|
|

Représentation tantrique du Purusha – artisanat contemporain.
UPANISHADS GÉNÉRALES
Mudgala Upanishad
Upanishad de Mudgala, le Voyant
Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Dr. A. G. Krishna Warrier
Publiée par The Theosophical Publishing House, Madras
Notes préliminaires : MUDGALA : nom d'un Rishi, originaire du pays de Mudgala, célèbre pour son détachement et sa victoire contre la colère. D'après le Mahabharata, il menait une vie humble, pieuse, pauvre, et ses réserves de grains, qu'il glanait à la manière d'un pigeon, ne diminuaient jamais et même augmentaient selon le nombre de brahmanes auxquels il donnait l'hospitalité. Provoqué à six reprises par le sage Durvasas, célèbre par ses colères, qui lui dévora toutes ses réserves de nourriture, Mudgala ne se départit à aucun moment de son calme. Plein d'admiration, Durvasas lui proposa d'accéder immédiatement au séjour céleste. Posément, le Rishi Mudgala se fit expliquer les avantages réels du séjour céleste. Il retint surtout le fait que tôt ou tard les plaisirs du monde céleste seraient karmiquement épuisés, et en conclut que l'expérience ne le tentait pas. « Il chercherait uniquement, dit-il, le royaume éternel où il n'est plus de souffrance, ni détresse, ni changement. » Il renvoya donc les messagers des dieux, et continua son ascèse comme auparavant. Il parvint finalement à la perfection suprême et s'établit définitivement dans le nirvana.
La Mugdala Upanishad consiste en un commentaire du Purusha Suktam, l'Hymne à l'Homme cosmique, dont vous trouverez la traduction dans la section “Upanishads hors-canon”. Elle approfondit le symbolisme du Purusha Suktam, révélant ainsi la majesté de l'Homme cosmique, ainsi que des détails cosmogoniques nouveaux : ainsi, les conseils de Narayana, Seigneur du Manifesté (assimilé au Purusha, puis plus loin à Brahman) à Brahma, le créateur, lorsque celui-ci, mis à pied d'œuvre, constata qu'il ne savait pas comment opérer ce travail de création.
Om ! Que mon discours reflète et s'accorde à mon esprit;
Que mon esprit reflète mon discours.
Ô l'Unique, irradiant Ta propre splendeur, révèle-Toi à moi.
Que tous deux, discours et esprit, vous me transmettiez le Véda.
Que tout ce que j'ai entendu ne quitte jamais mon esprit.
Je réunirai et comblerai la différence entre le jour
Et la nuit, grâce à cette étude.
Je prononcerai ce qui est verbalement véridique;
Je prononcerai ce qui est mentalement véridique.
Puisse ce Brahman me protéger;
Puisse-t-Il protéger celui qui parle et enseigne, puisse-t-Il me protéger;
Puisse-t-Il protéger celui qui parle – Puisse-t-Il protéger celui qui parle.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
I. Résumé du Purusha Suktam
Nous allons élucider l'Hymne à l'Homme cosmique (1). Dans l'expression “doté de mille têtes” (§ 1), le nombre mille représente l'incommensurable; l'expression “déborde de dix doigts” évoque une distance infinie. Dans la première strophe, c'est le déploiement de Vishnu à travers l'espace qui est exprimé; dans la seconde, c'est son déploiement dans le temps; dans la troisième, c'est sa capacité de donner la libération qui est implicite. La gloire de Vishnu est indiquée par l'expression “Si grande est Sa majesté”, et la troisième strophe affirme sa quadruple nature. L'expression “Les trois autres quarts, etc.” se réfère à la gloire d'Aniruddha (2). Dans l'expression “C'est Lui qui engendra Viraj” (§ 5), on montre l'origine de Prakriti (3) et Purusha, issus d'un quart de Hari (4). Par “Avec l'Homme cosmique en tant qu'oblation”(§ 6), c'est la création en tant que sacrifice qui est évoquée, ainsi que la libération (Moksha). Par “Victime sacrificielle du feu, l'Homme cosmique ...”(§ 9), c'est la création des espèces vivantes qui est évoquée. L'expression “doté de mille têtes” (§ 16) parle de la gloire de Hari. Par l'expression “Les dieux, en sacrifiant...” (§ 18), on affirme la fin de la création et la libération. Quiconque possède cette connaissance parvient à la libération.
1 Purusha : « homme, mâle, personne; héros; humanité » - 1) Le Principe psychique universel; s’oppose à Prakriti dans le système dualiste du Samkhya. 2) le véritable Moi, l'âme qui réside dans le corps physique; 3) la Conscience suprême, substrat de toutes les opérations de la substance, Prakriti. Il est alors synonyme d'Être Suprême, d'Âme Suprême ou universelle.
2 Aniruddha : « qui Se manifeste sans obstruction » - l'une des quatre manifestations du Purusha, l'Homme cosmique, assimilé à Vishnu et à ses avatars.
3 Prakriti : La Matière. Le pouvoir fondamental (shakti) de la Divinité, dont le cosmos est l'expression créatrice. C'est donc : 1) la base-racine de tous les éléments; 2) la matière indifférenciée; 3) la Nature, source primordiale du monde manifesté, constituée des 3 gunas (sattva, rajas et tamas). Équivalent de Maya, d’Avyakta ou de Pradhana.
4 Hari : « rouge doré » - Épithète courante de Vishnu en tant que forme de l’Être suprême.
II. Le mystère suprême
Dans cette Mudgala Upanishad, la majesté de l'Homme cosmique est expliquée dans le détail. Vasudeva (1) transmit la connaissance du Bhagavan (2) à Indra, puis il communiqua à l'humble Indra le mystère du Purusha Suktam, avec ses deux sections. L'Homme cosmique, tel que nous l'avons élucidé ci-dessus, abandonna l'état qui était hors de portée du plan du nom et de la forme, et qui demeure insaisissable pour la conscience de l'homme dans le monde; il prit une forme démultipliée par mille, dont la seule vue suffit à produire la libération, afin de soulager les souffrances des dieux et des autres créatures. Sous cette forme, il pénétra le monde de part en part, mais il le débordait sur une distance infinie. Ce Narayana (3) fut le passé, il est le présent, il sera le futur. C'est lui qui fit don de la libération à tous les êtres. Il est infiniment plus grand que l'infiniment grand – nul ne peut le surpasser.
Il se scinda en quatre parts, et continue de séjourner dans l'espace céleste avec trois de ses parts. C'est par la quatrième, l'aspect Aniruddha de Narayana, que tous les mondes sont venus à l'existence. C'est ce Narayana-là qui suscita Prakriti, afin qu'elle fournisse le matériau avec lequel Brahma aux quatre visages allait façonner les mondes. Parvenu à sa forme plénière, Brahma vit qu'il ne connaissait pas le travail de création – ce fut Aniruddha-Narayana qui le lui enseigna :
« Brahma ! Médite sur les organes des sens comme étant le sacrifice, sur la matérialisation des fourreaux du corps (4) comme étant l'oblation, sur moi comme étant Agni, le feu, sur le printemps comme étant le beurre clarifié, sur l'été comme étant le combustible, sur l'automne comme étant les six saveurs (5), puis porte ton offrande au feu et touche ton corps – cela lui donnera la dureté du diamant. S'ensuivra l'apparition de créatures semblables aux animaux, puis le monde des êtres mobiles et immobiles. » Il faut donc comprendre que la voie de la libération est indiquée par la combinaison de l'âme individuelle (Jiva) et de l'Âme suprême (Paramatman).
Quiconque possède la connaissance de la création et de la libération vivra jusqu'à la plénitude de l'âge.
1 Vasudeva : « Celui qui demeure en toute chose » - la Divinité universelle; l’un des noms de Vishnu. Par rapport à la créature humaine (jiva), Vasudeva est non seulement “Celui qui demeure en tous”, il est aussi “Celui qui fait tous demeurer en Lui”. Vasudeva, Samkarshana, Pradyumna et Aniruddha sont les quatre avatars du Purusha, l'Homme cosmique, qui se manifestent en tant que membres de la famille et descendants de Krishna.
2 Bhagavan : « Maître de la splendeur et du pouvoir » - 1) Seigneur; Dieu personnel (Brahman étant l'aspect impersonnel, abstrait et absolu). Bhagavan possède 6 attributs divins : jnana, la Connaissance; bala, la Force; aishwarya, la Seigneurie; shakti, le Pouvoir; virya, l'Énergie créatrice; et tejas, la radieuse Splendeur. Bhagavan est la Divinité en général, et selon celui de ses aspects qui prédomine dans tel ou tel contexte, on le personnalise comme Brahma, Vishnu, Rudra, etc. Cf. Ishvara. 2) Titre que l'on donne à un maître vénérable, un saint.
3 Narayana : « Reposant sur les eaux », est l'aspect de Vishnu endormi, lors d'une résorption de l'univers (pralaya) en son état informel, l'Océan causal. Les restes de la manifestation se sont coagulés pour former le serpent Sesha, qui sert de couche au dieu, devenu « le Seigneur du Non-manifesté ».
4 Kosha : « gaine, enveloppe, fourreau » - L’individualité humaine, le jiva, est composé de 5 koshas (pancha koshas), fourreaux ou gaines constituant les enveloppes superposées dont est fait le corps, tant physique que subtil. L'âme incarnée (jiva) fonctionne simultanément dans les divers plans ou niveaux d'existence par l'intermédiaire de ces koshas. Cf. Glossaire, kosha.
5 Les six saveurs : amer (tikta), acide (amla), salé (lavana), astringent (kasaya), épicé (katuka) et sucré (madhura).
III. Le dieu solitaire devint multiple, et le Non-né prit naissance comme diversité
Les Adhvaryus (1) vénèrent l'Homme cosmique sous la forme d'Agni, le Feu. C'est lui qui, sous la forme des mantras du Yajur Véda, unit toutes choses. Les disciples du Sama Véda le vénèrent comme étant les hymnes sacrés. Tout est établi en lui. Les serpents eux-mêmes le vénèrent comme étant le venin. Et les connaisseurs de la magie contre les serpents le vénèrent comme serpent, les dieux comme énergie, les hommes comme richesse, les démons (Asuras) comme magie, les ancêtres défunts comme nourriture. Les connaisseurs des plans surhumains le vénèrent comme le suprême, au-delà de l'humain. Les Gandharvas (2) le vénèrent comme beauté, les Apsaras comme parfum suave. Oui, il devient cela même que l'on vénère en lui, aussi doit-on s'imprégner de la pensée “Je suis l'Être suprême”, et on le deviendra.
1 Adhvaryu : l'un des quatre prêtres officiant dans un sacrifice védique, dont la fonction est le sacrifice lui-même. Le prêtre Hotri est le sacrificateur qui mène la cérémonie en psalmodiant des hymnes du Rig Véda. Le prêtre Udgatri entonne le Haut-chant, tandis que le prêtre Brahmane est là pour veiller à ce qu'aucune erreur ne soit commise durant la cérémonie, ce qui infirmerait sa portée magique.
2 Gandharvas : Musiciens et chanteurs célestes, compagnons des nymphes Apsaras qui les accompagnent de leurs danses, extrêmement beaux et talentueux. Ensemble, ils réjouissent les dieux, dont ils sont les demi-frères. Leurs villes sont réputées pour leur beauté extraordinaire, et tout ce qui les entoure ou les caractérise est d'un raffinement extrême. Ils se nourrissent exclusivement d'odeurs suaves, de parfums. Ils sont donc l'emblème de la vie paradisiaque, de l'hédonisme, de l'esthétisme raffiné et de l'érotisme délicat.
IV. Seul Brahman, possédant les trois parts manquantes, est le Jiva
Au-delà des trois souffrances (1), sans les cinq corps ni les six fourreaux, indemne des six vagues, non affecté par les six changements, tel est Brahman. Les trois misères sont les affections du corps (Adhyatmika), les situations violentes (Adhibautika et Adhidaivika); elles sont en relation aux triples catégories suivantes : agent, action et effet; connaisseur, connaissance, et objet de la connaissance; celui qui expérimente, expérience, et objet de l'expérience. Les six fourreaux sont la peau, le sang, la chair, la graisse, la moelle et les os. Les six ennemis sont le désir, la colère, l'avidité, l'égarement, l'égoïsme, la séparativité. Les cinq corps sont ceux de la nourriture, des airs vitaux, du mental, de la connaissance et de la félicité. Les six changements sont la naissance, l'existence, la croissance, la transformation, le déclin et la mort. Les six vagues de l'existence sont la faim, la soif, la souffrance, l'illusion, la vieillesse et la mort. Les six illusions concernent la famille, le lignage, la classe sociale, la caste, les étapes de vies et les formes. C'est par le contact avec l'esprit suprême que l'âme individuelle se révèle : elle n'est personne d'autre que Brahman.
Celui qui étudie cette doctrine est purifié par le feu, l'air et le soleil; il possède santé et richesse, enfants et petits-enfants, érudition, purification des péchés majeurs : abus de boisson, contacts illicites avec sa mère, sa fille ou sa belle-fille, vol de richesses, oubli des enseignements védiques, ne pas porter assistance aux anciens, sacrifier à des divinités étrangères, manger des mets impurs, accepter des cadeaux, prendre la femme d'autrui. Il n'est plus attaqué par les six ennemis, et c'est dans cette vie-ci qu'il devient lui-même le Brahman immaculé. En conséquence, on ne doit pas transmettre à un non-initié ce Purusha Suktam qui est un enseignement occulte, ni à quelqu'un qui est ignorant des Védas, ou qui ne pratique pas de sacrifices, qui n'est pas un fervent de Vishnu, qui n'est pas un adepte du yoga, ni à un bavard, ni à un médisant, ni à un paresseux qui prendrait plus d'une année pour l'apprendre, ni à un mécontent.
Le maître doit communiquer cette doctrine dans un lieu pur, sur un mandala représentant une étoile sacrée, après que le disciple ait discipliné ses airs vitaux, et il la lui récitera dans l'oreille droite. Ce procédé ne doit pas être recommencé trop souvent, ce qui le rendrait ineffficace, mais quand même aussi souvent que nécessaire, et la lui chuchoter à l'oreille.
Ainsi, et le maître et le disciple s'identifieront à l'Homme cosmique dans cette vie-ci.
1 Les trois sortes de souffrances (Tapatraya): 1) adhyatmika, les peines intérieures et extérieures encourues par le corps et/ou l'esprit; 2) adhibautika, les souffrances nées au contact des éléments physiques, et des actes dérivés (accidents, violences physiques, etc.); 3) adhidaivika, les souffrances rencontrées en conséquence de ses actes négatifs passés.
Om ! Que mon discours reflète et s'accorde à mon esprit;
Que mon esprit reflète mon discours.
Ô l'Unique, irradiant Ta propre splendeur, révèle-Toi à moi.
Que tous deux, discours et esprit, vous me transmettiez le Véda.
Que tout ce que j'ai entendu ne quitte jamais mon esprit.
Je réunirai et comblerai la différence entre le jour
Et la nuit, grâce à cette étude.
Je prononcerai ce qui est verbalement véridique;
Je prononcerai ce qui est mentalement véridique.
Puisse ce Brahman me protéger;
Puisse-t-Il protéger celui qui parle et enseigne, puisse-t-Il me protéger;
Puisse-t-Il protéger celui qui parle – Puisse-t-Il protéger celui qui parle.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Ici se termine la Mudgalopanishad, appartenant au Rig Véda.

Accueil Retour en haut de page Plan du site |