|
Swami Sivananda (1887-1963) et quatre disciples, à Rhishikesh. UPANISHADS MAJEURES
Prashna Upanishad Upanishad du questionnement
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
I-1: Sukesa, fils de Bharadvaja; Satyakama, fils de Sibi; le petit-fils de Surya, né dans la famille des Garga; Kausalya, fils d'Asvala; un rejeton de la lignée de Bhrigu, né à Vidarbha; ils étaient tous dévoués à Brahman, tous ils s'étaient engagés dans la voie vers la réalisation de Brahman, et fermement résolus dans leur quête du suprême Brahman, ils se munirent un jour de fagots de bois et approchèrent le vénérable Pippalada, avec la pensée confiante “Ce sage-ci va certainement tout nous dire à propos de Brahman.” I-2: Le voyant (1) leur déclara : « Vivez ici encore une année de façon convenable, en contrôlant vos sens (2), en pratiquant l'abstinence (3) et en développant votre foi (4). Vous pourrez ensuite me questionner à votre guise. Dans la mesure de mon savoir, j'éclaircirai tous vos questionnements.
I-3: Après ce délai, Kabandhi, descendant de Katya, alla trouver le rishi Pippalada et lui posa cette question : « Vénérable maître, à quelle origine attribuer la naissance de toutes ces créatures ? » I-4: Le sage lui répondit : « Le Seigneur des créatures (1) eut le désir d'une progéniture. Il passa en revue les annales des ères védiques passées. Il médita sur cette somme de savoir, puis Il créa un couple – nourriture et Prana (2) – avec l'idée suivante : « Ces deux vont engendrer des créatures d'innombrables sortes, à mon intention. »
I-5: Le Soleil est Prana, en vérité; et la Lune est nourriture, en vérité. Quoi que ce soit qui puisse être, grossier * ou subtil, est uniquement nourriture. Le grossier – pour le distinguer du subtil – est en vérité la nourriture du subtil.
I-6: Examinons maintenant le fait que le soleil, lorsqu'il se lève, pénètre dans l'horizon oriental; en conséquence, il absorbe dans ses rayons toutes les créatures peuplant l'orient. De même, il pénètre successivement dans l'horizon méridional, puis occidental, puis septentrional, il atteint le nadir puis le zénith, dépassant les points intermédiaires du zodiaque, et ce faisant, il illumine tous les horizons; en conséquence, il absorbe dans ses rayons la totalité des créatures vivantes. I-7: C'est bien lui qui se lève, qui est Prana et Feu, qui est identique en toutes les créatures, et qui a pris toutes les formes du vivant. C'est bien de lui que parle ce verset du Véda : I-8: « Ceux qui ont réalisé Brahman connaissent Celui qui a pris toutes les formes du vivant, dont les rayons ardents engendrent l'illumination, qui est refuge et unique lumière pour tous, feu à la source de toute chaleur. C'est Lui, le Soleil qui se lève, le Soleil qui possède des rais par milliers, qui s'épand sous des centaines de formes et donne substance vitale à toutes les créatures. » I-9: L'année est en vérité Prajapati, le Seigneur des créatures. Vers Lui, il est deux voies : celle du sud et celle du nord. Par celle du sud, ceux qui suivent les prescriptions relatives aux sacrifices et favorables à l'intérêt public (ce qui relève donc du domaine des actes, karma, et de leurs conséquences), ceux-là conquièrent le monde de la Lune. Ce sont eux qui reviennent ici-bas. Aussi, ceux-là qui ont vu le ciel lunaire, qui ont gardé le désir d'une progéniture, atteignent-ils le Seigneur par la voie du sud. Cette voie des ancêtres est nourriture, en vérité. I-10: Quant à ceux qui recherchent le Soi en s'aidant du contrôle des sens, de l'abstinence, de la foi et de la méditation, ils conquièrent le Soleil en empruntant la voie du nord. Car Il est le refuge de tout ce qui vit, Il est indestructible et ne connaît pas la crainte. Car Il est le but suprême, et ceux qui L'ont atteint ne s'en reviennent plus jamais. Il est, Lui, hors de portée de l'ignorant, qui ne peut Le réaliser. À ce propos, voici un verset du Véda : I-11: « Selon certains, ce Soleil possède cinq pieds, Il est le père, formé de douze membres, et Il est empli d'eau dans le séjour suprême qui surplombe le ciel. Mais il en est d'autres, selon qui ce Soleil est l'Omniscient, possédant sept roues et six moyeux, sur lesquelles est arrimé l'univers tout entier. I-12: Le mois est Prajapati, le Seigneur des créatures, en vérité. La quinzaine sombre est Sa nourriture, la quinzaine claire Son Prana. Voilà pourquoi les voyants accomplissent les sacrifices durant la quinzaine claire. Quant aux autres, la quinzaine sombre leur est réservée pour le même usage. I-13: Jour et nuit sont en vérité Prajapati. Le jour est sûrement Son Prana, et la nuit Sa nourriture, certainement. Ceux qui s'adonnent aux plaisirs charnels durant le jour gaspillent leur Prana. Mais laisser libre cours à ses passions charnelles durant la nuit est tout aussi favorable que la chasteté. I-14: Toute nourriture n'est rien d'autre que Prajapati, le Seigneur de toutes les créatures. C'est d'elle que provient la semence humaine. Et c'est de celle-ci que furent engendrés tous ces vivants. I-15: Ceci étant, ceux qui suivent le vœu de Prajapati, si bien connu, engendrent des fils et des filles. Ceux qui observent les vœux et la continence et chez qui est bannie à jamais toute forme de fausseté, à eux seuls est réservé le monde de la Lune. I-16: Ceux chez qui il n'y a ni duplicité, ni fausseté, ni dissimulation, à eux seuls est réservé le monde parfait de Brahman. »
II-1: Ensuite, un rejeton de la lignée de Brighu, né à Vidarbha, posa à Pippalada la question suivante : « Maître, quel nombre exact de devas (1) soutiennent les créatures ? Et parmi eux, lesquels manifestent cette gloire ? Et lequel est le principal d'entre eux ? »
II-2: Le voyant Pippalada lui répondit : « L'akasha, l'espace éthéré (1), est ce deva, comme aussi l'air, le feu, l'eau et la terre (2), l'organe de la parole, le mental, l'œil et l'oreille. Chacun d'eux exhibe sa gloire, et ils clament : « Sans nul doute, c'est nous qui soutenons ce corps dans sa forme homogène et l'empêchons de se désintégrer. »
II-3: À cela, Prana, qui est leur chef, rétorqua : « Ne vous méprenez pas ! C'est moi qui empêche cette créature de se désintégrer, car je la soutiens en me divisant en cinq souffles vitaux (cf. shloka I-4). » Mais ils restaient incrédules. II-4: Il sembla s'élancer hors du corps, bondissant d'indignation. Comme il prenait son mouvement ascensionnel, tous les autres devas prirent, eux aussi, la voie ascendante; et lorsqu'il s'immobilisa, les autres de même, se figèrent à leur place. Tout comme, dans notre monde, les abeilles se mettent en essaim en s'accordant à la reine qui les prend sous ses ailes et les guide, et se posent lorsqu'elle le fait, ainsi l'organe de la parole, le mental, l'œil et l'oreille, etc. se comportent de façon similaire. Maintenant enchantés [de la prééminence démontrée de Prana], ils commencèrent à Le Louer. II-5: Celui-ci, Prana, brûle comme feu, celui-ci est le Soleil, celui-ci est le nuage, celui-ci est Indra et l'air, celui-ci est la terre et la nourriture. Oui, ce dieu est le grossier et le subtil, mais aussi le nectar.
II-6: Tels des rayons sur le moyeu d'une roue de chariot, toutes les choses sont reliées à Prana – les Rig, Yajur et Sama Védas, les Kshatriyas (1) et les Brahmanes (2).
II-7: C'est Toi, Prana, qui bouges doucement dans la matrice en tant que Seigneur de la création, et c'est Toi qui prends forme et naissance à l'image des parents. Ô Prana, c'est à Toi, qui réside dans les organes, que toutes ces créatures viennent porter des offrandes. II-8: Tu excelles à transmettre leurs libations aux êtres célestes. Tu es l'offrande de nourriture aux mânes des ancêtres, qui précède les autres oblations. Tu es le fonctionnement sain des organes qui constituent l'essence du corps humain, et nous Te reconnaissons à travers les Atharvans (1).
II-9: Ô Prana, Tu es Indra (cf. shloka II-5). Par ta bravoure, Tu es Rudra (1); et Tu es le Protecteur omniprésent (2). Tu te meus dans le ciel – tu es le Soleil, le Seigneur de tous les luminaires.
II-10: Ô Prana, quand Tu te déverses sous forme de pluie, alors toutes ces créatures qui T'appartiennent, ressentent un élan de bonheur à la pensée que « la nourriture nous sera prodiguée jusqu'à ample satiété ». II-11: Ô Prana, Tu n'as pas eu besoin d'être purifié, Tu es le feu Ekarshi (1), le dévorateur, et le Seigneur de tout ce qui existe. C'est nous qui Te portons l'offrande de Ta nourriture. Ô Matarishva (2), Tu es notre Père.
II-12: Pacifie cet aspect de Ta personne qui se loge dans la parole, ainsi que celui qui se loge dans l'oreille, celui de l'œil, et celui qui imprègne l'esprit. Ne Te soulève pas ! II-13: Tout ce qui est en ce monde, comme aussi tout ce qui se trouve dans les cieux, est sous Ton contrôle, Ô Prana. Aussi protège-nous, tout comme une mère protège ses enfants, et ordonne que nous soient attribuées splendeur et intelligence. »
III-1: Puis Kausalya, fils d'Asvala, demanda à Pippalada : « Ô Vénérable, d'où naît ce Prana ? Comment entre-t-Il dans ce corps ? Comment fait-Il pour y résider tout en se divisant ? Comment l'abandonne-t-Il ? Comment fait-Il pour étayer à la fois les objets extérieurs à ce corps et les objets physiques [qui constituent ce corps] ? » III-2: Le sage Pippalada lui répondit : « Tu poses des questions qui transcendent les questions usuelles, car tu es un connaisseur prééminent de Brahman. C'est à ce titre que je te répondrai. III-3: C'est du Soi (1) qu'est né le Prana. Tout comme on peut voir une ombre projetée là où se tient un homme, on peut voir le Prana projeté par le Soi. Et Il pénètre en ce corps en conséquence des actions antérieures de l'entité mentale (2).
III-4: De même que seul le Roi gouverne ses officiers, leur ordonnant : « Tiens l'office de gouverneur dans ces villages, et sur ceux-là », de même le Prana s'engage dans le corps en se séparant selon les organes. III-5: Il place Apana (souffle d'expulsion) dans les deux ouvertures basses. Prana Lui-même, s'échappant de la bouche et des narines, réside dans les yeux et les oreilles. Au milieu du corps, cependant, est placé Samana (énergie d'assimilation), qui distribue équitablement l'énergie engendrée par la nourriture ingérée. De là, s'élèvent ces sept flammes (1).
III-6: Le Soi (le corps subtil du jivatman) se tient en sécurité dans le cœur. Là, cent et une nadis (1), dont chacune se ramifient en cent nouvelles nadis. Chaque rameau se divise en soixante-douze mille sous-rameaux. Parmi eux, Vyana (rétention du souffle et distribution de l'énergie vitale) va et vient.
III-7: Puis enfin, Udana (désintégration à la mort physique par assimilation des énergies matérielles en énergies subtiles), lorsqu'il emprunte la voie ascensionnelle, mène vers un monde de vertu en résultat d'une vie vertueuse, vers un monde de souffrances et de négativité en résultat d'une vie similaire, ou vers le monde humain en résultat d'une vie présentant ces deux caractéristiques. III-8: Le soleil est assurément le Prana extériorisé. Il se lève, dévoilant ce Prana aux yeux. Mais cette divinité qui est la Terre, attire à elle l'Apana (souffle d'expulsion) qui est dans l'être humain. Dans l'espace et dans l'air intermédiaire (1), se trouve Samana (énergie d'assimilation). Le souffle le plus utilisé est Vyana (rétention du souffle).
III-9: Quant à ce qui est notoirement reconnu comme luminosité et chaleur, c'est Udana (l'assimilation des énergies matérielles en énergies subtiles). En conséquence, celui chez qui cette luminosité s'éteint, prend le chemin d'une nouvelle naissance en même temps que ses organes se résorbent en pure conscience. III-10: En compagnie de la dernière pensée qui a précédé sa mort, il réintègre [son origine] en Prana. Et Celui-ci, se combinant à Udana (résorption du matériel en spirituel) et s'associant à l'âme, le mène vers le monde qui est en affinités avec ses désirs. III-11: La lignée de descendance de tout homme de savoir qui connaît ainsi Prana, ne connaîtra jamais d'interruption. Il devient lui-même immortel. À ce propos, le mantra suivant est clair : III-12: Connaissant tout du Prana, son origine, les caractéristiques de son arrivée, de son établissement en l'humain et de sa quintuple domination, ainsi que les faits physique de son existence, on obtient l'immortalité. Oui, par cette connaissance, on obtient l'immortalité ! »
IV-1: Ce fut le tour du petit-fils de Surya, né dans la famille des Garga, de poser sa question : « Ô Maître adorable, quels sont donc les organes (1) qui entrent en sommeil en même temps que l'être humain ? Lesquels le maintiennent en état de veille ? Et quelle est la divinité qui est le rêveur en lui ? À qui survient l'état de félicité ? Et en qui fusionnent tous ces organes et états de conscience d'un individu ? »
IV-2: Pippalada lui répondit : « Ô Gargya, de même que tous les rayons du soleil couchant se fondent dans cette orbe de lumière, et qu'ils se dispersent de nouveau en tous sens à son lever, de la même manière tout cela se fond dans la divinité suprême, Chitta (1). D'où il s'ensuit que cet individu n'entend plus, ne voit plus, ne sent plus par l'odorat, ne goûte plus, ne sent plus par le toucher, ne parle plus, ne saisit plus, ne jouit plus de rien, n'expulse plus rien, ne bouge plus. On dit : « Il est endormi. »
IV-3: Ce sont les feux – du moins les fonctions de nature ignée – du Prana qui, en réalité, demeurent à l'état de veille dans cette cité qu'est le corps [endormi, tout aussi bien - NdT]. Ce feu qui est Apana (souffle d'expulsion) ressemble en réalité au feu Garhapatya, le feu rituel du foyer domestique; celui de Vyana (rétention du souffle) ressemble au feu Anvaharyapacana, le feu rituel de la cuisson sacrificielle; puisque le feu Ahavaniya, le feu rituel de l'oblation sacrificielle, est obtenu à partir du feu Garhapatya, qui est donc sa source d'extraction, par conséquent Prana se conforme à Ahavaniya, car ce dernier est issu d'Apana. IV-4: Samana (énergie d'assimilation) est le prêtre dénommé Hota (1), car il instaure un équilibre entre expir et inspir, lesquels peuvent se comparer à deux oblations. L'esprit, chitta, est en vérité le sacrificateur. Le fruit désiré est bel et bien Udana (résorption du matériel en spirituel), qui mène le sacrificateur en présence de Brahman, tous les jours.
IV-5: Dans l'état de rêve, cette divinité qu'est l'esprit, chitta, fait l'expérience de l'auguste grandeur. Tout ce qu'il a pu voir, il le revoit; tout ce qu'il a pu entendre, il le ré-entend; tout ce qu'il a pu percevoir en différents lieux et en toutes directions, il l'expérimente encore et encore. Et il perçoit tout cela en devenant lui-même tout ce qui fut vu ou ne le fut pas, entendu ou non, perçu ou non, ainsi que tout ce qui est réel ou irréel. IV-6: Lorsque cette divinité, chitta, est submergée par les rayons de tejas (1) (que l'on appelle aussi pitta, bile), elle ne voit alors plus de rêves. Alors, tout le temps que dure cet état, une certaine félicité envahit tout le corps.
IV-7: Pour illustrer ce point : Tout comme les oiseaux se dirigent vers l'arbre qui leur fournit un abri, ainsi, ô mon bel ami, tout ce qui constitue l'être humain se dirige vers l'Atman, le Soi suprême. IV-8: La terre et son élément subtil, l'eau et son élément subtil, le feu et son élément subtil, l'akasha et son élément subtil, l'organe et l'objet de la vision, l'organe et l'objet de l'ouïe, l'organe et l'objet de l'odorat, l'organe et l'objet du goût, l'organe et l'objet du toucher, l'organe de la parole et le contenu du discours, les mains et l'objet saisi, le sexe et sa jouissance, l'organe de l'excrétion et les excréments, les pieds et l'espace parcouru, le mental et le contenu de la pensée, l'intelligence et le contenu de la compréhension, l'égoïsme et le contenu de l'intérêt personnel, la conscience et le contenu de la prise de conscience, l'éclat de la peau et ce que cela révèle, le Prana [en tant qu'énergie vitale - NdT] et tout ce qui est relié et assemblé par lui. *
IV-9: Et qui est celui qui voit, touche, entend, sent, goûte, pense, évalue et calcule, agit et fait ? ? Le Purusha (1), qui emplit tout le corps et les sens, qui est par nature le connaisseur, qui devient intégralement établi dans le Soi suprême, immuable.
IV-10: Quiconque réalise cet Immuable dépourvu d'ombre, de corps, de couleur, et absolument pur, atteint le Suprême immuable, en personne. Ô mon bel ami, quiconque parvient à la réalisation, devient omniscient et [développe] tous les attributs [du Soi suprême]. À ce propos, le mantra suivant est clair : IV-11: Ô mon bel ami, il devient omniscient et omnipénétrant, celui qui connaît cet Immuable en quoi fusionnent le Soi qui est Connaissance – le Purusha qui est en soi un connaisseur – ainsi que tous les organes et les éléments (cf. shloka IV-8), accompagnés par leurs divinités tutélaires. »
V-1: Puis ce fut le tour de Satyakama, fils de Sibi, de poser sa question : « Ô Vénérable, quel monde sera la récompense de celui parmi les hommes qui médite intensément sur Om (1) de cette merveilleuse façon, et ce jusqu'à sa mort ? »
V-2: Pippalada lui répondit : « Ô Satyakama, c'est Brahman Lui-même, que l'on connaît sous son aspect inférieur ou supérieur, qui est Om en vérité. Aussi l'âme illuminée atteint-elle soit l'un soit l'autre, au seul moyen du Om. V-3: Méditer sur Om équivalent à une syllabe sonore (1), cela seul suffit à l'illumination et assure une renaissance humaine sur cette Terre. Les mantras et hymnes du Rig Véda mènent à la renaissance humaine. Le méditant y sera doté des attributs de maîtrise de soi, de continence et de foi, et il y fera l'expérience de la grandeur.
V-4: Le gain est autre pour qui médite sur Om équivalent à deux syllabes sonores, il s'identifiera au royaume du mental. Les mantras et hymnes du Yajur Véda le mènent à l'entremonde, le monde lunaire. Après avoir fait l'expérience de la grandeur dans le monde lunaire, il reprend le cycle des renaissances et des morts. V-5: Encore un autre gain pour qui médite sur le suprême Purusha à l'aide de cette syllabe par excellence, Om, possédant trois syllabes sonores; il parviendra à la fusion unitive avec le Soleil, essence de la lumière. Comme un serpent se débarrasse de sa mue, de la même manière il se débarrasse du négatif et il se hausse jusqu'au monde de Brahma, l'Hiranyagarbha (1), mené par les mantras et hymnes du Sama Véda. Là, à partir de cette somme totale des créatures qu'est Hiranyagarbha, il contemple le suprême Purusha qui pénètre la moindre créature tout en étant plus élevé que le suprêmement élevé. À ce propos, le mantra suivant est clair :
V-6: Les trois lettres A–U–M, en soi, demeurent à l'intérieur de l'orbe de la mort. Mais si elles sont étroitement unies l'une à l'autre, sans être appliquées avec des connotations divergentes à différents objets, et restent appliquées aux trois champs d'action – extérieur, intérieur et intermédiaire – en bonne et due forme selon les circonstances, alors l'homme parvenu à l'illumination ne tremble plus et demeure inébranlable. V-7: L'homme intelligent peut connaître ce monde qui est atteignable au moyen des mantras du Rig Véda, l'espace intermédiaire atteignable au moyen des mantras du Yajur Véda, et celui qui est atteignable au moyen des mantras du Sama Véda. Mais l'homme parvenu à l'illumination atteint, quant à lui, ce triple monde par le seul moyen du Om; et en s'aidant du Om, il parvient en surplus à cela qui est la Réalité suprême, cela qui est paisible, au-delà du vieillissement, de la mort ou de la crainte. »
VI-1: Enfin, ce fut Sukesa, fils de Bharadvaja, qui posa la dernière question : « Ô Maître vénérable, Hiranyanabha, un prince du Kosala, est venu me trouver et m'a posé cette question : « Bharadvaja, as-tu connaissance du Purusha (cf. shloka IV-9) qui possède seize membres ? » À cela, j'ai répondu : « Non, je n'en ai pas connaissance. Si c'était le cas, pourquoi ne t'en aurais-je pas parlé ? Car quiconque prononce une déclaration mensongère sèche sur place, jusqu'aux racines. Comment donc pourrais-je me permettre un mensonge ! » En silence, il est remonté sur son chariot et s'en est allé. Et moi, à propos de ce Purusha, je te demande : « En quel lieu existe-t-Il ? » VI-2: Pippalada lui répondit : « Ô mon ami, ici-même, à l'intérieur de ce corps, se trouve ce Purusha en qui ces seize membres ont leur origine. VI-3: Ce Purusha délibéra : « En résultat du départ de quel membre me dresserai-Je [hors de ce corps - NdT] ? Et en résultat de la continuité de quel membre resterai-Je établi [en ce corps - NdT] ? VI-4: Il créa donc Prana (cf. shloka I-4); puis, à partir de Prana, Il créa la foi, l'espace (akasha – cf. shloka II-2), l'air, le feu, l'eau, la terre, les organes (cf. shloka IV-1), le mental, la nourriture; à partir de celle-ci, Il créa la vigueur, la maîtrise de soi, les mantras, les rites, les mondes, les noms (1) [et les formes] dans ces mondes. *
VI-5: En voici une illustration : De même que ces rivières qui s'écoulent ont pour direction la mer, y sont absorbées en l'atteignant, que leurs noms et formes sont annihilés et qu'on ne les appelle plus que “mer”, de même ces seize membres qui constituent l'omniscient Purusha, possèdent ce même Purusha comme finalité, s'y fondent et disparaissent en L'atteignant, leurs noms et formes sont annihilés et on ne les appelle plus que “Purusha”. Un tel homme, parvenu à la réalisation, est libéré de ses constituants et devient immortel. À ce propos, le mantra suivant est clair : VI-6: Il te faut connaître ce Purusha qui vaut d'être connu et en qui sont solidement fixés tous les membres, à l'image des rayons fixés dans le moyeu d'une roue de chariot, afin que la mort ne puisse plus t'affliger en nul lieu du monde. » VI-7: À l'intention de tous ses visiteurs, Pippalada ajouta : « Ma connaissance du suprême Brahman ne va pas plus loin. Au-delà, il n'y a plus rien. » VI-8: Ils lui rendirent les hommages de leur vénération, ajoutant : « Oui, en vérité, tu es notre père spirituel, qui nous a menés à l'autre rive, par-delà le fleuve de la nescience. Salutations aux grands voyants ! Oui, salutations aux grands voyants ! »
Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Ici se termine la Prashnopanishad, appartenant à l'Atharva Véda.
|