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Swami Sivananda (1887-1963) et quatre disciples, à Rhishikesh

UPANISHADS MAJEURES

Prashna Upanishad

Upanishad du questionnement


Traduite et annotée par M. Buttex
D'après la version anglaise du Swami Gambhirananda
Publiée par Advaita Ashram, Calcutta
,
et celle de Paul Deussen, reprise par les Prof. V.M. Bedekar et G.B. Palsule

 

             Quatrième Upanishad du canon Muktika, appartenant à l'Atharva Véda et classée comme Upanishad majeure.

             Prashna signifie question. Six questions, six étudiants en quête de Brahman , six réponses développées avec profondeur et rigueur par le sage Pippalada. La première réponse de Pippalada : « Faites pénitence pendant toute une année. On verra après ! » La suite est dans l'Upanishad... Sont abordés les points suivants : 1) Prana et soleil, qui sont à l'origine des créatures, 2) les dévas qui gouvernent le corps, sous la prééminence de Prana, 3) élucidation de Prana dans toute sa complexité, 4) élucidation du deva supérieur du mental, au-delà des trois états de conscience, 5) pouvoirs et promesses des trois pratiques du mantra Om, et enfin 6) élucidation du Purusha suprême en qui se résorbe la voie spirituelle, au-delà duquel plus rien ne peut plus être dit au sujet de Brahman.

 

 

Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
Leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !


Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

             I-1: Sukesha, fils de Bharadvaja; Satyakama, fils de Sibi; le petit-fils de Surya, né dans la famille des Garga; Kausalya, fils d'Asvala; Bhargava, de Vidarbha; et Kabandhi, descendant de Katya... ils étaient tous dévoués à Brahman et engagés sur la voie de Brahman. Résolus dans leur quête du suprême Brahman, ils se munirent un jour de fagots de bois et approchèrent le vénérable Pippalada, en se disant : “Ce sage éminent (Bhagavan) va tout nous révéler.”

             I-2: Ce Voyant (Rishi) leur déclara : « Vivez ici avec moi durant toute une année, de façon convenable, en pratiquant une ascèse (tapas), l'étude de Brahman (brahmacharya) et la foi (shraddha). Vous pourrez ensuite me questionner à votre guise. Dans la mesure de mon savoir, je vous expliquerai tout. »

             I-3: L'année expirée, Kabandhi, descendant de Katya, alla trouver Pippalada, le Voyant, et lui demanda : « Vénérable maître, quelle est l'origine de toutes ces créatures ? »

             I-4: Le sage lui répondit : « Prajapati, le Progéniteur, eut le désir d'une progéniture. Il pratiqua une ascèse. Après cela, il créa un couple : Rayi (la matière, en tant que richesses) et Prana, le souffle de vie* – avec l'idée suivante : « Ces deux-là vont engendrer pour moi d'innombrables créatures.  »

* Selon Shankara, Rayi représente la lune, en tant que mère nourricière, elle-même nourriture des créatures, métaphore de la matière et de ses perpétuelles métamorphoses, tandis que Prana symbolise le soleil, assimilé au feu d'Agni, qui consomme cette nourriture, à la fois destructeur de ce qui a été créé et fécondateur de ce qui va aussitôt le remplacer.
Pour simplifier la lecture de ce texte, on peut fort bien assimiler le couple Rayi-Prana à la matière et l'énergie.

             I-5: Le Soleil est Prana, et la Lune est Rayi, en vérité. Rayi est tout ceci qui existe, ce qui possède forme comme ce qui est sans forme. Aussi la forme en soi est-elle Rayi.

             I-6: Or le soleil, lorsqu'il se lève, pénètre dans l'horizon oriental et ses rayons absorbent les souffles de vie de l'orient. De même, il pénètre successivement dans l'horizon méridional, puis occidental, puis septentrional, il atteint le nadir puis le zénith, dépassant les points intermédiaires du zodiaque et, ce faisant, il illumine tous les horizons; en conséquence, ses rayons absorbent la totalité des souffles de vie.

             I-7: Ce feu, disséminé en toutes les créatures (Vaishvanara) et sous toutes les formes du vivant (Vishvarupa), se lève en tant que souffle de vie. À ce propos, on trouve ce verset du Véda :

             I-8: « Omniprésent, doré, omniscient, but ultime, unique lumière, source de chaleur, aux milliers de rayons, aux centaines de formes, ce soleil se lève, souffle de vie en toute créature. »

             I-9: Prajapati est l'année, en vérité. En l'année, il est deux voies solaires : celle du sud et celle du nord. Ceux qui pratiquent un culte selon l'adage « Le sacrifice et les œuvres pieuses, voilà ce que nous avons accompli », ceux-là ne parviennent qu'au monde lunaire (après leur mort). Ce sont eux qui reviennent ici-bas. Aussi les sages qui désirent une progéniture prennent-ils cette voie du sud. La voie des ancêtres, c'est la matière.

             I-10: Ceux qui recherchent l'Atman par l'ascèse, l'étude de Brahman, la foi et la connaissance, prennent la voie du sud et parviennent au monde solaire (après leur mort). C'est le refuge de tous les souffles de vie. Il est l'Immortel et ne connaît pas la crainte. Il est le but suprême, et ceux qui l'ont atteint ne s'en reviennent plus. À ce propos, on trouve ce verset:

             I-11: « Le Père possède cinq pieds et douze membres*, il est empli d'eau, dans la moitié supérieure du ciel. Pour d'autres, il est un sage dans un chariot à sept roues et six rayons. »

* les cinq pieds sont les cinq saisons (nos quatre saisons, plus la mousson, le pré-hiver et l'hiver étant comptés comme une seule saison) et les douze membres sont les douze mois de l'année. Les six rayons sont les six saisons (printemps, été, mousson, automne, pré-hiver et hiver), et les sept roues sont les hémisphères, les saisons, les mois, les quinzaines, les jours, les heures et les minutes.

             I-12: Prajapati est le mois, en vérité. La quinzaine sombre est matière, la quinzaine claire souffle de vie. Voilà pourquoi les sages (qui vénèrent le souffle de vie) accomplissent les sacrifices durant la quinzaine claire, et les autres durant la quinzaine sombre.

             I-13: Prajapati est le jour et la nuit, en vérité. Son jour, c'est le souffle de vie, sa nuit, c'est la matière. Aussi ceux qui s'adonnent à l'acte sexuel durant le jour gaspillent-ils leur souffle de vie; la pratique de l'étudiant en Brahman est de s'adonner à l'acte sexuel durant la nuit.

             I-14: Prajapati est la nourriture (anna), en vérité. C'est d'elle que provient la semence humaine dont sont engendrées toutes ces créatures.

             I-15: Ceux qui suivent cette observance de Prajapati pratiquent l'acte sexuel à la façon de Prajapati, comme indiqué ci-dessus, aussi engendrent-ils des fils et des filles. Il est à eux, le monde de Brahman, eux qui pratiquent une ascèse et chez qui la quête de Brahman est fermement enracinée.

             I-16: Il est à eux, le monde de Brahman, eux qui sont purs, sans duplicité, ni fausseté, ni illusion. »

 

 

             II-1: Ensuite, Bhargava de Vidarbha posa à Pippalada la question suivante : « Vénérable maître, combien de dévas (divinités mineures) soutiennent les créatures ? Et parmi eux, lesquels illuminent ce corps ? Et lequel est le principal d'entre eux ?  »

             II-2:  Le voyant lui répondit : « L'akasha, l'espace éthéré, est ce déva, comme aussi l'air, le feu, l'eau et la terre, l'organe de la parole, le mental, l'œil et l'oreille. Chacun d'eux, parce qu'ils illuminent le corps, clamèrent : « C'est nous qui soutenons ce corps (dans sa forme homogène) et le maintenons en vie. »*

* Cf. Chandogya Upanishad, V-1-1 à 15, où une dispute analogue intervient entre les cinq organes sensoriels et le Prana.

             II-3: Prana, qui est leur chef, rétorqua : « Ne vous méprenez pas ! C'est moi qui empêche cette créature de se désintégrer, car je la soutiens en me divisant en cinq souffles vitaux. » Mais ils restaient incrédules.

             II-4: Il sembla s'élancer hors du corps, bondissant d'indignation. Comme il prenait son mouvement ascensionnel, tous les autres dévas prirent eux aussi la voie ascendante; et lorsqu'il s'immobilisa, les autres de même se figèrent à leur place. Tout comme dans notre monde, les abeilles se mettent en essaim en s'accordant à la reine, qui les prend sous ses ailes et les guide, et se posent lorsqu'elle le fait, ainsi l'organe de la parole, le mental, l'œil et l'oreille, etc. se comportent de façon similaire. À présent enchantés, les dévas entonnèrent un chant de louange :

             II-5: « Prana brûle comme le feu et brille comme le soleil. Il est la pluie (Parjyana, frère d'Indra), il est le Généreux (Maghavan, épithète d'Indra), il est le Vent (Vayu), la terre et la déesse Rayi. Il est l'être et le non-être, ainsi que l'immortalité.

             II-6: Tels les rayons sur le moyeu d'une roue, toutes les choses sont fixées à Prana – les Rig, Yajur et Sama Védas, le sacrifice, les guerriers (Kshatriyas) et les prêtres (brahmanes).

             II-7: En tant que Prajapati, tu bouges dans la matrice maternelle et tu nais de nouveau. C'est à toi, qui résides dans leurs organes vitaux, que toutes ces créatures viennent porter leurs offrandes.

             II-8: Tu es le premier à transmettre ces offrandes sacrificielles aux dieux. Tu es le premier à transmettre les libations aux ancêtres. Tu es l'accomplissement des Voyants, ainsi que la vérité d'Atharvan et d'Angiras*.

* deux des sept principaux Rishis.

             II-9: Ô Prana, tu es Indra par ta vigueur, et tu es Rudra, le protecteur. Tu te meus dans le ciel, dont tu es le soleil. Tu es le Seigneur de tous les luminaires célestes.

             II-10: Ô Prana, quand tu te déverses sous forme de pluie, alors toutes ces créatures qui t'appartiennent, ressentent un élan de bonheur à la pensée que « la nourriture nous sera prodiguée jusqu'à ample satiété ».

             II-11: Ô Prana, tu es naturellement pur. Tu es le plus sage des sages, le dévorateur, et le Seigneur de tout ce qui existe. C'est nous qui te portons l'offrande de ce que tu dévores. Ô Matarishvan, tu es notre père !

             II-12: La forme sous laquelle tu demeures dans la parole, dans l'oreille et l'œil, et qui se communique au mental, rends-la propice, et ne nous abandonne pas !

             II-13: Cet univers en son entier, comme aussi tout ce qui se trouve dans le troisième ciel*, est sous ton pouvoir, ô Prana. Protège-nous ainsi qu'une mère protège ses enfants, et accorde-nous prospérité et sagesse. »

* ciel d'Indra, ou Svarga Loka.

 

 

             III-1: Puis Kausalya, fils d'Asvala, demanda à Pippalada : « Vénérable maître, d'où naît ce souffle de vie ? Comment entre-t-il dans ce corps ? Comment fait-il pour s'y diviser, tandis que l'Atman y demeure établi ? Par où le quitte-t-il ? Comment est-il en relation avec le monde extérieur et avec l'âme intérieure ? »

             III-2: Le sage lui répondit : « Tu poses des questions qui transcendent les limites habituelles. Mais puisque tu es un connaisseur prééminent de Brahman, je te répondrai

             III-3: C'est de l'Atman que naît le souffle de vie. Tout comme une ombre est projetée par un homme, le souffle de vie est projeté par l'Atman. Et c'est par la volonté du mental qu'il pénètre en ce corps.

             III-4: De même qu'un roi gouverne seul ses officiers, leur ordonnant d'administrer tels et tels villages, de même le souffle de vie attribue aux autres souffles leur rôle, chacun séparément.

             III-5: Il place Apana (souffle d'expulsion) dans les deux ouvertures basses. Prana lui-même, s'échappant de la bouche et des narines, réside dans les yeux et les oreilles. Au milieu du corps, cependant, est placé Samana (énergie d'assimilation), qui distribue équitablement l'énergie engendrée par la nourriture. De là, s'élèvent ces sept flammes*.

* Quelles sont ces sept flammes ? Shankara, dans ses gloses sur cette Upanishad, disent qu'elles s'élèvent de la tête, sans plus préciser. Elles doivent correspondre aux sept ouvertures de la tête : yeux, oreilles, narines, bouche.

             III-6: C'est cependant dans le cœur que réside l'Atman. Là, il est cent et une nadis (artères subtiles), dont chacune se ramifient en cent nouvelles nadis. Chaque rameau se divise en soixante-douze mille sous-rameaux. Parmi eux, Vyana (rétention du souffle et distribution de l'énergie vitale) va et vient.

             III-7: Puis Udana (cohésion des énergies et désintégration à la mort), au mouvement ascendant, mène vers le monde du bien l'homme dont les actes sont purs, vers le monde de la souffrances celui dont les actes sont impurs, ou vers le monde humain celui qui présente ces deux caractéristiques.

             III-8: Le soleil est assurément le souffle de vie extériorisé. Il se lève, favorisant ce souffle de vie dans les yeux. Mais cette divinité qui réside sur terre attire Apana dans l'être humain. L'espace intermédiaire, c'est Samana. L'air, c'est Vyana.

             III-9: La chaleur (tejas), c'est Udana. En conséquence, celui chez qui cette force vitale s'éteint, prend le chemin de la renaissance, tandis que ses sens se résorbent dans le mental (manas).

             III-10: En compagnie de la dernière pensée (qui a accompagné sa mort), l'homme réintègre le souffle de vie. Celui-ci, se combinant à Udana et s'associant à l'Atman, le mène vers le monde qu'il a imaginé (par ses dernières pensées).

             III-11: Celui qui possède cette connaissance et connaît ainsi le souffle de vie maintiendra sa descendance vivace et deviendra immortel. À ce propos, on trouve ce verset :

III-12: Celui qui connaît tout du souffle de vie, son origine, sa répartition, sa demeure et sa quintuple division, parvient à l'immortalité. Oui, par cette connaissance, il parvient à l'immortalité ! »

 

 

             IV-1: Puis Surya, né dans la famille des Garga, posa cette question : « Vénérable maître, quels sont donc les souffles qui s'endorment chez l'être humain ? Lesquels restent en état de veille ? Et quelle divinité est le rêveur en lui ? À qui survient l'état de félicité (du sommeil profond) ? Et en qui fusionnent toutes ces données ? »

             IV-2: Pippalada lui répondit : « Ô Gargya, de même que tous les rayons du soleil couchant se fondent dans cette orbe de lumière, et qu'ils se dispersent de nouveau en tous sens à son lever, de la même manière tout cela se fond dans le mental en tant que divinité suprême. D'où il s'ensuit que cet individu n'entend plus, ne voit plus, ne sent plus par l'odorat, ne goûte plus, ne sent plus par le toucher, ne parle plus, ne saisit plus, ne jouit plus de rien, n'expulse plus rien, ne bouge plus. On dit : « Il est endormi. »

             IV-3: Ce sont les feux du souffle de vie qui demeurent éveillés dans cette cité (qu'est le corps). Apana est le feu Garhapatya (du foyer domestique, de l'ouest), Vyana est le feu Anvaharya pacana (de la cuisson sacrificielle, ou du sud); et Prana est appelé feu Ahavaniya (de l'oblation sacrificielle, ou de l'est), parce qu'il provient du feu Garhapatya (de l'ouest).

             IV-4: Samana est appelé le feu égal, car il instaure un équilibre entre expir et inspir, lesquels peuvent se comparer à deux oblations. Le mental est en vérité le sacrificateur, et le fruit du sacrifice, c'est Udana, qui mène le sacrificateur en présence de Brahman, jour après jour.

             IV-5: Dans l'état de rêve, cette divinité qu'est le mental fait l'expérience de sa grandeur. Tout ce qu'il a pu voir, il le revoit; tout ce qu'il a pu entendre, il le réentend; tout ce qu'il a pu percevoir en divers lieux et dans toutes les directions, il l'expérimente encore et encore. Et il perçoit tout cela en devenant lui-même tout ce qui fut vu ou ne le fut pas, tout ce qui fut entendu ou non, perçu ou non, ainsi que tout ce qui est réel ou irréel, car le mental est tout cela.

             IV-6: Lorsque le mental est submergé par la lumière (de tejas), alors le dieu ne rêve plus et le corps est submergé de félicité.

             IV-7: Tout comme les oiseaux reviennent à l'arbre où ils nichent, ainsi, ô mon ami, tout ce qui constitue l'être humain s'en retourne à l'Atman.

             IV-8: La terre et ses éléments terreux, l'eau et ses éléments aqueux, le feu et ses éléments ignés, l'air et ses éléments aériens, l'espace et ses éléments spatiaux (ou l'éther et ses éléments éthérés), l'œil et l'objet de la vision, l'oreille et l'objet de l'ouïe, le nez et l'objet de l'odorat, le goût et l'objet de la saveur, la peau et l'objet du toucher, l'organe de la parole et l'objet du discours, les mains et l'objet saisi, le sexe et la jouissance, l'anus et les excréments, les pieds et le terrain foulé, le mental et l'objet de la pensée, l'intellect (buddhi) et l'objet de la compréhension, l'ego (ahamkara) et l'objet de l'identification, la conscience (chitta) et l'objet de la conscience, l'illumination et ce qui est illuminé, le souffle de vie et tout ce qui est soutenu par lui.*

* Cette énumération recense « tout ce qui constitue l'être humain », au verset précédent.

             IV-9: Qui est celui qui voit, touche, entend, sent, goûte, pense, évalue et calcule, agit et fait ? C'est le principe psychique (Purusha), qui est par nature le connaisseur (dans l'âme individuelle), et retourne s'établir tout entier dans l'Atman, suprême et immuable.

             IV-10: Quiconque réalise cet Immuable dépourvu d'ombre, de corps et de sang, uniquement lumineux, entre lui-même en l'Immuable. Ô mon ami, quiconque parvient à cette réalisation devient omniscient et omniprésent. À ce propos, on trouve ce verset :

             IV-11: Ô mon ami, il devient omniscient et omniprésent, celui qui connaît cet Immuable en quoi repose l'Atman et qui est Connaissance (vijnana), ainsi que tous les souffles et les éléments, avec leurs divinités tutélaires. »

 

 

             V-1: Puis Satyakama, fils de Sibi, posa cette question : « Ô Vénérable, quel monde sera la récompense de l'homme qui médite intensément sur Om, et ce jusqu'à sa mort ? »

             V-2: Pippalada lui répondit : « Ô Satyakama, c'est Brahman, que l'on connaît sous son aspect inférieur ou supérieur, qui est Om en vérité. Aussi le connaisseur atteint-il soit l'un, soit l'autre, en prenant appui sur Om.

             V-3: S'il médite sur Om comme n'ayant qu'une lettre (matra), cela suffit à son illumination et lui assurera (après sa mort) un retour rapide sur terre. Les hymnes du Rig Véda le mèneront à une renaissance humaine, où il sera doué pour l'ascèse, l'étude de Brahman et la foi, et témoignera de grandeur d'âme.

             V-4: S'il médite sur Om comme ayant deux lettres et s'y identifie mentalement, (après sa mort) il sera transporté jusqu'au monde lunaire par les hymnes du Yajur Véda. Après avoir joui de la majesté du monde lunaire, il s'en retournera ici-bas.

             V-5: S'il médite sur l'Être suprême (Parama Purusha) à l'aide des trois lettres du Om, il se fond dans la splendeur du soleil. Comme un serpent rejette sa mue, il est libéré de ses actes négatifs et transporté jusqu'au monde de Brahman par les hymnes du Sama Véda. Là, il contemple l'Être suprême, qui vit dans cette cité qu'est le corps humain, tout en étant plus élevé que la vie supérieure (de l'âme individuelle). À ce propos, on trouve ces deux versets :

             V-6: Les trois lettres A – U – M, si elles sont employées séparément, conduisent à la mort. Mais si elles sont étroitement unies l'une à l'autre, et appliquées aux trois pratiques* – extérieure, intermédiaire et intérieure – en bonne et due forme selon les circonstances, alors l'homme réalisé ne connaît plus la crainte.

* les trois modes de méditation sur Om, à une, deux ou trois syllabes.

             V-7: Avec les hymnes du Rig Véda menant à ce monde-ci, avec les formules du Yajur Véda menant au monde intermédiaire, avec les chants du Sama Véda menant au monde céleste, et en s'appuyant sur le mot Om, le sage parvient à l'Être suprême, qui est paisible, sans âge, immortel, sans crainte et au-dessus de tout. »

 

 

             VI-1: Sukesha, fils de Bharadvaja, posa la dernière question : « Vénérable maître, Hiranyanabha, prince du Koshala, est venu me trouver et m'a demandé : « Bharadvaja, as-tu connaissance du Purusha qui possède seize membres ? » À cela, j'ai répondu : « Non, je n'en ai pas connaissance. Si c'était le cas, pourquoi ne t'en aurais-je pas parlé ? Car quiconque dit un mensonge se dessèche jusqu'aux racines. Comment donc pourrais-je dire un mensonge ! » En silence, il est remonté sur son chariot et s'en est allé. Et moi, à propos de ce Purusha, je te demande : « En quel lieu se trouve-t-il ? »

             VI-2: Pippalada lui répondit : « Ô mon ami, ici-même, à l'intérieur de ce corps, se trouve ce Purusha en qui ces seize membres ont leur origine.

             VI-3: Ce Purusha délibéra : « Lequel de ces seize membres doit sortir pour que moi-même je sorte (de ce corps) ? Et lequel de ces seize membres doit rester pour que moi-même je reste (dans ce corps)? »

             VI-4: Il créa donc Prana; puis, à partir de Prana, il créa la foi, l'espace, l'air, le feu, l'eau, la terre, les organes des sens, le mental, la nourriture; à partir de celle-ci, il créa la vigueur, la maîtrise de soi, les mantras, les rites, les mondes, et les noms qui sont dans ces mondes.*

* Ce sont là quinze des membres du Purusha, qu'il créa lui-même (notez que les organes ne comptent que pour un membre); le seizième membre, c'est lui-même dans son essence immortelle, contrepartie macrocosmique de l'Atman dans l'être humain.

             VI-5: De même que ces rivières s'écoulent en direction de l'océan, où elles disparaissent en l'atteignant, et de même que leurs noms et formes disparaissent et qu'on ne les appelle plus que “océan”, de même ces seize membres qui constituent ce Purusha témoin de tout se dirigent tous vers le Purusha, s'y fondent et disparaissent en l'atteignant, leurs noms et formes disparaissent et on ne les appelle plus que “Purusha”. Celui-ci continue d'être, sans membres et immortel. À ce propos, on trouve ce verset :

             VI-6: Comme les rayons fixés au moyeu de la roue, les membres sont solidement enracinés en lui, le Purusha. Connais-le comme étant celui qu'il faut connaître, le Purusha, afin que la mort ne puisse plus t'affliger. »

             VI-7: À l'intention de tous ses visiteurs, Pippalada ajouta : « Ma connaissance du suprême Brahman ne va pas plus loin. Au-delà, il n'y a plus rien. »

             VI-8: Ils lui rendirent hommage avec vénération et déclarèrent : « Oui, en vérité, tu es notre père spirituel, car tu nous a menés à l'autre rive, par-delà le fleuve de la nescience. Salutations aux sublimes Voyants ! Oui, salutations aux sublimes Voyants ! »

 

Om ! Ô Dieux, puissions-nous entendre de nos propres oreilles ce qui est propice;
Puissions-nous voir de nos propres yeux ce qui est propice,
Ô Vous, dignes de vénération !
Puissions-nous jouir de notre vie jusqu'au terme alloué par les Dieux,
Leur adressant des louanges, avec notre corps bien ferme sur ses membres !
Qu'Indra le glorieux nous bénisse !
Que Surya (le Soleil) omniscient nous bénisse !
Que Garuda, le tonnerre qui foudroie le mal, nous bénisse !
Que Brihaspati nous octroie le bien-être !


Om ! Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

Ici se termine la Prashnopanishad, appartenant à l'Atharva Véda.

 

 

                                                                                                                                                                                                
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