|
UPANISHADS DU RENONCEMENT Paramahamsa Upanishad Upanishad du Cygne suprême
Traduite et annotée par M. Buttex
Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers. Om ! Que la Paix soit en moi !
1. « Quel est le sentier que suivent les Yogis Paramahamsas (1), et quelles obligations leur sont prescrites ? » - Ce fut la question que posa Narada en s'approchant du Seigneur Brahma, le Créateur. Celui-ci répondit : « Ce sentier des Paramahamsas n'est accessible aux humains qu'au prix des plus grandes difficultés; aussi en trouve-t-on peu de représentants, et doit-on s'estimer satisfait si on en trouve seulement un ! En vérité, celui-là demeure dans le Brahman à jamais pur; oui, il est véritablement ce Brahman que nous inculquent les Védas – c'est là, du moins, ce que soutiennent les connaisseurs de la Vérité (2); il est le plus grand, ce Cygne suprême, car en permanence il repose son esprit tout entier en Moi; et Moi, de mon côté, pour cette raison, je réside en lui. Après avoir renoncé à ses fils, ses amis, son épouse, ses relations, etc., et en avoir fini une fois pour toutes avec le port de la touffe sacrificielle (Shikha) (3) et du cordon sacré (Yajnopavita) (4), avec les études védiques et toutes les obligations – avec ce monde, en somme – il doit adopter le cache-sexe (Kaupina) (5), le bâton, et juste ce qui est nécessaire pour la simple survie du corps, et cela pour le bien général. Et cela n'est pas l'étape finale. Celle-ci se présente comme ceci :
2. Le Cygne suprême ne porte plus rien sur lui : ni le bâton, ni la touffe, ni le cordon, ni aucune étoffe sur son corps. Il ne ressent plus ni froid ni chaud, ni bien-être ni mal-être, ni respect ni mépris, etc. Il est réputé être désormais hors d'atteinte des six changements dans l'océan de ce monde : naissance, existence, croissance, transformation, déclin, mort. Il a de plus abandonné toute pensée de calomnie, de vanité, de jalousie, d'ostentation, d'arrogance, d'attachement ou d'antipathie vis-à-vis de quelque objet ou être que ce soit, de joie ou de chagrin, de convoitise, de jalousie, de cupidité, d'illusion sur soi, d'allégresse, d'envie, d'égoïsme et tutti quanti, et il considère son corps comme un cadavre, car il a éradiqué totalement la moindre identification au corps (1). Il s'est rendu libre pour l'éternité face à toutes les causes de doutes, de conceptions erronées, de connaissance illusoire; il a réalisé le Brahman, l'Éternel, et vit en Lui comme étant lui-même, avec la conscience : « Moi-même suis Lui; je suis Cela (Tat) (2), qui est toujours paisible, immuable, sans division, de l'essence de la Sagesse (Jnana) (3) et de la Félicité (Ananda)(4); et seul Cela est ma nature authentique. » Seule cette Sagesse est désormais sa touffe sacrificielle, et son cordon sacré. Par la connaissance expérimentale de l'unité du Jivatman (5) et du Paramatman (6), la distinction qui jadis prévalait entre ces termes, a complètement disparu, elle aussi. Cette unification, voilà son rite de jonction (Sandhya) (7).
3. Celui qui, lâchant prise sur tous ses désirs, place son assise et sa sérénité en l'Unique sans second, et s'appuie sur le bâton de la sagesse, c'est lui le véritable ascète ekadandi (1). Celui qui transporte simplement un bâton de bois, prend intérêt à toutes sortes d'objets sollicitant ses sens, et est dépourvu de sagesse, se dirige vers des enfers terribles, connus comme Maharauravas (2). Celui qui sait faire la distinction entre ces deux types de renonçants, c'est lui qui est susceptible de devenir un Yogi Paramahamsa.
4. Les quartiers de l'espace sont ses vêtements, il ne se prosterne devant nul être, il n'offre aucune oblation aux mânes des ancêtres, ne blâme ni ne complimente personne – le sannyasin est à jamais indépendant. Pour lui, il n'y a pas d'invocation à Dieu, pas de cérémonie d'adieu; ni mantra, ni méditation, ni culte; ni le monde phénoménal, ni Cela, Tat, qui est l'inconnaissable, n'existent à ses yeux; il ne voit aucune dualité, pas plus qu'il ne perçoit d'unité. Il ne conçoit ni “Je” ni “Tu”, ni rien de tout ceci. Le sannyasin n'a pas de foyer. Il ne doit accepter rien qui soit d'or ou d'une matière similaire, il ne doit pas posséder un groupe de disciples, ni accepter quelque bien que ce soit. Si on demande quel mal il y a à accepter cela, la réponse est sans ambiguïté : oui, ce serait un acte très négatif. Car si le sannyasin regarde l'or avec nostalgie, il s'institue lui-même un meurtrier de Brahman; car si le sannyasin touche l'or avec convoitise, il se dégrade lui-même en intouchable (1); car si le sannyasin empoche l'or avec avidité, il s'institue lui-même un meurtrier de l'Atman. En conséquence, le sannyasin ne doit ni regarder, ni toucher, ni empocher de l'or avec convoitise. Tous les désirs qui emplissaient la conscience cessent d'exister, et il n'est plus agité par les déceptions et frustrations, et ne languit après aucun bonheur; la renonciation à tout attachement aux plaisirs des sens s'installe, et en tout lieu il est détaché de tout penchant vers le bien ou le mal; aussi est-il incapable de haines comme de transports de joie. L'extraversion spontanée des organes des sens s'apaise et s'affaisse chez celui qui se tient paisiblement en la seule présence de l'Atman. Réalisant ceci : “Je suis ce Brahman qui est l'Un, infinie Sagesse (Jnana) et infinie Félicité (Ananda)”, il touche au terme de sa vie de désirs, oui, en vérité il touche au terme de ses désirs.
Ici se termine la Paramahamsopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.
|