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UPANISHADS DU YOGA Nada-Bindu Upanishad Upanishad de la Semence des sons
Traduite et annotée par M. Buttex
Notes préliminaires - NADA : « le son, la vibration sonore; le ton (échelle musicale) » - À l'état séminal, le Verbe de Brahman (shabdabrahman) vibre sous une forme tripartite : bindu, nada et kala. Ces trois sons mystiques sont synthétisés par le son transcendant, également appelé le Son inaudible ou Paranada, qui est la vibration de l'éternité avant la création de l'univers. Cette vibration extraordinairement pure du Paranada émane d'un champ subtil qui échappe aux régions plus denses où commence de vibrer l'esprit humain dans son registre supérieur. Ce Paranada, en descendant vers les registres plus denses de la Manifestation, devient le Pranava, le Aum, et dans un registre encore plus bas, se transforme en nada, qui n'est pas un son unique mais un groupe de modulations sonores. BINDU : « goutte, point, cellule germinative » - C'est le point situé à l'extrémité supérieure de la lettre Om, où il symbolise Turiya, le quatrième état, ouvert par la vibration sonore (nada) qui prolonge le chant du Om. On peut aussi le considérer comme le point-semence qui a donné naissance à l'Omkara subtil dont on fait l'expérience durant la méditation.
Om ! Que mon discours reflète et s'accorde à mon esprit; Om ! Que la Paix soit en moi !
1. Si la syllabe sacrée Om est un oiseau, c'est un cygne. La lettre ‘A’ est son aile droite, la lettre ‘U’ comme ‘Upanishad’ est son aile gauche; la lettre ‘M’ est sa queue; et l'Ardha Matra (1) est censé représenter sa tête.
2. Rajas et Tamas (1) sont ses pieds, depuis les griffes jusqu'à l'échine; Sattva (1) est son corps; le Dharma (2) est censé briller dans son œil droit, l'Adharma dans son œil gauche.
3. Le Bhuloka (1) se trouve dans ses pieds; le Bhuvarloka, dans ses genoux; le Suvarloka, dans ses reins; et le Maharloka, dans son nombril (sic!).
4. Dans son cœur se trouve le Janaloka; le Tapoloka, dans sa gorge, et le Satyaloka, au centre de son front, entre les sourcils (re-sic! Cet oiseau a décidément tout de l'anatomie humaine!) 5(a). Il y a le Matra (ou Mantra) qui se trouve au-delà du Sahasrara aux mille pétales (le chakra coronal), et c'est lui qu'il faut maintenant expliquer. 5(b)-6(a). Un adepte du Yoga qui chevauche le Cygne (1) n'est plus affecté par les influences karmiques, et les effets de dix crores (2) d'actes négatifs sont éradiqués.
6(b)-7. Le premier Matra (ou Mantra) possède Agni comme Devata (divinité tutélaire); le second, Vayu; le troisième est resplendissant à l'égal de la sphère du Soleil; quant au dernier, l'Ardha Matra (cf. shloka 1), le sage sait qu'il appartient à Varuna, la divinité tutélaire des océans et des fleuves. 8. Chacun de ces Matras possède trois parties (Kalas), dont l'ensemble s'appelle l'Omkara (1). Il faut les connaître au moyen de Dharana (2), en se concentrant sur les 12 Kalas, qui sont les variations des quatre Matras de base en trois Svaras ou intonations particulières.
9-11. Le premier Matra est appelé Ghoshini, “à la riche sonorité”; le second, Vidyunmali (ou Vidyunmatra), “couronné par l'éclair”; le troisième, Patangini, “plaisir de l'envol”; le quatrième, Vayuvegini, “à la célérité du vent”; le cinquième, Namadheya, “qui a un nom”; le sixième, Aindri, “sacré pour Indra”; le septième, Vaishnavi, “de Vishnu”; le huitième, Sankari, “de Shankara (Shiva), le Dispensateur de félicité”; le neuvième, Mahati, “le grand”; le dixième, Dhriti (Dhruva), “fermement établi”; le onzième, Nari (Mauni), “le silencieux”; et le douzième, Brahmi, “de Brahma”. 12. S'il se trouve qu'un méditant meure en pleine contemplation sur le premier Matra, il renaît alors comme empereur dans le Bharata varsha, le continent indien. 13. Si c'est sur le second Matra, il sera dans sa prochaine vie un illustre Yaksha, génie des trésors souterrains; si c'est sur le troisième, il sera un Vidyadhara, un porteur de Sagesse; et si c'est sur le quatrième, il sera un Gandharva, un musicien céleste. 14. S'il se trouve qu'il meure en pleine contemplation sur le cinquième Matra, l'Ardha-Matra (cf. shloka 1), il se réincarnera sur le monde lunaire, en tant que divinité réputée et glorifiée. 15. Si c'est sur le sixième, il ira se fondre dans l'union à Indra; si c'est sur le septième, il atteindra le trône de Vishnu; si c'est sur le huitième, ce sera le trône de Rudra, le Seigneur de toutes les créatures. 16. Si c'est sur le neuvième, il ira se réincarner dans le monde des Devas, le Maharloka (cf. shloka 3); si c'est sur le dixième, dans le monde de la Pensée créatrice, le Janaloka; si c'est sur le onzième, dans le monde abstrait de la Causalité, le Tapoloka; et enfin, si c'est sur le douzième, il atteindra au monde de la Réalité éternelle, le Brahmaloka. 17. Cela qui se trouve au-delà de ces mondes, le ParaBrahman (1), hors d'atteinte de tous ces Matras, le Pur, l'Omniprésent, hors de portée des Kalas (les 12 variations – cf. shloka 8-9), l'à jamais Resplendissant à la source de tous les astres lumineux (jyotish) (2) – c'est Cela qu'il faut connaître.
18. Quand la conscience s'émancipe des organes des sens et du mental (1) ainsi que des gunas (cf. shloka 2) et s'absorbe dans la contemplation, n'ayant plus d'existence séparée, plus d'activité mentale, l'assistance d'un guru devient nécessaire pour guider le disciple vers de nouveaux champs de conscience.
19. Pour le disciple chez qui la contemplation est devenue un engagement constant, qui s'y trouve totalement absorbé, il est alors bon de s'émanciper peu à peu de ses besoins corporels, de ses liens familiaux, et de suivre les préceptes du Yoga, évitant pour cela les contacts superflus avec la vie dans le monde. 20. Quant à celui qui s'est émancipé des liens du karma et de l'existence en tant qu'entité individuelle distincte (jiva) (1), qui est ainsi devenu pure existence, il jouit de la Félicité suprême, il a atteint à l'état d'union avec Brahman, dans le plan du Brahmaloka (cf. shloka 3).
21. Ô toi qui es intelligent, utilise ta vie à la connaissance de cette suprême Félicité, qui te permettra de subir l'intégralité de ton prarabdha karma (1) avec dignité, sans te plaindre.
22-23(a). Car, même après l'éveil de l'Atma-Jnana (1), le prarabdha karma continue son cours; mais il n'est plus ressenti (comme une donnée qui s'imposerait avec force dans la conscience, quoiqu'il continue de se dérouler – NdT) après l'aube de Tattva-Jnana (2), car le corps et toutes les notions dérivées sont apparus comme Asat (3), telles les choses entr'aperçues en rêve qui s'estompent puis disparaissent au réveil.
23(b)-24. Cette portion du karma qui a été engendrée à partir de vies antérieures et que l'on nomme prarabdha, n'affecte plus le Tattva-Jnani, celui qui a atteint à la connaissance de la Vérité absolue, car il n'est plus de renaissance pour lui. Tout comme le corps que nous utilisons en rêve, son corps physique n'est pas réel. 25(a). Mais alors, pourrait-on se demander, comment peut-il y avoir renaissance d'une chose qui n'est qu'illusoire ? Et comment une chose peut-elle posséder l'existence, alors même qu'aucune naissance n'y a présidé ? 25(b)-26(a). De même que l'argile est la cause matérielle du pot que voici, de même, nous enseigne le Védanta, c'est l'Ajnana, la nescience fondamentale (1), qui est la cause matérielle de cet univers. Alors, dès lors qu'a cessé l'Ajnana, où donc est passé le cosmos ?
26(b)-27. Tout comme – sous le coup de l'illusion – on prend une corde pour un serpent, ainsi l'ignorant – sous le coup de son ignorance de Satya, la Vérité éternelle (1) – voit le monde autour de lui comme “existant pour de vrai”. Dès lors qu'on a reconnu qu'il s'agit d'un morceau de corde, l'idée illusoire du serpent s'évanouit.
28-29(a). Ainsi, pour qui connaît ce substrat d'Éternité sous-jacent à la totalité universelle, l'univers est désormais synonyme de vacuité. Or, son propre corps fait partie de ce monde : où donc situerait-il son prarabdha karma ? En conséquence, on accepte ce terme “prarabdha karma” uniquement comme moyen d'éclairer les ignorants. 29(b)-30. Puis, avec le temps, comme son prarabdha karma s'est épuisé, le yogi qui entend le son résultant de l'union du Pranava Om (cf. shloka 8) et de Brahman en tant que splendeur radieuse de l'absolue Plénitude, Cela qui possède et prodigue tout le bien, – ce yogi se met à briller de lui-même comme le soleil à l'éclaircie d'un ciel nuageux. 31. Assis dans la posture Siddhasana (1) et pratiquant le mudra (2) de Vishnu, le disciple yogi doit entendre le son intérieur résonner en permanence dans l'oreille droite.
32. Le son qu'il étudie ainsi le rend insensible à tous les sons extérieurs. Surmontant progressivement tous les obstacles, il entre en état de Turiya (1) dans les quinze jours qui suivent.
33. Dans les débuts de sa pratique, il entend à maintes reprises des sons forts. Ceux-ci s'allègent graduellement, montant la gamme et devenant de plus en plus subtils. 34. Les sons sont d'abord ceux de l'océan, des nuages, de la timbale (percussion musicale) et des cataractes; dans l'étape intermédiaire, ceux du Mardala (instrument musical), de cloches et du cor. 35. Dans l'étape finale, ceux des cloches tintinnabulantes, de la flûte, du Vina (instrument musical de la famille du luth) et des abeilles bourdonnantes. C'est ainsi qu'il entend des sons s'échelonnant sur une échelle ascendante de subtilité. 36. Arrivé à l'étape où la grande timbale commence à se faire entendre, il doit s'évertuer à distinguer des sonorités de plus en plus subtiles, et elles exclusivement. 37. Il peut faire basculer sa concentration des sons grossiers (1) aux sons subtils, et vice versa, mais il ne doit pas laisser son esprit se distraire vers les sons physiques environnants.
38. La conscience qui s'est habituée à se concentrer sur tel ou tel son intérieur, s'y fixe fermement et se laisse aisément absorber en lui. 39. Devenant insensible aux impressions extérieures, la conscience s'unit au son aussi intimement que l'eau versée dans le lait, et devient rapidement absorbée en Chidakasha (1), l'espace éthéré où prédomine la pure conscience (2).
40. Devenu indifférent à tous les objets, le yogi qui a contrôlé ses passions doit, au moyen d'une pratique continuelle, concentrer son attention sur le son qui détruit toute pensée. 41. Ayant abandonné toutes pensées et s'étant libéré de toute activité, le yogi doit concentrer en permanence son attention sur ce son; alors, son mental tout entier (chitta) (1) devient absorbé en lui.
42-43(a). Tout comme l'abeille qui butine le suc des fleurs ne se soucie pas de leur odeur, ainsi le mental (chitta) qui est toujours absorbé par le son intérieur ne se languit plus des objets des sens, et semble captivé par la douce fragrance de Nada, le son, au point d'en avoir abandonné sa nature versatile. 43(b)-44(a). Le serpent Chitta, captivé par l'écoute de Nada, se laisse totalement absorber par lui et, perdant conscience de toute autre donnée, se concentre exclusivement sur lui. 44(b)-45(a). Nada, le son, est utilisé comme on le ferait d'un aiguillon pour maîtriser l'éléphant pris d'ivresse – à savoir Chitta, le mental qui sillonne de part en part ce jardin des délices que sont les objets des sens. 45(b)-46(a). Il est utilisé comme on le fait d'un piège pour capturer le daim – à savoir Chitta. Il est aussi figuré tel un rivage face aux vagues de l'océan de Chitta. 46(b)-47(a). Nada, le son, qui procède du Pranava Om , participe de par sa nature à la rayonnante splendeur de Brahman (1); la conscience est susceptible de s'absorber entièrement en lui; tel est le siège suprême de Vishnu (cf. shlokas 15 et 31).
47(b)-48(a). Le son existe pour la conscience, jusqu'à ce qu'apparaisse la volonté comme conception créatrice dans l'Akasha (Akasha-Sankalpa) (1). Au-delà de cette étape, se trouve le Parabrahman (cf. shloka 17) de pur silence (sans son, ashabda), autrement dit le Paramatman (2).
48(b). Manas, le mental instinctif (1), est coexistant au son et cesse là où cesse celui-ci; là où a cessé le son, se trouve l'état nommé Unmani de Manas, dans lequel l'être se tient au-dessus de toute conscience via le mental.
49(a). Le dernier son a été absorbé dans l'Akshara (1), l'Indestructible, et l'état de pur silence (sans son, ashabda) est le trône du Suprême.
49(b)-50(a). Le mental qui, de pair avec le travail sur l'énergie vitale et le souffle (pranayama), a vu ses liens karmiques détruits peu à peu par la concentration perpétuelle sur Nada, le son, est absorbé dans l'Unique, le Pur. Il n'y a aucun doute à ce sujet. 50(b)-51(a). D'innombrables myriades de Nadas et bien plus de Bindus (1) – tous sont absorbés par le Pranava qui mène à Brahman.
51(b)-52a). Affranchi de tous les états comme de toutes les pensées, aussi subtiles soient-elles, le yogi demeure tel un cadavre. Il est un libéré, Mukta. Il n'y a aucun doute à ce sujet. 52(b). Après cela, à aucun moment il ne sera susceptible d'entendre de nouveau les sons de la conque ou ceux du Dundubhi (grande timbale). 53. Le corps de celui qui est en état d'Unmani, la totale absorption (cf. shloka 48b), est aussi peu sensible qu'un morceau de bois, il ne ressent ni chaleur ni froid, ni joie ni souffrance. 54. La conscience globale (Chitta) (1) du yogi qui a abandonné les différenciations telles qu'une réputation bonne ou mauvaise, se tient en Samadhi (2), bien au-dessus des trois états du mental (3).
55. Désormais libéré de la nécessité d'alterner veille et sommeil – avec et sans rêves, il est parvenu à sa nature authentique. 56. Quand la vision spirituelle est fixée fermement, sans reposer sur aucun objet, quand la respiration (Prana) s'amenuise et demeure quasi imperceptible, sans aucun effort de la part du yogi, et quand la conscience globale (Chitta) reste pleinement vigilante, sans aucun objet en guise de support, alors le yogi a pris la forme de la résonance intérieure du Pranava qui est Brahman.
Om ! Que mon discours reflète et s'accorde à mon esprit; Om ! Que la Paix soit en moi ! Ici se termine la Nadabindopanishad, appartenant au Rig Véda.
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