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Paramhansa Yogananda (1893 - 1952)
UPANISHADS DU YOGA
MahaVakya Upanishad
Upanishad de la Maxime majeure
Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise de P. R. Ramachander
Note préliminaire : MAHAVAKYAS : 1) grandes maximes védiques; quatre d'entre elles contiennent l'essence de la sagesse des Védas. Ce sont : « TAT TVAM ASI » (Toi aussi, tu es Cela); « AYAM ATMA BRAHMA » (Ce Soi est Brahman); « PRAJNANAM BRAHMA » (La conscience est Brahman), and « AHAM BRAHMASMI » (Je suis Brahman); 2) « La grande connaissance »; idée-force; aphorisme tiré des Écritures.
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Le dieu Brahma déclara : « Je vais exposer cette Upanishad consacrée à l'expérience intérieure. La connaissance par dévoilement intérieur que “Surya, le Soleil, est Brahman”, c'est en psalmodiant l'Ajapa Mantra, Hamsa So'ham (1), qu'on l'obtient. Le Paramatman (2), le Soi suprême à jamais empli de félicité, apparaît et s'installe en conséquence d'une longue pratique du Pranayama (3), par l'équilibrage contrôlé de Prana, le souffle inspiré, et d'Apana, le souffle expiré; la maîtrise du Pranayama s'acquiert à la faveur d'une pratique longue et assidue de Puraka (inspiration soutenue), Rechaka (expiration soutenue) et Kumbhaka (rétention du souffle), ponctuant une concentration exclusive de l'esprit sur Brahman, qui se déroule en trois étapes. Le Paramatman apparaît finalement, brillant de l'éclat de mille soleils, immensément, tel un océan sans aucun rivage. Et cette expérience, ce n'est ni un Samadhi (4) ni un Yoga Siddhi (5), ni une union de la conscience avec le Suprême, mais c'est une fusion en Brahman, lequel est à jamais l'Un, non-duel (6). »
1 Ajapa Mantra : prière répétée inconsciemment. Toute créature vivante répète inconsciemment à chaque respiration la prière « So’ham » (Sah = So = Lui [l’Esprit universel, Brahman] aham = je suis) avec chaque inspiration, et avec chaque expiration la prière « Hamsah » (aham = je suis - Sah = Lui [l’Esprit universel, Brahman]).
2 Paramatman : le Soi suprême; synonyme de ParaBrahman, l'Être suprême.
3 Pranayama (prana = souffle; ayama = contrôle) : Le développement contrôlé de l’énergie vitale, commençant par des exercices respiratoires qui ont pour but d’assagir le mental et de libérer toute l’énergie enclose dans l'organisme de l'aspirant; constitue le 4ème membre du Raja Yoga. C’est le moyeu autour duquel tourne la roue du Yoga.
4 Samadhi : état d’union avec le Dieu personnel (Ishvara) ou d’absorption dans le Dieu impersonnel (Atman ou Brahman), la conscience étant extraordinairement vigoureuse, avec une certitude d'omniscience, s'accompagnant d‘un sentiment de joie et de paix indicibles. C'est la 8ème et dernière étape du Yoga; l'esprit s'identifie avec l'objet médité : méditant et objet de méditation, penseur et pensée fusionnent dans cette absorption extatique de l'esprit. On distingue 2 degrés de samadhi: - le savikalpa samadhi, où l’aspirant conserve le sentiment de dualité; - le nirvikalpa samadhi, où toute différenciation est exclue. On distingue également entre Samprajñata samadhi et Asamprajñata samadhi.
5 Siddhi : Pouvoir supranormal acquis par la pratique de la méditation et d'une ascèse (tapas) exigeante, ou s'éveillant spontanément en cas de maturité spirituelle. On en dénombre 8 : 1) ahima: diminution; capacité de se rendre aussi petit qu'un atome, ou de vision à cette échelle; 2) mahima: grossissement; capacité de se rendre aussi grand qu'un cosmos, ou de vision à cette échelle; 3) laghima: extrême légèreté, lévitation; 4) prapti: omniprésence, dédoublement, capacité de se déplacer n'importe où à volonté; 5) prakamya: capacité d'obtenir tous ses désirs; 6) vashitva: contrôle sur les forces naturelles; 7) ishititva: suprématie sur les lois naturelles; 8) kama-avasayitva: complète satisfaction de ses volontés. Mais le siddhi suprême (parasiddhi) est la réalisation du Soi, Parashiva ou Brahman.
6 C'est donc un nirvikalpa ou Asamprajñata Samadhi, le plus haut état de supra-conscience, caractérisé par l'annihilation de tout sens de l'ego, et de toute conscience personnelle.
Les sages qui ont fait l'expérience de ce dévoilement intérieur, sont unanimes à affirmer ce qui suit : « Je connais ce Purusha (1), avec sa luminosité éblouissante, qui se trouve au-delà de l'obscurité, qui est le créateur des formes (rupa) et des noms (nama) (2), qui est leur protecteur, et qui est simultanément le Purushottama (3).
Quiconque parvient à trouver ce Purusha, qui fut annoncé comme ParaBrahman (cf. n.2 supra) par le dieu Brahma lui-même aux temps des origines, et qu'Indra découvrit simultanément dans les quatre directions (donc, omniprésent – NdT), parvient à l'immortalité en cette vie-même. Il n'est nulle autre méthode pour atteindre à la libération.
1 Purusha : « personne, esprit conscient » - 1) Le Principe psychique universel; s’oppose à Prakriti dans le système dualiste du Samkhya. Esprit et Matière, respectivement, mais aussi principes mâle et femelle, Purusha est la pure Conscience non-manifestée, par opposition à Prakriti, la nature naturante, l'énergie de la manifestation à travers laquelle les univers se déploient; 2) le véritable Moi, l'âme qui réside dans le corps physique; 3) la Conscience suprême, substrat de toutes les opérations de la substance, Prakriti. Il est alors synonyme d'Être Suprême, d'Âme Suprême ou universelle; Adi Purusha est la Personne-archétype, Parama Purusha est l'Être suprême, et Purushottama est le meilleur parmi les Purushas.
2 Nama : 1) le nom; 2) l’agrégat des noms et des formes dans l’expression nama rupa, qui constituent le Devenir; nama rupa s’oppose ainsi à Sat Chit Ananda, la réalité ontologique.
3 Purushottama : « le meilleur des Purushas » - La Personne divine en tant que Suprême Absolu, transcendant la créature impermanente et son Créateur immuable.
Je suis ce Soleil dont émane la lumière éthérée de l'Akasha (1). Je suis ce Shiva qui est le Soleil de la Connaissance. Je suis la pure lumière de l'Atman. Et je suis aussi toute la lumière que nous connaissons. Om ! »
1 Akasha : « qui n'est pas visible » - L'espace, l'éther, le ciel cosmique. Le milieu spirituel dans lequel la manifestation se déploie. Principe de la matière ultra-subtile qui est le substrat de l’univers, qui sous-tend, soutient et pénètre tout. C'est le plus subtil des cinq éléments-racines, dont la vibration donne naissance au son (shabda), puis à la parole et à l'audition; c'est à partir de ses multiples combinaisons avec les autres éléments-racines que toute la Création a opéré, en utilisant ce véhicule de la Vie et du Son primordial qu'est l'éther; cf. bhuta et les 36 tattvas.
Quiconque lit et médite cette Upanishad de l'Atharva Véda, en retirera autant de bénéfice que d'une lecture des Védas tout entiers. Il parviendra à coup sûr au royaume de Maha Vishnu, le suprême Créateur (1).
1 MahaVishnu : « Le grand Vishnu » est le Dieu suprême du Maha Tattva, l'Univers matériel, dont il est l'artisan créateur, le maître et le possesseur. C'est lui qui fournit l'énergie nécessaire à la création universelle, et c'est de lui qu'émanent les divers avatars. MahaVishnu est l'un des trois aspects majeurs de Vishnu, avec Garbhodakasayi Vishnu, qui est omnipénétrant et crée la diversité des formes et des mondes, et Kshirodakasayi Vishnu, qui est l'Âme suprême universelle, le Paramatman, présent jusque dans le moindre des atomes. « Seule la connaissance des 3 aspects de Vishnu permet la libération définitive des rêts de la matière », dit le Satvata Tantra.
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !
Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !
Ici se termine la Maha-Vakyopanishad, appartenant à l'Atharva Véda.

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