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Visite au temple, à l'aube (détail) – XVIIe siècle (© Smithsonian Institute)

UPANISHADS DE SHAKTI

Tripura Tapini Upanishad

Upanishad du Feu occulte de Tripura


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Dr. A. G. Krishna Warrier
Publiée par The Theosophical Publishing House, Madras

Notes préliminaires : TRIPURA : 1) « Les trois cités » – les 3 états de conscience : veille (jagrat –la conscience se meut sur le plan physique), rêve (svapna – la conscience se meut sur le plan subtil) et sommeil profond (sushupti – la conscience s'est retirée dans le corps causal).
             2) « Les trois mondes» - Cf. Triloka.
             3) Les trois fils de Taraka obtinrent de Brahma que le grand architecte Mayasura leur bâtisse trois villes, citadelles imprenables qui dureraient éternellement. Ce fut Tripura, la triple cité, construite en 3 parties : une cité enceinte d'un mur de fer fut bâtie sur la Terre; une seconde, enceinte d'un mur d'argent, au firmament; une troisième, enceinte d'un mur d'or, dans le ciel cosmique. Les trois cités étaient mobiles, et coïncidaient rarement (uniquement lors de certaines conjonctions lunaires, espacées de milliers d'années), ce qui garantissait leur caractère inexpugnable. Elles devinrent vite les cités majeures du monde entier, richissimes et luxurieuses, et furent colonisées par les Asuras. Dans le contexte de la guerre entre Asuras et dieux, Shiva fut chargé d'exterminer Tripura, qui était devenue dangereuse pour l'équilibre cosmique.

             TRILOKA : « Les trois mondes » est une expression fondamentale et très courante, reprise par l'ésotérisme, qui désigne trois triades différentes ! Voici un peu de clarté, bien qu'au cas par cas, il est rarement précisé de quelle triade il s'agit.
             a) les 3 premiers plans cosmiques : 1) Bhuloka : « monde de terre », le plan physique; 2) Antarloka ou Bhuvaloka : « entre-deux mondes », le plan astral ou kama-manasique, correspondant aux plans astral, mental inférieur et supérieur, en ésotérisme; 3) Shivaloka (ou S(u)valoka) : « monde de Shiva », monde céleste où demeurent les dieux et les âmes hautement évoluées, correspondant au plan causal en ésotérisme.
             A noter que selon l'Upanishad, ou l'auteur ésotérique, il y a des variations – non pas sur la hiérarchie des plans, qui est la même partout – mais sur les définitions de ces mondes, ainsi que sur le groupe des « trois mondes » ou plans cosmiques.
             b) la triple expression de Maya, la grande illusionniste qui projette l'univers : c'est l'acception la plus courante en ésotérisme, transcendant la simple donnée physique du monde et du cosmos (dont l'être humain-microcosme), en lui adjoignant le plan émotionnel (astral) et le plan mental (manasique); donne l'équivalent « physique, émotionnel et mental », soit les trois plans dans lesquels évolue l'être humain dans la vie ordinaire.
             c) « Divinité, Âme, Univers » : Pati (Maître), pashu (troupeau), pasha (chaînes), telle est la triade fondamentale dans le Shivaïsme. Le monde, l'univers engendré par Maya, est bel et bien la chaîne qui capture l'âme et la garde en servitude (tel le bétail), au moyen du voile d'illusions que tisse Maya, lui permettant ainsi d'évoluer. Qui plus est, le monde (pasha) est triple, qui comprend anava (la loi d'individuation et de finitude), karma (la loi de cause à effet) et maya (la loi de l'apparence illusoire et de l'ignorance).

             TAPINI : de tapa, brûlure, feux, tourment – qui cause de la souffrance; qui suffoque de chaleur; qui souffre moralement ou physiquement. On peut également le lire comme “qui procède du feu, de l'ascèse, du pouvoir occulte.”

 

INDEX


Chapitre Un

Nature de Tripura
Le Grand Mantra de Tripura
Création des mondes par l'union de Shiva et de Shakti
Accord du Vagbhavakuta avec la Gayatri
Accord du Kamarajakuta avec la Gayatri
Accord du Shaktikuta avec la Gayatri
Le fruit de cette connaissance
Citations des douze Vidyas (incantations), telle la Vidya de Shiva et de Shakti
Méthode de méditation sur la Grande Déesse des trois cités

Chapitre Deux

Explication de Tripura Vidya
Incantation de Tripureshi, en tant qu'Atmasana et en tant que Shakti-Shiva
Incantation enclose en Tripura
Ordre naturel du Shri Chakra
Ordre inversé du Shri Chakra
Adoration de la grande Tripura, la beauté qui se tient dans le Shri Chakra
Fruit de l'adoration

Chapitre Trois

Définition des symboles géométriques mystiques
Définition du triangle
Définition du symbole des cinq flèches
Explication des neuf syllabes semences
La roue du Kamakala
Adoration du Seigneur du champ de bataille
Adoration d'une vierge de noble lignée

Chapitre Quatre

Victoire sur la mort
Explication de mots, tels que Tryambaka
Mantra qui accorde la vision de Bhagavati

Chapitre Cinq 

Enquête sur Brahman sans attributs
Description du Soi suprême
Contrôle du mental
Vision du Soi sans adjonctions
Vision du Soi suprême
Majesté de la Sagesse de Shri Kamaraja

Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
Leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !


Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !

 

CHAPITRE UN

             I-1: Dans ce monde de l'ignorance, le Seigneur Sadashiva (1), prenant les aspects de Prajapati (le Créateur), Vishnu (le Préservateur) et Rudra (le Destructeur), fut dénommé Tripura, la Déesse. Par la magie de sa Shakti primordiale (2), furent créés les trois cités ou mondes – la terre, le firmament et le ciel cosmique, ou encore les cieux, la terre et le monde inférieur. Sous la forme de Hrim (3), identique à la Maya (4) de Hara (5), la divine Hrillekha (lettre Hrim) imprégna de Son terrible pouvoir les pointes des trois sommets (au-dessus de la jonction des sourcils), là où se trouve le point d'équilibre des trois gunas (6), là où le monde phénoménal se dissout. C'est cette divinité que l'on nomme Tripura.

1 Sadashiva : « le Révélateur ou l'Éternellement Propice» - L'une des épithètes de Shiva en tant qu'Être Primordial, synonyme de Parameshvara (le Suprême Ishvara, la Divinité Suprême), manifestant son aspect de félicité et de prospérité éternelles. Cet épithète est utilisée par les Shivaïtes, en lieu et place de Brahman ou de l'Atman. Les cinq aspects essentiels de Shiva sont : 1) Sadashiva, «le Révélateur »; 2) Maheshvara, « l'Obscur »; 3) Brahma, « le Créateur »; 4) Vishnu, « le Protecteur »; 5) Rudra, « le Destructeur ».
2 Shakti : « puissance, pouvoir, énergie » - 1) Énergie créatrice représentant le pouvoir d'action de la conscience; 2) l’aspect féminin du Principe Cosmique, symbolisant sa puissance exécutive; 3) la Mère divine, considérée comme la force efficiente du Divin, déifiée comme l’épouse de Shiva. Cf. avriti ou avarana shakti et vikshepa shakti. Cf. Glossaire pour plus d'information.
3 Hrim (Bija) : Semence verbale de Maya, la grande Illusion. « H représente Shiva, R représente Prakriti, la Nature primordiale, I représente MahaMaya, l'Illusion transcendante. Le son de la syllabe représente Prajapati, le Progéniteur. La nasalisation M représente la destruction de la souffrance. C'est avec cette semence verbale (bija) que la Déesse des sphères doit être vénérée. » (Varada Tantra)
4 Maya : Le pouvoir de l'Illusion cosmique. La Puissance (shakti) de Brahman se manifestant en tant qu’univers phénoménal; la manifestation sous son aspect grossier, subtil et causal. Maya est synonyme d’ignorance (avidya), les illusions découlant de la confusion entre l'existence relative et la réalité; car elle est la grande Enchanteresse qui possède 2 pouvoirs : avriti ou avarana shakti ( pouvoir d’obnubilation) et vikshepa shakti ( pouvoir de projection).
5 Hara : « collier » - Appellation de Shiva, en tant que destructeur, « celui qui ôte et détruit ».
6 Gunas : Qualités, attributs ou caractéristiques de l’énergie universelle, au nombre de 3, dont la combinaison crée les divers éléments d’où procède la nature multiforme. On les considère souvent en rapport à Prakriti, la substance cosmique et la nature issue de celle-ci, dont ils sont les 3 ingrédients de base, utilisés pour constituer les éléments de l'univers phénoménal, et qui déterminent leurs qualités et modes d'être : illuminant (Sattva), activant (Rajas) et entravant (Tamas). Ces 3 qualités ou modes d'être sont inhérents à l'univers phénoménal, et déterminent les caractéristiques propres à chaque créature (animée ou inanimée) : Sattva, ou la qualité du bien, de lumière, pureté et calme; Rajas, ou la qualité d'activité, convoitise, passion et agitation; Tamas, ou la qualité de ténèbres, inertie, illusion et ignorance.

              I-2: Sur cette adorable splendeur
              Du divin Créateur, méditons.
              Puisse-t-Il inspirer nos pensées,
              Lui qui se trouve au-delà des ténèbres. Om !

              I-3: Pressons le soma (1) pour Agni, le Feu omniscient,
              Qui consume les richesses de nos ennemis;
              Tel un bateau qui mène à l'autre rive, puisse-t-Il
              Nous faire traverser toutes les difficultés et souffrances.

1 Soma : 1) la Lune. Cf. Chandra. 2) plante dont on tire le vin mystique pour le sacrifice Védique; le vin lui-même, qui procure l'ivresse de l'ananda, divin délice d'être; Soma personnifie aussi le Seigneur de ce vin de délices et d'immortalité, déité représentative de la béatitude.

              I-4: Adorons et sacrifions au Dieu aux trois yeux,
              Au parfum suave, qui accroît la fertilité de la Terre.
              Comme le concombre mûri se détache de la tige,
              Que je me détache de la mort et trouve la libération et l'immortalité !

              I-5: La suprême souveraine, la Déesse des trois cités, est l'incarnation des trois Védas et de la Connaissance suprême qui s'exprime en 108 lettres (1). Ses quatre premières divisions visent à élucider Brahman, la seconde traite de Shakti, le Pouvoir divin, et la troisième de Shiva, le Bien suprême.

1 C'est le Grand Mantra, dont l'élucidation commence à partir du shloka I-7.

              I-6: Les annales disent que les mondes, les Védas, les sciences, les légendes, les codes, les traités de médecine et d'astronomie, sont tous issus de l'union de Shiva et Shakti, qui sont le Bien suprême et Sa puissance.

              I-7: Nous allons maintenant élucider le Grand Mantra (1). La syllabe Tat (2) de ce grand Mantra représente l'éternel Brahman, le Seigneur suprême, indéfinissable, impeccable, non-conditionné, sans limites. Il pense, Il perçoit, Il évolue, Il désire extérioriser Son état de conscience. C'est ainsi que cette Divinité Une, l'essence du Bien, manifeste le monde phénoménal. Dans les disciplines d'ascèse, dans les sacrifices et les rites mystiques, Il exprime Son désir et ce qu'Il désire vient à l'existence. S'étant ainsi libéré de Ses désirs et demeurant impeccable, Il tient tout sous son emprise. Il émet les lettres A, Ka, Ca, Ta, Pa, Ya et Sa. Aussi le Seigneur est-Il nommé Désir. Techniquement, c'est le Seigneur en tant que Désir (kama) qui insuffle la lettre Ka. C'est donc le seul désir que représente Tat. C'est ainsi que doit s'entendre karma, la loi de l'action (3). Et c'est là le sens de Tat. Quiconque possède cette connaissance s'identifie au Seigneur.

1 MahaMantra : « le Grand Mantra » ou Shri Vidya (Doctrine secrète de la Grande Déesse) se compose de trois mantras, qui comptent respectivement 32, 43 et 33 syllabes, totalisant ainsi les 108 syllabes qui signent sa perfection transcendante.
Tat Savitur varenyam
bhargo devasya dhimahi
dhiyoyonah prachodayat
parorajase savadom
(les 32 syllabes du Gayatri Mantra) : « Nous nous prosternons devant la radieuse splendeur du Donneur de vie. Puisse-t-Il illuminer les pensées de notre esprit ! »
Jatavedase sunavama somam
aratiyato nidhati vedaha
Sa nah parsadati durgani (vishva) naveva sindhum duritaty-agnih
(les 43 syllabes du Mahima de Shakti, extrait du Rig Véda I-99-1) : « Pressons le Soma pour le Connaisseur de toutes les naissances, pour Lui qui détruit par les flammes la connaissance que possède l'ennemi ! Puisse Agni, le Feu, nous guider à travers tous les obstacles et nous mener à l'autre rive, tel un bateau. »
Tryambakam yajamahe Sugandhim pushti vardhanam
urvarukameva bandhanat mrityor muksiya mamritat
(les 33 syllabes du Shiva Mantra, extrait du Yajur Véda VII-59-12) : « Nous adorons le Père des trois mondes, le dieu aux trois yeux, au parfum suave, renommé pour sa bienveillance et qui accroît notre plénitude et notre force. Puissions-nous nous libérer des entraves de la mort ainsi que le concombre se détache de sa tige, et accéder à l'immortalité ! »
2 Tat : « Cela » – L’Absolu dont on ne peut rien dire, sinon que Lui seul est, en vérité; le principe transcendant et infini, qui est Vérité, connaissable par la seule expérience intime.
3 Karma : « action, acte » - 1) tout acte, toute action; 2) le principe de cause et d'effet; 3) la conséquence ou fruit de l'action (karmaphala), mais aussi la conséquence lointaine (uttaraphala) qui, à moyen ou long terme, reviendra vers son auteur. Les trois types de karma sont : a) le samchita karma, karma accumulé; b) le prarabdha karma, karma activé; c) le kriyamana ou agami karma, le karma en création.

              I-8: Savitur varenyam. La racine de Savitur signifie “donner naissance à une créature vivante”. Savitur, le Soleil, donne naissance aux créatures vivantes; c'est sa Shakti (son pouvoir) qui donne naissance.

              I-9: Ce pouvoir primordial est Tripura;
              La souveraine suprême est Tripura,
              La Grande Déesse ornée de pendants d'oreilles,
              Qui réside dans la sphère de Feu [le Soleil].

              I-10: Quiconque possède et maîtrise cette connaissance devient omniprésent. Le pouvoir du triangle, ou pouvoir du serpent kundalini (1), procède à la création avec l'aide de la lettre E, qui est de toute première importance. Aussi ne considère-t-on que cette lettre E.

1 Kundalini (kundala = rouleau de corde; kundalini = serpent femelle lové) : l’énergie cosmique divine, résidant en chaque jiva, sous la forme d’un serpent enroulé sur lui-même, à la base de la colonne vertébrale dans le muladhara chakra. Cette énergie latente doit être éveillée, puis on doit la faire remonter le long de sushumna, canal principal de la colonne vertébrale, au travers des chakras, jusqu’au sahasrara, le lotus aux 1000 pétales situé dans la tête. Le Nirvikalpa samadhi, l'illumination, survient aussitôt accomplie la percée de la porte de Brahman, au cœur du sahasrara. Alors le yogi est en communion avec l’Âme suprême universelle. Puis la Kundalini shakti retourne à la base et s'y love à nouveau, ou elle reste dans l'un ou l'autre des chakras qu'elle a éveillés à son passage. L'éveil est réputé parfaitement accompli lorsque la Kundalini shakti ne redescend jamais plus bas que le sahasrara, le chakra coronal.
              « La puissance du serpent »; force spirituelle latente dans tout être humain. L’éveil de Kundalini marque le début de l’évolution spirituelle.

              I-11: Varenyam signifie le meilleur, l'adorable, l'immortel, digne de notre obéissance. Aussi est-ce Varenyam que représente la lettre E. Qui possède cette connaissance atteint à l'excellence.

              I-12: Bhargo devasya dhimahi – nous allons en exposer le sens. Dha représente Dharana, la concentration (1). C'est du pouvoir du mental qu'est né le Seigneur suprême. Bharga (2) est le Resplendissant, établi dans le centre; c'est l'immortel quatrième (3), l'immédiat quatrième, le Tout, le cœur intime de toute chose. Il est représenté par la lettre I, qui se trouve au centre de ces mots. C'est ainsi qu'est expliquée la forme du Resplendissant. La lettre I est considérée comme équivalente à la formule bhargo devasya dhi.

1 Dharana : concentration et totale attention du mental sur un point de son choix; 6ème stade du Raja Yoga.
2 Bharga : « éclat, splendeur » - épithète de Shiva, “le Resplendissant”.
3 Turiya : «  le quatrième » - état transcendantal qui, à la fois combine et outrepasse veille, rêve et sommeil profond (jagrat, svapna et sushupti) et constitue le substrat de ces 3 états. C'est donc un état d'unité avec la Divinité, état de pure conscience, qui transcende les trois états de veille, sommeil profond et rêve, et qui est caractéristique du samadhi absolu.

              I-13: Explication de Mahi : c'est le mot qui dénote la grandeur, l'inertie, la dureté et l'entêtement. La lettre La [qui représente la Terre - NdT] est la demeure suprême. La lettre La représente cette sphère dont l'aspect prédominant est la dureté, qui comprend les océans, les montagnes, les sept îles et leurs forêts, et dont l'apparence est resplendissante. Par Mahi, c'est la déesse Bhuh, la Terre, qui est représentée.

              I-14: Dhiyo yo nah prachodayat : Puisse le Soi suprême, le primordial, le transcendant Sadashiva (cf. I-1) inspirer nos pensées, guider notre Soi lumineux au moyen de la lettre stable La (la Terre) vers la Réalité transcendante, sans différenciations, qui se trouve au-delà de Dhyana, la contemplation (1), et au-delà du désir de parvenir à Dhyana. Sans mouvement verbal de la pensée, en fixant le mental uniquement sur cette Réalité transcendante – ainsi doit-on méditer.

1 Dhyana : Méditation profonde caractérisée par une concentration intense et longuement maintenue sur une pensée, une vision ou une connaissance; cette contemplation est l'avant-dernière étape du Raja Yoga, précédant le samadhi.

              I-15: Paro rajase savadom : Finalement, tout ce qui est autre que le Soi se métamorphose et devient la suprême Lumière, la pure Conscience, la Divinité qui réside dans le cœur (1), dont la caractéristique est la Conscience, et dont l'équivalent est la semence verbale Hrim (cf. I-1) dans l'écrin du cœur. Ainsi se trouve clarifié le groupe de cinq lettres, le Vagbhavakuta (2), qui a engendré les cinq éléments et contient cinq sections. Qui possède cette connaissance récolte les fruits de sa pratique.

1 Cœur, Grotte du cœur : Selon la physiologie yoguique, l'atome-germe de la conscience est situé dans le chakra du cœur, l'anahata. Cf. Hridaya, dahara.
2 Voici le tableau d'équivalences entre le Gayatri mantra et les 3 bija mantras dénommés Vagbhavakuta, Kama(raja)kuta et Shaktikuta – qui forment le mantra aux quinze syllabes de Tripura (cf. I-26) :
Vagbhavakuta (Union (kuta) de Vak, la Parole, et de Bhava, l'Être, aspect bienveillant de Shiva) :
Ka = Tat = Kameshvara = Brahman
E = savitur varenyam = Kameshvari = Shakti
I = bhargo devasya dhi = Shiva
La = mahi = Terre
Hrim = dhiyo yo nah pracodyat = Maya

Kama(raja)kuta (Union avec le Maître du Désir) (cf. shloka suivant) :
Ha = Tat
Sa = savitur (les 3 syllabes = les 3 mots du mantra)
Ka = varenyam
Ha = bargho devasya dhi
La = mahi
Hrim = dhiyo yo nah pracodyat

Shaktikuta (Union avec Shakti) (cf. shloka I-23) :
Sa = tat savitur varenyam
Ka = bhargo devasya dhi
La = mahi
Hrim = dhiyo yo nah pracodyat

L'ensemble fait 15 syllabes, qui forment le Shri Vidya mantra, autrement dit le Tripura mantra, ou Maha Mantra, ou encore Panchadasi ou Panchadasakshari (le mantra aux quinze syllabes de la Devi)... La formule est donc : "Ka E I La Hrim - Ha Sa Ka Ha La Hrim - Sa Ka La Hrim". Cf. Glossaire, Shri Vidya.

              I-16: Le groupe suivant, qui est devenu Kamakala, le désir originel, est appelé Kamakuta (l'union du désir) par le sage. Dans la récitation des trente-deux syllabes sacrées, Tat savitur varenyam, etc., Tat est le Soi suprême, Sadashiva (cf. I-1), l'immortel, le pur, le non-conditionné. La syllabe Ha, qui désigne Shiva, a la forme même du dieu; on dit qu'elle est inarticulée, mais c'est néanmoins une syllabe. Restant ainsi à l'écart [de ce qui est prononcé – NdT], la syllabe Ha symbolise Shakti, le Pouvoir.

              I-17: En suivant le raisonnement indiqué ci-dessus pour Tat Savitur, il faut associer la Lune, dont la semence verbale est Sa, au Soleil, dont la semence verbale est Ha. La lumière solaire emplit la région entre le chakra de base et l'ouverture sacrée du chakra de la couronne. On dit que la syllabe Sa est unique. Celui sur qui on médite en tant que Tat et Savitur, c'est bien l'Être divin, dont l'essence est Shiva et Shakti.

              I-18: Shiva est le Dieu suprême,
              Affirment les Connaisseurs de Brahman;
              Shakti est tout ce qui a pris naissance;
              Soleil et Lune, lorsqu'ils sont unis,
              Sont Hamsa, le cygne (1) – Brahman sans attributs.

1 Hamsa : « l'oiseau migrateur » - l'oie sauvage, ou le cygne. Ce dernier est la monture (vahana) de Brahma. Le cygne est le symbole de l'âme individuelle tout comme de l'Âme suprême, adopté comme emblème par : a) une catégorie de renonçants, devenus adeptes (Paramahamsa) – planant haut au-dessus du monde ordinaire, se dirigeant droit vers le but; b) le yogi pratiquant la discrimination, qui – tel le cygne, capable d'extraire le lait de l'eau - peut voir le Divin et abandonner le reste. Cf. Paramahamsa.
Le Hamsa mantra se réfère au léger sifflement émis lors de l'inspiration et de l'expiration. HAMSA(H) (« Je suis Lui, l’Esprit universel ») est donc la prière inconsciente qui accompagne tout être vivant, même à son insu, tout au long de sa vie. Cf. So’ham.

              I-19: De Shiva, le Suprême, qui crée
              Les objets désirables, jaillit le désir;
              Maîtresse des désirs, la Lumière qui éclaire les objets désirables
              Est représentée par la lettre Ka.

              I-20: Tat Savitur varenyam Bhargo devah : La liqueur d'immortalité qui efface les résultats des actes, ainsi que leurs agents, vaut d'être bue. Cette liqueur d'immortalité est sécrétée par l'union de l'Atman, le Soi suprême, et du jiva, le soi individuel. C'est ce que représente clairement la troisième syllabe, Ha. Elle est véritablement Sadashiva (cf. I-1), la divinité sans souillure, étincelante. La dernière syllabe apparaît donc comme le suprême séjour.

              I-21: Dhi (1) représente la conscience qui soutient la création; le soutien sous-jacent de la matière inerte est associé à Mahi (la Terre, cf. I-13), représentée par la syllabe La. Le sens de La, lorsqu'elle succède à la syllabe Ha (Shiva), est clairement Brahman. La dernière syllabe apparaît donc comme l'Esprit suprême. Puisse-t-Il inspirer nos pensées !

1 Dhi : 1) penser, prier; méditer; 2) pensée, prière, méditation; intelligence, sagesse.
Dhimahi : Prions ! Méditons ! Invoquons ... ! Révérons ... !
Rappel : Dans ce shloka, c'est bien la fin de Bhargo devasya dhimahi qui est analysée.

              I-22: Paro rajase savadom : Ce groupe du Vagbhava (cf. I-15) est la demeure de Kamakala, le désir originel. Celui qui suit les six sentiers [des semences verbales] atteint au trône de Vishnu. Oui, quiconque possède cette connaissance atteint à ce trône. Rien n'existe en dehors de cela, dit le Seigneur.

              I-23: Le groupe suivant, le troisième, celui de Shaktikuta (union de Shakti - cf. I-15), est en accord avec la Gayatri de 32 syllabes.

              I-24: Tat Savitur varenyam : À partir du Soi, s'est déployé l'espace céleste; à partir de l'espace céleste, l'air frémit et circule. Tout ce qui est venu à l'existence à partir du Soi est digne d'adoration. Ce qui est agréable à Savitur, le Soleil, c'est le rapprochement du soi individuel (jiva) et du Soi suprême (Atman). La syllabe qui représente le soi individuel, Sa, s'épanouit pleinement en la forme de Shakti, la puissance lumineuse.

              I-25: Bhargo devasya dhi : Au compte de ces mots, on ajoute la syllabe Ka qui symbolise Shiva, lequel contient Tout. La syllabe La est en accord avec Mahi (la Terre, cf. I-13), etc. Avec le reste du mantra (dhiyoyonah, etc.), désirable, harmonieux, visible, la Hrillekha (lettre Hrim – cf. I-1), désirable et harmonieuse elle aussi, est en accord. Ainsi se trouve élucidé le Shaktikuta, l'union avec Shakti.

              I-26: Quiconque répète le mantra à quinze syllabes de Tripura (1) obtient tout ce qu'il désire; il obtient toutes les jouissances; il conquiert tous les mondes; il fait fleurir et prospérer tous les mondes; il atteint au statut de Rudra (le Destructeur); accomplissant la percée du royaume de Vishnu, qui est sous le voile de Maya (cf. I-1), il atteint à Brahman, le Suprême.

1 "Ka E I La Hreem - Ha Sa Ka Ha La Hreem - Sa Ka La Hreem" – Le Shri Vidya est le Maha Mantra de Tripura Sundari, également nommé le Panchadasi, « les Quinze », ou le Panchadasakshari, « les Quinze Syllabes ». Dans sa forme ultime, il contient seize syllabes, et il est alors nommé le Shodasi ou Shodasakshari, « les Seize » ou « les Seize Syllabes ». La syllabe adjointe est Shri(m), mais le lieu de jonction ne peut être révélé que sous la guidance d'un Maître. La puissance de ce mantra Shodasi est telle qu'il est fortement déconseillé à l'aspirant solitaire de faire ses propres gammes tâtonnantes... En règle générale, les bijas-mantras et le Shri Vidya ne doivent pas être pratiqués par les aspirants, qui au surplus n'ont pas une bonne connaissance du sanskrit et donc des valeurs évocatoires des sons justes; ils sont réservés à ceux qui sont sous la direction d'un Maître qui a lui-même maîtrisé ces techniques et est donc habilité à les transmettre. Les aspirants et yogis doivent se consacrer à leur propre Ishta mantra, ainsi qu'aux mantras courants, déjà très bénéfiques.
Mais la connaissance analytique de de mantra reste valable et légitime. Voici donc : les quinze syllabes sont composées de trois groupes de syllabes-semences (bijas) qui font référence à la Gayatri, le plus célèbre des mantras. Chaque groupe représente une union (sexuelle, dans le cas de la main gauche, ou symbolique au plan créatif mental, dans le cas de la main droite) entre Shiva et Shakti, sous trois de leurs aspects.

              I-27: Après avoir lancé l'incantation (1) initiale, il faut méditer sur le groupe représentant Shakti (Sa Ka La Hrim) et Shiva (représenté par Sa Ka) comme symbole de la première demeure, l'état de veille (jagrat, cf. I-12). L'incantation de Lopamudra (2), (Ha Sa Ka La Hrim) doit être méditée comme symbole de la seconde demeure, l'état de rêve (svapna).

1 Vidya : 1) la connaissance, en tant que capacité cognitive développée par l'étude et la méditation; s’oppose à avidya, l’ignorance, la nescience; 2) savoir, science, érudition, gnose, doctrine secrète; 3) formule mantrique, incantation.
2 Lopamudra : Agastya, sage vénérable et de puissante magie, aimait le célibat. Mais ses ancêtres lui enjoignirent de prendre femme et de procréer un fils, afin qu'ils puissent être libérés de l'attente dans l'entre-monde. Agastya ne trouvant pas de femme digne de lui, en fabriqua une, synthèse des beautés spécifiques de nombreux animaux, et la baptisa Lopamudra (“transplantation de beautés”). Il implanta son embryon dans la matrice de la reine du Vidarbha, qui jusqu'alors était stérile. En temps voulu, la princesse Lopamudra épousa le sage Agastya, et adopta le mode de vie austère de son époux. Le mariage resta longtemps blanc... un jour, surprenant la nudité de sa femme sortant de son bain, Agastya se souvint de sa promesse de procréer. Il approcha conjugalement Lopamudra, qui exigea qu'une chambre nuptiale soit préparée, aussi luxueuse que l'était sa chambre de jeune fille au palais. Mais le sage et scrupuleux Agastya ne voulait pas accepter de dons qui pourraient être utiles à autrui, de crainte de dépouiller autrui, même indirectement. Les offres du roi Srutarvan, père de son épouse, furent ainsi refusées, de même que celles d'un roi plus riche... Il accepta ce mobilier de chambre nuptiale d'un roi démon, qui avait tenté sur lui une magie mortelle, qu'il sut placidement déjouer, et il l'accepta – enfin ! - sans scrupules. Chevaleresque, même au moment de la nuit de noces, Agastya proposa à sa toujours vierge épouse quatre options de fils à procréer sur le champ : « Veux-tu 1000 fils ? Ou 100 fils, chacun dix fois plus forts que les premiers ? Ou 10 fils cent fois plus forts que les premiers ? Ou un seul fils, mille fois plus fort que les premiers ? » Ce fut cette dernière option que choisit Lopamudra. Après sept ans de gestation, durant lesquels Agastya fit une méditation profonde, elle mit au monde un fils resplendissant, qui récita les Védas en entier dès sa naissance. Il fut nommé Dridhasyu.

              I-28: La troisième demeure, l'état de sommeil profond (sushupta, cf. I-12), doit être méditée à l'aide de l'incantation initiale, symbolisant la puissante Hrillekha (lettre Hrim – cf. I-1), sans la nasalisation (Sa La La Hri); c'est l'incantation sur laquelle avait médité Durvasas, le sage au terrible courroux (1).

1 Durvasas : Sage aux forts pouvoirs. Le dieu Indra suscita sa colère par le refus d'une guirlande de fleurs que le sage lui offrait; l'intensité du courroux de Durvasas affaiblit tellement la puissance du dieu que ses ennemis, les Daityas, le vainquirent; le dieu humilié dut vivre de mendicité durant quelques temps, avant de reconquérir et sa puissance et son trône.

              I-29: Le groupe Vagbhava de l'incantation précédente est décrit comme concernant Manu (1), Chandra, la Lune, et Kubera (2).

1 Manu : « créature pensante » - 1) homme: 2) nom de l'Homme primordial, premier-né de l'humanité actuelle. Né de Virat, le Démiurge, et de Satarupa, il engendra avec celle-ci les 10 Prajapati, géniteurs des créatures. Il établit le code fondamental des lois, connu comme “Lois de Manu” (ManuSmriti). 3) Du point de vue des ères cosmologiques (cf. Cycles), un kalpa voit l'apparition de 14 Manus. Dans notre kalpa actuel, ce sont : Svayambhuva, Svarocisha, Auttami, Tamasa, Raivata, Chaksusha, Vaivashvata (le Manu de notre époque), Savarna, Dahsavarna, Brahmasavarna, Dharmasavarna, Rudrasavarna, Raucya et Bhautya.
2 Kubera : « le Difforme » - Maître des trésors souterrains, roi des génies telluriques (Yakshas et Guhyakas) et des esprits de l'obscurité, mais aussi des hommes. Il est également le Régent de la direction Nord. Ami de Shiva et de Ganesh, il libère les trésors précieux de la terre (pierres et gemmes) en fonction de la vertu des hommes.

              I-30: Après Madana (ou Klim) (1), vient le bénéfique Vagbhava (cf. I-15); vient ensuite Kamakala, le désir originel (Ka, etc.); vient en fin le groupe de Shakti (Sa, etc.). Ce groupement, dans l'ordre indiqué, fut objet de culte pour Manu, et c'est comme symbole de la quatrième demeure, l'état transcendant de Vishva, la Totalité (2), qu'il faut le méditer.

1 Madana : « ivre de passion » - épithète de Kama, dieu de l'amour et du désir.
2 Vishva : « tout, la totalité, l'univers » - l'Esprit de l'univers manifesté, la Totalité universelle.

              I-31: En premier, donc,ce qui est dénommé Shiva uni à Shakti (Ha, etc.); ensuite, le Vagbhava; de nouveau, le groupe Shiva-Shakti; enfin le troisième groupe (Sa, etc.) - cette incantation, objet de culte pour Chandra, la Lune, doit être méditée dans la cinquième demeure, l'état de Taijasa (1).

1 Taijasa : « le Lumineux, l'Igné » - le soi qui est le support du corps subtil manifesté dans l'état de rêve, svapna, ou la conscience subtile du jiva lorsqu'il rêve.

              I-32: L'incantation de Shiva, etc., lorsqu'on l'accole à celle de Chandra, devient l'incantation de Kubera (cf. I-29); elle doit être méditée dans la sixième demeure, l'état de Prajna (1). Qui possède cette connaissance acquiert les trésors de Kubera.

1 Prajna : 1) jugement et intelligence; 2) la sagesse, en tant qu'intelligence toute-inclusive; par extension, le Soi (Atman) tel qu'expérimenté dans le sommeil profond (sushupti); 3) la maîtrise de la Sagesse et de la Connaissance.

              I-33: Si on met de côté la quatrième syllabe I, et si on place le Soleil et la Lune (représentés par Ha et Sa) en début de chaque groupe, il en résulte l'incantation qui confère la maîtrise sur les désirs; elle porte le nom d'Agastya, le sage (époux de Lopamudra, cf. I-27), et doit être méditée dans la septième demeure, l'état de Viraj (1).

1 Viraj ou Virat : 1) roi prince, souverain; 2) la Puissance créatrice ou Nourriture divine; le corps de la Totalité, l'Être Cosmique, le Macrocosme. Également, le Masculin, puissance créatrice conceptuelle de l'univers manifesté, en contraste au Féminin, puissance créatrice et matérialisante (cf. Bhagavati, Ishvari). La Totalité, forme cosmique du Soi, est cause du monde matériel; l'Esprit universel omniprésent prend la forme de l'Univers, il est le Voyant et le Créateur des formes matérielles. Cf. Ishvara, Hiranyagarbha : ces 3 termes désignent les divers états de la Manifestation (cause et effets compris); l’univers, le Macrocosme.

              I-34: Dans l'incantation d'Agastya donnée ci-dessus, les syllabes peuvent être composées d'une seconde manière : Ha, Ha, qui représentent les incantations commençant par Kama et Madana, suivies de Sa, la semence verbale de Shakti, et de Ka, le début du Vagbhava. Sur Sa et Ka, il faut abréger les voyelles en demi-syllabes. Cela devient l'incantation de Nandi (1), qui doit être méditée dans la huitième demeure, l'état de Sutratman (2).

1 Nandi : « le Joyeux » - le taureau blanc à la queue noire qui est la monture attitrée de Shiva, et symbolise les instincts puissants que le dieu a totalement maîtrisés. Dans le shivaïsme, Nandi, joyeux de porter son maître, est une parabole du disciple qui se prosterne constamment en pensée devant son dieu souverain.
2 Sutratman : Métaphore brahmanique, représentant le fil qui relie Brahma aux mondes créés, et le sutra symbolise alors la Cause de la manifestation. Synonyme de Hiranyagarbha, l’Être sous son aspect subtil, le Mental cosmique.

              I-35: Concernant le groupe Vagbhava : l'incantation d'Agastya, lorsqu'on la fait consister en mots avec leurs significations propres, est alors dénommé Kamakala, désir originel (cf. I-16); alors, tout le pouvoir de Maya (cf. I-1), dans le groupe de Shakti, vient s'y intégrer. Cette formule fut objet de culte pour le Soleil, aussi la nomme-t-on l'incantation de Prabhakara (1). Elle doit être méditée dans la neuvième demeure, l'état causal d'Avyakta (2).

1 Prabhakara : « le Porteur de lumière » - une des épithètes de Surya, le Soleil.
2 Avyakta : « invisible, indécelable » - le non-développé; le non-manifesté, l’Indifférencié; l’état causal. Dans cet état, les trois gunas sont en équilibre parfait. Synonyme de Prakriti, la Nature primordiale dans le Samkhya, mais à l'état de virtualité germinative, et non de matérialisation accomplie.

              I-36: Reprenons de nouveau l'incantation d'Agastya (cf. I-33 et 34); faisons-la suivre du Vagbhava; puis de la semence verbale de Shakti, Hrim; puis de la semence verbale de Kama, Klim; puis des semences verbales de Shiva et de Shakti, HamSa (1); puis encore de la semence verbale de Kama, Klim; puis de la semence verbale de la Terre, Lam; puis de la semence verbale de Maya, Hrim; puis de la demeure de Kamakala, les six syllabes Ha; puis de la semence verbale du Soleil et de la Lune, So'Ham (1); puis encore de la semence verbale de Kama, Klim; puis de la semence verbale de Shiva, Ham; puis de la semence verbale du Mahiman (majesté de Shakti), Sa; puis de la triple formulation HamSa – So'Ham – HamSa; le tout, intégré, forme l'incantation qui fut objet de culte pour Shanmukha (2), et elle doit être méditée dans la dixième demeure.

1 Ajapa Mantra : prière répétée inconsciemment. Toute créature vivante répète inconsciemment à chaque respiration la prière « So’ham » (Sah = So = Lui [l’Esprit universel, Brahman] aham = je suis) avec chaque inspiration, et avec chaque expiration la prière « Hamsah » (aham = je suis - Sah = Lui [l’Esprit universel, Brahman]).
2 Shanmukha : « aux-six-visages » - épithète de Skanda, dieu de la beauté juvénile et de la force guerrière, ou Kumara, l'éternel adolescent.

              I-37: Répétant l'incantation d'Agastya après celle de Shanmukha, on accomplit l'incantation du suprême Shiva, qui gouverne la dernière région. Elle doit être méditée dans la onzième demeure, dans l'esprit du plus pur Anujna (1).

1 Anujna : consentement, autorisation; affranchissement, libération.

              I-38: Répétant l'incantation d'Agastya avec le Vagbhava, l'incantation de Kubera, la demeure de Kamakala et le groupe souverain de Shakti (dérivé de l'incantation de Lopamudra), on accomplit l'incantation de Vishnu. Elle doit être méditée dans la douzième demeure, dans l'esprit du plus pur Anujna. Qui possède cette connaissance ne fait plus qu'un avec Vishnu.

              I-39: Le Seigneur Sadashiva, l'Éternellement Propice, déclara à l'assemblée des dieux : « Après avoir écouté l'incantation que Je vous ai offerte et après avoir clarifié en vos esprits la maxime “Aham Brahmasmi” (Je suis Brahman), sachez qu'il n'existe rien d'autre que Brahman et supprimez tout ce qui vous apparaît autre que Brahman. Faites régner la Vidya suprême, telle la Divinité en vos cœurs, la Divinité nommée Kama, l'Origine absolue; celle dont la forme est Turiya, l'état quatrième et transcendant ; celle qui transcende même le quatrième état, qui surpasse tout; celle qui se tient sur tous les trônes sanctifiés par les formules sacrées; celle qui est entourée de toutes parts de divinités siégeant sur un rang principal et sur un rang subordonné; celle qui imprègne toutes les parties de l'être, depuis Prana, le souffle vital, jusqu'à Nama, le nom attribué aux existants; la divinité qui est pleine de félicité; qui est unie à l'Esprit suprême; qui se trouve dans la cavité du cœur; celle qui fait don de l'immortalité; celle qui est complète et dotée de sens; celle qui est à jamais érigée; celle qui comprend trois groupes; celle qui possède trois demeures... la suprême et excellentissime Maya, qui est le pouvoir absolu de Vishnu.
              Faites régner dans le calice du lotus du cœur la Déesse sacrée, Lakshmi la Suprême, la Maya à jamais érigée; Elle qui maîtrise les sens de Ses fidèles; Elle qui supplante Kama, le dieu de l'amour; Elle qui s'est armée de l'arc et des flèches; Elle qui inspire l'éloquence; Elle qui réside au centre de la sphère lunaire, se pare de son croissant et prend les apparences des dix-sept Prajapatis (1). Elle est la Grande Déesse, éternellement présente. Ses mains, qui tiennent un lacet et un aiguillon (2), sont charmantes. Déesse aux trois yeux, Elle brille à l'égal du soleil levant. Méditez en votre cœur sur MahaLakshmi (3), la déesse qui cumule toutes les gloires et possède toutes les marques de bon augure. Sa nature essentielle est l'Esprit. Elle est sans défaut. Un de Ses noms est Trikuta, le triple sanctuaire (4). Son visage est d'une grande beauté, toujours souriant, et il fascine intensément, car Elle est la grande Maya (l'Illusionniste, l'Enchanteresse). Elle est parée de larges boucles d'oreilles. Elle repose sur un trône à trois étages, et demeure dans le royaume sacré qui n'a pas de nom, le centre précieux (Shripitha). Elle est la grande Bhairavi (5), pouvoir de l'Esprit, la grande Tripura. Méditez sur Elle, au moyen de ce yoga majeur. Qui possède la connaissance de la Déesse accomplit le sens de sa vie.

              Telle est la grande Upanishad.

1 Prajapati : « le Seigneur des créatures, le Progéniteur » - épithète divine, notamment de Brahma, le Créateur, mais aussi de Shiva. Prajapati représente Virat, la moitié mâle de Brahma, le Créateur; il est le cosmos, mais aussi, en tant que démiurge, le maître de la faculté de reproduction chez les vivants. Au pl., les prajapatyah sont les progéniteurs des créatures, au temps des origines.
2 Pasha : « lacet, nœud coulant, lasso » - attribut fréquent de certaines divinités, dont Ganesh, et qui symbolise la capacité de discerner l'erreur (moha) et de l'attraper, car elle est l'ennemi de la vérité.
Ankusha : « aiguillon, pique à bœuf » - attribut de certaines divinités, notamment de Ganesh, symbolisant le pouvoir de chasser les obstacles sur le chemin du dévot, ou d'éperonner les événements afin de précipiter les résultats souhaités.
3 Lakshmi : Couleur d'or, déesse de la beauté, de la chance et de la richesse, elle est toujours associée au lotus, sa fleur emblématique. Épouse de Vishnu, elle l'accompagna dans chacune de ses avatars, et “descendit” elle aussi sous diverses formes (Padma, la Femme-Lotus, Sita, le Sillon-de-la-Terre, Rukmini, l'amante de Krishna, Indira, Kamalika, etc.); à la fin des âges, elle descendra avec Vishnu-Kalki pour accomplir la destruction du monde.
Dans sa forme tantrique de Mahalakshmi, elle est la Fortune transcendante : substance intime projetée du corps de tous les dieux (elle est alors couleur de corail, assise sur un lotus) et Pouvoir (Shakti) transcendant de démultiplication, c'est elle qui affronta victorieusement le Titan MahishAsura, grand amateur de méditation et de pouvoirs magiques, dont l'orgueil démesuré offensait l'harmonie des mondes divins. Cf. Diagramme “Les 108 noms de la Grande Déesse, MahaLakshmi”.
4 Trikuta : « les trois sommets, ou sanctuaires » - 1) espace entre les 2 sourcils; 2) temple à 3 sanctuaires. Cf. shloka I-1.
5 Bhairavi : « la Terrible », l'une des épithètes de la Grande Déesse sous son aspect destructeur, associé à Yama, la Mort, et à Kala, le Temps. Tripura Bhairavi, « la Terreur des trois cités », est l'agent de Yama et souligne l'inéluctable mort associée à toute forme de vie.

 

CHAPITRE 2


              II-1: Donc, après avoir prononcé le mantra Jatavedase sunavama somam... « Pressons le Soma pour le Connaisseur de toutes les naissances... », on a acccompli la réalisation de Tripura.

              II-2: Les Voyants (1) demandèrent au Seigneur Sadashiva : « Explique-nous de façon extensive la construction des semences verbales qui se trouvent au début, au milieu et à la fin du mantra de glorification Jatavedase sunavama somam... »

1 Rishi : Sages de l’ancien temps, à qui a été révélée la Shruti, d'où l'épithète de “Voyants” qui leur est décernée. Au nombre de 7 (Saptarishi), ils sont considérés comme les fondateurs de l’ordre social et de la religion. La liste de ces 7 Rishis fondateurs varie d'une source à l'autre : dans la Brihadaranyaka Upanishad, ce sont les sages Gautama, Bharadvaja, Vishvamitra, Jamadagni, Vasishta, Kashyapa et Atri. Ailleurs, ce sont les sages Vaikhanasa, Vishvamitra, Vasistha, Angiras, Atharvan, Atri et Atharvangiras; on leur ajoute aussi d'éminents rishis, à savoir Daksha, Bhrigu et Narada, représentant les dix patriarches qui furent créés par Svayambhuva Manu, le Manu de notre ère.

              II-3: Le Seigneur leur délivra l'enseignement suivant : « Prononcez le verset Jatavedase sunavama somam, etc. Puis répétez à rebours le dernier groupe de l'Adividya (1) (Sa Ka La Hrim). Allongez la première syllabe du premier groupe (Ka) et celle du second groupe (Ha). Jatavedase sunavama somam... « Pressons le Soma pour le Connaisseur de toutes les naissances... » Ce verset se réfère à l'état dans lequel l'ignorance cosmique (2) s'est évanouie; il dissipe toutes les conceptions étrangères à l'état de Brahman; aussi est-il le plus excellent de tous, porteur d'une grande félicité; de là, sa gloire auguste.

1 Adividya : « la Doctrine ou Connaissance primordiale » , synonyme de Shri Vidya, « Connaissance de Shri, la Précieuse Déesse ». Désigne plus particulièrement le Panchadasi, "Ka E I La Hreem - Ha Sa Ka Ha La Hreem - Sa Ka La Hreem" , le grand mantra aux quinze syllabes.
2 Avidya : 1) l’Ignorance primordiale; la nescience; 2) l’ignorance par méconnaissance de la Réalité, qui fait prendre l'illusion et l'impermanence pour la vérité et la permanence.

              II-4: Le premier groupe, nommé Vagbhavakuta (cf. I-15), identique à la prospérité universelle, cause la négation [par élimination, dans une analyse dialectique – NdT] du monde des objets; le second groupe, nommé Kamarajakuta (cf. I-16) d'après Kama, le désir, étaye la nécessité du monde des objets; le troisième, nommé Shaktikuta (cf. I-15) d'après Shakti, fait accéder ce monde des objets à l'existence et à la matérialité. Il faut méditer sur ces trois groupes tout en purifiant son mental, il faut élucider le sens profond de l'incantation de Tripura tout en prononçant le mantra Jatavedase sunavama somam... « Pressons le Soma pour le Connaisseur de toutes les naissances... ». Alors se lèvera la Sagesse, alors sera accomplie l'incantation de MahaVidyeshvari, Suprême Déesse de la Grande Sagesse.

              II-5: Il faut ensuite prendre appui sur l'incantation de Tripureshvari (la suprême déesse Tripura), après avoir prononcé le mot Jatavedase; il faut faire fusionner le bindu (1) invoquant le principe divin de Shiva avec les voyelles A, U, M, du Pranava (2); alors s'éveille la puissance du serpent qui a atteint l'immortalité et a pris la forme d'un triangle (3) à la base de la colonne vertébrale.

1 Bindu : 1) goutte, petite particule, point; 2) la cellule germinative, symbole de la condition séminale.
C'est le point situé à l'extrémité supérieure de la syllabe Om, où il symbolise Turiya, le quatrième état, ouvert par la vibration sonore (nada) qui prolonge le chant du Om. On peut aussi le considérer comme le point-semence qui a donné naissance à l'Omkara subtil dont on fait l'expérience dans la méditation.
Parmi les 36 Tattvas (cf. diagramme), le bindu ou Parabindu (semence suprême) est ce noyau de lumière transcendante qui apparaît au sein de Sat-Chit-Ananda, et s'épanouit en Shakti tattva, pure énergie d'amour lumineuse.
2 Pranava : « bourdonnement » - Le Son primordial, la syllabe mystique Om. On peut le percevoir comme un son bourdonnant, grésillant ou électrique, associé à notre propre système nerveux. Le méditant apprend à transmuter ce son intérieur en lumière subtile. Le Pranava est aussi connu comme son du nada-nadi shakti. Cf. nada, Om.


Kali ou MahaVidya Yantra - (Remerciements à Vamakhepa)

3 Trikona : « triangle (équilatéral) » - 1) le triangle pointe vers le haut : symbole de Shiva en tant que Réalité absolue; symbole graphique de l'élément Feu; 2) le triangle pointe vers le bas : synonyme de yoni et symbole du sexe de la Grande Déesse Shakti; de son union à Shiva, naît l'univers et les trois mondes. Le Shri Chakra, yantra de la Déesse Shri Vidya, est composé de 9 triangles emboîtés, orientés successivement vers le haut et le bas. Le MahaKali Yantra présente, lui, un seul triangle central (ou trois triangles imbriqués) renfermant le bindu.

              II-6: Donc, le principe essentiel d'Adividya, la doctrine primordiale (cf. II-3), s'articule en trois groupes : le premier, commençant par Ka, est le Vagbhava (cf. I-15); le second, commençant par Ha, est le Kamakala, le désir originel (cf. I-16). Si on leur ajoute les syllabes jata [de Jatavedase...], le Soi suprême se trouve clairement exprimé.

              II-7: Par les syllabes jata [de Jatavedase...], etc., le Soi suprême et non-différencié, le dieu Shiva Lui-même, est invoqué.

              II-8: Depuis la naissance et sans interruptions, on est entraîné par ses désirs, tout en désirant la souveraineté absolue. Mais aussitôt que l'on renonce à ses désirs, la perfection de notre nature originelle se révèle. C'est ce que déclarent les Connaisseurs de Brahman.

              II-9: Cette nature originelle, qui est Mon Esprit parfait, moi Shiva, Je déclare qu'elle se trouve dans les trois La, les semences verbales de Bhuh, la Terre (cf. I-15, note). Il faut clarifier les syllabes des mantras à la lumière des trois La, qui symbolisent Sat-Chit-Ananda (1) et se trouvent à l'intérieur de chacun des trois groupes; alors le mot gotra, lignée (2), devient compréhensible. Le principe de Shiva, est-il déclaré, fut insufflé dans ce gotra. Aussi ce point est-il maintenant parfaitement élucidé.
Vient ensuite le Kamakala, exprimé dans le second groupe, lequel commence par Ha. Le reste peut être élucidé comme précédemment, en se référant à sa compétence acquise. Ainsi clarifiée, l'incantation prend le nom de Sarvarakshakari, la Toute-protectrice.

1 Sat Chit Ananda : Existence-Conscience-Félicité absolue, la triple caractéristique de la Réalité absolue, Brahman; terme traduisant la nature du Nirguna Brahman (le Brahman sans attribut), adopté par la Shruti et considéré comme concept essentiel par la philosophie Advaita.
2 Gotra : 1) famille, race, lignée; patronyme; 2) lignées de brahmanes descendant de huit des premiers Rishis, sages et voyants qui ont reçu les Écritures des dieux et les ont légué à l'humanité.

              II-10: Une fois que l'on a ainsi clarifié cette incantation de Tripureshi (1) au moyen du verset Jatavedase sunavama somam... « Pressons le Soma pour le Connaisseur de toutes les naissances... », il ne demeure plus que l'unique et suprême Divinité, la Lumière. Demeure également l'incantation aux trois groupes (le Panchadasi, "Ka E I La Hreem - Ha Sa Ka Ha La Hreem - Sa Ka La Hreem"), accordant la bénédiction du quatrième état (Turiya, cf. I-12); méditez sur le fait que ces trois groupes ne peuvent exister indépendamment de Shiva. Réalisez pleinement l'identification du sens du “moi” (2) à la nature originelle du Seigneur. Puis reliez chacun des trois groupes à l'incantation que l'on a nommée la Toute-protectrice, Sarvarakshakari [cf. shloka précédent]. Clarifiez également l'incantation qui accompagne l'Atmasana, la posture de méditation (3). Répétez le verset Jatavedase sunavama somam..., et de nouveau invoquez mentalement l'incantation de la Toute-protectrice, en visualisant les formes de Shiva et de Shakti sur la position initiale et finale de cette incantation. Pour ce faire, sachez que la syllabe Sa dans le verset Jatavedase..., symbolise la quintessence de Shakti, tandis que le mot soma représente les prouesses accomplies par la quintessence de Shiva. Qui possède cette connaissance parvient à la grandeur.

1 Tripureshi : aspect tantrique de la Déesse Tripura, Grande Mère des trois mondes, qui préside sur le chakra représentant l'univers avec en son centre la Terre (Bhupura Chakra, l'un des aspects du Shri Chakra). Tripureshi est également, toujours dans le contexte du Shri Chakra, l'aspect de “celle qui accomplit tous les souhaits et comble toutes les attentes”, en liaison à son propre Svadhisthana Chakra ou au chakra de seize pétales entourant celui à 8 pétales dans le Shri Chakra.
2 Ahamkara (ou Aham Kriti) « le faiseur de Moi » : 1) le sens de l’ego, le sentiment du moi, l’ipséité; 2) le sens de séparativité égoïste qui fait que chaque être se pense comme une entité personnelle et indépendante.
3 Atmasana : nom d'une posture tantrique, accompagnée de certains gestes (mudras), mantras et changements de position des jambes, pieds et/ou chevilles. Dans le Gandharva Tantra, chap. 11, on trouve cette référence : « Tout d'abord, les Asanas suivants : Amritarnavasana, Potambujasana, Atmasana, Chakrasana, Sarvamantrasana, Sadhyasana, Sadhyasiddhasana, Paryankashaktipithasana et Mahapretasana, respectivement présidés par Tripura, Tripureshvari, Tripurasundari, Tripuravasini, Tripurashri, Tripuramalini, Tripurasiddha, Tripuramba et Mahatripurabhairavi, doivent être médités en se concentrant sur les pieds, les genous, les cuisses, les hanches, les parties privées, le Muladhara, le nombril, le cœur et la boîte crânienne. Les Mantras à utiliser sont les suivants : (1) a.m aa.m sauH tripuraamRitaarNavaasanaaya namaH (2) ai.m klii.m sauH tripureshvariipotaa,nujaasanaaya namaH (3) hrii.m klii.m sauH tripurasundaryaatmaasanaaya namaH (4) ai.m hvlii.m hsauH tripuravaasiniichakraasanaaya namaH (5) hsai.m hsklii.m hssauH tripurashriisarvamantraasanaaya namaH (6) hrii.m klii.m ble.m tripuramaaliniisaadhyaasanaaya namaH (7) hrii.m shrii.m sauH shivamahaapretapadmaasanaaya namaH. »

              II-11: Élucidez de cette façon cette incantation qui réside en Tripura, la déesse de la triple cité, et qui est mise en mouvement sur la roue (chakra) qui est son siège. Répétez le verset Jatavedase..., ainsi que l'incantation de Tripureshvari (la suprême déesse Tripura), qui est à jamais érigée et dont la quintessence est Shiva et Shakti, comme précédemment expliqué. Jatavedase, « le Connaisseur de toutes les naissances... », symbolise Shiva, et la syllabe Sa est de même essence que l'immortelle Shakti. Élucidez Tripura, qui est MahaLakshmi à jamais érigée, qui repose sur le siège que lui font les mantras – siège symbolisé par Ha et Sa qui représentent le Soleil et la Lune, imprègnent les trois groupes et fonctionnent comme intermédiaire entre Shiva et le Pouvoir primordial. Répétez le mantra Jatavedase sunavama somam... « Pressons le Soma pour le Connaisseur de toutes les naissances... » en vous remémorant l'incantation précédente, associée au siège du Soi réel. Avec les mots veda, etc, qui figurent dans ce verset, essentiellement identiques au Soleil que symbolise la syllabe Ha, c'est le pouvoir universel de l'Esprit à jamais érigé qui est désigné. Placez au-dessus le bindu (cf. II-5), qui invoque le principe de Shiva. Élucidez l'incantation de Tripura, ornée de guirlandes, qui demeure dans la posture de l'adepte (Siddhasana). Répétez le mantra Jatavedase sunavama somam... « Pressons le Soma pour le Connaisseur de toutes les naissances... ». Prenez refuge en la délicieuse Tripura, contemplez-La enchâssée dans les syllabes Ka La. Élucidez l'incantation de Tripura qui prend corps, souveraine parmi toutes les incantations. Répétez le verset Jatavedase..., tout en prenant refuge en Tripura, la grande Lakshmi, qui consume jusqu'au feu lui-même.

              II-12: Élucidez l'incantation de Tripura, la Mère, la souveraine de la triple Lumière, en sachant que le feu qui sort de Sa bouche a la capacité de tout consumer.

              II-13: Ainsi, avec les mots Sa nah parsadati durgani (vishva) naveva sindhum duritaty-agnih, « Puisse Agni, le Feu, nous guider à travers tous les obstacles et nous mener à l'autre rive, tel un bateau. », Elle illumine le Suprême, Elle qui est le Soi intérieur. Son incantation, maintenant qu'elle a produit ses effets, est utilisée par l'adepte comme une formule de salut, réputée pour son universelle compétence.

              II-14: Donc, ces huit incantations, les membres même de la divine MahaMaya, l'Illusion transcendante, sont élucidées. »

              II-15: Sur ce, les dieux demandèrent au Seigneur béni : « Parle-nous du plus important des chakras, celui qui favorise tous les désirs, qui est adoré de tous, prend toutes les formes, fait face à toutes les directions, qui est la porte qui ouvre sur la Libération, et dont l'adoration permet aux yogis de trancher le nœud de la diversité et de pénétrer dans la félicité sans différenciations, la félicité de Brahman, le Suprême.

              II-16: Le Seigneur béni leur répondit : « Nous allons élucider le concept sur lequel repose le Shri Chakra (1).

1 Shri Chakra : Également dénommé Shri Yantra, c'est le yantra de la déesse Lalita, image centrale dans le shaktisme. Neufs triangles entrelacés dessinent autour du bindu central les manifestations de Shiva-Shakti, dans leurs multiples dimensions. Dans la tradition du shaktisme, ce yantra est un puissant support de méditation, propre à stimuler la sadhana, l'ascèse.
Ce yantra présente des pétales et des lignes/triangles, disposés en cercles concentriques (mandalas), et dessinant en tout 111 aspects géométriques et symboliques. On dit que ce yantra est une géométrisation symbolique du corps humain et de ses énergies subtiles, ce qui implique que la Déesse-macrocosme est en totale union à l'être humain-microcosme. Cf. Glossaire, Shri Vidya.

              II-17: Faites un triangle à trois sommets équidistants. Prenez un de ses côtés comme mesure, allongez-le, et faites un triangle plus loin, en vis-à-vis. Parallèlement à la base du premier triangle, mais par-dessus le tout, faites un autre triangle. Le premier triangle est la roue, le second est la région intermédiaire, et le troisième fait apparaître les huit petits triangles.

              II-18: Ensuite, poursuivant le tracé de la ligne au-delà des directions intermédiaires, sur les extrémités des huit rayons de la roue, vous faites se mouvoir la ligne utilisée pour solliciter les Sadhyas (1), etc. Marquez la partie supérieure avec divers triangles. Dessinez quatre lignes montant des zones intérieures fermées. Progressivement, avec les deux lignes de mesure, le chakra apparaît, marqué avec dix triangles.

1 Sadhya : Dans le tantrisme, partie du mantra qui exprime le souhait que l'on sollicite.

              II-19: De manière analogue, la roue à dix rayons prend forme.

              II-20: La roue à quatorze rayons se dessine en faisant glisser la ligne de mesure sur les dix rayons, après avoir joint les quatre sommets des triangles centraux aux triangles se trouvant aux extrémités des quatre lignes.

              II-21: Prennent ensuite forme les chakras enveloppées par les huit lotus, les seize lotus et le chakra de la Terre avec ses quatre portails.

              II-22: Ainsi, le procédé de construction du Shri Chakra est clarifié.

              II-23: Je vais maintenant énumérer en ordre inverse les éléments du Chakra qui constituent neuf mandalas (1).
              Le premier mandala est l'enchanteur des trois mondes; il possède les huit siddhis (2), tel le pouvoir de prendre la taille d'un atome, etc.; il possède les huit mères (Brahmani, Vaishnavi, Maheshvari, Indrani, Kumari, Varahi, Chamunda et Narasimhi, les huit Matrikas); il possède la décade qui commence par la Force qui ébranle l'univers (3); ce mandala est manifeste, il est occupé par Tripura, sa caractéristique est le signe mystique de la Force qui ébranle l'univers, Kali.

1 Mandala : 1) cercle; cercle magique ou diagramme; 2) le domaine spécial d'une divinité; 3) une section du Rig Véda; 4) une association.
N.B. Les roues et chakras des shlokas précédents sont maintenant considérés en tant que mandalas, support de méditation.
2 Siddhi : 1) accomplissement, succès; 2) pouvoir supranormal acquis par la pratique de la méditation et d'une ascèse (tapas) exigeante, ou s'éveillant spontanément en cas de maturité spirituelle. On en dénombre 8 : 1) ahima: diminution; capacité de se rendre aussi petit qu'un atome, ou de vision à cette échelle; 2) mahima: grossissement; capacité de se rendre aussi grand qu'un cosmos, ou de vision à cette échelle; 3) laghima: extrême légèreté, lévitation; 4) prapti: omniprésence, dédoublement, capacité de se déplacer n'importe où à volonté; 5) prakamya: capacité d'obtenir tous ses désirs; 6) vashitva: contrôle sur les forces naturelles; 7) ishititva: suprématie sur les lois naturelles; 8) kama-avasayitva: complète satisfaction de ses volontés. Mais le siddhi suprême (parasiddhi) est la réalisation du Soi, Parashiva ou Brahman.
3 Dasha-Mahavidya : « les dix grands pouvoirs » de la Grande Déesse, Shakti, qu'elle extériorise en tant que dix aspects féminins séparés :
1. Kali : Déesse de la Destruction cosmique, de la Mort, Celle-qui-dévore, le Temps;
2. Tara : Déesse qui guide et assure protection et salut;
3. Lalita -Tripurasundari (Shodashi): « La Beauté des Trois Mondes » ;
4. Bhuvaneshvari : La Mère universelle, dont le cosmos est le corps;
5. Bhairavi : La Déesse invincible;
6. Chinnamasta : La Déesse qui s'est décapitée;
7. Dhumavati : La Déesse veuve
8. Bagalamukhi : La Déesse qui paralyse l'ennemi;
9. Matangi : La Déesse de la Pensée et de la Réflexion intériorisée;
10. Kamala : La Déesse au lotus.
On leur adjoint parfois Chandi, Chamundi, Tripura-Sundari et Lalita.

              II-24: Le second mandala comble toutes les attentes; il est en union aux seize pouvoirs d'attraction, dont le premier est le Désir universel (sakama). Il est bien protégé, il est occupé par Tripura, sa caractéristique est le signe mystique de la Force qui disperse l'univers.

              II-25: Le troisième mandala met l'univers en mouvement; il est orné des huit fleurs de Kama, le dieu de l'amour. Il est fermement ancré, il est occupé par la belle Tripura, sa caractéristique est le signe mystique de la Force qui fascine l'univers.

              II-26: Le quatrième mandala pourvoit à l'excellence de l'univers; il possède les quatorze Forces, dont celle qui met l'univers en agitation. Il est associé à la Tradition, il est occupé par la Résidente des trois cités, sa caractéristique est le signe mystique de la Force qui dompte l'univers.

              II-27: Le cinquième mandala, au-delà du quatrième, réalise toutes les buts; il possède les dix Forces, dont celle qui engendre toutes les perfections. Il possède la plénitude du Kaula (1), il est occupé par MahaLakshmi qui est Tripura, sa caractéristique est le signe mystique de la Force qui génère une grande excitation.

1 Kaula : 1) qui concerne la famille et les intérêts privés; 2) dans le shaktisme, c'est la voie de la main gauche, la magie noire à buts pratiques; les rituels associés, et leurs pratiquants.

              II-28: Le sixième mandala protège de tous les maux; il possède dix pouvoirs, dont le premier est l'omniscience. Il est compact [sans interstices], il est occupé par Tripura ornée de guirlandes, sa caractéristique est le signe mystique de l'Aiguillon qui stimule.

              II-29: Le septième mandala guérit de toutes les maladies; il possède huit pouvoirs, dont le premier est le pouvoir de dompter. Il reste mystérieux, sa caractéristique est le signe mystique du vol astral et de la lévitation, khechari (1).

1 Khechari Siddhi : 1) pouvoir occulte de se déplacer dans l'espace (l'équivalent du voyage astral contemporain) ou de lévitation; 2) catalepsie volontaire, parfois de longue durée.

              II-30: Le huitième mandala confère toutes les perfections; il possède quatre armes, ainsi que les bas et hauts mystères. Il est occupé par la Grande Mère, Tripura; sa caractéristique est le signe mystique du Bindu, la semence originelle (cf. II-5).

              II-31: Le neuvième mandala est gorgé de tous les délices de l'univers; il est associé à la Triade des déesses, qui inclut Kameshvari (1). Il est extrêmement mystérieux, il est occupé par la grande Tripura de toute beauté, sa caractéristique est le signe mystique du Trikona, le triangle (cf. II-5).

1 Tridevi : « la Triade des Déesses » - Dans le shaktisme, elles sont un aspect essentiel du culte, symbolisée dans le triangle central du Shri Chakra, celui qui porte le Bindu, la semence originelle, en son centre.
1) Kameshvari : la déesse de l'Amour, l'un des aspects de la Grande Déesse, la Shakti de Shiva-Rudra. Saturée dans tous ses membres du pur délice d'exister, elle représente donc le Plaisir. De couleur blanche, ornée de perles blanches, de diamants et de gemmes blanches, elle tient un livre, un rosaire; elle accorde des faveurs et chasse les craintes.
2) Vajreshi : la déesse au Diamant, la Shakti de Vishnu. De couleur rouge et brillante, ornée de fleurs et de gemmes, elle ressemble au Soleil levant. Ses paupières sont fardées de poudre de saphir, elle tient une canne à sucre, des flèches fleuries; elle accorde des faveurs et chasse les craintes.
3) Bhagamalini : la déesse au Corps fleuri, la Shakti de Brahma. De couleur dorée, ornée de gemmes rares, elle tient un lasso, un aiguillon; elle accomplit le geste de la Connaissance et accorde des faveurs.

              II-32: Tous les mètres poétiques védiques ont été incorporés en tant que rayons des roues qui composent le Shri Chakra.

              II-33: Sur son moyeu, dans la sphère de feu, se tiennent le Soleil et la Lune. Là se trouve le siège de la syllabe sacrée Om, qu'il faut saluer. Là se trouve l'Immortel, sous la forme du point originel, le Bindu. Invoquez dans votre esprit la suprême Incantation, vaste comme l'espace céleste, où elle est immanente. Invoquez en ce lieu la grande Tripura de toute beauté. Implorez-la en prononçant le mantra suivant :

              “Déesse ! Baignée de lait, ointe de santal !
              Déesse ! À qui l'on offre les feuilles de bilva (1) !
              Durga (2) ! En Toi je cherche refuge.”

              Adorez-la en prononçant le mantra de MahaLakshmi. »
              Tel fut l'enseignement du Seigneur béni.

1 Bilva : « cognassier », l'un des 5 arbres sacrés (cf. panchavati) , dont la feuille trilobée est la première offrande du culte de Shiva.


Durga Yantra - (Remerciements à Vamakhepa)

2 Durga : « L'Inaccessible, ou l'Invincible », parèdre de Shiva. Elle est l'aspect guerrier que prit Uma-Parvati, afin d'aider les dieux à vaincre les Asuras, les anti-dieux, et donc de protéger l'univers manifesté. Chaque dieu lui confia son arme la plus puissante et le dieu des monts Himalayas lui offrit le lion d'or qui était sa monture, afin de lui assurer l'invincibilité requise pour le salut du monde. Cette forme guerrière, donc éminemment masculine de Devi, la Grande Déesse, était néanmoins dotée d'une beauté éblouissante. Ses compagnes sont redoutables : les Yoginis, adeptes du yoga et ogresses, et les Shakinis, démons femelles.
Les NavaDurgas sont les neuf aspects sous lesquels la déesse se manifesta : elle fut d'abord MahaSaraswati, MahaLakshmi et MahaKali, puis chacune se manifesta encore sous deux formes supplémentaires.
Dans le shaktisme, elle est considérée comme l'un des aspects de Shakti, le Pouvoir de la Divinité, la puissance de manifestation des 3 qualités d'être ou gunas : sattva, rajas et tamas.

              II-34: Au moyen de ces mantras et incantations, accomplissez le culte de la Déesse bénie. Alors Elle devient favorable et Se manifeste. Quiconque accomplit le culte au moyen de ces mantras parvient à Brahman et Le voit. Quiconque possède cette connaissance voit la Réalité en toutes choses et parvient à l'immortalité.

              Telle est la grande Upanishad.

 

CHAPITRE 3


              III-1: Les dieux déclarèrent au Seigneur béni : « Nous désirons faire les signes mystiques (1) avec notre propre corps. » Le Seigneur leur délivra l'enseignement suivant : « Assis dans la posture du lotus, avec vos genoux touchant le sol, accomplissez les signes mystiques.

1 Mudra : 1) signe, sceau; 2) une posture qui scelle hermétiquement; 3) position des mains, dont le sens est ésotérique, voire mystique, et qui s'accompagnent d'une visualisation bien précise. Ils sont essentiels à l'esprit de la puja, du Hatha Yoga, notamment des asanas de méditation, mais aussi de la danse.

              III-2: Celui qui connaît le signe mystique du Trikona, le triangle (cf. II-5), attire tout à lui, choses et êtres; il se régale de tous les fruits; il peut faire cesser tout mouvement et paralyser ses ennemis. Posant le majeur sur l'annulaire, il joint l'auriculaire et le pouce, l'index restant libre et pointant comme une baguette dirigée vers le bas. Tel est le premier mudra, celui du triangle.

              III-3: Le même, mais en joignant les majeurs, dessine le second mudra, celui du bindu, la semence originelle.

              III-4: Le troisième mudra prend la forme de l'aiguillon.

              III-5: En frottant les paumes l'une contre l'autre, mais en sens contraire, puis en joignant les pouces aux index, on dessine le quatrième mudra, le grand aiguillon.

              III-6: Le cinquième mudra, celui de la grande Illusionniste, se dessine en joignant le pouce à l'ongle du majeur, après avoir frotté l'index sur l'auriculaire, l'annulaire restant tendu.

              III-7: Le même, avec les extrémités des doigts façonnés en aiguillons, dessine le sixième mudra, celui qui dompte tout.

              III-8: Posant la main gauche dans la droite, en posture de repos (les paumes ouvertes), l'annulaire gauche calé contre l'auriculaire droit, les majeurs et les index entrecroisés par-dessus, les pouces maintenus droits, on accomplit le septième muddra, le khechari ou oiseau, celui qui attire à lui tout, choses et êtres.

              III-9: En posture debout, tous les sens rétractés, en enserrant l'auriculaire entre le majeur et l'annulaire, les index maintenus droit comme des aiguillons, les pouces et les paumes joints, on accomplit le huitième mudra, qui a la forme d'un huit, celui qui disperse tout.

              III-10: Posant l'annulaire sur le dos du majeur, le pouce enserrant l'annulaire, l'index demeurant souplement par-dessus, on accomplit le neuvième mudra, celui qui met tout en agitation.

              III-11: Maintenant les auriculaires dirigés vers l'intérieur (et se touchant), ainsi que les pouces, le mudra apparaît avec trois sections. Les cinq flèches, le signe mystique des cinq, apparaissent clairement.

              III-12: La syllabe semence Krom est la semence de l'aiguillon; Ha et Sa sont celles de Shiva et de Shakti; Kha, celle de la mise à mort; Prem, celle de l'enchantement; HaSaKhaPrem, celle de khechari, l'oiseau; Ha, celle du Soleil; Straum, celle du désir; Ka, la semence première du Vagbhava (cf. I-15), est ici la neuvième. Ha, la semence première du Kamakuta (cf. I-16), est ici la dixième. Quiconque possède cette connaissance devient un adepte en mantras.

              III-13: Maintenant, nous allons exposer le mandala qui est devenu le Kamakala, le désir originel (cf. I-16). Hrim, klim, aim, blum, straum – les cinq désirs (1) circulent dans toute la roue. Enveloppez du désir intermédiaire, aim, le désir passé, straum, ce qui donne aim, straum, aim. Déposez ce groupe au sein de blum. Attachez deux fois et étroitement les terminaisons avec les deux aim intermédiaires, déposez-les dans de l'écorce de bouleau, et faites votre culte. Quiconque possède la connaissance de ce mandala, devient omniscient; il attire à lui tous les mondes; il immobilise tout. Le mandala teint en indigo tue les ennemis, paralyse tous les mouvements. Si on l'enduit de gomme laque, on gouverne tous les mondes. En prononçant la formule adéquate neuf cent mille fois, on atteint au statut de Rudra, le Destructeur. Si on enveloppe le mandala dans un diagramme que l'on a inscrit, on devient le victorieux. Si on offre des oblations au feu allumé dans un foyer triangulaire, on séduit toutes les femmes. Si c'est dans un foyer de la forme d'un bâton ou circulaire, on acquiert une richesse inégalée; dans un foyer carré, on provoque la pluie. Si on offre des oblations dans un foyer triangulaire, les ennemis sont tués, les mouvements immobilisés. Si on y offre des fleurs, on obtient toutes les victoires. Si on y offre des mets relevés, parmi les six saveurs [amer, aigre, salé, astringent, épicé et doux - NdT], on se sent comblé d'une joie suprême.

1 Les cinq désirs : 1) les désirs des plaisirs associés aux cinq sens de perception : plaisir des choses agréables à contempler, à écouter, à sentir, à goûter et à toucher; 2) les désirs convoités dans la vie profane : richesse, plaisir sexuel, boissons, nourriture, renommée et repos.

              III-14: Nous T'invoquons, le Premier parmi les hôtes,
               le Doyen parmi les rois,
               Le Chef parmi les Brahmanes.
               Prête l'oreille à notre supplique
               Entre avec Ta protection dans nos foyers.

              Après cet hymne, touchez votre corps en prononçant la syllabe Ga surmontée du Bindu. Prosternez-vous devant Ganesh (1) en le saluant de la syllabe Gam. « Om ! Prosternons-nous devant le Seigneur béni, aux membres enduits de cendres, aux prouesses formidables. Tue ! Tue !! Brûle ! Brûle !! Consume ! Consume !! Dompte ! Dompte !! Bannis ! Bannis !! Tu brises les charrues ! Devant le trident, garantis que le symbole devienne réalité. Taris-toi ! Taris-toi, Mer orientale ! Immobilise ! Immobilise !! Toi qui contraries les assemblées politiques, les machines de guerre, les stratégies, les messagers, les armées ennemies, taillade ! Taillade !! Décapite ! Décapite !! Hrim, Phat, Salutation ! » Honorez ainsi le Seigneur du champ de bataille.

1 Ganapati ou Ganesh : Le dieu-éléphant, fils de Shiva et de Parvati, est le Seigneur-des-Catégories (gana), celles-ci constituant le principes de toutes les classifications grâce auxquelles l'univers devient intelligible. Il est aussi le scribe divin, le Maître des Écritures, le dieu du savoir. Son culte est toujours extraordinairement vivace et populaire. Son effigie est partout, il est Celui-qui-abat-les-obstacles qui pourraient ralentir ou faire échouer nos entreprises. Au plan symbolique, Ganapati incarne l'identité macrocosme (la tête d'éléphant) – microcosme (le corps d'homme). Éléphant se dit gaja : ga = origine, ja = fin. L'éléphant Ganesh symbolise donc l'origine absolue, le point d'où émane la syllabe AUM, d'où émane à son tour la manifestation et les Védas. On peut voir aussi les trois mondes lorsque Ganesh est assis sur le rat, sa monture attitrée : la tête d'éléphant est le macrocosme et le monde céleste (svar), le rat est le microcosme et le monde inférieur des instincts animaux (bhur), le corps humain est la jonction entre ces deux, étape intermédiaire (bhuvar) et levier d'évolution dans la hiérarchie créatrice.

              III-15: Oh, jeune vierge de noble lignage !
              Nous connaissons cent mille mantras
              Sur lesquels nous méditons;
              Que la force du mont Kula (1)
              Nous inspire abondamment et à jamais !

              S'il rend un culte à la noble vierge, tout aspirant qui pratique dûment la méditation atteindra assurément à l'immortalité. Il obtiendra également la renommée et vivra jusqu'à la fin de son âge. Ou il parviendra à la connaissance de Brahman, le Suprême, et demeurera en Lui. Quiconque possède cette connaissance, récolte les fruits de sa pratique.

1 Kula : montagne qui est considérée, dans les Puranas, comme le symbole de l’immuabilité.

              Telle est la grande Upanishad.

 

CHAPITRE 4


              IV-1: Les dieux, en vérité, dirent au Seigneur béni : « Seigneur ! Le cœur de la tout excellente Gayatri (cf. I-7) qui appartient à Tripura, nous a été exposé.

              IV-2: Par l'hymne « Jatavedase... » (cf. Mahima de Shakti, I-7)
              Les huit incantations de Tripura sont enluminées.
              S'il L'adore de cette façon, le yogi
              Sera affranchi des chaînes de la vie.

              IV-3: Mais parle-nous maintenant de Mrityumjaya, la victoire sur la Mort. » Devant cette requête unanime de l'assemblée des dieux, le Seigneur leur enseigna cette victoire sur la Mort qu'illustre l'hymne de Tryambaka, le dieu aux trois yeux (Shiva)*, versifié en mètre Anushtub (1).

1 Anushtub : mètre ou verset védique de 32 pieds (soit 4 vers de 8 pieds).
* Par commodité, je répète ici le Shiva Mantra (cf. I-7):
Tryambakam yajamahe Sugandhim pushti vardhanam
urvarukameva bandhanat mrityor muksiya mamritat
: « Nous adorons le Père des trois mondes, le dieu aux trois yeux, au parfum suave, renommé pour sa bienveillance et qui accroît notre plénitude et notre force. Puissions-nous nous libérer des entraves de la mort ainsi que le concombre se détache de sa tige, et accéder à l'immortalité ! »

              IV-4: D'où provient cette épithète de Tryambaka ? Étant le Maître de la triple cité, Shiva est Tryambaka, « aux trois yeux ».

              IV-5: Pourquoi l'hymne dit-il « Sacrifions... » ? Sacrifier [les deux syllabes mahe] signifie rendre un culte, chanter les louanges, adorer... Or, par la seule lettre Kam, d'essence immuable [qui est accolée à Tryamba], la victoire sur la Mort est affirmée. D'où l'acte de sacrifier, de chanter les louanges.

              IV-6: Et pourquoi dit-il « au parfum suave » ? Shiva est renommé et honoré de toutes parts. D'où le parfum, qui diffuse, telle la renommée.

              IV-7: Pourquoi dit-il « qui accroît notre plénitude et notre force » ? Shiva crée tous les mondes, Il les préserve, et les imprègne de part en part. D'où cette faculté d'accroître la plénitude et la force.

              IV-8: Pourquoi dit-il « nous libérer des entraves de la mort ainsi que le concombre se détache de sa tige » ? De même que le concombre est fermement rattaché à la tige, de même l'homme est étroitement lié à ses actes (karma); il peut être délivré de la mort, qui l'enchaîne à la transmigration, et parvenir à la libération.

              IV-9: Pourquoi dit-il « accéder à l'immortalité » ? Car alors on atteint à l'immortalité, on devient impérissable, on ne fait plus qu'un avec Rudra. »

              IV-10: Les dieux, en vérité, dirent encore au Seigneur béni : « Seigneur ! Tu nous a bien tout exposé. Mais parle-nous maintenant des mantras qui sont adressés à Shiva, Vishnu, Surya (le Soleil), Ganesh, et dont les louanges puissantes incitent Bhagavati, la Toute-Puissante (1), à Se manifester.

1 Bhagavati: « la Toute-Puissante », forme combinée de la Tridevi, équivalent féminin de Brahma, Vishnu, Shiva; forme féminine de Bhagavan.

              IV-11: Le Seigneur béni répondit :
               « Avec l'hymne de Tryambaka en mètre Anushtub,
               Honorez le Conquérant de la Mort;
               Il est établi que la seule lettre Kam (cf. IV-5)
               Est imprégné de l'Immuable, comme vu ci-dessus.

              IV-12: Celui qui accomplit son culte avec le mantra du Yajur Véda, “Om ! Obéissance à Shiva ! Aum Namah Shivaya !” parvient au statut de Rudra et gagne la sainteté. Qui possède cette connaissance, la met en pratique.

              IV-13: Ce suprême séjour de Vishnu,
               Semblable à un œil immense à travers les cieux,
               Le sage le contemple en permanence.

              IV-14: Vishnu dirige son regard dans toutes les directions de l'espace. Tout comme l'huile imprègne la graine de sésame jusqu'à sa balle, Il imprègne toutes choses de part en part. Son séjour suprême est le ciel cosmique. Les illuminés, les dieux tel Brahma, Le contemplent et Le gardent à tout jamais en leur cœur. Aussi la forme propre de Vishnu dérive-t-elle de sa capacité à imprégner toute créature et y demeurer. Il est Vasudeva, le dieu qui demeure en toute chose (1).

1 Vasudeva : « Celui qui demeure en toute chose » - la Divinité universelle; l’un des noms de Vishnu. Également le père de Krishna (le 8ème avatar de Vishnu).

              IV-15: Om Namah comporte trois syllabes, Bhagavata quatre,Vasudevaya cinq. Ensemble, ils composent le mantra à douze syllabes de Vasudeva. Quiconque possède cette connaissance surmonte toutes les difficultés, mène sa vie jusqu'au terme prévu, développe la maîtrise sur les êtres et devient propriétaire de richesses et de troupeaux.

              IV-16: Les lettres A, U et M constituant le Pranava (cf. II-5) symbolisent la félicité mystique, celle de Brahman omniprésent. En les fusionnant, on obtient le Om.

              IV-17:  Cygne volant dans la pureté du ciel,
              Résident du firmament,
               Sacrificateur près de l'autel,
               Invité entrant dans la demeure,
               Résident de l'homme, des choses nobles,
               De la droite et du ciel, né de l'eau,
               Porté par la lumière, par la droite, par les cimes,
               Le Droit, le Grand – tel est le Seigneur.

              IV-18: Il cueillera tous les fruits, celui qui répète ce mantra du Soleil et de ses Pouvoirs, qui sont l'aube, le crépuscule et l'intellect (buddhi), qui sont la Lumière véritable, ordonnée au temps, qui s'est rendue visible. Par chacun des mots rayonnants de ce mantra de Surya, la Lumière est redoublée. Une expression comme « né de l'eau » désigne les Pouvoirs solaires. Il résidera dans le royaume le plus élevé, dans les cieux éthérés, qui appartiennent au Soleil, celui qui répète ce mantra.

              IV-19: Honorant le Seigneur des hôtes avec le mantra donné précédemment : « Nous T'invoquons, le Premier parmi les hôtes... » (cf. III-14), transcrit en mètre védique trishtub et accompagné de la monosyllabe (Ga), on parvient au statut de Ganesh.

              IV-20: À sa suite, ont été établis les mantras de Gayatri, de Savitri (le Soleil), le mantra silencieux (l'ajapa - cf. I-36), celui de Sarasvati (1), puis de Matrika, mère de l'alphabet (2), qui a imprégné tout ceci.

1 Sarasvati : « flot » - 1) affluent du Gange; 2) « le Flot », déesse de la parole et de la science, fille de Prajapati, le Progéniteur, épouse de Brahma. Elle est source de la Création par le verbe (Vak), tandis que Brahma est source de la Création par la forme. Elle est en conséquent la déesse de l'éloquence, de la sagesse, du savoir, mais aussi l'inventrice du langage et de l'écriture, mère de la poésie, des arts plastiques et, bien sûr, de la musique.
Sous sa forme suprême, Maha-Sarasvati, elle incarne le Pouvoir transcendant de la connaissance.
2 Matrika : 1) mère, humaine ou divine; majesté de la maternité, qui est la divinité essentielle dans le tantrisme et le shaktisme; 2) alphabet, profane ou mystique, ce dernier étant associé aux yantras (diagrammes symboliques) et aux mantras (formules sacrées symboliques).

              IV-21: Aim, Déesse de la Parole ! Nous savons. Klim, déesse du Désir ! Nous méditons. Sau, Que Shakti nous inspire ! Le matin, récitez la Gayatri; à midi, la Savitri; au crépuscule, la Sarasvati. Le Hamsa de l'ajapa mantra est psalmodié sans interruption. L'alphabet, qui comprend cinquante lettres, de a à ksa, insuffle tous les mots, tous ceux des Shastras comme des Védas. La Déesse imprègne toute chose. Obéissance, obéissance à Elle ! »

              IV-22: Le Seigneur béni leur dit encore : « Quiconque glorifie sans cesse la Déesse avec ces mantras parvient à contempler toutes choses. Il atteint à l'immortalité, celui qui possède cette connaissance.

              Telle est l'Upanishad.

 

CHAPITRE 5


              V-1: Les dieux, en vérité, dirent au Seigneur béni : « Seigneur ! Tu nous as expliqué clairement la section des pratiques, ainsi que tout ce qui appartient à Tripura, avec les thèmes apparentés. Maintenant, parle-nous du Suprême sans attributs.

              V-2: Le Seigneur leur délivra l'enseignement suivant : « À propos de la quatrième et finale Maya (cf. I-1), qui consiste en avidya (ignorance), jnana (connaissance), vijnana (discernement par l'intellect) et samyagjnana (sagesse parfaite), nous avons eu des indices de Brahman, la Personne absolue, le Soi suprême, dont l'essence est pure Conscience. L'auditeur, le penseur, le voyant, l'enseignant, celui qui touche, proclame, s'informe, le Connaisseur suprême, la personne intérieure qui se trouve en toutes les personnes – c'est là le Soi qu'il faut connaître.

              V-3: En Lui, il n'est ni mondes visibles ni mondes invisibles; ni dieux ni démons; ni bêtes ni humains; ni ascètes ni mondains; ni castes ni sans castes; ni brahmanes ni non-brahmanes. Solitaire et unique, Brahman le Suprême, empli de paix, déploie Sa pure lumière. Là, les dieux, les Rishis, les mânes, ne règnent pas. Le Connaisseur pleinement éveillé, l'omniscient, c'est Brahman.

              V-4: À ce propos, on trouve les versets suivants :
              L'aspirant à la libération
              Doit retirer son mental des objets,
              Car assurément la libération
              Est le détachement vis-à-vis de tout objet.

              V-5: Le mental est de deux sortes :
              Le pur et l'impur.
              Le mental impur est mené par les désirs,
              Le pur s'est libéré de tout désir.

              V-6: Le mental, à lui seul, entraîne
              La servitude de l'homme ou son affranchissement;
              Se raccrocher aux objets, voilà la servitude;
              Le mental qui s'en retire dénoue les liens d'asservissement.

              V-7: Dépouillé de ses attachements aux objets,
              Se restreignant à la conscience du cœur,
              Le mental cesse dès lors d'être du mental -
              Tel est l'état suprême.

              V-8: Contrôlez votre mental, jusqu'à ce que
              Son apaisement gagne le cœur.
              C'est cela, la connaissance et la méditation,
              Et tout le reste n'est que verbiage.

              V-9: Brahman n'est pas pensable comme pur solitaire,
              Il n'est pas non plus impensable. Ne pensez pas !
              Cependant, ne faites rien d'autre que penser !
              Telle est la voie d'identification à Brahman,
              Qui est identique à tout et tous.

              V-10: Le yogi se perd, ainsi que son Soi,
               Dans l'Être absolu, par une méditation transcendante;
               Une méditation sur ce qui n'est pas le Soi
               Est vaine, ce n'est pas de la méditation.

              V-11: Ce Brahman est un, sans parties,
              Au-delà de tout concept, sans imperfections.
              Sachant que tu es Cela (1), par degrés progressifs,
              Tu deviens authentiquement Brahman.

1 Tat Tvam Asi : « Cela, toi aussi tu l’es », un des mantras (mahavakyas) par lesquels le Védanta affirme l’identité du jiva et de Brahman.

              V-12: Sachant que Cela est au-delà de tout concept,
              Infini, sans cause ni semblable,
              Incommensurable et sans commencement,
              L'homme de sagesse est libéré.

              V-13: Il n'est nulle restriction, nulle origine;
              Nul n'est en servitude; nul n'aspire à un autre état;
              Nul ne recherche la libération; que dis-je !
              Nul n'est libéré – c'est là la Vérité.

              V-14: Que tu sois éveillé, rêvant ou profondément endormi,
              Sache-le, il n'est qu'un seul Soi;
              Pour celui qui est passé au-delà de ces trois états,
              Il n'est plus jamais de renaissance.

              V-15: Il n'existe que le Soi réel, et uniquement Lui,
              Reflété dans les divers êtres;
              Il apparaît comme un ou multiple,
              Telle la Lune sur les eaux miroitantes.

              V-16: Lorsqu'on déplace une jarre,
              L'akasha (1) qui est à l'intérieur n'est pas déplacé.
              De même, le Soi vivant n'est jamais déplacé,
              Pas plus que le ciel lorsqu'on déplace une jarre.

1 Akasha : « qui n'est pas visible » - L'espace, l'éther, le ciel cosmique. Le milieu spirituel dans lequel la manifestation se déploie. Principe de la matière ultra-subtile qui est le substrat de l’univers, qui sous-tend, soutient et pénètre tout. C'est le plus subtil des cinq éléments-racines, dont la vibration donne naissance au son (shabda), puis à la parole et à l'audition; c'est à partir de ses multiples combinaisons avec les autres éléments-racines que toute la Création a opéré, en utilisant ce véhicule de la Vie et du Son primordial qu'est l'éther; cf. bhuta et les 36 tattvas.

              V-17: Lorsqu'Il est multiplié en différentes formes,
              Distinctes, comme une jarre l'est d'une autre,
              Il demeure ignorant de ces divisions,
              Et cependant, à chaque fois, Il les connaît.

              V-18: Aussi longtemps que les illusions nées du langage
              Nous tiennent, la différenciation demeure;
              Dès lors que l'obscurité est dispersée,
              C'est l'unité qui devient visible.

              V-19: Le Brahman inférieur est exprimé par les mots;
              Le Brahman éternel demeure, quand se dissipent les mots;
              Qui connaît ce Brahman pacifiera son mental
              En méditant sur l'Éternel.

              V-20: Deux Brahmans doivent être pris en considération :
              Le Brahman par les mots, et le Brahman suprême.
              Celui qui est très versé en textes sacrés, atteindra
              Assurément au Brahman suprême.

              V-21: L'esprit aiguisé par l'étude des textes,
              Concentré sur la quête de connaissance et de sagesse,
              Doit lâcher prise en tout :
              Si l'on cherche le grain, on rejette son enveloppe.

              V-22: Le lait a toujours la même couleur,
              Même s'il provient de vaches différentes;
              La Connaissance est réputée semblable au lait,
              Ses sources sont telles des vaches nourricières.

              V-23: Focalisez-vous sur l'œil de la Sagesse (1),
              Évoquez la pensée « Je suis Brahman (Aham Brahmasmi),
              L'Auguste, le suprême Séjour,
              Un et sans parties, sans agitation,
              L'Unique et le Paisible. »

1 Jnana Netra : « l'œil de la sagesse, de la connaissance » - cet attribut du dieu Shiva, qui sous son aspect de ParaShiva contemple la Vérité éternelle (Satya) et la Réalité absolue (Tattva), est aussi appelé le “troisième œil” et il correspond en tout point (anatomie et propriétés) à l'Ajna Chakra, au-dessus de la jonction des sourcils.

              V-24: Quiconque connaît ainsi la forme une et suprême de Brahman, le Quatrième (Turiya, cf. I-12), résidant en tout être, demeure dans le séjour immortel et suprême.

              V-25: Je prends refuge, pour le salut de ma vie, en cette quatrième Vidya de la Connaissance (cf. I-39), cause de la manifestation de Brahman.

              V-26: L'Akasha (cf. V-16) est la source suprême des éléments et de tous leurs dérivés. Tous les êtres en vérité sont nés de l'Akasha, puis y retournent et s'y dissolvent. C'est également par lui qu'ils vivent, une fois nés. Sachez donc que l'Akasha est la semence originelle (bindu).

              V-27: Sachez donc que cette semence originelle est la base des cinq éléments : Akasha (éther, espace), Vayu (air), Tejas (feu), Apas (eau), et Bhumi (terre) avec les pierres précieuses qu'elle recèle. Quiconque possède cette connaissance atteint à l'immortalité.

              V-28: En conséquence, quiconque possède cette quatrième Vidya de la Connaissance (cf. I-39), qui appartient en propre à la gloire de Kamaraja, le Maître des désirs, le Soi pleinement réalisé, dont les onze formes désignent l'immortel Brahman – quiconque possède ce savoir atteint Turiya, le quatrième état (cf. I-12).

              Ici s'achève la grande Upanishad.

 

Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
Leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !


Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !

 

Ici se termine la Tripura-Tapinopanishad, appartenant à l'Atharva Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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