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Mosquée Siddi Saiyyed à Ahmedabad, au Gujarat : Jali (fenêtre ou écran de pierre à décor ajouré), 1573. UPANISHADS MAJEURES
Chandogya Upanishad Upanishad du chantre d'hymnes
Chandoga : chantre qui psalmodie les hymnes du Véda, et qui apparaît tout au long de l'Upanishad comme étant le prêtre Udgatri, celui qui assure le Haut-Chant (Udgitha), la partie centrale du sacrifice. Chef-d'œuvre absolu, la Chandogya Upanishad l'est à plus d'un titre : par sa beauté formelle, par la limpidité de son style, par la variété de ses approches et la vivacité des personnages qui – dans un cadre anecdotique parfois savoureux – dialoguent sur des points de doctrine bien précis. On n'y trouvera pas une exposition systématique des moyens menant à la libération, mais une élucidation – à chaque fois plus amplement reprise – de l'identité secrète du chercheur et de l'Atman-Brahman. Aussi ancienne que la Brihadaranyaka, elle est antérieure au Ier millénaire av. J.-C. et se présente comme un recueil de dialogues théologico-philosophiques, aux formules fortes et frappantes, qui ont inspiré de nombreux chercheurs postérieurs : l'auteur des célèbres Brahma Sutras y puisa de copieuses références, pas moins de cent-trente citations ! Shankaracarya avait une profonde admiration pour cette œuvre et en a donné des commentaires passionnés, ardemment polémiques, qui aboutiront à l'élaboration de la doctrine de l'Advaita Védanta. “Parmi les dix Upanishads majeures, la Chandogya et la Brihadaranyaka surplombent les autres par leur stature majestueuse et leur perfection, et ces deux textes sont considérés par les érudits comme représentant l'aspect cosmique et l'aspect a-cosmique de la Réalité. Dans la Brihadaranyaka, l'accent est mis sur la nature ultra-spirituelle de chaque plan d'existence et de chaque étape de l'évolution, balayant d'un large mouvement tous les phénomènes de l'existence empirique, dans un élan vers la Réalité suprême. Au contraire, la Chandogya se veut plus réaliste, et examine les grandes questions de la vie sous un angle plus neutre. Ce qui a mené au sentiment prédominant que la Chandogya intègre avec bienveillance les formes usuelles de l'expérience, tandis que la Brihadaranyaka vise à les transcender absolument.” (Swami Krishnananda) Sources : Outre les deux versions citées ci-dessus :
Om ! Que mes membres et mon discours, Prana, yeux, oreilles, vitalité
Ainsi que tous mes sens, se développent en force. Toute existence est le Brahman des Upanishads. Que jamais je ne renie Brahman, ni que Brahman me renie. Qu'il n'y ait jamais aucun reniement: Qu'il n'y ait jamais aucun reniement, en tout cas de ma part. Puissent les vertus que proclament les Upanishads devenir miennes, Moi qui suis dévoué à l'Atman; puissent ces vertus résider en moi. Om ! Que la Paix soit en moi !
SOMMAIRE
DEUXIÈME CHAPITRE
TROISIÈME CHAPITRE
QUATRIÈME CHAPITRE
CINQUIÈME CHAPITRE
SIXIÈME CHAPITRE
SEPTIÈME CHAPITRE
HUITIÈME CHAPITRE
PREMIER CHAPITRE
Première section I-i-1: On doit méditer sur la syllabe Om, qui est l'Udgitha*, car on entame le chant de l'Udgitha en commençant par le Om. En voici l'explication.
I-i-2: L'essence de tous ces êtres vivants est la terre. L'essence de la terre est l'eau. L'essence de l'eau est la végétation. L'essence de la végétation est l'homme. L'essence de l'homme est la parole. L'essence de la parole est le Rig Véda. L'essence du Rig est le Sama Véda. L'essence du Sama est l'Udgitha. I-i-3: Cette syllabe Om qui est appelée l'Udgitha est la quintessence de ces essences, c'est l'essence suprême, qui mérite la place la plus haute, la huitième.*
I-i-4: Qu'est-ce que le Rig ? Qu'est-ce que le Sama ? Qu'est-ce que l'Udgitha ? C'est ce que nous allons considérer. I-i-5: Seule la parole est le Rig. Le souffle vital (Prana) est le Sama. La syllabe Om est l'Udgitha. La parole et le souffle vital forment un couple, à la source du Rig et du Sama. I-i-6: Ce couple trouve son union dans la syllabe Om. Sitôt qu'un couple se rapproche, c'est pour combler les désirs de l'autre. I-i-7: Celui qui médite sur la syllabe Om comme étant l'Udgitha, et qui la connaît comme ce qui comble tous les désirs, devient lui-même un être qui réalise tous les buts désirables. I-i-8: Om est en vérité la syllabe de l'assentiment, car lorsqu'on acquiesce à quelque chose, on dit uniquement Om. L'assentiment tend vers la prospérité. Celui qui le sait et médite en conséquence sur la syllabe Om comme étant l'Udgitha, devient véritablement un être qui prospère dans tous les buts désirables. I-i-9: C'est de là que procède la triple connaissance* : quand le prêtre Adhvaryu** lance un ordre lors d'un sacrifice, il commence par Om; quand le prêtre Hotri récite un hymne, il commence par Om; quand le prêtre Udgatri chante le Sama, il commence par Om. Tout cela est accompli à la gloire de l'Atman impérissable par la majesté de cette syllabe et par sa vertu essentielle.
I-i-10: Qui possède cette connaissance et qui ne la possède pas accomplissent tous deux les mêmes rites sacrificiels. Mais différents sont les résultats produits par la connaissance ou l'ignorance. Tout ce qui est accompli avec connaissance, foi et méditation, devient plus puissant dans ses effets. Voilà expliquée la majesté de la syllabe Om.
Deuxième section I-ii-1: Autrefois les dieux et les démons – qui étaient les uns et les autres des descendants de Prajapati, le Progéniteur – étaient en guerre. Lors d'un combat, les dieux accomplirent les rites des prêtres Udgatri, pensant qu'ainsi ils vaincraient les démons. I-ii-2: Puis ils méditèrent sur l'Udgitha comme symbole du souffle vital qui passe par le nez*. Mais les démons infligèrent le mal à ce souffle vital. Depuis lors, le nez capte les odeurs nauséabondes comme les odeurs agréables, car le souffle vital a été frappé par le mal.
I-ii-3: Puis ils méditèrent sur l'Udgitha comme symbole de la parole. Mais les démons infligèrent le mal à cet organe de la parole. Depuis lors, la parole exprime le mensonge aussi bien que la vérité, car l'organe de la parole a été frappé par le mal. I-ii-4: Puis ils méditèrent sur l'Udgitha comme symbole de la vue. Mais les démons infligèrent le mal à l'œil. Depuis lors, la vue capte la laideur aussi bien que la beauté, car l'œil a été frappé par le mal. I-ii-5: Puis ils méditèrent sur l'Udgitha comme symbole de l'ouïe. Mais les démons infligèrent le mal à l'oreille. Depuis lors, l'ouïe capte les sons discordants aussi bien qu'harmonieux, car l'oreille a été frappée par le mal. I-ii-6: Puis ils méditèrent sur l'Udgitha comme symbole du mental (Manas). Mais les démons infligèrent le mal au mental. Depuis lors, le mental conçoit des pensées correctes aussi bien qu'incorrectes, car le mental a été frappée par le mal. I-ii-7: Puis ils méditèrent sur l'Udgitha comme symbole du souffle vital qui passe par la bouche. Mais lorsqu'ils infligèrent le mal à ce souffle vital, les démons furent mis en pièces, comme une motte de terre vole en éclats lorsqu'on la lance contre un roc. I-ii-8: C'est que le souffle vital qui passe par la bouche n'a pas été corrompu et est resté pur. Tout comme une motte de terre lancée contre un roc est détruite, de même sera détruit celui qui tente de faire du mal ou fait injure à celui qui a conservé cette pureté du souffle vital, car celui-ci est tel un roc. I-ii-9: Avec ce souffle vital principal (celui qui passe par la bouche), on ne distingue pas les odeurs agréables des odeurs nauséabondes, car il est indemne du mal. Quoi qu'un homme mange ou boive, cela passe par ce souffle vital principal et entretient les autres souffles vitaux. Voici pourquoi ceux-ci abandonnent le corps lors de l'agonie : le souffle vital principal est insuffisant à les maintenir. C'est aussi pourquoi le mourant ouvre grand la bouche à l'instant du départ, comme s'il voulait s'alimenter en énergie vitale. I-ii-10: Jadis le Voyant Angiras médita sur l'Udgitha comme symbole du souffle vital. Depuis, les sages considèrent le souffle vital comme représentant Angiras, car il est bel et bien la sève vitale (rasa) qui alimente les membres (anga) ou les organes. I-ii-11: Le Maître des dieux, Brihaspati, médita sur l'Udgitha comme symbole du souffle vital. Depuis, les sages considèrent le souffle vital comme représentant Brihaspati, car la parole est vaste (brihat) et c'est le souffle vital qui la dirige (pati). I-ii-12: Le Voyant Ayasya médita sur l'Udgitha comme symbole du souffle vital. Depuis, les sages considèrent le souffle vital comme représentant Ayasya, car le souffle vital passe (ayate) par la bouche (asya). I-ii-13: Baka, fils de Dalbha, acquit cette connaissance. Il se fit chantre Udgatri pour les résidents de la forêt de Naimisha qui ordonnaient un sacrifice. Il chantait l'Udgitha afin de combler tous leurs souhaits. I-ii-14: Celui qui possède cette connaissance sur le souffle vital et médite sur l'immortel Udgitha comme étant le Om devient le chantre qui obtient tout ce qu'il peut désirer en chantant l'Udgitha. Voilà expliquée la méditation sur l'Udgitha en référence à l'être humain.
Troisième section I-iii-1: Voyons maintenant la méditation sur l'Udgitha en référence aux dieux. On doit méditer sur l'Udgitha comme étant le soleil qui répand sa chaleur. En vérité, quand il se lève, le soleil entonne l'hymne de l'Ugitha pour le bénéfice des créatures vivantes. En se levant, il dissipe les ténèbres et la peur. Celui qui possède cette connaissance devient lui-même destructeur des ténèbres et de la peur. I-iii-2: Ce souffle vital et ce soleil sont semblables. L'un et l'autre sont la chaleur de vie. Les sages parlent de l'un comme “ce qui se meut” (svara) et de l'autre comme “ce qui va et vient” (pratyasvara). En conséquence, il faut méditer sur l'Udgitha comme étant ce souffle vital et ce soleil. I-iii-3: Or, il faut aussi méditer sur l'Udgitha comme étant Vyana, le souffle de distribution. Le souffle inspiré est le Prana, le souffle expiré est l'Apana. La jonction du Prana et de l'Apana, voilà ce qu'est Vyana. Or ce qu'est Vyana, la parole (Vak) l'est aussi. Aussi, en parlant, retient-on son souffle, sans inspirer ni expirer. I-iii-4: Ce qu'est Vyana, le Rig Véda l'est aussi. Aussi, en récitant le Rig, retient-son son souffle, sans inspirer ni expirer. Ce qu'est le Rig, le Sama l'est aussi. Aussi, en chantant un hymne du Sama, retient-on son souffle, sans inspirer ni expirer. Ce qu'est le Sama, l'Udgitha l'est aussi. Aussi, en chantant l'Udgitha, retient-son son souffle, sans inspirer ni expirer. I-iii-5: Au surplus, toute action qui requiert de la force, comme faire du feu par friction de deux bois, courir vers un but, bander un arc solide, on l'accomplit en retenant son souffle, sans inspirer ni expirer. C'est aussi pour cette raison qu'on doit méditer sur l'Udgitha comme étant Vyana. I-iii-6: Maintenant, il est bon de méditer sur les syllabes qui composent le mot Udgitha –ut, gi et tha. Ut évoque le souffle vital, car l'homme se tient debout (ut-tisthati) grâce à la force vitale. Gi évoque la parole, car la parole s'exprime par la voix (girah). Tha évoque la nourriture, car tout ce qui existe subsiste (sthita) par la nourriture. I-iii-7: Ut est l'espace céleste, gi la région intermédiaire et tha la terre. Ut est le soleil, gi l'air et tha le feu. Ut est le Sama Véda, gi le Yajur et tha le Rig. Pour celui qui médite sur ces correspondances, la parole laissera s'écouler le lait qu'elle possède, la parole sera du lait pour lui. Oui, celui qui possède cette connaissance et médite sur les syllabes qui composent l'Udgitha deviendra celui qui possède la nourriture et la mange.*
I-iii-8: Examinons maintenant l'exaucement des prières. On doit méditer sur l'objet désiré, à la façon dont le prêtre Udgatri doit méditer sur l'hymne du Sama qu'il s'apprête à chanter. I-iii-9: Il doit aussi méditer sur le mantra du Rig sur lequel est fondé cet hymne, ainsi que sur le Voyant auquel il fut révélé et sur la divinité à qui il va adresser sa louange. I-iii-10: Le prêtre Udgatri doit aussi méditer sur le mètre qu'il va adopter pour chanter sa louange, mais aussi sur le groupe d'hymnes avec lesquels il va chanter cette louange. I-iii-11: Il doit méditer sur le quartier de l'espace céleste en direction duquel il va lancer son chant de louange. I-iii-12: En dernier lieu, le prêtre Udgatri doit méditer sur lui-même et sur l'objet de sa prière, afin d'éviter toute erreur dans sa louange. Ainsi sera rapidement exaucé l'objet de sa prière, dont le désir a suscité son chant de louange, oui, dont le désir a suscité son chant de louange.
Quatrième section I-iv-1: Il faut méditer sur la syllabe Om, qui est l'Udgitha, car on entonne l'Udgitha en commençant par Om. Voyons maintenant l'explication détaillée de cette syllabe. I-iv-2: Les dieux, en vérité, étaient effrayés par la mort, aussi prirent-ils refuge dans les trois Védas, dont ils adoptèrent les rites. Ils se recouvrirent d'hymnes versifiés. Et parce que les dieux s'en couvrirent (acchadayan), les hymnes versifiés furent appelés Chandas. I-iv-3: Tout comme le pêcheur peut apercevoir un poisson dans une eau peu profonde, ainsi la Mort put apercevoir les dieux dans le Rig, Sama et Yajur Véda. Les dieux en prirent conscience, et ils sortirent des Védas pour se réfugier uniquement dans le son. I-iv-4: Lorsqu'un homme est parvenu à la maîtrise du Rig, il lance le Om avec force et dévotion. De même pour le Sama et le Yajur. Donc le son est bel et bien cette syllabe Om, il est l'immortel et le sans-peur. Ainsi les dieux, en y prenant refuge, acquirent immortalité (Amrita) et quiétude (abhaya, absence de peur). I-iv-5: Celui qui possède cette connaissance et chante la louange de cette syllabe Om, prend refuge en elle, dont le son est l'immortel et le sans-peur. Ayant pris refuge en elle, il acquiert l'immortalité, celle-là même dont jouissent les dieux.
Cinquième section I-v-1: Ce qu'est l'Udgitha, le Pranava (le son bourdonnant du Om) l'est aussi, et inversement. Le lointain soleil est l'Udgitha, mais aussi le Pranava, car il s'ébranle tout en émettant le son Om. I-v-2: « Pour le soleil seul, j'ai chanté une louange, le considérant comme ne faisant qu'un avec tous ses rayons; ainsi tu es venu, mon fils unique ! dit Kaushitaki à son fils, aux temps anciens. Médite sur le soleil et sur ses rayons comme étant différents l'un des autres, et tu auras de nombreux fils. » Voilà pour ce qui est des dieux. I-v-3: Voici maintenant pour ce qui est de l'être humain. On doit méditer sur l'Udgitha comme étant le souffle vital principal qui passe par la bouche, car il circule à l'intérieur du corps en émettant le son Om. I-v-4: « Uniquement pour le souffle vital principal, j'ai chanté une louange; ainsi tu es venu, mon fils unique ! dit encore Kaushitaki à son fils. Médite sur le désir “J'aurai de nombreux fils” et chante un hymne à l'Udgitha comme étant l'ensemble des souffles vitaux, et tu auras de nombreux fils. » I-v-5: C'est donc bien vrai, ce qu'est l'Udgitha, le Pranava l'est aussi, et inversement. Le prêtre Udgatri, s'il possède cette connaissance, est capable de rectifier toute erreur qu'il pourrait commettre, en allant à la place du prêtre Hotri. De là, il peut rectifier toute erreur.
Sixième section I-vi-1: Cette terre est le Rig, et le feu (Agni) est le Sama. Ce feu-Sama repose sur cette terre-Rig. C'est pourquoi on chante le Sama en prenant appui sur le Rig. Sa est la terre, ama est le feu; terre et feu sont ensemble désignés comme Sama. I-vi-2: L'espace intermédiaire est le Rig, et l'air est le Sama. Cet air-Sama repose dans cet espace intermédiaire-Rig. C'est pourquoi on chante le Sama en prenant appui sur le Rig. Sa est l'espace intermédiaire, ama est l'air; espace intermédiaire et air sont ensemble désignés comme Sama. I-vi-3: L'espace céleste est le Rig, et le soleil est le Sama. Ce soleil-Sama repose dans cet espace céleste-Rig. C'est pourquoi on chante le Sama en prenant appui sur le Rig. Sa est l'espace céleste, ama est le soleil; espace céleste et soleil sont ensemble désignés comme Sama. I-vi-4: Les étoiles sont le Rig, et la lune est le Sama. Cette lune-Sama repose dans cet espace étoilé-Rig. C'est pourquoi on chante le Sama en prenant appui sur le Rig. Sa est les étoiles, ama est la lune; étoiles et lune sont ensemble désignées comme Sama. I-vi-5: Or, la lumière étincelante du soleil est le Rig, et son obscurité d'un bleu extrêmement profond, est le Sama. Cette obscurité-Sama repose sur cette lumière étincelante-Rig. C'est pourquoi on chante le Sama en prenant appui sur le Rig. I-vi-6: De plus, Sa est la lumière étincelante du soleil, ama est son obscurité d'un bleu extrêmement profond; lumière étincelante et obscurité bleue sont ensemble désignées comme Sama. Cet Être lumineux (Purusha) qui apparaît au sein du soleil, dont la barbe et les cheveux sont dorés, est d'or, de part en part et jusqu'à la pointe de ses ongles. I-vi-7: Ses yeux sont des fleurs de lotus d'un rouge éclatant, comme la croupe d'un singe. Son nom est Ut, car il s'est élevé (udita) au-dessus du mal. Qui possède cette connaissance s'élève lui aussi au-dessus du mal. I-vi-8: Le Rig et le Sama sont au chantre, on les appelle donc le haut-chant, l'Udgitha. Et parce que le prêtre chante cet Ut, on le nomme l'Udgatri. De plus, cet Être lumineux gouverne les univers qui sont au-delà du soleil, et régne sur les désirs des dieux. Voilà pour ce qui est des dieux..
Septième section I-vii-1: Voici maintenant pour ce qui est de l'être humain. La parole est le Rig, et le souffle vital est le Sama. Ce souffle vital-Sama s'appuie sur cette parole-Rig. C'est pourquoi on chante le Sama en prenant appui sur le Rig. Sa est la parole, ama est le souffle vital; parole et souffle vital sont ensemble désignés comme Sama. I-vii-2: L'œil est le Rig, et l'Atman (réfléchi à l'intérieur de l'œil) est le Sama. Cet Atman-Sama s'appuie sur cet œil-Rig. C'est pourquoi on chante le Sama en prenant appui sur le Rig. Sa est l'œil, ama est l'Atman; œil et Atman sont ensemble désignés comme Sama. I-vii-3: L'oreille est le Rig, et le mental (Manas) est le Sama. Ce mental-Sama s'appuie sur cette oreille-Rig. C'est pourquoi on chante le Sama en prenant appui sur le Rig. Sa est l'oreille, ama est le mental; oreille et mental sont ensemble désignés comme Sama. I-vii-4: Or, la claire lumière de l'œil est le Rig, et son obscurité d'un bleu extrêmement profond, est le Sama. Cette obscurité-Sama repose sur cette claire lumière-Rig. C'est pourquoi on chante le Sama en prenant appui sur le Rig. Sa est la claire lumière de l'œil, ama est son obscurité bleue; claire lumière et obscurité bleue sont ensemble désignées comme Sama. I-vii-5: De plus, cet Être lumineux qui apparaît au fond de l'œil est le Rig, c'est indéniablement le Rig, c'est le Sama et l'invocation rituelle (Uktha), c'est le Yajur, c'est Brahman. Il possède la même apparence que l'Être lumineux solaire. Le chantre de l'un est aussi celui de l'autre, le nom de l'un (Ut) est aussi celui de l'autre. I-vii-6: Cet Être lumineux de l'œil est le maître des mondes qui se déploient en-deçà de lui, et il règne sur les désirs des humains. Aussi tous ceux qui jouent de la musique sur un luth (Vina) chantent sa louange et reçoivent de lui des richesses. I-vii-7: Or donc, celui qui chante le Sama en ayant connaissance de la divinité de l'Udgitha, dédie son hymne aux deux Êtres lumineux. De l'Être lumineux du soleil, le chantre reçoit les mondes déployés au-delà du soleil et ce que désirent les dieux. I-vii-8-9: De même, de l'Être lumineux de l'œil, le chantre reçoit les mondes déployés en-deçà de l'œil et ce que désirent les humains. Voici pourquoi le prêtre Udgatri qui possède cette connaissance doit demander au sacrifiant* : « Lequel de tes souhaits dois-je combler avec mon chant ? » Car celui qui possède cette connaissance et chante un hymne du Sama est capable de combler tous les souhaits d'autrui grâce à son chant du Sama. Oui, grâce à son chant du Sama.
Huitième section I-viii-1: Dans les temps anciens, trois hommes devinrent des connaisseurs érudits de l'Udgitha : Shilaka, fils de Shalavatya, Chaikitayana de la lignée des Dalbhyas et Pravahana, fils de Jivala. Ils déclarèrent : « Nous sommes à coup sûr très compétents sur l'Udgitha. Et si nous engagions un débat ? » I-viii-2: Ils furent tous d'accord et s'assirent ensemble. Pravahana, fils de Jivala, prit la parole : « Respectables collègues, parlez les premiers, j'écouterai quant à moi ce que deux brahmanes ont à dire à ce sujet. » I-viii-3: Shilaka, fils de Shalavatya, se tourna vers Chaikitayana de la lignée des Dalbhyas : « Avec ta permission, je vais te poser une question. » Chaikitayana répondit : « Pose ta question. » I-viii-4: Shilaka : « Sur quoi repose le Sama ? » Chaikitayana : « Sur l'échelle musicale. » I-viii-5: Shilaka : « Sur quoi repose l'eau ? » Chaikitayana : « Sur ce monde lointain (l'espace céleste). » I-viii-6: À ce point, Shilaka, fils de Shalavatya, déclara à Chaikitayana de la lignée des Dalbhyas : « Ô le Dalbhya, ton Sama n'est pas fermement établi ! Si à cet instant quelqu'un te disait “Ta tête va tomber !”, eh bien oui, ta tête tomberait ! »*
I-viii-7: Chaikitayana : « Si tu le veux bien, j'aimerais apprendre de toi, qui es une âme vénérable (Bhagavata), [où le Sama peut être fermement établi]. » Shilaka : « Apprends-le donc. »
I-viii-8: Pravahana, fils de Jivala, prit la parole : « Ô Shilaka, ton Sama est certainement limité. Et si à cet instant quelqu'un te disait “Ta tête va tomber !”, eh bien sûrement, ta tête tomberait ! »
Neuvième section I-ix-1: Shilaka demanda : « Sur quoi repose ce monde-ci ? » Pravahana répondit : « Sur l'espace éthéré (Akasha). Car tous ces êtres, mobiles ou immobiles, sont créés de l'Akasha, et retournent à l'Akasha pour s'y dissoudre. Et puisque l'Akasha est antérieur à tous ces êtres créés et à ce monde-ci, il est le support suprême, dans les trois dimensions du temps (passé, présent, futur). » I-ix-2: Cet Udgitha (Om) est lui aussi tel [que l'Akasha, support suprême]. Il est le plus excellent, il est plus haut que le suprême. En tant que tel, il est infini. Qui, possédant cette connaissance, médite sur l'Udgitha comme le plus excellent et plus haut que le suprême, voit sa vie devenir excellente et plus haute que le suprême, et il gagnera les meilleurs des mondes. » I-ix-3: Atidhanvan, fils de Shaunaka, donna cet enseignement à Udara Sandilya, puis lui déclara : Atidhanvan, fils de Shaunaka, donna cet enseignement à Udara Sandilya, puis lui déclara : « Tant que cette connaissance de l'Udgitha sera transmise aux descendants de ta lignée, durant tout ce temps leur vie sera la meilleure qui puisse être ici-bas, et il en sera de même dans l'au-delà. I-ix-4: Car celui qui possède cette connaissance de l'Udgitha et médite dessus, verra sa vie devenir la meilleure qui puisse être ici-bas, et il en sera de même dans l'au-delà. Oui, il en sera de même dans l'au-delà. »
Dixième section I-x-1: Il advint que les récoltes du pays de Kuru furent détruites par de violents orages. Ushasti, fils de Chakra, vivait avec sa femme pas encore parvenue à l'adolescence, dans un village appartenant à homme qui possédait un éléphant, et il fut alors dans une situation déplorable. I-x-2: Ushasti mendia de la nourriture au propriétaire de l'éléphant, alors que celui-ci mangeait de misérables haricots. « Je n'ai rien d'autre que ça, là devant moi. », répondit l'homme. I-x-3: « Donne-m'en juste un peu ! » insista Ushasti. L'homme lui donna de ses haricots, ajoutant : « Et voici de l'eau, si tu en veux. » Ushasti rétorqua : « Si j'acceptais, ce serait boire de l'eau qui a été souillée par un autre homme. » I-x-4: L'homme : « Mais ces haricots, ne sont-ils pas également souillés ? » Ushasti : « Si je ne les avais pas avalés, je serais sûrement mort d'inanition, tandis que l'eau, je peux en trouver où je veux. » I-x-5: Ushasti mangea à sa faim puis alla porter les restes à sa femme. Celle-ci, de son côté, s'était procuré de la nourriture; aussi mit-elle ces haricots de côté. I-x-6: Le matin suivant, au saut du lit, Ushasti dit : « Hélas, si je pouvais seulement recevoir ne serait-ce qu'un peu à manger, je pourrais me procurer un peu d'argent. Le roi voisin a fait commander un sacrifice. Il pourrait me choisir comme prêtre officiant. » I-x-7: Sa femme lui répondit : « Tiens, mon époux, voici les haricots. » Ushasti s'en nourrit puis partit pour le sacrifice, qui allait bientôt commencer. I-x-8: Sur place, il s'assit à côté du groupe des prêtres Udgatri*, qui s'apprêtaient à chanter leurs hymnes. Il se tourna vers le prêtre Prastotir et lui dit :
I-x-9: « Ô Prastotir, si tu entonnes la louange initiale (Prastava) sans même connaître la divinité que célèbre cet hymne, ta tête va tomber ! » (cf. I-viii-6) I-x-10: Sur le même ton, il s'adressa au prêtre Udgatri : « Ô Udgatri, si tu entonnes le Haut-chant (Udgitha) sans même connaître la divinité que célèbre cet hymne, ta tête va tomber ! » I-x-11: Sur le même ton, il s'adressa au prêtre Pratiharta : « Ô Pratiharta, si tu entonnes la formule magique (Pratihara) sans même connaître la divinité que célèbre cet hymne, ta tête va tomber ! » Et tous les prêtres restèrent silencieux, interrompant leurs tâches.
Onzième section I-xi-1: Alors le sacrifiant (le roi) lui dit : « J'aimerais bien savoir qui tu es, ô vénérable. » — « Je suis Ushasti, fils de Chakra. » I-xi-2: Le sacrifiant reprit : « Ô vénérable, je me suis mis en quête de toi pour te confier toutes ces fonctions des prêtres, mais je ne t'ai pas trouvé. J'ai donc choisi d'autres officiants. » I-xi-3: « Mais maintenant, poursuivit-il, prends part à toutes ces fonctions des prêtres, pour mon bénéfice. » — « D'accord, dit Ushasti, et j'autorise ces prêtres à chanter les hymnes de louange. Mais tu devras me donner autant d'argent qu'à eux. » — « Qu'il en soit ainsi ! » dit le roi. I-xi-4: Le prêtre Prastotir s'approcha alors d'Ushasti et lui dit : « Ô vénérable, tu m'as dit : “Ô Prastotir, si tu entonnes la louange initiale sans même connaître la divinité que célèbre cet hymne, ta tête va tomber ! ” Quelle est cette divinité ? » I-xi-5: « C'est le souffle vital, répondit Ushasti, car tous ces êtres pénètrent dans un corps avec le souffle vital et en sortent avec lui. Il est la divinité associée à la louange initiale. Et si, malgré mon avertissement, tu avais chanté ton hymne sans connaître ceci, ta tête serait tombée en morceaux. » I-xi-6: Puis ce fut le prêtre Udgatri : Ô vénérable, tu m'as dit : “Ô Udgatri, si tu entonnes le Haut-chant sans même connaître la divinité que célèbre cet hymne, ta tête va tomber ! ” Quelle est cette divinité ? » I-xi-7: « C'est le soleil, répondit Ushasti. En vérité, tous ces êtres chantent pour le soleil lorsqu'il est haut dans le ciel. Il est la divinité associée au Haut-chant. Et si, malgré mon avertissement, tu avais chanté ton hymne sans connaître ceci, ta tête serait tombée en morceaux. » I-xi-8: Puis ce fut le prêtre Pratiharta : Ô vénérable, tu m'as dit : “Ô Udgatri, si tu entonnes la formule magique sans même connaître la divinité que célèbre cet hymne, ta tête va tomber ! ” Quelle est cette divinité ? » I-xi-9: « C'est la nourriture, répondit Ushasti. En vérité, tous ces êtres vivent à condition de prendre de la nourriture. Elle est la divinité associée à la formule magique. Et si, malgré mon avertissement, tu avais chanté ton hymne sans connaître ceci, ta tête serait tombée en morceaux. »
Douzième section I-xii-1: Voici maintenant l'Udgitha telle que la voient les chiens*. Un jour, Baka, fils de Dalbhya, également connu sous le nom de Glava, fils de Maitra, fit une retraite pour étudier les Védas.
I-xii-2: Un grand chien blanc apparut devant lui, bientôt suivi par des petits chiens qui firent cercle autour de lui et lui demandèrent : « Ô vénérable (chien blanc), nous te prions de chanter un hymne pour obtenir de la nourriture, puis de nous la donner, car nous avons faim. » I-xii-3: Le chien blanc leur répondit : « Retrouvez-moi ici-même demain matin. » Le sage Baka, fils de Dalbhya, également connu sous le nom de Glava, fils de Maitra, resta sur place pour guetter leur retour. I-xii-4: Les chiens revinrent à la façon dont les prêtres circulent, se tenant l'un l'autre [par le pan de leur vêtement], lorsqu'ils s'apprêtent à chanter l'hymne Bahishpavamana*. Puis ils s'assirent et psalmodièrent la syllabe Him.
I-xii-5: Ensuite, ils se mirent à chanter : « Om ! À manger ! Om ! À boire ! Om ! Que Savitri, le soleil brillant, que Varuna, le faiseur de pluie, et que Prajapati, le seigneur des créatures, amènent ici de la nourriture ! Ò Maître de la nourriture, amène ici de la nourriture, oui, amène-la ! Om ! »
Treizième section
I-xiii-1: En vérité, la syllabe Hau représente ce monde-ci; la syllabe Hai représente l'air; le mot Atha représente la lune; la syllabe iha représente ce corps (l'Atman, qui est en lui); la syllabe I représente le feu. I-xiii-2: La syllabe U représente le soleil; la syllabe E représente l'invocation; le mot Auhoyi représente les divinités des principes universels (Vishvadevas); la syllabe Him représente Prajapati, le Progéniteur; le mot Svara représente le souffle vital; la syllabe Ya représente la nourriture, et la syllabe Vak représente l'Être cosmique (Virat). I-xiii-3: Quant à la treizième syllabe indéfinissable, Hum, son symbolisme est indéterminé, car elle a divers usages.. I-xiii-4: Pour celui qui possède la connaissance secrète (Upanishad) des hymnes du Véda (Saman), la parole laissera s'écouler le lait qu'elle possède, la parole sera du lait pour lui. Oui, celui qui possède et médite cette connaissance secrète deviendra celui qui possède la nourriture et la mange (cf. I-iii-7).
DEUXIÈME CHAPITRE Première section II-i-1: Om ! Méditer sur la totalité du Saman*, c'est méditer sur la totalité du bien. Tout ce qui est le bien, on l'appelle Saman; et tout ce qui ne l'est pas, on l'appelle non-Saman (Asaman).
II-i-2: Ainsi, lorsqu'on dit “Il s'approcha de lui avec Saman”, on veut simplement dire “Il s'approcha de lui avec courtoisie”. Et lorsqu'on dit “Il s'approcha de lui sans Saman”, on veut simplement dire “Il s'approcha de lui sans courtoisie”. II-i-3: Ou lorsqu'on dit “Vraiment, c'est du Saman pour nous !”, on veut simplement dire “C'est vraiment bon (bien, avantageux, etc.) pour nous”. Et lorsqu'on dit “Vraiment, ce n'est pas du Saman pour nous !”, on veut simplement dire “C'est vraiment mauvais (mal, désavantageux, etc.) pour nous”. II-i-4: Vers celui qui possède cette connaissance et médite sur le Saman comme étant le bien, toutes les bonnes qualités afflueront rapidement, oui, elles demeureront en lui.
Deuxième section II-ii-1: Il faut méditer sur les cinq divisions du Saman comme étant les cinq mondes. La syllabe Him est la terre, la louange initiale est le feu, l'Udgitha est l'espace intermédiaire, la formule magique est le soleil, la conclusion est l'espace céleste. C'est là l'ordre ascendant. II-ii-2: Et dans l'ordre descendant: La syllabe Him est l'espace céleste, la louange initiale est le soleil, l'Udgitha est l'espace intermédiaire, la formule magique est le feu, la conclusion est la terre. II-ii-3: Les mondes, dans leur hiérarchie ascendante comme descendante, appartiendront à celui qui possède cette connaissance et médite sur le quintuple Saman comme étant les cinq mondes.
Troisième section II-iii-1: Il faut méditer sur les cinq divisions du Saman comme étant la pluie. La syllabe Him est le vent d'est (annonciateur de la pluie), la louange initiale est le nuage qui s'amasse, l'Udgitha est la pluie qui tombe, la formule magique est l'éclair et le tonnerre, la conclusion est la pluie qui cesse. II-iii-2: Il provoquera la pluie à volonté pour lui et pour les autres, celui qui possède cette connaissance et médite sur le quintuple Saman comme étant la pluie.
Quatrième section II-iv-1: Il faut méditer sur les cinq divisions du Saman comme étant l'eau dans sa diversité. La syllabe Him est l'humidité qui s'amasse en nuages, la louange initiale est la pluie, l'Udgitha est les rivières qui coulent vers l'est, la formule magique est les rivières qui coulent vers l'ouest, leur réceptacle* est l'océan.
II-iv-2: Il ne mourra pas par noyade et il aura de l'eau en abondance, celui qui possède cette connaissance et médite sur le quintuple Saman comme étant l'eau dans sa diversité.
Cinquième section II-v-1: Il faut méditer sur les cinq divisions du Saman comme étant les saisons. La syllabe Him est le printemps, la louange initiale est l'été, l'Udgitha est la saison des pluies, la formule magique est l'automne, la conclusion est l'hiver. II-v-2: Les saisons lui sont favorables et il devient riche en biens produits en toutes saisons, celui qui possède cette connaissance et médite sur le quintuple Saman comme étant les saisons.
Sixième section II-vi-1: Il faut méditer sur les cinq divisions du Saman comme étant les animaux. La syllabe Him est la chèvre, la louange initiale est le mouton, l'Udgitha est la vache, la formule magique est le cheval, leur refuge est l'être humain. II-vi-2: Les animaux iront à lui et il deviendra riche en animaux, celui qui possède cette connaissance et médite sur le quintuple Saman comme étant les animaux.
Septième section II-vii-1: Il faut méditer sur les cinq divisions du Saman, qui se succèdent en excellence, comme étant les cinq sens (souffles, pranas). La syllabe Him est le nez et l'odorat, la louange initiale est la langue et la parole, l'Udgitha est l'œil et la vue, la formule magique est l'oreille et l'ouïe, la conclusion-réceptacle est le mental. Ces organes se succèdent en se surpassant. II-vii-2: Les biens les plus excellents seront à lui et il conquerra les mondes supérieurs, celui qui possède cette connaissance et médite sur le quintuple Saman, qui est une succession d'excellence, comme étant les cinq sens.
Huitième section II-viii-1: Nous allons voir maintenant la méditation sur le septuple Saman. Il faut méditer sur le septuple Saman comme étant la parole. Ce qui dans la parole est Hum, est la syllabe Him [dans l'hymne Saman]; de la même façon, Pra est la louange initiale (Prastava), A est Adi, le son initial (Om). II-viii-1-2: Ut est l'Udgitha, Pra est la formule magique (Pratihara), Upa est le quatrième vers de la strophe (Upadrava), Ni est la conclusion (Nidhana). II-viii-3: Pour celui qui possède cette connaissance et médite sur le septuple Saman comme étant la parole, la parole laissera s'écouler le lait qu'elle possède, la parole sera du lait pour lui. Oui, et il deviendra celui qui possède la nourriture et la mange.
Neuvième section II-ix-1: Il faut ensuite méditer sur le septuple Saman comme étant le soleil lointain. Le soleil est le Saman car il reste toujours le même (sama). Il est le Saman car il est identique pour tous, et que chacun pense “Il dirige sa face vers moi, oui, vers moi”. II-ix-2: Il faut savoir que toutes les créatures sont dépendantes du soleil. La forme que prend celui-ci avant son lever, c'est la syllabe Him. Les animaux domestiques sont assujettis à cette forme. Comme ils sont des adorateurs de la syllabe Him de ce Saman (le soleil toujours identique), ils poussent le cri Him (avant le point du jour). II-ix-3: La forme que prend le soleil au point du jour, c'est la louange initiale. Les humains sont assujettis à cette forme. Comme ils prennent part à la louange initiale (Prastava) de ce Saman, ils apprécient les louanges (Prastuti) et souhaitent une bonne réputation.*
II-ix-4: La forme que prend le soleil au moment où il déploie ses rayons, c'est Adi, le son initial (Om). Les oiseaux sont assujettis à cette forme. Comme ils prennent part au son initial (Adi) de ce Saman, ils volent dans le ciel, sans aucun support (Adaya), ne dépendant que d'eux-mêmes. II-ix-5: La forme que prend le soleil au milieu du jour, c'est l'Udgitha. Les dieux sont assujettis à cette forme. Comme ils prennent part à l'Udgitha de ce Saman, ils sont le meilleur de la progéniture de Prajapati, le Créateur. II-ix-6: La forme que prend le soleil après le milieu du jour et avant la fin de l'après-midi, c'est la formule magique (Pratihara). Les embryons sont assujettis à cette forme. Comme ils prennent part à la formule magique de ce Saman, ils sont maintenus dans la matrice sans en tomber. II-ix-7: La forme que prend le soleil en fin d'après-midi et avant le crépuscule, c'est le quatrième vers de la strophe (Upadrava). Les animaux sauvages sont assujettis à cette forme. Comme ils prennent part au quatrième vers de ce Saman, ils courent se réfugier dans les forêts ou les cavernes lorsqu'ils aperçoivent un être humain. II-ix-8: La forme que prend le soleil tout de suite après le crépuscule, c'est la conclusion (Nidhana). Les mânes des ancêtres sont assujettis à cette forme. Comme ils prennent part à la conclusion de ce Saman, on dépose (nidadhati) leurs restes [sur de l'herbe kusha].
Dixième section II-x-1: Il faut en vérité méditer sur le septuple Saman, qui possède uniformément le même nombre de syllabes, et qui mène au-delà de la mort. Himkara (la syllabe Him) a trois syllabes, Prastava également. Ces deux mots sont donc égaux (sama) entre eux. II-x-2: Adi a deux syllabes, Pratihara en a quatre. On prend une syllabe à Pratihara pour l'ajouter à Adi. Ainsi ils sont égaux entre eux. II-x-3: Udgitha a trois syllabes, Upadrava en a quatre. S'ils avaient chacun trois syllabes, ils seraient égaux. Or, une syllabe reste en surplus. Bien qu'une, elle est néanmoins un Akshara (une lettre), ce qui est un mot trisyllabique. Ainsi ils sont égaux entre eux. II-x-4: Nidhana a trois syllabes, et il est égal aux mots précédents. Telles sont en vérité les vingt-deux syllabes qui forment le septuple Saman. II-x-5: Avec vingt-et-une syllabes, on parvient au soleil. Le soleil lointain est le vingt-et-unième* à partir d'ici. Par le vingt-deuxième syllabe, on conquiert ce qui est plus haut que le soleil; c'est là un monde béni, libre de toute souffrance.
II-x-6: Celui qui possède cette connaissance et médite sur le septuple Saman qui possède un nombre uniforme de syllabes et mène par-delà la mort, obtiendra la victoire sur le soleil (et sur la mort) et verra même venir une victoire plus haute que cette victoire sur le soleil.
Onzième section II-xi-1: Le mental (Manas) est la syllabe Him, la parole est la louange initiale, la vue est l'Udgitha, l'ouïe est la formule magique, le souffle vital est la conclusion. Tel est le Gayatra* Saman, qui est étroitement uni aux cinq souffles vitaux.**
II-xi-2: Celui qui sait que le Gayatra Saman est étroitement uni aux cinq sens [par les souffles vitaux], conserve intacts ses organes sensoriels, parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Gayatra Saman, l'injonction est “Sois d'une grande élévation morale (mahāmanāh syāt)”.
Douzième section II-xii-1: Le frottement du bois à feu, c'est la syllabe Him; la fumée qui apparaît, c'est la louange initiale; les étincelles qui jaillissent, c'est l'Udgitha; les charbons ardents, c'est la formule magique; les cendres encore chaudes, c'est la conclusion; l'extinction du feu, c'est encore la conclusion. Tel est le Rathantara* Saman, qui est étroitement uni au feu.
II-xii-2: Celui qui sait que le Rathantara Saman est étroitement uni au feu entre en possession de la lumière resplendissante de Brahman, il devient celui qui consomme la nourriture, parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Rathantara Saman, l'injonction est “Ne bois pas même une gorgée d'eau et ne la recrache pas devant un feu”.
Treizième section II-xiii-1: Un homme fait signe à une femme de venir à lui, c'est la syllabe Him; il l'amadoue en lui faisant plaisir, c'est la louange initiale; il l'entraîne dans un lit, c'est l'Udgitha; il fait l'amour avec elle, c'est la formule magique; il parvient à la petite mort (kālam), c'est la conclusion; il est parvenu sur l'autre rive (pāram), c'est encore la conclusion. Tel est le Vamadevya* Saman, qui est étroitement uni à l'acte sexuel..
II-xiii-2: Celui qui sait que le Vamadevya Saman est étroitement uni à l'acte sexuel s'adonne à la copulation, il se procrée lui-même à chaque copulation, parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Vamadevya Saman, l'injonction est “Ne te retire jamais durant l'acte sexuel et ne t'abstiens pas de vie sexuelle”.
Quatorzième section II-xiv-1: Le soleil levant, c'est la syllabe Him; le soleil qui s'est levé, c'est la louange initiale; le soleil au zénith, c'est l'Udgitha; le soleil de l'après-midi, c'est la formule magique; le soleil couchant, c'est la conclusion. Tel est le Brihat* Saman, qui est étroitement uni au soleil.
II-xiv-2: Celui qui sait que le Brihat Saman est étroitement uni au soleil devient lui-même lumineux, il devient celui qui consomme la nourriture, parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Brihat Saman, l'injonction est “Ne te plains pas du soleil ardent”.
Quinzième section II-xv-1: Les nuées blanches qui s'amassent, c'est la syllabe Him; le nuage qui s'est formé, c'est la louange initiale; la pluie, c'est l'Udgitha; le tonnerre et l'éclair, c'est la formule magique; la pluie qui cesse, c'est la conclusion. Tel est le Vairupa* Saman, qui est étroitement uni aux nuages.
II-xv-2: Celui qui sait que le Vairupa Saman est étroitement uni aux nuages acquiert du bétail versicolore, des bêtes particulièrement belles, il parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Vairupa Saman, l'injonction est “Ne te plains pas de la pluie”.
Seizième section II-xvi-1: La syllabe Him est le printemps, la louange initiale est l'été, l'Udgitha est la saison des pluies, la formule magique est l'automne, la conclusion est l'hiver. Tel est le Vairaja* Saman, qui est étroitement uni aux saisons.
II-xvi-2: Celui qui sait que le Vairaja Saman est étroitement uni aux saisons entre en possession de la lumière resplendissante de Brahman, il resplendit à travers ses enfants et son bétail, il parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Vairaja Saman, l'injonction est “Ne te plains pas des saisons”.
Dix-septième section II-xvii-1: La syllabe Him est la terre, la louange initiale est l'espace intermédiaire, l'Udgitha est l'espace céleste, la formule magique est les directions de l'espace, la conclusion est l'océan. Tel est le Shakvari* Saman, qui est étroitement uni aux divers mondes.
II-xvii-2: Celui qui sait que le Shakvari Saman est étroitement uni aux mondes entre en possession de ces mondes, il parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Shakvari Saman, l'injonction est “Ne médis pas des mondes”.
Dix-huitième section II-xviii-1: La syllabe Him est la chèvre, la louange initiale est le mouton, l'Udgitha est la vache, la formule magique est le cheval, la conclusion est l'être humain. Tel est le Revati* Saman, qui est étroitement uni aux animaux domestiques.
II-xviii-2: Celui qui sait que le Revati Saman est étroitement uni aux animaux domestiques devient possesseur de nombreuses bêtes, il parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Revati Saman, l'injonction est “Ne médis pas des animaux domestiques”.
Dix-neuvième section II-xix-1: La syllabe Him est le système pileux, la louange initiale est la peau, l'Udgitha est la chair, la formule magique est l'os, la conclusion est la moelle. Tel est le Yajnayajniya* Saman, qui est étroitement uni aux membres du corps.
II-xix-2: Celui qui sait que le Yajnayajniya Saman est étroitement uni aux membres du corps conserve intacts tous ses membres et ne souffre d'aucune infirmité, il parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Yajnayajniya Saman, l'injonction est “Ne consomme pas de viande durant une année” ou “Ne consomme plus jamais de viande”.
Vingtième section II-xx-1: La syllabe Him est le feu, la louange initiale est l'air, l'Udgitha est le soleil, la formule magique est les étoiles, la conclusion est la lune. Tel est le Rajana* Saman, qui est étroitement uni aux divinités.
II-xx-2: Celui qui sait que le Rajana Saman est étroitement uni aux divinités parvient aux mondes des dieux, il partage leur splendeur et s'unit à eux; il parvient à une grande longévité, mène une vie rayonnante, se voit pourvu d'un grand nombre d'enfants et de têtes de bétail, ainsi que d'une grande renommée. Pour celui qui médite sur le Rajana Saman, l'injonction est “Ne médis pas des brahmanes”*.
Vingt-et-unième section II-xxi-1: La triple connaissance (des trois Védas) est la syllabe Him; les trois mondes sont la louange; le feu (Agni), l'air (Vayu) et le soleil (Aditya) sont l'Udgitha; les étoiles, les oiseaux et les rayons solaires sont la formule magique; les serpents, les musiciens célestes (Gandharvas) et les ancêtres (Pitaras) sont la conclusion. Tel est le Saman [étroitement uni à toute chose], qui est la trame universelle. II-xxi-2: En vérité, celui qui sait que le Saman est la trame universelle devient lui-même la totalité universelle (Sarva). II-xxi-3: À ce propos, on trouve le verset suivant : “Il n'existe rien de supérieur à l'ensemble des cinq triades, et même il n'existe rien d'autre” (yāni pañcadhā trīni trīni | tebhyo na jyāyah param anyad asti ||). II-xxi-4: Qui possède cette connaissance possède la totalité du savoir. Toutes les directions de l'espace lui portent des offrandes. Pour lui, l'injonction à méditer est “Je suis la totalité”.
Vingt-deuxième section II-xxii-1: Pour psalmodier le Saman, on peut choisir le mode haut et mugissant, bénéfique pour les animaux, qui est l'Udgitha ayant Agni (le feu) comme divinité tutélaire; le mode voilé et indistinct ayant Prajapati comme divinité tutélaire: le mode clair et distinct ayant Soma (la lune) comme divinité tutélaire; le mode étouffé et doux ayant Vayu (l'air) comme divinité tutélaire: le mode doux mais puissamment appuyé ayant Indra (la pluie) comme divinité tutélaire; le mode qui évoque le cri du héron ayant Brihaspati comme divinité tutélaire; le mode en fausset (qui évoque un instrument mal accordé) ayant Varuna comme divinité tutélaire. Il faut utiliser tous ces modes, mais éviter toutefois le mode de Varuna. II-xxii-2: “Puisse mon chant contribuer à l'immortalité des dieux !” C'est avec cette pensée que l'on doit chanter. “Je chante pour apporter des oblations aux mânes des ancêtres, de l'espoir aux humains, de l'herbe et de l'eau aux animaux, le séjour céleste au sacrifiant, et de la nourriture à moi-même.” C'est en entretenant toutes ces réflexions que l'on doit chanter les louanges sans fautes d'inattention. II-xxii-3: Toutes les voyelles sont les membres du corps d'Indra; toutes les sibilantes [et les aspirées] sont les membres du corps de Prajapati; toutes les consonnes sont les membres du corps de Mrityu, la Mort. Si quelqu'un reproche au chantre une prononciation défectueuse des voyelles, celui-ci doit répondre : « J'ai pris refuge en Indra, et c'est à lui de te répondre. » II-xxii-4: Si quelqu'un lui reproche une prononciation défectueuse des sibilantes, il doit répondre : « J'ai pris refuge en Prajapati, et c'est lui qui te brisera. » Et si quelqu'un lui reproche une prononciation défectueuse des consonnes, il doit répondre : « J'ai pris refuge en Mrityu, et c'est lui qui te réduira en cendres. » II-xxii-5: Toutes les voyelles doivent être prononcées avec résonance et vigueur, avec la pensée “Je communique cette force à Indra !” Toutes les sibilantes [et les aspirées] doivent être articulées avec clarté, sans être avalées ni éludées, avec la pensée “Je me donne tout entier à Prajapati !” Toutes les consonnes doivent être prononcées posément et sans les amalgamer les unes aux autres, avec la pensée “Je me libère de l'emprise de la mort !”
Vingt-troisième section II-xxiii-1: Le devoir religieux (Dharma) est réparti en trois divisions. La première division recouvre le sacrifice, l'étude et la charité. La seconde est constituée par l'ascèse (Tapas). La troisième consiste à mener la vie d'étudiant en sciences sacrées (Brahmacharya), qui vit chez son précepteur (Acharya) et se voue entièrement à sa tâche, sa vie durant. Tous ceux qui pratiquent ces devoirs religieux parviendront au séjour des âmes vertueuses. Mais seul celui qui se sera fermement établi en Brahman obtiendra l'immortalité. II-xxiii-2: Prajapati méditait* sur les mondes [à créer]. Il s'ensuivit que la triple connaissance sacrée (l'essence des Védas) surgit des mondes qu'il méditait. Prajapati médita alors sur ce fait. Et de cette méditation sur l'origine de la connaissance sacrée, surgirent les syllabes Bhuh, Bhuvah et Svah (la Terre, l'Atmosphère ou monde intermédiaire, et les Cieux; cf. Vyahriti).
II-xxiii-3: Prajapati médita alors sur ces trois syllabes. Et de cette méditation sur leur essence, surgit la syllabe Om. De même que toutes les parties d'une feuille sont maintenues assemblées par les nervures, tous les mondes sont maintenus assemblés par le son Om. En vérité, Om est tout ce qui existe. Oui, Om est tout ce qui existe.
Vingt-quatrième section II-xxiv-1-2: Ceux qui discutent à propos de Brahman disent : « Puisque la première partie du jour* appartient aux Vasus (sphères d'existence), la partie médiane aux Rudras, et la troisième partie aux Adityas (principes souverains) et aux Vishvadevas (principes universels), dans ce cas où se situe le monde du sacrifiant ? » Pour qui ignore la réponse, à quoi bon accomplir un sacrifice ? Car seul celui qui possède cette connaissance peut accomplir un sacrifice valable.
II-xxiv-3-4: Avant que ne commence au matin le chant du shastra* nommé Prataranuvaka (la Fine Parole), le sacrifiant va s'asseoir derrière le feu domestique (Garhapatya), en faisant face au nord, et il chante l'hymne consacré aux Vasus : “Ô Feu, ouvre la porte de ce monde terrestre, afin que nous puissions te voir et posséder un royaume ici-bas.”
II-xxiv-5-6: Puis il verse l'oblation, [l'accompagnant du mantra suivant] : “Salutation au feu d'Agni qui réside sur cette terre et vit dans notre monde ! Garantis-moi la possession de ce monde, à moi qui suis le sacrifiant. Car c'est en vérité le monde destiné au sacrifiant. Moi, le sacrifiant, j'irai à ce monde après ma mort. Svaha ! Salutations !” Puis il doit ajouter : “Lève la barre [qui bloque la porte de ce monde]!” et se lever en même temps. Les Vasus lui offrent alors le monde terrestre, associé à l'oblation du matin. II-xxiv-7-8: Avant que ne commence l'oblation de midi, le sacrifiant va s'asseoir derrière le périmètre sacré du feu (Agnidhriya), en faisant face au nord, et il chante l'hymne consacré aux Rudras : “Ô Feu, ouvre la porte du monde intermédiaire, afin que nous puissions te voir et parvenir au monde de l'Être cosmique (Virat).” II-xxiv-9-10: Puis il verse l'oblation, [l'accompagnant du mantra suivant] : “Salutation au vent de Vayu qui réside dans le monde intermédiaire et se meut dans ce monde ! Garantis-moi la possession de ce monde, à moi qui suis le sacrifiant. Car il est en vérité le monde destiné au sacrifiant. Moi, le sacrifiant, j'irai à ce monde intermédiaire après ma mort. Svaha ! Salutations !” Puis il doit ajouter : “Lève la barre [qui bloque la porte de ce monde]!” et se lever en même temps. Les Rudras lui offrent alors le monde intermédiaire, associé à l'oblation du midi. II-xxiv-11-13: Avant que ne commence la troisième oblation, le sacrifiant va s'asseoir derrière le feu rituel (Ahavaniya), en faisant face au nord, et il chante l'hymne consacré aux Adityas et aux Vishvadevas : “Ô Feu, ouvre la porte du monde céleste, afin que nous puissions te voir et parvenir à la souveraineté dans le monde céleste [ceci à l'adresse des Adityas], et y obtenir le pouvoir suprême [cela à l'adresse des Vishvadevas].” II-xxiv-14-16: Puis il verse l'oblation, [l'accompagnant du mantra suivant] : “Salutation aux Adityas et aux Vishvadevas qui résident dans le monde céleste ! Garantissez-moi la possession du monde céleste, à moi qui suis le sacrifiant. Car il est en vérité le monde destiné au sacrifiant. Moi, le sacrifiant, j'irai à ce monde céleste après ma mort. Svaha ! Salutations !” Puis il doit ajouter : “Lève la barre [qui bloque la porte de ce monde]!” et se lever en même temps. Les Adityas et les Vishvadevas lui offrent alors le monde céleste, associé à la troisième oblation.
TROISIÈME CHAPITRE
Première section III-i-1: Om ! Ce soleil lointain est en vérité le miel des dieux. Le ciel est la traverse voûtée de la ruche, l'espace intermédiaire est le rayon de miel, et les gouttelettes d'humidité absorbées par les rayons solaires sont les couvains d'abeilles. III-i-2-3: Les rayons solaires de l'est sont les alvéoles de la partie est de la ruche, les stances du Rig Véda sont les abeilles, les rites établis par le Rig sont les fleurs [où butinent les abeilles], et l'eau des libations sacrificielles est le nectar de ces fleurs. Ces stances ont réchauffé le Rig Véda. Et de ce Rig ainsi chauffé, fut extraite son essence, manifestée comme renommée, rayonnement corporel, vigueur des sens, force virile, nourriture comestible. III-i-4: Cette essence coula à profusion et monta se déposer sur un des flancs du soleil. C'est elle, en vérité, qui se manifeste dans l'éclat rouge du soleil levant.
Deuxième section III-ii-1: Les rayons solaires du sud sont les alvéoles de la partie sud de la ruche, les stances du Yajur Véda sont les abeilles, les rites établis par le Yajur sont les fleurs, et l'eau des libations sacrificielles est le nectar de ces fleurs. III-ii-2: Ces stances ont réchauffé le Yajur Véda. Et de ce Yajur ainsi chauffé, fut extraite son essence, manifestée comme renommée, rayonnement corporel, vigueur des sens, force virile, nourriture comestible. III-ii-3: Cette essence coula à profusion et monta se déposer sur un des flancs du soleil. C'est elle, en vérité, qui se manifeste dans l'éclat blanc du soleil.
Troisième section III-iii-1: Les rayons solaires de l'ouest sont les alvéoles de la partie ouest de la ruche, les hymnes du Sama Véda sont les abeilles, les rites établis par le Sama sont les fleurs, et l'eau des libations sacrificielles est le nectar de ces fleurs. III-iii-2: Ces hymnes ont réchauffé le Sama Véda. Et de ce Sama ainsi chauffé, fut extraite son essence, manifestée comme renommée, rayonnement corporel, vigueur des sens, force virile, nourriture comestible. III-iii-3: Cette essence coula à profusion et monta se déposer sur un des flancs du soleil. C'est elle, en vérité, qui se manifeste dans la teinte bleu sombre du soleil.
Quatrième section III-iv-1: Les rayons solaires du nord sont les alvéoles de la partie nord de la ruche, les mantras “vus” par les Rishis Atharva et Angiras* sont les abeilles, les chroniques historiques (Itihasa) et mythologiques (Puranas) sont les fleurs, et l'eau des libations sacrificielles est le nectar de ces fleurs.
III-iv-2: Ces mantras “vus” par les Rishis Atharva et Angiras ont réchauffé les chroniques historiques et mythologiques. Et de cet Atharva Véda ainsi chauffé, fut extraite son essence, manifestée comme renommée, rayonnement corporel, vigueur des sens, force virile, nourriture comestible. III-iv-3: Cette essence coula à profusion et monta se déposer sur un des flancs du soleil. C'est elle, en vérité, qui se manifeste dans la teinte noir profond du soleil.
Cinquième section III-v-1: Les rayons solaires ascendants sont les alvéoles de la partie supérieure de la ruche, les enseignements secrets sont les abeilles, Brahman (ou Om*) est les fleurs, et l'eau des libations sacrificielles est le nectar de ces fleurs.
III-v-2: Ces enseignements secrets ont réchauffé Brahman (ou Om). Et de Brahman (ou Om) ainsi chauffé, fut extraite son essence, manifestée comme renommée, rayonnement corporel, vigueur des sens, force virile, nourriture comestible. III-v-3: Cette essence coula à profusion et monta se déposer sur un des flancs du soleil. C'est elle, en vérité, qui se manifeste dans les turbulences au centre du soleil. III-v-4: En vérité, ces diverses teintes du soleil sont les essences des essences. Car les Védas sont déjà des essences, et ces teintes sont aussi les essences des Védas.
Sixième section III-vi-1: Parmi ces nectars, celui qui vient en tête [celui du Rig Véda qui se manifeste dans l'éclat rouge du soleil levant] est celui dont se nourrissent les Vasus, qui sont sous la gouverne du feu d'Agni. Certainement, les dieux ne mangent ni ne boivent, mais ils se satisfont de la simple vue de ce nectar. III-vi-2: Les Vasus se plongent dans cette manifestation du nectar, puis en émergent.
III-vi-3: Celui qui possède la connaissance de ce nectar devient lui-même l'un des Vasus, est sous la gouverne d'Agni et trouve une intense satisfaction à la simple vue de ce nectar. Lui aussi s'immerge dans ce nectar rouge, puis en émerge. III-vi-4: Aussi longtemps que le soleil se lèvera à l'est et se couchera à l'ouest, il [le connaisseur de ce nectar rouge] continuera de posséder la souveraineté et le royaume céleste dont jouissent les Vasus.
Septième section III-vii-1: Parmi ces nectars, le deuxième [celui du Yajur Véda qui se manifeste dans l'éclat blanc du soleil] est celui dont se nourrissent les Rudras, qui sont sous la gouverne d'Indra. Certainement, les dieux ne mangent ni ne boivent, mais ils se satisfont de la simple vue de ce nectar. III-vii-2: Les Rudras se plongent dans cette manifestation du nectar, puis en émergent. III-vii-3: Celui qui possède la connaissance de ce nectar devient lui-même l'un des Rudras, est sous la gouverne d'Indra et trouve une intense satisfaction à la simple vue de ce nectar. Lui aussi s'immerge dans ce nectar blanc, puis en émerge. III-vii-4: Aussi longtemps que le soleil se lèvera à l'est et se couchera à l'ouest, deux fois aussi longtemps il se lèvera au sud et se couchera au nord, et deux fois aussi longtemps il [le connaisseur de ce nectar blanc] continuera de posséder la souveraineté et le royaume céleste dont jouissent les Rudras.
Huitième section III-viii-1: Parmi ces nectars, le troisième [celui du Sama Véda qui se manifeste dans la teinte bleu sombre du soleil] est celui dont se nourrissent les Adityas, qui sont sous la gouverne de Varuna. Certainement, les dieux ne mangent ni ne boivent, mais ils se satisfont de la simple vue de ce nectar. III-viii-2: Les Adityas se plongent dans cette manifestation du nectar, puis en émergent. III-viii-3: Celui qui possède la connaissance de ce nectar devient lui-même l'un des Adityas, est sous la gouverne de Varuna et trouve une intense satisfaction à la simple vue de ce nectar. Lui aussi s'immerge dans ce nectar bleu sombre, puis en émerge. III-viii-4: Aussi longtemps que le soleil se lèvera à l'est et se couchera à l'ouest, deux fois aussi longtemps il se lèvera au sud et se couchera au nord, et deux fois aussi longtemps il [le connaisseur de ce nectar bleu sombre] continuera de posséder la souveraineté et le royaume céleste dont jouissent les Adityas.
Neuvième section III-ix-1: Parmi ces nectars, le quatrième [celui de l'Atharva Véda qui se manifeste dans la teinte d'un noir profond du soleil] est celui dont se nourrissent les génies des orages (Maruts), qui sont sous la gouverne de Soma, la lune. Certainement, les dieux ne mangent ni ne boivent, mais ils se satisfont de la simple vue de ce nectar. III-ix-2: Les Maruts se plongent dans cette manifestation du nectar, puis en émergent. III-ix-3: Celui qui possède la connaissance de ce nectar devient lui-même l'un des Maruts, est sous la gouverne de Soma et trouve une intense satisfaction à la simple vue de ce nectar. Lui aussi s'immerge dans ce nectar d'un noir profond, puis en émerge. III-ix-4: Aussi longtemps que le soleil se lèvera à l'est et se couchera à l'ouest, deux fois aussi longtemps il se lèvera au sud et se couchera au nord, et deux fois aussi longtemps il [le connaisseur de ce nectar d'un noir profond] continuera de posséder la souveraineté et le royaume céleste dont jouissent les Maruts.
Dixième section III-x-1: Parmi ces nectars, le cinquième [celui des enseignements secrets, qui se manifeste dans les turbulences au centre du soleil] est celui dont se nourrissent les Moyens de réalisation (Sadhyas), qui sont sous la gouverne de Brahman (ou Om). Certainement, les dieux ne mangent ni ne boivent, mais ils se satisfont de la simple vue de ce nectar. III-x-2: Les Sadhyas se plongent dans cette manifestation du nectar, puis en émergent. III-x-3: Celui qui possède la connaissance de ce nectar devient lui-même l'un des Sadhyas, est sous la gouverne de Brahman et trouve une intense satisfaction à la simple vue de ce nectar. Lui aussi s'immerge dans ce nectar tourbillonnant, puis en émerge. III-x-4: Aussi longtemps que le soleil se lèvera au sud et se couchera au nord, deux fois aussi longtemps il se lèvera au-dessus* et se couchera au-dessous, et deux fois aussi longtemps il [le connaisseur de ce nectar tourbillonnant] continuera de posséder la souveraineté et le royaume céleste dont jouissent les Sadhyas.
Onzième section III-xi-1: Finalement, après avoir transcendé tous ces cycles et s'être levé depuis le sommet, le soleil ne se lèvera plus et ne se couchera plus. Il demeurera établi en lui-même, seul et sans second. III-xi-2: On trouve à ce propos le verset suivant : “Là, dans le monde de Brahman, le soleil ne se lève pas ni ne se couche. Ô dieux, puis-je ne pas déchoir du monde de Brahman pour avoir communiqué cette vérité !” III-xi-3: En vérité, pour celui qui connait cet enseignement secret sur Brahman, le soleil ne se lève plus ni ne se couche. Car pour lui, la lumière du jour est perpétuelle. III-xi-4: Le dieu Brahma transmit cette doctrine de miel à Prajapati, lequel la transmit à Manu, qui la transmit à ses descendants. Et c'est son père qui transmit à Uddalaka Aruni, son fils aîné, cette doctrine de miel sur Brahman. III-xi-5: De ce Brahman, tout père doit en parler à son fils aîné, ou à un disciple digne d'entendre la doctrine. III-xi-6: Mais il ne doit la communiquer à personne d'autre, même si on lui offrait cette terre ceinte d'océans et emplie à ras bord de trésors. Car cette doctrine vaut bien plus que cela, oh oui, elle est bien plus précieuse que cela.
Douzième section III-xii-1: La Gayatri* est véritablement la totalité des êtres vivants, quels qu'ils soient. La parole est véritablement la Gayatri, car elle proclame en chantant (gayati) l'existence de toutes ces créatures et les protège (trayate).
III-xii-2: Ce qu'est cette Gayatri, c'est assurément cette terre. Car c'est sur cette terre que sont établis les êtres vivants, dans leur totalité, et ils ne sortent pas de ses limites. III-xii-3: Ce qu'est cette terre, c'est assurément ce corps possédé par l'être humain. Car c'est dans ce corps que sont établis ses souffles vitaux (Pranas), et ils ne sortent pas de ses limites. III-xii-4: Ce qu'est ce corps possédé par l'être humain, c'est assurément ce cœur dans l'intime de l'être humain. Car c'est dans ce cœur que sont établis ses souffles vitaux, et ils ne sortent pas de ses limites. III-xii-5: Cette Gayatri possède quatre pieds, et elle se présente sous six formes*. Un verset du Rig Véda (X-90-3) déclare à ce propos :
III-xii-6: “Car telle est la grandeur de ce Brahman que l'on appelle la Gayatri. L'Être universel (Purusha) est encore plus grand que cela. Tout ce qui existe est recouvert par un seul de Ses pieds. L'Immortel à trois pieds est établi en Sa propre lumière.” III-xii-7-9: Ce qu'est ce Brahman [l'Immortel à trois pieds], c'est assurément l'espace (Akasha) entourant le corps humain. Ce qu'est cet espace entourant le corps humain, c'est assurément l'espace interne du corps humain. Ce qu'est cet espace interne du corps humain, c'est assurément cet espace au centre du cœur. Et cet espace au centre du cœur est plénitude inaltérable. Celui qui possède cette connaissance parviendra lui-même à une gloire qui est plénitude inaltérable.
Treizième section III-xiii-1: Ce cœur possède cinq portes gardées par des divinités. Le gardien du seuil à l'est, c'est le souffle vital (Prana), c'est l'œil, c'est le soleil. On doit méditer sur lui en tant que luminosité éclatante et source de nourriture. Celui qui possède cette connaissance deviendra lui-même d'une luminosité éclatante, il sera celui qui possède la nourriture et la mange. III-xiii-2: Le gardien du seuil au sud, c'est le souffle de distribution (Vyana), c'est l'oreille, c'est la lune. On doit méditer sur lui en tant que prospérité et renommée. Celui qui possède cette connaissance obtiendra lui-même prospérité et renommée. III-xiii-3: Le gardien du seuil à l'ouest, c'est le souffle d'expiration (Apana), c'est l'organe de la parole, c'est le feu. On doit méditer sur lui en tant que rayonnement de Brahman et nourriture. Celui qui possède cette connaissance rayonnera lui-même à l'instar de Brahman, il sera celui qui possède la nourriture et la mange. III-xiii-4: Le gardien du seuil au nord, c'est le souffle d'assimilation (Samana), c'est le mental, c'est le nuage de pluie (Parjanya). On doit méditer sur lui en tant que renommée et splendeur. Celui qui possède cette connaissance obtient lui-même renommée et splendeur. III-xiii-5: Le gardien du seuil d'en haut, c'est le souffle de cohésion (Udana), c'est l'air, c'est l'espace éthéré (Akasha). On doit méditer sur lui en tant que force et noblesse. Celui qui possède cette connaissance obtiendra lui-même force et noblesse. III-xiii-6: Tels sont en vérité les cinq principes psychiques de Brahman, les gardiens du seuil des mondes célestes. Celui qui sait que ces cinq principes psychiques de Brahman sont les gardiens du seuil des mondes célestes, verra un héros naître dans sa famille. Oui, celui qui sait que ces cinq principes psychiques de Brahman sont les gardiens du seuil des mondes célestes, parviendra lui-même aux mondes célestes. III-xiii-7: Cette lumière qui resplendit bien au-dessus de cet espace céleste, au-dessus de la création tout entière, au-dessus de tout, et qui se trouve dans les mondes suprême que rien ne peut surpasser en perfection, est certainement cette lumière qui réside à l'intérieur de l'être humain. III-xiii-8: Et c'est cette lumière que l'on capte par la vue lorsqu'on ressent par le toucher la chaleur du corps. C'est cette lumière que l'on capte par l'ouïe lorsque, bouchant ses oreilles, on entend à l'intérieur du corps un son semblable au roulement d'un chariot, ou au mugissement d'un bœuf, ou encore au crépitement des flammes. Il faut méditer sur cette lumière telle qu'on la voit et l'entend. Celui possède cette connaissance sera recherché pour le bien que procure sa vue et deviendra célèbre.
Quatorzième section III-xiv-1: Tout cet univers est Brahman, en vérité. En lui toute chose trouve son origine, en lui elle se dissout, et par lui elle est maintenue en existence. Aussi doit-on méditer sur Brahman dans la paix de l'esprit. Un être humain est identique à ses convictions : telles les convictions qu'un homme entretient ici-bas, tel il deviendra après avoir quitté ce monde. Que l'homme prenne donc en considération ce fait lorsqu'il forge ses croyances. III-xiv-2: “Il apparaît comme étant le mental, possède le souffle vital comme corps subtil, prend la forme de la conscience, prend des résolutions à la mesure de sa vérité, est de la nature de l'espace éthéré, accomplit tous les actes, chérit les désirs orientés vers le bien, exhale toutes les odeurs suaves, capte toutes les saveurs délectables, est omniprésent, silencieux, exempt de convoitises.” III-xiv-3: “Tel est l'Atman qui est en moi, résidant dans le lotus de mon cœur, plus petit qu'un grain de riz ou un grain d'orge, oui, encore plus petit qu'une graine de moutarde ou que le germe d'un grain de millet. Et cet Atman qui est en moi, résidant dans le lotus de mon cœur, est plus grand que cette terre, plus vaste que l'espace intermédiaire, plus vaste que l'espace céleste, oui, bien plus grand que tous ces mondes.” III-xiv-4: “Lui, dont cet univers est la création, qui chérit les désirs orientés vers le bien, exhale toutes les odeurs suaves, capte toutes les saveurs délectables, est omniprésent, silencieux, exempt de convoitises – il est l'Atman qui est en moi, résidant dans le lotus de mon cœur, il est Brahman. Quand je quitterai ce corps, je m'identifierai à lui.” Celui qui est convaincu de cette croyance, sincèrement et sans l'ombre d'un doute, parviendra assurément à l'état de Brahman. C'est ce que déclara jadis le sage Sandilya, oui, le sage Sandilya.
Quinzième section III-xv-1: Cette cassette, dont l'espace intermédiaire est le volume intérieur, dont la terre est le fond, est impérissable. Les directions de l'espace sont ses coins, l'espace céleste est son couvercle. Une telle cassette est l'écrin des trésors, c'est l'univers entier qu'elle contient. III-xv-2: Le côté est de cette cassette est nommé Juhu (cuillère à oblations), le côté sud Sahamana (région infernale du royaume de la Mort), le côté ouest Rajni (reine) et le côté nord Subhuta (majestueux). Vayu, l'air, est leur fils. Celui qui sait que l'air est le fils des directions, immortel de ce fait, n'ont jamais à pleurer la mort d'un fils. “Et moi, ne désirant que la longévité de mon fils, je vénère l'air comme étant le fils des directions. Que jamais je n'aie à pleurer la mort de mon fils !” III-xv-3: “Je prends refuge dans cette cassette impérissable, au bénéfice de untel, untel et untel*. Je prends refuge en le souffle vital, au bénéfice de untel, untel et untel. Je prends refuge en Bhuh, la terre, au bénéfice de untel, untel et untel. Je prends refuge en Bhuvah, l'espace intermédiaire, au bénéfice de untel, untel et untel. Je prends refuge en Svah, l'espace céleste, au bénéfice de untel, untel et untel.”
III-xv-4: “Si j'ai dit : je prends refuge en le souffle vital, c'est parce que tous ces êtres, quels qu'ils soient, sont en vérité le souffle vital. C'est donc uniquement en cela que je prends refuge.” III-xv-5: “Et si j'ai dit : je prends refuge en la terre, j'ai voulu dire uniquement ceci : je prends refuge en les trois mondes, en commençant par la terre.” III-xv-6: “Si j'ai ensuite dit : je prends refuge en l'espace intermédiaire, j'ai voulu dire uniquement ceci : je prends refuge en le feu, en l'air, et en le soleil.” III-xv-7: “Si j'ai finalement dit : je prends refuge en l'espace céleste, j'ai voulu dire uniquement ceci : je prends refuge en le Rig Véda, en le Yajur Véda et en le Sama Véda.”
Seizième section III-xvi-1: En vérité, l'être humain est en soi un sacrifice. Ses vingt-quatre premières années sont la libation matinale, car le mètre Gayatri est composé de vingt-quatre syllabes, et la libation matinale est associée à ce mètre. Les Vasus sont associés à cette libation matinale dans ce sacrifice qu'est l'être humain. Les souffles vitaux sont assurément les Vasus, car ce sont eux qui assurent la vitalité (vasayanti) de l'ensemble du corps. III-xvi-2: Durant cette période de vie, si quelque maladie devait affliger un être humain, il devra répéter ces paroles : “Ô souffles vitaux, vous qui êtes identiques aux Vasus, veuillez réunir ma libation matinale à celle de midi. Moi qui suis un sacrifice incarné, que je ne cesse pas d'exister parmi les souffles vitaux, qui sont identiques aux Vasus !” Ainsi, il est assuré de surmonter sa maladie et recouvrer sa santé. III-xvi-3: Ses quarante-quatre années suivantes sont la libation de midi, car le mètre Trishtub est composé de quarante-quatre syllabes, et c'est le mètre utilisé pour la libation de midi. Les Rudras sont associés à cette libation de midi. Les souffles vitaux sont assurément les Rudras, car ce sont eux qui font couler les larmes (rodayanti) de tout ce qui vit. III-xvi-4: Durant cette période de vie, si quelque maladie devait affliger un être humain, il devra répéter ces paroles : “Ô souffles vitaux, vous qui êtes identiques aux Rudras, veuillez réunir ma libation de midi à la troisième. Moi qui suis un sacrifice incarné, que je ne cesse pas d'exister parmi les souffles vitaux, qui sont identiques aux Rudras !” Ainsi, il est assuré de surmonter sa maladie et recouvrer sa santé. III-xvi-5: Ses quarante-huit années suivantes sont la troisième libation, car le mètre Jagati est composé de quarante-huit syllabes, et c'est le mètre utilisé pour la troisième libation. Les Adityas sont associés à cette libation de midi. Les souffles vitaux sont assurément les Adityas, car ce sont eux qui intègrent (adadate) tout ce qui vit. III-xvi-6: Durant cette période de vie, si quelque maladie devait affliger un être humain, il devra répéter ces paroles : “Ô souffles vitaux, vous qui êtes identiques aux Adityas, veuillez réunir ma troisième libation à la plénitude de l'âge. Moi qui suis un sacrifice incarné, que je ne cesse pas d'exister parmi les souffles vitaux, qui sont identiques aux Adityas !” Ainsi, il est assuré de surmonter sa maladie et recouvrer sa santé. III-xvi-7: Ayant possédé cette connaissance, Mahidasa, fils d'Itara, prononça jadis ces paroles : "Ô maladie, pourquoi donc m'infliges-tu cette affliction, à moi qui suis le sacrifice incarné et n'en mourrai certainement pas ?” Il vécut ainsi cent seize ans. Celui qui possède cette connaissance parviendra lui aussi à l'âge de cent seize ans.
Dix-septième section III-xvii-1: Qu'il devienne affamé, qu'il devienne assoiffé, qu'il souffre de ces privations – voilà ce qui constitue l'initiation de l'être humain au sacrifice. III-xvii-2: Puis qu'il mange, qu'il boive, qu'il se réjouisse – ces actes s'apparentent au sacrifice d'offrandes*.
III-xvii-3: Et qu'il rie, qu'il mange, qu'il ait un rapport sexuel avec sa femme – ces actes s'apparentent aux hymnes et aux traités (Shastras).*
III-xvii-4: Qu'il pratique des austérités, donne des aumônes, observe la droiture, la non-violence et la sincérité – ces actes s'assimilent aux dons faits aux prêtres (Dakshina). III-xvii-5: Aussi les gens disent-ils “Il va naître”, puis “Il est né”. Car c'est bien à ce moment que commence sa vie en tant que sacrifice. Et sa mort, assurément, équivaut au bain qui clôt le sacrifice.*
III-xvii-6: Ghora, de la lignée des Angiras, exposa cette doctrine à Krishna, fils de Devaki, et ajouta ceci : « Au moment de mourir, on doit répéter ces trois mantras : “Tu es l'Impérissable”, “Tu es l'Immuable”, “Tu es le Souffle de vie dans sa subtilité absolue” » Entendant cela, Krishna fut instantanément libéré de sa soif [de nouvelles méthodes de libération]. On trouve d'ailleurs à ce propos ces deux versets du Rig Véda : III-xvii-7: “Immergés en le suprême Brahman, qui est l'Ancien et la source de l'univers, les connaisseurs de Brahman voient partout cette Lumière suprême qui resplendit comme le jour qui illumine tout.”
Dix-huitième section III-xviii-1: Il faut méditer sur le mental comme étant Brahman. C'est une méditation sur la personne humaine. Vient ensuite la méditation sur les dieux. Là, c'est l'espace éthéré qui est Brahman. Ces deux niveaux de méditation – personnel et divin – sont recommandés. III-xviii-2: Brahman, que symbolise le mental, possède quatre pieds : l'organe de la parole, celui de l'odorat, l'œil et l'oreille sont ses pieds, au niveau humain. Au niveau divin, ce sont Agni (le feu), Vayu (l'air), Aditya (le soleil) et les directions de l'espace (Dishas). Ces deux plans de méditation – personnel et divin – sont recommandés. III-xviii-3: L'organe de la parole est l'un des quatre pieds de Brahman. Il brille et émet de la chaleur au moyen de la lumière du feu. Qui possède cette connaissance brille et émet de la chaleur au moyen de sa bonne réputation, de sa renommée et de cet éclat que donne la connaissance de Brahman. III-xviii-4: L'organe de l'odorat est l'un des quatre pieds de Brahman. Il brille et émet de la chaleur au moyen de la clarté de l'air. Qui possède cette connaissance brille et émet de la chaleur au moyen de sa bonne réputation, de sa renommée et de cet éclat rayonnant que donne la connaissance de Brahman. III-xviii-5: L'œil est l'un des quatre pieds de Brahman. Il brille et émet de la chaleur au moyen de la lumière du soleil. Qui possède cette connaissance brille et émet de la chaleur au moyen de sa bonne réputation, de sa renommée et de cet éclat rayonnant que donne la connaissance de Brahman. III-xviii-6: L'oreille est l'un des quatre pieds de Brahman. Elle brille et émet de la chaleur au moyen de la lumière des directions. Qui possède cette connaissance brille et émet de la chaleur au moyen de sa bonne réputation, de sa renommée et de cet éclat rayonnant que donne la connaissance de Brahman. Oui, tel est celui qui possède cette connaissance.
Dix-neuvième section III-xix-1: Le soleil est Brahman – c'est là la doctrine enseignée. En voici l'explication : au commencement, tout ceci (cet univers) était non manifesté, inexistant. Cela (Tat) entra en manifestation. Cela poussa. Cela prit la forme d'un œuf. Cela demeura en incubation durant une année. Cela se fendit. Une moitié de l'œuf était d'or, l'autre moitié d'argent. III-xix-2: De ces deux moitiés, celle qui était d'argent devint la terre, celle qui était d'or devint le ciel (Dyaus). Ce qui constituait l'épaisse membrane externe [de l'œuf] se transforma en montagnes. La fine membrane interne devint la brume et les nuages. Ce qui était les vaisseaux capillaires se transforma en rivières. Ce qui était la partie liquide de la poche interne devint l'océan. III-xix-3: Et ce qui naquit de l'œuf, c'est le soleil lointain. Après qu'il fût né, s'élevèrent des exclamations de joie qui s'étendirent de loin en loin, et apparurent les créatures ainsi que toutes les choses désirables pour elles. Depuis lors, à chaque lever et coucher du soleil, s'élèvent des exclamations de joie, et se manifestent les créatures ainsi que toutes les choses désirables pour elles. III-xix-4: Celui qui connaît cette doctrine sur le soleil et médite sur lui comme étant Brahman, entendra venir à lui des sons suaves, qui lui procureront d'extrêmes délices, oui, ils lui procureront d'extrêmes délices et resteront avec lui. QUATRIÈME CHAPITRE
IV-i-1: Om ! Vivait aux temps jadis un descendant de Janashruta, le fils de son petit-fils, qui pratiquait les offrandes avec respect, donnait libéralement et faisait cuire de la nourriture en abondance [pour en distribuer le surplus]. Janashruti fit construire des maisons de repos en divers lieux, avec la pensée : « Partout, les gens mangeront la nourriture que j'offre. » IV-i-2: Il advint qu'une nuit, des cygnes s'en vinrent voler [non loin de la terrasse où reposait Janashruti]. Un des cygnes parla en ces termes à un des autres cygnes : « Ohé, Bhallaksa (aux yeux perçants)*, fais attention ! Le rayonnement de Janashruti-l'arrière-petit-fils (Pautrayana) diffuse tout alentour, et s'étend aussi loin que le ciel. Ne le touche pas, il pourrait te roussir les plumes ! »
IV-i-3: Le cygne ainsi interpellé lui répondit : « Tiens donc ! Et qui est cet homme dont tu parles en ces termes, comme s'il était comparable à Raikva, l'homme au chariot ? » — « Mais qui est ce Raikva au chariot ? » IV-i-4: Le cygne myope répondit : « Tout comme au jeu de dés, quand la face quatre gagne la partie, les faces inférieures s'ajoutent au nombre gagnant*, ainsi tous les actes vertueux accomplis par les gens vont s'ajouter au mérite de Raikva. Et toute autre personne qui connaît ce que connaît Raikva, est tout à fait semblable à lui. C'est en ces termes qu'on m'a parlé de lui. »
IV-i-5-6: Janashruti surprit ce dialogue. Il se leva de son lit de repos et dit à son serviteur : « Tiens donc ! As-tu jamais parlé de moi comme si j'étais l'égal de Raikva, l'homme au chariot ? » — « Mais quelle sorte d'homme est ce Raikva au chariot ? » Janashruti cita les paroles du cygne : « Tout comme au jeu de dés, quand la face quatre gagne la partie, les faces inférieures s'ajoutent au gain, ainsi tous les actes vertueux accomplis par les gens vont s'ajouter au mérite de Raikva. Et toute autre personne qui connaît ce que connaît Raikva, est tout à fait semblable à lui. C'est en ces termes qu'on m'a parlé de lui. » IV-i-7: Le serviteur se mit en quête de ce Raikva, mais revint sans l'avoir trouvé. Le roi lui dit alors : « Écoute bien, là où l'on peut trouver des connaisseurs de Brahman, c'est là qu'il te faut le chercher. » IV-i-8: Le serviteur finit par tomber sur un homme qui s'était assis à l'ombre de son chariot, occupé à gratter ses démangeaisons. Il s'assit à côté de lui et lui demanda : « Mes respects ! Es-tu Raikva au chariot ? » L'autre répondit : « Mais oui, c'est bien moi. » Alors le serviteur s'en revint, persuadé qu'il avait enfin déniché ce Raikva.
Deuxième section IV-ii-1-2: À cette nouvelle, Janashruti prit avec lui six cents vaches, un collier d'or, monta sur un chariot tiré par des mules et alla trouver cet homme. Il l'accosta en ces termes : « Ô Raikva, voici pour toi six cents vaches, ce collier d'or, et ce chariot avec ses mules. Fais-moi la faveur de m'instruire sur la divinité que tu vénères. » IV-ii-3: L'homme lui répondit : « Ah, Shudra* ! Que ce collier d'or et ce chariot restent en ta possession, ainsi que ces vaches ! » En conséquence, le roi Janashruti revint à la charge, avec cette fois mille vaches, un collier d'or, un chariot tiré par des mules, ainsi que sa propre fille.
IV-ii-4: Le roi dit à l'homme : « Ô Raikva, voici que je t'offre ces mille vaches, ce collier d'or, ce chariot tiré par des mules, cette épouse, ainsi que ce village où tu vis. Révéré, donne-moi ton instruction ! » IV-ii-5: Raikva contempla le visage de la princesse, et dit : « Ô Shudra, tu m'as apporté toutes ces choses. Mais c'est ce visage qui m'a convaincu de t'ouvrir le portail de l'enseignement ! » Le roi lui donna alors tous les villages du district de Mahavrishas, où vivait Raivka, et ils s'appelèrent Raikvaparna.
Troisième section IV-iii-1: Voici la doctrine que confia Raikva au roi : « En vérité, l'air est ce qui absorbe tout. Car, lorsqu'un feu se consume, c'est dans l'air qu'il disparaît, lorsque le soleil se couche, c'est dans l'air qu'il disparaît, et quand la lune décline, c'est dans l'air qu'elle disparaît. IV-iii-2: Lorsque l'eau s'évapore, c'est dans l'air qu'elle disparaît; oui, c'est l'air qui les absorbe tous. Voilà pour la doctrine de l'absorption au plan des dieux. IV-iii-3: La voici maintenant au plan de l'être humain. Là, en vérité, c'est le souffle vital qui absorbe tout. Lorsqu'on dort, la parole disparaît dans le souffle vital, de même que la vue, l'ouïe et le mental. Oui, c'est vraiment le souffle vital qui les absorbe tous. IV-iii-4: Voici donc les deux agents d'absorption : l'air au niveau des dieux, et le souffle vital au niveau des organes sensoriels. IV-iii-5: Écoute cette histoire. Un jour, alors qu'on servait à manger à Shaunaka (cf. I-ix-3), de la lignée des Kapis, et à Abhipratarin, fils de Kakshasena, un étudiant en sciences sacrées vint mendier de la nourriture. Ni l'un ni l'autre ne lui en donnèrent. IV-iii-6: L'étudiant leur dit : « L'unique divinité, Prajapati, avala les quatre grands dieux. Il est le Protecteur de l'univers. Ô fils de Kapeya, ô Abhipratarin, les mortels ne le connaissent pas, le dieu qui existe sous des formes diverses. Cette nourriture ne lui a pas été donnée, pourtant c'est bien à lui qu'elle était destinée. » IV-iii-7: Shaunaka réfléchit à ces paroles, puis il rappela l'étudiant et lui dit : « Étudiant, nous méditons pleinement sur cet Unique, qui est l'âme des dieux et le progéniteur des créatures, et dont les dents sont d'or : il est celui qui consomme la nourriture, il est la sagesse authentique. On dit que sa majesté est grandiose, car si rien ne peut le dévorer, lui, et il consomme même ce qui n'est pas de la nourriture. (Se tournant vers le serviteur) Fais-lui l'aumône d'un repas ! » IV-iii-8: Les serviteurs donnèrent de la nourriture à l'étudiant. Or, les cinq agents d'absorption (l'air qui tout absorbe, le feu, le soleil, la lune et l'eau, au niveau divin) et les cinq autres (le souffle vital qui tout absorbe, la parole, la vue, l'ouïe et le mental, au niveau humain), cela fait dix. Ces dix agents d'absorption constituent ensemble le nombre gagnant aux dés (Krita, cf. IV-i-4)*. De ce fait, ces dix se retrouvent dans les dix directions de l'espace, en tant que nourriture. Ils sont aussi Virat, l'Être cosmique ou la Nourriture divine (cf.I-xiii-2), Celui qui consomme la nourriture. C'est par lui que tout ceci est perçu. Pour quiconque possède cette connaissance, oui pour qui possède cette connaissance, toutes choses deviennent perceptibles, et il devient celui qui consomme la nourriture. »
Quatrième section IV-iv-1: Un jour Satyakama, fils de Jabala, s'adressa à sa mère : « Mère, je souhaite devenir étudiant en sciences sacrées. À quelle lignée est-ce que j'appartiens ? » IV-iv-2: Sa mère lui répondit : « J'ignore, mon fils, de quelle lignée tu descends. Je t'ai conçu dans ma prime jeunesse, alors que j'avais à remplir de nombreuses tâches domestiques, et je suis restée affairée à recevoir les hôtes de mon époux. Telle que je suis, je ne sais vraiment pas de quelle lignée tu descends ! Mais mon nom est Jabala, le tien est Satyakama. Alors, désigne-toi par le nom de Satyakama Jabala ! » IV-iv-3: Il alla trouver Gautama, fils d'Haridrumata : « Révéré, je souhaite vivre sous ton toit en tant qu'étudiant en sciences sacrées auprès de toi. C'est pour cela que je suis venu te trouver, ô Vénérable. » IV-iv-4: Gautama le questionna : « Cher fils, à quelle lignée appartiens-tu ? » — « Je ne sais pas. J'ai interrogé ma mère, qui m'a répondu : Je t'ai conçu dans ma prime jeunesse, alors que j'avais à remplir de nombreuses tâches domestiques, et je suis restée affairée à recevoir les hôtes de mon époux. Telle que je suis, je ne sais vraiment pas de quelle lignée tu descends ! Mais mon nom est Jabala, le tien est Satyakama. Donc, ô Vénérable, je m'appelle Satyakama Jabala. » IV-iv-5: Le maître lui dit : « Aucun des non-brahmanes ne pourrait parler ainsi ! Mon cher fils, va donc chercher du bois pour un sacrifice, je vais te donner l'initiation à l'étude de Brahman (Brahmacharya) car tu n'as pas dévié de la vérité. » Ce qu'il fit, puis il choisit parmi son bétail les quatre cents bêtes les plus maigres et les plus faibles, et ordonna à Satyakama : « Mon cher fils, suis ce troupeau. » En les menant vers la forêt, Satyakama se dit : « Je ne reviendrai pas avant que ce troupeau n'ait atteint mille têtes. » Il vécut donc en exil durant des années. Quand il eut atteint mille têtes de bétail...
Cinquième section IV-v-1: ... Il advint qu'un taureau lui adressa la parole : « Ô Satyakama ! » — « Oui, Vénérable ? » — « Aimable ami, dit le taureau, nous sommes maintenant mille, mène-nous à la maison du maître ! » IV-v-2: « Mais laisse-moi d'abord t'instruire sur un pied de Brahman », poursuivit-il. — « Je t'en prie, instruis-moi, ô Vénérable ! » — « L'ouest en est une partie, l'est en est une autre, de même que le nord et le sud. Ô aimable ami, ceci est un pied de Brahman, constitué de quatre régions, et nommé le Radieux (ou le Manifesté, Prakashavan). » IV-v-3: Celui qui connaît ainsi ce pied de Brahman, constitué de quatre régions, et médite sur lui comme étant le Radieux (ou le Manifesté), deviendra rayonnant ici-bas. Oui, il conquerra (après sa mort) les mondes glorieux (ou manifestés), celui qui possède cette connaissance et médite ainsi.
Sixième section IV-vi-1: « Le Feu (Agni) t'enseignera un autre pied de Brahman », ajouta le taureau. À l'aube du jour suivant, Satyakama mit le troupeau en route vers la demeure de son maître. À la tombée du jour, le bétail se rassembla à un certain endroit et Satyakama , après avoir parqué ses bêtes, alluma un feu et le fit partir avec du combustible. Il resta assis devant lui, face à l'est. IV-vi-2: Le Feu lui adressa la parole : « Ô Satyakama ! » — « Oui, Vénérable ? » IV-vi-3: « Aimable ami, dit le Feu, je souhaite t'enseigner un pied de Brahman ! » — « Je t'en prie, instruis-moi, ô Vénérable ! » — « La terre en est une partie, l'espace intermédiaire en est une autre, de même que l'espace céleste et l'océan. Ô aimable ami, ceci est un pied de Brahman, constitué de quatre régions, et nommé l'Illimité (Anantavat) . » IV-vi-4: Celui qui connaît ainsi ce pied de Brahman, constitué de quatre régions, et médite sur lui comme étant l'Illimité, ne rencontrera plus de limites ici-bas. Oui, il conquerra (après sa mort) les mondes illimités, celui qui possède cette connaissance et médite ainsi.
Septième section IV-vii-1: « Un cygne t'enseignera un autre pied de Brahman », ajouta le Feu. À l'aube du jour suivant, Satyakama mit le troupeau en route vers la demeure de son maître. À la tombée du jour, le bétail se rassembla à un certain endroit et Satyakama , après avoir parqué ses bêtes, alluma un feu et le fit partir avec du combustible. Il resta assis devant lui, face à l'est. IV-vii-2: Un cygne s'en vint voler tout près et lui adressa la parole : « Ô Satyakama ! » — « Oui, Vénérable ? » IV-vii-3: « Aimable ami, dit le cygne, je souhaite t'enseigner un pied de Brahman ! » — « Je t'en prie, instruis-moi, ô Vénérable ! » — « Le feu en est une partie, le soleil en est une autre, de même que la lune et la foudre. Ô aimable ami, ceci est un pied de Brahman, constitué de quatre parties, et nommé la Splendeur radieuse (Jyotishmat). » IV-vii-4: Celui qui connaît ainsi ce pied de Brahman, constitué de quatre parties, et médite sur lui comme étant la Splendeur radieuse, répandra une splendeur lumineuse ici-bas. Oui, il conquerra (après sa mort) les mondes de splendeur lumineuse, celui qui possède cette connaissance et médite ainsi.
Huitième section IV-viii-1: « Un cormoran t'enseignera un autre pied de Brahman », ajouta le Feu. À l'aube du jour suivant, Satyakama mit le troupeau en route vers la demeure de son maître. À la tombée du jour, le bétail se rassembla à un certain endroit et Satyakama , après avoir parqué ses bêtes, alluma un feu et le fit partir avec du combustible. Il resta assis devant lui, face à l'est. IV-viii-2: Un cormoran s'en vint voler tout près et lui adressa la parole : « Ô Satyakama ! » — « Oui, Vénérable ? » IV-viii-3: « Aimable ami, dit le cormoran, je souhaite t'enseigner un pied de Brahman ! » — « Je t'en prie, instruis-moi, ô Vénérable ! » — « Le souffle vital en est une partie, l'œil en est une autre, de même que l'oreille et le mental. Ô aimable ami, ceci est un pied de Brahman, constitué de quatre parties, et nommé le Possesseur de la demeure des sens (Ayatanavat). » IV-viii-4: Celui qui connaît ainsi ce pied de Brahman, constitué de quatre parties, et médite sur lui comme étant le Possesseur de la demeure des sens, possèdera une demeure ici-bas. Oui, il conquerra (après sa mort) les mondes qui offrent une résidence spacieuse, celui qui possède cette connaissance et médite ainsi.
Neuvième section IV-ix-1: Satyakama parvint enfin à la demeure de son maître. Celui-ci le héla : « Ô Satyakama ! » — « Oui, Vénérable ? » IV-ix-2: « Mon cher garçon, dit le maître, tu brilles réellement de l'éclat du connaisseur de Brahman ! Qui dont t'a instruit ?» — « Quelques-uns, qui n'étaient pas des hommes*, confirma Satyakama. Mais c'est toi seul, ô Vénérable, qui peux me donner l'instruction qui comblera mes désirs. »
IV-ix-3: « Car, poursuivit-il, j'ai entendu dire avec certitude par des personnes telles que toi, ô Vénérable, que seul le savoir qui est acquis auprès du maître mène au bien suprême. » Alors Gautama lui délivra le même enseignement (que lui avait donné précédemment les dieux). Il n'en omit rien, pas même une bribe. Non, pas même une bribe.
Dixième section IV-x-1: Autrefois, le fils de Kamala, bien connu sous le nom d'Upakosala, vint vivre en tant qu'étudiant en sciences sacrées auprès de Satyakama, fils de Jabala*. Durant douze ans, il entretint les feux** de son maître. Finalement, Satyakama accomplit la cérémonie de clôture des études, qui autorisait les disciples à retourner chez eux. Il le fit pour tous, à l'exception d'Upakosala.
IV-x-2: L'épouse du maître lui dit : « Cet étudiant a enduré une ascèse sévère et, de plus, il a entretenu tes feux impeccablement. Donne-lui donc l'instruction finale, de crainte que les feux ne t'en tiennent rigueur. » Mais le maître, sans avoir donné cette cérémonie finale à son dernier étudiant, partit de chez lui pour un voyage. IV-x-3: Très affligé, Upakosala entama un jeûne. L'épouse du maître lui dit : « Étudiant, mange, je t'en prie. Pourquoi ne manges-tu plus ? » — « Dans cette personne qui est moi, il y a de si nombreux désirs qui courent vers tant d'objets ! Je suis plein de souffrances mentales. Je ne veux pas manger ! » IV-x-4: Alors les feux délibérèrent entre eux : « Cet étudiant a enduré une ascèse sévère et, de plus, il nous a entretenus impeccablement. Allons l'instruire ! » Ils lui déclarèrent donc : « Le souffle vital (Prana) est Brahman, la félicité (Ka)est Brahman, et l'espace éthéré (Kha) est Brahman.*
IV-x-5: Upakosala répondit : « Je comprends que le souffle vital soit Brahman, mais je ne comprends ni la félicité ni l'espace éthéré. » — « Ce qu'est la félicité, c'est en vérité l'espace éthéré; et ce qu'est l'espace éthéré, c'est en vérité la félicité. »* Et ils lui enseignèrent ce qu'est le souffle vital, et l'espace éthéré qui lui est associé.**
Onzième section IV-xi-1: Ensuite, le feu du foyer domestique (Garhapatya) lui donna son instruction : « La terre, le feu, la nourriture et le soleil – voilà les formes que je prends. Cet Être lumineux (cf. I-vi-6) qui apparaît au sein du soleil, c'est moi, oui, c'est bien moi. » IV-xi-2: « Celui qui possède cette connaissance et médite ainsi sur le feu domestique détruira les actes négatifs qu'il a commis, deviendra un résident du monde de feu, parviendra à la plénitude de l'âge, mènera une vie rayonnante, et sa descendance ne s'éteindra jamais. Oui, celui qui médite sur cette connaissance, nous le protègerons ici-bas, puis dans l'autre monde. »
Douzième section IV-xii-1: Ensuite, le feu du sud (Anvaharya)* lui donna son instruction : « L'eau, les directions, les étoiles et la lune – voilà les formes que je prends. Cet Être lumineux qui apparaît dans la lune, c'est moi, oui, c'est bien moi. »
IV-xii-2: « Celui qui possède cette connaissance et médite ainsi sur le feu du sud détruira les actes négatifs qu'il a commis, deviendra un résident du monde de feu, parviendra à la plénitude de l'âge, mènera une vie rayonnante, et sa descendance ne s'éteindra jamais. Oui, celui qui médite sur cette connaissance, nous le protègerons ici-bas, puis dans l'autre monde. »
Treizième section IV-xiii-1: Enfin, le feu du rituel (Ahavaniya) lui donna son instruction : « Le souffle vital, l'espace éthéré (Akasha), l'espace céleste et l'éclair – voilà les formes que je prends. Cet Être lumineux qui apparaît dans l'éclair, c'est moi, oui, c'est bien moi. » IV-xiii-2: « Celui qui possède cette connaissance et médite ainsi sur le feu du rituel détruira les actes négatifs qu'il a commis, deviendra un résident du monde de feu, parviendra à la plénitude de l'âge, mènera une vie rayonnante, et sa descendance ne s'éteindra jamais. Oui, celui qui médite sur cette connaissance, nous le protègerons ici-bas, puis dans l'autre monde. »
Quatorzième section IV-xiv-1: Ensemble, les feux lui dirent : « Ô Upakosala, cher ami, nous t'avons confié cette doctrine des feux, ainsi que celle de l'Atman. Mais c'est ton maître qui t'indiquera le chemin. » Le maître revint alors de son voyage, et l'interpella : « Upakosala ! » IV-xiv-2: « Oui, Vénérable ! » — « Mon cher enfant, ton visage brille de l'éclat du connaisseur de Brahman ! Qui dont t'a instruit ?» — « Et qui donc pourrait m'instruire, maître ? » Sur ce point, Upakosala dissimula la vérité, et il dit, en désignant les feux : « Ils sont ainsi maintenant, mais ils avaient sûrement une autre forme auparavant. » — « Ah, et que t'ont-ils enseigné, cher garçon ? » IV-xiv-3: « Ceci ! » se contenta de répondre Upakosala. « Mon cher enfant, ils ne t'ont parlé que des mondes, mais je vais t'entretenir de ce Brahman que tu désires tant connaître. Au connaisseur de ce Brahman, un acte négatif ne reste pas attaché, pas plus que l'eau ne s'attache à une feuille de lotus. » — « Ô Vénérable, dis-m'en plus, je t'en prie ! » Et le maître lui donna l'enseignement qui suit.
Quinzième section IV-xv-1: « Cet Être lumineux qui apparaît au fond de l'œil, c'est lui, l'Atman » déclara le maître, « Il est l'Immortel, le Sans-peur. C'est Brahman. C'est pourquoi, si l'on verse une goutte de beurre clarifié (ghee) ou d'eau dans l'œil, elle glisse de part et d'autre, vers les cils. IV-xv-2: Les connaisseurs de Brahman l'appellent le but de toutes les choses désirables, car toutes ces choses que l'on désire ardemment se dirigent vers lui. Et de même, toutes les choses désirables se dirigent vers celui qui possède cette connaissance. IV-xv-3: Et c'est encore lui qui est indéniablement le dispensateur des bénédictions, car c'est lui qui accorde aux êtres vivants les bienfaits en accord à leurs mérites. Et de même, celui qui possède cette connaissance peut accorder toutes les bénédictions. IV-xv-4: Et c'est encore lui qui est indéniablement le dispensateur de la splendeur, car il est celui qui brille dans tous les mondes. Et de même, celui qui possède cette connaissance brille dans tous les mondes. IV-xv-5: Pour un tel connaisseur de Brahman, que l'on accomplisse ou non les rites de crémation (à sa mort), il se dirigera assurément vers la lumière; et de la lumière, il ira vers le jour, du jour vers la quinzaine lunaire claire, de celle-ci vers les six mois durant lesquels le soleil se dirige vers le nord, puis de ces mois vers l'année, de l'année vers le soleil, du soleil vers la lune, et de la lune vers l'éclair. Une entité non-humaine vient chercher ceux qui se trouvent là pour les mener vers Brahman. C'est là le sentier divin, le sentier de Brahman. Ceux qui cheminent sur ce sentier ne s'en retourneront plus jamais dans le tourbillon de la création des êtres humains (Manu). Non, ils ne se réincarneront jamais plus.
Seizième section IV-xvi-1: Cet air qui souffle, c'est sûrement un sacrifice. Cet air, lorsqu'il souffle, sanctifie toutes choses. Et puisqu'en se déplaçant, il sanctifie toutes choses, il est donc un sacrifice. Les deux sentiers de ce sacrifice sont le mental et la parole. IV-xvi-2-3: Le prêtre Brahmane sanctifie l'un de ces deux sentiers avec son esprit. Les prêtres Hotri, Adhvaryu et Udgatri sanctifient l'autre avec leurs paroles. Si le prêtre Brahmane rompt son silence tandis que la récitation du matin (Prataranuvaka) se déroule, et avant que ne commence l'hymne Paridhaniya, il ne sanctifie que l'un des deux sentiers, tandis que l'autre est détruit. De même qu'une personne marchant avec une seule jambe ou un chariot ne roulant plus que sur une roue courent à leur perte, de même son sacrifice est invalidé. Et lorsque le sacrifice est invalidé, le sacrificateur est semblablement invalidé. Pour avoir accompli un sacrifice défectueux, il devient un grand pécheur. IV-xvi-4: Encore ceci : si le prêtre Brahmane ne rompt pas son silence tandis que la récitation du matin (Prataranuvaka) se déroule, et avant que ne commence l'hymne Paridhaniya, il sanctifie véritablement les deux sentiers et aucun d'eux n'est détruit. IV-xvi-5: Et de même qu'une personne marchant avec ses deux jambes ou un chariot roulant sur ses deux roues demeurent indemnes, de même son sacrifice reste bien établi. Et lorsque le sacrifice est bien établi, le sacrificateur est semblablement bien établi. Pour avoir accompli un sacrifice régulier, il ajoute à sa valeur propre.
Dix-septième section IV-xvii-1: Prajapati, le Progéniteur, médita* ardemment sur les mondes. De ces mondes ainsi mis en incubation, il distilla les quintessences : il fit s'extraire le feu (Agni) du plan terrestre, l'air (Vayu) du plan céleste et le soleil (Aditya) du plan divin.
IV-xvii-2: Il médita alors sur ces trois divinités. De ces divinités ainsi mises en incubation, il distilla les quintessences : il fit s'extraire la science du Rig du feu, celle du Yajur de l'air, et celle du Sama du soleil. IV-xvii-3: Il médita alors sur la triple science des Védas. De ces Védas ainsi mis en incubation, il distilla les quintessences : il fit s'extraire le mot Bhuh (la terre) de la science du Rig , le mot Bhuvah (l'espace intermédiaire) de la science du Yajur, et le mot Svar (l'espace céleste) de la science du Sama. IV-xvii-4: Si une erreur portant sur les versets du Rig venait invalider le sacrifice, le prêtre Brahmane devrait offrir une oblation dans le feu domestique (Garhapatya), en l'accompagnant du mantra “Bhuh Svaha !” (Salutations à la Terre). De cette façon, il réparera le tort fait aux versets du Rig en s'aidant de l'essence même et du pouvoir de la science du Rig. IV-xvii-5: Si une erreur portant sur les versets du Yajur venait invalider le sacrifice, le prêtre Brahmane devrait offrir une oblation dans le feu des ancêtres (Dakshina), en l'accompagnant du mantra “Bhuvah Svaha !” (Salutations à l'espace intermédiaire). De cette façon, il réparera le tort fait aux versets du Yajur en s'aidant de l'essence même et du pouvoir de la science du Yajur. IV-xvii-6: Et si une erreur portant sur les versets du Sama venait invalider le sacrifice, le prêtre Brahmane devrait offrir une oblation dans le feu du rituel védique (Ahavaniya), en l'accompagnant du mantra “Svah Svaha !” (Salutations à l'espace céleste). De cette façon, il réparera le tort fait aux versets du Sama en s'aidant de l'essence même et du pouvoir de la science du Sama. IV-xvii-7: C'est comme souder de l'or avec du borax, de l'argent avec de l'or, de l'étain avec de l'argent, du plomb avec de l'étain, du fer avec du plomb, du bois avec du fer ou du cuir. IV-xvii-8: De cette façon, à l'aide du pouvoir de ces mondes, de ces divinités et de cette science des trois Védas, le prêtre Brahmane rectifie les erreurs commises au cours du sacrifice. Un tel sacrifice, présidé par un prêtre Brahmane qui possède ce type de connaissance, est indéniablement régénéré – comme par un remède médical. IV-xvii-9: Ce sacrifice, dans lequel c'est un prêtre en possession de cette connaissance qui tient le rôle du Brahmane, s'incline vers le nord [et mène vers le sentier du nord, celui de Brahman]. Voici un air bien connu*: “Partout où un sacrifice est suspendu pour cause d'erreur, il va porter remède.”
IV-xvii-10: Le Brahmane qui s'en tient au silence est le seul prêtre qui protège les autres prêtres accomplissant le sacrifice, de la même façon que la jument protège son cavalier dans la bataille. Le Brahmane qui possède cette connaissance protège réellement le sacrifice, le sacrifiant et tous les prêtres. En conséquence, on doit accepter comme prêtre Brahmane uniquement celui qui est en possession d'une telle connaissance, et rejeter celui qui ne la possède pas, oui, rejeter celui qui ne possède pas cette connaissance.
CINQUIÈME CHAPITRE
Première section V-i-1: Om ! En vérité, celui qui connaît le plus ancien et le plus grand devient lui-même le plus ancien et le plus grand. Le souffle de vie (Prana) est en vérité le plus ancien et le plus grand. V-i-2: En vérité, celui qui connaît l'excellence devient lui-même celui qui excelle le plus d'entre ses semblables. La parole (Vak) est en vérité excellence. V-i-3: En vérité, celui qui connaît la base fondamentale (Pratishta) devient lui-même fermement établi en ce monde et dans le prochain. L'œil est en vérité la base fondamentale. V-i-4: En vérité, celui qui connaît la prospérité (Sampad) voit comblés tous ses désirs, divins et humains. L'oreille est en vérité la prospérité. V-i-5: En vérité, celui qui connaît le sanctuaire (Ayatana) devient lui-même un refuge pour ses semblables. Le mental est en vérité le sanctuaire. V-i-6: Un jour, les cinq organes sensoriels se disputèrent pour savoir lequel d'entre eux était le plus important, chacun clamant « Je suis le meilleur ! » V-i-7: Ils allèrent trouver leur père Prajapati et lui demandèrent : « Ô Révéré, qui d'entre nous est le meilleur ? » Celui-ci répondit : « Le meilleur d'entre vous sera celui dont le départ entraînera les effets les plus désastreux pour le corps. » V-i-8: Alors l'organe de la parole sortit du corps. Il resta toute une année absent, puis il revint et demanda : « Alors, comment avez-vous pu vous passer de moi ? » — « On a seulement vécu comme vivent les muets, sans parler, mais on a continué de vivre par le souffle vital, de voir par l'œil, d'entendre par l'oreille et de penser par le mental ! » Sur ce, l'organe de la parole réintégra le corps. V-i-9: Puis l'œil sortit du corps. Il resta toute une année absent, puis il revint et demanda : « Alors, comment avez-vous pu vous passer de moi ? » — « On a seulement vécu comme vivent les aveugles, sans rien voir, mais on a continué de vivre par le souffle vital, de parler par la langue, d'entendre par l'oreille et de penser par le mental ! » Sur ce, l'œil réintégra le corps. V-i-10: Puis l'oreille sortit du corps. Elle resta toute une année absente, puis elle revint et demanda : « Alors, comment avez-vous pu vous passer de moi ? » Les autres organes répondirent : « On a seulement vécu comme vivent les sourds, sans rien entendre, mais on a continué de vivre par le souffle vital, de parler par la langue, de voir par l'œil et de penser par le mental ! » Sur ce, l'oreille réintégra le corps. V-i-11: Puis le mental sortit du corps. Il resta toute une année absent, puis il revint et demanda : « Alors, comment avez-vous pu vous passer de moi ? » Les autres organes répondirent : « On a seulement vécu comme vivent les enfants, qui sont encore sans réflexions, mais on a continué de vivre par le souffle vital, de parler par la langue, de voir par l'œil, d'entendre par l'oreille et de penser par le mental ! » Sur ce, le mental réintégra le corps. V-i-12: Alors, au moment où le souffle vital s'apprêtait à sortir du corps, il déracina les autres organes, tout comme un cheval fougueux arrache les pieux auxquels on a lié ses jambes. Les autres organes firent front commun et s'exclamèrent : « Par pitié, vénérable Prana, sois celui qui nous gouverne ! Tu es le plus grand parmi nous, ne nous quitte pas ! » V-i-13: La parole dit alors au vainqueur : « Si je semble être l'excellence, c'est que tu l'es toi-même, en réalité. » L'œil dit : « Si je semble être la base fondamentale, c'est que tu l'es toi-même, en réalité. » V-i-14: L'oreille dit : « Si je semble être la prospérité, c'est que tu l'es toi-même, en réalité. » Le mental dit : « Si je semble être le sanctuaire, c'est que tu l'es toi-même, en réalité. » V-i-15: Et, de fait, on ne parle jamais des organes des sens en les mentionnant comme tels, ni en mentionnant l'organe de la parole, l'œil, l'oreille, le mental. Mais on parle du souffle vital, ce qui les sous-entend. Car c'est bien le souffle vital qui se manifeste à travers eux.
Deuxième section
V-ii-1: Le souffle vital demanda : « Quelle sera ma nourriture ? » Les organes des sens répondirent : « Tout ce qui est nourriture pour tous les êtres vivants, y compris celle des chiens et des oiseaux ! » Car, en vérité, tout ce qui mangé devient de la nourriture (Anna) pour la force vitale (Ana). Ana est le mot qui désigne directement le souffle vital (Prana). Pour quiconque possède cette connaissance, il n'est rien qui ne soit nourriture. V-ii-2: Le souffle vital demanda : « Quel sera mon vêtement ? » Les organes des sens répondirent : « L'eau ! » En conséquence, on fait ceci pendant les repas : on revêt d'eau le souffle vital en buvant au début et en fin de repas. Ainsi, le souffle de vie reçoit un vêtement, et il est libéré de sa nudité. V-ii-3: Satyakama Jabala transmit cette doctrine à Goshruti, fils de Vyaghrapada, et il ajouta : « Si on devait confier cette doctrine à une souche sèche, à coup sûr on verrait des branches repartir et des feuilles y pousser. » V-ii-4: Si on désire parvenir à la grandeur (Mahat), après avoir accompli le rite initial le jour de la nouvelle lune, on devra, le soir même de la nouvelle lune, brasser la pulpe de toutes les herbes comestibles dans un pot de lait caillé et de miel, et en offrir une oblation dans le feu, au moment indiqué, en l'accompagnant du mantra : “Svaha jyashtha! Svaha sreshtha ! Salutations au plus ancien, salutations au plus grand !” Puis on laissera couler le restant qui adhère à la louche dans le pot contenant la pâte (mantha). V-ii-5: Après avoir fait une oblation en l'accompagnant du mantra : “Svaha vasishtha ! Salutations à l'excellence !”, on laissera couler le restant qui adhère à la louche dans le pot contenant la pâte. V-ii-6: Puis on s'éloignera du feu de quelques pas et, tenant le pot de mantha entre ses mains, on récitera le mantra [adressé au souffle de vie]: “Ton nom est force vitale (Ana), puisque tout ceci [le contenu de la pâte] coexiste en toi. Tel que tu es, tu es indéniablement le plus ancien, le plus grand, le lumineux, le régent. En tant que tel, puisses-tu me mener à l'état du plus ancien, du plus grand, du lumineux et du régent ! Oui, que j'incarne moi-même tous ces attributs !” V-ii-7: On mangera le reste de pâte en prononçant ce mantra du Rig, syllabe après syllabe : “Nous prions pour cette nourriture appartenant au Progéniteur !” — On avale une petite bouchée, puis on dit : “Pour cette nourriture appartenant à la divinité !” — encore une bouchée, et on dit : “Pour cette nourriture qui est le soutien suprême du monde entier !” Nettoyant la louche et le pot, on en boira l'eau en disant : “Empressons-nous de méditer sur la nature réelle du soleil ! ” Puis on s'allongera derrière le feu [la tête orientée vers l'est], sur une dépouille d'animal ou à même le sol, en maintenant le silence et l'esprit apaisé. Si on voit alors une femme apparaître comme en rêve, cela signifie que notre rite a rencontré le succès. V-ii-8: Il existe à ce propos le verset suivant : “Au cours des rites accomplis en vue de voir comblés certains désirs, lorsqu'on aperçoit en rêve une femme, on doit comprendre que notre souhait a été exaucé, grâce à cette vision de rêve, oui, grâce à cette vision de rêve.”
Troisième section V-iii-1: Śvetaketu, le petit-fils d'Aruna, vint à l'assemblée des Panchalas. Pravahana, fils de Jivala l'interpella : « Mon garçon, as-tu été instruit par ton père ? » « Oui, Vénérable », répondit Śvetaketu. V-iii-2: Pravahana : « Alors, sais-tu où se dirigent les créatures, lorsqu'elles quittent cette vie ? » « Non, Vénérable », répondit Śvetaketu. « Sais-tu comment elles reviennent ici-bas ? » « Non, Vénérable. » — « Sais-tu où se séparent le sentier qui mène vers les dieux et celui qui mène vers les ancêtres ? » « Non, Vénérable. » V-iii-3: « Sais-tu pourquoi ce dernier monde n'est pas comble (d'âmes défuntes) ? » « Non, Vénérable. » — « Sais-tu comment il se fait que l'eau, après la cinquième oblation, semble parler avec une voix humaine (Purusha) ? » « Non, Vénérable. » V-iii-4: « Alors, pourquoi as-tu dit avoir reçu l'instruction ? Comment celui qui ignore ces choses peut-il dire qu'il a reçu l'instruction ?» Affligé, Śvetaketu retourna chez son père, et lui dit : « Vénérable père, sans me donner d'instruction, tu m'as pourtant bien dit à la fin de ma période d'études : Je t'ai instruit ! » V-iii-5: « Ce membre de la cour du prince* m'a posé cinq question, et je n'ai pas été capable d'y répondre, pas même à une seule ! » acheva Śvetaketu. Son père répondit : « Ces questions, telles que tu me les a rapportées à ton retour, je t'assure que je ne serais pas capable d'y répondre moi-même, pas même à une seule. Si j'avais connu ces questions, pourquoi ne t'en aurais-je pas parlé ? »
V-iii-6: Alors Gautama, le père de Śvetaketu, alla droit au palais du roi. À son arrivée, le roi lui offrit ses salutations respectueuses. Le lendemain matin, Gautama se présenta à l'assemblée que présidait le roi. Le roi le reçut par ces mots : « Ô vénérable Gautama, je t'en prie, choisis parmi les richesses qu'aiment les hommes le cadeau que je vais te faire. » — « Ô Roi, que les richesses qu'aiment les hommes restent en ta possession ! Mais raconte-moi le discours exact que tu as tenu à mon fils. » Le roi se renfrogna. V-iii-7: Puis lui donna cet ordre : « Reste ici pendant quelque temps. » Il ajouta : « La demande que tu viens de me faire, ô Gautama, confirme qu'avant toi, cette doctrine n'était jamais parvenue à la connaissance d'aucun brahmane. C'est que, dans le passé et dans tous les mondes, son enseignement appartenait aux seuls Kshatriyas. » Et il se mit à lui enseigner cette doctrine.
Quatrième section V-iv-1: « Ce monde de l'au-delà est indéniablement le feu, ô Gautama. De ce feu, le soleil est l'aliment, les rayons sont la fumée, le jour est la flamme, la lune est la braise, et les étoiles sont les étincelles. V-iv-2: C'est dans ce feu que les divinités offrent leur foi en oblation. De cette oblation, surgit le seigneur du Soma.
Cinquième section V-v-1: Parjanya, le dieu de la pluie, est indéniablement le feu, ô Gautama. De ce feu, l'air est l'aliment, le nuage est la fumée, l'éclair est la flamme, le tonnerre est la braise, et les grondements des nuées sont les étincelles. V-v-2: C'est dans ce feu que les divinités offrent le seigneur du Soma en oblation. De cette oblation, surgit la pluie.
Sixième section V-vi-1: La terre (Prithivi) est indéniablement le feu, ô Gautama. De ce feu, l'année est l'aliment, l'espace est la fumée, la nuit est la flamme, les directions sont les braises, et les directions intermédiaires sont les étincelles. V-vi-2: C'est dans ce feu que les divinités offrent la pluie en oblation. De cette oblation, surgit la nourriture.
Septième section V-vii-1: L'homme (Purusha) est indéniablement le feu, ô Gautama. De ce feu, la parole est l'aliment, le souffle est la fumée, la langue est la flamme, l'œil est la braise, et l'oreille est l'étincelle. V-vii-2: C'est dans ce feu que les divinités offrent la nourriture en oblation. De cette oblation, surgit la semence.
Huitième section V-viii-1: La femme (Yosha) est indéniablement le feu, ô Gautama. De ce feu, son sexe est l'aliment, l'invite est la fumée, la vulve est la flamme, la pénétration est la braise, et l'orgasme est l'étincelle. V-viii-2: C'est dans ce feu que les divinités offrent la semence en oblation. De cette oblation, surgit le fœtus.
Neuvième section V-ix-1: C'est ainsi que l'eau, après la cinquième oblation, est considérée comme une personne (Purusha). Recouvert d'une membrane, le fœtus dort à l'intérieur de la matrice pendant dix ou neuf mois, ou pendant le temps requis, puis il vient au monde. V-ix-2: Une fois né, il vit aussi longtemps que son destin le veut. Lorsqu'il meurt, on le porte au feu du bûcher, à ce feu dont il est venu et d'où il a pris naissance.
Dixième section V-x-1-2: Ceux qui connaissent cette doctrine des cinq feux et ceux qui, dans les forêts, pratiquent une ascèse avec foi et diligence, parviennent à la divinité de la flamme (du bûcher funéraire). De la flamme, ils se dirigent vers la lumière du jour; de la lumière du jour, vers la quinzaine lunaire claire; de la quinzaine lunaire claire, vers les six mois durant lesquels le soleil se déplace vers le nord; de ces six mois du mouvement septentrional du soleil, vers l'année; de l'année, vers le soleil; du soleil, vers la lune; et de la lune, vers l'éclair. Là, une entité non-humaine vient à leur rencontre et les mène vers Brahman. C'est là le sentier des dieux (Devayana). V-x-3: Mais ceux qui vivent dans les villages [en tant que maîtres de maison] et ont persévéré avec dévotion dans l'accomplissement de rites sacrificiels, d'œuvres utiles au bien public, et ont pratiqué la charité, parviennent à la fumée (du bûcher funéraire). De la fumée, ils se dirigent vers la nuit; de la nuit, vers la quinzaine lunaire sombre; de la quinzaine lunaire sombre, vers les six mois durant lesquels le soleil se déplace vers le sud; mais ils n'atteindront pas l'année [comme le feront ceux qui emprunteront le sentier divin]. V-x-4: De ces six mois du mouvement méridional du soleil, ils se dirigent vers le monde des ancêtres; du monde des ancêtres, vers l'espace éthéré (Akasha); de l'espace éthéré, vers la lune. Cette lune est le seigneur du Soma. Là, ils deviennent nourriture pour les dieux. C'est de ces hommes que se nourrissent les dieux.*
V-x-5: Ils demeurent dans ce monde lunaire jusqu'à épuisement de leurs fruits karmiques, puis s'en reviennent sur le même sentier qu' à l'aller. Ils atteignent l'espace éthéré; de l'espace éthéré, ils retournent à l'air; s'identifiant à l'air, ils se transforment en fumée; devenus fumée, ils se transforment en une vapeur. V-x-6: Devenus vapeur, ils se transforment en nuage. Devenus nuage, ils se déversent en pluie. Les âmes individuelles naissent en ce monde-ci sous forme de riz, d'orge, d'herbes, de sésame et de légumineuses. Il est difficile de sortir de cet état (de transmigration végétale); il faut qu'un homme en âge de procréer mange cette nourriture et la rejette sous forme de semence, alors une de ces âmes individuelles reprend une forme humaine [en tant que l'enfant que cet homme vient d'engendrer]. V-x-7: Ceux qui ont antérieurement accompli des actes méritoires entrent dans la matrice d'une mère bonne et agréable – la matrice d'une brahmane, d'une Kshatriya, ou d'une Vaishya. À l'inverse, ceux qui ont antérieurement accompli des actes déméritoires entrent dans la matrice d'une mère désagréable, ou dans la matrice d'une chienne, d'une truie, ou d'une hors-caste (Chandala). V-x-8: Par ailleurs, ces petites créatures* qui transmigrent encore et encore ne passent par aucun de ces deux sentiers. Ce troisième état est résumé par les mots “Renais et puis meurs !” Grâce à cela, le monde de l'au-delà n'est pas comble. Il faut par conséquent mépriser cette voie basse.
V-x-9: On trouve à ce propos le verset suivant : “Un voleur d'or, un buveur de vin, celui qui souille la couche (conjugale) de son maître, un brahmanacide – ces quatre-là, ainsi que le cinquième larron qui s'associe à eux, se préparent une déchéance.” V-x-10: Il faut ajouter que celui qui connaît et honore ces cinq feux, même s'il a des rapports avec ces individus vils, n'est pas contaminé par leur souillure. Celui qui possède cette connaissance, oui, quiconque possède cette doctrine des cinq feux devient immaculé, pur et il résidera dans le monde de la vertu.
Onzième section V-xi-1: Pracinashala, fils d'Upamanyu, Satyayajna, fils de Pulusha, Indradyumna, fils de Bhallavi, Jana, fils de Sharkaraksha, et Budila, fils d'Ashvatarashva – ces cinq maîtres de maison d'une grande renommée et d'une grande érudition dans les Védas, s'assemblèrent un jour pour mener un débat sur le thème : Qu'est notre Atman ? Et qu'est Brahman ? V-xi-2: Ils délibérèrent entre eux et décidèrent ceci : « Vénérables confrères, Uddalaka, fils d'Aruna, connaît bien cet Atman, qui est l'Être universel (Vaishvanara). Allons donc le trouver ! » Ce qu'ils firent aussitôt. V-xi-3: (Les voyant arriver) Uddalaka en déduisit : « Tiens ! Ces maîtres de maison réputés et érudits en Véda vont me questionner, mais je ne serai peut-être pas capable de répondre à toutes leurs questions. Je vais les envoyer chez un autre instructeur. » V-xi-4: Il leur dit ceci : « Vénérables, le célèbre Ashvapati, fils de Kekaya, doit à coup sûr connaître maintenant cet Atman qui est l'Être universel. Si cela vous dit, nous irons tous le voir. » Ce qu'ils firent aussitôt. V-xi-5: À leur arrivée, le roi Ashvapati prit des dispositions pour que chacun d'eux fût reçu avec tous les égards dus. Le matin suivant, après s'être levé, il leur dit : « Dans mon royaume, il ne se trouve aucun voleur, aucun avare*, aucun ivrogne, aucun foyer sans feux rituels, aucun ignorant, aucun homme adultère, donc aucune femme adultère non plus. » Et il ajouta : « Vénérables, je vais prochainement faire accomplir un sacrifice. Et je vous donnerai autant de richesses que j'en donnerai à chacun des prêtres. Vénérables, je vous en prie, restez ! »
V-xi-6: Les six maîtres de maison dirent : « Si une personne vient trouver une autre personne dans un but bien précis, il est bienséant qu'elle le fasse savoir. Or, voilà : tu possèdes maintenant la connaissance de l'Atman qui est l'Être universel. Nous te prions de nous la communiquer ! » V-xi-7: Le roi répondit : « Vous aurez ma réponse demain matin. » Le matin suivant, ils s'approchèrent du roi munis de fagots pour le feu rituel. Sans même leur donner aucun des rites d'initiation, le roi leur dit ce qui suit.
Douzième section V-xii-1: « Ô fils d'Upamanyu, quel est cet Atman sur lequel tu médites ? » Pracinashala répondit : « Ô vénérable roi, c'est le ciel, assurément. » — « L'Atman sur lequel tu médites est l'Atman qui est l'Être universel, appelé le Resplendissant. Et c'est pourquoi on voit que, dans ta lignée familiale, le Soma est pressé tout un jour, et pendant plusieurs jours, et même pendant de nombreux jours.*
V-xii-2: Tu prends de la nourriture et vois ceux que tu chéris*. Celui qui médite ainsi sur l'Atman qui est l'Être universel, prend de la nourriture et voit ceux qu'il chérit, et il règne dans sa lignée l'éclat des connaisseurs de Brahman. Mais ceci n'est que la tête de l'Atman. » Puis il ajouta : « Sûrement, ta tête serait tombée si tu n'étais pas venu me trouver ! »
Treizième section V-xiii-1: Puis le roi dit à Satyayajna, fils d'Upamanyu : « Ô compagnon de Pracinashala , quel est cet Atman sur lequel tu médites ? » Satyayajna répondit : « Ô vénérable roi, c'est le soleil, assurément. » — « L'Atman sur lequel tu médites est l'Atman qui est l'Être universel, appelé la Forme universelle (Vishvarupa). Et c'est pourquoi on voit, dans ta lignée familiale, une abondance de biens de toutes sortes. V-xiii-2: Tu as à disposition un chariot tiré par des mules, de jeunes servantes et un collier d'or; tu prends de la nourriture, et contemples ces biens que tu chéris. Celui qui médite ainsi sur l'Atman qui est l'Être universel, prend de la nourriture et voit ce qu'il chérit, et il règne dans sa lignée l'éclat des connaisseurs de Brahman. Mais ceci n'est que l'œil de l'Atman. » Puis il ajouta : « Sûrement, tu serais devenu aveugle si tu n'étais pas venu me trouver ! »
Quatorzième section V-xiv-1: Le roi dit à Indradyumna, fils de Bhallavi : « Ô descendant de Vyaghrapada, quel est cet Atman sur lequel tu médites ? » Indradyumna répondit : « Ô vénérable roi, c'est l'air (Vayu), assurément. » — « L'Atman sur lequel tu médites est l'Atman qui est l'Être universel, et dont les sentiers sont divers. Et c'est pourquoi viennent à toi de nombreuses sortes de présents, venus de toutes les directions, et que te suivent diverses colonnes de chariots. V-xiv-2: Tu prends de la nourriture, et vois ce que tu chéris. Celui qui médite ainsi sur l'Atman qui est l'Être universel, prend de la nourriture et voit ce qu'il chérit, et il règne dans sa lignée l'éclat des connaisseurs de Brahman. Mais ceci n'est que la force vitale (Prana) de l'Atman. » Puis il ajouta : « Sûrement, ta force vitale se serait échappée si tu n'étais pas venu me trouver ! »
Quinzième section V-xv-1: Le roi dit à Jana : « Ô fils de Sharkaraksha, quel est cet Atman sur lequel tu médites ? » Jana répondit : « Ô vénérable roi, c'est l'espace éthéré (Akasha), assurément. » — « L'Atman sur lequel tu médites est l'Atman qui est l'Être universel, qui est le Multiple. Et c'est pourquoi tu es en possession d'une descendance multiple et de richesses multiples. V-xv-2: Tu prends de la nourriture, et vois ce que tu chéris. Celui qui médite ainsi sur l'Atman qui est l'Être universel, prend de la nourriture et voit ce qu'il chérit, et il règne dans sa lignée l'éclat des connaisseurs de Brahman. Mais ceci n'est que le tronc de l'Atman. » Puis il ajouta : « Sûrement, ton corps se serait émacié si tu n'étais pas venu me trouver ! »
Seizième section V-xvi-1: Le roi dit à Budila, fils d'Ashvatarashva : « Ô descendant de Vyaghrapada, quel est cet Atman sur lequel tu médites ? » Jana répondit : « Ô vénérable roi, c'est l'eau, assurément. » — « L'Atman sur lequel tu médites est l'Atman qui est l'Être universel, connu comme étant la richesse. Et c'est pourquoi tu es toi-même riche et bien portant. V-xvi-2: Tu prends de la nourriture, et vois ce que tu chéris. Celui qui médite ainsi sur l'Atman qui est l'Être universel, prend de la nourriture et voit ce qu'il chérit, et il règne dans sa lignée l'éclat des connaisseurs de Brahman. Mais ceci n'est que la vessie de l'Atman. » Puis il ajouta : « Sûrement, ta vessie allait éclater si tu n'étais pas venu me trouver ! »
Dix-septième section V-xvii-1: Le roi dit à Uddalaka, fils d'Aruna : « Ô Gautama, quel est cet Atman sur lequel tu médites ? » Uddalaka répondit : « Ô vénérable roi, c'est la terre, assurément. » — « L'Atman sur lequel tu médites est l'Atman qui est l'Être universel, connu comme étant le support (Pratishtha). Et c'est pourquoi tu es bien établi, avec une descendance et du bétail. V-xvii-2: Tu prends de la nourriture, et vois ce que tu chéris. Celui qui médite ainsi sur l'Atman qui est l'Être universel, prend de la nourriture et voit ce qu'il chérit, et il règne dans sa lignée l'éclat des connaisseurs de Brahman. Mais ceci n'est que les pieds de l'Atman. » Puis il ajouta : « Sûrement, tes pieds se seraient rabougris si tu n'étais pas venu me trouver ! »
Dix-huitième section V-xviii-1: Le roi leur dit : « Vous tous, qui ne connaissez que partiellement cet Atman qui est l'Être universel et le percevez chacun différemment, vous prenez de la nourriture. Tandis que celui qui médite sur cet Atman qui est l'Être universel comme étant la distance qui sépare la terre du ciel, prend sa nourriture dans tous les mondes, dans toutes les créatures, dans toutes les âmes. V-xviii-2: De cet Atman qui est l'Être universel, le ciel resplendissant est la tête, le soleil protéiforme est l'œil, l'air dont les sentiers sont divers est la force vitale, le vaste espace éthéré est le tronc, l'eau qui entraîne l'abondance est la vessie, la terre qui procure un support est les pieds, l'autel sacrificiel est la poitrine, l'herbe kusha est la chevelure, le feu du foyer est le cœur, le feu du sud (et des ancêtres) est le mental, et le feu du rituel védique est la bouche. »
Dix-neuvième section V-xix-1: « Voilà pourquoi la nourriture qui vient en premier [au moment des repas] est la plus propice à être offerte en oblation. Celui qui va manger doit accompagner la première oblation du mantra suivant : “Pranaya svaha ! Salutations au souffle de vie !” C'est ainsi que le souffle vital est satisfait. V-xix-2: Le souffle vital étant satisfait, l'œil l'est aussi; l'œil étant satisfait, le soleil l'est aussi; le soleil étant satisfait, le ciel l'est aussi; le ciel étant satisfait, tout ce qui se trouve sous le ciel et sous le soleil l'est aussi; tout cela étant satisfait, le sacrificateur, celui qui consomme la nourriture, est comblé en descendance, en bétail, en nourriture, en vigueur physique et est imprégné de l'éclat des connaisseurs de Brahman. »
Vingtième section V-xx-1: « Puis, lorsqu'il offre la seconde oblation, il doit l'accompagner du mantra suivant : “Vyanaya svaha ! Salutations au souffle de distribution !” C'est ainsi que le souffle de distribution est satisfait. V-xx-2: Le souffle de distribution étant satisfait, l'oreille l'est aussi; l'oreille étant satisfaite, la lune l'est aussi; la lune étant satisfaite, les directions le sont aussi; les directions étant satisfaites, tout ce qui se trouve lié aux directions et à la lune l'est aussi; tout cela étant satisfait, le sacrificateur, celui qui consomme la nourriture, est comblé en descendance, en bétail, en nourriture, en vigueur physique et est imprégné de l'éclat des connaisseurs de Brahman. »
Vingt-et-unième section V-xxi-1: « Lorsqu'il offre la troisième oblation, il doit l'accompagner du mantra suivant : “Apanaya svaha ! Salutations au souffle d'expiration !” C'est ainsi que le souffle d'expiration est satisfait. V-xxi-2: Le souffle d'expiration étant satisfait, l'organe de la parole l'est aussi; l'organe de la parole étant satisfait, le feu l'est aussi; le feu étant satisfait, la terre l'est aussi; la terre étant satisfaite, tout ce qui se trouve lié à la terre et à la lune l'est aussi; tout cela étant satisfait, le sacrificateur, celui qui consomme la nourriture, est comblé en descendance, en bétail, en nourriture, en vigueur physique et est imprégné de l'éclat des connaisseurs de Brahman. »
Vingt-deuxième section V-xxii-1: « Lorsqu'il offre la quatrième oblation, il doit l'accompagner du mantra suivant : “Samanaya svaha ! Salutations au souffle d'assimilation !” C'est ainsi que le souffle d'assimilation est satisfait. V-xxii-2: Le souffle d'assimilation étant satisfait, le mental l'est aussi; le mental étant satisfait, le nuage l'est aussi; le nuage étant satisfait, l'éclair l'est aussi; l'éclair étant satisfait, tout ce qui se trouve lié au nuage et à l'éclair l'est aussi; tout cela étant satisfait, le sacrificateur, celui qui consomme la nourriture, est comblé en descendance, en bétail, en nourriture, en vigueur physique et est imprégné de l'éclat des connaisseurs de Brahman. »
Vingt-troisième section V-xxiii-1: « Lorsqu'il offre la cinquième oblation, il doit l'accompagner du mantra suivant : “Udanaya svaha ! Salutations au souffle de cohésion !” C'est ainsi que le souffle de cohésion est satisfait. V-xxiii-2: Le souffle de cohésion étant satisfait, la peau l'est aussi; la peau étant satisfaite, l'air l'est aussi; l'air étant satisfait, l'espace l'est aussi; l'espace étant satisfait, tout ce qui se trouve lié à l'air et à l'espace l'est aussi; tout cela étant satisfait, le sacrificateur, celui qui consomme la nourriture, est comblé en descendance, en bétail, en nourriture, en vigueur physique et est imprégné de l'éclat des connaisseurs de Brahman. »
Vingt-quatrième section V-xxiv-1: « Quant à celui qui accomplit l'Agni Hotra sans connaître cette doctrine [de l'Atman en tant qu'Être universel], son sacrifice ne vaut pas plus que celui de l'homme qui ôte les braises ardentes et verse son oblation sur les cendres froides. V-xxiv-2: Au contraire, pour celui qui possède cette connaissance et accomplit le sacrifice de l'Agni Hotra, son oblation se communique à tous les mondes, toutes les créatures et à toutes les âmes. V-xxiv-3: De même que la barbe d'un roseau se consume entièrement lorsqu'on la pose sur le feu, de même sont consumés entièrement tous les actes négatifs de celui qui, possédant cette connaissance, accomplit le sacrifice d'Agni Hotra. V-xxiv-4: En conséquence, même si un tel connaisseur offrait le reste de son repas à un hors-caste, pour lui ce serait comme faire une oblation à l'Atman qui est l'Être universel. V-xxiv-5: On trouve à ce propos le verset suivant : “De même qu'en ce monde, les enfants qui ont faim tournent autour de leur mère, de même toutes les créatures se rassemblent autour du sacrifice de l'Agni Hotra, oui, elles se rassemblent autour de l'Agni Hotra.
SIXIÈME CHAPITRE
Première section VI-i-1: Om ! Vivait autrefois un certain Śvetaketu, petit-fils d'Aruna. Un jour, son père lui dit : « Śvetaketu, va donc mener la vie d'un étudiant en sciences sacrées (Brahmacharin) ! Mon cher fils, dans notre lignée il n'y a jamais eu personne qui, sans avoir étudié les Védas, ait prétendu être un brahmane de naissance. » VI-i-2-3: Quand il eut douze ans, Śvetaketu alla chez un maître et y étudia les Védas jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Il en revint plein de vanité, très imbu de son savoir et arrogant. Son père lui dit : « Śvetaketu, mon fils, je vois que tu es vaniteux, arrogant et que tu te considères comme un érudit; mais t'es-tu enquis de cette doctrine grâce à laquelle l'inaudible devient audible, l'impensable devient pensé, et l'inconnu devient connu ? » Śvetaketu demanda : « Mais de quelle doctrine s'agit-il, père ? » VI-i-4: « Cher enfant, tout comme une seule motte d'argile fait connaître tout ce qui est fait d'argile, toutes les modifications (Vikara) reposent sur la parole et ne sont que des mots. L'argile en soi est la seule réalité. VI-i-5: Cher enfant, tout comme un seul morceau d'or fait connaître tout ce qui est fait d'or, toutes les modifications reposent sur la parole et ne sont que des mots. L'or en soi est la seule réalité. VI-i-6: Cher enfant, tout comme un seul ciseau à ongles fait connaître tout ce qui est fait de fer, toutes les modifications reposent sur la parole et ne sont que des mots. Le fer en soi est la seule réalité. » VI-i-7: — « Certainement, mes maîtres vénérés ne savaient pas cela car, s'ils l'avaient su, pourquoi ne me l'auraient-ils pas enseigné ? Aussi, très cher père, enseigne-le moi ! » — « Qu'il en soit ainsi, cher enfant ! »
Deuxième section VI-ii-1: « Au tout début, cher fils, il n'y avait que l'Être (Sat), et uniquement lui, sans second (non-duel). Sur ce point, certains disent : « Au tout début, il n'y avait que le néant, et uniquement lui, sans second. De ce néant est sorti l'être. » VI-ii-2: Le père continua : « Cher fils, par quelle logique, en vérité, l'être peut-il sortir du néant ? Mais assurément, au commencement, tout ceci était l'Être, et uniquement lui, sans second. VI-ii-3: Cet Être eut une vision* : « Je vais devenir multitude, je vais engendrer une progéniture. » Et il créa le Feu. Le Feu eut une vision : « Je vais devenir multitude, je vais engendrer une progéniture. » Et il créa l'Eau. C'est pourquoi, lorsqu'on souffre [de la chaleur] et qu'on transpire, cela provient du feu interne. L'eau est indéniablement produite par la chaleur.
VI-ii-4: L'Eau eut une vision : « Je vais devenir multitude, je vais me propager. » Et elle créa la nourriture [née de la terre]. C'est pourquoi, lorsqu'il pleut et là où il pleut, la nourriture devient abondante. La nourriture est indéniablement produite par l'eau.
Troisième section VI-iii-1: À toutes ces créatures qui nous entourent, il n'y a que trois origines : la naissance à partir d'un œuf, à partir d'une matrice, à partir d'une jeune pousse. VI-iii-2: Cet Être divin eut une vision : « Je vais pénétrer dans ces trois divinités* sous la forme de l'âme de chaque être individuel (Jivatman) et les différencier par le nom et par la forme. »
VI-iii-3: « Je vais diviser chacune de ces trois divinités en trois groupes. » Avec cette résolution, l'Être divin pénétra dans ces trois divinités sous la forme de l'âme de chaque être individuel et les différencia par le nom et par la forme. VI-iii-4: Et c'est ce qu'il fit : chaque divinité devint triple. Mais comment ces trois divinités devinrent chacune triple, c'est ce que je vais t'enseigner maintenant, mon fils.
Quatrième section VI-iv-1: Ce qui apparaît comme couleur rouge du feu matériel, c'est la couleur du feu subtil*; ce qui y apparaît comme couleur blanche, c'est la couleur de l'eau subtile; ce qui y apparaît comme couleur sombre, c'est la couleur de la terre subtile. Ainsi donc disparaît du feu la notion habituelle de feu. Toute modification repose sur le langage et n'est rien de plus qu'un mot. Ce qui est réel, c'est uniquement les trois couleurs.
VI-iv-2: Ce qui apparaît comme couleur rouge du soleil, c'est la couleur du feu subtil; ce qui y apparaît comme couleur blanche, c'est la couleur de l'eau subtile; ce qui y apparaît comme couleur sombre, c'est la couleur de la terre subtile. Ainsi donc disparaît du soleil la notion habituelle de soleil. Toute modification repose sur le langage et n'est rien de plus qu'un mot. Ce qui est réel, c'est uniquement les trois couleurs. VI-iv-3: Ce qui apparaît comme couleur rouge de la lune, c'est la couleur du feu subtil; ce qui y apparaît comme couleur blanche, c'est la couleur de l'eau subtile; ce qui y apparaît comme couleur sombre, c'est la couleur de la terre subtile. Ainsi donc disparaît de la lune la notion habituelle de lune. Toute modification repose sur le langage et n'est rien de plus qu'un mot. Ce qui est réel, c'est uniquement les trois couleurs. VI-iv-4: Ce qui apparaît comme couleur rouge de l'éclair, c'est la couleur du feu subtil; ce qui y apparaît comme couleur blanche, c'est la couleur de l'eau subtile; ce qui y apparaît comme couleur sombre, c'est la couleur de la terre subtile. Ainsi donc disparaît de l'éclair la notion habituelle d'éclair. Toute modification repose sur le langage et n'est rien de plus qu'un mot. Ce qui est réel, c'est uniquement les trois couleurs. VI-iv-5: Aux temps jadis, ce fut après avoir acquis cette connaissance que les maîtres de maison d'une grande renommée et d'une grande érudition dans les Védas ont déclaré : « Il n'y a personne dans notre lignée qui puisse dire de quoi que ce soit : je n'en ai jamais entendu parler, je n'y ai jamais réfléchi, ou cela m'est inconnu. Car ils savaient tout grâce à cette connaissance de la triple forme. VI-iv-6: Tout ce qui apparaissait comme rouge, ils y voyaient la couleur du feu; tout ce qui apparaissait comme blanc, ils y voyaient la couleur de l'eau; tout ce qui apparaissait comme sombre, ils y voyaient la couleur de la terre. VI-iv-7: Tout ce qui apparaissait comme étant inconnu, ils y voyaient une combinaison de ces trois divinités*. Mais, cher fils, apprends de moi comment chacune de ces trois divinités devint triple en entrant en contact avec la personne humaine (Purusha).
Cinquième section VI-v-1: La nourriture, une fois ingérée, se décompose sous une triple forme. Ses composants les plus matériels se transforment en fèces, ses composants intermédiaires en chair, et ses composants les plus subtils en mental. VI-v-2: L'eau, une fois bue, se décompose sous une triple forme. Ses composants les plus matériels se transforment en urines, ses composants intermédiaires en sang, et ses composants les plus subtils en énergie vitale (Prana). VI-v-3: Le feu, une fois ingéré*, se décompose sous une triple forme. Ses composants les plus matériels se transforment en os, ses composants intermédiaires en moelle, et se composants les plus subtils en langage.
VI-v-4: Ainsi donc, cher fils, le mental est constitué de nourriture, l'énergie vitale est constituée d'eau et la parole est constituée de feu. » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer mieux cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Sixième section VI-vi-1: « Mon cher fils, lorsqu'on baratte le lait caillé, c'est sa partie la plus subtile qui s'élève et se transforme en beurre clarifié (sarpis). VI-vi-2: De même, cher fils, lorsqu'on mange de la nourriture, c'est sa partie la plus subtile qui s'élève et se transforme en mental. VI-vi-3: Lorsqu'on boit de l'eau, cher fils, c'est sa partie la plus subtile qui s'élève et se transforme en énergie vitale. VI-vi-4: Lorsqu'on absorbe des matières grasses (du feu), cher fils, c'est leur partie la plus subtile qui s'élève et se transforme en parole. VI-vi-5: Ainsi donc, cher fils, le mental est constitué de nourriture, l'énergie vitale est constituée d'eau et la parole est constituée de feu. » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer encore mieux cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Septième section VI-vii-1: « Mon cher enfant, l'être humain est constitué de seize parties*. Abstiens-toi de manger pendant quinze jours, mais bois de l'eau à volonté. L'énergie vitale étant constituée d'eau, elle te quitterait si tu ne buvais pas. »
VI-vii-2: Śvetaketu, donc, ne prit aucune nourriture durant quinze jours. Puis il alla trouver son père : « Père, de quoi dois-je te parler ? » — « Récite les mantras du Rig, du Yajur et du Sama Véda. » — « Père, ils ne me reviennent pas en mémoire. » VI-vii-3: Son père lui répondit : « Cher fils, de même qu'une seule braise de la taille d'une luciole est ce qui reste de ce qui fut un grand feu, et ne peut pas plus brûler que cela, de la même façon c'est seulement une de tes seize parts qui reste maintenant en résidu; et avec seulement ce seizième, tu ne peux plus te remémorer les Védas. Mange donc, et tu comprendras ce que je dis ! » VI-vii-4: Śvetaketu se nourrit, puis alla trouver son père. Et il put répondre à toutes ses questions. VI-vii-5-6: Son père lui dit : « Cher fils, de même qu'une seule braise de la taille d'une luciole, restant de ce qui fut un grand feu, se remet à flamber si on y ajoute de l'herbe sèche, et peut brûler bien plus que cela, de la même façon c'est seulement une de tes seize parts qui était restée en résidu; elle s'est remise à flamber en recevant de la nourriture et, grâce à cela, tu peux maintenant te remémorer les Védas. Ô mon cher enfant, c'est bien la preuve que le mental est constitué de nourriture, l'énergie vitale, d'eau et la parole, de feu. » Śvetaketu comprit l'enseignement de son père, oui, il le comprit.
Huitième section VI-viii-1: Une autre fois, Uddalaka, fils d'Aruni, dit à son fils Śvetaketu : « Mon cher fils, apprends de ma bouche la nature du sommeil profond. Quand on dit qu'un homme est entré dans le sommeil profond, il faut alors comprendre, mon enfant, qu'il s'est fondu en l'Être pur (Sat) et s'est uni à son propre Atman. Voici pourquoi on dit qu'il est en sommeil profond (svapiti) : parce qu'il est parvenu (apita) à son propre Soi (svam). VI-viii-2: De même qu'un oiseau attaché à une cordelette se met à voleter dans tous les sens et, ne trouvant aucun abri ailleurs, prend refuge à l'endroit même où il est attaché, de même, mon cher fils, ce mental se met à voleter dans tous les sens et, ne trouvant aucun abri ailleurs, prend refuge dans le souffle vital, et uniquement en lui. Car le mental, mon cher enfant, est relié au souffle de vie. VI-viii-3: Cher fils, apprends de ma bouche la nature de la faim et de la soif. Quand on dit qu'un homme a faim, mon enfant, il faut comprendre que c'est l'eau qui a emporté ce qu'il avait mangé auparavant; à ce moment, on dit que l'eau est le meneur de la nourriture, de même qu'on parle d'un meneur de chevaux, d'un meneur de bétail et d'un meneur d'hommes. Les choses étant ainsi, mon cher enfant, sache que ce corps est une jeune pousse sortie d'une cause, car il ne peut être sans racine. VI-viii-4: Et où peut se trouver cette racine, si ce n'est dans la nourriture ? De la même façon, mon cher enfant, puisque la nourriture est elle aussi une jeune pousse, comprends donc que l'eau en est la racine. Et puisque l'eau, mon cher enfant, est aussi une jeune pousse, comprends donc que le feu en est la racine. Et puisque le feu, mon cher enfant, est aussi une jeune pousse, comprends donc que l'Être en est la racine. Ainsi donc, cher enfant, tous ces êtres ont leur racine dans l'Être, en l'Être ils trouvent leur refuge, et c'est en l'Être qu'ils se fondent au moment de leur dissolution. VI-viii-5: Et encore, quand on dit qu'un homme a soif, mon enfant, il faut comprendre que c'est le feu qui a emporté ce qu'il avait bu auparavant; à ce moment, on dit que le feu est le meneur de l'eau, de même qu'on parle d'un meneur de chevaux, d'un meneur de bétail et d'un meneur d'hommes. Les choses étant ainsi, mon cher fils, sache que ce corps est une jeune pousse sortie d'une cause, car il ne peut être sans racine. VI-viii-6: Et où peut se trouver cette racine, si ce n'est dans l'eau ? De la même façon, mon cher enfant, puisque l'eau est elle aussi une jeune pousse, comprends donc que le feu en est la racine. Et puisque le feu, mon cher enfant, est aussi une jeune pousse, comprends donc que l'Être en est la racine. Ainsi donc, cher enfant, tous ces êtres ont leur racine dans l'Être, en l'Être ils trouvent leur refuge, et c'est en l'Être qu'ils se fondent au moment de leur dissolution. Or, cher fils, comment chacune de ces trois divinités devint triple en entrant en contact avec la personne humaine (Purusha), nous l'avons déjà vu (cf. VI-iii-2 et VI-iv-7). Mon cher enfant, lorsqu'un être humain est proche de la mort, l'organe de la parole se retire au sein du mental, le mental se retire au sein de la force vitale, celle-ci se résorbe dans le feu, et le feu se résorbe dans la Divinité suprême. VI-viii-7: Cet Être qui est cette essence subtile*, tout ce qui existe possède Cela (Tat) comme étant son Atman. Cela est la Vérité (le Réel). Cela est l'Atman. Tu es Cela, ô Śvetaketu !** » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer encore mieux tout cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Neuvième section VI-ix-1-2: « Cher fils, les abeilles fabriquent le miel en collectant les sucs de plantes poussant en de nombreux endroits, puis en les réduisant en un tout homogène; ces sucs collectés n'ont pas une identité distincte, telle que “je suis le suc de cette plante-ci” ou “je suis le suc de cette plante-là”. De même, mon cher enfant, toutes ces créatures, après s'être fondues dans l'Être, ne conçoivent pas cette pensée : “Nous nous sommes fondues dans l'Être.” VI-ix-3: Quelles que soient les créatures qui aient existé ici-bas – que ce soit un tigre, un lion, un loup, un porc, un insecte, une sauterelle, un taon ou un moustique, elles redeviendront cela même qu'elles furent*.
VI-ix-4: Cet Être qui est cette essence subtile, tout ce qui existe possède Cela (Tat) comme étant son Atman. Cela est la Vérité (le Réel). Cela est l'Atman. Tu es Cela, ô Śvetaketu ! » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer encore mieux tout cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Dixième section VI-x-1-2: « Cher fils, les rivières de l'orient s'écoulent vers l'est et les rivières de l'occident s'écoulent vers l'ouest, et toutes s'élèvent de cet océan où elles retournent se fondre. Elles ne font plus qu'un avec l'océan. Là, elles ne conçoivent pas cette pensée : “Je suis cette rivière-ci” ou “je suis cette rivière-là”. De même, cher fils, toutes ces créatures, après s'être élevées de l'Être, ne conçoivent pas cette pensée : “Nous nous sommes élevées de l'Être.” Quelles que soient les créatures qui aient existé ici-bas – que ce soit un tigre, un lion, un loup, un porc, un insecte, une sauterelle, un taon ou un moustique, elles redeviendront cela même qu'elles furent. VI-x-3: Cet Être qui est cette essence subtile, tout ce qui existe possède Cela (Tat) comme étant son Atman. Cela est la Vérité (le Réel). Cela est l'Atman. Tu es Cela, ô Śvetaketu ! » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer encore mieux tout cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Onzième section VI-xi-1: « Cher fils, regarde ce grand arbre : si quelqu'un le frappe aux racines, il exsude de la sève mais continue de vivre. Si on le frappe en plein tronc, il exsude de la sève mais continue de vivre. Si on le frappe au faîte, il exsude de la sève mais continue de vivre. Car cet arbre, imprégné de l'âme individuelle (Jivena Atman), continue de puiser avec bonheur de l'eau et des nutriments [dans le sol]. VI-xi-2: Mais si l'âme individuelle abandonne n'importe laquelle de ses branches, celle-ci se desséchera. Si elle abandonne une seconde branche, celle-ci aussi se desséchera. Et de même pour une troisième branche. Et si elle abandonne tout, c'est l'arbre entier qui se desséchera. VI-xi-3: Mon fils, sache-le, ce corps meurt à coup sûr lorsqu'il est déserté par l'âme individuelle, tandis que celle-ci ne meurt pas. Cet Être qui est cette essence subtile, tout ce qui existe possède Cela (Tat) comme étant son Atman. Cela est la Vérité (le Réel). Cela est l'Atman. Tu es Cela, ô Śvetaketu ! » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer encore mieux tout cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Douzième section VI-xii-1: « Va chercher un fruit de ce banyan ! » — « Le voici, père. » — « Fends-le ! » — « C'est fait, père. » — « Que vois-tu à l'intérieur ? » — « Des graines, extrêmement petites. » — « Fends-en une ! » — « C'est fait, père. » — « Que vois-tu à l'intérieur ? » — « Rien du tout, vénérable père. » VI-xii-2: « Mon fils, cette essence subtile que tu ne peux percevoir, c'est à partir d'elle, qui a la taille d'un atome, qu'a poussé cet énorme banyan qui se tient là. Il faut le croire*, cher enfant ! »
VI-xii-3: Cet Être qui est cette essence subtile, tout ce qui existe possède Cela (Tat) comme étant son Atman. Cela est la Vérité (le Réel). Cela est l'Atman. Tu es Cela, ô Śvetaketu ! » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer encore mieux tout cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Treizième section VI-xiii-1: « Mets ce sel dans de l'eau, et reviens me voir demain matin. » Ce que fit Śvetaketu. Le lendemain matin, son père lui demanda : « Mon fils, amène-moi le sel que tu a mis dans l'eau hier soir. » Śvetaketu chercha le sel dans l'eau mais ne put le trouver. VI-xiii-2: « Cher enfant, c'est parce qu'il s'est dissous ! Prends maintenant une gorgée à la surface de l'eau. Quel est son goût ? » — « Elle est salée. » — « Prends une gorgée au milieu de l'eau. Quel est son goût ? » — « Elle est salée. » — « Prends une gorgée au fond de l'eau. Quel est son goût ? » — « Elle est salée. » — « Va la jeter, puis reviens vers moi ! » Ce que fit Śvetaketu, ajoutant : « Ce sel existe toujours. » Alors, son père lui dit : « Mon enfant, tu ne peux pas percevoir l'Être qui est véritablement présent dans ton corps; mais il est indéniablement là ! » VI-xiii-3: Cet Être qui est cette essence subtile, tout ce qui existe possède Cela (Tat) comme étant son Atman. Cela est la Vérité (le Réel). Cela est l'Atman. Tu es Cela, ô Śvetaketu ! » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer encore mieux tout cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Quatorzième section VI-xiv-1: « Imagine, cher fils, qu'un homme de la région de Gandhara ait été transporté, les yeux bandés, dans un lieu solitaire. Il se tourne vers toutes les directions, en clamant : “On m'a amené ici les yeux bandés, et on m'y a laissé avec les yeux toujours bandés !” VI-xiv-2: Quelqu'un pourrait lui ôter son bandeau et lui dire : “Le pays de Gandhara se trouve là, dans cette direction.” Alors notre homme, avec l'intelligence de qui a reçu de l'instruction, finirait certes par regagner le pays de Gandhara, en demandant son chemin de village en village. C'est de cette façon que l'homme qui possède un instructeur acquiert la connaissance ici-bas. Pour lui l'attente de la libération dure autant que tarde la libération de son corps (à sa mort), après quoi il pénètre instantanément au sein de l'Être. VI-xiv-3: Cet Être qui est cette essence subtile, tout ce qui existe possède Cela (Tat) comme étant son Atman. Cela est la Vérité (le Réel). Cela est l'Atman. Tu es Cela, ô Śvetaketu ! » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer encore mieux tout cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Quinzième section VI-xv-1: « Mon fils, les proches d'un homme malade se tiennent à son chevet, lui demandant : “Me reconnais-tu ?”, “Et moi, me reconnais-tu ?” Il les reconnaît, de fait, aussi longtemps que son organe de la parole ne s'est pas retiré au sein du mental, que le mental ne s'est pas retiré au sein de la force vitale, que celle-ci ne s'est pas résorbée dans le feu, et que le feu ne s'est pas résorbé dans la Divinité suprême. VI-xv-2: Lorsque son organe de la parole s'est retiré au sein du mental, que le mental s'est retiré au sein de la force vitale, que celle-ci s'est résorbée dans le feu, et que le feu s'est résorbé dans la Divinité suprême, cet homme cesse alors de reconnaître ses proches. VI-xv-3: Cet Être qui est cette essence subtile, tout ce qui existe possède Cela (Tat) comme étant son Atman. Cela est la Vérité (le Réel). Cela est l'Atman. Tu es Cela, ô Śvetaketu ! » — « Vénérable père, peux-tu m'expliquer encore mieux tout cela ? » — « Qu'il en soit ainsi, mon enfant ! »
Seizième section VI-xvi-1: « Mon fils, [les officiers du roi] amènent un homme les mains liées, déclarant : “Il a emporté des biens, il a commis un vol. Chauffez à blanc la hache pour lui !” Si cet homme a réellement commis cet acte et le nie, de ce simple fait il s'est souillé lui-même moralement. S'enferrant dans son mensonge comme sous un masque qui le dissimulerait, il lui faudra saisir la hache chauffée à blanc. Il sera brûlé, aussi le mettra-t-on à mort. VI-xvi-2: Si au contraire il n'a pas commis de forfait, il est alors véridique dans son déni. S'en tenant à la vérité et se réclamant de sa sincérité, il pourra saisir la hache : il ne sera pas brûlé, aussi le relâchera-t-on. VI-xvi-3: De même que l'homme véridique n'est pas brûlé, de même l'homme qui connaît l'Être n'aura plus de naissance. Tout ce qui existe possède Cela (Tat) comme étant son Atman. Cela est la Vérité (le Réel). Cela est l'Atman. Tu es Cela, ô Śvetaketu ! » À ces mots, Śvetaketu comprit qu'il était Cela. Oui, il le comprit.
SEPTIÈME CHAPITRE
VII-i-1: Le divin sage Narada alla trouver Sanat Kumara (“né-du-mental” de Brahma) et lui demanda : « Ô Vénérable, donne-moi ton enseignement. » Celui-ci répondit : « Dis-moi tout d'abord ce que tu sais.. Ensuite, je te parlerai de ce qui est au-delà de ton savoir. » VII-i-2: « Vénérable, reprit Narada, j'ai lu le Rig Véda, le Yajur Véda, le Sama Véda, et les formules de l'Atharva en quatrième position; puis en cinquième position, l'histoire (Itihasa) et la mythologie (Puranas); j'ai en outre étudié la grammaire, les règles rituelles du culte des ancêtres, les mathématiques, la science des présages, la science du temps (computs astrologiques et cycles cosmiques), la dialectique, la politique, la science du divin, l'art de la prière, la science des apparitions surnaturelles, l'art de la guerre, l'astronomie, les charmes contre les serpents, et les arts des demi-dieux (beaux-arts) – voilà ce que j'ai appris, Vénérable. » VII-i-3: «Tel que je suis, Vénérable, je ne connais ces sujets que par les textes. Mais je ne suis pas un connaisseur de l'Atman. Or j'ai entendu dire par des êtres aussi éminents que toi qu'un connaisseur de l'Atman transcende la souffrance. Et tel que je suis, je suis empli de désespoir. Aussi, Vénérable, mène-moi au-delà de la souffrance ! » Sanat Kumara lui répondit : « Toutes ces sciences que tu a acquises, ce ne sont que des mots (des noms, Namas). » VII-i-4: « Ce sont des mots, en effet, qui constituent le Rig Véda, le Yajur Véda, le Sama Véda, et les formules de l'Atharva en quatrième position, l'histoire et la mythologie en cinquième position, la grammaire, les règles rituelles du culte des ancêtres, les mathématiques, la science des présages, la science du temps, la dialectique, la politique, la science du divin, l'art de la prière, la science des apparitions surnaturelles, l'art de la guerre, l'astronomie, les charmes contre les serpents, et les arts des demi-dieux – oui, tout ce savoir n'est que mots. Tu as médité sur des mots ! » VII-i-5: « Celui qui médite sur le nom comme étant Brahman devient libre d'agir à sa guise dans la sphère du verbal, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur le nom comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur au nom ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur au nom ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Deuxième section VII-ii-1: « La parole (Vak), assurément, est supérieure au nom. Car c'est la parole qui donne à connaître le Rig Véda, le Yajur Véda, le Sama Véda, et les formules de l'Atharva en quatrième position, l'histoire et la mythologie en cinquième position, la grammaire, les règles rituelles du culte des ancêtres, les mathématiques, la science des présages, la science du temps, la dialectique, la politique, la science du divin, l'art de la prière, la science des apparitions surnaturelles, l'art de la guerre, l'astronomie, les charmes contre les serpents, les arts des demi-dieux, le ciel et la terre, l'air et l'espace, l'eau et le feu, les dieux et les hommes, les animaux et les oiseaux, les plantes et les arbres, les animaux féroces, les petits animaux tels que les vers, les mouches et les fourmis, la vertu et le vice, le vrai et le faux, le bien et le mal, le plaisant et le déplaisant. Oui, certes, si la parole n'existait pas, il ne serait pas possible de distinguer la vertu du vice, le vrai du faux, le bien du mal, le plaisant du déplaisant. Assurément, c'est la parole qui fait connaître tout cela. Médite donc sur la parole ! VII-ii-2: Celui qui médite sur la parole comme étant Brahman devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de la parole, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur la parole comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à la parole ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à la parole ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Troisième section VII-iii-1: « Le mental (Manas), assurément, est supérieur à la parole. De même que le poing discerne s'il tient deux fruits de myrobolan, ou deux prunes, ou deux noix, c'est de façon similaire que le mental capte la parole et le nom. Quand on se dit mentalement “Je vais chanter les mantras”, on le fait; “Je vais accomplir les rites”, on le fait; “Je vais faire un vœu pour avoir des fils et du bétail”, on le fait; “Je vais souhaiter le bien en ce monde et dans l'autre”, on le fait. Le mental est assurément l'Atman. Il est assurément le monde. Il est assurément Brahman. Médite donc sur le mental ! VII-iii-2: Celui qui médite sur le mental comme étant Brahman devient libre d'agir à sa guise dans la sphère du mental, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur le mental comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur au mental ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur au mental ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Quatrième section VII-iv-1: « La volonté (Samkalpa), assurément, est supérieure au mental. Car lorsqu'un homme ressent une volonté, il y pense dans son mental, puis il la met en parole. Ensuite, il traduit ces paroles sous forme de noms consacrés. Les formules consacrées (mantras et hymnes) font partie des noms, comme les rites sont partie intégrante des formules consacrées. VII-iv-2: Tout cela, assurément, a pour cible la volonté, est de la nature de la volonté, et possède la volonté comme fondement. Le ciel et la terre émettent leur volonté. De même pour l'air et l'espace, pour l'eau et le feu. Et la pluie veut se manifester en accord à leur volonté. La nourriture veut se manifester grâce à la volonté de la pluie. La force vitale veut se manifester en accord à la volonté de la pluie. Les formules consacrées veulent se manifester en accord à la volonté de la force vitale. Les rites veulent se manifester en accord à la volonté des formules consacrées. Le résultat des rites veut se manifester en accord à la volonté des rites. Toute chose émet sa volonté en accord à la volonté des résultats qui suivront. Voilà ce qu'est la volonté. Médite donc sur la volonté ! VII-iv-3: Celui qui médite sur la volonté comme étant Brahman parvient aux mondes créés par sa propre volonté. Il parvient à ces mondes immuables, parce qu'il est lui-même devenu immuable; il parvient à ces mondes fermement établis, parce qu'il est lui-même devenu fermement établi; il parvient à ces mondes dénués de souffrance, parce qu'il est lui-même dénué de souffrance. Celui qui médite sur la volonté comme étant Brahman devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de la volonté, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur la volonté comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à la volonté ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à la volonté! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Cinquième section VII-v-1: « L'intelligence (Chitta)*, assurément, est supérieure à la volonté. Car lorsqu'un homme comprend par l'intelligence, celle-ci est suivie de volonté, puis il y pense dans son mental et le met en parole. Ensuite, il traduit ces paroles sous forme de noms consacrés. Les formules consacrées font partie des noms, comme les rites sont partie intégrante des formules consacrées.
VII-v-2: Tout cela, assurément, a pour cible l'intelligence, est de la nature de l'intelligence, et possède l'intelligence comme fondement. De ce fait, si un homme qui en sait beaucoup sur de nombreux sujets est dépourvu d'intelligence, on dit ceci de lui : “Celui-là n'existe pas ! Si cet homme avait possédé une connaissance réelle ou s'il en avait su beaucoup, il ne serait pas devenu à ce point dépourvu d'intelligence.” D'autre part, si un homme de peu de savoir possède réellement de l'intelligence, les gens désirent l'écouter. Tout cela, assurément, a pour cible l'intelligence, est de la nature de l'intelligence, et possède l'intelligence comme fondement. Médite donc sur l'intelligence ! VII-v-3: Celui qui médite sur l'intelligence comme étant Brahman parvient aux mondes qu'il a créés par son intelligence. Il parvient à ces mondes immuables, parce qu'il est lui-même devenu immuable; il parvient à ces mondes fermement établis, parce qu'il est lui-même devenu fermement établi; il parvient à ces mondes dénués de souffrance, parce qu'il est lui-même dénué de souffrance. Celui qui médite sur l'intelligence comme étant Brahman devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de l'intelligence, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur l'intelligence comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à l'intelligence ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à l'intelligence ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Sixième section VII-vi-1: « La méditation (Dhyana), assurément, est supérieure à l'intelligence. Car la terre est en pleine méditation, si l'on peut dire. De même pour l'espace intermédiaire et pour l'espace céleste. De même pour les cours d'eau et les montagnes. De même pour les dieux et les êtres humains. De sorte que ceux parmi les êtres humains qui parviennent à la grandeur ici-bas, semblent avoir réellement acquis une bonne part des résultats qu'entraîne la méditation. Inversement, ceux qui sont mesquins apparaissent querelleurs, jaloux et médisants. Quant à ceux qui possèdent une bonne influence sur autrui, ils semblent avoir réellement acquis une bonne part des résultats qu'entraîne la méditation. Médite donc sur la méditation ! VII-vi-2: Celui qui médite sur la méditation comme étant Brahman devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de la méditation, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur la méditation comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à la méditation ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à la méditation ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Septième section VII-vii-1: « La compréhension (Vijnana)*, assurément, est supérieure à la méditation. Car c'est la compréhension qui fait réellement connaître le Rig Véda, le Yajur Véda, le Sama Véda, et les formules de l'Atharva en quatrième position, l'histoire et la mythologie en cinquième position, la grammaire, les règles rituelles du culte des ancêtres, les mathématiques, la science des présages, la science du temps, la dialectique, la politique, la science du divin, l'art de la prière, la science des apparitions surnaturelles, l'art de la guerre, l'astronomie, les charmes contre les serpents, les arts des demi-dieux, le ciel et la terre, l'air et l'espace, l'eau et le feu, les dieux et les hommes, les animaux et les oiseaux, les plantes et les arbres, les animaux féroces, les petits animaux tels que les vers, les mouches et les fourmis, la vertu et le vice, le vrai et le faux, le bien et le mal, le plaisant et le déplaisant, la nourriture et la boisson, l'ici-bas et l'au-delà. Oui, on ne connaît réellement tout cela qu'à condition de le comprendre. Médite donc sur la compréhension !
VII-vii-2: Celui qui médite sur la compréhension comme étant Brahman, parvient aux mondes de la compréhension et de la connaissance, et il devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de la compréhension, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur la compréhension comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à la compréhension ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à la compréhension ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Huitième section VII-viii-1: « La force (Bala)*, assurément, est supérieure à la compréhension. Car un homme fort peut faire trembler d'autres hommes, même une centaine, qui possèdent pourtant la compréhension. Lorsqu'un homme devient fort, alors il s'élève. S'élevant, il sert. Servant, il se rapproche d'autrui. Se rapprochant d'autrui, il devient celui qui observe, qui écoute, qui pense, qui connaît, qui agit; il devient un homme de compréhension. C'est par la force, assurément, que la terre tient en équilibre. De même pour l'espace intermédiaire et l'espace céleste, pour les montagnes, pour les dieux et les hommes, les animaux et les oiseaux, les plantes et les arbres, les animaux féroces, les petits animaux tels que les vers, les mouches et les fourmis. Oui, c'est par la force que le monde tient en équilibre. Médite donc sur la force !
VII-viii-2: « Celui qui médite sur la force comme étant Brahman devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de la force, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur la force comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à la force ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à la force ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Neuvième section VII-ix-1: « La nourriture, assurément, est supérieure à la force. Car, si un homme ne prend pas de nourriture durant dix jours, même s'il continue de vivre, il devient incapable de voir, d'entendre, de réfléchir, de savoir, d'agir et de comprendre. Mais, lorsqu'il reprend de la nourriture, il redevient capable de voir, d'entendre, de réfléchir, de savoir, d'agir et de comprendre. Médite donc sur la nourriture ! VII-ix-2: Celui qui médite sur la nourriture comme étant Brahman, parvient aux mondes qui regorgent de nourriture et d'eau, et il devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de la nourriture, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur la nourriture comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à la nourriture ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à la nourriture ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Dixième section VII-x-1: « L'eau, assurément, est supérieure à la nourriture. Car, lorsque l'absence de pluie se fait sécheresse, les créatures vivantes sont à l'agonie et pensent “il va y avoir une famine.” Mais lorsqu'arrivent des pluies abondantes, les créatures vivantes se réjouissent et pensent “la nourriture sera abondante.” L'eau est assurément le principe qui a pris toutes ces formes : l'espace intermédiaire et l'espace céleste, les montagnes, les dieux et les hommes, les animaux et les oiseaux, les plantes et les arbres, les animaux féroces, les petits animaux tels que les vers, les mouches et les fourmis. Oui, c'est l'eau qui a pris toutes ces formes. Médite donc sur l'eau ! VII-x-2: Celui qui médite sur l'eau comme étant Brahman, obtient la satisfaction de tous ses désirs et parvient à la quiétude. Il devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de l'eau, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur l'eau comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à l'eau — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à l'eau ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Onzième section VII-xi-1: « Le feu, assurément, est supérieur à l'eau. Car c'est assurément le feu qui réchauffe l'espace intermédiaire, en prenant l'air comme support. Alors les gens disent : “La chaleur augmente”, “Le soleil est brûlant”, “La pluie va sûrement venir”. C'est assurément le feu qui se manifeste en premier, avant la pluie. Se manifestant par les rugissements du tonnerre, ce feu fend l'espace avec des éclairs qui s'élancent en flèche ou en zigzag. Alors les gens disent : “Il y a des éclairs”, “Le tonnerre gronde”, “La pluie va tomber”. Oui, c'est assurément le feu qui se manifeste en premier, avant la pluie. Médite donc sur le feu ! VII-xi-2: Celui qui médite sur le feu comme étant Brahman, devient lui-même resplendissant. Il parvient aux mondes qui sont resplendissants, emplis de lumière radieuse et sans la moindre obscurité, et il devient libre d'agir à sa guise dans la sphère du feu, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur le feu comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur au feu ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur au feu ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Douzième section VII-xii-1: « L'espace éthéré (Akasha), assurément, est supérieur au feu. Car c'est au sein de l'espace éthéré qu'existent le soleil et la lune, l'éclair, les étoiles et le feu. C'est à travers l'espace qu'on lance un appel, qu'on entend cet appel, qu'on entend les paroles d'autrui. C'est à travers l'espace qu'on se détend en s'amusant, ou qu'on se lamente (d'une séparation), c'est à travers l'espace qu'on naît, puis qu'on se développe. Médite donc sur l'espace éthéré ! VII-xii-2: Celui qui médite sur l'espace éthéré comme étant Brahman, parvient à de vastes mondes, spacieux, emplis de lumière radieuse et sans la moindre obstruction, s'étalant amplement, et il devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de l'espace éthéré, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur l'espace éthéré comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à l'espace éthéré ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à l'espace éthéré ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Treizième section VII-xiii-1: « La mémoire, assurément, est supérieure à l'espace éthéré. Car si plusieurs personnes privées de mémoire s'assemblaient, elles ne pourraient s'écouter mutuellement, ni réfléchir ni comprendre. Si au contraire elles étaient douées de mémoire, elles s'écouteraient mutuellement, elles réfléchiraient et comprendraient. Car c'est au moyen de la mémoire qu'un homme reconnaît son propre fils, ou son propre bétail. Médite donc sur la mémoire ! VII-xiii-2: Celui qui médite sur la mémoire comme étant Brahman devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de la mémoire, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur la mémoire comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à la mémoire ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à la mémoire ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Quatorzième section VII-xiv-1: « L'espoir, assurément, est supérieur à la mémoire. Car c'est par l'espoir que l'on attise la mémoire pour réciter les hymnes, accomplir les rites, faire des vœux pour avoir des fils et du bétail, pour être bien en ce monde et dans l'autre. Médite donc sur l'espoir ! VII-xiv-2: Celui qui médite sur l'espoir comme étant Brahman voit tous ses désirs prospérer par l'espoir et ses prières agir infailliblement, et il devient libre d'agir à sa guise dans la sphère de l'espoir, oui, il parvient à cela, celui qui médite sur l'espoir comme étant Brahman. » — « Ô Vénérable, y a-t-il quelque chose qui soit supérieur à l'espoir ? » — « Assurément, il existe quelque chose qui est supérieur à l'espoir ! » — « Je t'en prie, parle-m'en, Vénérable. »
Quinzième section VII-xv-1: « Le souffle vital, assurément, est supérieur à l'espoir. Car, de même que les rayons d'une roue sont encastrés dans le moyeu, toutes choses sont ancrées au souffle vital. C'est le souffle de vie qui se meut par sa propre force, c'est lui qui se communique lui-même sa propre force*. Le souffle vital, assurément, est le père, c'est la mère, le frère, la sœur, c'est l'instructeur et le brahmane.
VII-xv-2: Si quelqu'un a des paroles dures à l'encontre de son père ou de sa mère, de son frère ou de sa sœur, de son maître ou d'un brahmane, ceux-ci lui disent : « Honte à toi ! Tu es un parricide, ou un matricide, ou un fratricide, tu es le meurtrier d'un instructeur, ou un brahmanicide ! » VII-xv-3: Par contre, lorsque le souffle de vie a déserté ses proches et que ce même homme doit les entasser [sur un bûcher funéraire], tisonner leurs membres avec une fourche* jusqu'à crémation complète, bien sûr personne ne lui dirait : « Tu es un patricide, ou un matricide, ou un fratricide, tu es le meurtrier d'un instructeur, ou un brahmanicide ! »
VII-xv-4: Car c'est le souffle de vie lui-même qui se métamorphose ainsi. Celui qui a une vision claire de ceci, qui réfléchit sur ceci et en acquiert de la connaissance, transcende tout ceci par ses paroles.* Et si quelqu'un venait lui dire : « Tu transcendes tout par tes paroles ! », il devrait reconnaître : « Oui, je transcende bel et bien tout ceci », et ne pas s'en cacher. »
Seizième section VII-xvi-1: « Mais celui-là transcende assurément tout par ses paroles, qui le fait en vertu de sa réalisation de la Vérité (Satya). » — « Ô Vénérable, je veux arriver à tout transcender par mes paroles en vertu de ma réalisation de la Vérité ! » — « C'est la Vérité qu'il faut rechercher, afin de la réaliser. » — « Ô Vénérable, je me mets en quête de la Vérité. »
Dix-septième section VII-xvii-1: « Lorsque l'on comprend la Vérité, alors seulement peut-on exprimer la Vérité en paroles. Sans compréhension, on ne peut l'exprimer en paroles. Seul celui qui comprend la Vérité peut l'exprimer. C'est donc indéniablement la compréhension qu'il faut rechercher. » — « Ô Vénérable, je me mets en quête de la compréhension. »
Dix-huitième section VII-xviii-1: « Lorsque l'on réfléchit, alors seulement peut-on parvenir à la compréhension. Sans réflexion, on ne peut comprendre. Assurément, on parvient à la compréhension grâce à la réflexion. C'est donc indéniablement la réflexion qu'il faut rechercher. » — « Ô Vénérable, je me mets en quête de la réflexion. »
Dix-neuvième section VII-xix-1: « Lorsque l'on possède la foi, alors seulement peut-on mener une réflexion. Sans foi, on ne peut réfléchir. Assurément, on mène une réflexion dès lors que l'on possède la foi. C'est donc indéniablement la foi qu'il faut rechercher. » — « Ô Vénérable, je me mets en quête de la foi. »
Vingtième section VII-xx-1: « Lorsque l'on possède la constance*, alors seulement peut-on posséder la foi. Sans service accompli avec constance, on ne peut acquérir la foi. Assurément, on acquiert la foi dès lors que l'on sert [son instructeur] avec constance. C'est donc indéniablement la constance qu'il faut rechercher. » — « Ô Vénérable, je me mets en quête de la constance. »
Vingt-et-unième section VII-xxi-1: « Lorsque l'on accomplit ses devoirs avec un esprit concentré, alors seulement sert-on avec constance. Sans devoirs accomplis avec concentration, on ne peut servir avec constance. Assurément, on sert avec constance dès lors que l'on accomplit ses devoirs avec concentration. C'est donc indéniablement la concentration qu'il faut rechercher. » — « Ô Vénérable, je me mets en quête de la concentration. »
Vingt-deuxième section VII-xxii-1: « Lorsque l'on ressent de la joie, alors seulement accomplit-on ses devoirs avec concentration. Sans en ressentir de la joie, on ne peut accomplir ses devoirs avec concentration. Assurément, on accomplit ses devoirs avec concentration dès lors que l'on ressent de la joie. C'est donc indéniablement la joie qu'il faut rechercher. » — « Ô Vénérable, je me mets en quête de la joie. »
Vingt-troisième section VII-xxiii-1: « Ce qui est l'infini (Bhuman), c'est cela la joie. Il n'existe nulle joie dans le fini. Seul l'infini est joie. C'est donc indéniablement l'infini qu'il faut rechercher. » — « Ô Vénérable, je me mets en quête de l'infini. »
Vingt-quatrième section VII-xxiv-1: « Cette réalité où l'on ne voit rien d'autre, n'entend rien d'autre, ne comprend rien d'autre, c'est cela l'infini. À l'inverse, la réalité où l'on voit autre chose, entend autre chose, comprend autre chose, c'est le fini. Seule cette réalité infinie est immortelle, et à l'inverse, la réalité finie est périssable. » — « Ô Vénérable, sur quoi repose cette Réalité infinie ? » — « Sur sa propre grandeur, ou pas même sur la grandeur !*
VII-xxiv-2: Ici-bas on considère que la grandeur d'un homme consiste en bétail, chevaux, éléphants, or, esclaves, épouse, terres agricoles et demeures. Mais ce n'est pas de cette grandeur-là que je parle, car dans ce cas une certaine chose [la “grandeur” selon l'être humain] repose sur d'autres choses [des attributs divers, voire nombreux]. Voici ce dont je te parle...
Vingt-cinquième section VII-xxv-1: En vérité, cet infini est en bas et il est en haut. Il est derrière et il est devant. Il se trouve au sud et il se trouve au nord. Il est en vérité tout ceci qui existe. D'où l'instruction suivante sur le sens du moi (Ahamkara) : “En vérité, je suis en bas et je suis en haut. Je suis derrière et je suis devant. Je me trouve au sud et je me trouve au nord. Je suis en vérité tout ceci qui existe.” VII-xxv-2: Vient ensuite l'instruction sur l'Atman : “En vérité, l'Atman est en bas et il est en haut. L'Atman est derrière et il est devant. L'Atman se trouve au sud et il se trouve au nord. L'Atman est en vérité tout ceci qui existe.” Celui qui voit cela, entend cela, comprend cela, il se réjouit en l'Atman, s'ébat en l'Atman, s'unit à l'Atman, prend son plaisir en l'Atman. Il devient souverain. Il jouit de sa liberté de mouvement dans tous les mondes. À l'inverse, celui qui comprend autre chose que cela, tombe sous une loi différente et participe du monde périssable. Il n'a aucune liberté de mouvement en aucun des mondes.
Vingt-sixième section VII-xxvi-1: Pour l'homme qui voit cela (la souveraineté de l'Atman), médite sur cela et comprend cela, et uniquement pour cet homme, le souffle de vie a sa source en l'Atman, de même qu'ont leur source en l'Atman l'espoir, la mémoire, l'espace éthéré, le feu, l'eau, la faculté d'apparaître et de disparaître, la nourriture, la force, la compréhension, la méditation, l'intelligence, la volonté, le mental, la parole, le nom, les hymnes, les rites. Oui, tout cela a source en l'Atman, indéniablement. VII-xxvi-2: À ce propos, on trouve le verset suivant : “L'homme qui voit tout cela ne voit plus (sur son chemin) ni la mort, ni la maladie, ni la souffrance. Cet homme de vision éclairée voit toutes choses, obtient toutes choses et de toutes les façons.
HUITIÈME CHAPITRE
VIII-i-1: Hari Om ! Là, dans cette petite cavité en forme du lotus (dahara) qui est logée dans la cité de Brahman (le corps), se trouve un minuscule espace (akasha). C'est ce qui demeure en cet espace qu'il faut connaître. C'est cela dont il faut se mettre en quête, afin de le connaître. VIII-i-2-3: Si ses disciples demandent au maître : « Puisque dans cette petite cavité en forme de lotus qui est logée dans la cité de Brahman, se trouve un minuscule espace, qu'est-ce qui demeure en cet espace et qu'il faut connaître ? Et de quoi faut-il se mettre en quête, afin de le connaître ? », celui-ci devra leur répondre : « Cet espace dans le cœur est aussi vaste que celui qui nous entoure. Car en lui sont véritablement contenus l'espace céleste et la terre, mais aussi le feu et l'air, le soleil et la lune, l'éclair et les étoiles. Tout ce qu'un être incarné possède en ce monde, ainsi que tout ce qui lui fait défaut, tout cela est contenu dans cet espace du cœur. » VIII-i-4-5: Et si ses disciples lui demandent : « Si tout ceci qui existe, incluant toutes les créatures, ainsi que tous leurs désirs, est contenu dans la cité de Brahman, au cas où la décrépitude – voire la destruction – prendrait possession de ce corps, que pourrait-il en survivre ? », le maître devra leur répondre : « Ce Brahman [qu'on appelle l'espace du cœur] n'est pas atteint par la décrépitude du corps, il n'est pas tué par la mort du corps. Cet espace du cœur est la véritable cité de Brahman. C'est là que se situent tous les désirs. C'est là qu'est l'Atman, libre de toute négativité, qui ignore le vieillissement, la mort, la souffrance, la faim, la soif, dont les désirs sont vérité, dont la volonté est vérité. De la même façon qu'en ce monde, les gens se plient à l'autorité de leur roi et que leur sort dépend de ce que celui-ci désire posséder, que ce soit une localité voisine, une province, ou un territoire, de la même façon les gens ignorants de l'Atman dépendent d'objets autres [que l'Atman] et récoltent les fruits de leurs actes. VIII-i-6: Et de la même façon qu'en ce monde, s'épuisent les bénéfices procurés par l'action, de la même façon les bénéfices karmiques acquis par la vertu s'épuisent dans l'autre monde. De sorte que ceux qui quittent ce monde sans avoir réalisé l'Atman ni avoir chéri ces désirs qui sont vérité, n'auront aucune liberté en aucun des mondes. Au contraire, ceux qui quittent ce monde en ayant réalisé l'Atman et chéri ces désirs qui se réalisent infailliblement, auront toute liberté en tous les mondes. »
Deuxième section VIII-ii-1: « A-t-il le désir de se rendre au monde des ancêtres, que – par la seule force de son souhait – ceux-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces ancêtres, il parvient au bonheur. VIII-ii-2: A-t-il le désir de se rendre au monde des mères*, que – par la seule force de son souhait – celles-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces mères, il parvient au bonheur.
VIII-ii-3: A-t-il le désir de se rendre au monde des frères, que – par la seule force de son souhait – ceux-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces frères, il parvient au bonheur. VIII-ii-4: A-t-il le désir de se rendre au monde des sœurs, que – par la seule force de son souhait – celles-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces sœurs, il parvient au bonheur. VIII-ii-5: A-t-il le désir de se rendre au monde des amis, que – par la seule force de son souhait – ceux-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces amis, il parvient au bonheur. VIII-ii-6: A-t-il le désir de jouir de parfums et de guirlandes de fleurs, que – par la seule force de son souhait – ceux-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces objets de jouissance, il parvient au bonheur. VIII-ii-7: A-t-il le désir de jouir de mets et de boissons, que – par la seule force de son souhait – ceux-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces objets de jouissance, il parvient au bonheur. VIII-ii-8: A-t-il le désir de jouir de chants et de musique, que – par la seule force de son souhait – ceux-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces objets de jouissance, il parvient au bonheur. VIII-ii-9: A-t-il le désir de jouir des femmes, que – par la seule force de son souhait – celles-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces objets de jouissance, il parvient au bonheur. VIII-ii-10: Quelle que soit la province qu'il désire visiter, quel que soit l'objet de son désir, par la seule force de son souhait – ceux-ci apparaissent devant lui. En la compagnie de ces objets de jouissance, il parvient au bonheur. »
Troisième section VIII-iii-1: « Hélas, ces désirs qui se réalisent infailliblement sont ici-bas voilés par la non-Vérité (Anrita)*. Mais, bien que ces désirs soient voilés par la non-Vérité, ils existent en l'Atman et sont susceptibles d'être atteints. De même, si un proche quitte ce monde, on ne peut plus le voir ici-bas.**
VIII-iii-2: Tous les êtres qui lui sont chers, ceux qui sont ici-bas et ceux qui sont partis pour l'au-delà, de même que toute autre chose qu'un individu puisse désirer sans pouvoir l'obtenir, il les trouvera tous en pénétrant dans l'espace du cœur; car les désirs véridiques qu'il entretient se trouvent là, dans l'espace du cœur, voilés par la non-Vérité. VIII-iii-3: Cet Atman réside dans le cœur, indéniablement ! En voici l'explication étymologique : Celui-ci (ayam, qui désigne ici l'Atman) est dans le cœur (hridi), aussi l'appelle-t-on le cœur (hridayam). Celui qui possède cette connaissance parvient chaque jour, dans son sommeil profond, au monde céleste (Svarga loka). VIII-iii-4: Alors ce connaisseur, empli de sérénité, s'élève hors de son corps et parvient à la lumière suprême, où il demeure établi en sa nature authentique. C'est l'Atman, dit le maître à ses disciples. Et il poursuivit par ces mots : C'est l'Immortel, le Sans-peur. C'est Brahman. Vérité (Satya) est le nom de ce Brahman, indéniablement. VIII-iii-5: Ce nom a trois syllabes, sat, ti, yam. La syllabe sat représente l'immortel, la syllabe ti représente le mortel (car elle est contenue dans mrityu, la mort), et la syllabe yam représente ce qui réunit (yam, yacchati) ces deux (l'immortel et le mortel). Celui qui possède cette connaissance parvient chaque jour, dans son sommeil profond, au monde céleste. »
Quatrième section VIII-iv-1: « Cet Atman est un barrage qui maintient ces mondes à leur place, afin qu'ils ne se dispersent pas. Ni le jour ni la nuit ne peuvent transpercer ce barrage; ni la décrépitude, ni la mort, ni la souffrance, ni le mérite ni le démérite ne peuvent l'entamer. Tous les maux tournent le dos devant lui, car le monde de Brahman est indemne du mal. VIII-iv-2: C'est pourquoi, en parvenant à ce barrage protecteur, l'aveugle recouvre la vue, le blessé est guéri, l'affligé est libéré de ses souffrances. Devant ce barrage protecteur, la nuit se transforme en jour. Car le monde de Brahman est à jamais lumineux. VIII-iv-3: En conséquence, c'est uniquement à ceux qui l'atteignent grâce à l'étude des sciences sacrées qu'appartient ce monde de Brahman. Là, ils auront toute liberté en tous les mondes. »
Cinquième section VIII-v-1: « Or, ce que l'on appelle sacrifice (yajna), c'est assurément l'étude de Brahman, car c'est par elle que l'on trouve celui qui est connaisseur (yo jňata, c.-à-d. le maître). De même, ce que l'on appelle dévotion (ishta), c'est assurément l'étude de Brahman, car c'est par elle que l'on trouve l'Atman tant désiré (ishtva). VIII-v-2: Ce que l'on appelle grand sacrifice solennel (sattrayanam), c'est assurément l'étude de Brahman, car c'est par elle que l'on obtient de l'Être (Sat) la délivrance (tranam). De même, ce que l'on appelle contemplation silencieuse (Mauna), c'est assurément l'étude de Brahman, car c'est par elle qu'on trouve l'Atman et médite (manute) sur lui. VIII-v-3: Ce que l'on appelle un jeûne prolongé (anashakayana), c'est assurément l'étude de Brahman, car l'Atman auquel on parvient par cette étude est impérissable (na nashyati). De même, ce que l'on appelle la vie d'ermite forestier (Aranyaka), c'est assurément l'étude de Brahman, car il existe deux mers nommées Ara et Nya dans le monde de Brahman, qui est le troisième monde céleste depuis notre monde, où se trouvent un lac empli d'un breuvage enivrant (Airammadiyam), un arbre banyan qui exsude du nectar de Soma (Somasavana), la citadelle inexpugnable de Brahman (Aparajita), avec son palais d'or bâti par le Seigneur* lui-même (Prabhuvimitam).
VIII-v-4: En conséquence, c'est uniquement à ceux qui atteignent les deux mers du monde de Brahman, Ara et Nya, grâce à l'étude de Brahman, qu'appartient ce monde de Brahman. Là, ils ont toute liberté en tous les mondes. »
Sixième section VIII-vi-1: « Voyons maintenant ces artères (Nadis) qui partent du cœur : elles sont emplies de fluides subtils, qui sont bruns-rouge, blancs, bleus, jaunes et rouges. Or, le soleil lointain est assurément brun-rouge, blanc, bleu, jaune et rouge. VIII-vi-2: Tout comme une grand-route réunit deux villages – ce village-ci et ce village lointain, les rayons du soleil réunissent deux mondes – ce monde-ci et ce monde lointain. Ils se répandent hors du soleil lointain et pénètrent à l'intérieur de ces artères du cœur, puis ils en ressortent pour retourner au soleil lointain. VIII-vi-3: Aussi lorsqu'il est plongé dans le sommeil profond, les sens rétractés, serein, sans faire de rêve, le dormeur pénètre à l'intérieur de ces artères, dans l'espace du cœur. Aucun mal ne peut alors le toucher, il est en vérité empli de lumière solaire. VIII-vi-4: Lorsqu'un homme est alité, dans un grand état de faiblesse, ceux qui l'entourent lui demandent : “Me reconnais-tu ?”, “Et moi, me reconnais-tu ?” Il les reconnaît, de fait, aussi longtemps qu'il n'a pas quitté son corps. VIII-vi-5: Mais lorsqu'il prend le départ, il abandonne ce corps et remonte le long des rayons solaires. Soit il s'élève en méditant sur le son Om (si son âme a reçu l'illumination), soit il descend. S'élevant, il parvient au soleil en un temps aussi bref qu'il faut au mental pour passer d'un lieu à un autre. Car le soleil est la porte du monde de Brahman, qui s'ouvre devant les âmes illuminées et se ferme devant les ignorants. VIII-vi-6: À ce propos, on trouve le verset suivant : “Mille et une sont les artères du cœur. L'une d'elles se dirige vers la couronne du crâne; si on la remonte [au moment de la mort], on parvient à l'immortalité. Quant aux autres artères, partant dans toutes les directions, elles ne sont que des voies pour sortir du corps, oui, seulement des voies pour sortir du corps.” Septième section VIII-vii-1: « Prajapati a dit : “L'Atman, qui est libre de toute négativité, qui ignore le vieillissement, la mort, la souffrance, la faim, la soif, dont les désirs sont vérité, dont la volonté est vérité – c'est cela qu'il faut connaître. Celui qui a étudié l'Atman [auprès de son maître et au moyen des Écritures] et l'a réalisé, obtient l'accès à tous les mondes et voit comblés tous ses désirs.” VIII-vii-2: Les dieux et les démons entendirent ces paroles et se dirent : “Eh bien, si nous partions en quête de cet Atman dont la réalisation nous ouvrira l'accès à tous les mondes et verra comblés tous nos désirs ?” Ce furent Indra parmi les dieux et Virochana parmi les démons, qui partirent tout aussitôt, à l'insu l'un de l'autre. Ils se présentèrent [en même temps] devant Prajapati, un fagot sacrificiel à la main. VIII-vii-3: Durant trente-deux ans, tous deux menèrent chez Prajapati la vie d'un étudiant en Brahman. Finalement, Prajapati leur demanda : « Dans quel but avez-vous passé ici toutes ces années ? » Ils répondirent : « Une de tes formules est très répétée parmi les érudits. C'est : “L'Atman, qui est libre de toute négativité, qui ignore le vieillissement, la mort, la souffrance, la faim, la soif, dont les désirs sont vérité, dont la volonté est vérité – c'est cela qu'il faut connaître. C'est cela qu'il faut rechercher, afin de parvenir à la réalisation. Celui qui a étudié l'Atman et l'a réalisé, obtient l'accès à tous les mondes et voit comblés tous ses désirs.” Nous avons fait ce séjour ici par désir de connaître cet Atman. » VIII-vii-4: : Prajapati leur dit : « Cet Être lumineux qui apparaît au fond de l'œil (cf. I-vii-5), c'est l'Atman. » Puis il ajouta : « C'est l'Immortel, le Sans-peur. C'est Brahman. » — « Mais, Vénérable, entre celui qu'on voit clairement dans l'eau et celui qui apparaît dans un miroir, lequel est cet Atman ? » — « Toujours le même et identique, c 'est lui que l'on aperçoit dans tous ces reflets », répliqua Prajapati.
Huitième section VIII-viii-1: Et il continua : « Regardez-vous dans une assiette emplie d'eau, et venez me dire ce que vous ne saisissez toujours pas de l'Atman. » Ce qu'ils firent. Prajapati leur demanda : « Alors, que voyez-vous ? » — «Vénérable, nous voyons tous deux l'Atman exactement et intégralement à notre image, de la pointe des cheveux aux ongles des pieds. » VIII-viii-2: Prajapati leur dit : « Lavez-vous, parez-vous avec des ornements, revêtez vos plus beaux vêtements, et regardez-vous dans l'assiette d'eau. » Ce qu'ils firent. Prajapati leur demanda : « Alors, que voyez-vous ? » VIII-viii-3: Ils répondirent : « De même que nous, Vénérable, lavés, parés d'ornements, bien habillés, ces deux reflets sont lavés, parés d'ornements, bien habillés. » — « C'est l'Atman, c'est l'Immortel, le Sans-peur. C'est Brahman. » Indra et Virochana s'en allèrent, le cœur satisfait. VIII-viii-4: Prajapati les regarder s'éloigner, tout en se disant : « Ils s'en vont sans même avoir perçu ni compris l'Atman. Et quiconque suivra cette fausse doctrine, qu'il soit un dieu ou un démon, sera tenu en échec. »
VIII-viii-5: Et c'est pourquoi, jusqu'à aujourd'hui, on dit à propos d'un homme qui ne pratique pas la charité, n'a aucune foi et n'accomplit aucun rite religieux : “C'est un vrai démon, hélas !” Car cette doctrine faussée est bien celle des démons. Ceux-ci parent le corps d'un cadavre de guirlandes et de parfums, avec des vêtements et des ornements, car c'est ainsi, d'après eux, qu'ils gagneront l'autre monde.
Neuvième section VIII-ix-1: Mais Indra, avant même d'arriver au séjour divin, discerna cette difficulté : « Quand ce corps est bien décoré, cet Atman-reflet l'est aussi, à coup sûr; quand ce corps est bien vêtu, cet Atman-reflet l'est aussi, à coup sûr; quand ce corps est nettoyé, cet Atman-reflet l'est aussi, à coup sûr. Mais alors de la même façon, si ce corps devient aveugle, cet Atman-reflet le devient aussi à coup sûr; si ce corps a les yeux ou le nez qui coulent, cet Atman-reflet a aussi les yeux ou le nez qui coulent, à coup sûr; si ce corps devient boiteux, cet Atman-reflet le devient aussi, à coup sûr. Donc, lorsque ce corps meurt et est détruit, cet Atman-reflet l'est aussi, à coup sûr ! » VIII-ix-2: Il s'en retourna vers Prajapati, un fagot sacrificiel à la main. Prajapati lui demanda : « Quel désir te fait revenir, Indra, alors que tu étais parti en compagnie de Virochana, le cœur satisfait ? » — « Vénérable, de même que cet Atman-reflet est bien décoré lorsque le corps l'est, est bien vêtu lorsque le corps l'est, est bien nettoyé lorsque le corps l'est, est aveugle lorsque le corps l'est devenu, a les yeux ou le nez qui coulent lorsque le corps l'a aussi, est boiteux lorsque le corps l'est devenu – alors, de même il meurt et est détruit en conséquence de la mort et de la destruction du corps. Vraiment, je ne trouve aucun bénéfice à tirer de cette doctrine. » VIII-ix-3: « Pourtant, il en est bien ainsi, Indra, dit Prajapati. Néanmoins, je vais te l'expliquer plus avant. Passe donc ici encore une période de trente-deux ans. » Ce que fit Indra.
Dixième section VIII-x-1: Finalement, Prajapati lui déclara : « Celui qui va et vient dans nos rêves, aimé [de tous et de la chance], c'est l'Atman. C'est l'Immortel, le Sans-peur. C'est Brahman. » Et Indra s'en retourna, le cœur satisfait. Mais avant même d'arriver au séjour divin, il discerna une nouvelle difficulté : « Quand le corps devient aveugle, l'Atman du rêve ne l'est pas; quand le corps a les yeux ou le nez qui coulent, l'Atman du rêve ne l'a pas; il n'est donc assurément pas atteint par les défauts du corps. » VIII-x-2: « L'Atman du rêve n'est pas détruit lorsque le corps meurt; et il n'a pas les yeux ou le nez qui coulent lorsque le corps en est atteint. Pourtant, il semble que la mort du corps le tue, et que les maux le chassent du corps. Il semble être devenu le témoin qui perçoit ces états déplaisants, et même il en pleure, si l'on peut dire. Vraiment, je ne trouve aucun bénéfice à tirer de cette doctrine. » VIII-x-3: Il s'en retourna vers Prajapati, un fagot sacrificiel à la main. Prajapati lui demanda : « Quel nouveau désir te fait revenir, Indra, alors que tu étais reparti le cœur satisfait ? » — « Vénérable, même lorsque ce corps devient aveugle, cet Atman du rêve ne le devient pas. Même lorsque ce corps a les yeux ou le nez qui coulent, cet Atman du rêve ne l'a pas; il n'est donc assurément pas atteint par les défauts du corps. VIII-x-4: Si l'Atman du rêve n'est pas détruit lorsque le corps meurt et s'il n'a pas les yeux ou le nez qui coulent lorsque le corps en est atteint, pourtant, il semble que la mort du corps le tue, et que les maux le chassent du corps. Il semble être devenu le témoin qui perçoit ces états déplaisants, et même il en pleure, si l'on peut dire. Vraiment, je ne trouve aucun bénéfice à tirer de cette doctrine. » — « Pourtant, il en est bien ainsi, Indra, dit Prajapati. Néanmoins, je vais te l'expliquer plus avant. Passe donc ici encore une période de trente-deux ans. » Ce que fit Indra.
Onzième section VIII-xi-1: Finalement, Prajapati lui déclara : « Celui qui est profondément endormi, les sens recueillis, serein, sans être agité par aucun rêve, c'est l'Atman. C'est l'Immortel, le Sans-peur. C'est Brahman. » Et Indra s'en retourna, le cœur satisfait. Mais avant même d'arriver au séjour divin, il discerna une nouvelle difficulté : « Cet Atman du sommeil profond n'est pas pleinement conscient de son identité, il ne se dit pas “Je suis celui-là”, et il ignore l'existence de toutes ces créatures [ses semblables et les autres vivants]. Il semble anéanti, si l'on peut dire. Vraiment, je ne trouve aucun bénéfice à tirer de cette doctrine. » VIII-xi-2: Il s'en retourna vers Prajapati, un fagot sacrificiel à la main. Prajapati lui demanda : « Quel désir te fait revenir, Indra, alors que tu étais reparti le cœur satisfait ? » — « Vénérable, cet Atman du sommeil profond n'est pas pleinement conscient de son identité, il ne se dit pas “Je suis celui-là”, et il ignore l'existence de toutes ces créatures. Il semble anéanti, si l'on peut dire. Vraiment, je ne trouve aucun bénéfice à tirer de cette doctrine. » VIII-xi-3: « Pourtant, il en est bien ainsi, Indra, dit Prajapati. Néanmoins, je vais t'expliquer plus avant la nature de l'Atman. Et je ne te parlerai de rien d'autre que de lui. Mais passe ici encore une période de cinq ans. » Ce que fit Indra. C'étaient donc cent et une années qu'il accomplit en tout. C'est à ce fait qu'on fait allusion lorsqu'on dit : « Indra, assurément, a mené la vie d'étudiant en sciences sacrées auprès de Prajapati durant cent un ans. »
Douzième section VIII-xii-1: Finalement, Prajapati lui déclara : « Indra, ce corps est certes mortel, et la mort l'attend. Mais c'est aussi le siège de l'Atman, qui est incorporel et immortel. Tout ce qui a revêtu un corps devient assujetti au plaisir et à la souffrance. Oui, pour celui qui reste identifié à son corps (ou qui est incarné), il ne se produit aucune cessation [de l'oscillation entre] le plaisir et la souffrance. Mais assurément ni le plaisir ni la souffrance ne peuvent toucher celui qui ne s'identifie pas à son corps (ou qui s'est désincarné). VIII-xii-2: L'air n'a pas de corps, et la nuée, l'éclair et le tonnerre – ils n'ont pas de corps. Ils surgissent brusquement de l'espace lointain, se propulsent jusqu'à la Lumière suprême où ils s'établissent en leur forme essentielle. VIII-xii-3: De façon similaire, cet Être serein retourne s'établir en sa forme essentielle après s'être dégagé de ce corps et être parvenu à la Lumière suprême. Il est la Personne suprême (Uttara Purusha). Parvenu là, il va de-ci de-là, riant, jouant, s'amusant – que ce soit avec des femmes, des [courses de] chariots, des amis, sans plus se souvenir de ce corps qui était né d'un rapport entre un homme et une femme. Car c'est bien à la façon dont un cheval est attelé à un chariot que la conscience vitale (Prana) est liée au corps. VIII-xii-4: Or, lorsque la vue se tient dans la pupille de l'œil, c'est l'Être lumineux de l'œil qui s'y manifeste, et l'œil est l'instrument de sa vision. De même, celui qui prend conscience du désir “Je vais sentir ça”, c'est l'Atman, et le nez est l'instrument de son odorat. Celui qui prend conscience du désir “Je vais dire ça”, c'est l'Atman, et la parole est l'instrument de sa pensée verbalisée. Celui qui prend conscience du désir “Je vais écouter ça”, c'est l'Atman, et l'oreille est l'instrument de son ouïe. VIII-xii-5: Et celui qui prend conscience du fait “Je pense ça”, c'est l'Atman, et le mental est son œil divin. En tant que tel, l'Atman est assurément celui qui jouit de tous ces plaisirs que recèle le monde de Brahman, qu'il perçoit par son œil divin, le mental. VIII-xii-6: C'est lui, en vérité, que les dieux vénèrent, le considérant comme leur propre Atman. De ce fait, tous les mondes, aussi bien que tous les plaisirs désirables, sont en leur possession. Celui qui a étudié l'Atman [auprès de son maître et au moyen des Écritures] et l'a réalisé, obtient l'accès à tous les mondes et voit comblés tous ses désirs. »
Treizième section VIII-xiii-1: “De l'obscurité, je passe au multicolore; du multicolore, je passe à l'obscurité. M'ébrouant de mes péchés comme un cheval secoue sa crinière, me libérant comme la lune se libère de la gueule de Rahu*, rejetant ce corps, ayant atteint le but, je parviens au monde incréé de Brahman. Oui, j'entre dans le monde de Brahman !”
Quatorzième section VIII-xiv-1: En vérité, ce que l'on nomme l'espace éthéré est le révélateur du nom et de la forme. Ce en quoi noms et formes sont contenus, c'est Brahman, c'est l'Immortel, c'est l'Atman. Je parviens à la salle d'audience de Prajapati, en son royaume. Je suis la gloire des brahmanes, la gloire des kshatriyas et la gloire des vaishyas. Oui, que je sois la gloire ! Que je m'identifie à la gloire des gloires ! Que plus jamais je ne pénètre de nouveau dans cette matrice rouge et édentée, glissante et dévorante – oui, que plus jamais je ne passe par là !
Quinzième section VIII-xv-1: Le dieu Brahma transmit cette doctrine à Prajapati, lequel la transmit à Manu, qui la transmit à ses descendants. Celui qui a étudié les Védas dans la maison de son maître et selon les règles prescrites, aux moments de loisir que lui laissent les tâches à accomplir au service de son maître, retourne à la fin chez lui et s'installe comme maître de maison. Là, il continue son étude des textes sacrés dans un lieu consacré, et éduque ses fils et ses disciples sur la voie de la vertu. Puis, rétractant ses organes sensoriels au sein de l'Atman, pratiquant la non-violence envers toutes les créatures vivantes, à l'exception de celles qui sont prescrites par les Écritures (durant les sacrifices), il mènera cette vie jusqu'à la mort. Il parviendra alors au monde de Brahman. Il n'en reviendra plus, non, il n'en reviendra plus
Om ! Que mes membres et mon discours, Prana, yeux, oreilles, vitalité Om ! Que la Paix soit en moi ! Ici se termine la Chandogyopanishad, appartenant au Sama Véda.
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