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Le Mahatma Gandhi, lisant, près de son métier à tisser.

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Paramahamsa Upanishad

Upanishad du Cygne suprême

 

Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Swami Madhavananda
Publiée par Advaita Ashram, Calcutta

 

Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

             1. « Quel est le sentier que suivent les Yogis Paramahamsas (1), et quelles obligations leur sont prescrites ? » - Ce fut la question que posa Narada en s'approchant du Seigneur Brahma, le Créateur. Celui-ci répondit : « Ce sentier des Paramahamsas n'est accessible aux humains qu'au prix des plus grandes difficultés; aussi en trouve-t-on peu de représentants, et doit-on s'estimer satisfait si on en trouve seulement un ! En vérité, celui-là demeure dans le Brahman à jamais pur; oui, il est véritablement ce Brahman que nous inculquent les Védas – c'est là, du moins, ce que soutiennent les connaisseurs de la Vérité (2); il est le plus grand, ce Cygne suprême, car en permanence il repose son esprit tout entier en Moi; et Moi, de mon côté, pour cette raison, je réside en lui. Après avoir renoncé à ses fils, ses amis, son épouse, ses relations, etc., et en avoir fini une fois pour toutes avec le port de la touffe sacrificielle (Shikha) (3) et du cordon sacré (Yajnopavita) (4), avec les études védiques et toutes les obligations – avec ce monde, en somme – il doit adopter le cache-sexe (Kaupina) (5), le bâton, et juste ce qui est nécessaire pour la simple survie du corps, et cela pour le bien général. Et cela n'est pas l'étape finale. Celle-ci se présente comme ceci :

1 Param(a)hamsa : « Cygne suprême » - épithète attribuée aux divinités majeures, mais aussi à de grands sages, ou à tout être ayant atteint à la plus haute réalisation spirituelle. Dans le contexte des Upanishads et des enseignements postérieurs de l'Advaita Vedanta, ce terme désigne l'Atman, le Brahman, et le Soi pleinement réalisé. L'image du cygne (ou oie sauvage, Anser Indicus) fut choisie du fait que cet oiseau a la capacité de séparer le lait de l'eau, ce qui en fait un symbole tout trouvé de celui qui a séparé l'irréel du Réel, l'obscurité de la Lumière, et la mortalité de l'Immortalité, s'étant dans sa propre personne séparé de tout ce qui n'est pas la Divinité suprême, et ayant totalement fusionné avec elle, devenant ainsi une incarnation vivante de la Divinité manifestée au sein de l'humanité. C'est aussi la catégorie supérieure de renonçants (sannyasin), devenus adeptes (paramahamsa) – planant haut au-dessus du monde ordinaire, se dirigeant droit vers le but : la libération en Brahman.
2 Satya : « vérité » - 1) véracité, sincérité; 2) vérité ontologique (ce qui est – cf. rita); la Vérité éternelle.
3 Shikha : « aigrette, toupet, crête » - 1) “touffe sacrificielle” qui est réservée lors de la tonsure du crâne, lors de l'initiation brahmanique; 2) selon la physiologie yoguique, le shikha est l'espace compris entre le brahmarandhra (orifice sur la fontanelle du crâne) et le dvadashanta, chakra situé 12 doigts au-dessus.
4 Yajnopavita : le cordon sacré, marque distinctive des brahmanes (qui se consacrent exclusivement à l'étude des Védas) et des ascètes (sannyasin), est donné lors d'une cérémonie d'initiation qui marque l'entrée dans la voie vers Brahman.
5 Kaupina (ou langoti) : morceau triangulaire de tissu attaché à une cordelette et qui recouvre uniquement les parties sexuelles; les fesses sont nues; c'est le “costume” traditionnel des saddhus.

             2. Le Cygne suprême ne porte plus rien sur lui : ni le bâton, ni la touffe, ni le cordon, ni aucune étoffe sur son corps. Il ne ressent plus ni froid ni chaud, ni bien-être ni mal-être, ni respect ni mépris, etc. Il est réputé être désormais hors d'atteinte des six changements dans l'océan de ce monde : naissance, existence, croissance, transformation, déclin, mort. Il a de plus abandonné toute pensée de calomnie, de vanité, de jalousie, d'ostentation, d'arrogance, d'attachement ou d'antipathie vis-à-vis de quelque objet ou être que ce soit, de joie ou de chagrin, de convoitise, de jalousie, de cupidité, d'illusion sur soi, d'allégresse, d'envie, d'égoïsme et tutti quanti, et il considère son corps comme un cadavre, car il a éradiqué totalement la moindre identification au corps (1). Il s'est rendu libre pour l'éternité face à toutes les causes de doutes, de conceptions erronées, de connaissance illusoire; il a réalisé le Brahman, l'Éternel, et vit en Lui comme étant lui-même, avec la conscience : « Moi-même suis Lui; je suis Cela (Tat) (2), qui est toujours paisible, immuable, sans division, de l'essence de la Sagesse (Jnana) (3) et de la Félicité (Ananda)(4); et seul Cela est ma nature authentique. » Seule cette Sagesse est désormais sa touffe sacrificielle, et son cordon sacré. Par la connaissance expérimentale de l'unité du Jivatman (5) et du Paramatman (6), la distinction qui jadis prévalait entre ces termes, a complètement disparu, elle aussi. Cette unification, voilà son rite de jonction (Sandhya) (7).

1 Abhimana : 1) Égoïsme; suffisance; égotisme; vanité, fatuité; 2) la fonction de l'identité propre : « moi »; l'illusion de la séparativité : « moi, le mien... autrui »; l'identification au corps.
2 Tat : « Cela » - L’Absolu dont on ne peut rien dire, sinon que Lui seul est, en vérité. Cf. TAT TVAM ASI : « Cela, toi aussi tu l’es », un des mantras (mahavakyas) par lesquels le Védanta affirme l’identité du jiva et de Brahman.
3 Jnana : « connaissance, sagesse » - Connaissance véritable de la nature propre de l'être, par expérience directe de son identité avec Brahman, sur laquelle se fonde la notion de Sagesse, laquelle distingue entre le Réel et l'irréel. C'est aussi, dans un sens plus large, la Connaissance sacrée dérivée de la méditation sur les vérités les plus hautes de la religion et de la philosophie, qui apporte à l’homme la compréhension de sa propre nature.
4 Ananda : suprême béatitude; bonheur, joie, félicité.
5 Jiva : L’individualité vivante, l’âme individuelle, dans son état de non-réalisation de son identité avec Brahman. Jivatman : Le Soi éternel, l’Atman qui réside en un jiva, le Témoin de la buddhi.
6 Paramatman : le Soi suprême; synonyme de ParaBrahman, l'Être suprême.
7 Sandhya – 1) heure crépusculaire; 2) rite des 2 crépuscules (aube et fin de jour), pratiqué comme jonction entre jour et nuit, où la récitation du Gayatri Mantra est requis. La jonction de midi, entre le matin et l'après-midi, est parfois considéré comme un “crépuscule”.

             3. Celui qui, lâchant prise sur tous ses désirs, place son assise et sa sérénité en l'Unique sans second, et s'appuie sur le bâton de la sagesse, c'est lui le véritable ascète ekadandi (1). Celui qui transporte simplement un bâton de bois, prend intérêt à toutes sortes d'objets sollicitant ses sens, et est dépourvu de sagesse, se dirige vers des enfers terribles, connus comme Maharauravas (2). Celui qui sait faire la distinction entre ces deux types de renonçants, c'est lui qui est susceptible de devenir un Yogi Paramahamsa.

1 Ekadandi : Celui qui ne possède qu'un seul bâton, l'ascète (sannyasin).
2 Maharaurava : « grands hurlements » - Enfers décrits par la Srimad Bhagavata (V, 26 - “Description des planètes infernales”), particulièrement cruels : « Quant à celui qui entretient son propre corps en faisant du mal aux autres, il lui faudra connaître le châtiment de l'enfer qui a pour nom Maharaurava, où des animaux [ruru] connus sous le nom de kravyadas le tourmenteront et mangeront sa chair. »

             4. Les quartiers de l'espace sont ses vêtements, il ne se prosterne devant nul être, il n'offre aucune oblation aux mânes des ancêtres, ne blâme ni ne complimente personne – le sannyasin est à jamais indépendant. Pour lui, il n'y a pas d'invocation à Dieu, pas de cérémonie d'adieu; ni mantra, ni méditation, ni culte; ni le monde phénoménal, ni Cela, Tat, qui est l'inconnaissable, n'existent à ses yeux; il ne voit aucune dualité, pas plus qu'il ne perçoit d'unité. Il ne conçoit ni “Je” ni “Tu”, ni rien de tout ceci. Le sannyasin n'a pas de foyer. Il ne doit accepter rien qui soit d'or ou d'une matière similaire, il ne doit pas posséder un groupe de disciples, ni accepter quelque bien que ce soit. Si on demande quel mal il y a à accepter cela, la réponse est sans ambiguïté : oui, ce serait un acte très négatif. Car si le sannyasin regarde l'or avec nostalgie, il s'institue lui-même un meurtrier de Brahman; car si le sannyasin touche l'or avec convoitise, il se dégrade lui-même en intouchable (1); car si le sannyasin empoche l'or avec avidité, il s'institue lui-même un meurtrier de l'Atman. En conséquence, le sannyasin ne doit ni regarder, ni toucher, ni empocher de l'or avec convoitise. Tous les désirs qui emplissaient la conscience cessent d'exister, et il n'est plus agité par les déceptions et frustrations, et ne languit après aucun bonheur; la renonciation à tout attachement aux plaisirs des sens s'installe, et en tout lieu il est détaché de tout penchant vers le bien ou le mal; aussi est-il incapable de haines comme de transports de joie. L'extraversion spontanée des organes des sens s'apaise et s'affaisse chez celui qui se tient paisiblement en la seule présence de l'Atman. Réalisant ceci : “Je suis ce Brahman qui est l'Un, infinie Sagesse (Jnana) et infinie Félicité (Ananda)”, il touche au terme de sa vie de désirs, oui, en vérité il touche au terme de ses désirs.

1 Chandala : 1) instable, inconstant; 2) l’homme qui n’appartient à aucune des 4 castes; sans feu ni lieu, celui qui est en dehors de la communauté hindoue, le pariah.

 

Om ! Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.

Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

Ici se termine la Paramahamsopanishad, appartenant au Sukla Yajur Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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