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UPANISHADS DU YOGA Tejo-Bindu Upanishad Upanishad du Germe de lumière spirituelle
Notes préliminaires : TEJAS : 1) élément Feu (cf. Agni et bhutas), lié à la forme (rupa) et à la vue/visibilité; chaleur; 2) éclat, brillance, majesté; 3) énergie et force spirituelle; aura fluidique entourant parfois la tête de certains méditants.
Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux; Puisse-t-Il nous nourrir tous deux; Om ! Que la Paix soit en moi !
Adhyaya I - Chapitre I 1. Parama-dhyana, la méditation suprême, doit porter sur Tejo-bindu, germe ou source de l'illumination spirituelle, en tant qu'il est l'Âme de l'univers, qu'il siège dans le cœur, qu'il est de la taille d'un atome, qu'il appartient à Shiva, qu'il est paisible et tout à la fois grossier et subtil, mais aussi au-delà ce ces qualités.
3. Celui qui a modéré son appétit de nourriture, qui a contrôlé ses tendances colériques, qui a perdu le goût des réunions mondaines, qui a dompté ses passions, qui a résolu tout les couples d'opposés (chaleur et froid, etc.), en qui tout égoïsme a cédé, qui a atteint l'innocuité face à autrui, ne le blessant ni ne le lésant en rien; 4. et qui, également, se dirige là où les autres évitent naturellement d'aller, et évite naturellement d'aller là où ils aiment aller – un tel pratiquant obtient également la triplicité. Car Hamsa, le cygne (1), possède, dit-on, un triple siège.
5. Sache donc que c'est le plus grand des mystères, sans sommeil ni support. C'est extrêmement subtil, de la forme de Soma (1) et c'est le siège suprême de Vishnu.
6. Ce siège présente trois visages, trois gunas (1) et trois dhatus (2). Il est néanmoins sans forme, sans mouvement, sans changement, sans taille mesurable, et sans support.
7. Ce siège est sans upadhi (1), hors d'atteinte de la parole et de l'esprit. Il est Svabhava (2), le Soi dans sa nature authentique, atteignable uniquement à travers bhava (3), l'être en devenir.
8. Ce siège, indestructible, est sans associé, sans félicité, au-delà du mental, difficile à concevoir, émancipé et au-delà du changement. C'est sur lui qu'on doit méditer, en tant que le Libéré, l'Éternel, le Permanent et l'Indestructible, (en tant que Tat, Cela, selon la formule verbale adoptée dès le shloka suivant - NdT). 9. Cela est Brahman, Cela est l'Adhyatma, le principe spirituel (1) ou la déité qui préside en tant qu'Atman (l'Âme supérieure), et Cela est le siège suprême de Vishnu. Cela est inconcevable, tenant de la nature de l'Esprit suprême (Chidatma) (2) et au-delà de l'espace éthéré (Akasha) (3).
10. Cela est vide et non-vide, et bien au-delà du vide. Cela réside dans le cœur. En Cela, ne se trouve ni méditation, ni méditant, ni médité, pas plus que non-médité. 11. Cela n'est pas l'univers, c'est l'espace culminant, qui n'est ni le Suprême, ni au-dessus du Suprême. Cela est inconcevable, inconnaissable, non-vérité et non-suprême. 12. Cela est réalisé par les Munis, les ascètes silencieux, mais les Dévas eux-mêmes ne connaissent pas ce Suprême, cet Unique. Avarice, illusion et tromperie, peur, orgueil, passion, colère, acte négatif; 13. chaleur, froid, faim, soif, pensée et imagination – rien de tout cela n'existe en l'Être suprême (1). En Lui, nulle fierté d'appartenir à la caste authentique des Brahmanes.
14. En Lui, nulle peur, ni bonheur, ni souffrance, pas même bonne réputation ou disgrâce. Cela qui est dénué de tous ces états de l'être, est le suprême Brahman. 15. Yama (les restrictions), niyama (les observances religieuses), tyaga (la renonciation), mauna (le silence), la conformité à ce qui est approprié selon l'heure et le lieu, asana (la posture de méditation), mulabandha (la technique d'éveil de la Kundalini), la considération égale pour tous les êtres, la position de l'œil; 16. prana-samyamana (le contrôle de la respiration), pratyahara (la maîtrise des sens), dharana (la concentration), Atma-dhyana (la contemplation de l'Atman) et samadhi (l'extase unitive) – telles sont nommément et graduellement les étapes du Yoga. 17. L'on nomme Yama (1) les divers aspects du contrôle sur les organes des sens et des actions au moyen de l'intellect (2), lequel est en vérité Brahman; ces abstentions doivent être réitérées, maintes et maintes fois.
18. Niyama (1) est la règle que pratique l'homme en quête de sagesse, et recèle cette joie suprême de l'esprit qui s'écoule spontanément vers les réalités de même nature spirituelle que Brahman, et se détourne des choses qui divergent les unes des autres.
19. Avec Tyaga, la renonciation, on se détourne des objets manifestés de l'univers, grâce à la connaissance de l'Atman, qui est Sat et Chit (1). Telle est la pratique des grands méditants, celle qui leur octroie la libération immédiate.
20. Mauna, le silence, en lequel la parole, échouant à atteindre à Cela, retourne au cœur de la conscience, est susceptible d'être atteint par les seuls yogis, mais devrait néanmoins susciter la vénération des ignorants.
21. Comment parler de “Cela”, contre lequel la parole fait retour, ayant échoué à L'atteindre ? Comment pourrait-on Le décrire en tant qu'univers, alors même que n'existe aucun mot susceptible de Le nommer ? 22. C'est bien “Cela” qui est en réalité appelé Mauna (silence), et que l'on comprend spontanément comme tel. Ce silence existe chez l'enfant (1), chez qui les mots ne sont que réalités latentes; tandis que les connaisseurs de Brahman le reconquièrent en abandonnant les mots.
23. Cela doit être reconnu comme “le siège de l'isolement absolu”, sur lequel ne se tient aucun être humain, ni en son début, ni en son milieu, ni à sa fin, et sur lequel cet univers tout entier est déployé de part en part.
24-25. L'illusion de Brahma et de tous les autres êtres, prend corps instantanément, le temps d'un clignement de Ses yeux (et peut céder tout aussi instantanément - NdT). Aussi Cela doit-il être reconnu comme la posture yoguique (asana), dans laquelle on siège avec aisance et sans fatigue pour une méditation ininterrompue sur Brahman; Cela est décrit par le mot Kala, le temps, Cela est jouissance infinie, et sans pareil. Toute autre chose est destructrice d'une telle félicité. 26. Cela s'appelle Siddhasana (1), posture en laquelle les Siddhas (2) sont parvenus à réaliser l'Un-qui-jamais-n'a-de-fin comme support de l'univers, contenant tous les éléments et tous les existants.
27. Cela s'appelle Mulabandha (1), technique par laquelle mula, base-racine de tous les mondes, est contracté, agissant similairement sur la racine de la pensée, Chitta (2). Cette pratique doit devenir habituelle chez les Rajayogins (3).
28. Dès lors qu'on a compris l'équivalence des différentes parties (angas) du Yoga (1), qui toutes pointent vers le même et unique Brahman, on doit s'absorber en ce Brahman égal, uniforme; sinon, il n'y pas vraiment atteinte de l'équanimité. Sinon, tel un arbre sec, l'esprit s'installe dans la raideur, une uniformité qui fige tout de part en part.
29. D'un œil empli de sagesse spirituelle, on doit considérer le monde comme plénitude de Brahman. Une telle vision est pleine de noblesse. 30. Le regard est habituellement focalisé sur la pointe du nez (dans l'asana de méditation – NdT). En fait, il faut le diriger vers ce siège de Brahman, où se produira la cessation de la triade voyant, vision et vu (1).
31. Cela s'appelle le Pranayama (contrôle de la respiration), grâce auquel on maîtrise également les modifications du mental par la connaissance de Brahman dans les divers états de conscience (chitta) et les autres [fonctions de l'organe interne (1)].
32. Expirer, dit-on, c'est vérifier le concept de la réalité de l'univers. Inspirer, c'est affirmer le concept “Je suis Brahman” (cf. Hamsa mantra, shloka 4). 33. Persévérer longuement dans ces deux concepts, sans agitation du mental, voilà la cessation de la respiration (pranayama). Telle est la pratique des esprits éclairés. 34. L'ignorant se bouche le nez, [et ferme ses vestibules sensoriels. L'homme avisé pratique le retrait des sens,] cela s'appelle Pratyahara (1), grâce auquel on voit l'Atman partout, même dans les objets des sens, satisfaisant Chitta (la conscience) au moyen de Manas (le mental) (2). Cette pratique doit être reprise maintes et maintes fois.
35. Voir Brahman partout où se dirige l'esprit, cela s'appelle Dharana (1), et c'est viser l'état où l'on se délectera de la pensée suivante :
36. “Je suis Brahman, et Lui seul”... une telle pensée et un tel état sont sans support. Cela s'appelle Dhyana (1), qui octroie la félicité suprême.
37. Tout d'abord atteindre un état d'immuabilité, puis perdre complètement notion de cet état par la connaissance (1) de Brahman en sa nature authentique, cela s'appelle Samadhi (2).
38. Le pratiquant avisé doit fréquenter une telle félicité pour la jouissance qu'elle procure, jusqu'à ce que la connaissance (de Brahman en sa nature authentique) s'unisse subitement à son Atman individuel (absorbant totalement ce dernier – NdT). 39. Alors ce roi des yogis devient un Siddha, un être parfait (cf. shloka 26), pour lequel il n'est plus aucun appui en dehors de lui-même. Il atteint dès lors à un état qui est inexprimable, et même impensable. 40. Dans la pratique du Samadhi, les obstacles suivants se présentent, souvent avec force : absence de recherche rigoureuse, paresse, inclination vers le pur plaisir; 41. absorption dans un objet concret, Tamas (inertie du mental et baisse de l'énergie vitale - NdT), égarement, impatience, sudation importante, distraction. Tels sont tous les obstacles que les chercheurs de Brahman doivent vaincre. 42. À travers les pensées du monde (Bhava-Vrittis) (1), on est capté par la vie ordinaire. À travers les pensées de vacuité ou de choses vaines (Shunya-Vrittis) (2), on est capté par un état similaire. Mais à travers les pensées de Brahman (Brahman-Vrittis), on obtient la plénitude.
43. En conséquent, c'est bien par la voie de Brahman que l'on doit développer la plénitude. Celui qui abandonnerait les pensées de Brahman, suprêmement purifiantes, cet homme-là vivrait en vain, tel un animal. 44. Quant à celui qui comprend cette pensée de Brahman et, l'ayant comprise pleinement, y progresse régulièrement, cet homme-là devient un personnage bon et saint, qui mérite la dévotion que lui portent les trois mondes (1).
45. Ceux dont la maturation karmique (prarabdha karma) (1) leur confère un grand développement spirituel, atteignent à l'état de Brahman; quant aux autres, ils se contentent de réciter ou répéter des formules verbales.
46. Ceux qui participent avec intelligence aux disputes philosophiques sur Brahman, tout en ne suivant aucune voie vers Lui et en restant très fortement attachés à la vie dans le monde – ceux-là assurément renaîtront maintes et maintes fois dans ce monde-ci, du fait de leur ignorance (Ajnana) (1).
47. Les premiers (ceux de grande maturité spirituelle – cf. shloka 45) ne demeurent jamais – pas même durant la moitié d'un instant – sans la pensée de Brahman. Ainsi de Brahma et des autres dieux, ainsi de Sanaka, de Suka et des autres sages. 48. Lorsqu'une cause se révèle sujette aux changements, il faut alors la considérer comme un effet, issu d'une cause. Lorsqu'une cause cesse en vérité d'exister, l'effet associé périt par le biais d'une discrimination juste. Alors, cette substance première, ce principe ultra-subtil, qui est hors d'atteinte des mots et du langage, demeure dans sa pureté. 49. Après cette étape, la Connaissance comme état mental (Vritti Jnana) (1) s'installe dans l'esprit purifié; par le biais de la méditation, accompagnée d'une énergie transcendante, une certitude s'implante fermement dans la conscience.
50. Après réduction du visible dans l'invisible, on peut dès lors voir toute chose en tant que Brahman. Le sage parvient à une félicité permanente, l'esprit empli de l'essence de Chit, la Conscience absolue (cf. shloka I-19). Ainsi s'achève le premier chapitre.
Adhyaya II - Chapitre II Un jour, Kumara (1) demanda à Shiva : « Je t'en prie, explique-moi la nature de Chinmatra (2), qui est l'essence non-duelle et sans parties. Le grand Shiva répondit :
1-23. « L'essence non-duelle et sans parties est le visible. C'est le monde, c'est l'existence, c'est le Soi, le mantra, l'action, la sagesse spirituelle, l'eau. C'est la terre, c'est l'Akasha (l'éther, l'espace – cf. shloka I-9), les traités, le triple Véda, c'est le Brahman, les vœux religieux, le Jiva (l'âme individuelle), l'Aja (le non-né), c'est Brahma, c'est Vishnu, c'est Rudra; c'est Moi, c'est l'Atman, c'est le Guru. C'est le but, le sacrifice, le corps, c'est Manas (le mental, l'intellect), c'est Chitta (la pensée, réceptacle des perceptions et de la mémoire), c'est la félicité, c'est Vidya (la connaissance et le savoir); c'est l'indifférencié, l'éternel, le suprême, c'est toute chose. Ô toi aux six visages (1), il n'est rien qui soit différent de Cela (Chinmatra). Nul, absolument nul et rien n'existe, si ce n'est Cela; et Cela est Moi. C'est grossier et subtil, c'est connaissable, c'est toi; c'est le mystère et celui qui sait; c'est l'existence, la mère, le père, le frère, l'époux. C'est le Sutra (le fil qui relie Brahma aux mondes créés), c'est l'Atman, c'est Virat (le Macrocosme). C'est le corps, la tête, l'intérieur, l'extérieur, c'est plein, c'est le nectar, c'est Gotra (la lignée familiale), c'est Griha (le foyer familial), et les biens que l'on peut conserver; c'est la lune, les étoiles, le soleil, c'est le lieu sacré. C'est le pardon, c'est la patience, les gunas (les 3 qualités universelles – cf. shloka I-6), c'est le témoin. C'est un ami, un parent, un allié, c'est le roi, la ville, le royaume et ses sujets. C'est Om, c'est le Japa (litanie mantrique), la méditation, le siège, c'est celui qui est digne d'être inhalé, c'est le cœur, c'est Jyotish (la lumière spirituelle), c'est Svarga (le plan céleste) et c'est le Soi.
24. L'essence non-duelle et sans parties doit être considérée comme Chinmatra, pure existence. Seul Chinmatra est la Conscience absolue; et cette essence non-duelle et sans parties est l'essence de la Réalité. 25. Tous les existants qui possèdent seulement la conscience, à l'exception de ceux qui subissent des changements, constituent Chinmatra, la pure existence. Tout ceci est Chinmatra. 26. Il est, Lui, Chinmatra; l'état de l'Atman (1) est connu comme Chinmatra et comme essence non-duelle et sans parties. Le monde entier est Chinmatra. Ton état et mon état sont tous deux Chinmatra.
27. L'Akasha, la terre, l'eau, Vayu, Agni, Brahma, Vishnu, Shiva et tout le reste, existant ou pas, sont Chinmatra. 28. Ce qui est l'essence non-duelle et sans parties, est Chinmatra. Passé, présent et futur sont dans leur totalité Chinmatra. 29. La matière et le temps sont Chinmatra. La connaissance et le connaissable sont Chinmatra. Le connaisseur est Chinmatra. Toute chose est Chinmatra. 30. Toute parole est Chinmatra. Toute autre chose, quelle qu'elle soit, est Chinmatra. Asat et Sat, l'irréel et le Réel, sont Chinmatra. 31. Le commencement et la fin sont Chinmatra; ce qui se trouve au commencement comme à la fin est toujours Chinmatra. Le Guru et le disciple sont Chinmatra. Si le voyant et la chose vue sont tous deux Chinmatra, ils sont alors toujours emplis de conscience (Chinmaya). 32. Toutes choses de l'ordre du merveilleux sont Chinmatra. Le corps physique l'est également, tout comme les corps subtil et causal. Il n'est rien qui soit au-delà de Chinmatra. 33. Toi et moi sommes Chinmatra. Forme et non-forme sont Chinmatra. Vertu et vice sont Chinmatra. Le corps est un symbole de Chinmatra. 34. Sankalpa (la pensée conceptuelle en tant que volonté), la Connaissance, les Mantras et les autres formules sacrées, les divinités invoquées au moyen des Mantras; 35. les divinités présidant aux huit quartiers de l'espace, la réalité phénoménale et le suprême Brahman, ne sont rien d'autre que Chinmatra. Il n'est rien sans Chinmatra. 36-38. Maya (le pouvoir de l'Illusion cosmique) n'est rien sans Chinmatra. Le Puja (cérémonie rituelle) n'est rien sans Chinmatra. La méditation, la véracité (satya), les fourreaux des corps subtils (koshas) et autres, les huit Vasus (1), le silence et le non-silence, et l'indifférence aux objets (vairagya) – ne sont rien sans Chinmatra. Toute chose vient de Chinmatra. Quoi que l'on voie, de quelque façon qu'on le voie, cela est Chinmatra jusqu'à présent.
39-41. Quoi qu'il existe et à quelque distance que ce soit, cela est Chinmatra. Quels que soient les éléments existant, quoi que l'on perçoive, et quel que soit le Védanta – tout cela est Chinmatra. Sans Chinmatra, il n'est nul mouvement, nulle émancipation (Moksha) et nul but à atteindre. Toute chose est Chinmatra. Brahman, qui est l'essence non-duelle et sans parties, est réputé n'être rien d'autre que Chinmatra. 42. Toi, ô Seigneur, Tu es l'essence non-duelle et sans parties dont témoignent les écrits sacrés, présente en moi, en Toi-même, ainsi que dans le Gouverneur cosmique. Celui qui, de cette façon, perçoit son “Moi” comme unité homogène et toute-pénétrante, atteindra immédiatement à l'émancipation grâce à cette sagesse spirituelle. Il sera dès lors son propre Guru, celui qui est doté d'une si profonde sagesse spirituelle. » Ainsi s'achève le second chapitre.
Adhyaya III - Chapitre III Kumara s'adressa de nouveau à son père : « Je t'en prie, explique-moi la réalisation de l'Atman. » À quoi répondit le grand Shiva : 1-3. « Je suis de la nature de Parabrahman, l'Esprit suprême. Je suis la suprême félicité. Je suis le seul et unique Suprême, le seul et unique repos, le seul et unique Chinmaya, le seul et unique Inconditionné, le seul et unique Permanent et le seul et unique Sattva, Réalité de pure lumière. Je suis le “Moi” qui a abandonné la notion du “Moi”. Je suis l'Un, qui est dénué de tout. Je suis empli de Chidakasha (1).
4. Je suis le seul et unique quatrième (état) (1). Je suis le seul et unique qui surpasse le quatrième. Je suis de la nature de la pure Conscience. Je suis à jamais de la nature de la Conscience de félicité.
5-7. Je suis de la nature de la non-dualité. Je suis à jamais de la nature de la pureté, seulement et uniquement de la nature de la Sagesse divine, de la nature de la Félicité, dénué de caprices, de désirs ou de maladies, sans changements ni différenciations, et Je suis de la nature de l'essence non-duelle et sans parties, et de Chinmatra. 8. Ma nature réelle est indescriptible, c'est une félicité (Ananda) sans fin, une béatitude surpassant Sat et Chit (1), et c'est aussi l'intime de l'intime. Je suis au-delà de la portée de Manas, le mental, comme de la parole.
9. Je suis de la nature de l'extase atmique (1), félicité véritable et unique qui joue avec mon propre Atman; Je suis l'Atman, tout aussi bien que Sadashiva, l'Éternellement Propice (2).
10. Ma nature est la radieuse Lumière spirituelle du plan atmique. Je suis de l'essence de Jyotish (1), l'éblouissante lumière de l'Atman. En Moi, il n'est ni commencement, ni milieu, ni fin. Je suis tel le ciel cosmique.
11. Je suis seulement et uniquement Sat-Chit-Ananda, Existence-Conscience-Félicité absolue (cf. shloka III-8), sans nul conditionnement et absolument pur. Je suis le Sat-Chit-Ananda qui est éternel, illuminé et pur. 12. Je suis à jamais de la nature de l'éternel Shesa, le serpent du Temps (1). Je suis à jamais au-delà de tout. Ma nature est au-delà de la forme. Ma forme est le suprême Akasha, l'espace éthéré (2).
13. Ma nature est celle de la béatitude de la terre. Je suis à jamais dépouillé de la parole. Ma nature est la base universelle, sur laquelle tout fut fondé. 14-15. Je suis à jamais saturé de conscience, sans être attaché à un corps, dénué des pensées comme des modifications de Chitta, l'étoffe de la pensée (cf. shloka I-27), Je suis de la nature de l'essence unique de Chidatma, l'Esprit suprême (cf. shloka I-9), au-delà de la visibilité et néanmoins de la forme de la vision. Ma nature est à jamais plénitude. 16. Je suis à jamais dans un plein contentement, étant la totalité, et Brahman, et la conscience en soi; Je suis le “Moi”. Ma nature est celle de la terre. 17-21. Je suis le grand Atman et le suprême du Suprême; J'apparais parfois dissemblable à Moi-même; parfois en possession d'un corps, parfois sous les traits d'un disciple, et parfois encore en tant que base-support de tous les mondes. Je suis au-delà des trois temps, c'est Moi que les Védas honorent, c'est sur Moi que les sciences enquêtent et délibèrent, et c'est Moi le point fixe au centre de Chitta, l'étoffe mentale universelle. Rien n'échappe à mon empan, ni la terre ni aucun des autres objets ici-créés. Sache qu'il n'est rien qui soit en-dehors de Moi. Je suis Brahma, un Siddha (1), l'éternellement pur, l'Unique non-duel. Je suis Brahman, et ne connais ni la vieillesse ni la mort.
22-25. Je brille de Mon propre éclat; Je suis Mon propre Atman, Mon propre but, et Je jouis de Moi-même, Je joue en Moi-même, Je possède Ma propre luminescence radieuse, toute spirituelle, Je suis Ma propre grandeur et J'ai pour habitude de m'ébattre dans le sein de Mon propre Atman, de me repaître du spectacle de Mon propre Atman, et Je trouve en Moi-même le siège de Ma félicité. Je possède au surplus Mon propre Atman comme résidu, et Je demeure à l'intérieur de Ma propre conscience, et Je joue avec bonheur dans le vaste royaume de Mon propre Atman. Siégeant sur le trône authentique de Mon propre Atman, Mon esprit n'est empli de rien d'autre que de Mon propre Atman. 26-32. Je suis seulement et uniquement Chidrupa (la forme de la conscience), Je suis seulement et uniquement Brahman, et Sat-Chit-Ananda, l'état absolu sans second, sans égal, celui qui est saturé de félicité, et Je suis l'unique Brahman à jamais dépouillé de tout (attribut ou limitation adventice – NdT); Je jouis de la félicité de Mon propre Atman, cette félicité non-conditionnée, et à jamais Je suis l'Atma-Akasha (l'éther subtil de l'Âme universelle). Moi seul réside dans le cœur en tant que Chit-Aditya (le soleil de la conscience). Je me satisfais de Mon propre Atman, Je ne possède nulle forme, Je ne connais nul déclin, Je suis dépouillé, Je suis le premier, J'ai la nature de l'Unique, non-conditionné et libre, et Je suis plus subtil que l'Akasha; en Moi n'existe ni commencement ni fin, Je suis de la nature de l'illumination omnipénétrante, Je suis la Félicité extrême entre toutes, Ma nature est l'Être pur et simple (Sat), elle est l'Émancipation pure et simple (Moksha), elle est Vérité et Joie, elle est emplie de sagesse spirituelle et d'extase, Je suis de la nature de la pure Sagesse, et de Sat-Chit-Ananda. Tout cela est Brahman, et nul autre. Nul n'existe si ce n'est Brahman, et tout cela est Moi. Je suis Brahman, qui est Existence, et Félicité, et l'Ancien des jours. 33. Le mot “Tu” et le mot “Cela” ne diffèrent en rien de Moi. Je suis de la nature de la Conscience. Moi seul suis Shiva, le Grand. 34. Je suis au-delà de la nature de l'existence. Je suis de la nature du bonheur. Comme il n'est rien qui puisse être témoin de Moi, Je reste étranger à l'état de témoin. 35. Étant purement de la nature de Brahman, Je suis l'Atman éternel. Moi seul suis AdiShesa (le Serpent primordial). Moi seul suis le serpent Shesa (cf. shloka III-12). 36. Je suis sans nom ni forme, de la nature de la félicité, de la nature de ce qui est imperceptible aux sens, et de la nature de ce qui est commun à tous les êtres. 37-39. En Moi, nulle servitude, nul salut. Je suis de la forme de l'éternelle Félicité. Je suis la Conscience primordiale, et elle seule, l'essence non-duelle et sans parties, hors de portée de la parole et du mental, Je suis de la nature de l'universelle félicité, de l'universelle plénitude, Je suis de la nature de la félicité ici-bas, Je suis de la nature de l'universelle satisfaction, de l'essence du suprême nectar, Je suis l'Être unique et sans second, Brahman. Cela est l'absolue vérité, sans aucun doute possible. 40-43. Je suis de la nature de la vacuité universelle. Je suis Celui-là même dont parlent abondamment les Védas. Je suis de la nature de l'émancipé et de l'émancipation, de l'extase du Nirvana (1), de la vérité et de la sagesse, de Sat (l'existence pure) et de sa félicité; Je suis de la nature de l'Un au-delà des quatre états (cf. turiya – shloka III-4), de l'Un sans idéation et à jamais de la nature d'Aja (le non-né). Je suis sans passion, sans défauts. Je suis le Pur, l'Illuminé, l'Éternel, l'Omnipénétrant, je suis de la nature du Om et de sa signification, de l'immaculée Perfection et de la Conscience absolue, Chit. Je ne suis ni existant, ni non-existant.
44-45. Je ne suis pas de la nature de tous les existants. Je suis de la nature de la non-action. Je suis sans parties. Je n'ai pas d'apparence, pas de mental (manas), pas de sens, pas de raison discriminante (buddhi), pas de changements, aucun des trois corps (1) ni des trois états de veille, rêve et sommeil profond.
46. Je ne suis ni de la nature des trois souffrances, ni de celle des trois désirs (1). Je n'ai nul besoin d'atteindre Mon salut en intégrant Shravana (l'audition de l'enseignement - cf. shloka I-9) et Manana (la méditation réflexive) au sein de Mon Chidatma (principe pensant) (2).
47. Il n'existe rien qui Me soit semblable ou dissemblable. Il n'existe rien en Mon sein. Je ne possède aucun des trois corps (cf. III-44-45). 48. La nature de Manas (le mental) est irréelle; la nature de Buddhi (l'intellect) est irréelle; la nature de Aham (1) est irréelle; mais Je suis le non-conditionné, le permanent et le non-né.
49. Les trois corps (cf. III-44-45) sont irréels, les trois périodes de temps sont irréelles, les trois Gunas (les 3 qualités universelles – cf. shloka I-6) sont irréels, mais Je suis de la nature du Réel et du Pur. 50. Tout ce que l'on entend est irréel, tous les Védas sont irréels, les Shastras (les traités et les systèmes philosophiques) sont irréels, mais Je suis le Réel et j'ai la nature de Chit, la Conscience absolue (cf. shloka I-19). 51. Les Murtis (1) Brahma, Vishnu et Rudra (2), étant limitées, sont irréelles, la Création tout entière est irréelle, tous les Tattvas (3) sont irréels, mais sache-le, Je suis le grand Sadashiva, l'Éternellement Propice (cf. shloka III-9).
52. Le maître et le disciple sont irréels, le mantra du Guru est irréel, ce que l'on voit est irréel, mais sache-le, c'est Moi qui suis le Réel. 53. Tout ce à quoi l'on pense, est irréel; tout ce qui est légal, est irréel; tout ce qui est bénéfique, est irréel; mais sache-le, c'est Moi qui suis le Réel. 54. Sache-le, le Purusha (1) est irréel, les plaisirs et jouissances sont irréels, les choses vues ou entendues sont irréelles, aussi bien que le tissu homogène, côté chaîne comme côté trame, de cet univers.
55-56. Cause et non-cause sont irréelles, chagrins et bonheurs sont irréels, le tout et ses parties sont irréels, gain et perte sont irréels, victoire et défaite sont irréelles. 57-59. Tout ce qui est son, tout ce qui est toucher, tout ce qui est forme, tout ce qui est goût, tout ce qui est odeur, et tout ce qui est ignorance, Ajnana (cf. shloka I- 46), tout cela est irréel. Tout est constamment irréel – l'existence dans le monde est irréelle – tous les Gunas (les 3 qualités universelles – cf. shloka I-6) sont irréels. Je suis de la nature de Sat, l'Existence pure (cf. shloka I-19). On doit ne connaître que son propre Atman, et lui seul. Et l'on doit pratiquer à tout moment le mantra de son Atman. 60-69. Le mantra “Aham Brahmasmi – Je suis Brahman” dissipe tous les péchés de la vue, détruit tous les autres mantras, détruit tous les péchés du corps depuis la naissance, dénoue le nœud coulant de Yama (la mort), dissipe les souffrances dues à la dualité, le sentiment de différence, les peines du mental, les maladies de Buddhi (la raison), la servitude de Chitta (la pensée), toutes les pathologies, toutes les souffrances et les passions – instantanément – et détruit également la puissance de la colère, les modifications de Chitta, Sankalpa (la pensée conceptuelle en tant que volonté), des dizaines de millions d'actes négatifs, toutes les actions, ainsi que l'Ajnana (l'ignorance) de l'Atman. 70-71. Le mantra “Aham Brahmasmi – Je suis Brahman” procure une joie indescriptible, octroie l'état d'Ajada (état sans inertie ni insensibilité), et met à mort le démon du non-Atman. Tel l'éclat du tonnerre, “Aham Brahmasmi – Je suis Brahman” explose sur la montagne du non-Atman (de la non-âme). 72. La roue “Aham Brahmasmi – Je suis Brahman” fait périr les Asuras, anti-dieux de la non-âme. Le mantra “Aham Brahmasmi – Je suis Brahman” soulagera toute personne soufrante. 73. Le mantra “Aham Brahmasmi – Je suis Brahman” confère sagesse spirituelle, ainsi que félicité. Il existe sept crores (soit 70 millions) de grands mantras, et il existe des voeux, vratas, qui produisent des centaines de crores de naissances. Ainsi s'achève le troisième chapitre.
Adhyaya IV - Chapitre IV Kumara demanda au grand Seigneur : « Je t'en prie, explique-moi la nature de Jivanmukti (la libération de son vivant) et de Videhamukti (la libération hors du corps). » À quoi répondit le grand Shiva : 1. « Je suis Chidatma, l'Esprit suprême (cf. shloka I-9). Je suis Para-Atman (le Soi suprême). Je suis le Nirguna [Brahman], le sans-attributs, plus grand que le suprêmement grand. Celui qui désire simplement demeurer en l'Atman, c'est lui que l'on appelle un Jivanmukta, un libéré-vivant. 2. Celui qui réalise : “Je suis au-delà des trois corps (cf. III-44-45), je suis pure conscience et je suis Brahman”, on l'appelle un libéré-vivant, Jivanmukta. 3. On l'appelle un libéré-vivant, Jivanmukta, celui qui réalise : “Je suis de la nature du bonheur et de la félicité suprême, et je ne possède ni corps ni aucune autre chose, exceptée la seule et unique certitude “Je suis Brahman”. 4-6. On l'appelle un libéré-vivant, Jivanmukta, celui qui n'a plus du tout Aham, “Je suis” (cf. shloka III-48) centré en lui-même, mais qui demeure uniquement en Chinmatra, la Conscience absolue (cf. shloka II-1); celui dont l'intériorité est uniquement conscience pure, celui qui est uniquement de la nature de Chinmatra; celui dont l'Atman est de la nature de la toute-plénitude, qui ressent la présence de l'Atman en tout existant, qui est un fervent de la félicité, qui est devenu sans différenciations; celui qui a chassé en lui la moindre affinité pour les objets des sens, qui a acquis la félicité inconditionnelle; celui dont l'Atman est paisible, en qui il n'est plus de pensées si ce n'est celle du Soi, et qui est dénué du moindre sentiment de l'existence de quoi que ce soit. 7-11(a). On l'appelle un libéré-vivant, Jivanmukta, celui qui réalise : “Je ne possède ni Chitta (la pensée), ni Buddhi (la raison), ni Ahamkara (le sens de l'ego), ni organes des sens, ni corps, ni Pranas (1), ni Maya (2), ni passion et ni colère, je suis le grand, je ne possède aucun des objets précédents, ni aucun des objets du monde, et je n'ai nulle souillure, nulle caractéristique, pas d'œil, pas de Manas (le mental), pas d'oreilles, pas de nez, pas de langue, pas de mains, et je ne connais ni la veille, ni le rêve, ni l'état causal du sommeil profond, ni le quatrième état de Turiya (3).”
11(b)-30(a). On l'appelle un libéré-vivant, Jivanmukta, celui qui réalise : “Tout ceci ne m'appartient pas, je ne possède aucun temps, aucun espace, aucun objet, aucune pensée, aucune ablution purificatrice (snana), aucun Sandhya (rites de jonction aux crépuscules), aucune divinité, aucune place, aucun lieu sacré, aucun culte religieux, aucune sagesse spirituelle, aucun support, aucun parent, aucune naissance, aucun discours, aucune richesse, aucune vertu, aucun vice, aucun devoir, aucune magie propice, aucun Jiva (âme individuelle), pas même les trois mondes (1), aucun salut, aucune dualité, aucun Véda, aucune règle obligatoire, aucune proximité ni aucun éloignement, aucun savoir, aucun secret, aucun Guru ni aucun disciple, aucune diminution ni aucun excès; je ne possède ni Brahma, ni Vishnu, ni Rudra, ni la lune, ni la terre, ni l'eau, ni Vayu (le vent), ni Akasha(l'espace), ni Agni (le feu), aucun clan, aucun Lakshya (objet pris comme but), aucune existence mondaine, aucune méditation ni objet de méditation, aucun Manas (le mental); je suis sans froid, sans chaleur, sans soif, sans faim, sans amis, sans ennemis, sans illusions, sans victoire, sans passé ni présent ni futur, sans directions, sans rien à dire ou à entendre, sans endroit où me diriger ou à atteindre, sans rien à contempler, dont jouir ou dont me souvenir, sans plaisir, sans désir, sans Yoga, sans tâche absorbante, sans loquacité, sans quiétude, sans servitude, sans amour, sans joie, sans instants plaisants; je suis sans taille gigantesque ni taille exiguë, sans longueur ni brièveté, sans augmentation ni diminution, sans Adhyaropa (attribution illusoire) (2) ni Apavada (retrait de cette conception erronée), sans unicité ni pluralité, sans aveuglement, sans engourdissement, sans talent, sans chair ni sang ni lymphe ni semence ni moelle ni os ni peau, sans aucun de ces sept Dhatus (substances corporelles), sans aucune des teintes du blanc, du rouge, du bleu, sans chaleur, sans croître ni en importance ni en non-importance, sans illusions, sans persévérance, sans mystère, sans race, sans rien à abandonner ou à recevoir, sans rien qui prête au rire, sans politique, sans vœux religieux, sans fautes, sans lamentations, sans bonheurs, sans la triple forme de connaisseur, connaissance et connu (3), sans Soi, sans rien qui appartienne à “toi” ou à “moi”, sans “toi” ni “moi”, sans vieillesse ni jeunesse ni âge d'homme... Or, je suis indéniablement Brahman. Oui, je suis indéniablement Brahman. Je suis la Conscience absolue, Chit, je suis la Conscience absolue.”
30(b)-31. On l'appelle un libéré-vivant, Jivanmukta, celui dont la conscience affirme : “Je suis Brahman, et Lui seul; je suis Chit, la Conscience absolue, et Elle seule; je suis le Suprême. Nul besoin d'entretenir un doute philosophique face à cette évidence. Je suis le Hamsa Lui-même (1), c'est de ma propre volonté que je reste ici-bas, et je peux voir mon être essentiel à travers ma propre transparence; ainsi, je règne avec bonheur sur le royaume de l'Atman et jouis en mon intime de la félicité de mon propre Atman.”
32. On l'appelle un libéré-vivant, Jivanmukta, celui qui est avant tout lui-même, et qui reste inébranlable dans son unicité, car il est lui-même le Seigneur et repose en son propre Soi. 33. [Maintenant voici ce qu'on désigne par Videhamukti, la libération hors du corps.] 34-37. On l'appelle un libéré désincarné, Videhamukta, celui qui demeure en Chinmatra, la pure conscience d'être (cf. shloka II-1), sans même que le traversent les pensées suivantes : “Je suis tout Atman, l'Atman qui est égal et semblable chez tous, le pur, le sans-second, le non-duel, le tout, le Soi seul, le sans-naissance et le sans-mort – je suis moi-même l'Atman sans déclin, qui est l'objet recherché par tous, le pur plaisir ludique (1), le silence, la félicité, le bien-aimé, le salut illimité – je suis Brahman, uniquement – je suis Chit, uniquement.”
38. On l'appelle un libéré désincarné, Videhamukta, celui qui a abandonné la pensée “Je suis le Brahman, rien que Lui” et devient saturé de félicité. 39-47(a). On l'appelle un libéré désincarné, Videhamukta, celui qui, ayant abandonné la certitude de l'existence comme de la non-existence de tous les existants, est pur Chidananda (pure Conscience et Félicité); qui, ayant abandonné la pensée “Je suis Brahman” ou “Je ne suis pas Brahman”, ne laisse pas son Atman se mélanger à n'importe quoi, n'importe où et à n'importe quel moment; qui est tout le temps silencieux du silence de Satya (1); qui n'a pas d'activités; qui est passé au-delà des Gunas (les 3 qualités universelles – cf. shloka I-6); celui dont l'Atman est devenu la Totalité, le Grand et le Purificateur des éléments; celui qui ne perçoit plus les changements de temps, de matière, de lieu; qui ne perçoit plus de différence entre lui-même et les autres, qui ne voit plus de différence entre “je”, “tu”, “ceci” ou “cela”; qui – bien qu'étant de la nature du temps – est néanmoins étranger au temps; dont l'Atman est vacant, subtil et universel, bien que simultanément dépourvu de ces attributs; dont l'Atman est divin et cependant vide de Dévas; dont l'Atman est mesurable et cependant sans mesures; dont l'Atman est dépourvu d'inertie (guna tamas) et est répandu en tout être; dont l'Atman est dépourvu de toute intention (Sankalpa) (2); celui qui toujours pense : “Je suis Chinmatra, la pure conscience d'être, je suis simplement le Paramatman, le suprême Atman, je suis uniquement de la nature de la sagesse spirituelle, je suis uniquement de la nature de Sat, l'Existence absolue, je ne redoute rien en ce monde”, et qui est vierge des concepts de Dévas, Védas, sciences, et regarde tout comme étant du vide.
47(b)-48. On l'appelle un libéré désincarné, Videhamukta, celui qui a réalisé qu'il n'est lui-même que Chaitanya (1), et qui prend ses aises dans le jardin des délices de son propre Atman, lequel est d'une nature illimitée qu'absolument rien ne peut borner, qui est sans la moindre conception du petit et du grand, qui est le quatrième état de Turiya (cf. shloka III-4), purement et simplement suprême Félicité.
49-53(a). On l'appelle un libéré désincarné, Videhamukta, celui dont l'Atman est sans nom et sans forme (anama-arupa), qui est la grande sagesse spirituelle, de la nature de la félicité et de l'état au-delà de Turiya (cf. shloka III-4), qui n'est ni propice ni hostile, qui possède le Yoga pour Atman, dont l'Atman est associé au Yoga, qui est dénué de servitude comme de liberté, qui est sans Gunas (cf. shloka I-6) ou non-Gunas, sans espace ni temps, etc., qui n'est ni le spectateur ni le spectacle, qui n'est ni le petit ni le grand, qui est vierge de tout savoir sur l'univers ou même de savoir sur la nature de Brahman, mais qui néanmoins trouve son illumination spirituelle à partir de sa propre nature, qui puise la félicité en lui-même, dont le bonheur dépasse la portée des mots et de la pensée, et dont la conscience est au-delà de l'au-delà. 53(b)-54. On l'appelle un libéré désincarné, Videhamukta, celui qui a totalement maîtrisé les modifications de Chitta (la pensée) et est passé au-delà, qui éclaire de telles modifications cependant que son Atman demeure sans aucune modification. Si d'aventure une modification (ou pensée) est captée par son Atman, ne serait-ce qu'un court moment, il est alors environné (en esprit) de toutes (les pensées). Auquel cas, il n'est ni vivant ni désincarné. 55-62. On l'appelle un libéré désincarné, Videhamukta, celui dont l'Atman extérieur, invisible pour autrui, est la suprême félicité pointant vers le sommet du Védanta;
63-68(a). Celui qui pense : “Ma nature est plénitude, je suis le grand Atman, je suis le tout-satisfait et le permanent. Je suis l'Atman qui pénètre au cœur de toute créature, qui n'est souillé par rien, mais qui – là – n'est plus en possession de soi en tant qu'Atman; je suis l'Atman dont la nature est immuable, je suis le paisible Atman; et je suis l'Atman innombrable.” – celui-là est un libéré désincarné, Videhamukta. Celui qui ne pense pas ce qui précède est un libéré-vivant, Jivanmukta. Et celui-là est l'Âme suprême, Paramatma, dont l'Atman est de la nature de l'émancipé et du non-émancipé, mais sans trace d'émancipation ou de servitude; 68(b)-79. Celui dont l'Atman est sans parties, sans souillures, illuminé;
80-81. Que ton esprit ne regarde que l'Atman; connais-Le comme étant le tien, en propre. Jouis en personne de ton Atman, et demeures-y en paix. Ô toi aux six visages, contente-toi de ton propre Atman, pars explorer ton vaste Atman et trouves-y jouissances et félicité. C'est alors que tu atteindras Videhamukti, la libération désincarnée. » Ainsi s'achève le quatrième chapitre.
Adhyaya V - Chapitre V Un sage du nom de Nidagha s'adressa en ces termes au Vénérable Ribhu : « Seigneur, je te prie de m'expliquer la discrimination entre l'Atman et le non-Atman ». Le sage lui délivra l'enseignement qui suit : 1-4(a). « La limite ultime de toute la parole, c'est Brahman; la limite ultime de toute la pensée, c'est le Guru. Cela qui est de la nature des causes et effets dans leur totalité, mais qui néanmoins en est dépourvu; Cela qui est dénué du moindre désir ou but (Sankalpa), Cela qui est de la nature de la félicité et qui est propice, Cela qui est l'Un et le Grand et le Bienheureux, Cela qui illumine tous les luminaires, Cela qui résonne de l'harmonie de Nada, le son spirituel (1), tout en étant sans jouissance ni contemplation, tout en demeurant au-delà de la collection des nadas et kalas (2) – Cela est l'Atman, Cela est le véritable “Je”, l'indestructible.
4(b)-5(a). Ce qui est vierge de toute différenciation entre Atman et non-Atman, entre hétérogénéité et homogénéité, entre quiétude et inquiétude – c'est Jyotish (la lumière spirituelle - cf. shloka III-9), unique, là où se termine Nada. 5(b)-6. Ce qui se tient loin de toute conception engendrée par les Mahavakyas (1) comme de l'idée “Je suis Brahman”, ce qui est vierge ou s'abstient de toute conception de mots et leurs significations, comme de tout concept de destructible et d'indestructible – c'est Jyotish, unique, là où se termine Nada.
7. Ce qui est sans conception de “Je suis l'essence non-duelle et sans parties, Chinmatra” ou “Je suis le Bienheureux”, et ce qui est de la nature de l'Un au-delà de la totalité – c'est Jyotish, unique, là où se termine Nada. 8. Celui qui est dénué de la signification de l'Atman, qui est sans mouvement, qui est dénué de Sat-Chit-Ananda (1) – c'est lui l'unique et éternel Atman.
9. Celui que les mots des Védas ne peuvent ni définir ni atteindre, qui n'est doté ni de parties externes ni de parties internes, et dont le symbole est soit l'univers soit Brahman – c'est lui, à n'en point douter, l'Atman. 10-12(a). Celui qui ne possède aucun corps, qui n'est pas non plus un Jiva fait d'éléments et de leurs composés, qui ne connaît ni nom ni forme, ni objet de jouissance ni jouisseur, ni Sat ni Asat (le Réel et l'irréel), ni la préservation ni la régénération, ni les Gunas (les 3 qualités universelles – cf. shloka I-6) ni les non-Gunas – celui-là est indubitablement l'Atman. 12(b)-15(a). Celui qui ne connaît ni la chose décrite ni sa représentation, ni Shravana (l'audition de l'enseignement) ni Manana (la méditation réflexive), ni le Guru ni le disciple, ni le monde des Dévas, ni les Dévas ni les Asuras (dieux et anti-dieux), ni le devoir ni le non-devoir, ni l'immaculé ni le non-immaculé, ni le temps ni le non-temps, ni la certitude ni l'incertitude, ni mantra ni non-mantra, ni science ni nescience, ni le voyant ni la vue subtile, ni le nectar du temps – celui-là est l'Atman. 15(b)-16(a). Sois-en bien sûr : le non-Atman est un terme impropre. Il n'est aucun Manas (le mental, l'intellect) qui soit non-Atman. Il n'est aucun monde qui soit non-Atman. 16(b)-17(a). Du fait de l'absence de tout Sankalpa (la pensée conceptuelle en tant que volonté) et du renoncement à toute forme d'action, il ne reste plus que Brahman et il n'y a là aucun non-Atman. 17(b)-21. Dépouille-toi des trois corps (cf. III-44-45), des trois temps, des trois Gunas du Jiva, des trois souffrances et des trois mondes (cf. III-46) et, adoptant la sentence “Tout est Brahman”, sache qu'il n'y a rien à connaître, du fait de l'absence de Chitta (la pensée, réceptacle des perceptions et de la mémoire); sache qu'il n'est pas de vieillissement, du fait de l'absence de corps; pas de mobilité, du fait de l'absence de jambes; pas d'action, du fait de l'absence de mains; pas de mort, du fait de l'absence de créatures; pas de bonheur, du fait de l'absence de Buddhi (la raison); pas de vertu, ni de pureté, ni de peur, ni de répétition de mantras, ni de Guru ni de disciple. Il n'est pas de second en l'absence de l'un. Et là où il n'existe pas de second, il n'existe pas non plus de premier. 22. Là où n'existe que vérité, il n'est pas de non-vérité possible; inversement, là où n'existe que non-vérité, il n'est pas de vérité possible. 23. Si tu considères comme non-propice une chose propice, alors la qualité “propice” est issue du non-propice. Si tu considères la peur comme de la non-peur, alors la peur peut surgir de la non-peur. 24. Si la servitude doit se transformer en émancipation, alors en l'absence de servitude, il n'y aura pas d'émancipation. Si la naissance doit impliquer la mort, alors en l'absence de naissance, il ne peut y avoir de mort. 25. Si le “tu” implique forcément le “je”, alors en l'absence de “tu”, il n'existe aucun “je”. Si le “ceci” doit devenir le “cela”, “ceci” n'existe pas en l'absence de “cela” 26. Si l'être implique forcément le non-être, alors le non-être implique l'être. Si un effet implique une cause, alors en l'absence d'effet, il n'y a pas de cause. 27. Si la dualité implique la non-dualité, alors en l'absence de dualité, il n'y a pas de non-dualité. Si la chose vue doit exister, alors il y a forcément l'œil (ou la vue); en l'absence de chose vue, il n'y a pas d'œil. 28. En l'absence d'intérieur, il n'est pas d'extérieur. S'il doit y avoir plénitude, alors la non-plénitude est possible. Par conséquent, tout ceci n'existe nulle part. 29. Ni toi ni moi, ni ceci ni toutes ces choses-ci n'existent. Il n'existe aucun objet de comparaison dans le véritable (Brahman). 30. Il n'existe aucun objet de comparaison dans le non-né. Il n'y a – en lui – aucun mental qui puisse penser “Je suis le suprême Brahman”, “Ce monde est le Brahman, uniquement”, “Toi et moi sommes Brahman, uniquement”. 31. Je suis Chinmatra (pure existence) tout simplement et il n'existe rien de tel que le non-Atman. Sois-en assuré. Cet univers n'est pas réel le moins du monde. Oui, cet univers n'est pas du tout réel. Il n'a été produit nulle part, et ne se tient nulle part ! 32. Certains prétendent que Chitta (la pensée) est l'univers. Pas du tout. Il n'a pas d'existence. Ni l'univers, ni Chitta, ni Ahamkara (le sens du Moi), ni le Jiva (l'âme individuelle) n'existent en réalité. 33-34. Ni la création selon Maya (le pouvoir de l'Illusion cosmique – cf. shloka V-7-11), ni Maya elle-même, n'ont d'existence réelle. La peur n'existe pas réellement. L'auteur, l'action, l'audition, la réflexion, les deux Samadhis, celui qui mesure et la mesure, l'ignorance, Ajnana (cf. shloka I- 46), et la non-discrimination, Aviveka – ces concepts n'ont d'existence nulle part. 35-38. En conséquence, les quatre considérations du mouvement (?) et les trois types de relation (?) n'existent pas. Il n'y a ni Gange, ni Gaya (chant), ni Setu (pont), ni éléments ni quoi que ce soit d'autre, ni terre ni eau ni feu ni Vayu (air) et Akasha (espace) nulle part, ni Dévas, ni gardiens des quatre orients, ni Védas, ni Guru, ni distance ni proximité, ni temps, ni milieu, ni non-dualité, ni vrai ni faux, ni servitude ni émancipation, ni Sat ni Asat (le Réel et l'irréel), ni bonheur, etc., ni classe, ni mouvement, ni caste et ni affaires du monde. 39. Tout est Brahman uniquement, et il n'est rien d'autre – oui, uniquement Brahman et rien d'autre. Aussi n'est-il rien du genre “cette conscience, et elle seule, existe”, ou “Chit (la Conscience universelle), c'est moi” ! 40-41. L'affirmation “Je suis Brahman” n'a aucun sens, dès lors; ni l'affirmation “Je suis l'éternellement pur”. Quel que soit ce qui est prononcé par la bouche, quel que soit ce qui est pensé par Manas, quel que soit ce qui est déterminé par Buddhi, quel que soit ce qui est connu par Chitta – tout cela n'existe pas. Il n'y a dès lors ni yogi ni Yoga. Tout est et n'est pas. 42. Ni le jour ni la nuit, ni l'ablution ni la contemplation, ni l'illusion ni la non-illusion – tout cela n'existe pas. Sache-le, il n'y a pas de non-Atman. 43. Védas, Shastras (1), Puranas (2), effet et cause, Ishvara (3), monde, éléments, humanité – tout cela est irréel. Il n'y a aucun doute à ce sujet.
44. Servitude, salut, bonheur, familiers, méditation, Chitta (pensée), Dévas, Asuras (démons), secondaire et primaire, haut et bas – tout cela est irréel. Il n'y a aucun doute à ce sujet. 45. Quel que soit ce qui prononcé par la bouche, quel que soit ce qui est voulu par Sankalpa (la pensée conceptuelle en tant que volonté), quel que soit ce qui est pensé par Manas,– tout cela n'existe pas. Il n'y a aucun doute à ce sujet. 46-47. Quel que soit ce qui est déterminé par Buddhi, quel que soit ce qui est connu par Chitta, quel que ce soit ce qui est discuté dans les écrits religieux, quel que soit ce qui est vu par l'œil, entendu par l'oreille, quel que soit ce qui existe en tant que Sat (l'Être pur), et aussi en tant qu'oreille, œil et membres – tout cela est irréel. 48-51(a). Tout ce qui décrit comme ceci et cela, tout ce qui est pensé comme tel et tel, toutes les pensées existantes telles que “Tu es Moi”, “Cela est ceci” et “Il est Moi”, tous les événements relatifs à Moksha (la délivrance), comme tous les Sankalpas (volontés), l'illusion, l'attribution illusoire, les mystères et toute la diversité des plaisirs et des actes négatifs – tout cela n'a aucune existence. Pas plus que le non-Atman. Mien et tien, mon et ton, pour moi et pour toi, par moi et par toi – tout cela est irréel. 51(b)-52(a). L'affirmation selon laquelle Vishnu est le protecteur, Brahma le créateur, Rudra le destructeur –cela est faux, sache-le sans aucun doute. 52(b)-54(a). Ablutions purificatrices, émissions de mantras et japas, sacrifices, austérités, études des Védas, culte des Dévas, mantras, tantras, s'associer au bien, éclaircir les défauts des Gunas (les 3 qualités universelles – cf. shloka I-6), travailler sur son organe interne (1), les effets d'Avidya, l'ignorance, et les dizaines de millions de semences dans le monde – tout cela est irréel.
54(b)-55. Toutes les paroles émises en tant que vérités selon le verdict de tous les enseignants, tout ce qui est vu ici-bas et tout ce qui existe – tout cela est irréel. 56-58(a). Toutes les paroles prononcées, tout ce qui est tenu pour certain, tout ce dont on parle, tout ce dont on jouit, tout ce qu'on donne ou qu'on fait, en bien comme en mal, tout ce qu'on fait en le proclamant vérité – sache-le, tout cela est irréel. 58(b)-59. Toi seul es l'Atman transcendental et le suprême Guru, dont la forme est l'espace éthéré (Akasha), qui est dépourvu de forme physique et s'adapte à la nature de toutes les créatures. Tu es Brahman; aucun doute n'est possible quant à cela. 60. Tu es le Temps; et tu es Brahman, qui existe à jamais et qui est impondérable. Tu es partout, tu as toutes les formes et tu es la plénitude de la conscience. 61. Tu es la vérité. Tu es celui qui a maîtrisé les siddhis (pouvoirs surnaturels) et tu es l'ancien, l'émancipé et l'émancipation, le nectar de la félicité, la Divinité, le paisible et sans maladies, Brahman en entier, plus grand que l'immensément grand. 62-64. Tu es impartial, tu es Sat (l'Être pur) et le savoir antique, connu sous les concepts de vérité, etc. Tu es sans parties. Tu es Celui qui existe toujours – tu apparais sous les traits de Brahma, Rudra, Indra, etc. – tu te tiens au-dessus des illusions de l'univers – tu brilles dans tous les éléments – tu es dénué de toute volonté (Sankalpa) en tout – on te connaît au moyen des significations sous-jacentes des Écritures; tu es à jamais satisfait et à jamais établi dans la félicité que tu trouves en toi-même; tu es immobile; en toutes choses, tu demeures sans aucune caractéristique; en toutes choses, tu es contemplé simultanément par Vishnu et tout le panthéon des Dévas. 65-69. Tu possèdes la nature de Chit (la Conscience absolue - cf. shloka I-19), tu es Chinmatra (l'essence non-duelle et sans parties), tu résides à l'intérieur de l'Atman lui-même, tu es vide de tout et dépourvu de Gunas (les 3 qualités universelles – cf. shloka I-6), tu es la félicité, le grand, l'Un sans second, l'état de Sat et Asat (le Réel et l'irréel), tu es le connaisseur et le connu, le voyant, la nature de Sat-Chit-Ananda (Existence-Conscience-Félicité absolue), le Seigneur des Dévas, le tout-pénétrant, l'immortel, le mobile et l'immobile, le tout et le non-tout doté de tranquillité et d'intranquillité, Sat en soi et Sat commun à toutes les créatures, de la forme d'un Nitya-Siddha (Être de perfection, devenu immortel) bien que dépourvu de tous les siddhis (pouvoirs surnaturels). 70-73. Il n'est pas un atome que tu ne pénètres; cependant, tu es sans atomes. Tu es dénué d'existence et de non-existence, tout comme tu es le but et l'objet visé. Tu es sans changements, sans déclin, au-delà de tous les Nadas (cf. shloka V-1-4a), sans Kala ou Kashta (divisions du temps - cf. shloka V-1-4a) et sans Brahma, Vishnu ni Shiva. Tu vois profond à l'intérieur de la nature de chacun, et tu es au-dessus de cette nature individuelle. Tu es immergé dans la félicité du Soi. Tu es le monarque du royaume du Soi, et cependant tu es sans aucun concept de Soi. Tu es de la nature de la plénitude et de l'incomplétude. 74. Il n'est rien que tu voies qui ne soit en toi-même. Tu ne te meus jamais à l'extérieur de ta propre nature. Tu agis en accord à la nature de chaque individu. Tu n'es rien d'autre que la nature de chaque individu. N'aie aucun doute à ce propos : “Tu es Moi”. 75. Cet univers et tout, absolument tout, ce qu'il contient, que ce soit du point de vue du voyant ou du vu, ressemble aux cornes du lièvre (1).
76-89(a). Terre, eau, Agni, Vayu (le vent), Akasha (l'espace), Chitta (la pensée), Buddhi (la raison), Ahamkara (le sens de l'ego), Tejas (l'ardeur spirituelle), mondes et sphère de l'univers, destruction, naissance, vérité, vertu et vice, gain, désirs, passion, colère, avidité, objet de méditation, sagesse, guru et disciple, limitation, début et fin, auspices favorables, passé, présent et futur, but et objectif, retenue mentale, enquête, contentement, jouisseur et jouissance, etc., les huit membres du Yoga, Yama (la mort), etc., va-et-vient de la vie, commencement, milieu et fin, ce qui peut être saisi puis rejeté, Hari, Shiva, les organes, Manas (le mental), les trois états de veille-rêve-sommeil profond, les vingt-quatre Tattvas, les quatre moyens d'existence, Bhuh (la Terre) et les autres mondes, les quatre castes et les ordres de vie ainsi que les règles établies pour chacun d'eux, Mantras et Tantras, science et nescience, les quatre Védas, l'inerte et le non-inerte, servitude et libération, sagesse spirituelle et non-sagesse, l'illuminé et le non-illuminé, dualité et non-dualité, la conclusion de tous les Védantas et Shastras (traités), la théorie de l'existence des âmes multiples et celle de l'âme unique, tout ce qui peut être pensé par Chitta, tout ce qui peut être voulu par Sankalpa, tout ce qui peut être déterminé par Buddhi, tout ce qui peut être entendu et vu, tout ce qui peut être enseigné par le guru, tout ce qui peut être perçu par tous les organes sensoriels, tout ce qui peut être disputé par Mimamsa (l'enquête philosophique), tout ce qui peut être fermement établi par Nyaya (la logique) et par les grands penseurs qui ont atteint à l'autre rive des Védas, la formule “Shiva détruit le monde, Vishnu le protège et Brahma le crée”, tout ce qui peut être trouvé dans les Puranas (recueils mythologiques), tout ce qui peut être établi par les Védas et qui est la signification de tous les Védas – tout cela ressemble aux cornes du lièvre. 89(b). La conception “Je suis le corps”, on en parle comme de l'organe interne (antahkarana, cf. shloka V-52b-54a). 90. La conception “Je suis le corps”, on en parle comme de la grande existence dans le monde; la conception “Je suis le corps” constitue l'univers en son entier. 91-96. La conception “Je suis le corps”, on en parle comme du nœud du cœur, de non-sagesse, d'état d'Asat (l'irréel), de nescience, de dualité, de véritable Jiva (l'âme individuelle) et comme doté de parties; cette conception est assurément le péché majeur, la maladie engendrée par l'erreur des désirs et l'appétit de vivre. 97. Cela qui est Sankalpa (la pensée conceptuelle en tant que volonté), les trois souffrances, la passion, la colère, la servitude, toutes les misères, toutes les fautes et les diverses formes du temps – sache que tout cela est le résultat de Manas, le mental. 98-104. Manas seul est la totalité du monde, toujours semant l'illusion, l'existence dans le monde, les trois mondes, les souffrances majeures, le vieil âge et les autres maux, la mort et la grande impureté, la volonté de Sankalpa, le Jiva, Chitta (la pensée), l'Ahamkara (l'ego), la servitude, Antahkarana (l'organe interne) et la terre, l'eau, Agni, Vayu (le vent) et Akasha (l'espace). 105. Sois-en bien sûr : on ne trouve aucune réalité dans tout ce qui provient de Sankalpa (la pensée conceptuelle en tant que volonté). Le monde en son entier, le guru et son disciple, etc., n'existent pas. Non, ils n'existent pas. » Ainsi s'achève le cinquième chapitre.
Adhyaya VI - Chapitre VI 1-9(a). Le sage Ribhu poursuivit ainsi son enseignement : « Sache-le, tout est Sat-Chinmaya, saturé d'Existence absolue et de Conscience, lequel s'infiltre partout. Sat-Chit-Ananda (Existence-Conscience-Félicité absolue) est non-duel, sans déclin, seul et différent de tout. C'est le “Moi”. Seul Sat-Chit-Ananda est l'Akasha et le “Tu”. Et c'est le “Moi”. Là, en Sat-Chit-Ananda, il n'est ni Manas, ni Buddhi, ni Ahamkara, ni Chitta, ni l'ensemble de tous ceux-ci – ni “Tu” ni “Moi”, ni rien d'autre, rien du tout. Brahman seul existe. Phrases, mots, Védas, lettres, commencement, milieu ou fin, vérité, loi, plaisir, peine, existence, Maya, Prakriti, corps, visage, nez, langue, palais, dents, lèvres, front, expiration et inspiration, sueur, os, sang, urine, distance, proximité, membre, ventre, couronne crânienne, mouvements des mains et des pieds, Shastras, maîtrise, connaisseur, connu et connaissance, veille, rêve, sommeil profond et quatrième état – tous ces attributs ne m'appartiennent pas. Tout, absolument tout s'entremêle de Sat-Chinmaya. 9(b)-29. Il n'est pas d'attributs appartenant au corps, pas d'éléments et esprit, racine, vision, Taijasa (le Soi lumineux), Prajna (sagesse parfaite), Virat (le Macrocosme), Sutratma (Mental cosmique), Ishvara (Seigneur suprême), allées et venues, gain ou perte, acceptable ou inacceptable, censurable, pur ou impur, gros ou maigre, chagrin, temps, espace, parole, totalité, peur, dualité, arbre, herbe ou montagne, méditation, siddhis (pouvoirs surnaturels) du Yoga, caste des Brahmanes, Kshatriyas (guerriers, politiciens) ou Vaishyas (commerçants), oiseau ou bête, cupidité, illusion, fierté, malice, passion, colère ou autres passions, femme, Shudras (serviteurs), castes ou autres groupes sociaux, choses mangeables ou délicieuses, augmentation ou diminution, croyance en les Védas, discours, vie dans le monde ou en dehors du monde, transaction, folie, mesure ou chose mesurée, jouissance ou chose dont on a joui, amis, fils, etc., père, mère, sœur, naissance ou mort, croissance, corps ou “Moi”, vacuité ou plénitude, organes internes ou existence mondaine, nuit ou jour, Brahma, Vishnu ou Shiva, semaine ou quinzaine, mois ou année, instabilité, Brahmaloka, Vaikuntha, Kailasa ou autres mondes célestes, Svarga, Indra, Agniloka, Agni, Yamaloka, Yama, Vayuloka, gardiens des mondes, trois mondes – Bhuh, Bhuvah, Svah, Patala ou surface de la Terre, science ou nescience, Maya, Prakriti, inertie, permanence ou caractère transitoire, destruction, mouvement, course, objet de méditation, ablution, Mantra ou objet, objet adorable, aspersion ou petite gorgée d'eau, fleur, fruit, santal, lumière balancée devant une idole, louange, prosternation ou circumambulation, prière, idée de séparation, oblation de nourriture, nourriture offerte, sacrifice, action, insulte, louange, Gayatri et sandhya (période de jonction, crépuscule, etc.), état mental, calamité, mal, désir, âme mauvaise, Chandala (intouchable, de la caste impure), l'insoutenable, l'indicible, Kirata (chasseur), Kaitava (démon), partialité, esprit de parti, ornement, domination, orgueil, unicité et pluralité, durabilité, triade, tétrade, grandeur et petitesse, plénitude, tromperie, Bénarès, Tapas (ascèse), clan, famille, Sutra (recueil d'aphorismes), grandeur, pauvreté, jeune fille, vieille femme ou veuve, pollution, naissance, introversion et identité, formule sacrée, etc. Rien de tout cela n'existe. 30. Tout étant purement et uniquement conscience, il n'est nul faute ou défaut en quoi que ce soit. Tout étant purement et uniquement de la nature de Sat, l'Existence pure, est donc Sat-Chit-Ananda (Existence-Conscience-Félicité absolues). 31. Brahman seul est toute chose et il n'existe rien d'autre. Aussi “Cela” (1) est “Moi”, oui, “Cela” est “Moi”. “Cela” seul est “Moi”, oui, “Cela” seul est “Moi”, “Cela” seul est “Moi”. L'éternel Brahman seul est “Moi”.
32-33. Je suis uniquement Brahman, nullement assujetti à l'existence dans le monde. Je suis uniquement Brahman, sans Manas ni Buddhi, ni organes ni corps. Je suis uniquement Brahman, qui n'est pas perceptible. Je suis uniquement Brahman, et non le Jiva (l'âme individuelle). Je suis uniquement Brahman, et ne suis pas soumis au changement. 34. Je suis uniquement Brahman, et ne suis pas inerte. Je suis uniquement Brahman, et ne connais nulle mort. Je suis uniquement Brahman, et ne possède aucun Prana (souffles vitaux). Je suis uniquement Brahman, plus grand que l'infiniment grand. 35. Tel est Brahman : la grandeur est Brahman. La vérité est Brahman. Il est omnipénétrant. Le temps, Kala, est Brahman. La félicité est Brahman. Il rayonne de sa propre lumière. 36. L'Un est Brahman. Le deux est Brahman. L'illusion est Brahman. Le Sama et les autres Védas sont Brahman. Le mal est Brahman. Le bien est Brahman. Il a la forme de la retenue, de la quiétude, du tout-pénétrant et du tout-puissant. 37. Le monde est Brahman. Le guru est Brahman. Le disciple est Brahman. Il est Sadashiva, l'Éternellement Propice (cf. shloka III-9). Tout ce qui fut auparavant est Brahman. Tout ce qui sera par la suite est Brahman. La pureté est Brahman. Le propice et l'hostile sont Brahman. 38. Le Jiva est toujours Brahman. Sa nature réelle est Sat-Chit-Ananda (Existence-Conscience-Félicité absolue). Tout, absolument tout est de la nature de Brahman. L'univers est, dit-on, de la nature même de Brahman. 39. Brahman est Soi-même (Svayam). Il n'y a aucun doute là-dessus. Il n'est rien qui soit en dehors de Svayam, l'En-Soi. La syllabe Om, qui a la forme de la Conscience, est uniquement Brahman. Tout, absolument tout, est Svayam, l'En-Soi. 46-52(a). Il n'est nul lieu où ne soit l'Atman. Il n'est pas même une seule herbe ou plante qui soit différente de l'Atman. Il n'est pas une seule balle de céréale qui soit différente de Brahman. L'univers en son entier est de la nature de l'Atman. Tout ceci est de la nature de Brahman. Asat, l'irréel, n'est pas de la nature de Brahman. Il n'est pas une seule herbe ou plante qui soit différente de Brahman. Il n'est aucune assise qui soit à l'extérieur de Brahman; il n'est aucun guru qui soit différent de Brahman; il n'est aucun corps qui soit différent de Brahman. Il n'existe rien qui soit différent de Brahman, rien tel que le “Moi” et le “Toi”. 52(b)-57. Quoi que l'on voie en ce monde, de quoi que parlent les gens, quelque jouissance que l'on ait et où que ce soit – tout cela est Asat, l'irréalité, et rien de plus. Les différenciations qui apparaissent entre l'auteur, l'action, les qualités, les similitudes, les goûts, les genres – elles naissent toutes d'Asat, l'irréalité, et ne donnent que plaisirs transitoires. Les différenciations qui apparaissent dans le temps, les objets, les actes, le succès ou la défaite et n'importe quoi d'autre – elles sont toutes Asat, simplement. L'organe interne (antahkarana, cf. shloka V-52b-54a) est Asat. Les organes sont Asat. Leur collection entière : les pranas, les cinq fourreaux (koshas), les cinq divinités, les six changements, les six ennemis, les six saisons et les six saveurs (?), tout cela est Asat. 58. Je suis Sat-Chit-Ananda (Existence-Conscience-Félicité absolue). Cet univers est sans racines. Je suis uniquement l'Atman, Chit et Ananda. Les diverses scènes de la vie dans le monde n'en sont pas différentes. 59. Je suis la Vérité, de la nature d'Ananda, et de la nature de l'impondérable Chit. 60. Tout ceci est de la nature de Jnana, Connaissance et Sagesse. Je suis le sans-second, possédant Jnana et félicité. Ma nature intrinsèque est d'illuminer toutes choses. Je suis néanmoins de la nature de tout le non-être. 61-63. Moi seul brille en permanence. Aussi, avec une telle nature, comment pourrais-je devenir Asat, l'irréel ? Cela qui est appelé “Toi” est Brahman, le Très-grand, de la nature de la félicité de la conscience, et de la nature de Chit possédant Chidakasha, l'éther infini de la conscience (cf. shloka III-1-3), en tant que grande félicité. Seul l'Atman est “Moi”, Asat ne l'est pas. Je suis Kutastha, le grand guru, et Sat-Chit-Ananda, et rien d'autre. Je suis cet univers qui fut engendré. En moi, cependant, ni temps, ni univers, ni Maya, ni Prakriti. 64. Moi seul suis Hari, le Rouge-doré (Vishnu); moi seul suis Sadashiva, l'éternellement Propice. Je suis de la nature de la pure Conscience. Je suis le jouisseur du pur Sattva, la Réalité de pure lumière (cf. shloka I-6). 65-71. Je suis l'unique essence saturée de Chit. Toute chose est Brahman et rien que Lui. Toute chose est Brahman et Chit, uniquement. Je suis de la nature de ce qui est sous-jacent à la totalité, et témoin de la totalité. Je suis le suprême Atman, le suprême Jyotish (le rayonnement divin - cf. shloka III-9), la suprême richesse, le suprême but, l'essence de tous les Védantas, le sujet discuté dans tous les Shastras (traités), la nature de la félicité yoguique, l'océan de la Félicité absolue, l'éclat de la toute-sagesse, de la nature de la Sagesse absolue, l'éclat du quatrième état (Turiya - cf. shloka III-4) et le non-Turiya, et cependant dénué d'eux; je suis l'indestructible Chit, la Vérité, Vasudeva (1), Brahman sans naissance et sans mort, Chidakasha, l'éther infini de la conscience (cf. shloka III-1-3), l'Inconditionné, le sans souillures et l'Immaculé, l'émancipé, le complètement émancipé, le sans-âme, le sans-forme, de la nature de l'univers incréé. Cet univers qui est assumé comme véridique et non-véridique, n'existe pas en réalité.
72. Brahman est de la nature de l'éternelle félicité, Il est même complètement seul, isolé. Il est sans fin, sans déclin, paisible et ne possède qu'une seule nature, totalement uniforme. 73-75. S'il existe quoi que ce soit d'autre que moi-même, alors c'est aussi irréel que le mirage d'une oasis.
76-98. Quand le bleu du ciel existera réellement en soi, alors cet univers sera réel. Quand la poussière de la terre proviendra de l'océan, 99. Il n'est pas d'univers au sein d'Aja, le non-né – il n'est pas d'univers au sein de l'Atman. Dualité et non-dualité ne sont que les conséquences de la différenciation, et n'existent pas réellement. 100. Tout ceci est le résultat de Maya. En conséquence, il faut pratiquer Brahma Bhavana (1). Si un sentiment de misère découle du concept d'identification “Je suis le corps”, alors il faut recourir à la certitude “Je suis Brahman”.
101. Le nœud du cœur est la roue de Brahman, qui tranche net le nœud de l'existence. Quand le doute surgit, on doit placer sa foi en Brahman. 102. Ce Brahman non-duel, éternel et de la forme de la félicité non-conditionnée, est la garde de l'Atman contre la forme principale du non-Atman. 103. C'est par des cas de figure comme ci-dessus que peut s'établir la nature de Brahman. Brahman, en soi, est la demeure du Tout. Abandonne tous les noms, même celui de l'univers ! 104. Sachant avec certitude que “Je suis Brahman”, laisse tomber le Je. Alors tout disparaît, comme la fleur des mains d'une personne endormie. 105. Il n'existe ni corps, ni Karma. Tout est Brahman, rien que Lui. Il n'y a ni objets, ni actions, ni les quatre états (veille, sommeil, etc.). 106. Tout ce qui possède les trois caractéristiques de Vijnana, l'intellect (connaissance, sagesse, réalisation - cf. shloka I-17), est Brahman, uniquement. Abandonne toute action et contemple : 107. “Je suis Brahman”, “Je suis Brahman”. Il n'y a aucun doute à ce propos. Je suis Brahman, de la la nature de Chit. Je suis de la nature de Sat-Chit-Ananda (Existence-Conscience-Félicité absolue). 108. Cette auguste science de Shankara (1) ne devrait jamais être communiquée à une personne ordinaire, à un athée ou à un être de peu de foi, au comportement malsain ou de mauvaise moralité.
109. Elle devrait être communiquée, après mûre délibération, aux êtres caractérisés par la noblesse d'âme, dont l'esprit s'est purifié en se dévouant à leurs maîtres. Elle devrait leur être enseignée durant une année et demi. 110. Mettant de côté entièrement et de part en part les pratiques prônées par les autres Upanishads, on doit étudier la Tejo Bindu Upanishad ici-présente avec un délice toujours renouvelé. 111. Ne l'aurait-on étudiée qu'une seule fois, cela suffit pour s'unir à Brahman. » Ainsi s'achève le sixième chapitre. Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux; Puisse-t-Il nous nourrir tous deux; Om ! Que la Paix soit en moi !
Ici se termine la Tejobindopanishad, appartenant au Krishna Yajur Véda.
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