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Vasanta Vilasa, un poème sur le printemps - Manuscrit illustré

UPANISHADS MAJEURES

 

Aitareya Upanishad


Upanishad du Sage Aitareya


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Swami Gambhirananda
Publiée par Advaita Ashram, Calcutta,
et la version de
Paul Deussen, reprise par Prof. V.M. Bedekar et G.B. Palsule
Publiée par
Motilal Banarsidass Publishers, Delhi © 1980, 2004

 

          Huitième Upanishad du canon Muktika, appartenant au Rig Véda et classée comme Upanishad majeure.

          C'est la plus ancienne des Upanishads, on la situe entre le VIIème et le IVème siècle avant J.-C. On y trouve donc une conception cosmo-anthropologique archaïque, peu claire, voire brouillée (p.ex. c'est ici l'Atman qui est le démiurge, et non Brahma ou Prajapati), et il ne faut surtout pas tenter d'y rattacher les concepts clés que le Védanta développera quelques siècles plus tard. Elle provient du Brahmana attribué à un sage du nom d'Aitareya. L'intérêt particulier de cette Upanishad est néanmoins une sobriété radicale dans l'approche cosmologique et métaphysique : tout l'enjeu de la création se joue ici entre l'Atman et la créature humaine, et le trait d'union entre les deux est la Conscience, Brahman.

 

Om ! Que mon discours reflète et s'accorde à mon esprit;
Que mon esprit reflète mon discours.
Ô l'Unique, irradiant Ta propre splendeur, révèle-Toi à moi.
Que tous deux, discours et esprit, vous me transmettiez le Véda.
Que tout ce que j'ai entendu ne quitte jamais mon esprit.
Je réunirai et comblerai la différence entre le jour
Et la nuit, grâce à cette étude.
Je prononcerai ce qui est verbalement véridique;
Je prononcerai ce qui est mentalement véridique.
Puisse ce Brahman me protéger;
Puisse-t-Il protéger celui qui parle et enseigne, puisse-t-Il me protéger;
Puisse-t-Il protéger celui qui parle – Puisse-t-Il protéger celui qui parle.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

Adhyaya I – Chapitre I

          I-i-1: Au temps des commencements, il n'existait que l'Atman, et uniquement lui. Il n'existait rien d'autre qui puisse émettre une lueur. L'Atman délibéra : « Je vais créer les mondes. »

          I-i-2: Il créa ces mondes, à savoir : Ambhas, le monde de l'eau, Marichi, le monde des rayons solaires, Mara, le monde des mortels, et Apas, le monde des eaux*. Là-bas se trouve Ambhas, au-dessus des cieux; et le ciel est son support. Marichi est l'espace intermédiaire. Mara est la terre. Ce qui se situe en-dessous est Apas.

* Difficile de distinguer Ambhas et Apas, les deux étant l'eau; selon P. Deussen, Ambhas est le Déluge, le Flot de l'océan céleste au-delà du ciel, Apas étant l'Eau primordiale qui est utilisée comme base pour le monde terrestre. L'espace, la terre et les cieux sont donc “entre deux eaux”.

          I-i-3: L'Atman pensa : «Voici donc les mondes. Je dois maintenant créer les gardiens des mondes. » Il fit sortir des eaux un être humain (Purusha) et le façonna..

          I-i-4: Il le couva (comme un œuf, Hiranyagarbha ?), puis le fit éclore. La bouche de l'être humain se fendit, comme le fait un oeuf. De cette bouche sortit Vak, la parole; de la parole sortit Agni, le feu. Les narines apparurent, il en sortit Prana, le souffle de vie; du souffle de vie sortit Vayu, l'air. Les yeux apparurent, il en sortit le sens de la vue; de la vue sortit Aditya, le soleil. Les oreilles apparurent, il en sortit le sens de l'ouïe; de l'ouïe sortirent les directions. La peau apparut; de la peau, sortit le système pileux; du système pileux sortirent les herbes et les arbres. Le cœur apparut, il en sortit Manas, l'organe mental; de l'organe mental sortit Chandra, la lune. Le nombril apparut, il en sortit Apana, le souffle d'expulsion; du souffle d'expulsion sortit Mrityu, la mort. Le membre viril apparut, il en sortit la semence; de la semence sortirent les eaux.

 

          I-ii-1: Ces divinités, qui venaient d'être créées (en tant que gardiens des mondes), plongèrent dans le vaste océan. L'Atman assujettit alors l'océan* à la faim et à la soif. Les divinités lui dirent alors : « Donne-nous une résidence, où nous resterons et trouverons notre nourriture. »

* l'océan ou le prototype humain : le texte sanskrit ne précisant rien, on trouve les deux lectures, selon le traducteur.

          I-ii-2: Il produisit devant elles une vache. Elles répondirent : « Cette créature ne nous convient certainement pas ! » Il produisit ensuite un cheval. Elles répondirent : « Cette créature non plus ne nous convient pas ! »

          I-ii-3: Puis il produisit devant elles un être humain. Elles dirent alors : « Celui-ci a belle apparence; vraiment, l'homme est une créature accomplie ! » Il leur dit alors : « Entrez dans vos demeures respectives. »

          I-ii-4: La divinité du feu entra dans la bouche, sous la forme de l'organe de la parole; l'air entra dans les narines, sous la forme du souffle de vie; le soleil entra dans les yeux, sous la forme du sens de la vue; les directions entrèrent dans les oreilles, sous la forme du sens de l'ouïe; les herbes et les arbres entrèrent dans la peau, sous forme de pilosité (et du sens du toucher); la lune entra dans le cœur, sous la forme de l'organe mental; la mort entra dans l'ombilic, sous la forme du souffle d'expulsion; l'eau entra dans le membre viril, sous la forme de la semence.

          I-ii-5: La faim et la soif lui demandèrent alors : « Donne-nous une résidence, à nous aussi ! » Il leur répondit : « Je vous autorise à manger et boire avec ces divinités; je vous ferai partager avec elles et avoir votre part. » En conséquence, quand des oblations sont faites à quelque divinité que ce soit, la faim et la soif prennent leur part de l'offrande.

 

          I-iii-1: L'Atman délibéra : « Il y a maintenant les mondes, ainsi que leurs gardiens. Il me faut leur créer de la nourriture. »

          I-iii-2: Il couva les eaux. Des eaux ainsi couvées, émergea une forme concentrée. Cette forme concentrée qui émergea ainsi était la nourriture.

          I-iii-3: Cette nourriture, dès sa création, se détourna et voulut prendre la fuite. Il tenta de la rattraper à l'aide de la parole. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en parlant de nourriture !

          I-iii-4: Il tenta de la rattraper à l'aide du souffle de vie. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en inhalant des odeurs de nourriture !

          I-iii-5: Il tenta de la rattraper à l'aide de la vue. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en contemplant de la nourriture !

          I-iii-6: Il tenta de la rattraper à l'aide de l'ouïe. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en écoutant décrire de la nourriture !

          I-iii-7: Il tenta de la rattraper à l'aide du toucher. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en palpant de la nourriture !

          I-iii-8: Il tenta de la rattraper à l'aide du mental. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en évoquant de la nourriture !

          I-iii-9: Il tenta de la rattraper à l'aide de l'organe de procréation. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en éjaculant de la nourriture !

          I-iii-10: Il tenta de la rattraper à l'aide du souffle d'expulsion*. Et il l'attrapa ! Voilà pourquoi c'est le vent (Vayu) qui digère (avayat) la nourriture, c'est le vent (Vayu) qui est le gagnant de la nourriture (annayu)**.

* Apana , le souffle d'expulsion, est ici pris pour Samana, le souffle digestif d'assimilation.
** La démonstration se fonde sur l'analogie verbale, voire le calembour.

          I-iii-11: L'Atman (se tournant vers l'être humain) délibéra : « Comment cette créature peut-elle continuer d'exister sans mon soutien ? » Il pensa : « Par laquelle des diverses entrées vais-je pénétrer ? » Il pensa : « Si le discours est émis par l'organe de la parole, si la respiration est inhalée par le souffle de vie, si la vue est opérée par l'œil, l'ouïe par l'oreille, le toucher par la peau, la pensée par le mental, l'expiration par le souffle d'expulsion, l'éjaculation par l'organe de procréation – alors qui suis-je ? »

          I-iii-12: Puis il fendit la partie du crâne (siman) où se fait la raie de la chevelure, et il pénétra par cette ouverture. Cette ouverture est appelée vidriti, la soudure ou la suture de la tête (littéralement la fissure), et c'est également le lieu de la félicité. L'Atman possède donc trois demeures dans la créature humaine, ainsi que trois états de conscience* : il demeure ici (dans l'œil durant la veille), ici (dans le mental durant le rêve), et ici (dans l'éther du cœur, dahara, durant le sommeil profond).

* Trois états de “rêve” (svapna), dit l'Upanishad, considérant comme tels les 3 états de conscience usuels : veille (jagrat), sommeil avec rêves (svapna), sommeil profond (sushupti).

          I-iii-13: La créature humaine une fois née et achevée, le Créateur manifesta toutes les autres créatures; car savait-Il penser à autre chose ou parler d'autre chose ? Il réalisa que cet être humain est Brahman, le plus omniprésent de tous les êtres. Et il le contempla, disant : « Ah, j'ai vu ceci ! (Idam dra). »

          I-iii-14: En conséquence, le nom de l'Atman est Idandra (“Je l'ai contemplé”). Il est vraiment connu sous ce nom d'Idandra. Néanmoins, on lui donne l'appellation indirecte d'Indra (dieu védique de la pluie et du tonnerre); car en vérité les dieux aiment à recevoir des appellations indirectes.

 

Adhyaya II – Chapitre II

          II-1: Chez l'être humain, c'est l'âme qui est est là au tout début, en tant que germe; car ce qui est sa semence est aussi sa vigueur, extraite de tous ses membres. Ainsi l'homme porte son Atman dans sa semence. Quand il le répand dans une femme, c'est alors qu'il le procrée. Et c'est la première naissance (de l'Atman de l'enfant).

          II-2: Cet Atman nouvellement engendré pénètre dans l'essence même de la femme, comme s'il pénétrait dans un de ses membres. C'est pourquoi (ce fœtus) ne lui cause aucun tort. Elle nourrit de sa propre substance cet Atman qui s'est installé en elle.

          II-3: Elle est la nourricière, il devient alors convenable de la nourrir. La femme porte son époux en tant que fœtus. Le père, lui, protège son fils dès le tout début, et le nourrit aussitôt après sa naissance. Comme il continue de protéger et nourrir son fils longtemps après sa naissance, il nourrit simultanément son propre Atman pour la perpétuation des mondes. Et c'est la seconde naissance (de l'Atman de l'enfant).

          II-4: Puis ce fils est installé dans les fonctions de substitut de l'Atman du père dans l'accomplissement des actes pieux. Mais son autre Atman, ayant atteint le terme de ses devoirs et étant devenu vieux, prend le départ (meurt). Cet Atman, une fois parti d'ici-bas, prend de nouveau naissance. Et c'est la troisième naissance (de l'Atman de cet homme, le père).

          II-5: Cela fut attesté par un Voyant (Rishi) : « Alors même que je reposais dans la matrice, je parvins à apprendre la naissance de tous les dieux. Une centaine de citadelles d'acier me tinrent en échec. Alors, tel un faucon au vol rapide, je me forçai un passage. » Vamadeva, le voyant, prononça ces paroles alors même qu'il reposait encore dans la matrice maternelle.

          II-6: Vamadeva, parce qu'il possédait une telle connaissance, s'est élancé très haut quand la mort le sépara de son corps, il vit tous ses désirs comblés dans le monde céleste et il devint immortel. Oui, il devint immortel.

Aitareya Upanishad, Hindouisme, Cosmologie, Soi
   

 

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Om ! Que mon discours reflète et s'accorde à mon esprit;
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Que tous deux, discours et esprit, vous me transmettiez le Véda.
Que tout ce que j'ai entendu ne quitte jamais mon esprit.
Je réunirai et comblerai la différence entre le jour
Et la nuit, grâce à cette étude.
Je prononcerai ce qui est verbalement véridique;
Je prononcerai ce qui est mentalement véridique.
Puisse ce Brahman me protéger;
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Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
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          I-i-1: Au temps des commencements, il n'existait que l'Atman, et uniquement lui. Il n'existait rien d'autre qui puisse émettre une lueur. L'Atman délibéra : « Je vais créer les mondes. »

          I-i-2: Il créa ces mondes, à savoir : Ambhas, le monde de l'eau, Marichi, le monde des rayons solaires, Mara, le monde des mortels, et Apas, le monde des eaux*. Là-bas se trouve Ambhas, au-dessus des cieux; et le ciel est son support. Marichi est l'espace intermédiaire. Mara est la terre. Ce qui se situe en-dessous est Apas.

* Difficile de distinguer Ambhas et Apas, les deux étant l'eau; selon P. Deussen, Ambhas est le Déluge, le Flot de l'océan céleste au-delà du ciel, Apas étant l'Eau primordiale qui est utilisée comme base pour le monde terrestre. L'espace, la terre et les cieux sont donc “entre deux eaux”.

          I-i-3: L'Atman pensa : «Voici donc les mondes. Je dois maintenant créer les gardiens des mondes. » Il fit sortir des eaux un être humain (Purusha) et le façonna..

          I-i-4: Il le couva (comme un œuf, Hiranyagarbha ?), puis le fit éclore. La bouche de l'être humain se fendit, comme le fait un oeuf. De cette bouche sortit Vak, la parole; de la parole sortit Agni, le feu. Les narines apparurent, il en sortit Prana, le souffle de vie; du souffle de vie sortit Vayu, l'air. Les yeux apparurent, il en sortit le sens de la vue; de la vue sortit Aditya, le soleil. Les oreilles apparurent, il en sortit le sens de l'ouïe; de l'ouïe sortirent les directions. La peau apparut; de la peau, sortit le système pileux; du système pileux sortirent les herbes et les arbres. Le cœur apparut, il en sortit Manas, l'organe mental; de l'organe mental sortit Chandra, la lune. Le nombril apparut, il en sortit Apana, le souffle d'expulsion; du souffle d'expulsion sortit Mrityu, la mort. Le membre viril apparut, il en sortit la semence; de la semence sortirent les eaux.

 

          I-ii-1: Ces divinités, qui venaient d'être créées (en tant que gardiens des mondes), plongèrent dans le vaste océan. L'Atman assujettit alors l'océan* à la faim et à la soif. Les divinités lui dirent alors : « Donne-nous une résidence, où nous resterons et trouverons notre nourriture. »

* l'océan ou le prototype humain : le texte sanskrit ne précisant rien, on trouve les deux lectures, selon le traducteur.

          I-ii-2: Il produisit devant elles une vache. Elles répondirent : « Cette créature ne nous convient certainement pas ! » Il produisit ensuite un cheval. Elles répondirent : « Cette créature non plus ne nous convient pas ! »

          I-ii-3: Puis il produisit devant elles un être humain. Elles dirent alors : « Celui-ci a belle apparence; vraiment, l'homme est une créature accomplie ! » Il leur dit alors : « Entrez dans vos demeures respectives. »

          I-ii-4: La divinité du feu entra dans la bouche, sous la forme de l'organe de la parole; l'air entra dans les narines, sous la forme du souffle de vie; le soleil entra dans les yeux, sous la forme du sens de la vue; les directions entrèrent dans les oreilles, sous la forme du sens de l'ouïe; les herbes et les arbres entrèrent dans la peau, sous forme de pilosité (et du sens du toucher); la lune entra dans le cœur, sous la forme de l'organe mental; la mort entra dans l'ombilic, sous la forme du souffle d'expulsion; l'eau entra dans le membre viril, sous la forme de la semence.

          I-ii-5: La faim et la soif lui demandèrent alors : « Donne-nous une résidence, à nous aussi ! » Il leur répondit : « Je vous autorise à manger et boire avec ces divinités; je vous ferai partager avec elles et avoir votre part. » En conséquence, quand des oblations sont faites à quelque divinité que ce soit, la faim et la soif prennent leur part de l'offrande.

 

          I-iii-1: L'Atman délibéra : « Il y a maintenant les mondes, ainsi que leurs gardiens. Il me faut leur créer de la nourriture. »

          I-iii-2: Il couva les eaux. Des eaux ainsi couvées, émergea une forme concentrée. Cette forme concentrée qui émergea ainsi était la nourriture.

          I-iii-3: Cette nourriture, dès sa création, se détourna et voulut prendre la fuite. Il tenta de la rattraper à l'aide de la parole. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en parlant de nourriture !

          I-iii-4: Il tenta de la rattraper à l'aide du souffle de vie. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en inhalant des odeurs de nourriture !

          I-iii-5: Il tenta de la rattraper à l'aide de la vue. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en contemplant de la nourriture !

          I-iii-6: Il tenta de la rattraper à l'aide de l'ouïe. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en écoutant décrire de la nourriture !

          I-iii-7: Il tenta de la rattraper à l'aide du toucher. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en palpant de la nourriture !

          I-iii-8: Il tenta de la rattraper à l'aide du mental. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en évoquant de la nourriture !

          I-iii-9: Il tenta de la rattraper à l'aide de l'organe de procréation. En vain ! S'il y avait réussi, l'humanité se serait alimentée uniquement en éjaculant de la nourriture !

          I-iii-10: Il tenta de la rattraper à l'aide du souffle d'expulsion*. Et il l'attrapa ! Voilà pourquoi c'est le vent (Vayu) qui digère (avayat) la nourriture, c'est le vent (Vayu) qui est le gagnant de la nourriture (annayu)**.

* Apana , le souffle d'expulsion, est ici pris pour Samana, le souffle digestif d'assimilation.
** La démonstration se fonde sur l'analogie verbale, voire le calembour.

          I-iii-11: L'Atman (se tournant vers l'être humain) délibéra : « Comment cette créature peut-elle continuer d'exister sans mon soutien ? » Il pensa : « Par laquelle des diverses entrées vais-je pénétrer ? » Il pensa : « Si le discours est émis par l'organe de la parole, si la respiration est inhalée par le souffle de vie, si la vue est opérée par l'œil, l'ouïe par l'oreille, le toucher par la peau, la pensée par le mental, l'expiration par le souffle d'expulsion, l'éjaculation par l'organe de procréation – alors qui suis-je ? »

          I-iii-12: Puis il fendit la partie du crâne (siman) où se fait la raie de la chevelure, et il pénétra par cette ouverture. Cette ouverture est appelée vidriti, la soudure ou la suture de la tête (littéralement la fissure), et c'est également le lieu de la félicité. L'Atman possède donc trois demeures dans la créature humaine, ainsi que trois états de conscience* : il demeure ici (dans l'œil durant la veille), ici (dans le mental durant le rêve), et ici (dans l'éther du cœur, dahara, durant le sommeil profond).

* Trois états de “rêve” (svapna), dit l'Upanishad, considérant comme tels les 3 états de conscience usuels : veille (jagrat), sommeil avec rêves (svapna), sommeil profond (sushupti).

          I-iii-13: La créature humaine une fois née et achevée, le Créateur manifesta toutes les autres créatures; car savait-Il penser à autre chose ou parler d'autre chose ? Il réalisa que cet être humain est Brahman, le plus omniprésent de tous les êtres. Et il le contempla, disant : « Ah, j'ai vu ceci ! (Idam dra). »

          I-iii-14: En conséquence, le nom de l'Atman est Idandra (“Je l'ai contemplé”). Il est vraiment connu sous ce nom d'Idandra. Néanmoins, on lui donne l'appellation indirecte d'Indra (dieu védique de la pluie et du tonnerre); car en vérité les dieux aiment à recevoir des appellations indirectes.

 

Adhyaya II – Chapitre II

          II-1: Chez l'être humain, c'est l'âme qui est est là au tout début, en tant que germe; car ce qui est sa semence est aussi sa vigueur, extraite de tous ses membres. Ainsi l'homme porte son Atman dans sa semence. Quand il le répand dans une femme, c'est alors qu'il le procrée. Et c'est la première naissance (de l'Atman de l'enfant).

          II-2: Cet Atman nouvellement engendré pénètre dans l'essence même de la femme, comme s'il pénétrait dans un de ses membres. C'est pourquoi (ce fœtus) ne lui cause aucun tort. Elle nourrit de sa propre substance cet Atman qui s'est installé en elle.

          II-3: Elle est la nourricière, il devient alors convenable de la nourrir. La femme porte son époux en tant que fœtus. Le père, lui, protège son fils dès le tout début, et le nourrit aussitôt après sa naissance. Comme il continue de protéger et nourrir son fils longtemps après sa naissance, il nourrit simultanément son propre Atman pour la perpétuation des mondes. Et c'est la seconde naissance (de l'Atman de l'enfant).

          II-4: Puis ce fils est installé dans les fonctions de substitut de l'Atman du père dans l'accomplissement des actes pieux. Mais son autre Atman, ayant atteint le terme de ses devoirs et étant devenu vieux, prend le départ (meurt). Cet Atman, une fois parti d'ici-bas, prend de nouveau naissance. Et c'est la troisième naissance (de l'Atman de cet homme, le père).

          II-5: Cela fut attesté par un Voyant (Rishi) : « Alors même que je reposais dans la matrice, je parvins à apprendre la naissance de tous les dieux. Une centaine de citadelles d'acier me tinrent en échec. Alors, tel un faucon au vol rapide, je me forçai un passage. » Vamadeva, le voyant, prononça ces paroles alors même qu'il reposait encore dans la matrice maternelle.

          II-6: Vamadeva, parce qu'il possédait une telle connaissance, s'est élancé très haut quand la mort le sépara de son corps, il vit tous ses désirs comblés dans le monde céleste et il devint immortel. Oui, il devint immortel.

Adhyaya III – Chapitre III

          III-1: Qui est celui que nous vénérons en tant qu'Atman ? Lequel est l'Atman ? Est-ce celui par qui nous voyons la forme, ou celui par qui nous entendons le son, ou celui par qui nous sentons les odeurs, ou celui par qui nous prononçons des paroles, ou celui par qui nous distinguons les saveurs douces et aigres ?

          III-2: Ce qu'est le cœur (hridaya) et le mental, c'est la conscience, la compréhension, la connaissance, la sagesse, l'intelligence, la perception sensible, la force d'âme, la réflexion, la prévoyance, la souffrance, la mémoire, la volonté, l'intention, la vie, le désir, l'illusion – ce sont là tous les noms de la conscience (Prajnana).

          III-3: Et c'est Brahman, c'est Indra, c'est Prajapati (le Progéniteur); c'est toutes ces divinités; c'est les cinq éléments: terre, air, eau, feu, éther; c'est toutes ces petites créatures, ainsi que les autres; c'est le germe, d'une sorte ou d'une autre: celles nées d'un oeuf, d'une matrice, de la sueur* et de la terre; c'est également les chevaux, le bétail, les humains, les éléphants, ainsi que toutes les créatures qui se meuvent ou volent, et celles qui sont immobiles. Toutes ces créatures sans exception sont guidées par la conscience, qui est leur support; elles sont toutes mues par la conscience. La conscience est l'assise de cet univers. La conscience est Brahman (Prajnana Brahman).

* cf. Glossaire, les quatre groupes d'êtres vivants.

          III-4: Par la grâce de cet Atman qui est conscience, Vamadeva le Voyant prit son ascension hors de ce monde et, ayant assouvi tous ses désirs dans les royaumes célestes, il devint immortel. Oui, il devint immortel. C'est ainsi. Om !

 

Om ! Que mon discours reflète et s'accorde à mon esprit;
Que mon esprit reflète mon discours.
Ô l'Unique, irradiant Ta propre splendeur, révèle-Toi à moi.
Que tous deux, discours et esprit, vous me transmettiez le Véda.
Que tout ce que j'ai entendu ne quitte jamais mon esprit.
Je réunirai et comblerai la différence entre le jour
Et la nuit, grâce à cette étude.
Je prononcerai ce qui est verbalement véridique;
Je prononcerai ce qui est mentalement véridique.
Puisse ce Brahman me protéger;
Puisse-t-Il protéger celui qui parle et enseigne, puisse-t-Il me protéger;
Puisse-t-Il protéger celui qui parle – Puisse-t-Il protéger celui qui parle.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

Ici se termine l'Aitareyopanishad, appartenant au Rig Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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