trois rites de jonction (Sandhyas).
15. La pratique dévotionnelle du yoga consiste pour le Kutichakaà servir Vishnu, qui est son Maître, avec ferveur, avec une concentration exclusive et permanente. Se vouer à une triple innocuité en parole, pensée et acte, est son rite d'ascèse (Tapo-yajna). 16. L'étude dévotionnelle des Écritures (Svadhyaya-yajna) consiste, dit-on, à réciter des Upanishads. La psalmodie du Om, avec une attention pleine, est une offrande du soi individuel dans le feu de Brahman, le non-duel. 17. L'acte dévotionnel que représente l'acquisition de la sagesse spirituelle (Jnana-yajna) est réputé être le meilleur de tous. Les Paramahamsas possèdent Jnana, la Connaissance authentique (1), en guise de bâton, de touffe et de cordon sacrés.
18. Celui dont la touffe et le cordon sacrés sont la sagesse spirituelle, possède toutes les caractéristiques du brahmane – tel est l'enseignement du Véda. 19. Ainsi donc, ô Brahmane, les moines mendiants se montrent sous leur apparence vraie, nus ainsi qu'à leur naissance. Ils doivent désirer demeurer dans la fixité de l'arbre, ayant dépassé les passions, la colère, l'avidité, l'illusion, la fierté mal placée, l'envie, l'égocentrisme et l'égoïsme; ils ont rejeté honneur et déshonneur, blâme et louange; et lorsqu'ils seront fauchés par la mort, ils n'auront aucune plainte, pas plus que l'arbre qu'on abat. C'est ainsi que de tels hommes atteignent à l'immortalité ici-même et de leur vivant. Cela est exprimé dans un verset des Védas : « Il prendra congé de sa famille et de son propre fils, avec une bonne volonté sereine, pour ne plus jamais les revoir; il endurera patiemment les paires d'opposés (chaleur et froid, etc.) et, toujours paisible, il prendra la route en direction de l'est ou du nord, et cheminera à pied. » 20-22. Muni d'un bol et d'un bâton, le regard posé à quatre coudées devant lui, portant le cordon sacré et la touffe (ou le crâne rasé), son corps sera désormais son unique famille; il recevra d'autrui, en la mendiant ou spontanément, l'aumône de la nourriture suffisante pour subsister, qui sera déposée dans un récipient d'argile ou de bois, ou dans une calebasse, ou sur des feuilles attachées ensemble, selon ce qu'on lui aura fourni; il sera vêtu d'un pagne de chanvre, de soie ou d'herbe, qu'il rapiécera au besoin, ou d'une peau de daim, ou de feuilles attachées ensemble; il fera raser son crâne aux solstices et aux équinoxes, sans toucher à sa barbe, à ses aisselles ni à sa touffe; il demeurera au même endroit durant les quatre mois de la saison des pluies, période durant laquelle l'âme intérieure est endormie, tel l'omniprésent Purusha (1), Vishnu, sur l'Océan de lait.
23. Au réveil du dieu, l'ascète peut aller résider en un lieu propice à son travail (études, méditation ou Samadhi - 1) durant les huit autres mois, ou il peut partir sur les routes comme moine mendiant. Durant ce périple, il peut séjourner pour de courtes périodes dans un temple, une hutte où est entretenu le feu rituel, à l'ombre d'un arbre, ou dans une grotte, sans s'attacher à aucun refuge ni se faire remarquer par les gens du lieu. Il sera aussi paisible qu'un feu qui a consumé son combustible, et il ne devra donner aucun souci ni causer aucun problème à quiconque, où que ce soit. Devant toute personne qui n'est pas son égale ou qui lui est inférieure, il ne doit avoir aucun mouvement de recul, il ne doit considérer aucun être vivant comme différent de lui-même.
24. Si un chercheur a réalisé qu'il est l'Atman, ne différant en rien de l'Âme universelle, que peut-il désirer de plus ? Et pour satisfaire quel désir, aurait-il besoin de torturer son corps par diverses sortes d'austérités ? 25. Le sage qui connaît la vérité, donc un Connaisseur authentique de Brahman, possèdera l'état de conscience correspondant. Il ne se souciera pas de longs discours, car ce ne sont là que tortures de l'organe de la parole. 26. Parvenu à discerner la connaissance de Brahman, Brahmavidya (cf. shloka 12), il souhaitera demeurer dans l'indifférence aux passions, proche de l'innocence enfantine; car un sage a réalisé l'Atman dès lors qu'il possède Brahmavidya et indifférence aux passions. 27. Quand tous les désirs qui s'accrochaient encore au cœur ont été éliminés, alors l'ascète devient immortel et il jouit de la félicité de Brahman ici-même. 28. Ainsi donc, ô Brahmane, celui qui abandonne cette vie d'ascète qui est la vie spirituelle la plus haute qui soit, devient un infanticide, un brahmanicide, il tue un embryon, il chute dans le mal. Oui, celui qui abandonne cette vie régulière consacrée à Vishnu, c'est à dire sa discipline spirituelle intérieure et extérieure, devient un voleur, un séducteur de l'épouse de son instructeur, un traître à son meilleur ami, un ingrat; tous les mondes supérieurs lui sont désormais fermés. Cela est exprimé dans un verset des Védas : « Voleur, buveur de boissons alcoolisées, séducteur d'épouse de guru, traître en amitié – l'expiation peut le purifier; mais celui qui abandonne les signes de Vishnu, extérieurs ou intérieurs, dont il était en possession, celui-là ne pourra jamais reconquérir sa pureté, quels que soient ses efforts de rachat. » 29. Renégat de Vishnu, de son culte et de ses signes extérieurs ou intérieurs, rétrogradant à l'étape de vie (1) profane ou sortant du système, ou retournant à sa vie d'avant les vœux de sannyasa – pour cet insensé et ses semblables, il n'y aura aucune libération en vue, pas même au bout de dix millions d'éons.
30. Ayant abandonné toutes les étapes de vie profane, le sage doit persévérer longtemps dans cette ultime étape qui va vers la libération. Mais il n'est nulle libération possible pour celui qui chute et sort de cette étape qui précède la suprême béatitude. 31. Si celui qui a embrassé la voie de l'ascétisme ne persévère pas dans l'observance de ses règles, on le désigne comme arudhachyuta, déchu, déserté par la grâce – ainsi en parle le Véda. 32. Ainsi donc, ô Brahmane, lorsqu'un aspirant à la sagesse embrasse cette étape de la vie spirituelle consacrée à Vishnu et y demeure sans la moindre transgression, il acquiert la maîtrise de soi, accompagnée d'une renommée méritée, il devient un connaisseur authentique du monde, un connaisseur du Védanta, un connaisseur de Brahman; omniscient, il brille de sa propre lumière; il s'identifie à la divinité suprême, Brahman, et il sauve des misères de la vie dans le monde ses propres ancêtres, sa famille par alliance, sa propre parentèle, ses associés et ses amis. 33. Lorsqu'un aspirant à la sagesse renonce à ce monde, tous les membres de sa famille reçoivent une bénédiction pour cette vie-ci, mais aussi cent générations d'ascendants et trois cent générations de descendants. 34. Les Écritures disent qu'un moine mendiant doué d'une grande piété rachète trente générations de sa lignée après lui, trente générations qui l'ont précédé, et encore trente générations qui succèderont aux trente premières. 35. L'enseignement du Véda dit que ce rachat des ancêtres par un aspirant à la sagesse est effectif même s'il prononce les vœux de sannyasa au moment de l'agonie, tandis que le souffle vital est encore présent dans sa gorge. 36. C'est pourquoi, ô Brahmane, les sages ont décrété que cette sagesse immémoriale du Soi, cette discipline appartenant à Vishnu, ne doit pas être exposée à celui qui n'en a pas encore saisi le but, pas plus qu'à celui qui n'a pas étudié le Véda, n'est pas convaincu de l'existence du Soi, ne s'est pas libéré de ses attachements, ne s'est pas purifié, n'a pas recherché de maître et n'a pas fait de sérieux efforts en vue de recevoir un tel enseignement. Cela est exprimé dans un verset des Védas : « Une fois, Brahmavidya (cf. shloka 12) s'approcha du dieu Brahma et lui dit : “Garde-moi, Je suis pour Toi un trésor. Ne me révèle pas à qui est envieux, tordu ou rusé. C'est ainsi que Je conserverai mon pouvoir extraordinaire.” » 37. Cette discipline de l'Atman qu'est Brahmavidya et qui appartient à Vishnu, ne doit être impartie à un disciple qu'après un évaluation prudente : A-t-il des motifs purs ? Est-il attentif, intelligent ? Observe-t-il la chasteté (1) ? Est-ce de son libre gré et avec une volonté entière qu'il est venu demander l'enseignement ?
38. Avec ces ascètes qui ont reçu l'enseignement de lui, mais ne l'honorent pas en paroles, pensées et actions, le Maître ne partagera pas ses repas; de façon similaire, l'ascète n'avalera pas la nourriture qui vient de foyers où des malappris vont quêter des aumônes. Telle est l'injonction des Écritures. 39. Le Maître incarne la suprême droiture, Dharma (1); lui seul peut ouvrir la voie vers la libération. Qui ne montre pas de respect au Maître qui lui a conféré l'initiation à la syllabe unique, Om, laquelle est Brahman, verra toute sa connaissance des Écritures, toute son ascèse et son acquis de sagesse spirituelle s'écouler hors de lui, comme suinte l'eau versée dans une jarre d'argile non cuite.
40. Celui qui éprouve une foi totale en la suprême Divinité et une foi équivalente en son Maître, celui-ci est un Connaisseur de Brahman, et il atteint à la suprême béatitude. Tel est l'enseignement du Véda. Ainsi s'achève l'Upanishad.
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. Om ! Que la Paix soit en moi !
Ici se termine la Satyayaniyopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.
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