|
selon le BHAGAVATA PURANA MAHATMYA
(“Glorification du Bhagavata Purana”), le BHAGAVATA PURANA, et le KALKI PURANA
La cosmogonie hindoue est la plus détaillée qui soit, en comparaison de laquelle les autres traditions mythologiques et religieuses sont fragmentaires, de brèves esquisses poétiques. De plus, elle recouvre un champ de notions extrêmement détaillé, qui demeure sans équivalent, et – encore plus remarquable – est d'une grande homogénéité bien que dispersé en de nombreuses sources (Puranas, Samhitas, Védas, etc.). Le Kali Yuga dans un cycle temporel Qui est Kali ? Extraits du Bhagavata Purana Mahatmya [À aucun moment, lisant les extraits suivant, il ne faut perdre de vue que ce texte est d'une haute antiquité (les experts ne sont pas unanimes, leurs évaluations allant de 1200 av. J-C à 1300 apr. J-C), qu'il reflète par ailleurs avec une précision et un sentiment admirables un monde qui aujourd'hui nous paraîtrait idyllique et que nous envierions à juste titre, et que – tout compte fait, avec un zeste de lucidité et énormément de compassion – le monde tel que nous l'avons “toujours” connu (histoire privée et histoire culturelle) ressemble réellement à cette humanité qui se débat dans le Kali Yuga. NdT] Skandha I : 6. À l'avènement du terrible âge de Kali, l'être humain ordinaire a pris une nature démonique. Quel est le meilleur remède à l'expiation d'un tel être, qui est sujet aux afflictions et submergé par elles ? 7. S'il te plaît, explique-nous le remède toujours efficace, qui est le plus favorable parmi les remèdes propices ainsi que le plus sacré parmi les remèdes sanctifiés, et qui mène à la connaissance du Seigneur Krishna. 8. Le joyau Chintamani (qui révèle les pensées d'autrui et exauce les vœux de qui le porte) peut procurer les plaisirs du monde, et le Seigneur des dieux, Indra, peut procurer un accès facile au monde céleste. Mais un précepteur spirituel, s'il est satisfait, confère l'accès à Vaikuntha (le séjour divin de Vishnu), qui est d'un accès très ardu même pour les yogis. Suta répondit : 9. Ô Shaunaka ! Tu cultives l'amour du Seigneur Krishna en ton cœur. De ce fait, j'ai bien réfléchi et je vais t'expliquer les conclusions auxquelles ont mené toutes les déductions faites par toutes les écoles de philosophie reconnues, lesquelles conclusions sont aptes à détruire la peur du Samsara (existence dans le monde, chaîne des naissances et des morts). 10. Écoute-moi attentivement. Je vais te relater ce qui accroîtra le flot de dévotion en toi et t'amènera la Grâce du Seigneur Krishna. 11. C'est en vue de chasser complètement la peur de devenir victime des mâchoires du serpent qui a pris la forme du Temps, qu'un traité sacré, nommé Bhagavata, fut présenté à l'aube de cet âge de Kali. Narada dit : 28-29. Sachant que la terre est la meilleure des régions de l'univers, j'y suis arrivé et durant mes périples de pèlerinage aux divers lieux sacrés, j'ai visité Pushkara, Prayaga, Kashi (l'actuelle Bénarès), la rivière Godavari, Haridvara, Kurukshetra, Shri-Rangam, Rameshvara (site du pont de Rama qui enjambait la mer). 30. Mais en nul lieu je n'ai trouvé aucune consolation, ni aucun délice qui satisfasse l'esprit. Maintenant, la Terre est de fond en comble sous l'emprise de Kali, l'ami de l'iniquité. 31. Il n'est plus de place pour la véracité (ou l'honnêteté), les ascèses, la pureté (à la fois physique et mentale), la compassion et la libéralité. Les malheureux êtres de cette Terre sont uniquement occupés à remplir leurs ventres, ce pour quoi ils font des déclarations frauduleuses. 32. Ces gens sont stupides et d'un esprit extrêmement borné (ou terne). Ils sont malchanceux, affligés de maladies, difficultés, etc. Les soi-disant saints sont engagés dans des activités hérétiques, tandis que les renonçants (sannyasins, censés avoir renoncé à la vie du monde) entretiennent une famille et des propriétés. 33. Les jeunes femmes, au mépris de leurs aînées, contrôlent le foyer. Le beau-frère devient le conseiller, dont l'avis prévaut. Les filles sont vendues par leur famille par pure avidité financière. Maris et femmes se querellent mutuellement. 34. Les ermitages, les lieux saints et les rivières sacrées sont occupés par des touristes étrangers. Ici (en Inde), les reliquaires sacrés et les autels des dieux ont été détruits et pollués par les ennemis sournois de la religion. 35. Il n'y a plus de yogis qui possèdent les pouvoirs mystiques. Il n'y a personne qui ait acquis de connaissance spirituelle ou qui accomplisse les actes vertueux. Dans cette conflagration généralisée qui donne son caractère au Kali Yuga, toutes les disciplines spirituelles ont été réduites en cendres. 36. Dans cet âge de Kali, le pays sera peuplé de gens qui feront commerce de nourriture, de brahmanes qui vendront les Védas et de femmes qui vendront leurs corps. Bhakti (la Dévotion) dit : 49. À cause de ce terrible âge de Kali, j'ai été estropiée par les hérétiques dans toutes les parties de mon corps, celles qui chantaient les noms de Dieu, qui dansaient devant Lui, qui L'adoraient, et qui ont été négligées par les gens en raison d'enseignements pseudo-religieux. J'ai été assujettie à un tel état durant une longue période, aussi suis-je devenue faible et engourdie, ainsi que mes deux fils, Connaissance spirituelle et Renoncement. Narada dit : 57. L'âge actuel est dominé par le terrible Kali. C'est sous son influence que la conduite vertueuse, la vie yoguique et les ascèses ont été complètement négligés. Les gens qui se permettent des actes viciés et frauduleux se comportent comme Aghasura (démon qui prit la forme d'un boa constrictor pour tuer Krishna et les vachers). 58. Dans cet âge, les êtres vertueux sont frappés par le chagrin et les souffrances, tandis que les êtres mauvais se sentent exulter. Seules les personnes qui possèdent intelligence et droiture sont soit sages soit érudites. 59. Année après année, cette Terre qui ne mérite plus qu'on la foule de son pied nu ou qu'on la contemple avec plaisir, devient un fardeau de plus en plus lourd pour Shesa (le serpent du Temps et de l'Éternité, sur qui repose le dieu Vishnu), et il n'y a plus rien qui soit de bon augure. 60. À présent, personne ne se soucie plus de jeter un regard sur toi (Bhakti, la dévotion) ou sur tes fils. Tu es là, négligée par ces êtres aveuglés par leurs passions, et tu es vaincue par ton vieil âge. 66. Quand le glorieux Seigneur Krishna quitta cette Terre et se retira dans son séjour, depuis ce jour précis le Kali Yuga a commencé et fait obstacle à tous les efforts spirituels. 67. Lorsqu'au cours de la conquête du monde, le roi Parikshit vit s'avancer vers lui Kali sous l'apparence d'un indigent qui venait quémander sa protection, le roi qui – avec la rapidité d'une abeille noire qui extrait l'essence (de la fleur) – saisissait l'essence de toute chose, décida : Je ne dois pas tuer ce Kali. 68. Car c'est uniquement dans le Kali Yuga qu'une personne peut cueillir le fruit suprême en chantant le nom et la gloire du Seigneur Vishnu, fruit que l'on ne peut jamais se procurer au moyen des ascèses, du yoga ou de la méditation. 69. Prenant en considération cette particularité unique du Kali Yuga et l'estimant valable, bien que manquant d'autres qualités essentielles, Parikshit établit la divinité tutélaire de cet âge afin qu'elle garantisse la félicité de ceux qui naîtraient dans ce Kali Yuga. 70. L'essence (divine) de toutes les substances a désormais disparu, sous tout respect, en résultat de l'accomplissement de nombreux actes mauvais. Toutes les substances sur cette Terre demeurent dépossédées de leur essence, semblables à la balle dépouillée du grain (de céréales). 71. L'importance et l'impact de l'histoire contée par le Bhagavata se sont érodés, car elle avait été récitée dans toute maison et à n'importe qui, sans tenir compte de sa dévotion, par des brahmanes, par cupidité ou pour obtenir des céréales alimentaires. 72. Même ceux qui sont libérés des enfers Raurava, qui perpétuent les crimes les plus terribles et les plus abominables et qui sont des incroyants, ont occupé des postes sacrés, en conséquence de quoi le pouvoir des lieux sacrés s'est effacé. 73. Même les personnes dont l'esprit est empli et distrait par la passion érotique, la colère, une cupidité extrême et l'avidité pour tous les plaisirs, pratiquent des pénitences. De ce fait, le pouvoir purificateur de la pénitence s'est perdu. 74. Le pouvoir de la méditation a disparu à cause du manque de contrôle de l'esprit, l'avarice (c-à-d. le goût de l'argent), l'hypocrisie, l'adoption d'hérésies et l'abandon de l'étude des textes sacrés. 75. Comme des taureaux (sans égard pour les restrictions enseignées par les Écritures), les érudits s'adonnent aux rapports sexuels avec leurs femmes, et sont très assidus à procréer des enfants, mais sont indifférents aux moyens menant au salut. 76. En aucun lieu, on ne trouve de dévotion à Vishnu comme autrefois pratiquée dans les sectes antiques. De ce fait, l'essence et l'efficacité de toute pratique sont complètement perdues partout. 77. C'est cela, la nature véritable du Kali Yuga. Personne n'est à blâmer. Aussi le Seigneur Vishnu aux yeux de lotus, bien que si proche de nous (en tant que le Seigneur résidant, Antaryamin), supporte avec patience tout ceci. Skandha II : 4. Aux époques révolues qui commencèrent avec le Satya Yuga (Âge de la Sagesse, suivi du Treta, Âge des Trois Feux, et du Dvapara Yuga, Âge du Doute), la connaissance spirituelle et le renoncement à la vie du monde conduisaient à la libération (du Jiva, l'âme incarnée), tandis que dans le Kali Yuga (Âge du Conflit), seule Bhakti, la Dévotion, entraîne l'absorption de l'âme en Brahman. 9. Toi, Bhakti, es descendue sur cette Terre en compagnie de la Libération (Mukti), de la Connaissance (Jnana) et du Renoncement (Vairagya), et vous avez vécu très heureux depuis le Krita Yuga (Âge de Plénitude, autre nom du premier âge) jusqu'à la fin du Dvapara Yuga. 10. Dans le Kali Yuga, lorsque la Libération (Mukti) fut prise de faiblesse, affectée par la maladie nommée doctrines hérétiques, et continua de se déliter, elle obéit à ton ordre et retourna immédiatement en Vaikuntha (le séjour divin de Vishnu). 11. Quand elle est mentalement rappelée par toi, la Libération descend jusque sur Terre, puis elle repart pour Vaikuntha. La Connaissance et le Renoncement, tu les considères comme tes propres fils et les conserve à tes côtés. 12. C'est parce qu'ils sont négligés depuis le début du Kali Yuga que tes deux fils sont devenus ternes et ont vieilli. 13. Ô belle femme ! Il n'est pas d'âge semblable à celui de Kali et je vais faire en sorte que tu sois établie en tout foyer et en tout individu. 19. L'amour de la dévotion est engendrée dans l'être humain après des milliers de naissances. Je le répète et je le souligne, seule la dévotion est d'une importance primordiale en cet âge de Kali, et c'est par dévotion que le Seigneur Krishna se manifeste aux yeux d'un fidèle.
Extraits du Bhagavata Purana Skandha I : 14/3-5. Alors Yudhisthira, le plus éminent des Kurus, vit des présages d'une nature terrifiante. Il observa la terrible étape du Temps où la nature des saisons est inversée, il vit une conduite plus coupable des populations pleines de fureur, il vit l'avarice, la fausseté, les comportements tortueux du monde, l'amitié mêlée de malhonnêteté, les querelles entre père, mère, amis, frères, et entre mari et femme; il vit l'avènement d'une époque de fléaux, annoncée par des présages de malchance, extrêmement redoutables, il vit la nature des populations caractérisée par l'avarice (c-à-d. l'amour de l'argent). Yudhisthira dit à Bhima : 14/10. Ô Bhima, regarde les présages de mauvaise augure, terribles, qui se lisent dans le ciel, sur la terre, ou que je ressens dans mon corps, et qui annoncent à nos esprits des calamités qui vont advenir dans le proche futur. 11. Ô Bhima, ma cuisse gauche, mon œil et mon bras ont des élancements. Et des palpitations au cœur présagent des événements funestes dans un proche avenir. 12. Ce chacal femelle qui vomit du feu, hurle au soleil levant, avec des gémissements plaintifs. Ô Bhima, ce chien aboie contre moi sans aucune crainte. 13. Des bêtes de bon présage vont à mon côté gauche, tandis que d'autres, de mauvais présage (comme les ânes, etc.) me dépassent par la droite. Ô tigre parmi les hommes (Bhima), je perçois que mes chevaux pleurent. 14. Ce pigeon est un messager de mort. La chouette qui fait frémir mon esprit et le corbeau, tous deux éveillés tout au long de la nuit, semblent désirer l'anéantissement de l'univers par leurs cris de mauvais augure. 15. Les quartiers du monde sont recouverts de brouillard; des halos brumeux apparaissent autour de la Lune et du Soleil, et la Terre tremble avec toutes ses montagnes; la foudre est tombée du bleu du ciel en même temps que le tonnerre des nuages. 16. Un vent mauvais assombrit le monde de poussières; les nuages déversent partout un sang nauséabond. 17. Regarde, le Soleil faiblit; il y a une collision mutuelle de planètes dans le ciel. Les cieux et la Terre sont comme embrasés, et des foules de mauvais esprits se rassemblent. 18. Les rivières, grandes et petites, les lacs et les esprits, tous sont agités. Le feu ne brûle plus le beurre clarifié (des offrandes). Je ne peux comprendre quelle calamité cette période va amener. 19. Les bébés et les veaux ne tètent plus le sein de leurs mères, et celles-ci ont les seins vides. Dans les étables, les vaches pleurent avec de grosses larmes et les taureaux sont tristes. 20. Les idoles (images) des Dieux nous regardent comme si elles pleuraient, on dirait qu'elles transpirent et vont bouger. Ces pays, ces villes, ces villages, ces jardins, ces mines et ces hermitages, qui ont perdu leur beauté et leur joie de vivre, quelle calamité nous indiquent-ils ? 21. En raison de ces phénomènes prémonitoires qui signalent de grandes calamités, je devine que la Terre, privée des pieds du Seigneur*, dont la beauté est unique, est devenue marquée par la malchance.
15/36. Lorsque le Seigneur Krishna, dont les chroniques méritoires valent d'être entendues, quitta cette Terre en emportant son corps divin, le jour même le Kali Yuga commença, qui fut (et reste) la cause d'actions irréligieuses nées dans les esprits confus (des non-éveillés). Suta dit : 18/6. Le jour même, à l'instant même où le Seigneur quitta la Terre, ce Kali (démon de la discorde), source de l'irréligion, entra dans ce monde. 7. L'Empereur Parikshit ne haïssait pas Kali, et ce jusqu'à sa mort. Car il jouissait de l'essence, telle l'abeille noire (qui jouit de l'essence sans détruire la fleur). Car, durant l'âge de Kali, les actions bonnes (même si elles demeurent simplement à l'état d'intention) portent rapidement des fruits karmiques, tandis que les actions négatives ne fructifient pas tant qu'elles ne sont pas effectivement commises. 8. Car quel mal peut être fait par Kali, qui est courageux parmi les jeunes garçons (ou puissant auprès des insensés) et un couard devant les hommes vaillants, et qui, tel un loup, se tient parmi les hommes négligents ? Extraits du Kalki Purana Note : Bien que l'avatar de Kalki soit attendu dans l'avenir, sa geste est narrée au passé, car – dans le Temps absolu de la Connaissance divine – les trois temps sont synchrones. Ce qui sera a déjà été décidé... et peut donc être raconté comme fait historique. Chapitre I : Description du Kali Yuga 1. « Je me prosterne respectueusement devant le Seigneur Achyuta (l'Immortel), le non-né, l'omniscient, l'illimité, la Personne de la Divinité suprême, destructeur de tous les obstacles, refuge de toutes les entités vivantes, de la bouche duquel les Védas furent prononcés à l'origine. Il est vénéré avec grande dévotion par les dieux, Indra à leur tête, par les meilleurs des Sages et par les régents des divers systèmes planétaires, dans le but d'atteindre à toutes les perfections de la vie. 2. Avant de réciter ce Purana de Kalki (l'avatar à venir de Vishnu), ce qui est le moyen absolu de conquérir [l'émancipation], on doit offrir obéissance et respect à la Personne de la Divinité suprême, Narayana (le Seigneur du Non-manifesté), à Nara-Narayana (l'avatar des Jumeaux, l'un humain, l'autre divin), qui fut le meilleur parmi les êtres humains, ainsi qu'à la Grande Mère Sarasvati, déesse du savoir, et à Shrila Vyasadeva, qui en est l'auteur. 3. Puisse la Personne de la Divinité suprême, après avoir pris la forme de Kalki, qui est l'Âme suprême de toutes les entités vivantes, rétablir les principes de la Religion éternelle. Apparaissant dans une famille de brahmanes, Il anéantira les rois pécheurs du Kali Yuga par le feu du poison qui émanera de Ses mains semblables à des serpents furieux, tandis qu'il parcourra les contrées sur un cheval magnifique, originaire de la province de Sindh. Il protégera ainsi les pieux et établira un nouvel Âge d'or (Satya Yuga). » 4-5. Après que Shri Suta Gosvami eut ainsi offert obéissance au Seigneur suprême, les Sages réunis à Naimisharanya, avec à leur tête le Rishi Shaunaka, prirent la parole : « Ô Suta Gosvami, fils de Romaharsana ! Ô connaisseur des principes de la religion ! Ô voyant du passé, du présent et du futur ! Ô autorité incontestable des Puranas, nous t'en prions, continue de nous narrer la geste du Seigneur suprême. 6. Qui est Kali ? Où naquit-il ? Comment devint-il le maître du monde ? Comment éradiqua-t-il l'observance des principes de la Religion éternelle ? » 7. Entendant ces paroles des Sages, Suta Gosvami entra dans une extase profonde, au point que tous ses cheveux et poils se hérissaient sur son corps. Alors il s'absorba entièrement dans l'évocation du Seigneur Hari (Vishnu), tout en continuant à parler aux Sages. 8. Il leur dit : « Je vous prie d'écouter attentivement car je vais décrire la merveilleuse geste du Seigneur, qui sera révélée [dans les actes, in actu] dans les temps futurs. Ces actes transcendants furent auparavant glorifiés par le Seigneur Brahma, qui naquit du lotus de l'univers, alors que le grand Sage Narada Le priait de les lui raconter. 9. Par la suite, Narada répéta ce qu'il avait entendu à Srila Vyasadeva, dont les capacités sont sans limites, lequel à son tour narra tous ces sujets à son fils de haut rang, Brahmarata. 10. Brahmarata, à son tour, décrivit tous ces sujets relatifs au Bhagavata-Dharma (le devoir religieux selon le Seigneur, Bhagavata) au fils d'Abhimanyu, qui était connu sous le nom de Vishnurata lorsqu'il siégeait aux assemblées royales. Cette narration consista en 18.000 vers. 11. Après l'avoir écoutée durant toute une semaine sans interruption, Vishnurata, le roi saint, abandonna son corps mortel et quitta ce monde, alors même que la discussion sur les attributs glorieux du Seigneur n'avait pas pris fin. Après l'extinction [la mort] du fils d'Abhimanyu, les Sages vénérables, menés par Markandeya, continuèrent à s'instruire auprès de Sukadeva Gosvami, dans cet ermitage sacré. 12. J'étais présent parmi eux à ce moment-là, aussi ai-je tout entendu de ce qu'enseigna Sukadeva Gosvami, et cela sous ses ordres. Aussi vais-je maintenant vous narrer ces activités éminemment propices auxquelles le Seigneur suprême se livrera dans les temps futurs. 13. Ô Sages grandement privilégiés, je vous en prie, écoutez attentivement tandis que je vais vous décrire l'apparition de Kali en ce monde, après que le Seigneur Krishna s'en fut retourné dans Son royaume. 14. Après la dissolution du monde (pralaya), le second Créateur de l'univers, le Seigneur Brahma, le Grand Père de tous les humains, qui naquit du lotus de l'univers, façonna une personnification du Péché, qui sortit de Son dos sous l'apparence d'un homme au teint noir. 15. Le nom de cette personnification du Péché fut Adharma, l'irréligion. Si l'on écoute en toute foi ce qu'on dit des descendants d'Adharma, de même qui si on le chante et se le remémore, on se libère rapidement de toute tendance instinctive au péché. 16. L'épouse d'Adharma fut nommée Mithya, la Fausseté. Elle était très belle, avec deux yeux semblables à ceux d'un chat. Ils eurent un fils, qu'ils nommèrent Dambha, l'Hypocrisie, toujours très coléreux et plein d'énergie. 17. Dambha avait une sœur nommée Maya, l'Illusion, dans la matrice de laquelle il engendra un fils nommé Lobha, la Cupidité, puis une fille nommée Nikriti, la Tromperie. Lobha engendra dans la matrice de sa sœur Nikriti un fils nommé Krodha, la Colère. 18. Himsa, la Haine, fut la sœur de Krodha. Dans la matrice de Himsa, la Haine, Krodha, la Colère, engendra un fils, nommé Kali. Kali se montre toujours tenant ses parties génitales dans la main gauche. Son teint est très foncé, semblable à un onguent noir préparé à base d'huile. 19. Le ventre de Kali [son abdomen] ressemble à celui d'un corbeau, son visage est effrayant à regarder, sa langue est rouge et sort avec avidité. Son apparence est à faire peur, et une odeur nauséabonde émane de tout son corps. Kali adore jouer aux échecs, boire du vin, se prélasser en compagnie de prostituées et s'associer en affaires aux marchands d'or. 20-21. Kali eut une sœur nommée Durukti, l'Injure, dans la matrice de laquelle il engendra un fils nommé Bhaya, la Peur, puis une fille nommée Mrityu, la Mort. Bhaya engendra dans la matrice de sa sœur un fils nommé Niraya, l'Enfer. Celui-ci engendra 10.000 fils dans la matrice de sa sœur Yatana, la Douleur extrême. J'ai donc décrit la descendance ravageuse de Kali, composée de blasphémateurs des principes religieux sincères. 22. Tous ces membres de la famille de Kali furent les destructeurs du sacrifice, de l'étude des Védas et de la charité, parce qu'ils transgressèrent tous les principes religieux védiques. Ils furent les réservoirs qui alimentèrent la détresse morale, la maladie, le vieillissement, la destruction des principes religieux, les chagrins, les lamentations et les peurs. 23-24. Les descendants de Kali se trouvent partout, déambulant à travers son royaume, cherchant à détruire les populations du monde. Ils se laissent fourvoyer par les influences négatives de l'époque, perpétuellement agités, pleins de désirs puissants, négatifs à l'extrême, d'un grand orgueil, violents, y compris envers leurs propres père et mère. Parmi eux, ceux qui apparaissent comme deux-fois nés (brahmanes) sont dénués de scrupules moraux, incapables d'observer les prescriptions et se mettent fréquemment au service des basses castes (shudras).*
25-27. Ces êtres déchus sont très entichés de disputes âpres, ils utilisent la religion comme moyen de gagner leur vie, se transforment en commerçants de l'enseignement védique, ont déchu de l'accomplissement de leurs vœux, et même vendent du vin et autres choses répugnantes, y compris de la viande. Ils sont cruels par nature, et se soucient énormément de satisfaire leurs ventres et leurs organes génitaux. De ce fait, ils convoitent les femmes d'autrui et on peut souvent les voir en état d'ivresse. Ils ne sont pas nés de parents officiellement mariés, ils sont de petite taille, perpétuellement engagés dans des actions viles, comme duper ou escroquer autrui. En général, ils résident dans les villes sacrées, ne vivent pas plus longtemps que soixante ans [seize, dit le texte ! Coquille probable], s'associent à de fieffés misérables, et considèrent que seul un beau-frère a droit au titre d'ami et de proche. 28. Les peuples du Kali Yuga ont pour coutume dominante de se quereller et se combattre mutuellement. Ils déploient d'énormes efforts pour avoir une coiffure seyante, ne portent que des vêtements recherchés et se décorent d'ornements coûteux. 29. Dans le Kali Yuga, une personne possédant beaucoup d'argent sera respectée de tous, et passera pour une âme d'élite. Si un deux-fois né (brahmane) gagne sa vie en prêtant de l'argent sur intérêts, on le considèrera comme un pilier de la société. Les ascètes (sannyasins) du Kali Yuga resteront attachés à leur foyer et à leurs biens, et les maîtres de maison (grihastha) seront dépourvus de toute capacité de discernement. Dans le Kali Yuga, les gens blasphémeront un maître spirituel ou toute personne âgée, sans le moindre scrupule. En fait, les gens seront en général devenus de simples hypocrites, des menteurs et des tricheurs. 30-37. Dans le Kali Yuga, les classes défavorisées (shudras) vivront de la charité d'autrui, sinon ils voleront les biens d'autrui sans la moindre discrimination. Le consentement mutuel sera le critère dominant d'officialiser les liens du mariage entre garçons et filles. Les gens témoigneront volontiers de la sympathie et de la grandeur d'âme, mais ce ne sera qu'une façade trompeuse. Le pardon sera accordé d'autant plus facilement que le plaignant sera incapable d'obtenir réparation de l'offenseur. Dans une société où la puissance donne tous les droits, les gens seront facilement ennuyés par ceux qui se trouvent dans des positions socialement faibles. Même les ignorants feront de grands discours visant à prouver qu'ils ont de l'instruction. Les gens participeront à des cérémonies religieuses, mais uniquement par souci de leur réputation. Celui qui sera riche sera considéré comme un saint. Juste pour se baigner dans un lieu sacré, on fera de grands voyages, qui créeront de nombreuses difficultés. Il suffira de revêtir le cordon sacré, et on passera pour un brahmane. De se munir d'un bâton, et on passera pour un ascète. 38. Dans le second quart du Kali Yuga, les gens ne chanteront plus les saints noms du Seigneur Krishna. Dans le troisième quart, il se produira une redoutable augmentation de population, et dans le dernier quart, il n'y aura plus qu'une classe unique d'êtres humains, du fait que la conscience de la Divinité se sera perdue depuis longtemps. 39. Lorsque l'étude des Védas, l'accomplissement des sacrifices, le chant des mantras et les autres pratiques religieuses auront ainsi disparu de cette Terre au cours du Kali Yuga, les dieux, affligés de ne plus recevoir la part qui leur était dévolue dans les sacrifices, iront prendre refuge auprès du Seigneur Brahma, le Grand Père de l'univers, qui naquit du lotus de l'univers. 40-43. Laissant la Mère Terre, devenue émaciée par suite de ces grandes détresses, les dieux gagnèrent le séjour du Seigneur Brahma. Là, ils virent que l'atmosphère tout entière résonnait abondamment des échos des psalmodies de mantras védiques, que partout se répandaient les fumées montant des feux sacrificiels. Le Seigneur Brahma, le Maître de tous les Sages, se tenait sur Son trône, présidant un grand sacrifice sur un autel d'or. Çà et là, d'innombrables jardins et des vergers chargés de floraisons et de fruits prodiguaient le bois des feux sacrificiels. Cygnes, grues et toutes sortes d'oiseaux aquatiques évoluaient au milieu des bourdons ivres de butiner parmi les lianes et les fleurs à profusion, virevoltant de-ci de-là dans la brise légère. Ils semblaient tous offrir leurs vœux d'obéissance et tenir des discours affables aux nouveaux arrivants, afin de leur souhaiter la bienvenue. 44. Tous les dieux, Indra à leur tête, arrivèrent donc au palais du Seigneur Brahma, l'esprit profondément troublé. Sur l'ordre de Prajapati, ils pénétrèrent dans la salle d'assemblée du Seigneur Brahma, afin de lui faire savoir les causes de leur affliction. 45. Les dieux offrirent leurs vœux d'obéissance et de respect au Seigneur Brahma, dont les pieds de lotus étaient l'objet des soins dévoués d'êtres de perfection, tels Sanaka, Sanandana et Sanatana (trois des Kumaras), tandis qu'Il restait assis en profonde méditation. Le Seigneur Brahma est le second Créateur des trois mondes, Il agit sous la direction de la Personne de la Divinité suprême. Ainsi s'achève le premier chapitre du Shri Kalki Purana.
© M. Buttex, 2008-2009 - http://www.les-108-upanishads.ch/ |