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UPANISHADS DU YOGA
Amrita Bindu Upanishad Upanishad de la goutte d'ambroisie
Remarque préliminaires - Amrita : « absence de mort (mrita), immortalité » - Le nectar d’immortalité qui fut produit, selon le Mahabharata, lors du barattage de l'océan par les dieux et les anti-dieux (Suras et Asuras), ce qui est une métaphore du développement spirituel résultant du conflit fondamental entre notre double nature, supérieure et inférieure. L'amrita est la boisson de soma, cette boisson que les Védas attribuent exclusivement aux dieux et qui est en soi une divinité, d'ailleurs, en tant qu'elle procure béatitude et immortalité; c'est aussi le symbole de l'ensemble des immortels, de la lumière suprême et de la libération finale. Mais il existe un amrita spontané, engendré par la méditation profonde : c'est le nectar de félicité divine qui s'écoule à flots du sahasrara chakra (le coronal) durant le samadhi. Cette Upanishad traite de la conscience en tant que moyen de connaissance de Brahman : lorsque l'état suprême est atteint, le flot d'Amrita, le nectar de félicité et d'immortalité, s'écoule du point Bindu, symbolisé par le point supérieur de la syllabe Om. Elle clarifie l'identité essentielle du jiva, l'âme en incarnation, et de Brahman, dont l'Upanishad expose la nature réelle, entre autres concepts fondamentaux.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux; Puisse-t-Il nous nourrir tous deux; Om ! Que la Paix soit en moi !
1. On distingue principalement deux types de conscience : la pure et l'impure. La conscience impure est prise en otage par les désirs, tandis que la pure est dénuée de désirs. 2. Indéniablement, c'est la conscience qui détermine l'état de captivité (dans le samsara, roue des naissances et des morts – NdT) ou de liberté des humains. Le mental, lorsqu'il est attaché aux objets des sens, entraîne la captivité; inversement, lorsqu'il se dissocie de ceux-ci, il tend spontanément vers un état proche de la libération. Ainsi va la croyance commune. 3. Puisqu'on attribue la libération à la conscience dénuée de désirs pour les objets des sens, l'aspirant à la libération doit donc maintenir sa conscience à l'écart de tout désir, et cela constamment. 4. Lorsque la conscience en laquelle l'attachement aux objets des sens a été réduit à néant, est pleinement sous le contrôle du cœur (1) et commence à réaliser ainsi son essence authentique, c'est alors que l'État suprême est abordé.
5. On doit contrôler son esprit jusqu'au point où il s'est immergé dans le cœur, fusionnant avec lui. C'est alors la réalisation de Jnana (1), la connaissance véridique, et c'est alors Dhyana (2), la méditation contemplative; et tout le reste n'est qu'argumentation et verbiage.
6. Cet État suprême, on ne doit pas le concevoir comme extérieur et plaisant pour l'esprit, et encore moins comme indigne d'un mental sain, (en tant qu'état d'inertie totale, par exemple – NdT); on ne doit pas non plus le concevoir comme analogue à un vague plaisir sensuel, mais comme l'essence de la suprême Félicité, à jamais manifestée, éternelle. C'est dans cet État suprême que l'on atteint à Brahman dans toute Sa plénitude (qui est libre de toute partialité, ou penchant, dit le texte sanskrit – NdT). 7. Avec assiduité, il faut se concentrer sur la syllabe Om, tout d'abord au moyen de ses composants (lettres et sons), puis ensuite méditer sur l'essence du Om, sans un regard pour ses composants (1). Finalement, la réalisation s'ensuit, et l'idée de non-entité est atteinte, avec la même clarté conceptuelle que s'il s'agissait d'une entité.
8. Cela seul est Brahman, sans composants ni parties, d'une évidence parfaite qui ne laisse nulle place au doute, absolument pur (sans aucune tache, dit le texte sanskrit – NdT). Dès que l'on réalise “Je suis Brahman”, on devient Brahman, l'immuable. 9. Brahman est sans aucun doute, sans fin, hors d'atteinte de la raison et de l'analogie, au-delà de toutes les preuves, sans cause efficiente : Le connaissant comme tel, le sage atteint à la libération. 10. La Vérité la plus haute est cette pure Conscience qui réalise “Il n'y a aucun contrôle du mental, il n'y a pas de mental qui entre en jeu”, et “Je ne suis pas en captivité; je ne suis pas non plus un pratiquant de culte religieux; je ne suis pas un chercheur de libération; non plus qu'un ex-chercheur qui a atteint à la libération”. 11. En vérité, l'Atman doit être connu comme identique à Lui-même, qu'Il soit en état de veille, de rêve ou de sommeil profond. Pour celui qui est parvenu à transcender ces trois états, il n'est plus aucune renaissance à venir. 12. Parce qu'Elle est l'Unique, l'Âme universelle (Jivatman – cf. shloka suivant) est présente en toute créature. Bien qu'une, Elle semble multiple car, telle la lune jouant sur l'eau, Elle se reflète en tous. 13. De même que c'est la jarre qui change de place selon qu'on la pose à tel ou tel endroit, et non l'Akasha (1) qui l'emplit – le Jiva (2), à l'instar de l'Akasha, est le même, indépendamment des individus qu'Il emplit de sa présence.
14. Quand des formes diverses sont brisées, encore et encore, à l'instar de jarres (1), le Jivatman, comme l'Akasha, ne prend même pas conscience de leur brisure, mais Il demeure conscient de Sa propre perfection.
15. Parce qu'Il est recouvert de l'ignorance de Maya (1), qui est un simple son (2), Il ne peut plus, à travers l'obscure épaisseur de l'ignorance (avidya), rester conscient de l'Akasha dans Sa nature de Félicité. Mais lorsque le voile de l'ignorance est déchiré de part en part, Il retrouve instantanément Sa nature authentique et ne voit plus que l'Unité fondamentale.
16. Le Om en tant que Verbe est la représentation première de Brahman, le Suprême. Après que ce mot-concept ait disparu, seul demeure l'Impérissable, Brahman. C'est sur cet impérissable Brahman que doit méditer l'homme sage, s'il désire la paix en son âme. 17. Deux sortes de Vidya (1) méritent d'être acquises – celle de Brahman-Verbe et celle de Brahman le Suprême. Quiconque a su maîtriser la connaissance de Brahman-Verbe, atteint au Brahman le plus élevé, au Suprême.
18. Après avoir étudié les Védas, le pratiquant intelligent qui se voue uniquement à l'acquisition de la connaissance et à la réalisation, doit totalement abandonner les Védas, de la même façon que si l'on veut obtenir du riz, on doit le débarrasser de sa balle. 19. Provenant de vaches de diverses couleurs, le lait est toujours de la même blancheur. Le pratiquant intelligent considère Jnana, la connaissance par la réalisation (cf. shloka 5), comme le lait, extrait des vaches aux diverses couleurs que sont les Védas aux nombreuses branches. 20. Tel le beurre qui est latent dans le lait, la pure Conscience réside en toutes les créatures. Elle devrait être constamment barattée à l'aide de la baratte qu'est le mental (afin d'apparaître dans sa nature authentique, concentrée comme le beurre est un concentré des vertus nourrissantes du lait – NdT). 21. Se saisissant de la connaissance comme d'un bâton à feu, on doit en extraire le Brahman suprême, comme une flamme. “Je suis Brahman, indivisible, immuable et paisible”, voilà la pensée que l'on doit développer. 22. “Cette Âme en qui résident tous les êtres, et qui réside en tous les êtres en vertu de cette grâce qu'Elle confère à tous – je suis cette Âme de l'univers, je suis l'Être suprême. Oui, cette Âme de l'univers est moi, cet Être suprême est moi”.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux; Puisse-t-Il nous nourrir tous deux; Om ! Que la Paix soit en moi !
Ici se termine l'Amritabindopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.
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