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Shiva, bronze ancien
UPANISHADS DE SHIVA
Kalagni Rudra Upanishad
Upanishad de Rudra à la flamme destructrice
Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise anglo-indienne officielle, sans nom de traducteur,
et celle de Paul Deussen, reprise par les Prof. V.M. Bedekar et G.B. Palsule
Notes préliminaires : KALAGNI : « la Flamme du Temps » - 1) créature monstrueuse qui émana de Shiva, dotée de 1000 têtes auréolées de flammes, au pouvoir destructeur intense; en tant qu'épithète du dieu, Kalagni s'entend comme « le feu du destin », celui de la conflagration finale qui consomme la fin d'un kalpa (cf. Cycles cosmiques); 2) dans l'iconographie (bouddhiste comme hindouiste), kalagni est l'auréole de flammes qui s'échappe du crâne des divinités courroucées, férocement destructrices.
KALAGNI RUDRA : La puissance destructrice transcendante du dieu Shiva-Rudra-Agni, qui se manifeste comme le feu suprême qui calcine le cosmos tout entier, à la fin des temps. Agni fut la forme originelle védique qui se développa en Rudra, puis fut associée à Shiva, au plan mythologique. Quant à Shiva, il était fréquemment associé à Kala, le Temps, notamment à Mahakala, la forme destructrice et terrifiante du Temps. Dans le contexte spirituel, il ne faut pas omettre l'aspect métaphorique du feu destructeur, qui est alors positivement connoté : purification, destruction du karma négatif et puissance d'illumination spirituelle.
Dans le Rig Veda, Rudra est aussi Agni, dieu du Feu; au pl., les 11 Rudras sont les principes de vie, de nature ignée, qui gèrent les activités de destruction en vue de rénovation, dont le maître est Shiva. Rudra, en tant que Maître de la Connaissance, est aussi Shiva sous son aspect de Maître de la colère et de la peur, mais aussi de Yogi impeccable et redoutable, maître des pouvoirs secrets (siddhis), également de nature ignée.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !
Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !
Il advint qu'un jour Sanat Kumara (1) demanda au Très-Haut Kalagni Rudra : « Ô Seigneur suprême, daigne m'enseigner en vérité les règles qui régissent la triple marque sacrée, Tripundra (2), ainsi que le matériau utilisé, l'endroit, le nombre, la longueur et le type de marques, la divinité concernée, la formule, les pouvoirs et les bénéfices associés. »
1 Sanat Kumara : « l'Éternellement jeune » - le plus célèbre des 4 Rishis émis par Brahma, pour engendrer par conception mentale les êtres qui allaient donner naissance aux diverses catégories d'êtres, notamment à la race humaine.
2 Tripundra : « triple marque » - Marque signalant l'appartenance à la secte des Shivaïtes, consistant en trois traits horizontaux de cendres sacrées (vibhuti) tracées sur le front, au-dessus du bindu (point) symbolisant le troisième œil. Ces trois traits représentent les trois principes (ou impuretés) qui limitent l'âme en incarnation : anava - la finitude et la petitesse, karma - la loi d'action et le bilan hérité des incarnations précédentes, et maya - la grande illusion qui voile la Réalité Une.
Le Seigneur suprême lui dit : « Il faut utiliser les cendres des feux [rituels ? Aucune précision – NdT]. Le fidèle doit les saisir en prononçant les cinq mantras du PanchaBrahman (1), puis les consacrer avec le mantra “Agnir iti bhasma”, etc. Il doit les reprendre avec le mantra “Ma nas toke tanayae” et après les avoir consacrées avec le mantra “Trayambakam Yajamahe”, il doit les appliquer sous forme de trois lignes en travers de la tête, du front, de la poitrine et des épaules, en répétant tout au long les mantras “Tryayusa”, “Trayambakam” et “Trishakti”.
1 Pancha Brahman : Cinq est le nombre sacré qui caractérise Shiva, le dieu aux cinq pouvoirs, aux cinq visages, au mantra à 5 lettres, le Namah Shivaye ou Panchakshara... Et cinq sont les mantras qui constituent le corps du dieu, correspondant aux cinq formes qu'il incarne : Ishana, Tat-Purusha, Aghora, Vamadeva et Sadyojata, lesquelles correspondent aux 5 éléments (bhuta), aux 5 organes de perception (jnanendriya), aux 5 organes d'action (karmendriya) et aux 4 parties de l'organe interne (antahkarana) + le Purusha... et bien sûr aux cinq pouvoirs ou activités cosmiques (panchakritya) du dieu aux cinq visages : à Brahma correspond Sadyojata (création), à Vishnu correspond Vamadeva (préservation), à Rudra correspond Aghora (résorption), à Maheshvara correspond Tat-Purusha (obscuration) et à Sadashiva correspond Ishana (révélation). Cf. diagramme PanchaBrahman. Cf. également Maha Nayarana Up., XVII-XXI.
C'est là la consécration à Shambhu (1), qui est transmise par tous les Védas et enseignée par ceux qui sont érudits en Védas. Par conséquent, celui qui recherche la libération doit pratiquer cette consécration, afin de ne plus renaître. Et voici, ô Sanat Kumara, la longueur que doit avoir la marque : elle doit s'étirer trois fois, du front jusqu'aux yeux ou du milieu d'un sourcil à l'autre.
1 Shambhu : « Lieu de félicité», épithète de Shiva sous son aspect paisible; l'Être divin manifesté, qui émet le bindu primordial, puis engendre Shakti, puis Om, lançant ainsi la création.
La première ligne représente le feu du foyer (Garhapthya), la lettre A du AUM, la qualité de dynamisme (Guna Rajas), le monde terrestre (Bhuh), l'âme incarnée (Jiva), le pouvoir de création, le Rig Véda, le jus de Soma pressé le matin, et Maheshvara (1) est sa divinité tutélaire.
1 Maheshvara : “Le Seigneur Suprême”, épithète de Shiva.
La seconde ligne représente le feu du sud (Dakshina), la lettre U, la qualité de pure luminosité (Sattva), l'atmosphère (Bhuvar), l'âme intérieure au corps, le pouvoir de désir, le Yajur Véda, le jus de Soma pressé à midi, et sa divinité tutélaire est SadaShiva (1).
1 SadaShiva : « le Révélateur ou l'Éternellement Propice » - L'une des épithètes de Shiva en tant qu'Être Primordial, synonyme de Parameshvara (le Suprême Ishvara, la Divinité Suprême), manifestant son aspect de félicité et de prospérité éternelles. Cette épithète est utilisée par les Shivaïtes, en lieu et place de Brahman ou d'Atman.
Les cinq aspects essentiels de Shiva sont : 1) SadaShiva, «le Révélateur »; 2) Maheshvara, « l'Obscur »; 3) Brahma, « le Créateur »; 4) Vishnu, « le Protecteur »; 5) Rudra, « le Destructeur ».
La troisième ligne représente le feu sacrificiel (Ahavaniya), la lettre M, la qualité de ténèbres et inertie (Tamas), le monde céleste (Suvar), l'Âme suprême (Paramatman), le pouvoir de connaissance, le Sama Véda, le jus de Soma pressé au crépuscule, et sa divinité tutélaire est Shiva.
C'est donc ainsi que le fidèle trace la triple marque sacrée, Tripundra, avec les cendres. Quiconque possède cette connaissance, qu'il soit un brahmane, un étudiant (Brahmacharin), un maître de famille (Grihastha), un ermite des forêts (Vanaprastha) ou un ascète (Sannyasin), est d'emblée purifié de tous ses actes négatifs, majeurs et mineurs. Ainsi il peut méditer sur tous les dieux, tous les dieux le reconnaissent, il est devenu celui qui s'est baigné dans toutes les eaux sacrées, celui qui a psalmodié en permanence le mantra de Rudra. Puis, ayant joui de toutes les félicités, au moment de rejeter son corps, il entre au sein de Shiva et n'en revient plus. Non, il ne s'en revient plus ici-bas. »
Ainsi parla le Très-Haut Kalagni Rudra. Quiconque récite ici-bas cet enseignement atteint, lui aussi, à cet état de libération.
Om Satya !
Ainsi s'achève l'Upanishad.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !
Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !
Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,
Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;
Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Om ! Shanti ! Shanti ! Shanti !
Om ! Paix ! Paix ! Paix !
Ici se termine la Kalagni-Rudropanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.

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